Une fois hors de la maison, Severus retrouva son calme peu à peu. Si les Horcrux était un poison pour l'âme, cette demeure l'était au moins autant. En tous les cas, il ne pouvait se permettre de perdre plus de temps : il avait déjà dormi trop longtemps, et Fumseck ne faisait pas mieux que lui à ce niveau-là… Même s'il était de mauvais goût de le lui reprocher.
Il prit le risque de transplaner jusqu'à pré-au-lard, de peur d'arriver trop tard. Pourtant il n'était pas vraiment pressé par le temps : une fois en place, la baguette ne disparaitrait plus… Mais la peur était là, et il voulait achever au plus vite cette mission. Il atterrit devant La Tête de Sanglier, une taverne aussi sinistre qu'à l'accoutumé mais dont l'odeur semblait éloigner tout ennemis.
La maison d'Abelforth, si sa mémoire ne le trahissait pas, devait se trouver à quelques rues de là, dans une ruelle étroite au sol irrégulier. Seulement ici, tout se ressemblait, et sans Dumbledore pour le guider, la manœuvre devenait bien plus complexe…
Il passa devant plusieurs maisons dont les lumières, pour la plupart vacillantes, lui donnaient une sensation de malaise puissante. Rien ne semblait naturel ici. Etait-ce le reflet de la guerre ? la pensée des drames qui se jouaient non loin ? Il l'ignorait. Mais au fond, il sentait que la raison était des plus simples : en sortant, il avait espéré trouver l'euphorie des vainqueurs… mais Harry ne semblait pas en avoir fini avec le Seigneur des Ténèbres. Pas encore.
Ce n'est qu'après une vingtaine de minutes que Severus trouva la rue qu'il cherchait, par un coup de chance plus que par un génie de sa mémoire : au loin, il avait aperçu la robe noire et mal entretenue d'un Mangemort, et son premier réflexe avait été de s'engouffrer dans le premier passage venu. Le bon, par chance.
Il passa deux ou trois portes avant de s'arrêter enfin devant l'une d'elles, semblable aux autres si ce n'est qu'une petite marche de pierre faisait office de perron. Il toqua sans la gravir, et attendit.
Que ce soit parce qu'il s'attendait à sa visite ou parce qu'il ne voulait tout simplement voir personne, le frère de Dumbledore se fit attendre. D'abord cinq minutes, puis dix. Même Severus, qui avait pour habitude de faire attendre ses visiteurs pour le simple plaisir de les voir s'impatienter n'avait jamais poussé le vice jusque-là.
Il toquait pour la sixième fois consécutive quand, enfin, un pas lourd se fit entendre à l'intérieur. Celui qui lui ouvrit était en tout point semblable à son souvenir : une barbe grise qu'on devinait avoir été un jour marron, des yeux perçants, un nez aquilin et, surtout, un regard plein d'amertume et d'ennui.
Abelforth reconnu le professeur, et il le lui montra d'une façon plutôt véhémente. La porte se referma violemment, et Severus toqua encore une fois.
- Abelforth, ne faites pas…
L'enfant ? Il ne risquait pas de le convaincre en l'insultant, aussi, il se ravisa.
- Ça. Ne faites pas ça. Ouvrez. Je dois simplement emprunter le passage…
- Trouvez en un autre, je ne vous aiderais pas à rejoindre votre maître.
C'était de bonne guerre, il ne pouvait le nier. Severus resta silencieux un long moment, si bien que le frère d'Albus le croyait sans doute parti. Mais il toqua encore une fois, puis déplia ses doigts lentement pour les poser sur le battant de bois.
- S'il-vous-plait… Vous êtes ma seule chance…
- De tuer plus d'innocents ?
- De rendre à Albus ce qui lui appartient.
Un mensonge. Un seul. Ce n'était pas si grave, si ça servait une cause noble. Mais était-elle noble ?
- Je dois récupérer sa baguette. Elle a été volée par le Seigneur des Ténèbres mais… je dois la remettre… elle doit reposer près de lui.
Le silence qui suivit fut oppressant. Est-ce qu'Abelforth savait qu'il mentait ? Est-ce que la baguette était déjà de retour dans le tombeau de l'illustre directeur de Poudlard ? Il n'en savait rien. Mais il devait agir vite. Harry n'était pas le plus malin, certes, mais s'il n'était pas encore venu à bout du Mage Noir, ça ne saurait tarder.
Un bruit de verrou, et la porte s'ouvrit enfin. Abelforth ne le regarda même pas, de la colère ou du dégoût, impossible de le déterminer… En tous les cas, Severus entra dans la maison sombre, mal décorée, et se dirigea immédiatement vers le tableau qui représentait la sœur d'Albus : Ariana.
La jeune femme le fixa un long moment, puis, lentement, le tableau pivota sur des gonds invisibles et dévoila un passage creusé dans la roche. Severus se retourna pour remercier son hôte, mais ce dernier s'était assis à une table de bois, dos à lui, et semblait perdu dans ses pensées les plus sombres.
L'ancien professeur de potions pénétra dans le tunnel bas qui le força à se pencher légèrement. Il avança dans le noir, tenté de prononcer à mi-voix un « lumos » qui l'aurait dénoncé auprès du Ministère de la Magie.
Il lui sembla marcher pendant une éternité, et c'était sans doute le cas étant donné la distance qui séparait pré-au-lard et Poudlard. Lentement, il poussa le tableau qui donnait sur la Salle sur Demande. Un vague coup d'œil à l'intérieur, puis il sorti du tunnel avec lenteur et remis la toile en place.
Bon, il devait maintenant trouver la sortie. La Salle sur Demande avait pris la forme d'un immense débarras, et il n'était pas vraiment sûr de savoir par où se diriger. Il sentait une légère odeur de brûlé, et en relevant la tête il comprit bien pourquoi : des flammes léchaient une pile de chaises, livres, commodes et autres meubles.
Il eut un haut le cœur en entendant soudain la voix de Harry au loin. Il devait partir sans être vu, ou il risquait fort de devoir rendre des comptes à des personnes qu'il n'avait aucune envie de voir. Notamment le professeur Mcgonagall qui ne rechignerait pas à l'envoyer à Azkaban.
En contournant au mieux les piles et les voix, il finit enfin par trouver un mur qu'il entreprit de longer dans, espérait-il, la bonne direction. Se fut heureusement le cas et, alors que les flammes s'élevaient de plus en plus haut, il était enfin dehors. Il courut jusqu'au seul endroit où il serait en sécurité : sa réserve.
Il y arriva sans encombre, et refermer la porte derrière lui provoqua une sensation de bien être extraordinaire. Il ferma les yeux, profitant des effluves des plantes, des décoctions, et du cliquetis léger de l'horloge, au-dessus de sa tête.
C'était une sensation agréable… Une tranquillité volée au beau milieu du chaos de la guerre. Son corps tout entier tremblait… Il devait se faire une nouvelle potion, ou ce serait un cauchemar.
Severus fouilla frénétiquement ses étagères, alors que la douleur grandissait de plus en plus. Il sentait les crocs du serpent s'enfoncer dans ses chairs, le mordre, le dévorer, l'empoisonner. Là ! L'ingrédient qui lui avait manqué, l'ingrédient qu'Albus avait conservé pour lui, qu'il lui avait remis en le regardant dans les yeux. En disant « le jour où vous en aurez besoin, Severus, nous sauvera tous les deux. ». Quelques heures plus tard, le corps de Dumbledore s'écrasait au bas de la tour.
Il secoua la tête, faiblement, et prit la fiole. Elle était minuscule… mais cela serait suffisant. Une seule dose, une seule gorgée, et il serait soigné.
Il sorti d'un placard un chaudron de petite taille, qu'il posa sur une structure chauffante. Un simple anneau de métal, soutenu par des branches, et sous lequel il avait disposé des combustibles. Il ne pouvait utiliser un « incendio ».
Il avait bien fait de garder des allumettes… Les moldus avaient parfois des idées intéressantes, bien que la plupart ne ressemble qu'à de vaines tentatives de magie. Le feu s'alluma, et il laissa le chaudron vite chauffer lentement.
En attendant, il éminça finalement un chiendent étoilé, extirpa de l'essence de dictame, réduisit en poudre une demi-corne de licorne et une pierre de lune, avant de récupérer du mucus de Veracrasse dans une étagère non-loin.
Les ingrédients ainsi préparés, il souleva un lourd flacon dont il commença à verser le contenu dans son chaudron. L'eau du lac noir produisait un son agréable, semblable à un sifflement, en entrant en contact avec la surface brûlante.
Il ajouta l'ensemble des ingrédients en une fois, et entreprit de mélanger lentement la préparation. La douleur le forçait à se plier en deux, mais il ne cessait pour autant de remuer le liquide. Il lui sembla qu'une éternité passa avant que la préparation n'épaississe enfin. Il soupira de soulagement, et ajouta quelques gouttes de Rosée du matin, qui s'évaporèrent dans un nuage argenté.
Enfin, d'une main tremblante, il ouvrit le précieux flacon offert par Albus. L'odeur qui en émanait était rance, acide, amer, désagréable. Il eut un haut le cœur, plus puissant encore qu'en entendant la voix de Harry. Enfin, il ferma les yeux et versa le venin du Basilic dans la potion.
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La douleur le terrassa et il se retrouva à terre, une main solidement accrochée à la table de bois. Le souffle coupé, il dû se résigner à rester complètement immobile. Dans vingt minutes, il pourrait boire la potion. En attendant, il devait attendre. Souffrir.
Las, son corps se laissa guider jusqu'au mur que formait les hautes étagères. Severus s'y adossa, et ferma les yeux dans l'espoir idiot de somnoler pour échapper à la douleur. Evidemment, ça ne fonctionnait pas… Pire, il avait l'impression d'être pris dans un étau couvert de lames.
Enfin, il put la boire. Il en avala une louche entière, goulument, luttant contre la douleur brûlante qui émanait de ses tripes. La chaleur de la potion devint soudain de glace. Des milliers de stalactites semblaient pousser dans son corps.
Il poussa un hurlement rauque, aussi étouffé que le lui permettait sa condition physique, lorsqu'il sentit comme une déchirure au plus profond de lui. Cela n'avait rien à voir avec les morsures du serpent, il le sentait, le savait. Ce n'était pas non plus la potion qui faisait son oeuvre. C'était quelque chose de plus sinistre encore…
Ses mains tremblaient. D'un côté, il ne pouvait qu'espérer ne pas être vu : il savait que Harry avait la carte du Maraudeur. De l'autre, son cœur lui hurlait qu'il devait se préoccuper d'autre chose… Qu'un Horcrux en avait détruit un autre. Il le sentait. La Baguette de Sureau avait détruit un Horcrux… Et ce ne pouvait être que Harry.
Mais il ne devait pas paniquer. Surtout pas. Tout cela faisait partie du plan d'Albus. Le moment venu, le garçon devait mourir… Il était mort à présent. Et quelle était la suite du plan, au juste ?
Il soupira profondément, ferma les yeux, mais fut tiré de ses pensées par un craquement sec et une chaleur brutale autour de lui. Dans un éclair de feu, Fumseck apparu sous ses yeux.
- Albus…
Severus eut un sourire faible et referma les yeux, étrangement apaisé. Il pouvait donc transplaner… Ce n'était pas étonnant. Il l'avait fait pour échapper à Ombrage et au Ministère de la Magie il y a quelques années de cela.
Après un soupir profond, il plongea son regard dans celui du Phoenix.
- J'ai bu la potion… La douleur s'en va… Mais Harry… Vient de mourir… Que dois-je faire à présent… ?
Son souffle était trop court pour lui permettre de parler, il aurait voulu qu'Albus parle, mais il ne le pouvait évidemment pas. Severus secoua faiblement la tête, et un léger cri de l'oiseau le ramena à lui.
Il lut dans son regard, sans réelle difficulté. Avoir fait de l'Occlumancie aidait sans doute beaucoup. Attendre. N'était-il bon qu'à ça, alors ? Même aux yeux de Dumbledore ? Quand serait-il enfin un homme d'action ?
Mais l'ancien Directeur avait raison, ça ne faisait aucun doute… Il devait attendre, et son heure serait bientôt là.
Alors, un petit point sur la potion ! Je l'ai appelé Potion de Régénération des Horcrux.
Elle se compose de deux branches de chiendent étoilé, de 5ml d'essence de dictame, de la poudre d'une demi-corne de licorne, de la poudre d'une pierre de lune, de 5g de mucus de Veracrasse, de quinze gouttes de Rosée du matin, de 3ml de venin de basilic et, enfin, d'un demi-litre d'eau du lac de Poudlard.
- Le Chiendent étoilé est utilisé dans la concoction d'un baume de soin appelé Baume de Chiendent étoilé
- L'essence de dictame permet de soigner les plaies
- La corne de licorne est utilisé dans l'antidote aux Poisons Courants
- La poudre de pierre de lune entre dans la composition du Philtre de paix (qui apaise)
- Le mucus de Veracrasse est un "liant", il permet de lier les ingrédients entre eux pour leur permettre d'agir ensemble
- La Rosée du matin permet la modification du corps, esthétiquement (ici, pour supprimer toute marque laissée par les morsures)
- Le venin du Basilic, enfin, est bien connu pour détruire les Horcruxes, ici je pars du principe qu'il permet donc de venir à bout du venin d'un Horcruxe. Evidemment, ça reste un poison mortel, et cela aura des conséquences par la suite...
- L'eau du lac noir, enfin, est très chargé en magie, elle permet donc ici de rehausser les effets de chaque ingrédient
J'espère que ce chapitre vous aura plût ! N'hésitez pas à commenter et à suivre la fanfiction pour être prévenu de son avancée.
Pas d'inquiétude si vous êtes encore dans le flou : tout se révélera, ou presque, dans le prochain chapitre... ;)
