Hellooo ! ^^

Voici le 3ème chapitre de ma petite fanfic :3

Ça ne change pas, mais je rappelle que Kuro, Fye et les autres persos cités sont à CLAMP ^^

Encore un énorme merci à toutes celles et ceux qui me lisent et mille merci pour les reviews ! *-*

Bonne lecture ! ^^

.


Chapitre 3

Une rentrée mouvementée.


.

.

Il y est 7 heures 30 à ma montre lorsque j'arrive devant l'immense portail en fer forgé du lycée Tsubasa.

Une légère brise s'amuse à faire tourbillonner les feuilles mortes au ras du sol, au grand damne d'un jardinier peu dégourdi qui soupire plus qu'il ne balaye.

On dirait presque moi, serpillière à la main, c'est dire !

Le ciel est d'un bleu sans nuages et les rayons inondant les lieux laissent entrevoir une journée à la fois chaude et ensoleillée.

C'est pas grand chose, mais j'en suis soulagé, vu que je ne trouve rien de plus déprimant qu'une rentrée dans la grisaille ou pire, sous la pluie.

Bien qu'étant sensible à la chaleur, je préfère largement le beau temps.

Sous le soleil, les soucis semblent loin et j'ai l'impression de pouvoir tout surmonter, y compris le stress d'une première journée de travail, dans une nouvelle ville, avec de nouveaux collègues et dans l'immédiat, un premier cours à dispenser.

Une fois arrivé à la salle 302, située au troisième étage de l'aile ouest du bâtiment, je remarque que le proviseur, Kyle Rondart, est en plein discours moralisateur de rentrée.

En attendant qu'il me fasse signe d'entrer, je jette un œil à mon reflet à travers une vitre donnant sur l'extérieur, l'image renvoyée m'arrachant un soupir de fin du monde.

Après moult essayages aussi inutiles les uns que les autres, j'avais finalement opté pour les incontournables classiques : converses noires, jean noir, chemise blanche et une cravate noire si bien nouée que j'ai l'air d'avoir un ruban autour du cou.

Comme d'habitude, j'ai l'allure du type qui a raté son réveil… A quand celle du mec élégant, sûr de lui et qui assure grave ? Je me le demande.

Dire qu'il m'a fallu une heure de combat avec mon miroir pour en arriver là… C'est désolant.

Tandis que je tente de stabiliser une mèche récalcitrante, la voix du proviseur me ramène brusquement à la réalité.

Repérant son signal, je franchis le seuil de la salle et me place à côté de lui.

Cruelle erreur !

Les regrets me submergent à la seconde où les effluves de son eau de toilette bon marché parviennent à mes innocentes narines.

Pouah...

De quoi s'est-il donc aspergé pour avoir cette vieille odeur de désinfectant ?!

Essayant de dissimuler mon dégoût derrière un immense sourire enchanté, je réalise alors que la vingtaine d'élèves présents me scanne des pieds à la tête avec des expressions faciales carrément douteuses.

Situées pour la plupart au premier rang, les filles affichent un sourire béat, d'étranges petites étoiles virevoltant dans leurs yeux.

Certains garçons ont les mêmes yeux étoilés d'ailleurs... Bizarre.

Quant aux autres, ils me regardent soit avec autant d'intérêt qu'un porte manteau, soit avec un air supérieur qui ne me plait pas vraiment.

Toutefois, lorsque je balaye l'assemblée du regard, mon attention est rapidement accaparée par le seul élève dont le regard n'exprime rien de tout cela.

Debout au fond de la salle, son étonnement maladroitement dissimulé, il ne me lâche pas des yeux et c'est en plongeant dans ses iris pourpres d'une incandescence quasi-surnaturelle que l'insolite de la situation vient me frapper en pleine poire.

Hahaha !

La blague cosmique !

Hilarant !

(...)

Hum, on se réveille quand ?

Non sérieux ! Je salue ma capacité à faire des rêves dignes d'Inception, mais là, c'est un peu trop réaliste...

Allez, quoi !

En plus c'est pas possible !

Quoi que.

S'il a 17 ans, c'est possible.

C'est même très possible, si je prend la peine de réfléchir.

(...)

Oh la vache...

Oh la vacheeeeuuuh !

(...)

Voilà !

Ça m'apprendra à rire bêtement quand j'entend dire que « le monde est petit ».

Le. Monde. Est. Petit.

Trop petit même, si vous voulez mon avis.

Kurogane…

Kurogane mon voisin de palier… est un de mes élèves !

Celle là pour le coup, je l'ai pas vue venir !

Lui non plus d'ailleurs.

Bienvenu au club !

Le club des « dindons de la farce »...

« Flowright ? »

Oh merde…

Reprenant mes esprits, je retourne en 4ème vitesse à la réalité, où Kyle Rondart me lance un regard courroucé à travers ses lunettes rondes de médecin.

Visiblement, je suis resté déconnecté assez longtemps pour qu'il le remarque…

Confus, j'essaye aussitôt de me racheter avec un sourire débordant d'enthousiasme, ce qui fonctionne puisqu'il me tapote l'épaule d'un air indulgent, avant de se diriger vers la sortie.

« Je vous laisse avec votre nouveau professeur ! » Lance-t-il aux élèves, avant d'ajouter à mon adresse : « Bon cours à vous, Flowright ! », sa bouche s'étirant en un sourire prétendument aimable, mais qui, pour une raison inconnue, me file la chair de poule.

.

.

Une fois la porte fermée et l'air de nouveau respirable, je me retrouve seul avec les élèves qui peuvent être répartis en deux groupes : les lobotomisés aux yeux scintillants et les âmes perdues observant l'horloge murale comme des mourants attendant la rédemption.

Un seul élève se distingue, une fois de plus, du reste de la classe.

Ses pupilles rougeoyantes n'abritent aucune galaxie d'étoiles et ne portent aucun intérêt au temps qu'il lui reste à passer dans cette salle.

Une fois la surprise passée, son visage est redevenu impassible. L'air vaguement ailleurs, il semble absorbé par une série de gribouillages, son regard s'égarant quelquefois à droite, à gauche, ou dans ma direction.

Ce n'est l'affaire que d'une fraction de secondes, mais la rencontre avec ses yeux me fait toujours le même effet…

Mon corps est brusquement enveloppé d'une chaleur à la fois troublante et apaisante, et je me sens perdu entre l'envie de le regarder des heures durant et celle de ne plus jamais croiser son regard de peur d'être englouti par des flammes inconnues.

Kurogane.

A le voir au milieu d'autres garçons de son âge, le contraste est encore plus saisissant.

Il est tellement plus grand, tellement plus athlétique, tellement différent… Il a la carrure d'un homme, et non d'un adolescent.

Il n'a pas non plus cet air abruti qui caractérise la majorité des lycéens. Au contraire. Il émane de lui un côté mature et responsable que même certains hommes soit disant « adultes » n'ont pas.

J'ai vraiment du mal à croire qu'il ait 17 ans…

Et pourtant…

(...)

Enfin bref !

C'est bien joli, mais c'est pas parce que mon voisin est là que je dois me déconcentrer !

De plus, s'il gribouille, c'est qu'il s'ennuie. « Homme qui écrie, homme qui s'ennuie », c'est pourtant bien connu !

D'ailleurs, on va tous finir par ronfler la bouche ouverte si je continue à jouer les asperges léthargiques !

C'est moi le prof nom d'un lapin albinos ! Alors du nerf ! Go Fye, go !

Oula...

Suite à cette douloureuse révélation : je viens de m'interpeller comme si j'étais Goldorak ou un vulgaire pokémon (va falloir que je rappelle mon psy…), je décide à faire l'appel.

Bien entendu, comme poisse est mon deuxième prénom, ma trousse Mokona se suicide sur le carrelage lorsque je prend un stylo, révélant au grand jour un de mes goûts les plus virils.

Aussitôt, un joyeux bourdonnement s'élève dans la salle, et c'est dans un concerto de ricanements, gloussements, et autres « Kyaaaahhhh ! Kawaiiiiii ! » que je commence à recenser les élèves présents.

Lorsque j'arrive à « Kurogane Suwa » et que sa voix retentit comme un écho sauvage entre les murs, un court frisson m'envahit, sans que je sache pourquoi.

Le retour à la réalité prend quelques secondes, et je parviens enfin à clôturer l'appel, qui aura été un moment plus éprouvant que prévu.

Le discours du proviseur ayant pris pas mal de temps, je poursuis en leur présentant le plan de mon cours. Puis, après leur avoir recommandé de se procurer les ouvrages à l'étude, je propose de conclure la séance en répondant à leurs questions relatives au programme.

Dans la seconde, une forêt de mains féminines s'élève dans la salle. En les voyant se tortiller d'impatience sur leurs sièges, j'ai soudain la vague impression d'avoir tendu le bâton pour me faire battre.

C'est donc en regrettant mon élan démocratique que je donne la parole à une première demoiselle.

« Sensei, êtes-vous japonais ? » Lance immédiatement Chunyan, une petite brune nettement plus calme que ses comparses.

« Eh bien… J'ai la nationalité anglaise du fait de mon père et la nationalité japonaise du fait de ma mère. » Je répond, espérant que ça ne soit pas le début d'un interrogatoire.

Hélas…

« Vous êtes si jeune et déjà professeur ! Etes-vous un surdoué ? » Demande ensuite Tomoyo, une autre brune dont la longue chevelure ondulée lui donne des allures de princesse.

« J'ai sauté quelques classes, mais je ne pense pas être un "surdoué"… »

Suite à cette question, je m'apprête à clore la séance lorsque Primera, une fille aux cheveux teints en bleu se lève brusquement de sa chaise, petit carnet rose et stylo assorti en mains.

Elle m'adresse un sourire en coin à glacer le sang, avant de prendre la parole, sous les encouragements de ses amies :

« Kyyyaaaahhh ! Sensei ! Comment vous faites pour avoir de siiiii beaux cheveux ? Hein ? Hein ? Hein ? Ils sont siiiii soyeux ! Vous utilisez quel shampoing ? Et vous aimez le chocolat ? Et chanter, vous aimez chanter ? Vous êtes célibataire ? Marié ? Pacsé ? En concubinage ? Plutôt filles ou garçons ? »

DRIIIIINNNG ! ! !

Alors que je tente d'élaborer une défense face à cet ouragan d'œstrogène, le son divin de la sonnerie résonne dans tous les recoins du lycée, mettant un terme à mon supplice.

Aussitôt, en un crissement de chaises infernal, une vague d'élèves -avec à leur tête, les adorateurs de l'horloge murale- s'élance tel un troupeau de buffles enragés vers la sortie avant de disparaître à une vitesse phénoménale dans le couloir.

C'est donc en me demandant si mon cours a été merdique ou s'ils sont tous victimes d'une épidémie de diarrhée chronique que je quitte la pièce à mon tour.

Farfouillant dans mon sac à la recherche de mon emploi du temps, je lève les yeux lorsque Kurogane passe à côté de moi pour rejoindre sa prochaine salle, son parfum viril et épicé s'emparant de mes sens et me laissant paralysé.

Un petit sourire railleur naît sur ses lèvres lorsque nous nous croisons, et j'ai bien envie de lui demander ce qui le fait rire, lorsqu'une main glacée vient se loger sur mon épaule, me faisant sursauter.

« Fye-san ! » S'écrie Ashura, le professeur de mathématiques, en me décochant un clin d'œil aguicheur. « Comment s'est passé ce premier cours ? Venez ! Je vais vous conduire à votre prochaine salle ! Le bâtiment est grand, vous aurez besoin d'un guide durant cette première semaine ! »

Aussitôt dit, et sans attendre ma réponse, il enroule son bras autour du mien et m'entraîne à sa suite, au plus loin de Kurogane qui disparaît de ma vue au détour d'un couloir.

.

.

Alors c'est ça, « s'ennuyer comme un rat mort »…

C'est l'impression de côtoyer le néant…

L'impression de régresser intellectuellement jusqu'à devenir une pauvre loque pourrie...

C'est du châtiment corporel…

J'en peux plus…

Kami-sama…

J'ai déjà vécu des moments assommants dans ma vie, mais rien de pareil…

Rien…

Rien au monde n'est comparable à une pause déjeuner avec Ashura vous contant la « grande et glorieuse histoire de sa vie », du berceau jusqu'à aujourd'hui !

J'ai envie de me tirer une balle…

Non ! J'ai envie de LUI tirer une balle !

Tout y est passé : son enfance, son adolescence, ses années fac, son attrait pour les sports d'hiver, sa manie de cirer ses chaussures en se levant le matin, son chien nommé Gloupsimalo (pauvre bête…) et maintenant, le voilà qui bavasse sur les vertus de l'enseignement et l'importance des règles...

Kami-sama… Aidez-moi…

Non seulement ce type est une dose de morphine vivante, mais il est encore plus tenace qu'un vieux chewing-gum collé sous mes converses.

Depuis qu'on s'est recroisés à midi, je ne peux plus faire un pas sans l'avoir sur le dos.

En plus, j'ignore si c'est dû à son physique de roi nordique, avec ses longs cheveux noirs, sa peau translucide et ses yeux sombres, mais il me donne froid…

Une heure avec lui et c'est l'hypothermie...

J'en peux plus…

Je devrais peut-être lui vomir dessus…

Humm…

« Fye-san ? »

« Mmm… »

« Vous semblez ailleurs… »

Non ! Vraiment ?! Penses-tu !

Je ne suis pas « ailleurs », je suis aux portes du coma, espèce de dégénéré !

« Je disais donc que certains élèves sont totalement inconscients de l'importance des études et ne montrent aucun respect, ni pour le corps professoral, ni pour les autres élèves… »

Ouais ! Et toi tu es totalement inconscient d'être sur le point de me tuer !

Tais-toi...

Tais-toi…

Tais-toi...

Pitié…

« Prenez par exemple la tête brûlée de la terminale B, Kurogane Suwa ! »

Tais-t...

Heeeein ?!

« Ku… QUOI ?! »

« Ne soyez pas si surpris. Ce genre d'énergumène est de plus en plus répandu de nos jours. Venez, continuons cette discussion en marchant, la reprise des cours est pour bientôt ! »

L'heure lui donnant raison, je me lève et nous quittons la salle des professeurs, située en retrait, pour rejoindre les couloirs principaux du lycée.

Ashura affiche son habituel air réjoui et supérieur et franchement, je ne sais pas ce qui me retient de lui vomir dessus.

Un prof traitant un élève d'« énergumène », le tout avec un sourire satisfait…

Et il prétend avoir une vocation pour le professorat !

Les élèves ne méritent pas d'être traités de cette façon !

Il ne le mérite pas...

Voyant que mon collègue ne relance pas la conversation, je finis par faire le premier pas, incapable de masquer mon désaccord.

« C'est juger bien vite les gens, l'opinion que vous avez de cet élève ! »

« Absolument pas Fye-san ! » Souffle-t-il presque en rigolant. « Suwa est un délinquant ! Rien qu'à voir sa tête, cela ne fait aucun doute ! Mais même en ignorant cela, les preuves ne manquent pas ! C'est un garçon arrogant, impertinent, colérique et violent ! Il s'est déjà rendu coupable de dégradations et d'actes de violence dans cet établissement et au dehors ! La police le connaît bien ! »

« On croirait entendre un juge et non un enseignant ! » Je rétorque aussitôt, faisant jaillir une étincelle de colère dans ses prunelles noires.

Il s'apprête d'ailleurs à répliquer lorsqu'un chapelet d'insultes nous parvient, suivi de plusieurs bruits sourds témoignant d'un affrontement.

Le fracas provenant de l'étage situé au-dessus du notre, nous grimpons rapidement les escaliers pour mettre un terme à l'altercation.

Arrivés en haut, je ne peux m'empêcher de frémir en découvrant Kurogane en plein combat contre deux autres garçons, un canif gisant à ses pieds.

Ashura se précipite aussitôt vers eux, se plaçant entre mon voisin et le duo afin de les séparer.

L'esprit embrumé, ignorant les injures qui continuent de pleuvoir entre les trois adversaires, je saisis le bras de Kurogane pour tenter de le calmer. J'essaye de détourner son attention des deux autres, mais il m'ignore totalement, n'ayant d'yeux que pour eux.

« Lâchez moi » M'ordonne-t-il d'une voix cinglante, sans même un regard.

Il insiste, mais j'en suis incapable.

Je refuse de le laisser se ruer sur ses opposants et empirer son cas. C'est hors de question.

« J'vous ai dis de me lâcher ! » Crache-t-il alors en m'empoignant le bras violemment, la pression étant si forte que je peine à masquer ma douleur.

Je sais que je dois protester et lui dire de me lâcher sur-le-champ comme le fait Ashura, mais les mots ne sortent pas.

L'instant suivant, lorsqu'il se tourne finalement vers moi, le regard que je croise est si sombre et féroce que j'en suis pétrifié.

Toutefois, cette obscurité s'estompe progressivement lorsqu'il parvient à me reconnaître. La colère avait obscurci son jugement, comme lorsqu'il m'avait empoigné devant l'immeuble. Sa brutalité soudaine relevait d'un réflexe et non d'une volonté de blesser.

Tout comme hier soir, il me libère promptement de son emprise, avant de détourner le regard, mais sa rage est encore présente.

Mes esprits se remettant doucement en place, je remarque sa chemise déchirée à l'épaule et son hématome au visage. Je suis donc décidé à l'emmener à l'infirmerie lorsque la sonnerie de 13 heures 30 retentit, annonçant la reprise des cours.

Ayant calmés les deux autres lycéens et ramassé le canif, Ashura se saisit alors du bras de Kurogane, un rictus victorieux illuminant son visage.

« Allez, suivez-moi ! Direction le bureau du proviseur, et plus vite que ça ! » Décrète-t-il, tel un pêcheur venant de faire une grosse prise.

Ce type est détestable…

Il ne le dit pas, mais il le pense si fort que je l'entend à des kilomètres…

Que Kurogane est un délinquant et que cette scène ne me permet plus d'en douter…

.

.

A 13 heures 40, lorsque nous entrons tous les cinq dans son spacieux bureau, situé au quatrième étage du lycée, Kyle Rondart affiche un air si agacé et consterné qu'il me fait presque peur.

« Encore vous Suwa ! Vous ne pouvez pas vous en empêcher hein ?! » Rugit-il immédiatement, avant même de savoir ce qu'il s'est passé.

« Je me suis défendu » Rétorque aussitôt Kurogane, sur un ton des plus glacial.

« Bien sûr ! Vous êtes l'innocente victime d'un complot ! » Siffle Ashura, foncièrement moqueur.

Je m'apprête alors à répliquer, mais le proviseur reprend la parole au même instant, demandant à mon collègue de lui exposer les faits.

Celui-ci s'attèle immédiatement à la tâche, arborant ce petit air suffisant qui me donne la nausée.

Au cours de son récit, j'apprend que les deux autres élèves sont Fuma Mono et Shogo Asagi de la terminale A. Ils ne sont d'ailleurs pas sortis indemnes de la bagarre, Fuma ayant un magnifique coquart à l'œil gauche et Shogo soutenant sa main droite en grimaçant.

J'ose à peine croiser le regard de Kurogane, tant il est sur les nerfs, au contraire de ses opposants qui, bien qu'étant dans la même situation, semblent étrangement sereins.

Plus le temps passe, plus mon stress augmente, me collant des crampes d'estomac.

Quand le récit de mon collègue algébriste s'achève enfin, un silence de mort s'installe dans la pièce, empirant mon état.

Une minute plus tard, le regard braqué sur le canif trônant tel le Saint-Graal sur son bureau en bois massif, Rondart finit par déclarer :

« Vous êtes allé trop loin cette fois Suwa. Menacer d'autres élèves avec une arme est… »

« …Ce canif est à Fuma ! » Affirme immédiatement Kurogane, qui se retient de mettre une droite à l'intéressé. « Il a déclenché la bagarre, je n'ai fais que me défendre ! Il a jeté le canif par terre lorsqu'il a entendu des gens venir dans notre direction ! »

« Mais quelle imagination Suwa ! » L'interrompt Ashura en ricanant. « Fuma Mono est un jeune homme respectable, issu d'une bonne famille. Vous pensez nous convaincre qu'il a conçu pareille machination pour vous faire accuser ?! Ne soyez pas stupide ! »

« Le professeur a raison ! » Ajoute rapidement Shogo. « Suwa s'est jeté sur Fuma avec ce canif ! Je me suis mêlé à la baston pour empêcher qu'il le blesse ou pire ! Ce type est complètement barjot ! »

Ne pouvant plus se retenir, Kurogane l'empoigne par le col de sa chemise, le plaquant brutalement contre un mur, Rondart et Ashura se levant dans la seconde pour les séparer.

« Vous voyez ! Il est cinglé ! » Clame instantanément le châtain.

« ARRETES DE MENTIR ENFOIRE ! » Rugit Kurogane, à bout de nerfs.

A nouveau, je souhaite intervenir, mais le proviseur me devance.

« SILENCE ! » Ordonne-t-il avec gravité. « Suwa ! Pour avoir usé de violence dans l'enceinte du lycée, vous écopez d'un blâme et de trois heures de retenue ce soir même. Vu la présence de cette arme, je préviens immédiatement le commissaire Ryuban qui suit votre dossier. Vous étiez censé vous tenir à carreaux, mais je vois que c'est trop vous demander. »

Que... Quoi ?!

Je ne suis plus sûr de suivre là.

Dans mon esprit, c'est la pagaille, le carambolage, la confusion totale.

Je n'arrête pas de me répéter : « Fye tu es remplaçant… remplaçant… remplaçant… Ne fais pas de vagues, ne te fais pas remarquer en t'opposant dès le premier jour à un collègue et au proviseur ! Ne fais pas de vagues ! Retiens-toi ! Tais-toi ! ».

Mais c'est au-dessus de mes forces.

« Qu'est-ce qui prouve que Suwa a bien déclenché cette bagarre ?! » Je demande brusquement, coupant l'herbe sous le pied d'Ashura qui s'apprêtait à dire quelque chose.

Une flopée de regards ébahis se tourne alors dans ma direction, le plus choqué étant paradoxalement Kurogane, qui me fixe comme s'il ne me reconnaît pas.

« Fye-san ? Que dites-vous ? » M'interroge nerveusement mon collègue, la contrariété se lisant sur son visage.

« Vous m'avez bien entendu. Quand nous sommes arrivés, ils se battaient déjà et il n'y a aucun témoin. Ni vous ni moi n'avons vu comment cela a commencé. Par conséquent, Shogo Asagi et Fuma Mono doivent aussi avoir un blâme et aller en retenue. »

Syncope générale…

En entendant cela, Ashura et Rondart deviennent aussi pâles que des cadavres, tandis que les deux élèves me lancent des regards révoltés, mais je ne compte pas changer d'avis.

Kurogane n'a pas à être traité comme unique coupable parce qu'il est souvent mêlé à des bastons.

Il a droit au bénéfice du doute.

Point barre.

« Fye-san… » Murmure alors Ashura, une main posée sur mon épaule. « Vous… »

« Avez-vous vu Suwa déclencher cette bagarre, Ashura-san ? » J'insiste.

« Non. En effet. » Reconnaît-il à contrecœur, ses traits de plus en plus tirés.

Un prof de maths vaincu par la logique, quel instant mémorable !

« Le professeur Flowright n'a pas tort. » Conclut alors Rondart d'une voix faible, mais autoritaire. « Dans le doute, il est plus juste de placer également Asagi et Mono en retenue. Ils auront aussi un blâme. Toutefois, ce canif pouvant appartenir à Suwa, je vais prévenir le commissaire de ce qu'il s'est passé ici. Vous pouvez disposer. »

Disant cela, il décide de conduire personnellement les trois élèves jusqu'à leurs salles de cours respectives, et je reste seul avec Ashura, qui arbore de nouveau un air réjoui.

Me souvenant des élèves qui doivent m'attendre (ou pas...), je m'apprête à partir également lorsque sa voix glaciale m'interpelle.

« Fye-san… » Susurre-t-il, tel un serpent attentif à la moindre faiblesse de sa proie. « Je sais qu'il est difficile de faire face à ce genre de situation dès son premier jour de travail. Mais vous devez vous faire à l'idée que ceci est la réalité. Nous ne vivons pas au pays des Bisounours. »

Son petit rire sarcastique résonne alors entre les murs du bureau, et c'est sur cette phrase amère qu'il me laisse pour rejoindre sa propre salle.

Mes crampes d'estomac dues au stress n'aidant pas, cette fois, j'ai vraiment envie de vomir.

Mes élèves devront attendre encore un peu…

.

.

Suite à cette entrevue avec le proviseur, l'après-midi passa lentement.

Aussi lentement qu'un hiver entier à cogiter, l'estomac tordu dans tous les sens par de fichues crampes résistant à toute ma panoplie de médicaments.

Je suis convaincu d'avoir fais la pire prestation de professeur au monde, tant j'étais à des années lumières du cours, l'esprit tiraillé entre l'évènement de ce midi et l'attentat qui se déroulait dans mon corps.

Le seul élève qui soit parvenu à me suivre est un certain Domeki Shizuka, un élève de la classe de Kurogane qui, n'ayant pas pu venir en cours ce matin, a assisté à la séance de la terminale C. Il me paraît être un garçon aimable et intelligent, qualités visiblement rares dans cet établissement.

Lorsque la sonnerie de 16h30 retentit, annonçant la fin des cours, je ne peux m'empêcher de penser que la retenue de mon voisin est sur le point de commencer.

Finalement, je n'ai pas pu faire grand chose…

Rien à part obtenir une retenue et un blâme pour les deux autres élèves…

Je n'ai rien pu faire de mieux…

Je suis peut-être trop naïf, à croire que Kurogane est innocent, mais c'est ainsi.

S'il était quelqu'un de réellement violent, il n'aurait pas épargné Fei-Wan hier soir.

Il ne serait pas sorti se calmer au pied de l'immeuble.

Il n'aurait pas accepté mon invitation...

J'ai l'esprit tellement ailleurs que je reviens durement à la réalité lorsqu'un élève au look punk (1) m'interpelle d'un air agacé, puisque je l'ai percuté sans m'en rendre compte.

Je m'excuse aussitôt et, réalisant que mes pas m'ont conduis près de la bibliothèque, je m'apprête à faire demi-tour lorsque la conversation qu'il tient avec son ami (punk lui aussi) accapare mon attention.

« Cette baston est trop ouf ! » Lance-t-il, les yeux rivés sur son téléphone portable.

« Trop ! » Répond l'autre, sans prendre la peine de baisser le ton. « Même avec deux gars sur le dos, Suwa s'est pas laissé démonter ! C'est une vraie bête ce mec ! Et on a même pas été choppés ! »

Aussitôt, le plus costaud (celui que j'ai heurté par mégarde) recommande à son ami de parler moins fort, mais c'est trop tard.

Sans attendre, je me lance vers eux, saisissant son bras avec toute la vigueur dont je suis capable.

« Encore toi ?! Tu peux pas faire attention ?! » Braille-t-il en me dévisageant, tandis que son compère se met à glousser comme une poule enrhumée.

« Écoutes, j'ai besoin de ce téléphone ! Il faut que je vois cette vidéo ! » Je lance de mon ton le plus autoritaire, mais qui semble n'avoir aucun effet sur eux.

« C'est une blague ou tu viens de me donner un ordre ?! »

« Exactement. En tant que professeur, j'ai le droit… »

« …Professeur ?! Tu crois qu'on va gober ça, tapette ?! Allez barres-toi ! » Siffle-t-il, la colère commençant nettement à poindre sur son visage rond.

« C'est hors de question ! Vous allez me suivre tous les deux chez le proviseur ! » Je persiste, tout en me demandant comment faire le poids en cas de résistance.

« Heeein ?! Arrêtes de te foutre de ma gueule sale fio… »

La seconde d'après, les deux compères sont réduis au silence, grimaçant sous la poigne d'un élève sorti de nulle part, et qui ne semble pas prêt de les lâcher.

« Un problème, sensei ? » Lance-t-il calmement à mon attention.

« Do… Domeki-kun ! » Je m'écrie en reconnaissant le grand brun taciturne qui vient de me sauver la mise.

En entendant leur opposant m'appeler « sensei », les deux punks réalisent subitement leur situation, la panique se lisant désormais dans leurs yeux.

Je profite de l'occasion pour m'emparer du téléphone portable du plus baraqué, et une fois la vidéo visionnée, je ne peux m'empêcher de sourire.

Je dois avoir l'air bien con, ceci dit en passant…

Enfin bref ! Il y a plus urgent !

Confiant à mon nouvel allié le soin d'« escorter » les deux fashion victimes jusqu'au bureau de monsieur Rondart (ils m'ont tout de même insulté, non mais !), je me précipite aussi vite que possible vers la salle 401, où se déroulent habituellement les retenues, selon Domeki.

.

.

Trois minutes plus tard et pas une de plus, j'arrive essoufflé devant la porte portant le fameux numéro.

Mes crampes étant revenues avec force durant ma course, elles me font presque chanceler et c'est en titubant que je fais irruption dans la pièce.

Aussitôt la porte ouverte, tous les regards se tournent vers moi.

Mon attention se porte immédiatement sur Kurogane, qui, assis au fond de la salle et apparemment énervé, me fixe comme si j'étais une sorte d'hallucination.

Positionnés quant à eux au premier rang, Fuma et Shogo me dévisagent sans cacher leur agacement.

Quant à Ashura, leur surveillant autoproclamé, il semble osciller entre surprise et contrariété.

C'est en me tournant vers lui que je réalise la présence d'une autre personne, un homme d'une cinquantaine d'années, de taille moyenne et à la carrure imposante. Avec ses cheveux gras et grisonnants, sa fine moustache de poisson-chat et ses petits yeux noirs, il a tout du bureaucrate véreux et désobligeant.

« Fye-san ? Que faites-vous ici ? » Demande finalement mon collègue. « Vous venez d'interrompre le commissaire Ryuban… » (2)

Ruyban ?! Alors c'est lui dont parlait Rondart ?

Le fameux commissaire chargé du « dossier » de Kurogane !

« Pas d'inquiétude, professeur Ashura. » Déclare l'intéressé d'une voix sourde. « De toute façon, j'avais terminé. Kurogane Suwa, cessez de me faire perdre mon temps et suivez-m… »

« Non ! » Je l'interrompt sèchement, faisant preuve d'une audace dont je ne me serais jamais cru capable.

Aussitôt, un parfait silence s'abat sur la pièce.

Ah... Le pouvoir des mots...

Enfin bref ! Je dois rester concentré !

Ignorant royalement le commissaire qui me fusille du regard, je prend alors une profonde respiration avant d'ajouter, avec la plus grande fermeté possible :

« Suwa ! Prenez vos affaires et sortez de cette salle ! Vous n'avez rien à faire ici ! »

.


(1) : Je m'inspire ici du club des punks de la République de Hanshin - TRC Tome 2, page 35.

(2) : Pour le commissaire, je m'inspire du seigneur de Riyon-Fui - TRC Tome 3, page 41.


.

Finiiii ^^ héhé !

En espérant que cette suite vous a plu, je vous dis à très bientôt ! ^^

Merci de votre attention ! :3