Nda : Hello ! Merci beaucoup pour vos commentaires qui me font très plaisir, et merci aussi à ceux qui favs/follow(ent). Désolée pour le délai, il se trouve que j'ai réécrit trois fois ce chapitre, j'ai vraiment eu du mal à me fixer sur une idée précise, et finalement, voici ce que j'ai retenu. J'espère que ça vous plaira !

Un gros merci à Béré et Cyril pour vos avis et corrections.

Disclaimer : l'univers de Harry Potter appartient à JK Rowling, et celui de Sherlock à la BBC et à Sir Athur Conan Doyle. Le reste vient de moi.


John touilla dans son chaudron avec précaution et fronça les sourcils en constatant l'aspect crémeux de sa préparation. Sa couleur était assez satisfaisante, d'un marron clair qui se rapprochait de la teinte qu'avait le modèle présenté par le professeur Slughorn, mais la potion aurait dû être beaucoup plus liquide. Sans parler de l'odeur qu'elle dégageait. On aurait dit du poisson pourri. John se recula vivement du chaudron en grimaçant et se tourna vers sa partenaire du jour, Dorcas Meadowes.

« Pourquoi est-ce qu'elle est si épaisse, lui demanda-t-il, et pourquoi elle pue comme ça ? »

La jeune fille haussa les épaules et relut les consignes de préparation détaillées sur le livre. Elle secoua la tête et se passa la main dans les cheveux, les ébouriffant un peu plus que d'habitude.

« Je ne sais pas, répondit-elle d'un air exaspéré, on a fait exactement ce qui est écrit, je ne comprends vraiment pas. »

Elle soupira longuement et tourna les pages de son volume avec ferveur, à la recherche d'un petit détail qu'ils auraient manqué. John sourit en la regardant faire. Dorcas était à Poufsouffle, dans la même année que lui, et c'est tout naturellement qu'ils avaient fait connaissance lors d'un cours d'Histoire de la Magie. John était assis avec Mike et tentait vainement de suivre ce que le professeur Binns leur racontait quand la jeune fille leur avait adressé la parole pour la première fois, leur demandant s'ils avaient envie de jouer avec elle à l'équivalent sorcier de la bataille navale, la mitraille volante. John avait d'ailleurs été ravi de découvrir ce jeu où les porte-avions et autres sous-marins étaient remplacés par des hippogriffes, des balais et des sombrals. Il suffisait de tracer deux grilles et d'appuyer avec sa baguette sur les cases visées pour que le résultat s'affiche sur les deux morceaux de parchemin ensorcelés. C'était un jeu très pratique à faire en cours car il ne faisait pas de bruit et pouvait être joué avec n'importe qui, qu'il soit dans la même salle ou non. Bien sûr, la jeune fille avait gagné la partie.

Dorcas était petite et mince et on pouvait l'imaginer comme étant douce et fragile, mais c'était tout l'inverse. C'était une vraie boule de nerfs, toujours en mouvement, curieuse et joyeuse comme pas deux. Avec ses cheveux blonds coupés court tout ébouriffés et ses joues roses, elle donnait l'impression de revenir d'une course à travers champs. Mike et John l'avaient tout de suite appréciée, et se demandaient pourquoi elle ne s'était pas fait des amis plus vite, car ils la voyaient souvent toute seule. Cela n'arriva plus, cependant, car elle sembla les avoir adoptés et ils commencèrent à passer du temps ensemble. Après quelques jours, ils ne se quittaient plus.

« Ah ! » s'exclama Dorcas d'un air triomphant. « Je crois que j'ai trouvé. Ça doit être à cause de la rhubarbe que tu as coupée en tranches. Tu es sûr que chaque tranche faisait trois millimètres d'épaisseur ? »

John fronça les sourcils et se pencha pour regarder le livre tout en réfléchissant. « Euh, je ne sais pas... non, non, en effet, je n'ai pas fait attention à... »

Il fut coupé dans sa réflexion par une violente détonation suivie d'un souffle puissant qui fit valser la plupart des ingrédients disposés sur les paillasses du cachot. John eut le réflexe de se couvrir les oreilles et de fermer les yeux, mais il n'y eut pas de seconde explosion. Lorsqu'il les rouvrit, il vit que Dorcas était tombée, sûrement déstabilisée par le souffle. Il lui tendit la main et l'aida à se relever. « Ça va ? » s'enquit-il, et elle acquiesça. A travers la fumée il vit leur professeur faire des grands gestes avec sa baguette, et peu à peu le brouillard disparut. John vit alors que Slughorn était rouge de colère.

« HOLMES ! » s'écria-t-il, furieux. John échangea un regard étonné avec Dorcas : cela faisait trois mois qu'ils étaient à Poudlard, et ils n'avaient encore jamais vu le maître des potions s'énerver. Ce dernier s'avança entre les tables en titubant, apparemment toujours déséquilibré. Ses cheveux étaient en pétard et son chapeau était tombé de sa tête. « C'est la troisième fois ce mois-ci ! » s'indigna-t-il en pointant l'élève fautif du doigt.

Tous les regards se tournèrent vers Sherlock Holmes, qui ne semblait pas plus intimidé que cela. John l'observa remettre l'ordre sur son plan de travail comme si de rien n'était. Ce Serdaigle était un vrai numéro. John ne lui avait jamais parlé, mais tous les premières années racontaient des histoires sur son compte. La plupart du temps, il était décrit comme étant un garçon cinglé et très désagréable. John n'en pensait rien. Il était seulement toujours bluffé par son calme à toute épreuve, sa répartie très souvent insolente, et son talent pour faire exploser n'importe quel chaudron. Slughorn, cependant, semblait prêt à lui sauter dessus, pour le plus grand étonnement de ses élèves.

« Qu'est-ce que vous avez encore fichu, par Merlin ? » C'était plus une exclamation qu'une véritable question, mais le garçon se fit un plaisir de lui répondre très sérieusement.

« Eh bien j'étais en train de tester les réactions de l'essence de Pilaque aux différents mélanges d'herbes possibles, et figurez-vous que l'essence de Pilaque a une réaction de type explosive lorsqu'elle est exposée à la fois à une importante dose de basilic et à une simple pincée de romarin. Je crois pouvoir affirmer que c'est le mariage du romarin et de la surdose de basilic qui provoque cette réaction, il faudra que je teste du romarin sans surdose pour confirmer. »

Il y eut un silence pendant lequel Holmes gratta frénétiquement sur un bout de parchemin d'un air jovial. John n'en croyait pas ses yeux. Il avait envie de rire, mais s'en empêcha : Slughorn fulminait. John s'attendait presque à le voir exploser à son tour.

« Combien de fois devrais-je vous le répéter, Holmes ? Vous n'êtes pas ici pour faire des expériences ! Où est le philtre de repos que je vous ai demandé de préparer ? »

Le Serdaigle ramassa une fiole et la montra au professeur. Elle était cassée et presque entièrement vidée de son contenu.

« Je l'ai fini, bien sûr, mais je me suis assez vite ennuyé pour être franc. Votre méthode d'enseignement laisse à désirer, je dois dire. »

Il grimaça en regardant sa fiole. « Bon, je pense qu'elle a été un peu endommagée par l'explosion, je ne vous conseille pas de la prendre avant d'aller vous coucher, vous risquez d'avoir des problèmes intestinaux. »

La classe retenait son souffle. John se mordit la lèvre pour ne pas éclater de rire. Slughorn en avait assez entendu. « Vous aurez une semaine entière de retenue, Holmes, et vous viendrez me voir à la fin de l'heure, » déclara le professeur qui tentait malgré tout de garder son calme. Holmes haussa les épaules et s'en retourna à son parchemin. John évita soigneusement de croiser le regard de Dorcas : si cela arrivait, il était sûr d'éclater de rire, et Merlin seul savait comment le professeur réagirait. Mal, sûrement.


Remus tourna la page, feignant d'écouter Peter lui raconter pour la septième fois ses vacances d'été. Son livre était bien plus intéressant : c'était un volume sur les plantes médicinales qu'il avait emprunté à la bibliothèque. Ce n'était pas en rapport avec ce qu'il étudiait en botanique, loin de là (ils n'étaient qu'en première année, ils avaient le temps !), mais il était tombé dessus par hasard et le sujet l'avait intrigué. Et puis lire un tel livre lui semblait bien plus passionnant que de revivre encore une fois la bombe qu'avait fait son ami dans la piscine de ses cousins. Cependant, Remus aimait beaucoup Peter et faisait mine de porter un intérêt minimal à son récit. Il hochait souvent la tête, lui souriait de temps à autre et s'appliquait à rire aux moments propices. Peter était son ami, et Remus tenait à ce qu'il le reste. Lorsqu'il avait appris qu'il pourrait aller étudier à Poudlard malgré... malgré son problème, il avait été le garçon le plus heureux du monde. Mais très vite, il s'était imaginé ce que serait sa vie une fois au château : il serait seul, rejeté, moqué, comme il l'avait toujours été depuis ce jour maudit. Remus avait tellement connu cette vie malheureuse qu'il avait oublié qu'il pouvait se faire des amis. Quand il s'était retrouvé dans le compartiment du Poudlard Express, à faire une bataille explosive avec Peter, Mike et John, il avait eu l'impression de rêver. Plus tard, lorsqu'il avait réalisé qu'il passait littéralement tout son temps avec Peter, il avait pris peur. Que se passerait-il si un jour il apprenait la vérité ? Remus connaissait très bien la réponse à cette question. Si Peter savait ce qu'il était réellement, il afficherait soudainement une expression de dégoût et le traiterait de monstre. Après quoi, il s'enfuirait en courant et irait annoncer l'horrible nouvelle à tout le monde. Et Remus se retrouverait seul, rejeté et moqué. C'était ce qu'il méritait après tout, non ? Que pouvait-il espérer d'autre ?

Le jeune Gryffondor leva les yeux de son livre, ayant perdu le fil de sa lecture. Il regarda Peter qui mimait une course de balais, sans vraiment le voir. Ils étaient dehors, assis sur un banc de pierre dans l'une des cours du château, profitant d'une heure de trou dans leur emploi du temps. Non loin d'eux, deux autres garçons bruns complotaient devant la fontaine. C'était James Potter et Sirius Black, les camarades de dortoir de Peter et Remus. James et Sirius étaient très différents de leurs deux acolytes. James était un garçon extraverti, fanfaron et bien trop sûr de lui. Il venait d'une famille riche et était fils unique, aimé et choyée par ses parents qui avaient tant voulu un fils. James était un garçon bon et sympathique, mais ce côté de sa personnalité était bien souvent masqué par ses manières et son arrogance. C'était simple à comprendre : James voulait être le meilleur et pensait déjà l'être. Le pire étant qu'il n'était vraiment pas mauvais en classe, et finirait le trimestre en haut du classement chez les premières années de Gryffondor, juste derrière Lily Evans.

Sirius, pour sa part, était un garçon de nature discrète mais qui réagissait au quart de tour. Simplement, il ne paraissait jamais discret pour la bonne et simple raison qu'il ne quittait pas James d'une semelle et que ces deux-là passaient leur temps à parler et rire très fort. Mais il était cependant le plus calme des deux, et n'avait pas la même confiance en lui que James, ni son enthousiasme à toute épreuve. Sirius était plus sombre, plus méfiant, plus agressif aussi. Remus le comprenait, en même temps. Sirius leur avait raconté son histoire, à Peter et lui, un soir d'octobre. Il était né dans une famille de sang-purs conservateurs et avait été élevé dans la plus pure tradition qui convenait à ce genre de familles. Seulement, il n'avait jamais été le petit garçon obéissant qu'on lui demandait d'être, et ses parents, qui ne l'aimaient déjà pas plus que ça, lui avaient fait vivre un véritable calvaire en retour. Sa répartition à Gryffondor avait représenté l'affront ultime pour eux, ainsi que pour tous les « gens de leur espèce », comme il l'avait si bien dit. Et c'était pour cette raison que Sirius, à peine arrivé à Poudlard, avait déjà un tas d'ennemis à l'école. Il lui arrivait de se faire insulter en classe par une bande de garçons de Serpentard, ou de se faire pousser dans les couloirs. Au début il avait essayé de simplement les ignorer, mais il n'avait pas tenu très longtemps, surtout avec James à ses côtés qui montrait les crocs. Alors il répondait, soutenu par James et plus tard par Peter, et très vite, les cours communs avec les vert et argent furent constamment le théâtre de joutes verbales plus ou moins discrètes selon les professeurs.

Remus et Peter s'étaient petit à petit rapprochés de James et Sirius, qui, malgré leurs différences, avaient à cœur de les intégrer. Remus avait du mal à y croire, encore aujourd'hui. Ce devait être une blague qu'on lui faisait : la vie lui faisait croire qu'il pouvait avoir des amis tels que James, Peter et Sirius, avant des les lui retirer cruellement. A un moment, il avait essayé de se détacher un peu d'eux, de prendre ses distances. Il disparaissait discrètement, allant se cacher à la bibliothèque ou à la volière, mais à chaque fois, les trois Gryffondor le retrouvaient et lui demandaient si tout allait bien. Ils avaient eu l'air réellement inquiets et Remus s'était senti honteux. Il n'avait plus jamais réessayé, même si à chaque fois qu'il regardait ses amis, il mesurait ce qu'il risquait de perdre à tout moment. Il avait déjà vécu trois pleines lunes à Poudlard. Après toutes ces années, il commençait à s'habituer à la douleur physique, mais ces trois pleines lunes avaient été un peu plus supportables que les précédentes. Il avait compris que c'était dû à la nouveauté de l'environnement. Le loup ne connaissait pas Cabane Hurlante, et s'était plus intéressé à découvrir le lieu qu'à s'auto-mutiler. Mais il savait pertinemment que cela ne durerait pas indéfiniment. Déjà, la dernière fois avait été plus douloureuse et éreintante. Madame Pomfresh était très gentille avec lui et se démenait pour que tout se passe du mieux possible. Le problème majeur restait ses absences à répétition. Il n'était hélas pas possible de conjurer un deuxième Remus qui irait en cours, aux repas et dans la salle commune à sa place. C'était tout d'abord gênant pour ses études, même si Peter lui prenait les cours à chaque fois et qu'il lui suffisait de travailler un peu plus que d'habitude pour rattraper le rythme, mais surtout au niveau de la dimension secrète de sa condition. Peter mettrait sûrement longtemps à comprendre, mais Remus savait très bien que James et Sirius étaient loin d'être idiots. Il leur suffirait de commencer à avoir des soupçons, puis de se munir de n'importe quel calendrier pour découvrir la vérité. C'était une simple question de temps. En attendant, Remus inventait des excuses après chaque pleine lune avec l'aide de Madame Pomfresh et les servait à ses amis et à quiconque lui poserait des questions. Remus se demandait bien ce qu'il ferait sans elle.

Il soupira et fut tiré de ses pensées par Peter qui éclata d'un rire raisonnant. Remus cligna des yeux et chercha l'origine de son hilarité. Bien entendu, il s'agissait de James et Sirius qui faisaient les pitres : ils étaient cachés derrière un arbre et lançaient de la terre sur un groupe de filles de Serdaigle. Remus secoua la tête et sourit affectueusement. Quels clowns, ils ne s'arrêtaient jamais. Et Peter qui riait de bon cœur à ses côtés. Remus sentit son cœur se serrer en repensant à ses peurs incessantes, et se gifla mentalement. Il devait arrêter de se morfondre sans arrêts et profiter du temps qui lui était offert avec ses amis. Il ferma son bouquin et regarda James courir après Sarah Sawyer en riant. Peter se leva et alla rejoindre Sirius. A peine s'était-il éloigné que quelqu'un prit sa place.

« Salut Rem' ! » lança une voix que Remus connaissait bien. Il tourna la tête et sourit à John.

« Salut John, » lui répondit-il. Puis il ajouta « Salut Mike, salut Dorcas, » en les voyant approcher.

Tous deux le saluèrent et John se rapprocha un peu de Remus pour faire de la place à Dorcas. Celle-ci préféra cependant rester debout et Mike s'assit avec grand plaisir, sous les regards amusés des trois autres. Ils discutèrent quelques minutes puis Dorcas, ne tenant pas en place, alla rejoindre James, Sirius et Peter qui étaient toujours en train d'ennuyer les filles de Serdaigle de l'autre côté de la cour. Les trois garçons assis sur le banc les regardèrent en souriant. Au bout de quelques instants, John se tourna de nouveau vers Remus.

« Au fait, qu'est-ce qu'il s'est passé ce matin en potions ? On a croisé Lily en allant aux cachots, et elle était furieuse. »

Mike acquiesça. « Elle ne nous a même pas dit bonjour, » précisa-t-il.

Remus réprima un sourire en voyant son air peiné. Il avait l'impression que Mike admirait énormément Lily, et il le comprenait. Elle dégageait une telle sérénité et rien ne semblait échapper à son intelligence. John avait les sourcils froncés, soucieux.

« On s'est dit qu'il devait s'être passé quelque chose. Et puis Slughorn était plus agité que d'habitude avec nous. »

Remus hocha la tête. Les Gryffondor avaient un double cours de potion commun avec les Serpentard le jeudi matin, juste avant celui des Poufsouffle et des Serdaigle. Souvent, les élèves qui se croisaient dans les couloirs s'échangeaient des informations sur le thème du cours, l'humeur du prof, ou une possible interro. Cependant, ce matin là, Remus ne se souvenait pas avoir rencontré John et les autres. Ils avaient dû arriver un peu plus tard puisque Lily elle-même était sortie après tout le monde.

« Oh, c'était un cours habituel, donc assez agité comme vous le savez – oh, d'ailleurs, vous avez réussi à faire votre potion ? » Mike et John firent « non » de la tête mais John précisa que Dorcas et lui-même l'avaient presque réussie.

« Mmh, oui, elle n'était pas facile à réaliser. Nous non plus on ne l'a pas bien faite, il n'y a que Lily et Severus qui l'ont réussie. »

« Comme d'habitude, » fit remarquer Mike.

John s'impatientait. « Et alors, sinon ? »

« Oui, pardon. Donc c'était comme d'habitude, un peu de chahut, Avery et Mulciber qui n'arrêtaient pas d'ennuyer Sirius etc. Au bout d'un moment, leur chaudron a explosé, on ne sait pas comment – mais je suis sûr que c'est un coup de James – et ils ont dû aller à l'infirmerie car ils étaient couverts de pustules vertes. » John et Mike éclatèrent de rire.

« Bien fait pour eux, » déclara John avec un grand sourire.

« Tu l'as dit, Johnny ! »

C'était James, qui venait de se matérialiser derrière eux et semblait avoir entendu Remus raconter ses exploits. Il tapa un grand coup dans le dos de John qui essaya de le pousser, mais sans succès.

James rit et prit son air supérieur. « Alors les blaireaux, on apprend à devenir un homme comme moi en écoutant les histoires de ce bon vieux Remus ? »

« A devenir un insupportable petit vantard tu veux dire, » rectifia Sirius, qui venait d'arriver, en ébouriffant un peu plus les cheveux de son ami. Remus secoua la tête.

« Tu peux parler toi, tu es aussi idiot que lui. » Sirius et James s'esclaffèrent tandis que Dorcas et Peter les rejoignaient eux aussi. Remus regarda de nouveau John et Mike.

« Parce que, après que Mulciber et Avery soient partis, ces deux gamins ont décidé de reporter leur énervement sur Severus. »

John fronça les sourcils. « Rogue ? »

James siffla entre ses dents et Sirius eut un reniflement dédaigneux. « Rem, Rem, son nom est Servilus. »

« Oui Rem, imagine un peu comme il serait triste d'apprendre que tu ne l'appelles pas par son prénom. »

Peter éclata de rire mais Remus hocha la tête, ne leur accordant même pas un regard. Parfois ses amis pouvaient être idiots, mais il ne les échangerait pas pour tout l'or du monde.

« J'imagine que Rogue ne s'est pas laissé faire ? » demanda John.

« Non, bien sûr que non. »

« Lily devait être enchantée, » dit Mike. Dorcas alla s'asseoir à terre, devant le banc, et les trois Gryffondor ne tardèrent pas à l'imiter.

« Oh oui, tu t'en doutes, confirma Remus. Elle a essayé de garder son calme pendant un moment mais a fini par traiter Sirius et James de petits crétins. Évidemment, c'est la seule chose que Slughorn a entendue, et il lui a demandé de rester à la fin de l'heure pour aller lui parler. »

Sirius leva les yeux au ciel. « En même temps elle n'est pas très discrète : elle a été assez idiote pour le dire en plein sous son nez ! »

James approuva d'un hochement de tête et Peter continua sur la lancée de Sirius. « Déjà qu'elle est assez idiote pour défendre Servilus ! » Sirius rit et donna une tape amicale sur l'épaule de Peter qui semblait ravi. James sourit simplement et Dorcas ne dit rien, les regardant avec curiosité. Remus n'appréciait pas vraiment le comportement de ses amis et en particulier ce que venaient de dire Sirius et Peter, mais il se tut. Lorsqu'il vit l'expression sévère de John par contre, il comprit que ce dernier ne garderait pas sa langue dans sa poche.

« Lily n'est pas du tout idiote. C'est vous les idiots ! Elle n'a rien demandé et vous lui attirez des ennuis, juste pour vous amuser. » Sirius haussa les épaules nonchalamment.

« C'est pas mon problème. On lui a rien demandé non plus, on parlait à ce crétin de Rogue, pas à elle. Elle veut le défendre, elle assume. » Peter hocha la tête. Remus ne sut quoi dire ni même quoi penser. Ce n'était pas juste mais d'un côté, que pouvait-il répliquer à ça ? Il était certain que plus tard, en repensant à cette conversation, il trouverait des tas de phrases à répondre mais sur le coup rien ne lui venait. Remus fut un peu consolé en voyant que James n'avait pas réagi, apparemment très intéressé par une fourmi qui marchait à ses pieds.

John n'avait pas quitté Sirius des yeux, le défiant presque du regard. « Quoi que tu dises, c'est quand même de votre faute. » Sirius haussa de nouveau les épaules, désintéressé. Remus chercha à changer de sujet, soucieux de détendre un peu l'atmosphère.

« Et donc, tu disais que Slughorn était agité, c'est ça ? » demanda-t-il à John, mais ce fut Dorcas qui lui répondit.

« Oui, il s'est énervé ! Je ne l'avais jamais vu comme ça ! »

James releva la tête, étonné. « Slughorn, énervé ? Comment c'est possible ? »

Remus eut envie de rire devant son air atterré. Sirius et lui avaient tout essayé pour faire sortir Slughorn de ses gonds, mais il semblait que le maître des potions était également le maître du calme absolu. Il devait prendre pour une insulte personnelle le fait que quelqu'un d'autre que lui ait réussi à l'énerver. Dorcas hocha la tête et continua son explication.

« C'est Holmes, ce garçon bizarre de Serdaigle. Il a encore fait exploser son chaudron. »

Peter gloussa. « Encore ? Il doit vraiment être nul en potions. »

« Non, expliqua Mike, il fait des expériences en fait. Il avait déjà fini la potion de repos depuis longtemps. »

James semblait toujours aussi outré. « C'est injuste ! »

Il se renfrogna tel un enfant qui boude. Remus eut un petit rire. « Essaye de faire exploser ton chaudron à chaque cours toi aussi, peut-être qu'il s'énervera contre toi si c'est ce que tu veux. » James lui tira la langue.

« Je te préviens James, Holmes a eu une semaine entière de retenue, » précisa Dorcas avec un grand sourire. Le Gryffondor haussa les épaules et reprit son air supérieur qui le rendait si ridicule.

« Qu'est-ce qu'une semaine de retenue comparée à une gloire éternelle ? » Sirius lui jeta une motte de terre. Remus sourit en les regardant se bagarrer avec affection. Profites-en, car un jour ils te fuiront, lui murmura une voix dans le coin de sa tête. Il sentit son cœur se serrer.


Lily lâcha son livre de potions avec force sur la table puis se laissa tomber sur une chaise avec humeur, s'installant juste en face de Severus. Ce dernier leva les yeux de son parchemin et la regarda s'asseoir de son air indifférent avant de se remettre à écrire.

« Tu ne devrais pas faire autant de bruit, Mme Pince risque de rappliquer et de nous mettre dehors à cause de toi, » dit-il froidement. Lily lui lança un regard assassin mais le garçon prit bien soin de rester le nez fourré dans son devoir.

« Peut-être que ça te ferait les pieds, » grommela-t-elle en ouvrant son livre.

Il ne répondit pas, et le silence s'installa entre eux. Lily jeta un œil au parchemin de Severus : il répondait aux questions du livre que le professeur Slughorn leur avait donné en devoir pour la semaine suivante. Elle trouva la bonne page sur son propre exemplaire et commença à les lire. Il y en avait une vingtaine et toutes n'étaient pas vraiment évidentes, même en ayant bien suivi le cours. Le cours. Quelle catastrophe ça avait été. Lily grinça des dents en y repensant et elle dut relire la question 13 à deux reprises pour la comprendre. Quelques minutes plus tard, elle se rendit compte qu'elle venait de lire la question 15 trois fois sans s'en apercevoir, trop perturbée par ses pensées. Elle referma sèchement son livre, abandonnant tout espoir de travailler. Severus sursauta et lui jeta un regard à la fois interrogateur et accusateur.

« Je n'arrive pas à me concentrer. Je suis encore trop énervée par ce matin, » expliqua-t-elle en rangeant sa plume dans son sac. Elle le pointa du doigt. « Et c'est de ta faute ! Si tu ne jouais pas leur jeu... »

Il grogna et lui coupa la parole. « Je ne joue pas leur jeu ! Je me défends, c'est tout ! »

Elle eut un petit rire désabusé. « Tu ne te défends pas, tu mets de l'huile sur le feu ! Je t'avais dit de les ignorer ! Les idiots comme Potter et Black se lassent vite de ce genre de choses, mais toi tu les encourages ! »

Severus hocha la tête, les sourcils froncés et ne dit rien. Il fit mine de se remettre à son travail, mais après quelques secondes, il se remit à parler. « Ce n'est pas de ma faute si Slughorn t'a grondée. »

Lily croisa les bras sans quitter son ami des yeux. Il refusait de croiser son regard, comme souvent. « Non ? Alors c'est de la faute à qui ? » Cette fois il daigna la regarder, et ses yeux se plissèrent.

« Potter et Black, » cracha-t-il. Elle leva les yeux au ciel.

« C'est de votre faute à tous les trois, Sev ! Ne t'inquiètes pas, je leur ai déjà dit ce que je pensais d'eux, pas plus tard que ce midi. Il faut bien que tu en prennes un peu pour ton grade toi aussi, tu ne crois pas ? » Il ne bougea pas mais l'observa avec attention, comme s'il essayait de lire quelque chose sur son visage.

« Tu n'avais pas à me défendre. »

Lily soupira. Ce qu'il pouvait être fatiguant, parfois. « Tu es mon ami, Sev, bien sûr que je dois te déf- » Il se leva et fourra avec hâte ses affaires dans son sac. Lily, surprise, fut incapable de finir sa phrase.

« Ne refais plus ça, regarde où ça te mène. Je dois y aller. A plus tard. »

Il tourna les talons sans plus attendre et s'éloigna. La jeune Gryffondor le regarda partir sans rien dire, ne sachant que penser. Severus était un garçon attachant, vraiment, mais il était aussi très étrange parfois. Elle n'était jamais sûre de ses réactions, de ce qu'il pouvait bien penser. C'était la personne qu'elle connaissait depuis le plus longtemps ici à Poudlard, à part John, et pourtant elle se rendait compte qu'elle ne le connaissait pas si bien que ça.

Au bout de quelques minutes, elle haussa les épaules et rangea son livre dans son sac. Elle se leva et sortit de la bibliothèque, rentrant à la salle commune. Elle trouverait Mary et Marlène là-bas, elles au moins apprécieraient sa compagnie.