Note: Chapitre ultime, cette fois c'est sûr.

Disclaimer: Rien est à moi, tout est à Elle, Rowling !


« Crimen Amoris » Paul Verlaine

' Crime d'amour '

Le drap brûlait de chaleur humaine, se collait contre la chair reposée. Ce n'était plus la Salle sur Demande, c'était le Tribunal des Désirs. Tribunal où l'on crie de toute notre âme que l'on est coupable ! Où nos yeux s'illuminent de bassesse, où notre peau transpire de honte. Coupables d'être autant heureux.

N'imaginez pas une pièce. N'imaginez pas la chaleur étouffante qui opprimait leur poitrine, la perlant de moiteur. N'imaginez pas le parquet qui grince, s'insurge de cette liaison condamnée. N'imaginez pas les murs dont le vernis a coulé, où les fleurs qui meurent sentent si fort et si bon l'interdit. N'imaginez pas le toucher abrupt du bois du lit, du lit trop étroit qui supporte egos, mensonges et non-dits.

Imaginez les rires étouffés. Imaginez la peur refoulée. Imaginez des baisers qui se veulent violents, qui ne sont que passion. Imaginez des coups portés au cœur, qui s'achèvent en caresses.

Ils se faisaient face, couchés sur ce grand lit. Le visage vide d'expression, ils se faisaient face. Ils étaient sourds au bruit de dehors. Ce bruit infernal comme si Atlas, mourant d'envie face à aux humains, leur avait jeté le Ciel à la figure. Leur jetait le poids du Monde. Alors Atlas avait écrasé le Ciel sur la Terre. Les deux opposés ne faisaient plus qu'un.

La Lionne et le Serpent.

Sourds aux cris, aussi. Ces cris effrayants qui résonnaient, courraient avec le vent, ricochaient contre les murs, s'insinuaient trop fort dans leurs tympans.

« Je ne veux pas y aller. »

La plainte s'envola dans l'air, resta en suspens. Et puis, trop lourde, elle tomba sur la bouche de Malefoy.

« Encore 5 minutes. , décida-t-il »

Elle ne voulait pas y aller. Elle voulait rester là. Là. Ici. Dans ces draps. Dans cette délicieuse connerie. Dans cette connerie qui les faisaient divaguer, tomber amoureux, devenir lâches, devenir égoïstes.

« C'est trop court, 5 minuscules minutes.

-Tu veux toujours plus, tu veux tout, toujours. , lui jeta-t-il, cruel. »

Elle glissa encore plus près de lui, proche de son front, l'effleurant seulement. Et sa main s'éleva lentement dans l'air, telle une marionnette, jusqu'à la joue gracile et creuse du jeune homme. D'abord douce, elle joua soudain de ses longs ongles et le griffa, fort, méchamment. Pour le punir, oui pour le punir de tous ces spasmes de désir qui lui rendaient la vie terriblement agréable. Et c'était drôle ces traînées pourpres, vulgaires, ces traînées de sang sur cette peau si blanche, si claire, si irréelle.

Il ne broncha pas, aucun rictus, aucune provocation. Alors doucement, le pantin qu'elle était devenue se redressa. Sa tête se tenait trop droite, ses mouvements trop saccadés trop répétés, sa peau devînt glaciale, prête à mourir. Ses cheveux coulaient, épars, sur sa nuque et son front, caressaient ses bras. Elle était debout, elle tentait de rester de debout. De ne pas s'allonger encore sur ce grand lit et effleurer les deux griffures qui coulaient sur la joue de ce Serpent; ne pas boire l'air qui sort de ses lèvres; de ne pas le supplier de l'aimer encore, encore. Encore ...

« Le Serpent a fini par te mordre, Beauté. Et le venin dans tes veines ne te tuera pas, ce sera pire. »

Rester Malefoy. Ses muscles se contractaient ses muscles faisaient mal tout son corps faisait mal. Rester Malefoy. Rester sur ses positions rester froid rester con. Rester Malefoy. Ne pas devenir niais ne pas laisser battre son cœur. Rester Malefoy. Faire mal blesser abattre pour oublier plus vite. Rester Malefoy. Digne fier arrogant. Rester Malefoy. Aucune émotion aucun sentiment aucune pitié. Rester Malefoy.

Il laissa son regard remonter vers elle. Adossée contre la porte, il scruta ses paupières fermées, fermées sur leur monde et il se moqua de ce qu'elle devait penser. Ses cheveux tombaient en masse brumeuse et épaisse, croulaient sur ses épaules, en bataille, comme ils l'ont toujours été. C'était étrange puisqu'ils lui donnaient un autre air, fous comme ils étaient, un air sauvage et indomptable, striant son visage de mèches denses, cachant un œil, glissant sur sa bouche. Sa bouche ... Sa bouche incarnadine, grenadine. L'embrasser c'était boire un vin qui enivre, aliène à la première gorgée et tout autres fruits, addictions n'auront plus aucun goût, aucune saveur, tout sera fade, stérile, superflu et vide. Tout sera Rien. Comment disait ce poète moldu, ce français qu'elle serrait contre elle « [Le Baiser] Volupté nonpareille, ivresse inénarrable », ce Verlaine.

« Tu vas me laisser partir ? »

La réponse fut avortée, inutile. La réponse aurait été une erreur, une erreur de plus dans toutes leurs erreurs. De toute façon elle était déjà partie, sans un bruit, sans claquer la porte puisque c'était en eux qu'était le vacarme et le déni.


Alors c'était ça la Mort. C'était avoir froid et chaud en même temps. Mourir de peur et mourir tout court. C'était être surpris par les sorts, surpris par la Faucheuse. C'était des décombres et des personnes dessous. C'était un ciel couleur de la douleur et de l'agonie, où les nuages sont les derniers souffles et le vent l'ultime mouvement. C'était se tenir droit à côté des Allongés et ne pas tourner la tête vers leur regard, ce drôle de regard. C'était garder sa baguette, en faire un prolongement du bras, y concentrer toute sa force, toute son envie de vivre et tout son savoir. C'était transformer Poudlard en champ de bataille et graver une légende nouvelle sur ses murs effondrés, une légende écrite avec du sang, n'importe lequel fut-il.

Il se tenait un ballet macabre et funeste où l'on dansait pour ne pas mourir et où chaque pas donnait encore l'envie de vivre. Les bras s'allongeaient haut, s'étiraient comme portés par un curieux vent qui aidait à mieux respirer, donnait l'Élégance de la Vie, la Grâce d'être vivant. Ils fouillaient en eux pour trouver la part de blancheur qui débordaient d'eux devant chaque jour qui se lève, toujours; le bien-être qui éclate en eux lorsque l'eau trop chaude s'écrase contre la peau, et coule, coule et dégouline; le délice que procure une caresse contre la peau fatiguée et lasse. Ils pensaient à tout cela pour tuer maintenant et vivre après. Quelle connerie hein, de faire de la Mort un Art.

C'était un temps à mourir. Un temps aride et sec où la nature morte accueillera votre corps mort. Un soleil si intense et si fort, irradiant la peau de caresses brûlantes, explosait dans un ciel stérile. Stérile d'air, de nuage, de fraîcheur, de bleu.

Et tout ce monde qui s'entre-tuait, et toutes ces causes et idéaux qui se mêlaient, des visages connus et inconnus se combattaient, se frôlaient, s'oubliaient. Certains tombés ne sombreraient jamais dans l'Oubli, Colin Crivey venait d'expirer.

Ils s'aperçurent.

Il était effrayant, suintant le pouvoir et la domination, expirant un air de force et de supériorité. Dans chaque geste il jouait de prestige et d'hautaineté. Il s'habillait de gloire et d'autorité, dans un costume désacralisé et débraillé où il avait l'air d'un homme sombrant dans la folie. Exquise folie, doux délire, délicieuse psychose qui lui donnaient le spectacle de cette bouche haineuse et irrésistible lorsqu'il l'aperçut.

Ils firent quelques pas l'un vers l'autre et ne ils s'abstinrent de tout geste, s'observant seulement de loin.

George Weasley fut le témoin de cette étrange réunion, de l'incroyable regard fiévreux que lançait Hermione, de l'hésitation qui perçait ses pupilles, de cette bouche entr'ouverte qui laissait le silence formuler ses phrases. Et Malefoy qui se cachait derrière son air supérieur et son dédain. Le Serpentard leva soudainement sa baguette, les sourcils froncés, le visage impassible et sévère et un sort vert fusa.

Une brusque panique envahit George; et Hermione si calme et si placide demeurait concentrée et immobile, horriblement sereine. Mais le sortilège ne l'atteignit pas, il explosa sur une Capuche Noire qui s'affaissa au pied de la Griffondor. En face d'elle, Malefoy lâcha sa baguette, abandonna sa brusque effronterie et son indolence pour un sourire en coin incroyablement plaisant et résigné.

« Le Venin du Serpent t'emportera-t-il ? Cria-t-il, s'esclaffa-t-il.

-Non ! Pourtant survivre se serait comme … mourir. , dit-elle comme une moquerie »

Ils rirent fort.

Le même air résigné se figea sur le visage d'Hermione, sa baguette fit un mouvement lent, elle voulut comme suspendre le temps, que tout se fige et soit hors contrôle. Sans aucune logique, dénué de sens, que tout soit irréel et irréfléchi, stupide et horriblement délicieux à vivre; comme eux.

L'Avada Kedavra lui sembla beau à voir, ce vert, cet émeraude était un souffle de la Mort.

Malefoy tomba à genoux, puis s'effondra sur le côté. Et ses paupières s'étaient closes. Il régnait sur son visage une accalmie intense et une plénitude réjouissante. Et sur sa joue les griffures de la Lionne la firent sourire. Seules traces de mois de passion dévorante et usante.

Mais il était mort. Mort. Tué d'Amour, crevé d'Amour. Pour un crime d'Amour.

Malefoy était Libre.


Point final de cet ultime chapitre.

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