Je suis dans le bureau du professeur Xavier. Il était étonnant de voir combien il est facile de différencier le jeune Charles, nommé Charles, du vieux Charles, nommé professeur. Idem pour Le vieux Magnéto, nommé Magnéto, du jeune Magnéto, nommé Erik. Enfin… je laisse là mes pensées et me reconcentre sur la conversation.

Nous sommes réunis, Charles, Erik, le professeur, Ororo, Hank, Domi et moi pour nous répartir les budgets et m'accorder une salle. En effet, la pièce qu'il m'a été accordé n'est pas du tout adaptée pour mes séances et il faut en trouver une autre dans le château. Tâche ardue qui a été confiée à Logan, inspecteur et maitre de toutes les rénovations attenant à l'institut. Entre autre puisqu'il est également maitre d'arme et garagiste. Ainsi, en échange de la réhabilitation d'une des pièces pour ma profession, je vais jouer l'assistante dans ces cours de karaté. Ce qui me ravie, croyez-moi.

J'ai apporté le devis fait hier. Ororo inspecte l'ensemble du matériel dont j'ai besoin alors que Hank le compare avec ce que l'institut possède déjà. Domitille discute avec moi mais mon attention, tout comme la sienne, est plus porté sur le tableau extraordinaire de Charles discutant avec le professeur.

Ce sont les mêmes personnes, a des années d'écarts et, contrairement à ce que l'on pourrait croire, ces deux passent plus de temps à se crêper le chignon qu'à s'entendre. Ce de fait, ils ont plus une relation de grand-père et petit-fils que de même personne. Ce qui a tendance à énerver Charles. Tandis que Logan entre dans le bureau (entrainant la fin de la discussion plus qu'animée de nos deux télépathes) pour détailler les travaux à effectuer, je regarde Erik.

Il fait près de 28°c et il est en col roulé noir, près de la fenêtre. L'y rejoignant, et avec tout le tact dont je suis capable, je lui pose la question qui me turlupine :

- Pourquoi tu portes toujours des cols roulés ?

Au lieu de me répondre, il me fait une moue dédaigneuse et tourne son regard vers l'extérieur. Je m'assis alors sur le rebord de la fenêtre et ne quitte pas son visage des yeux. Et j'attends. Au bout de quelques secondes, Erik me regarde, soupire et me lance :

- Ne sais-tu pas que la curiosité est un vilain défaut ?

- Elle m'a déjà sauvé la vie donc, non. Alors, pourquoi les cols roulés ? Tu as de l'acné?

Levant les yeux au ciel, Erik relève sa manche gauche et me dévoile une suite de chiffres bleus sur son avant-bras. Je reconnais le tatouage imposé par les nazis aux déportés. Mais ça ne m'explique pas sa tenue-vestimentaire, conclusion dont je lui fais part.

- Crois-tu qu'en étant mutant, on n'a pas fais des expériences sur moi ?

- Et toi, crois-tu que les cicatrices qui marquent ton corps sont celles qui te font mal ? Si tu crois que seul la couleur rouge appartient au sang, tu ferais mieux de te raser la tête et de te faire moine. Quand je te regarde, je sais très bien que tu n'as jamais quitté Auschwitz.

Lorsque je croise le regard furieux et blessé d'Erik, je ne détourne pas les yeux. Mais ce que je ressens me fait froid dans le dos et mon cœur panique. Les ondes magnétiques qui déferlent dans la pièce tordent toutes les pièces de métal et je vois Logan rendu immobile par la pression exercée par son pouvoir. Sous l'injonction de Charles, Erik arrive finalement a reprendre son contrôle. Avant de quitter le bureau, il me lance :

- Tu ne sais rien de moi.

J'ai un doute, mais je crois que je vais avoir du mal à me faire pardonner. Poussant un soupir en me grattant la tête, je rejoins Ororo et Hank tandis que les conversations reprennent. Mais du coin de l'œil, je vois Domitille serrer la main de Charles et lui donnant son accord avant que ce dernier ne quitte le bureau à son tour. Il y a des interactions dans l'air ou je ne m'appelle plus Coralie.

- Je crois qu'il va falloir des semaines pour que cette salle soit viable.

- Domitille, tu n'as jamais vu de travaux en version mutante ?

- Logan, soit gentil et met-toi au travail. Je veux que ma Coralie s'amuse avec mes petits monstres très rapidement histoire qu'elle comprenne ma souffrance.

Les laissant se chamailler, je continue de faire ma part du travail à savoir : arracher avec une immense satisfaction da moquette présente sur les murs de la pièce. C'est une sorte de mini salle de bal, rectangulaire, recouverte de parquet, avec deux murs qui s'ouvrent sur le parc arrière de l'institut. Une merveille qui servait de débarras. C'est d'ailleurs pour cette raison que nous avons mis autant de temps à enlever l'ensemble du matériel qui y était entreposé. Il est vrai que l'aide de Piotr fut fort sympathique. Idem pour la participation active mais néanmoins incontrôlée de l'ensemble des élèves, utilisant ça et là leur pouvoir et entrainant mon départ précipité vers un endroit plus neutre pour ma propre capacité (à savoir, les sous-sols). C'est pourquoi il est désormais Trois heures de l'après-midi alors que la réunion de ce matin fut terminée à 10H30. Mon matériel est commandé, je suis réellement ravie et là, puisque Logan est parti se fumer un cigare et siroter une bière, je sens que je vais avoir Domi sur le dos vis-à-vis de mon attitude de ce matin.

- Coralie ? Tu peux m'expliquer ?

Ça n'a pas manqué…

- Expliquer quoi ?

- Avec Erik, ce matin. Mon Charles était tout retourné le pauvre…

- Ton Charles ? c'est officiel, vous êtes ensemble ?

Seul le rougissement de Domi me répond. Quand à moi, je me suis mise en mode « kangourou » dans toute la pièce tout en poussant des cris de joie…

- Depuis quand ? où ? vous vous êtes déclarés ? Il embrasse bien ? Pourquoi tu m'as rien dit ? C'est pas trop tôt : depuis el temps que vous vous tournez autours ! Alors ? RACONTE !

Finalement, on se retrouve toute les deux allongées sur le sol, un sourire béat accroché aux lèvres tout en couinant comme des demeurées. Tableau magique n'est-ce pas ?

- C'était hier, au cours de l'après-midi. Charles et moi on s'évitait dès que nous étions seuls tous les deux… N'en pouvant plus, Erik m'a amené dans une pièce à convoqué par télépathie Charles sou un prétexte fallacieux et nous a enfermé.

- Classique mais efficace. La suite s'il te plait ! Je meure, là !

- Du coup, on s'est posé dans le canapé mais comme mes pensées se résumaient à un « oh-mon-dieu-il-est-trop-beau-je-le-veux-par-pitié-je-veux-l'embrasser-ses-lèvres-doivent-être-trop-douces-je l'aime-oh-mon-dieu-il-est-trop-beau ! »

- Pensées habituelles donc…

- Il les a capté, m'a dit « au lieu d'y songer, essaye » et avant que j'ai pu dire ouf, j'avais le big bang dans ma tête, plus aucune pensée autre que « il embrasse trop bien ! », ait reçu un « waouh » de Charles puis j'étais dans ses bras avec une litanie de « je t'aime »…

- Kyaaaaaaaaaa ! C'est trop génial !

S'en suis une discussion remplie de fous rires, de rougeurs, de lèvres pincées par la gène, de chatouille, de prénoms d'enfants, de mariage, de… Enfin, de tout ce à quoi songeons Domi et moi face au bonheur. Et nous allons très loin. C'est dans cette position que Logan nous retrouve :

- On travaille beaucoup à ce que je vois.

- Logan, tu n'imagines même pas à quel point. J'essaye de demander à la pièce de se déshabiller toutes seule mais elle est timide… c'est parce que tu es là.

- Trêve de plaisanterie fumeuse : au boulot.

- Oui chef ! répondons-nous en cœur.

Je déambule à travers les couloirs de l'institut, épuisée par les efforts de la journée. Ma cheville me fait de nouveau mal, je suis recouverte de poussière et de plâtre (car un mur à eu la bonne idée de s'effondrer en partie sur nous) et j'essaye de ne pas salir les vêtements empruntés à Malicia. Je me dirige vers la chambre de Charles afin de me servir de sa douche. Il a déjà rejoint Domitille dans la serre du château afin de roucouler en paix avec sa belle. Rien que les imaginer s'échanger des filets de bave me donne une grimace. Enfin, je suis heureuse pour eux deux.

L'eau coule sur mon corps et se teinte de gris. Les cheveux débarrassés du blanc qui les recouvrait, la peau frictionnée et la sensation d'être propre achevée, je mets mes vêtements au sale, comme souhaitait par Charles. Il est vraiment adorable. Je mange ensuite avec Logan dans la cuisine où nous discutons Japon et arts martiaux. Il est vraiment facile à vivre bien que son âge m'est fait peur. Comment discuter avec quelqu'un qui a déjà tout vécu ? Mais, au final, nous sommes devenus amis.

Vers vingt-trois heures, je me décide à rentrer. Vêtue d'un chemisier vert à manche longue et d'un short en jean noir, je récupère mon sac laissé dans l'entrée et regarde instinctivement dans le salon en face du bureau du professeur. Erik, un verre de martini à la main, tourné vers le feu, regarde les chiffres inscrits sur son avant-bras gauche. Je ne peux pas le laisser comme ça.

Rompant sa solitude, je m'approche doucement de lui avant de m'installer sur le siège jumeau présent à ses côtés. Silencieuse, je me perds moi-même dans la contemplation des flammes. Au bout de ce que je crois être un long moment, Erik remonte le verre à ses lèvres et en boit une gorgée.

- Merci pour Domitille.

Seul son regard qui croise le mien me répond. Ce que j'y vois est une profonde tristesse et une solitude immense. Il est vrai que, dans cette histoire heureuse, il a perdu un de ses points de repère. Débarqué des années soixante avec un ami, ce dernier se retrouve dans les bras de ma colocataire. Avisant un jeu d'échec, je place les pions en me servant du magnétisme de telle sorte qu'Erik soit obligé de se rendre compte de ma proposition. Et j'attends. Après une nouvelle gorgée d'alcool, Erik déplace le jeu en devant le feu afin que nous ayons une vue imprenable sur le jeu. Nous déplacerons les pièces avec le magnétisme, soit.

Au bout de la troisième partie, je demande grâce. Soit mon jeu se révèle beaucoup plus médiocre que je le pensais ou Erik est très doué. Je décide de prendre la seconde option. Mais puisque le jeu est terminé, je le vois retourner dans ses sombres pensées. Mes yeux ne quittent plus son tatouage comme guidé par une force invisible. Poussant un profond soupir, je me lève de mon siège, me plante devant mon vainqueur et avec douceur, m'assoie sur ses genoux.

Interloqué et surtout nerveux face à mon attitude, Erik ne fait rien. Je me saisie alors avec délicatesse de son bras et retrace de mes doigts les chiffres inscrits sur sa peau. D'un mouvement brusque, il essaye de me l'enlever. Mais je suis plus rapide. Je suis désormais à califourchon sur lui, son poignet gauche serré par ma main droite contre ma taille, les doigts de ma main gauche terminant leur parcours. Tremblant de rage, ma tentation ne bouge pas.

Lorsque je lève les yeux vers lui, son visage exprime une envie meurtrière. Me jetant sans ménagement sur le sol, il se lève et laisse échapper son pouvoir tout en lançant d'une voix froide :

- Que crois-tu faire ?

- Disons que j'essaye de te faire prendre conscience que tu es en vie.

- Pardon ?

Il n'y a plus de magnétisme dans l'air. Son visage reflète une profonde perplexité tandis qu'il se rassoit dans son fauteuil.

- Je ne vais pas m'excuser pour ce que j'ai dit ce matin. Je le pense réellement. Tu es encore dans ton camp d'extermination. J'espère juste que tu vas vite t'en rendre compte avant de passer à côté de ta vie.

- Que connais-tu de la vie ?

- Les bons côtés. Mon cœur bat, je ressens la douleur puisque j'ai mal à ma cheville, je respire, j'ai des amis, j'aime quand le soleil caresse ma peau, j'adore les desserts… Et toi ?

- J'ai tué et les nazis ont détruit ce qui m'était le plus précieux. Ils ont tué ma mère.

- D'un point de vue purement objectif, ils ont aussi massacrés ton peuple.

Devant le regard que me lance Erik, j'hausse les épaules. Oui, je suis ignoble de ressasser un passé que ne connait qu'avec les livres. Et une visite à Struthof. Mais il faut que je le fasse réagir. Alors, dans un dernier élan, je me lève, mets mes mains sur les accoudoirs de son siège et plante mon regard dans le sien. Il n'y détecte aucune pitié, aucune compassion et c'est ce qui rajoute de la valeur à mes propos. Et tandis que les images de son supplice se déverse dans ma tête, je prends la parole :

-Tu crois vraiment que tes cicatrices sont visibles ? tu es une loque qui utilise les arguments des nazis pour son propre compte. Tu t'es imprégné d'eux. Tu t'enorgueillis de faire partir d'une « race supérieur » face à des dégénérés, que les mutants sont « l'avenir » et qu'on devrait exterminer les humains. Moi, je me pose une seule question : que crois-tu que ta mère pense de toi ? Elle qui, jusqu'au dernier moment, t'as rassuré en te disant « que tout irait bien »…

Du reste de la conversation, je ne me souviens de rien. Lorsque je me réveille, je suis à l'infirmerie, Domitille à mes côtés, l'ensemble du matériel en métal déformé… Il semblerait que j'ai fais « explosé Magnéto hier soir.

Charles (qui a rejoint sa dulcinée) m'explique que Logan m'a sauvé. C'est lui qui s'est interposé juste à temps entre le mur et mon dos alors qu'Erik perdait le contrôle de son pouvoir. Ce dernier est d'ailleurs enfermé dans sa chambre pour récupérer son énergie. Logan, lui, s'occupe de l'installation de mon bureau.

Devant mon petit déjeuné, je pose finalement ma tartine de nutella et demande à Charles :

- Tu penses quoi de mon action ?

- Que le tact existe, Coralie. J'espère seulement que tu auras réussi là où j'ai échoué. Sauve-le de lui-même pour moi, s'il te plait.

Devant son regard implorant, je ne peux que lever les yeux au ciel. Finissant ma tartine et mon bol de lait froid, je fini par lui répondre :

- Tu rends Domitille heureuse. Je vais donc essayer. Mais ça va te couter cher en intérêt. Bon, je vais rejoindre Logan. Bonne journée les amoureux !

Encouragez les auteurs, laissez des reviews! Il faut bien que je saches si mon histoire vous plait! (chibi eyes)