3. Le deuxième jour.

Il se réveilla tôt le lendemain matin. La nuit avait été mouvementée. Son ami, lui, avait dormi comme un loir, si bien que ses ronflements l'avaient maintenu éveillé un bon moment. William s'habilla et quitta la maisonnette à l'aube. Il marcha pendant de longues minutes aux abords du lac, dans la forêt et sur les galets sombres alors que le soleil commençait sa course dans le ciel dépourvu de tout nuage. Il marcha longtemps, perdu dans ses pensées, avant de rebrousser chemin vers la petite ville. Son regard se perdait sur le lac lorsqu'il vit une femme sortir de la maison occupée par son amie et le Docteur Grace. Il reconnu aussitôt ces boucles blondes. Il approcha alors doucement en souriant, sans pour autant manifester sa présence. Julia soupira profondément en laissant voyager son regard sur l'eau calme, avant de fermer les yeux pour savourer le faible souffle de vent qui caressait sa peau. Puis, elle se dirigea vers la rambarde en bois et s'y accouda, tenant dans ses mains une tasse fumante de thé noir. William continua sa progression vers elle, sans pour autant la quitter des yeux. Il prit la parole à peine plus fort qu'un murmure pour ne pas l'effrayer, car elle ne semblait pas l'avoir vu.

-Julia?

Elle se tourna alors aussitôt vers lui et il lui fallut de croiser son regard sombre pour lui sourire largement.

-William, soupira-t-elle avec joie, bonjour.

-Bonjour, répondit-il en souriant à son tour.

-Vous êtes bien matinal.

-Je n'ai pas beaucoup dormi, avoua-t-il, une seule nuit et George a réussi à me donner la migraine.

Ils rirent tous les deux et la jeune femme fit un pas de plus vers lui avant de reprendre la parole.

-Souhaitez-vous, vous joindre à moi pour une tasse de thé?

-Avec joie, répondit aussitôt l'Inspecteur.

-Je vais vous en chercher une, ne bougez pas.

Il acquiesça et alors qu'elle s'éclipsa à l'intérieur, le jeune homme monta les petites marches en bois pour se trouver sur le perron, là où elle s'était tenue un peu plus tôt. Il avança jusqu'à une chaise à bascule qui se trouvait un peu plus loin, tournée vers le lac et il s'y assit. Julia arriva quelques secondes plus tard avec une tasse fumante. Elle se dirigea vers lui et la lui tendit, puis, elle prit place sur l'autre chaise qui se trouvait à côté et bu tranquillement. Ils restèrent silencieux quelques minutes, simplement à profiter de cet instant avec le sentiment qu'il était tout à fait naturel de se trouver ensemble devant cette maison à boire une tasse de thé. Lorsqu'il eut terminé la sienne, William la posa au sol et regarda la jeune femme à côté de lui. Il se pencha un peu vers elle et lui prit doucement la main, croisant son regard.

-J'avais l'intention d'aller en ville ce matin, j'ai vu une boutique forte intéressante sur notre chemin depuis la gare, m'y accompagnerez-vous?

-Une boutique?

-Oh, rien de très intéressant, mais je pourrais y trouver du matériel pour une nouvelle idée que j'ai eu.

-C'est toujours un plaisir de découvrir une autre invention signée par William Murdoch, répondit Julia en souriant, je serai ravie de venir avec vous.

Pour toute réponse, il lui accorda également un large sourire avant de déposer un baiser sur la main de la jeune femme qui rougit doucement à cette tendre attention.

Ainsi, quelques minutes plus tard, ils se mirent en route pour rejoindre le centre ville, bras dessus, bras dessous.

La journée se passa tranquillement. Julia et William ne se quittaient pas. Ils avaient passé la matinée dans cette boutique, cherchant le moindre petit élément susceptible d'être utile à l'Inspecteur pour sa nouvelle idée. La jeune femme l'avait aidé comme elle le pouvait, et finalement même si sa présence ne lui avait pas été d'une très grande aide, elle avait été d'un immense réconfort. Il apprécia chaque seconde de ce jour là, chaque mot, chaque rire, chaque regard. Et puis, ils avaient fait demander qu'on leur transporte le matériel à une petite grange abandonnée à l'écart des maisons, derrière un enclos de cheval désormais vide. Ils avaient trouvé une auberge où ils se restaurèrent et où l'Inspecteur parla en détails de ce qu'il avait l'intention de faire, sous les yeux émerveillés et les commentaires enthousiastes de la jeune femme. Puis, ils prirent le chemin de la grange et s'attelèrent à la tâche. Julia l'assistait une fois encore de son mieux, devenant la meilleure des assistante qu'il pouvait rêver d'avoir. William avait le sentiment de se trouver quelques années plus tôt, lorsqu'elle travaillait encore avec eux et qu'il la voyait chaque jour, lorsqu'il n'avait qu'à traverser la rue pour venir lui parler de ses dernières découvertes ou de ses doutes concernant une enquête. Tout semblait être comme autrefois ce jour là.

-Dites-moi William, et cet écrou, où doit-il aller? Lança Julia en fronçant les sourcils.

Elle se trouvait penchée sur la machine, le bras tendu vers lui et lui présentant la pièce qu'elle tenait. De l'autre côté de la table en bois sur laquelle se trouvait la machine, William leva les yeux vers son amie. Il fit une grimace et se déplaça rapidement jusqu'à elle.

-Je pense là-haut, dit-il simplement en regardant l'endroit qui se trouvait au-dessus de leur tête, je l'ai oublié.

-Je vais essayer de le fixer, murmura la jeune femme.

Julia suivit son regard et se mit sur la pointe des pieds pour venir fixer l'écrou là où il se devait. Voyant l'effort qu'elle faisait, William se mit derrière elle et glissa sa main sur sa taille pour l'empêcher de tomber. Il se mit contre elle et leva le bras pour venir effleurer ses doigts qui terminaient leur danse au-dessus d'eux.

-Je vais vous aider, murmura tendrement l'Inspecteur contre elle.

-William vous me déconcentrez, souffla-t-elle dans un dernier effort.

Elle l'entendit rire très doucement, sentant son souffle chaud dans sa nuque, puis, une fois terminé, elle descendit le bras. Il continua de caresser la paume de sa main avant de lier ses doigts aux siens lorsqu'elle plaça sa main sur son ventre. Elle remit les pieds à plat et aussitôt son corps se trouva complètement appuyé sur celui du jeune homme qui n'avait pas bougé.

-William, soupira la jeune femme une fois encore en fermant les yeux, il va falloir que j'arrête de me mettre dans une telle position lorsque vous êtes dans la même pièce que moi.

Il rit encore une fois et glissa la main qui s'était trouvée sur sa hanche sur son ventre, rejoignant les mains jointes qui s'y trouvaient déjà. Il approcha son visage de ses cheveux et en huma le parfum qu'il connaissait si bien et aimait tellement. Et doucement, ses lèvres effleurèrent sa peau, pour y déposer un timide baiser. Il s'éloigna alors de quelques millimètres et elle tourna la tête vers lui pour croiser son regard.

-J'ai peur de ne plus répondre de rien si…si…vous continuez de…, tenta de dire la jeune femme sur ses lèvres.

-Peut être est il temps de ne plus répondre de rien Julia, répondit simplement William sur un ton grave qui la fit tressaillir un instant.

Ils échangèrent encore un regard avant qu'il ne s'approche un peu plus d'elle et que leur souffle se mêlent. Mais alors qu'il voulait gouter à ces lèvres qui l'avait tant manqué pendant des mois, des semaines, des jours, des heures, la porte de la grange s'ouvrit brusquement.

Ils s'éloignèrent en un bond, comme si ils avaient commis le pire des pêché. Ils gardèrent pourtant une main liée, alors que le jeune homme qui était entré les regardait tour à tour.

-Oui George? Fit William le plus innocemment du monde alors que le regard de Julia semblait ne pas vouloir quitter le sol.

-Je…euh…excusez-moi Inspecteur, Docteur. C'est l'Inspecteur qui m'envoie, il nous manque un gars pour la partie de baseball.

-Et vous aviez pensé à moi?

-Je sais que ce n'est pas votre genre Monsieur, mais il a insisté, il a dit que cela vous changerai les idées, au lieu de travailler sur une quelconque invention. Mais je vais lui dire que votre activité était…toute autre, il…

-Non, merci George, le coupa Murdoch, je vais venir. Ne lui dites rien.

-Bien Monsieur, répondit poliment celui-ci avant de fermer la porte derrière lui bien trop honteux pour ajouter quoique se soit.

William se tourna vers la jeune femme et croisa son regard.

-Je ferai mieux d'y aller si je ne veux pas le mettre en colère pendant ses vacances. Il risque d'être d'une humeur massacrante.

-Oui, je comprends, répondit Julia en lui adressant un sourire désolé.

Il glissa alors ses doigts sous le menton de la jeune femme et ancra son regard dans le sien quelques secondes.

-Je suis navré, dit-il simplement, mais cette semaine ne fait que commencer.

-Allez-y William, nous nous reverrons plus tard.

-A plus tard, ajouta l'Inspecteur avant de déposer un chaste baiser sur sa joue et de quitter la grange sur le champ lâchant la main de la jeune qu'il tenait encore au tout dernier moment.

Elle le regarda partir en silence, puis, elle ferma les yeux et soupira profondément en s'appuyant contre la table quelques instants. Elle avait besoin de reprendre ses esprits avant de quitter cette grange pour les rejoindre. Elle avait perdu toute raison, et il n'était pas bon que se soit le cas. Elle savait à quel point il était difficile pour William de se laisser aller, et elle avait accepté cette réalité. Même si plus d'une fois son corps lui criait de se jeter dans ses bras et de franchir cette limite, sa raison l'en avait toujours empêché. Car elle savait que pour William, tout ceci était beaucoup trop important. Mais ce jour là, dans cette grange, la tension était devenue si forte, que lui aussi était sur le point de succomber, et pour lui, elle se devait de résister. Finalement, la venue de George aurait été une bonne chose, car sans cela, peut être seraient-ils en train de commettre la plus grosse erreur de toute leur vie. Et Julia le savait.

Le Docteur Ogden rejoignit le groupe qui se trouvait dans un immense pré un peu à l'écart de la ville. Elle arriva au moment où William s'équipa, sous le regard apparemment ravi de son supérieur. La jeune femme rejoignit les autres femmes se tenant un peu à l'écart, à l'ombre des grands arbres qui bordaient le terrain improvisé. Madame Brakenreid lui désigna la chaise encore libre à côté d'elle et Julia prit place en lui souriant.

-J'espère que ce match ne sera pas aussi mouvementé que celui de l'an dernier, soupira-t-elle en regardant les hommes prendre place, j'entends pleinement profiter de ces vacances. Sans aucun meurtre.

-Oh, ne craignez rien, répondit Julia, je suis certaine que tout se passera bien.

-Vous savez mieux que moi que le crime ne s'arrête pas car les policiers sont en vacances, dit-elle en se tournant vers la jeune Docteur, et depuis le temps que Thomas me promet des vacances, j'ai commencé à perdre espoir.

Julia rit doucement et jeta un autre regard à la prairie avant de reprendre la parole.

-J'imagine que cela ne doit pas être facile tous les jours.

Margaret la regarda alors avec attention, puis elle sourit à son tour et suivit le regard de la jeune femme qui se posait sur l'Inspecteur Murdoch, prenant place.

-Non, c'est certain. Mais je sais que vous êtes tout à fait capable de supporter de devenir l'épouse d'un Inspecteur. Vous connaissez bien ce monde et vous semblez être faite pour l'Inspecteur Murdoch.

Julia la regarda et rougit doucement avant que la femme de l'Inspecteur Chef ne reprenne la parole.

-Vous avez les épaules et la force de caractère pour le faire.

-Eh bien, un jour peut être, murmura Julia en regardant ses mains quelques instants.

Margaret n'eut pas le temps de répondre que le Docteur Grace assise de l'autre côté de Julia se leva d'un bond en criant.

-Waaaouuuh, bravo agent Crabtree !

Elle applaudissait aussi fort qu'elle le pouvait en souriant largement. Le jeune homme avait réalisé un coup de maître, un tour de terrain entier après avoir frappé si fort que la balle avait terminé sa course dans les arbres. Le jeune homme reprenait son souffle, mais n'était pas indifférent aux félicitations de la jeune femme. Il lui souriait discrètement, si fier de lui qu'il manqua de tomber, ce qui fit rire un bon nombre de ses camarades qu'il ne manqua pas de fusiller du regard.

Ce fut au tour de William qui, après deux essais, lança la balle loin dans le ciel dépourvu de tout nuages, sous les applaudissements de Julia qui ne voulait plus le quitter des yeux une seule seconde, repensant aux paroles de son amie assise à côté d'elle.

...

à suivre

...