L'histoire avance à grand pas...

Kanon admirait, sans s'en lasser la mer bleue, qui s'étendait à perte de vue. Il pensait que ce serait facile de partir d'ici, il lui suffisait simplement d'enjamber le balcon. Mais quelque chose le retenait ici. Il ne se l'expliquait pas, mais quelqu'un, pour une fois s'intéressait à lui et voulait faire de lui un autre homme. Certes, la façon de se tenir à table, ou quelle fourchette utiliser pour manger de la salade, du poisson ou de la viande, il n'en avait cure, mais derrière cela, il y avait matière à devenir quelqu'un d'autre. Et pourquoi pas, après tout, l'armure des gémeaux était vide à présent, et l'attendait peut être. Peut être cette fois, voudrait-elle de lui ?

Il sentit la présence de quelqu'un derrière lui, mais ne se retourna pas.

- Je vois que la mer t'inspire ! Si un jour tu veux changer de voie et te faire marin, je peux t'arranger ça.

C'était lui, enfin ! Depuis des semaines ou des mois, il ne savait plus vraiment, qu'il était là dans cette maison, il daignait enfin venir le voir.

- Pourquoi m'avoir emmené ici ? Pourquoi ne pas m'avoir tué quand vous en aviez l'occasion ? Vous me détestez aussi sûrement que ce pitre de Sorrento !

Julian vint se tenir à ses côtés sur le balcon, laissant le vent balayer ses longs cheveux. Un fin sourire se dessinait sur ses lèvres.

- C'est vrai… mais ce que tu as fait, vois-tu, il va te falloir des années et beaucoup de courage pour te faire pardonner et l'assumer. En fin de compte, te laisser en vie est une plus belle vengeance que ta mort. En fait, pour être franc, il y a quelqu'un qui m'a supplié de ne pas te tuer.

- Ah, quelqu'un ? Et qui ?

- Une personne qui compte beaucoup pour moi, et qui je ne sais pas pourquoi, croit en toi. Mais tu auras l'occasion de la rencontrer dans une semaine. Ce qui veut dire qu'il ne te reste qu'une semaine pour enregistrer tout ce que Sorrento se tue à essayer de t'apprendre.

- Et s'il me prenait la fantaisie d'enjamber cette fichue balustrade et de foutre le camp ? Que feriez-vous ?

- Moi ? Rien… tu es libre.

- Vous voulez dire…

- Que je m'en fiche ! Tu peux faire ce que tu veux. Mais une personne tient à te laisser ta chance. Si tu ne veux pas la saisir, vas-y, saute, je ne te retiens pas.

Kanon essayait tant bien que mal de donner un sens à ce qu'il venait d'entendre. Poséidon, ou Solo, avaient bien eu l'intention de le tuer, mais quelqu'un s'était interposé, mais qui ? Il pensait bien à quelqu'un, mais c'était du délire. Pourquoi lui accorderait-elle son pardon ? Parce que son sanctuaire était vide ? D'après Sorrento, la bataille qui avait opposé les chevaliers de bronze aux chevaliers d'or avait été une vraie boucherie, et beaucoup de chevaliers d'or étaient morts pour avoir été bluffés par Saga. En d'autres termes, ils étaient morts pour rien. Et elle voudrait remettre ça avec lui, le frère jumeau du traître ? Lui qui avait déjà sur les bras la mort inutile des guerriers divin d'Asgard et de 5 généraux des mers. Sans compter qu'elle-même avait bien failli périr noyée dans le pilier central. Alors pourquoi s'intéresserait-elle à lui ? Non, vraiment, cela n'avait aucun sens.

XXX

Sorrento prenait l'air à l'une des grandes terrasses qu'offrait le gigantesque manoir Solo. La soirée était fraîche, idéale pour la réception qui devrait avoir lieue dans quelques heures. Les invités allaient commencer à affluer en masse. Les préparatifs avaient commencé depuis 3 jours et il avait tout supervisé. Tout devrait se dérouler selon ses plans, à la perfection. Mais il risquait d'y avoir un grain de sable dans cette machinerie si bien huilée, et ce grain de sable n'était autre que son prisonnier Kanon. Il faisait certes des efforts, il avait fait d'énormes progrès, mais il le savait assez fourbe pour leur jouer un tour à sa façon. Julian lui avait assuré qu'il se tiendrait tranquille, qu'il ne gâcherait pas sa chance de repartir ce soir avec Saori Kido, mais lui, n'en était pas si sûr. Kanon était un dur à cuire, qui s'était construit sa vie tout seul dans l'ombre de son frère. Il n'était pas sûr que ces quelques semaines passées ici avaient radoucit cet être pour qui rien ne comptait, pas même la vie. Il devait cependant lui reconnaître ses très bons talents de comédien.

Kanon ne voyait plus Sorrento depuis 3 jours, sûrement à cause des préparatifs de cette fameuse soirée. Il avait retourné 100 fois ce que Solo lui avait dit la semaine passée, et même si cela paraissait fou et parfaitement improbable, il en revenait toujours à cette même conclusion ; Athéna voulait le garder en vie. La grande question était de savoir pourquoi, elle avait failli mourir de froid à Asgard et noyée dans le sanctuaire sous-marin par sa faute. Il lui connaissait un grand cœur plein de compassion, mais à ce point, c'était plutôt de la stupidité. Mais il avait un plan pour cette soirée, et se faire une idée quant à la compassion ou la stupidité d'Athéna…

Depuis 3 jours sa porte n'était plus fermée, et il était libre de déambuler où il voulait dans le manoir. Et on peut dire qu'il n'avait pas vraiment perdu son temps. Il connaissait chaque recoin, les dimensions des pièces, et s'était fait un ami du cuisinier, qui aimait bien taquiner la bouteille, et qui lui avait confié son désarroi quand le maître des lieux lui avait annoncé qu'il avait engagé un chef français renommé pour la réception.

Une heure avant la réception, il assistait aux côtés de son nouvel ami, à l'arrivée en grande pompe des invités. C'était un déferlement de soieries de toutes les couleurs, de bijoux étincelants et de voitures de luxe. Il lui fallu un bref calcul pour se dire qu'il pourrait racheter 3 fois ce château rien qu'en revendant les voitures en pièces détachées. Son « ami » qui avait quartier libre ce soir, puisque le chef français avait investi sa cuisine, buvait son désappointement et assistait au spectacle déjà pratiquement ivre.

- C'est scandaleux !! Il m'a chassé de MA cuisine, comme si j'étais n'importe qui… mais ça ne va pas se passer comme ça, j'aurai ma revanche !

- Mais oui… lui répondit Kanon en buvant une nouvelle longue gorgée de piteux whisky. Puis rajouta pour lui-même : - Tu peux compter là-dessus.

Il remonta dans sa chambre enfiler le somptueux costume qu'on lui avait préparé le matin même, brossa ses longs cheveux pendant un quart d'heure tout en s'admirant dans le miroir et en se délectant à l'avance de son petit numéro bien préparé, et attendit patiemment que la soirée soit bien entamée avant de faire son entrée par le grand escalier.

XXX

Sorrento lui avait tenu la jambe pendant une heure ce matin là, pour lui faire répéter son entrée dans la grande salle par l'escalier de service. Ils avaient revu la façon de se présenter, de faire le baisemain aux dames, de saluer ces messieurs et surtout, le grand mot à retenir par-dessus tout : se faire discret ! Lui, discret ? C'était bien mal le connaître, et ce soir il aurait sa revanche sur Sorrento et Solo.

Il entendait depuis sa chambre les bruits de la soirée qui battait son plein. La musique, les pas des danseurs, les verres qui s'entrechoquaient, les rires. Il partit en direction de l'escalier de service en prenant soin de se faire remarquer par les domestiques. Il arriva sur un petit balcon qui surplombait la salle et observa les invités dissimulé derrière un rideau. Il trouva celle qu'il cherchait, accompagnée d'un grand homme chauve qui avait l'air d'un crétin, près du buffet, en grande discussion avec Solo qui la dévorait des yeux. Parfait ! C'était même mieux que ce qu'il avait espéré. Il retourna sur ses pas, sans se faire remarquer cette fois, puis prit la direction du grand escalier. Il s'arrêta pour respirer un grand coup, et préparer son entrée, qu'il voulait royale.

On jouait une valse de Strauss et les danseurs tournaient avec grâce dans toute la salle, rappelant les fastes de la grande cour de Vienne. Quand soudain un homme, très grand fit son apparition en haut du grand escalier. Les femmes le remarquèrent d'abord, son costume noir et cintré laissait deviner un corps magnifiquement sculpté, ses longs cheveux soyeux et très bien coiffés lui descendaient jusqu'à la taille qu'il avait très bien dessinée. Ses lèvres fines et sensuelles dessinaient un sourire charmeur et ses yeux d'un bleu profond étaient ceux d'un prédateur. Il descendit l'escalier en prenant son temps, laissant tout le monde l'admirer, mais sans regarder personne en particulier. Il passa à travers les danseurs, dont certains s'arrêtaient de danser pour le regarder passer et se dirigea tout droit vers le buffet.

C'était comme si un autre que lui avait pris les commandes de son corps et il avançait comme un automate vers le buffet, en prenant bien soin de se faire remarquer par les invités. Il la vit, elle était toujours là, à la même place que tout à l'heure quand il l'avait observée depuis le balcon. Elle portait une robe blanche et longue, et cintrée à la taille par des fils d'or et portait ses cheveux relevés en chignon sur le haut du crâne. Elle ressemblait vraiment à une déesse grecque descendue tout droit de l'Olympe. Il ne voyait plus qu'elle, sa cible, il n'avait pas peur, il ne savait plus ce qu'il faisait. Elle le remarqua enfin alors qu'il s'approchait d'elle, d'abord elle ne régit pas, puis elle eut un mouvement de recul et ouvrit de grands yeux quand il s'avança sur elle, passa un bras autour de sa taille, l'autre derrière sa nuque fragile et colla ses lèvres sur les siennes pour un long baiser auquel elle finit par répondre.

Sorrento fut pris de colère en voyant Kanon descendre lentement le grand escalier, comme s'il était la star que tout le monde attendait. Il le suivit du regard, mais comprit trop tard que quelque chose n'allait pas. Il n'était pas naturel, il ne saluait personne, et semblait attiré par un coin de la pièce en particulier. Seigneur, qu'est ce qui pouvait bien lui passer encore par la tête ? Il décida d'aller à sa rencontre, mais fut gêné dans sa progression par les danseurs. Il comprit qu'il se dirigeait vers le buffet et eut un instant de panique. Allait-il s'en prendre à Athéna ? Ou pire à Julian, dont il ne supportait pas que l'on touche à un seul de ses cheveux. La suite fut rapide et irréelle, il arriva trop tard au buffet pour assister comme les autres, impuissant, au baiser langoureux.

Julian Solo se voulait séducteur ce soir, mais il savait par expérience que Saori Kido ne répondrait pas à ses avances. C'était comme si elle était Athéna avant tout. Il s'en était fait une raison, tout en continuant d'espérer secrètement. La soirée se déroulait vraiment comme il l'avait espéré. L'orchestre était bon, le buffet excellent et Saori magnifique dans sa robe grecque. Il ne fit même pas attention au prédateur qui s'avançait vers eux, tellement il était pris dans la contemplation de sa bien-aimée. La suite tourna au cauchemar, il fut tellement surpris quand Kanon se jeta sur elle, qu'il ne put réagir.

A suivre ! je sais, je vous laisse dans une situation insoutenable