Et un chapitre 2 en bonne et due forme !!
Bonne Lecture ...
Chapitre 2 : Au royaume des « Fleurs »
Je me réveille dans mon lit avec un mal de crâne digne d'une vraie gueule de bois. Il est déjà 20h ! Mais combien de temps ai-je dormi ? Mais… ça veut dire que toute cette histoire de « pari », n'était qu'un mauvais rêve ! J'ai fait un malaise, surement à cause des crevettes d'hier –je savais bien qu'elles n'étaient pas fraîches !- et je n'ai pas vécu cette horrible situation ! Merci mon Dieu ! J'ai presque envie de danser, mais j'ai vraiment très mal à la tête…
« Yoko, tu vas bien ? » chuchote une voix que je connais bien. Kishiro est assise près de mon lit, ses cheveux sont emmêlés, et sa joue porte la trace de l'accoudoir du fauteuil sur lequel elle est assise : elle est restée avec moi tout ce temps… Mais alors, l'école, Yuriko, Dômyoji, le pari….
« Oh non… » dis-je en poussant un gémissement de désespoir. « Kishiro, est-ce-que j'ai vraiment parié avec le F4 que… »
« … tu séduirais Nishikado-san avant la fête de Tsubaki-san, où tu dois l'accompagner, sinon, tu devras jouer la soubrette pour le F4. » répond mon amie désolée pour moi.
Oh je sens que je vais refaire un malaise, moi… « Mais c'est pas vrai… » Mes gémissements effraient vraiment Kishiro, car elle s'approche de moi et me serre la main :
« Tu n'avais pas vraiment le choix, Yoko. » Tu m'étonnes, maudit sois-tu sur cinq générations Dômyoji Tsukasa ! « Et qui sait, tout n'est peut-être pas perdu. Quoi qu'il arrive, je suis avec toi ! On se serre les coudes ! » ajoute ma compagne enjouée.
Elle est vraiment géniale ! Kishiro est ma meilleure amie à Eitoku, ma seule en fait, elle est toute douce, ne pense jamais à mal et tâche de ne jamais se faire remarquer : je crois que c'est cela qui nous a rapprochées. On dit que les opposés s'attirent, non ?
Je suis entrée à Eitoku pour la première fois il y a deux ans et vingt-quatre jours exactement, quand mon père fut nommé au poste d'ambassadeur américain au Japon. Pour lui ce fut la chance de sa vie, pour ma mère un retour aux sources, et pour moi, un nouveau départ, une toute nouvelle vie. Après quelques frasques d'adolescente aux Etats-Unis, mon père m'a ordonné de me tenir à carreaux à Tokyo :
« Une nouvelle chance pour toi de te faire une place et un nom dans la société, Erin ! Eitoku est l'école la plus réputée et la mieux fréquentée du Japon, c'est là que tu te feras des relations ! Alors profites-en, mais tâche de ne pas faire de vagues : je ne tolèrerais pas une seconde fois les événements de l'été dernier ! » m'a-t-il alors avertie. Le débat était clos ; la menace était claire.
Pourquoi Erin ? Eh bien, en fait Yokoshi est mon troisième prénom ; officiellement, je m'appelle : Erin Kira Yokoshi Donnelly. -Alors au cas où ça ne serait pas évident ; mon père est un irlandais de souche !- Erin c'est le nom de mon arrière grand-mère, Keira : celui de ma grand-mère paternelle, sauf qu'à l'Etat Civil, au moment de l'enregistrement, il y a du y avoir une faute de frappe ou peut être que mon père avait trop fêté ma naissance… Et enfin Yokoshi est le prénom de ma grand-mère maternelle. Et oui je ne porte que des noms de vielles ! Et elles sont toutes encore de ce monde : les réunions de famille c'est l'enfer ! Quand on est arrivés à Tokyo, mes parents ont estimé plus judicieux que j'utilise mon troisième prénom : ils jugeaient déjà difficile de s'intégrer dans une école telle qu'Eitoku, de surcroit pour une métis. Alors pour simplifier les choses, il me fallait un nom japonais ; et me voilà devenue : Yokoshi Donnelly. Oui, oui, je sais ça sonne mal ! Une japonaise irlandaise, la bonne blague !
Au premier abord, Eitoku m'a fait peur : tous ces gosses de riches ; cette culture que je ne connaissais presque pas, moi l'Américaine. Mais, surtout les Flowers 4, dit le F4. Ouais, moi aussi ça m'a fait marrer au début : des soi-disant durs qui se font appeler les 4 Fleurs… Pas très crédible ! Mais je ne les avais encore jamais vus, jusqu'à ce matin là :
(Flashback)
Trois jours à peine après la rentrée, tandis que je somnolais tranquillement en cours d'anglais -j'avais bien tenté d'en être dispensée, mais pas moyen- un cri a résonné dans toute l'école : « Le Carton Rouge ! Fuhito Maeda du 2C a reçu un Carton Rouge ! » Je m'attendais à ce que le prof d'anglais sorte de sa classe pour punir le perturbateur, mais pas du tout : il a prit sa sacoche au vol et s'est littéralement enfuit sans dire un mot, tandis que les élèves sortaient en masse tout excités. Je suis restée un peu ahurie sur ma chaise un moment, avant qu'un des garçons de ma classe ne fasse demi-tour et m'entraîne par le bras ; il jubilait presque.
« Mais c'est quoi ça ? Le Carton Rouge ? Tout le monde semble tout excité ; c'est une sorte de récompense ou … ? » j'ai demandé complètement perdue.
Le gars qui me traînait dans la foule m'a regardée comme si j'étais une demeurée, a éclaté de rire, et est repartit avec le reste des élèves. Prise dans le flot des étudiants, j'ai suivi la foule. Puis une main c'est agrippée à mon bras et une petite voix m'a expliqué :
« C'est la punition du F4. »
« La punition du F4 ? Mais pourquoi ? »
« Si l'un des élèves offense le F4, il reçoit un Carton Rouge dans son casier avec pour seule mention : From F4. Et là, l'enfer commence pour celui qui l'a reçu… » faisait la voix, tout bas.
« L'enfer ? »
« Il est traqué, humilié, persécuté par toute l'école au nom du F4. Et comme les amis du destinataire d'un Carton Rouge sont aussi martyrisés, tous ses amis l'abandonnent, il est exclu de tout lien social. La victime finit toujours par quitter l'école, » conclu la petite voix.
J'étais vraiment choquée, comment pouvait-il exister une telle dictature dans une école ?! Que faisaient les profs ? Le directeur ? Les parents des élèves ? J'ai tourné la tête vers ma compagne pour lui demander des explications, et j'ai découvert Kishiro. Dès cet instant, elle est devenue ma meilleure amie au Japon et ma seule alliée à Eitoku.
« Chut, je t'expliquerai plus tard, hors de l'école. Pour le moment, ne dit rien et ne fait rien, il ne faut pas se faire remarquer si l'on ne veut pas devenir la cible du F4. »
J'ai hoché la tête et j'ai attendu. Le pauvre gars ! Fuhito Maeda était trainé au milieu des élèves surexcités qui braillaient et lançaient des détritus sur lui. Nous étions dans la cantine, c'était un remue-ménage incroyable, les tables étaient repoussées contre les murs, les chaises entassées dans un coin, tandis que plusieurs élèves transportaient quatre grands fauteuils profonds et visiblement confortables, qu'ils déposèrent face à la foule. Et puis d'un coup, il y a eu ces cris perçants qui vrillaient nos tympans : c'était comme si j'avais été instantanément transportée dans un concert de Justin Timberlake ou un autre de ces chanteurs à midinettes ! Les filles hurlaient en se pâmant tandis que les garçons scandaient en cœur : « F4 F4 F4 F4 F4 ! » Bientôt, ce fût toute l'école qui raisonna du nom du F4, tandis qu'enfin les garçons tant attendus faisaient leur apparition :
Dômyoji Tsukasa en tête; le leader du F4 était l'héritier de la plus grosse compagnie japonaise, un véritable empire qui l'amènerait à diriger l'économie du Japon, il faisait partie de ceux que l'on appelle communément les ploutocrates : ces hommes qui gouvernent un pays par l'argent. Dômyoji-san était un beau garçon –bien que pas du tout mon style, mais les goûts et les couleurs…- et avait cette particularité que certains de ses camarades japonais tentaient d'imiter en secret : les cheveux frisés ! Présomptueux et colérique, il ne tolérait aucune résistance et faisait facilement usage de ses poings.
Hanazawa Rui, était une énigme à lui tout seul. Malgré la fortune et le pouvoir de son père, lui aussi président d'une énorme entreprise, je ne comprenais pas bien quelle était sa place dans ce groupe. Constamment caché derrière un masque d'impassibilité, ne prenant jamais part aux humiliations, affichant un désintérêt pour tout ce qui faisait le F4, je soupçonnais que son appartenance au groupe fut juste une résultante de sa profonde amitié pour les trois autres garçons – là encore, j'avais du mal à comprendre pourquoi. Quand au physique, personne ne restait longtemps indifférent à Hanazawa-san, son sourire rare mais lumineux et ses cheveux roux qui le rendaient si singulier, faisaient de lui un garçon très attirant.
Mimasaka Akira, avec ses vêtements colorés, ne cachait rien de ses origines : il était, paraît-il, le fils d'un chef du milieu « underground ». Le genre de gars à qui il vaut mieux ne pas se frotter. De plus, sa réputation le précédait : Mimasaka-san était un véritable tombeur qui préférait les femmes plus âgées et mariées de surcroit. A ce sujet d'ailleurs, plusieurs hypothèses circulaient sur les raisons d'une telle préférence, mais surtout sur ces femmes. Tous les élèves se sont un jour posés la question : « Et si ma mère… » Moi je préférais ne pas y penser ! Evidemment, en membre du F4 digne de ce nom, Mimasaka-san était beau, ses longs cheveux bruns encadrant son visage jovial, des yeux rieurs, il était incroyablement sexy !
Et puis quand il est entré dans la pièce, mon cœur a fait des bonds dans ma poitrine, des petites étoiles se sont misent à danser devant mes yeux, enfin bref la totale, quoi ! Nishikado Sojiro ! La perfection faite homme ! Ses cheveux noirs, fins et soyeux, coupé en un carré court, tombaient de chaque côté de son visage, encadrant son minois parfait. Ce visage… Ce visage m'a fait rêver des nuits entières ! Ses yeux en amande qui scrutaient intensément son interlocuteur, ce sourire qui attirait irrésistiblement tout être qui le croisait, cet air si mystérieux et ses attitudes de gentleman, … Oui, Nishikado-san aurait pu être l'homme parfait ! Sauf que, plus encore que Mimasaka-san, Nishikado-san aimait les femmes, et elles le lui rendaient bien. Il n'était jamais deux fois au bras de la même, et toutes se battaient pour lui, et il le savait ; il émanait de lui une arrogante sensualité. Ahhh. Ses parents avaient fait fortune dans le thé, et lui-même était devenu Maitre de Cérémonie. Et cet homme hantait mes nuits depuis deux ans, sans que je ne lui ai jamais parlé, ni même approché. A mes yeux il était des ces êtres si beaux, si mystérieux, intouchables pour le commun des mortels, qu'ils n'existent qu'en rêve.
J'aurais pu continuer longtemps dans mes pensées voluptueuses, si une fille n'avait pas écrasé mes pauvres doigts de pieds avec ses Jimmy Choo. Grrr !
J'ai alors reporté mon attention sur Maeda-san. Au milieu du cercle compact des élèves, debout devant le F4 dans leurs fauteuils comme un accusé devant un jury, le pauvre garçon tremblait de tous ses membres, couvert de détritus et trempé ; rien ne lui avait été épargné. Quelle bande d'ordures !! Puis Dômyoji s'est redressé, et instantanément, ce fut le silence, on entendait plus que les grincements des dents de Maeda-san qui attendait sa sentence.
Lentement et calmement, Dômyoji-san s'est levé, simultanément Kishiro a fermement attrapé mon bras et l'a bloqué sous le sien ; Tsukasa s'est dirigé vers sa victime avec un sourire diabolique, doucement et discrètement Kishiro m'a entraîné vers le fond de la salle; Dômyoji Tsukasa a balancé son poing dans l'estomac de Maede Fuhito avec une force incroyable, Kishiro a plaqué sa main sur ma bouche et étouffé mon cri de justesse et raffermit sa poigne autour de mon bras m'empêchant ainsi de me ruer vers le malheureux ; le leader du F4 triomphait sous les hourras de son public tandis que Maede-san était allongé sur le sol en pleurant sous les sifflets des élèves, Kishiro m'a suppliée du regard et entraînée hors de la cantine.
« COMMENT PEUT-ON FAIRE DE TELLES CHOSES ?! » j'ai explosé, une fois à l'abri des oreilles et des yeux indiscrets. « Et comment peut-on cautionner ça ? Ces élèves qui s'acharnent sur leur propre camarade de classe ! C'est… C'est … »
« Vous ne faites pas ce genre de choses en Amérique, n'est-ce pas … » m'a dit doucement Kishiro
« Mais c'est inhumain ! Bien sûr qu'en Amérique on ne fait pas ce genre de choses ! On met des punaises ou de la colle sur la chaise des profs, on attache la tête de nœud du lycée au mat de l'école, ou on met des grenouilles dans les casiers,… enfin ce genre de blagues innocentes quoi ! Pas ça ! C'est de la cruauté, de la dictature ! Je suis même sûre que c'est interdit par la Convention de Genève, ça !»
« La convention de Genève c'est pour les détenus de guerre ! » m'a corrigée ma nouvelle amie amusée.
« Mais c'est la guerre !! Ce qu'ils font, c'est la guerre ! Et puis cette école, pas de doute, c'est une prison, dont les élèves sont tour à tour matons et prisonniers ! » me suis-je exclamée avec virulence.
« Yokoshi-chan, tu exagères ! » m'a réprimandée Kishiro.
« Ah oui tu es sure … »
(Fin du Flashback)
Après cette journée, sur les conseils de Kishiro, j'ai toujours soigneusement évité le F4, et Kishiro-chan et moi sommes devenues inséparables, les injustices du F4 nous révoltent toujours autant, mais nous ne pouvons rien y changer… Enfin une certaine Makino Tsukushi y est arrivée, elle ! Cette enfant de roturier a mit une droite légendaire à Dômyoji-san et mit fin à elle toute seule au système des Cartons Rouges ! Bon, la pauvre, en prime elle s'est récupéré Dômyoji-san ! Il en est tombé fou amoureux ! Si ça la rend heureuse… il ne faut pas contrarier les fous !
Et voilà, maintenant qu'on peut vivre presqu'en paix à Eitoku –il faut encore que je trouve comment me débarrasser de cette vipère de Yuriko sans laisser de traces- je me retrouve avec le F4 sur le dos !
« Pff dans quel merdier je me suis encore mise ? » je soupire à l'attention de mon amie.
« Tu sais Yokoshi-chan, ce n'est peut-être pas une si mauvaise chose ce pari finalement, » répond Kishiro pensive.
« Huh ? »
« Et bien c'est peut-être ta chance. Ta chance de réaliser un rêve : séduire celui dont tu rêves depuis deux ans ! »
« Mais non c'est stupide, Kishiro-chan ! Ce pari je vais le perdre, et je serais humiliée, obligée de quitter l'école ! »
« Oh, Yoko, ça fait si longtemps que tu me bassine avec Nishikado-san, » rétorque mon amie en minaudant. « Saisis l'occasion ! C'est peut-être ta seule chance, c'est peut-être le destin… »
Malgré moi, cette idée se fraye un chemin dans mon esprit : et si Kishiro avait raison… Nishikado-san est à portée de main… Il me faut juste trouver le moyen …
A suivre Chapitre 3: Rumeur
