3.
Sortant de sa douche, Kei n'eut que le temps de se saisir d'une grande serviette quand Yattaran fit irruption dans sa chambre.
- Quelle est l'urgence ? jeta-t-elle, sachant que seul un motif impérieux avait pu justifier ce manquement à l'élémentaire politesse.
- Gaïa transfère le capitaine vers leur station spatiale pénitentiaire, pour exécution immédiate. Et c'est Ezra qui s'en charge personnellement, avec son Océanos ! Il n'a pas fait les choses à moitié, c'est pas moins de trois escadrilles de croiseurs qui l'escortent !
- Comme si ça allait nous impressionner. La puissance de feu de l'Arcadia ne redoute rien, et surtout pas les bâtiments de Gaïa !
- Je retourne sur la passerelle et je fais déjà prendre à l'Arcadia les coordonnées de la position de l'Océanos.
- Je te rejoins.
Yattaran tourna légèrement la tête quand les portes de la passerelle s'ouvrirent, livrant passage à la blonde lieutenante en combinaison rose, ses jambes moulées dans de hautes bottes noires, et à la silhouette particulière de Mimee la Niebelungen.
- Nous serons face à l'Océanos d'ici trente-six heures, renseigna-t-il.
- Bien, et nous nous serons tous prêts à l'aborder pour récupérer le capitaine.
Yattaran frotta de la paume le bandana qui recouvrait son crâne. Il évita un instant le regard azur de la jeune femme debout devant lui.
- Et maintenant, me diras-tu qui est ce Toshiro dont j'ai entendu le nom hier pour la première fois ?
- Il est pourtant à bord depuis bien longtemps, si je devine bien. En fait, je ne peux me baser que sur mes déductions. J'étais un jour passée devant la salle du grand ordinateur et j'entendais le capitaine parler tout seul. Sauf que les grondements et grincements du grand ordinateur ressemblaient véritablement à des réponses. C'était vraiment comme une discussion. D'ailleurs, à un moment, le capitaine a prononcé ce nom de Toshiro et c'était directement adressé au grand ordinateur !
- Il lui a donné un nom ?
- On le dirait bien. Etrange, mais pas plus que notre situation, notre immortalité, la Matière Noire…
- D'accord, conclut-il, l'air pas convaincu du tout par l'explication, et même un léger soupçon dans les yeux quant à l'état mental de son capitaine !
A quelques pas, Mimee, ombre verte et blonde, avait tout entendu mais s'était bien gardée d'intervenir dans la conversation.
Si son immortalité avait coupé tout appétit en lui, Albator ressentait toujours le froid mordant régnant dans sa cellule, ainsi qu'une soif dévorante.
- Comme si Ezra allait prendre soin d'un prisonnier qu'il va faire exécuter, en place publique si ça se trouve ! En tous cas, il ne se gênera pas de la diffuser un max.
Se mettant debout, le grand pirate borgne et balafré, moulé dans sa combinaison de cuir noir clouté, la tête de mort et les tibias croisés marquant à hauteur de sa poitrine, entrepris de se dégourdir les jambes tout comme il le faisait à intervalles réguliers afin de ne pas complètement s'ankyloser.
A défaut de parvenir à se réchauffer, le petit exercice avait un peu fait passer le temps et ses muscles s'étaient légèrement ranimés.
La porte s'ouvrant, le capitaine de l'Arcadia se recula légèrement, autant pour faire face à celui qui allait entrer que pour éventuellement vendre chèrement sa peau dans un dernier sursaut de fierté.
Aussi Albator sursauta-t-il à la vue de la menue jeune femme brune qui se tenait à présent devant lui, en bottines montantes à lacets, robe mi-longue et sorte de redingote corsetée.
- Madame… fit-il machinalement, mais son esprit tournant à toute vitesse pour chercher à deviner à quelle torture l'esprit tordu d'Ezra avait bien pu songer en lui envoyant quelqu'un qu'il ne pouvait considérer comme une ennemie !
Comme la visiteuse ne disait rien, il reprit :
- Oui ?
- Je suis Syra, la petite sœur de Nami.
Albator inclina positivement la tête.
- J'ai entendu parler d'elle par Yama.
- Elle était une grande amie d'Ezra et de Yama son frère.
- Son frère, j'aurais dû le deviner ! rugit le grand pirate balafré.
De son sac en bandoulière elle sortit une bouteille d'eau.
- Il n'y a pas de caméra dans cette geôle. Personne ne sait que je suis là. J'ai pensé que vous pourriez avoir envie de vous désaltérer car officiant en cuisines je sais qu'on ne vous a pas apporter à manger.
- Je n'ai pas besoin de me restaurer, mais cette eau est la bienvenue.
De fait, prenant la bouteille, il la vida en quelques gorgées.
- Merci, Syra. Pourquoi ?
- Tout prisonnier a droit à un minimum d'attentions, fut-il le pire ennemi de la Coalition Gaïa. Et puis j'espérais quelques nouvelles de Yama. Je reviendrai cette nuit.
Et la jeune femme quitta précipitamment le cachot afin de ne pas être surprise entre deux passages de la patrouille de soldats.
