« Une goutte de pluie est l'égale d'une goutte de sang », Jean Chalon.

J'ai toujours détesté les jours d'été. Ces jours où le soleil, haut dans le ciel, nous surplombe et nous envoie sa chaleur suffocante. Etouffante même. Ces jours où tous les parents emmènent leurs enfants dans les parcs qui retrouvent vie. Ces jours-là, je cherche toujours à me cacher de ces rayons si brûlants. Je cherche un espace clos, noir et froid. Très froid.

J'ai toujours détesté ces jours de chaleur. Je me sens si seule même un peu mélancolique sans savoir pourquoi. Parfois, je sens même la pluie coulée délicatement depuis mes yeux jusqu'à mes lèvres. J'ai du mal à respirer et la lumière aveuglante de cet astre si puissant me donne des nausées et des envies de sommeil.

J'ai toujours détesté l'été. Je vois les gens sourire depuis la fenêtre de ma chambre. Sourire, rire, comme si ce temps, cette saison ramenait le bonheur dans leur cœur alors qu'il enlève toute joie dans le mien. Je n'aime pas sortir lors de ces jours de canicule. Je sens des odeurs sucrées que personne ne relève. Je m'enivre de senteurs exotiques de fleurs qui ne poussent pas ici. Je me noie dans des champs sans fin de sons mélodieux. Des criquets. Oui, des criquets. Mes sens me jouent des tours et me rendent juste un peu plus nostalgique. Mais sans savoir vraiment pourquoi.

J'ai toujours détesté les couleurs chaudes. Si brûlantes à regarder. Je me tourne vers le rebord du balcon qui est d'habitude toujours fermé par peur que j'y sorte la nuit. Il y a des fleurs. Des coquelicots. Si rouge. Ça sent si bon. Ça m'est familier mais en même temps ça me parait si fade, si loin. Comme un souvenir oublié. Comme un cauchemar que je dois effacer. Je porte la main à mon médaillon sans m'en rendre compte. Je fais souvent ça les jours d'été. Je l'enlève et l'ouvre.

Je plonge mon regard dans ceux de la photo.

Je me souviens. J'ai toujours apprécié l'été. Je passais mon temps entre les jeux dans les parcs et la piscine du jardin. J'ai toujours adoré ce soleil si brillant qui réchauffait la petite fille que j'étais. J'aimais passer mon temps dans le jardin à danser au milieu de tous les coquelicots de mes parents.

Je me souviens. C'était un dimanche matin. Le soleil était haut dans le ciel. Les oiseaux partageaient avec moi leur merveilleuse mélodie. Les fleurs oscillaient au gré de la légère brise qui les caressait. Ça sentait bon dans la maison. Ça sentait le calme, la douceur et les bouquets de fleurs exotiques que mon père inventait. Les criquets s'étaient invités dans le salon. Je montais les escaliers aussi vite que possible pour aller réveiller mes parents. Je voulais partager ce jour de vacances avec eux.

La symphonie de ce jour se brisa.

Je me souviens de la fenêtre ouverte, du rideau qui ondulait à cause du vent. Du bouquet de fleurs fanées sur la table de nuit. Du corps de mon père qui était à moitié couché sur celui de papa comme pour le protéger. Des voiles du lit qui frôlaient leurs visages endormis. De la fleur de coquelicot que papa tenait. De leurs sourires si doux. Et du rouge. Le rouge si beau, si puissant, si …trop rouge. Ce si délicat rouge qui était le sujet d'un jeu entre mes parents. Et de tout ce rouge qui s'échappait de mes parents pour recouvrir le plaid du lit.

Je sursaute quand un oiseau atterri près de moi. Je tendsla main pour le caresser mais il s'enfuit et s'envole très haut. Loin de moi. Comme eux.

Je me souviens maintenant. Je ne peux m'empêcher de me mettre à crier si fort en espérant que quelqu'un m'entende, que quelqu'un vienne les sauver. Mais personne n'est venu.

« Symphonia ».

Je connais ce prénom. Je sursaute en me rappelant que c'est le mien. Papa m'appelait « ma douce symphonie ». Je reconnais l'homme derrière moi. Monsieur aquarium. Je me jette dans ses bras en espérant qu'il pourra encore faire quelque chose pour moi. Je sens ses bras se resserraient autour de moi et je pleure. Je crois qu'il pleure aussi. Nous invoquons tous les deux les larmes sacrées de la souffrance pour que nous soient rendus les êtres qui nous sont proches. Nous grimpons sur le lit et alors qu'il commence à parler, je ferme les yeux pour voir mes parents me sourire.