Auteur : Crazyitachi-la-malade-de-Shaka~


De Profundis Clamavi

CHAPITRE 3

Le policier ôta sa plaque qu'il rangea dans sa poche et rajusta son holster pour qu'il soit plus discret, voire invisible. Le capitaine de police Schiffer ne payait pas de mine. Petit, frêle, il avait l'air de n'avoir que la vingtaine, mais il avait déjà la trentaine et cachait beaucoup de muscles.

Il avisa sa montre et sut qu'il aurait du retard, mais il n'accéléra pas l'allure pour autant. Quelques minutes plus tard, il était dans sa voiture et filait vers le cimetière pour l'inhumation. Il avait été exempté de cérémonie, son affaire en cours l'avait retenu trop longtemps.

Il se gara en retrait par rapport à la famille et descendit jusqu'à rejoindre l'arrière de la procession.

« En retard, Ulqui ? C'est rare, dis donc.

-Une affaire urgente. »

L'homme qui venait de s'avancer près du capitaine de police avait des cheveux argentés, courts.

« Hm, bien réglé j'espère ?

-Non. C'est toujours la même.

-Ma ma ma, il faudra qu'on lui mette du plomb dans la tête alors ?

-S'il refuse de se battre, on aura tout perdu. »

Les deux hommes se turent soudain, poussés par le regard noir d'une rousse sulfureuse. Malgré sa robe noire et son élégance, elle ne pouvait cacher qu'elle était plus une femme fatale qu'une jeune timide.

« Ran-chan…

-Gin, Ulquiorra, vous devriez avoir honte de ne pas être devant à le soutenir. »

Elle n'eut aucune réponse, mais elle leur avait fait comprendre le message. Elle repartit à l'avant de la procession, rejoignant un homme aux cheveux rouges.

« Elle a raison. Allons-y. »

Ulquiorra prit les devants et, discrètement, se retrouva aux côtés d'un jeune homme. Il était grand, avec une carrure impressionnante et des cheveux d'un bleu pur et électrique. En voyant son ami capitaine, il lui lança un regard et reprit son observation du cercueil.

« T'étais pas obligé d'venir à un enterrement supplémentaire, t'sais.

-C'était il y a six mois.

-Ah, j'croyais que c'était deux.

-Hm. Tu n'es pas triste, Grimmjow. »

Le susnommé fronça les sourcils et attendit que les proches aient fini les derniers éloges funèbres avant de répondre :

« J'sais pas. Il ne m'laisse pas des cadeaux. »

Quelques heures plus tard, Grimmjow était dans la salle de réception, presque seul. Tout le monde était parti, sauf ses amis les plus proches. Il était assis dans un fauteuil un verre d'alcool à la main. Du haut de ses vingt-huit ans, il devenait le dépositaire d'un des plus gros empire financier du monde, Pantera Inc. Lui qui avait fait ses études de médecine puis spécialisation en ostéopathie ne trouvait pas que c'était un cadeau.

« Alors on passe aux choses sérieuses. Vous allez encore me persuader d'reprendre son truc ? »

Grimmjow but une gorgée. Depuis le début c'était comme ça. Ses amis, les actionnaires, tous, ils souhaitaient qu'il reprenne l'affaire parce que de loin, Grimmjow était le plus intelligent et le plus humain de sa famille, malgré les apparences.

« Pourquoi tu refuses autant, Grimm ?

-Simple Renji, ce truc, c'est pas l'mien. C'est l'sien. Et j'veux pas faire comme lui. »

Rangiku lança un regard appuyé à Ulquiorra qui restait impassible.

« Grimm, pourquoi tu le détestes autant ? Il n'a jamais été présent, oui, mais il était attentionné quand il était là. »

Le concerné grogna. Son père avait été un père qui faisait son travail. Et c'était justement là qu'avait été le problème.

« Etre père c'était pour lui un boulot, moi, j'fais pareil. Mon boulot d'fils. Je l'enterre et j'fleurirai sa tombe de temps en temps.

-Et reprendre le flambeau ? »

Gin soutint le regard noir que lui lança tout à coup Grimmjow. De ses quatre amis, Gin Ichimaru était le seul qui n'hésitait pas à braver Grimmjow, quitte à le mettre en colère. Renji évitait de franchir la limite, sachant que son ami pouvait se montrer très violent et dangereux. Rangiku aimait particulièrement l'agacer mais elle ne cherchait pas les conflits.

« Pour aller faire la guerre à votre Aizen ? Non merci. J'veux pas m'emmerder à aller attaquer un gros ponte mafieux alors que j'le connais même pas. Désolé pour toi Ulquiorra, mais j'te suis pas là-dessus.

-Hirako et Muguruma ne s'insurgeront pas d'être mort en vain de toute manière ! lança Gin en plaisantant. Après tout, c'est si drôle de mourir. »

Grimmjow se redressa, les poings serrés.

« Si t'es si malin, vas-y, prend ma place. J'ai jamais d'mandé à être dans c'te famille. J'crois même que j'aurais jamais dû y être dans c'te famille alors j'me saoulerai pas pour elle. »

Rangiku lança un regard inquiet à Gin, l'invitant à cesser de lancer de l'huile sur le feu, mais c'était mal le connaître.

« Jamais ta place ? Pourtant, ta mère a bien été épousée, non ? Ou tu crois encore que ton père l'a fait pour les apparences ? Parce qu'il avait engrossé une junkie ? »

Grimmjow ne tint plus et lança son verre avant de frapper Gin de toutes ses forces. Il fallut l'intervention de Renji et Ulquiorra pour retenir le fils. Quand on réussit finalement à calmer Grimmjow, Gin ajouta :

« Il se battait contre Aizen parce qu'il avait fait de ta mère cette junkie et une prostituée. Pourquoi tu veux pas l'admettre ?

-Gin ! N'en rajoute pas ! s'exclama Renji.

-Il a raison ! »

Ulquiorra ne disait rien, observant les muscles de son ami se tendre sous la rage. Grimmjow avait toujours eu des problèmes avec ses origines. Il était persuadé que son père avait engrossé une 'pute' mais l'avait épousée pour la forme. Ce qui était crédible vu qu'il ne l'avait pas aidé quand elle avait replongé dans la drogue après son accouchement.

« Monsieur ? »

Grimmjow fit volte-face, relâché par les deux hommes, et aperçut son intendant.

« Shaw-Long ? T'avais ton congé, non ?

-J'ai pensé que Monsieur souhaiterait avoir quelque compagnie. Mais je vois que vous êtes avec vos amis, je vais vous laisser.

-Non. Je partais de toute manière. »

A la porte, Grimmjow remarqua quelqu'un d'autre.

« Tu es là aussi, Ilforte ?

-Bien entendu ! Je suis là depuis le début, Grimm.

-Pff… »

Proche de la sortie, Grimmjow se retourna vers ses amis.

« A plus. Et rangez pas, j'ai engagé des gars pour ça. Rentrez chez vous et oubliez que j'suis l'fils d'un roi financier et d'une pute, okay ? »

Il s'éclipsa rapidement ensuite, rejoignant la berline noire. Shaw-long monta à la place du chauffeur, Ilforte et lui derrière.

« Cela s'est bien passé, Monsieur ?

-… Bof. On l'a enterré, c'est fini. Et ils veulent tous que j'reprenne sa place. J'veux pas.

-On rentre et on boit jusqu'au coma, Grimm ?

-ça sonne bien, ça, Ilforte. Ouais, j'vais m'bourrer la gueule et oublier toutes ces conneries. »

Les trois hommes arrivèrent rapidement à la demeure Jaggerjack. Shaw-long ouvrit les portières et s'occupa de débarrasser son employeur de sa veste. Il était le majordome et l'intendant de l'immense manoir depuis longtemps maintenant. Tout comme son père, et avant, son grand-père, il prenait un soin particulier à s'occuper du quotidien de la famille Jaggerjack.

Ilforte était un enfant en quelque sorte adopté. Il était un peu plus jeune que Grimmjow et était arrivé au manoir suite à la mort de ses parents, sa mère ayant été la très chère sœur du père de Grimmjow. Ilforte avait aussi un frère, mais ils ne s'étaient jamais supportés. Quand les parents étaient morts, Syazel Aporro n'avait rien voulu savoir et était parti en laissant son frère livré à lui-même.

Depuis, Grimmjow et Ilforte étaient un peu comme deux frères.

Maria Jaggerjack était morte tôt, quand Grimmjow avait une dizaine d'année. Elle n'avait jamais vraiment été une bonne mère, mais il fallait croire que la drogue ne lui en laissait pas tellement l'occasion. Alister Jaggerjack était un homme responsable qui, lorsqu'il découvrit qu'elle était enceinte, s'occupa de ses devoirs avec zèle. Il éleva son enfant comme un héritier légitime, l'éduquant convenablement. Ce qui signifiait qu'il ne lui donna jamais d'amour et laissa son majordome s'en charger.

Alister s'était occupé de Grimmjow avec beaucoup d'attention, mais par procuration. Au final, Grimmjow n'avait qu'un frère à ses yeux, et un substitut de père en la personne de Shaw-Long. Malgré tout le ressentiment que Grimmjow pouvait avoir, il avait beaucoup de points communs avec son père, quoiqu'il put en dire.

Pour commencer, il était son portrait craché. De sa mère il n'avait pas grand-chose de commun, excepté peut-être sa manière de parler. Il avait hérité son esprit vif de son père, l'exacerbant de lui-même ensuite. Au niveau du caractère, les deux hommes se rejoignaient également. Ils étaient froids avec tout le monde, n'acceptant de montrer leur faiblesse à personne, pas même à leur reflet dans un miroir.

Grimmjow Jaggerjack était un cœur endurci, égoïste sur les bords et réputé, à tort, pour être une sorte de 'bâtard' sans cœur. Il pouvait parfois faire preuve d'attention envers ceux qu'ils jugeaient dignes mais qu'il ne dirait jamais aimer, il n'hésitait pas à détruire ceux qui le provoquaient mais il avait appris tôt à maîtriser sa colère qui l'avait conduit en maison de correction déjà une fois.

Aujourd'hui, il était un médecin spécialisé en ostéopathie. Un ex futur délinquant récidiviste rangé, mais toujours un homme au caractère trempé et à l'altruisme extraordinairement limité.

« Ilforte… Pourquoi ils veulent tous que j'prenne la place ? »

Les deux hommes étaient avachis dans le canapé, un verre à la main.

« Peut-être parce que tu es très compétent ?

-Pourquoi pas toi ? T'es pas con, t'es doué en commercial et tout, et en plus, t'es quasiment adopté.

-Quasiment Grimm. Ça veut dire que non. Et puis… je suis pas capable d'être aussi agressif qu'il le faut. Mais quoique tu décides au final, je serais derrière toi et te pousserai.

-Tch… J'en ai marre. »

Ilforte haussa un sourcil.

« Marre ? De quoi ?

-De tout. J'suis fatigué, t'sais. Toujours d'voir tout cacher parce que j'suis l'fils de l'autre et de ma mère… Si je prends la tête, à coup sûr les magazines ressortiront toute leur connerie sur « la putain qui devint une reine ». J'vois les nouveaux gros titres : « le fils de la putain devient roi »

-Grimm… C'est…

-J'en ai marre. Ma mère était pas qu'une putain.

-…

-C'était aussi une junkie. »

L'humour n'atteignit pas Ilforte.

« Je l'ai connu assez pour savoir qu'elle t'aimait malgré tout. Si elle avait pu s'en sortir, elle aurait été une mère géniale. Rappelle-toi les moments où elle était lucide !

-…

-Cette foutue drogue et le lavage de cerveau l'ont détruit. Elle avait besoin d'un soutien et…

-Personne lui a donné. Pas même mon père.

-…

-C'là qu'est l'blem, Ilforte. J'veux prendre cette place, parce que si ma mère est morte, c'est d'la faute de c'connard d'Aizen. J'veux être ce roi pour la venger. Mais si j'prends cette place, ça veut dire que j'suis les traces d'un précédent roi qui n'a rien fait pour protéger celle qu'il était censé un peu aimer. J'veux la venger, mais j'veux pas faire plaisir à un autre connard. »

Un long silence s'installa.

« Shaw-Long ?

-Monsieur ?

-Qu'est-ce que j'dois faire ? Ulquiorra dit qu'Aizen est un vrai démon. Si je l'affronte, je dois être sûr d'être au mieux de ma forme. Mais comment le savoir ?

-… Aizen ne sait rien de ce que vous allez faire, Monsieur.

-Que veux-tu dire ?

-Pourquoi ne pas aller voir de quoi il retourne vous-même ? Vous allez dans un de ses clubs où les activités les plus illicites se déroulent, vous observez et ensuite, vous décidez.

-…

-L'élément de surprise pourrait être le suivant. Vous annoncez que vous abandonner Pantera Inc. Et vous allez voir. Si vous n'êtes pas convaincu du bienfondé de ce combat, il n'y aura plus qu'à battre en retraite, mais dans le cas contraire…

-Je l'attaque par surprise.

-C'est cela, Monsieur.

-C'est dangereux, Grimm.

-Mais c'est une très bonne idée. J'suis p'têt intelligent ou doué ou j'sais pas c'que tout le monde dit, mais j'ai pas d'expérience. Lui, il fait ça depuis des années.

-Demande au moins conseil à Ulquiorra, non ?

-Des hommes, qui plus est des policiers, ont déjà été tués, Monsieur. »

Grimmjow fronça les sourcils.

« Je vais leur demander de venir, tous.

-Pardon ?

-On va faire une fête d'anniversaire. »

CCC

Grimmjow conduisit ses amis dans un salon. Assis autour d'une table basse, sur des canapés, ils regardaient le jeune homme avec attention. Gin hochait la tête, se demandant si Grimmjow avait changé d'avis, Renji et Rangiku étaient prêts à soutenir la décision finale, Ulquiorra était passé, sur demande, chercher quelques dossiers, et Ilforte et Shaw-Long attendaient de voir les réactions.

« Je vais annoncer mon abandon ce soir, par conférence de presse.

-Qu…

-ça fait partie d'une stratégie dont j'ai parlé avec Ulqui. Tu dis ?

-… Grimmjow a décidé d'attaquer Aizen. Mais de front, cela est suicidaire. L'annonce de son abandon nous donnera un avantage.

-Et pourquoi on est là ? demanda Renji.

-J'ai besoin de votre soutien.

-Tu l'as déjà, patate ! s'exclama Rangiku.

-… Je compte faire ma fête d'anniversaire dans un des clubs d'Aizen, pour voir ce qu'il en est.

-Et tu choisiras définitivement après, je suppose ? »

Gin venait de parler.

« Oui.

-Hm… Tu as choisi Las Noches, n'est-ce pas ?

-Oui, c'est le plus connu et aussi celui qui est le plus dans le feu a dit Ulquiorra.

-C'est là-bas qu'ont été tué deux infiltrés. »

Ulquiorra baissa les yeux en respect pour les regrettés.

« Mais c'est aussi là-bas que j'ai un ami qui a disparu.

-Izuru Kira. Expliqua Ulquiorra. J'ai dû classer l'affaire sous la pression, faute de preuves.

-Mon petit Izuru a été tué par Aizen.

-Gin… Murmura Rangiku, concernée. On ne sait pas encore, il… »

Le silence s'installa mais Grimmjow le brisa sans scrupule.

« J'vois qu'Aizen fait l'unanimité contre lui… J'vous promets rien. J'irai voir. Je veux pas aller en guerre si j'suis pas motivé jusqu'aux tripes. »

Renji n'avait encore rien dit, il semblait peu emballé à l'idée de se lancer dans l'affaire.

« Je veux bien te suivre, mais laisse-moi une chance de m'en sortir. J'veux pas attirer d'ennui à Rukia, tu sais.

-Ouais, j'sais que son frère est très à cheval sur les fréquentations. T'inquiète, si ça vire mal, on te laisse faire ce que tu veux, Ren.

-Merci, Grimm. »

Le chef du groupuscule reprit.

« Alors on va écouter notre cher capitaine faire le topo. Comme on est des privilégiés, on peut être mis au courant de l'affaire. Ulqui ?

-Hm. En partie. »

Le policier se racla la gorge.

« Aizen Sôsuke est un homme très fort et intelligent. Il sait que ses activités illégales sont sous étroite surveillance et sait comment nous déjouer, n'hésitant pas à faire éliminer les gêneurs sans laisser de preuve. Son dernier lieu de trafic s'appelle Las Noches. C'est là-bas que passe le plus gros de son commerce, bien caché derrière une devanture de club gay et huppé. »

Ulquiorra prit un dossier et montra deux fiches de policiers.

« Le lieutenant Hirako et son coéquipier Muguruma ont été exécuté il y a six mois. D'après ce que j'ai pu trouver, leur couverture avait été démasquée. Néanmoins, avant de mourir, on nous avait fait parvenir des informations très utiles.

-Comme ? Demanda Gin.

-Aizen aurait ramené, récemment, un nouveau danseur. D'après ceux qu'on a interrogé, c'est exceptionnel. Il bénéficie d'un traitement de faveur particulier de la part d'Aizen.

-Vous voulez vous servir de lui pour atteindre, Aizen ? Demanda Renji.

-Non. Cela sera très difficile car, d'après Hirako, ce jeune homme est plus menacé que consentant.

-Qu'est-ce que ça veut dire ? S'inquiéta Rangiku.

-Je ne peux dévoiler plus d'informations. Tout ce que je vous conseille pour le moment, c'est de réserver une soirée complète avec lui. Il est le plus célèbre, le plus cher, le plus doué, vous passerez sans problème pour un groupe de jeunes riches.

-Et c'est c'que préfère Aizen. Les gars riches qui aboulent la monnaie.

-C'est immoral ! S'exclama Renji. Il faudrait…

-Ça veut dire que l'un d'entre nous va se faire le gamin sous prétexte de voir s'il serait prêt à nous aider ?

-Ouais. Trancha Grimmjow. Faut se mouiller un peu dans ce genre de truc.

-J'espère pour toi qu'il est bien fait, Grimm-chan. »

La voix cinglante de Gin remit un peu de bonne humeur. Ulquiorra sortit un dossier.

« Ichigo Kurosaki, 19 ans depuis peu. Voici sa photo. »

Tout le monde regarda le papier avec attention, Grimmjow le vit en dernier. Sur la photo, le jeune homme avait l'air totalement épuisé, les yeux cernés et le regard un peu hagard.

« Il a été arrêté ?

-Possession et usage de drogues. »

Grimmjow se tendit. Encore un qui n'avait rien demandé et se retrouvait dans les filets d'un manipulateur qui le transformait en junkie…

« Kurosaki est, d'après ce qu'Hirako a pu m'en dire et ce que je peux dire, un jeune homme plein d'espoir et réellement talentueux. Aizen l'a simplement brisé pour mieux s'en servir. »

Un long silence s'installa, paraissant durer une éternité. Grimmjow tenait la photo entre ses doigts, n'arrivant pas à en décrocher et les yeux rivés vers le visage du jeune homme. Il avait un regard magnifique. Même avec cette expression blasée, il voyait une étincelle, une étincelle qui crépitait faiblement, mais qui paraissait si belle.

Ichigo Kurosaki.

Oui, ce jour-là, Grimmjow se dit qu'il devrait faire quelque chose. Il n'était pas sûr, partir dans une vendetta était une campagne ardue et qui s'avèrerait de longue haleine, surtout contre Aizen. Mais, pour la première fois de sa vie, en regardant ces yeux ambres si vides et pourtant si expressifs, il pensa à sa mère, à ses amis blessés et à tous ceux qui seraient les prochains.

Ce jour-là, cette simple photo piqua le peu d'altruisme dont il était capable. La force d'un jeune homme qui se cachait dans ses yeux et dans les reflets dorés de ses cheveux d'incendie.

CCC

« L'on m'a rapporté certains faits hier, est-ce vrai, Ichigo-kun ? »

Le jeune homme gardait les yeux baissés. C'était toujours pareil. Depuis le soir où il avait été enlevé par Shinji, c'était le début de l'enfer. A tel point qu'il se demandait si Shinji avait réellement voulu l'enlever. Les souvenirs de cette nuit-là étaient si flous pour lui. Mais les jours qui avaient suivis non.

Aizen refusait de le blesser physiquement, il ne fallait pas abîmer son étoile. Mais la torture morale était utilisée sans vergogne tout comme les punitions sexuelles. C'était quelque chose dont le mafieux raffolait mais seulement envers Ichigo. Il l'avait personnellement entraîné pendant des semaines en vue de l'envoyer au premier étage.

Et Aizen avait pris beaucoup de plaisir à ce travail, surtout qu'Ichigo se montrait consentant dès qu'on lui promettait de l'argent, ou quand on évoquait ses sœurs, ou encore quand il était drogué.

Oui, au début, Ichigo s'était débattu, invoquant son contrat. Mais la rhétorique d'Aizen ainsi que l'usage de quelques pilules avaient eu tôt fait de briser le plus jeune.

« H-Hai, Sôsuke-sama, mais…

-T'ai-je donné l'autorisation de te défendre ? »

Ichigo se mordit la lèvre. Ces humiliations lui minaient le moral pour des semaines, l'enfonçaient dans son désespoir. Avec Aizen, il n'était qu'un objet, et s'il faisait mine de se rebeller, il était détruit un peu plus. Et même sans user de la force, Aizen se montrait d'une inventivité redoutable.

Pour le moment, le jeune homme s'estimait assez chanceux. Aizen était clément aujourd'hui. Ichigo était à genoux, nu, les mains attachées dans le dos et aux pieds d'Aizen à environ un mètre. Tête baissé, il devait se taire et espérer que cela finisse.

« Ouvre la bouche. »

Ichigo eut un air apeuré mais s'exécuta, laissant son supérieur poser une pilule sur sa langue.

« Avale. »

Le plus jeune obéit, la mort dans l'âme. Il savait ce qui allait suivre.

« Reste ici, je reviens dans une heure. Ensuite, tu me montreras ce que tu lui as fait et j'aviserai.

-Sôsuke-sama, s'il vous plaît, je… souhaiterais juste dire une chose…

-Parle, Ichigo-kun.

-Il m'a frappé, j'ai juste… voulu me défendre.

-Je le sais, Ichigo-kun. C'est pour cela que je ne te punis pas plus. Du reste, tu dois toujours satisfaire ton client et il ne l'était pas.

-Mais il a menti pour me porter préjud…

-Ichigo-kun, souhaites-tu que je sois moins clément ? As-tu envie d'attendre des heures avec de nombreuses stimulations sans pouvoir jouir ? »

Ichigo se raidit et baissa la tête vers le sol, se taisant.

« Je vois que tu as compris. Je reviens donc dans une heure quand le produit fera effet. »

Une fois seul, le jeune homme ferma les yeux. Humiliation. Avec Aizen, il ne retenait que ce mot. Il devait obéir sans poser de question et tout irait bien. Il le savait depuis le début, il devait simplement rendre le patron content et tout se passerait bien.

La nuit dernière, il avait eu son deuxième client. Aizen les choisissait avec attention, ne prenant que ceux qui étaient riches et relativement jeunes pour le moment. Il ne jugeait pas Ichigo assez expérimenté encore pour pouvoir satisfaire des vieux sans être dégoûté.

La nuit dernière donc, c'était un client du nom de Jiruga. Il s'était montré un peu trop brutal et Ichigo avait cru que c'était un fou amateur de SM, mais lui, il ne faisait pas ça. Du reste, Aizen l'avait formellement interdit, trop de risques d'abîmer son corps.

Ichigo sentit son cœur s'accélérer. La drogue commençait à faire effet alors… Il se mordit la lèvre, se maudissant une fois encore d'avoir voulu suivre Aizen en premier lieu. Pourquoi avait-il accepté ? Quelle folie…

Il se souvenait d'une phrase. Ichigo faisait beaucoup de cauchemars quand il arrivait à dormir et souvent, il revoyait des images floues. Parfois il croyait que l'homme qu'il voyait dans cette voiture (mais il n'en était jamais sûr) ressemblait beaucoup à Shinji. Et il lui disait qu'il n'était pas seul ou un truc du genre. Peut-être que quelqu'un veillait sur lui…

Oui, ça s'appelait drogue. Cocaïne coupée plus précisément. Ichigo n'était pas dans les drogues dures, à se faire des injections. Non, c'était des joints de temps en temps, pas trop parce qu'il ne devait pas sentir la mort, c'était mauvais pour son 'travail'. Alors il se contentait de la poudre.

Au départ, c'était Yumichika qui lui en avait donné. Mais il fallait dire qu'il était dans un état lamentable. Après son enlèvement, ou sa tentative de fuite (il finissait par douter) Aizen avait été étrange avec lui. Il se montrait à la fois extrêmement protecteur, allant jusqu'à l'enfermer dans ses appartements pendant une semaine pour être sûr qu'il ne veuille plus s'en aller. Il avait aussi été d'une froideur sans égale, le traitant comme un moins que rien, mais paradoxalement, il le soignait et le chérissait comme un petit animal.

« Alors, Ichigo-kun ? Prêt à travailler ? »

Ichigo était excité, son sexe dur et tendu. Il déglutit et acquiesça d'un hochement de tête.

« Je n'ai pas bien entendu.

-Hai, Sô-Sôsuke-sama, je suis prêt…

-Bien. Alors voyons. D'après notre client, il t'a ordonné de le faire jouir avec la bouche mais s'est plaint que tu n'étais pas efficace. Une explication ?

-Il…

-Pardon ? »

Ichigo comprit qu'il ne devait pas chercher à se défendre.

« Je… n'ai pas d'explications… Sôsuke-sama…

-Hm, alors tu vas passer à la pratique. Approche-toi et viens juste là. »

Le jeune homme avança tant bien que mal à genoux, son équilibre précaire avec les mains attachées. Il arriva juste entre les jambes de son supérieur, attendant les ordres.

« Allez, ouvre la boucle et lèche consciencieusement. »

Ichigo ferma les yeux et les rouvrit, laissant la drogue lui faire oublier qu'il n'avait jamais voulu ça. Quand il serait enfin libéré d'Aizen pour la soirée, il irait se droguer un peu plus et comme ça, il oublierait vraiment tout.

Et il serait enfin heureux.

CCC

Ichigo regardait le plafond, le regard fixe. Il était avachi sur son lit ainsi depuis deux heures maintenant. Aizen l'avait forcé à lui faire une fellation et, trouvant le travail moyennement satisfaisant, il l'avait attaché au lit pour lui apprendre sa leçon. De toute manière, Ichigo savait qu'il finirait ainsi. Même quand il satisfaisait pleinement Aizen, ce dernier continuait et le prenait une ou plusieurs fois, conventionnellement ou pas.

Au final, il n'avait eu le droit de retourner à sa loge qu'une heure plus tard, mais au moins, il serait tranquille le reste de la nuit.

Depuis une semaine, Ichigo avait reçu des nouvelles de sa famille. La situation avait encore empiré. Il se retrouvait à devoir envoyer plus d'argent encore mais il ne pouvait donner plus. Il devait annoncer, dans les prochains jours, qu'il quittait Las Noches mais il ne trouvait aucun endroit où vivre moins cher que là. Il espérait qu'en vivant loin de Las Noches, les choses soient moins dures. Il n'était pas fou, il savait qu'Aizen le ferait probablement surveiller mais il s'en fichait bien maintenant.

Il n'avait pas son mot à dire de toute manière. Il vivait par dépit, se laissait faire docilement dans l'espoir de ne pas souffrir trop longtemps et encore, cela ne s'avérait pas toujours concluant.

« Ichigo ? »

Yumichika frappa et entra dans la loge, peu soucieux de s'y être fait inviter. Il s'arrêta en voyant l'état du plus jeune. Ichigo ne se droguait qu'après avoir couché avec Aizen ou ses clients. Il y en avait eu peu pour le moment, mais cela n'empêchait rien. Il se droguait chaque jour un peu plus et Yumichika regrettait de lui avoir donné cette fausse échappatoire.

Mais qu'y pouvait-il ? Il avait besoin de son travail s'il voulait vivre. S'il aidait Ichigo comme Shinji, il serait tué. Il aimait bien Ichigo, mais mourir pour lui… Cela ne lui plaisait pas tellement.

« Tu en prends trop, Ichigo…

-Mais non, Yumi… Tu sais pourtant que je n'en prends que quand ce bâtard me viole… Et quand je dois faire la pute ou quand il me dit que je vais devoir coucher avec un gars qui aime bien me foutre sur la gueule. Nan, j'en prends pas tellement en fait… »

Ichigo tira une nouvelle bouffée de sa cigarette. Il combinait la poudre avec la cigarette et du point de vue de Yumichika, c'était déjà ça. Ichigo refusait toujours de boire. C'était un problème en moins.

« Ichigo…

-Cherche pas à me réconforter. Tu peux rien faire. Personne peut rien faire. Alors va-t'en et oublie-moi, je veux surtout pas t'empêcher de dormir la nuit. »

Le maître d'hôtel soupira et déposa un sachet sur la table. Au départ, il venait pour ça. Comme Ichigo n'avait pas le droit d'aller dans la ruelle où on dealait, Yumichika lui en rapportait. Parfois, il l'obtenait par l'intermédiaire de certains clients et le charme du maître d'hôtel lui donnait les meilleurs prix.

Yumichika s'en voulait d'avoir donné de la drogue à Ichigo la première fois. Mais il n'avait pu se résoudre à le laisser tomber. Ichigo était une épave les premiers jours : Aizen le gardait enfermé dans ses appartements, comme son animal de compagnie. Ichigo était à la limite de la folie et ça…ça l'avait soulagé. Et comme rien ne s'arrangeait, il en fallait encore.

« Bon… Je reviendrai prendre de tes nouvelles, Ichigo.

-J'suis pas malade, je suis mort. Alors t'occupe pas de moi, Yumi… »

Le maître d'hôtel soupira, attristé, et il quitta la pièce. Ichigo continuait de regarder le plafond, l'œil hagard mais paradoxalement vif. Il se recroquevilla sur lui-même, ayant soudain la furieuse envie de disparaître totalement de la surface de la Terre. Il voulait mourir, juste mourir. Et peut-être comprendre cette image affreuse qu'il avait en tête parfois. Cette tête explosée et tout ce sang sur un siège de voiture.

Mais il n'avait pas le droit de rêver à ça. Il n'avait pas le droit de rêver à la mort, à la douceur du néant… au calme serein d'une existence sans conscience. Non, tout ce qu'il pouvait voir, c'était un gouffre obscur, le froid polaire et mordant d'un monde dévasté.

« J'implore ta pitié… du fond du gouffre obscur où… suis tombé… »


Toujours pas joyeux oui... Merci d'avoir lu!