Auteur : death-in-the-orchard
Traductrice : Hermi-kô
Les vampires de chez HellSing se retiraient dans leurs cercueils en général une demi-heure voire un quart d'heure avant que le ciel ne se mette à absorber le lever de soleil tout proche. L'aube suivrait lors tandis que les créatures de la nuit seraient submergées par leur léthargie cadavérique. Le Vampire Alucard avait perturbé sa jeune protégée quand l'un de ses magazines avaient été déchiré en deux et chaque bout placé dans un petit conteneur de plastique -l'un la "litière" du rongeur, l'autre ses "toilettes". Quand son Maître l'avait expliqué à la souris, comme si elle pouvait parfaitement le comprendre, syntaxe et métaphores incluses -relatif à l'environnement "naturel" d'un rongeur domestiqué- Seras lui demanda s'il était possible, au cas où... juste parce que ce serait super si elle pouvait joindre la conversation... si peut-être il y avait moyen pour qu'elle aussi soit comprise par la souris. Alucard s'était contenté de quelque commentaire sur son statut encore incomplet de vampire, affirmant par là que sa connexion aux familiers n'était pas encore établie comme il se devait, avant de quitter sa chambre. Dépitée, Victoria Seras s'était enfermée dans l'obscurité de son cercueil (flambant neuf), sentant l'odeur agréable du pin -se plongeant dans l'odeur et rejetant l'idée qu'il avait pu sous-entendre qu'elle se devait de boire du sang et que le plus tôt serait le mieux... Son imagination fabriqua un ton à Alucard que le vampire n'avait pourtant pas utilisé, qui lui faisait dire qu'"incomplète" comme vampire elle lui était inutile. Mais le concept de la métamorphose qui prendrait place après son premier "vrai repas" lui faisait peur. Son esprit n'était plus trop préoccupé par le petit rongeur, qu'elle avait placé par inadvertance dans les "toilettes" -au lieu de la "litière"- puisqu'il n'y avait pas de différence notable entre les deux si ce n'est se souvenir duquel était à droite et duquel était à gauche. Dès qu'elle s'était calfeutrée dans son cercueil l'agile souris avait sauté, telle une puce, hors du conteneur. Les quelques morceaux de papier qui n'avaient pas été poussés par les puissantes pattes arrière voletaient à côté du rongeur -le surprenant, aussi bondit-il de peur. Avec sa queue levée bien haut et son corps inerte, la souris mit un certain temps à reprendre son statut d'être conscient, relâchant enfin ses membres et son échine et rabaissant sa queue tandis que sa petite tête bougeait en tout sens pour sentir l'air alentours. Rassurée, la petite souris noire retourna voir le papier pour le renifler et puis grignoter avec curiosité les petits bouts. Ne les trouvant pas goûteux, ou du moins le faisant croire, la souris se désintéressa bien vite du papier pour se mettre à satisfaire sa soif de curiosité pour autre chose. (Peut-être pour être l'égal de son pendant vampirique tout de rouge vêtu.)
Le Père Anderson avait dormi tout à l'heure ; quelques heures lui suffisait avant de revenir à l'écran. Après tout, aucun effort n'était vraiment requis pour ce boulot. En tout cas, il n'avait rien d'autre à faire et il ne retournerait pas à l'orphelinat tant que cette ... expérience ne serait pas arrivée à son terme. Maxwell en avait eu marre de la musique insipide et de la nana de chez HellSing qui s'abrutissait sur le net, lui faisant découvrir des vidéos Youtube sans intérêt et une chaîne qui lui avait appris à faire un sac en crochet -aussi petit qu'une souris vraisemblablement- que la blonde avait imité avec assez de succès. Du moins, de ce qu'elle avait fait puisqu'en fin de compte elle s'était lassée et avait décidé de regarder un film sur son ordinateur, tandis que la souris dormait non loin. (Soit dormait soit restait très très immobile -ça ne l'intéressait pas vraiment de savoir si c'était l'un ou l'autre.)
Maxwell n'avait que l'audio pour identifier la plupart des activités. Toutefois, même l'audio du film était suffisant pour lui -il l'avait empli d'une telle concoction d'ennui et d'impatience qu'il était ravi d'aller se coucher et de laisser sans surveillance la Souris-Cam.
Le prêtre qui occupait désormais le siège généreusement rembourré que Maxwell s'était autrefois acoquiné, directement en face de l'écran et du clavier (ainsi que de divers objets de diverses formes et fonctions dont il ne voyait pas l'utilité sur le moment) vit que la souris n'était pas intéressée par sa "litière" présentement (bien qu'Anderson ne la connaissait pas comme telle, pour lui ces trucs étaient inutiles au bien fondé de la mission de son espion). La silhouette noirâtre, qui se fondait dans son environnement alors que le soleil n'avait pas encore pointé le bout de son nez, se glissa sous la porte. Dans l'obscurité la souris zigzagua dans un couloir vide, avant de se dire qu'il était bien trop dangereux de continuer de la sorte. Le Père Anderson se permit de penser que la petite créature était capable d'assimiler les instruction du Vampire Alucard, quand il lui avait dit de ne pas se faire prendre ou de ne pas causer de problèmes. Peu après, la souris fonçait à vive allure en droite ligne telle une balle survolant le parquet des plus polis, se collant contre le mur lorsqu'elle arrivait à un coin du couloir. Comme si la créature suivait un chemin pré-établi, le rongeur se mouvait avec la dextérité prédominante de ces herbivores sans défense que le Seigneur avait rendu dociles, minuscules et vifs.
Maxwell avait expliqué qu'un manuel d'utilisation pour le son et l'image était disponible si, après une chute ou une entreprise ardue de la part de la souris, la caméra avait besoin d'un réglage ou deux. Par exemple si la souris se faufilait dans un endroit où il n'y avait pas de lumière. La caméra ajustait automatiquement la luminosité à divers niveaux, presque aussi bien qu'un œil humain -ou c'est ce que disait, croyait et répétait fièrement Maxwell en tout cas. Mais le passage à la "vision nocturne" ... Il y eut un soupir mental de la part du Catholique tandis que le Père Anderson (un homme plus trop jeune qui avait donc l'excuse de ne pas être familier avec toutes ces nouvelles technologies) avait du mal à se souvenir des termes employés par Maxwell la dernière fois qu'ils en avaient discutés. Le passage à la soi-disant "vision nocturne" devait se faire manuellement.
Alors des mains gantées qui indiquaient aux lecteurs où se trouvait Jésus Christ (ainsi que, pour une raison inconnue, le fait qu'Anderson avait parfois affaire avec le paranormal) se mirent à feuilleter des pages maculées d'indications et de diagrammes obscurs qui étaient tout aussi intimidantes pour un néophyte de l'informatique qu'un criminel endurci l'était pour un homme de loi sorti d'école, se référant à l'index afin de trouver quoi que ce soit qui ait un lien avec cette histoire de vision. Une fonction intitulée "Activation de la vision nocturne infrarouge" semblait convenir. Après quelques minutes passées à lire et à examiner l'écran de l'ordinateur, la fenêtre de commande et le clavier en tapotant du doigt les trois éléments -sachant qu'il avait découvert que l'ordi de Maxwell était à écran tactile et qu'il n'avait aucune idée de ce qu'il faisait- le Père Anderson parvint à régler la luminosité pour enfin avoir une image sans couleur mais nette sur la Souris-Cam. Alors que le rongeur se déplaçait sans rencontrer quoi que ce soit qui pourrait intéresser le Père Anderson, ce dernier examina le manuel et découvrit qu'il pouvait enregistrer ce que la caméra voyait -si quelque chose d'intéressant se passait. Maxwell ne voulait pas enregistrer des jours de film inutiles et jusque-là rien n'avait semblé suffisamment important à ses yeux pour qu'il l'enregistre.
Mais le prêtre avait depuis longtemps remis en doute l'utilité d'une telle entreprise.
4:48 du matin. Ainsi donc un lever de soleil estival sur le domaine HellSing était sur le point de se dérouler. La souris était rentrée dans la ventilation et se dépêchait de parcourir les noirs tunnels, avec le son de ses minuscules pattes griffues parvenant jusqu'au Père Anderson. Il n'y avait pas beaucoup de choses à voir à l'écran, à part une vague de désorientation ou de mal des transports avec la souris qui prenait des virages serrés et brusques à gauche, à droite -où allait-elle atterrir ? Avait-elle une destination en tête ? Elle se déplaçait avec une rapidité qui suggérait un plan certain. Une raison claire qui continuait d'échapper au Père Anderson, bien qu'il appréciait à sa juste valeur le calme d'une telle tâche ; observer les monotones péripéties d'une des créatures du Seigneur.
Les moustaches remuèrent sur le nez curieux, passant à travers l'ouverture de la ventilation pour scruter la salle dans laquelle elle avait débouché. La Souris-Cam, toutefois, ne montrait rien d'autre que la grille de la ventilation sous cet angle, et le prêtre -qui avait levé les yeux juste à cet instant- s'en retourna à son manuel. Seul un son dérangeant, un grésillement de la caméra alors qu'elle raclait contre le métal, interrompit le Père Anderson dans sa lecture. Aussi fut-il capable d'être témoin de la chute.
La souris s'en sortit indemne d'après le Père Anderson tandis que la caméra continuait de se mouvoir et de vaciller de droite et de gauche au rythme des pas de l'animal mais ce qu'il vit dans la chambre le laissa pantois. Il savait ce qu'y allait se produire, même s'il pensait que c'était trop ridicule pour arriver. Toutefois, la vermine à petites pattes qui l'aidaient à grimper sur tout et n'importe quoi s'agrippa à l'étoffe et n'eut pas de problème à escalader cette échelle de fortune qu'elle s'était trouvée. Bien sûr qu'aucune "échelle à souris" n'existait. Rien n'avait été préparé pour la souris, rien n'avait été sorti pour intimer le rongeur à visiter tel ou tel endroit à sa guise. Mais le prêtre laissa l'ordinateur enregistrer ce qu'il recevait de la caméra pendant que la souris était en train de grimper à son "échelle".
Quoi que motivait la souris, que ce soit la curiosité, une attraction magnétique naturelle ou l'influence qu'avait sur elle un certain Alucard, quel pouvoir que ce soit en fait, la souris grimpait, ne s'arrêtait pas, et le Père Anderson -bien que n'approuvant pas totalement sa décision d'enregistrer cela- continua d'enregistrer. L'Iscariote écouta les sons délicats que les pattes faisaient sur le tissu, imaginant la progression de la souris et de son ruban rouge alors qu'elle grimpait de douces collines de-ci de-là. Et puis ce ne fut plus que bruissements et frottements et on ne pouvait pas voir grand chose même si l'endroit où elle se trouvait était on ne peut plus clair.
Et alors ce qui devait arriver arriva. D'un côté le sol bougeait de l'autre la souris crapahutait. L'un dans l'autre les deux mouvements entrèrent en collision.
Il y eut une exclamation et des invectives inintelligibles, le monde sans dessus dessous alors que la couverture était jetée au loin et glissa au sol, à la fois loin de l'endormi et de l'envahisseur. La Souris-Cam capta la forme, la soie et le coton, le corps se levant du lit... avec le froufroutement des draps et le craquement du sommier qui allaient de pair, et menèrent à une immobilisation complète et totale dudit sujet. Le Père Anderson examina une photo de Sir Integra HellSing en un monochrome de gris, se tenant dans ce qui était pour elle une rassurante obscurité (une idée préconçue qui affinait le verre qui séparait l'imagination de la réalité). De là d'où elle se tenait à côté de son lit, les yeux incolores de la femme se plissèrent, nus et sans l'aide bienvenue de lunettes. Et le Père Anderson réalisa alors que Sir Integra s'était figée (ce n'était pas un problème avec la caméra). Elle ne bougeait pas. Elle n'attaquait pas. Elle ne parlait pas. Et elle ne réagissait pas. Elle ne faisait rien du tout, en fait, pour un bon moment alors qu'elle venait d'être réveillée par une souris domestiquée et que cela incitait à réagir. Vraiment un bon moment. Pendant près de cinq minutes -le prêtre avait compté- elle se tint immobile.
Ce sort de paralysie fut brisé quand elle se rapprocha de sa table de chevet, son bras se tendant pour l'atteindre, avant qu'elle ne l'écarte d'un mouvement brusque avec une exclamation étouffée et un petit saut de côté. Elle était encore plus loin de la table de chevet que tout à l'heure, regardant ce qui lui avait semblé être la souris. Mais le pelage noir d'encre, le manque de luminosité et sa myopie, rendaient Sir Integra incapable de deviner où pouvait bien être passée la souris. Penchée en avant et plissant les yeux pour essayer de discerner un truc aussi gros que le lit, puis s'écartant vivement pour vérifier le sol des pieds, agitée comme si elle marchait sur des charbons ardents, elle faisait tout un cirque. Et puis elle se figeât... Un mouvement de la jambe, l'impression d'avoir effleurer quelque chose et croire -d'après ce que pouvait voir le prêtre- que cela pouvait être la souris (mais non une fois de plus elle se trompait) ...
Le frisson qui lui avait ôté toute idée de fatigue laissait désormais l'héritière Hellsing rigide, les yeux écarquillées et puis plissés, essayant d'évaluer la forme de la chose qu'elle avait cru être le rongeur une fraction de seconde. Avec une fourrure satinée qu'elle avait senti tout contre son bras, une douceur qui était à la fois froide et métallique et qui lui avait de suite inspirée de l'effroi ; Qui l'avait poussé à abandonner son lit, à le remettre à l'ennemi sans se battre, juste par réflexe. Les nerfs dans son pied avaient été actionnés et son anxiété avait aussitôt été assaillie par les monstruosités hurlantes qui criaient dans son psyché, lui tombant dessus dans l'obscurité et au grand dam de sa myopie, bien que rapidement elle se rendit compte que ce qu'elle avait effleuré de l'orteil n'était autre qu'un coin du tapis. Mais désormais la créature pouvait se trouver n'importe où sur le sol ou elle pourrait encore être sur son lit, dans les draps, ou bien enfouie très profond dans le matelas. Elle pouvait avoir sauté sur sa table de chevet ou encore réussi d'une manière ou d'une autre à atteindre les étagères de sa bibliothèque. Elle pouvait lui sauter dessus n'importe quand, débarquer de n'importe où, la titiller, la griffer tandis qu'elle lui grimperait dessus -elle pouvait apparaître à ses orteils, lui arracher des morceaux de chair de ses os, atterrir dans ses cheveux pour s'y emmêler, se cacher d'elle, lui mordre l'oreille, ou alors s'attaquer sans prévenir à son visage et à ses yeux et puis rentrer dans sa bouche.
Sir Integra sentit les échos de la cacophonie que faisait les rongeurs qui émanaient de tous côtés, ainsi que les longues dents jaunâtres et puissantes, les queues de cuir, les peaux rugueuses d'un nid de rats qui grouillait autour d'elle. Bien que la pièce soit silencieuse. Et que la souris restait immobile, n'ayant pas bougé du matelas, avec la camera braquée sur l'humaine qui l'avait laissé tranquille dans un chaud cocon de draps soyeux. Elle était posée sur le lit à regarder son dilemme tandis que le Père Anderson était assis dans le fauteuil de Maxwell à regarder l'écran.
Integra avait à moitié levé les mains en l'air pour se protéger d'une éventuelle attaque. Et elle bougeait ses pieds, s'inquiétant de sa vulnérabilité. Le prêtre se prépara à changer les réglages de la caméra puisque Sir Integra reculait petit à petit vers le mur. Elle continuait de scruter les ombres qui jouaient dans l'obscurité de sa chambre alors qu'elle tâtonnait d'une main, d'abord les étagères de livres, passant sur les reliures, puis le mur un peu plus loin. Mais l'Iscariote pouvait observer avec une très grande netteté où se trouvait l'interrupteur du plafonnier sur le mur... et Sir Integra croyait pouvoir le trouver dans le noir. Cependant elle avait besoin de se décaler sur la droite, de se rapprocher encore plus de la bibliothèque, pour trouver un quelconque interrupteur.
Ses tâtonnements stoppèrent, elle abandonnait l'idée de trouver l'interrupteur à l'aveugle -c'était au-delà de ses forces. Devant elle, à côté du lit, mais si près du prédateur qui rôdait et la hantait encore... sur la table de chevet -il y avait une lampe. Impossible. C'était folie que de tenter le coup. La créature l'attendait sûrement, prête à lui tomber dessus si elle approchait. Des rats envahissaient son esprit alors que sa haute stature se tenait dans la nuit noire de sa chambre à coucher, dans un pyjama tout aussi noir. Avec un haut à boutons et une paire de pantalons monochromes à souhait. Elle tendait l'oreille, penchant lentement la tête sur le côté pour fouiller divers coins de la pièce. Se faisant, la posture d'Integra était plutôt voûtée, s'investissant à fond dans sa traque.
Et c'est ainsi que commença la construction du "tabouret". Pour défendre ses doigts de pied nus et pour avoir une inquiétude en moins, Sir Integra prit des livres et les posa par-terre. Choisissant avec dextérité parmi les épaisseurs et la résistance de la reliure les "blocs" appropriés pour cette tâche. Et donc, d'une lenteur exaspérante et avec pas mal d'interruptions et de pétrifications pour guetter le moindre bruit dans la pièce obscure -elle parvint au bout du compte à construire un piètre "tabouret" pour se mettre en hauteur et éviter à ses pieds (si chanceuse elle était) d'avoir affaire à la souris. En équilibre sur cette pile plutôt stable de livres, elle tendit de nouveau l'oreille. Sur son "tabouret" ses épaules étaient de nouveau voûtées et elle scrutait les alentours en plissant les yeux un coup sur deux. Son imagination lui jouait des tours. La chair de poule partait à l'assaut de sa peau. Ses cheveux se dressaient sur sa tête et son cœur cognait contre ses côtes en taquinant ses poumons, les empêchant de se remplir, ou du moins, donnant l'impression qu'elle n'arrivait pas à prendre une inspiration pleine et entière. C'était tout simplement infernal.
Etant ainsi positionnée, et clairement observable par la caméra, le Père Anderson vit une section de ses longs cheveux glisser vers l'avant, de derrière son épaule elle passa sur son bras là où se finissait la manche courte du pyjama, puis sur son coude et jusqu'à son poignet.
La panique fut explosive. D'un sursaut extraordinaire, elle leva les bras en l'air, se bataillant avec ses cheveux tandis qu'elle dégringolait de son tabouret de fortune et que la pile s'écroulait sous elle. Integra percuta rudement la bibliothèque, à la fois de la tête et du dos -et puis elle s'écroula en pagaille au sol. Réagissant au quart de tour, toujours par-terre et avec un mal de crâne tonitruant, l'horreur d'Integra se rappela du toucher, de l'idée même que la créature pouvait être sur elle, quelque part. Sur elle.
Elle se secoua en tout sens et se gifla vigoureusement de toutes parts pour tenter de faire déguerpir le monstre avant qu'il ne la grignote. Ses cheveux une fois encore lui firent peur tandis qu'ils virevoltaient autour de sa personne, comme possédés pour la tourmenter. C'était ses mouvements à elle qui agitaient les cheveux mais n'y voyant guère, sans ses lunettes et dans une obscurité insondable, Integra n'arrivait pas à s'en assurer.
Un nouvel élan de révulsion la saisit et Integra frissonna en tapant vigoureusement sur sa manche, sur son épaule -la femme défit quelques boutons de ses mains tremblantes avant d'arracher sa tenue d'impatience, faisant voler les boutons restants à travers la pièce. La femme était debout tandis qu'elle glissait son deuxième bras hors du haut de pyjama et puis le lâcha le plus loin possible d'elle avec dégoût.
A moitié habillée, avec un soutien-gorge noir qui l'aidait quelque peu à préserver sa dignité, les muscles de son ventre et de ses bras étaient bien visibles sur la caméra. Elle rassembla ses cheveux dans son poing à l'arrière de sa tête, montrant de l'agressivité dans sa posture tandis qu'elle scrutait ses environs immédiats. Relâchant ses cheveux, Integra tendit un bras vers la bibliothèque lorsqu'elle la trouva et y récupéra un lourd projectile qu'elle leva de manière menaçante avant de rejoindre le centre de la pièce. Le livre était tenu comme s'il était enflammé et qu'Integra possédait enfin le pouvoir d'écarter le monstre qui l'assaillait.
Sa voix se répercuta dans le silence, ses mots prenant un caractère hostile : "Où es-tu ? Je vais t'écraser ! Je vais t'écrabouiller, vermine ! Sors de ta cachette !"
Elle donna un coup en détectant quelque chose sur la droite, une forme qui ne lui était pas familière. Le livre se cassa sur la forme qu'elle réalisa tardivement était bien trop grand pour être une souris, les papiers froissés s'échappant de la reliure une marque de protestation évidente. Et pourtant elle en reprit un, cette fois plus grand mais pas aussi gros avec une couverture toute aussi dure. Bien vite elle l'abattit violemment sur la forme et le tapis en-dessous alors qu'Integra réalisait enfin que ce n'était que son haut de pyjama. Elle aplatit le vêtement sans pitié et jura presque en cadence avec ses coups : "Maudite ! Vermine ! Maudite ! Maudite ! Maudite !"
Bien sûr pendant tout ce temps la souris était restée assise sur le lit, même si elle était désormais dans les plis des draps froissés car plutôt intimidée par la femme en colère. Mais Sir Integra, à bout de souffle tellement elle était énervée, en avait fini avec le vêtement mutilé (et parfaitement innocent) et jeta dès lors un regard noir à la forme qu'elle savait être le lit. Ses rideaux épais n'avaient pas changés avec le ciel qui s'éclaircissait. Sans hésitation elle se mit à battre le lit et les draps avec le livre, frappant malgré les ressorts du matelas qui grinçaient de mécontentement d'être ainsi traités. Dérangée par tous ces coups qui pleuvaient autour d'elle, la souris s'échappa du champ de bataille et sauta vers la liberté, atterrissant sur le tapis. Mais dans sa frayeur, elle n'avait pu que considérer le dessous du lit comme une sorte d'abri sans penser aux conséquences d'un mouvement si hâtif -tandis que les sens de l'héritière HellSing avait capté le mouvement anodin, une ombre de rien du tout qu'inconsciemment elle avait presque failli négliger avant que le bruit distinct du corps agile de la souris atterrissant sur le tapis persan ne capte son attention pleine et entière. Et elle pensait l'avoir entendu filer sous le lit.
Maintenant en attaque, dans le rôle du prédateur et non plus de la proie, Integra s'avança victorieusement et -après une minute à chercher- fut récompensée de ses lunettes pour ses efforts dans cette première bataille. Et ainsi la guerre fut déclarée, et la femme recula (toujours en gardant un œil sur le lit) pour récupérer plus de "munitions" sur ses étagères.
La souris avait été rassurée par le silence qui avait suivi son échappée du lit de Sir Integra aussi était-elle maintenant recroquevillée dans un coin, son petit cœur battant toujours la chamade avec un reste de panique. Elle pouvait voir le bas des pantalons d'Integra et deux pieds nus à quelques lieux d'elle, vers le mur -même si elle n'était pas sûre à 100% que ce soit elle qui l'ait attaqué plus tôt.
Quand Maxwell entra dans son bureau, il crut que le Père Anderson somnolait dans la chaise préférée de Maxwell. Mais quand la forme imposante réagit à son entrée, Maxwell n'était pas prêt pour l'expression déconcertée mais décidément amusée qui se peignait sur les traits du prêtre lorsqu'il se tourna vers lui un instant avant d'incliner le confortable fauteuil et de passer une main sur sa figure et ses cheveux blonds. Il éclata ensuite d'un rire franc qui fit sursauter Maxwell et le fit renverser un peu de thé chaud sur ses mains.
La sensation de brûlure le fâcha alors qu'il se tournait violemment vers le "détraqué hilare" qui occupait à son grand dam son siège préféré qu'il aurait bien aimé récupéré : "Qu'est-ce qui te fait rire ?"
La main gantée du Père Anderson massa sa bouche alors que les muscles de son visage restaient tendus, affichant un grand sourire. De l'amusement, mais également une bonne dose d'incertitude, étaient clairs dans ses mouvements. Il respira profondément malgré la main qui couvrait sa bouche et ses joues. Sa tête se laissa aller en arrière alors que la main glissait et que le Père Anderson se recalait dans le fauteuil. "Comment en est-on arrivé là ?"
Maxwell attendit impatiemment et n'en fut que plus rageur lorsqu'en cherchant une explication au comportement du paladin sur l'écran il ne vit qu'une représentation en dégradé de gris d'un truc profondément ennuyeux. La souris était sous un meuble ou quelque chose comme ça.
"Qu'est-ce qu'il y a de si marrant ?" La demande n'adoucit pas le froncement de sourcil de Maxwell alors qu'il attendait une réponse qui tardait à venir.
Les yeux verts se tournèrent vers l'écran, aussi l'arrière du crâne d'Anderson faisait face à Maxwell, et puis le prêtre regarda le mur adjacent, se frottant une fois de plus la figure.
La voix sortant des enceintes surprit Maxwell, aussi regarda-t-il l'écran avec perplexité quand il se rappela n'avoir pu voir personne dans la vidéo auparavant. Il n'y avait toujours personne à voir, mais en retrait le bas de pantalons -en soie peut-être ?- de quelqu'un ainsi que ses pieds nus. Et puis les genoux apparurent en premier, des cheveux longs et clairs sortirent de nul part et sans prévenir le visage d'Integra HellSing entra dans le cadre. Bien que quelque chose n'allait pas -mais Maxwell n'arrivait pas exactement à mettre le doigt dessus-, quand un énorme objet fut lancé vers eux (vers la caméra) et glissa sur le tapis. La bouche de Maxwell s'ouvrait pour parler quand Integra bougea rapidement pour mieux se placer et se retrouva en face de la caméra. Il était clair qu'elle avait coincé une bonne poignée de ses cheveux sous ses genoux se faisant. Mais l'inconfort fut ignoré tandis qu'un autre livre -Maxwell voyait bien que c'en était un- était lancé à la souris. Mais elle l'évita d'un mouvement leste, l'animal se tenant désormais sur le qui-vive, avec la queue tendue en l'air, peu habituée à être la cible d'humains ou même de livres.
"Grand dieu, elle est presque ... !" L'observation fut plus une exclamation qui échappa malgré lui à Maxwell qu'une simple annotation alors que la caméra fut frappée par un livre.
Le cri aigu de douleur fit quelque peu pitié à Maxwell. Et puis ça le mit en colère -la souris était après tout un agent des Iscariotes. Et la nana d'HellSing allait la massacrer, à moitié nue qui plus est pour se faire. Non, avant qu'elle ne tue la souris, elle pourrait endommager la caméra chérie de Maxwell.
Alors que la souris s'échappait vers la forme rassurante de la couverture qui était en tas sur le sol près du lit, l'un des livres frappa la souris par derrière et elle lâcha un cri terrifié avant que le momentum de l'objet ne l'envoie directement dans le tas de couverture. De l'autre côté du lit Integra éclata de rire en voyant sa victoire et se saisit des deux livres qui lui restaient en se levant pour faire le tour du lit.
Maxwell, étant resté debout et ayant complètement oublié de s'asseoir jusque-là, regarda le Père Anderson, le trouvant sérieux au possible et serrant l'accoudoir jusqu'à ce que ses jointures en soient blanches. La salle sentait la pomme et la cannelle mais celui qui tenait le thé ne semblaient plus tenté de le boire. La chaleur inconfortable du gobelet poussa Maxwell à chercher un dessous de verre, ce qui le fit s'asseoir à la place que le Père Anderson avait occupé la veille. Une fois de plus il désirait ardemment qu'on lui rende son siège favori.
D'avoir l'écran plus près semblait faire grandir le suspense, aussi Maxwell écouta la pauvre souris gratter, se faufiler, se glisser dans les tréfonds du tas de couverture -ou alors en cherchait-elle peut-être la sortie. Mais Integra HellSing était quelque part à l'extérieur de la couverture aussi les spectateurs se doutaient que ce n'était pas là le but de la souris. Mais bon, qu'en savaient-ils au juste ? De grosses collisions bousculèrent à la fois la couverture et la souris. Elle semblait se noyer, la peur s'attaquant à son petit cœur et à ses nerfs fragiles. Il fallut un moment aux deux hommes pour réaliser qu'Integra était en train de piétiner la couverture, espérant écrabouiller la petite créature pour qu'il n'en reste plus que du sang et des dents (dans leur plus vivide et macabre imagination). Ou tout simplement -elle souhaitait lui casser tous ses os pour qu'elle soit plus plate et plus morte que jamais.
Il y eut une expiration qui indiqua à Maxwell l'état d'esprit dans lequel se trouvait le prêtre, et il vit son agitation, ses mains qui tremblaient en serrant férocement les accoudoirs du siège préféré de Maxwell... Ce dernier attira l'attention du Père Anderson. "Ne le casses pas... Tu casses toujours tout..."
C'était beaucoup demandé au Père Anderson que de comprendre ce que quelque chose d'aussi insignifiant d'un fauteuil pouvait avoir comme importance pour quelqu'un, aussi proposa-t-il d'un ton indifférent d'échanger leurs places, ce que Maxwell accepta avec gratitude.
Les coups cessèrent, et pendant quelques instants la Terre semblait être redevenue un endroit calme et accueillant bien qu'alourdi d'un suspense assourdissant. Et puis ce fut encore plus confus qu'auparavant. A la fois les hommes et l'animal furent perdus lorsque Sir Integra souleva et secoua la couverture, découvrant un coin et ayant donc une nouvelle prise. Elle lançait la couverture comme un filet sur l'eau, espérant se faisant déloger la souris de sa cachette. Au bout du compte, ses efforts se révélèrent fructueux puisque la souris fut arrachée du tissu -ses griffes étaient incapables de s'accrocher suffisamment pour résister aux soubresauts de la couverture. Elle vola dans la chambre avant d'atterrir fébrilement sur le tapis. Elle se précipita vers le mur et se cacha alors sous la deuxième table de chevet d'Integra. Elle l'en fit sortir en secouant le meuble et en vérifiant qu'elle ne s'y trouvait plus. Se remettant sur ses pieds, Integra aperçut la souris (une très petite ombre) tracer le périmètre de la chambre, se faufiler sous les franges des rideaux et prendre à gauche au coin pour courir se réfugier sous les étagères. Mais il n'y avait presque pas d'espace pour grimper à côté ou derrière la bibliothèque aussi la souris se cala-t-elle dans le coin où le mur et la base de la bibliothèque se rejoignaient. Là, la pauvre petite souris priait bien fort pour que sa sombre fourrure la rende invisible.
Toutefois la lumière du soleil perça l'obscurité, brûlant les ombres complices. La lumière révéla la petite abomination noire derrière elle tandis que Sir Integra se tenait face aux rideaux qu'elle avait ouverts. Il ne fallut qu'un instant pour trouver là où la souris se cachait. Elle jaillit hors de sa cachette d'un air déterminé, se glissant autour des pieds des meubles, suivant les dimensions de la pièce -un livre qu'on lui jetait à la figure dissuada la souris de s'échapper sous la porte. Quand Integra s'approcha de cette possible échappatoire, elle fourra ses draps de lit pour bloquer l'accès. Quand elle atteignit la fenêtre suivante, elle ouvrit aussi les rideaux, ainsi la pièce était-elle illuminée comme en plein jour. Dehors le ciel jaunissait tandis que les nuages roses se pourpraient plus encore. Des violets, des roses, des orangés et des jaunes brillaient à travers les fenêtres de la chambre. Et un arbre plus très jeune dont la haute stature atteignait le troisième étage du manoir fut prise dans la bise : certaines de ses feuilles frissonnèrent contre le carreau.
Pendant ce temps Anderson bidouillait les réglages de la caméra, impressionnant Maxwell qui attendait que la qualité de la vidéo s'améliore. Quand la couleur revient à l'écran, ils eurent sous les yeux la couleur chaude orangée qui baignait la chambre. Quand Integra apparut entre la souris et la fenêtre, l'aube fit briller ses cheveux d'une splendeur presque sainte -son visage encadré brièvement d'un halo doré. Mais toute illusion de la sorte était violemment mise à bat par la tenue qu'elle arborait -la faisant voir comme une Amazone violente ou bien une harpie... quelqu'un de non-Chrétien en tout cas, pas le moins du monde angélique. Alors que les hommes regardaient la jeune femme chasser la petite souris tout autour de la chambre, jetant des livres et puis sacrifiant, un, deux voire trois oreillers, le prêtre se pencha sur le bureau, sa tête reposant confortablement contre son poing.
Et puis il se rappela d'un détail et en informa Maxwell : "C'est en train d'enregistrer."
Les yeux bleus se firent perplexes avant de se souvenir de la fonction de la caméra et puis de se perdre dans les motifs du prêtre.
Le Père Anderson répondit à l'expression énigmatique de son confrère. "Nous savons qu'elle déteste les souris. Alors j'ai suspecté que quelque chose d'intéressant se passerait ... si c'était bien dans sa chambre qu'elle déboulerait." Quelques regards curieux en plus suffirent pour qu'il lui décrive le chemin parcourue par la souris dans la ventilation afin d'atteindre la chambre de Sir Integra. Les livres qui tapaient contre les murs ainsi que les collisions avec de gros projectiles évitées d'un cheveu n'étaient plus que des distractions mineures pour eux.
Une éruption de violence et de brouhaha audio interrompit leur conversation et les informa que la souris s'était de nouveau dissimulée dans la couverture. Ils ne s'attendaient plus trop à de la violence, s'imaginant que la suite de l'attaque ressemblerait à celle de tout à l'heure. Cependant le son qu'on entendit sortir des enceintes, une que le Père Anderson connaissait bien, les secoua et leur fit voir la possibilité de perdre à la fois la souris et la caméra. Directement en face de la créature la lame traversa le tissu et des plumes d'oie s'échappèrent, puis la lame disparut de l'écran. Elle réapparut de nouveau, plus près encore, pendant que la créature commençait à s'affoler.
Un envoyé du ciel ou du moins c'était ainsi qu'ils le voyaient toqua à la porte et retint par son interruption sonore l'épée que Sir Integra tenait à la main. Elle regarda la porte en ahanant légèrement tandis que de la sueur perlait ses tempes.
"Sir Integra ?"
"Ne rentrez pas, Walter."
Silence. Integra jeta un coup d'œil circulaire sur sa chambre en désordre, réalisant qu'elle avait perdu la boule avec cette vermine. Elle s'essuya le front du dos de la main. Et elle prit de plus grandes goulées d'air pour calmer sa respiration.
La voix du majordome se fit entendre de nouveau : "J'ai entendu le son de quelque chose se faire matraquer." Tandis qu'il parlait, Walter baissait les yeux sur les bouts de draps d'Integra qui sortaient de dessous la porte de son côté, contrastant avec ses chaussures noires polies. Quand aucune réponse ne se fit entendre, il continua : "Etes-vous, par hasard, en train de massacrer quelque chose, Sir Integra ?"
Les cobalts brillants qu'étaient ses yeux parcoururent la chambre du regard, se préparant à y mettre le feu si Walter lui posa une autre question, ce qui lui fit faire la grimace en imaginant les dégâts qu'elle causerait. "Non, Walter. Je ne massacre rien."
Maxwell et le Père Anderson pouvaient voir une image nette des pieds d'Integra sur l'écran pendant que la souris détalait. La sensation de se faire escalader (même brève) par l'animal honni la fit glapir, plus de surprise que d'autre chose... mais Sir Integra pouvait comprendre que la seule réaction de Walter à une telle réponse était d'entrer sur-le-champ dans sa chambre. La souris s'enfuit vers une nouvelle cachette lorsque l'état de la chambre, et d'Integra HellSing elle-même, devint la préoccupation première de l'homme.
Après avoir posé les yeux sur elle, l'Ange de la Mort tourna son attention sur la chambre en désordre, déjà plus que convaincu qu'il n'y avait pas de "grand" danger. Il contempla les livres qui avaient été maltraités, éparpillés ça et là comme des soldats qui seraient tombés sur le champ d'honneur la fleur au fusil.
"La souris est ici, Walter."
"Dois-je aller réveiller Alucard ?"
"Grand dieu non." La simple mention du vampire la dégoûtait, avec la perspective d'afficher ses peurs ridicules au grand jour. "C'est une souris, Walter. Je peux me charger d'une souris. Maintenant, veuillez arranger mon emploi du temps, donnez mes plus sincères excuses à qui de droit, et je vais m'occuper de ça." La grande patronne HellSing soupira en s'avançant vers l'un des livres, évitant de marcher sur le haut de pyjama qu'elle portait en début de nuit. Le vêtement ne lui plaisait plus désormais, la souris lui ayant grimpé dessus deux fois dans sa course effrénée à travers la chambre. Le majordome continua d'examiner son environnement et Integra mit derrière son oreille les cheveux qui se collaient à sa joue humide de transpiration. Son souffle était toujours erratique. "Je rangerai plus tard, Walter."
Il y eut une pause symbolique. "Bien, que voudriez-vous que je fasse pour vous présentement ?"
"Je voudrais que vous me laissiez m'habiller." Se disant, elle se détourna de Walter qui continuait d'observer la chambre et d'éviter de croiser son chemin, mais au lieu de se tourner vers sa penderie elle se retrouva face-à-face avec un mur de choses déplaisantes et très familières. Du rouge, du noir, du blanc, et puis de la dentelle et enfin la tronche d'Alucard. Le vampire lui ne l'évitait pas. Il envahissait son espace personnel et y restait -plus par surprise en voyant sa tenue que par autre chose.
"Je veux connaître l'histoire derrière ça." Alucard déclara plutôt sérieusement, alertant de sa présence un Walter (déjà) fatigué et plutôt mécontent alors que la journée ne faisait que commencer.
Incapable de prononcer un mot à travers ses mâchoires crispées et l'outrage qui embrassait son esprit jusqu'à ce que sa rationalité soit en péril, elle leva son épée, menaçant l'abdomen du Vampire Alucard avec soit un empalement discret soit une éviscération en bonne et due forme.
De nouveau, la vue de jambes et de pieds fut tout ce qu'y emplit l'écran que scrutait les deux Iscariotes. Les détails grossirent à mesure que la caméra se rapprochait du prédateur pour atteindre son protecteur. Ses pattes avant se jetèrent furieusement sur les bottes en cuir avant que la souris paniquée n'escalade les lacets où elle s'agrippa comme si sa vie en dépendait, ce qui n'était pas faux. Elle fut bientôt récupérée délicatement par des gants blancs froid comme la glace. La souris ne fut pas témoin de son prédateur qui faisait un pas en avant pour la désigner de sa lame en hissant :
"C'est à moi."
La réclamation ne fut pas prise en compte, la créature de la nuit ignorant la rage de sa Maîtresse alors qu'elle se dirigeait vers le mur, jugeant que ses responsabilités étaient remplies puisqu'il avait récupéré le rongeur dont il avait la charge et qui causait du tracas à sa patronne. La silhouette qui en imposait du Vampire Alucard drapé dans son grand manteau rouge réapparut de l'autre côté du mur de la chambre de Sir Integra et resta dans le couloir. La curiosité amena Alucard à ouvrir sa main et contempler l'influence que la minuscule créature avait sur les occupants du manoir, se permettant de perdre du temps en de telles futilités puisqu'il pensait avoir fini ce qu'il avait à faire.
Pourtant plus loin dans le couloir le mur sembla s'ouvrir. La porte de la chambre de Sir Integra avait été ouverte avec fracas et voyant le vampire sur sa droite planté là elle s'avança vers Alucard à grands pas, sans honte et toujours sans haut de pyjama, l'épée dressée en signe de défi. "Donne-moi le rat."
"La souris est à moi, si je me souv..." La nonchalance d'Alucard ne fit qu'ajouter de l'huile sur le feu.
"La vermine. Donne-la moi tout-de-suite." Sir Integra était arrivée à hauteur du Vampire Alucard et attendait sa réponse. Un Walter sans but apparu en retrait au cas où l'on ait besoin de ses services durant cet ... ce très étrange échange matinal.
"Mais si je me souviens bien, vous..." L'épée fut brandie juste sous son nez, interrompant une fois de plus la phrase d'Alucard.
La lueur qui brillait dans le regard noir de Sir Integra renforçait l'idée qu'elle n'avait pas suggéré qu'on lui donne l'animal. Elle l'avait ordonné et ne s'attendait pas à débattre sur le sujet. "A moi."
Le manteau rouge lut la profondeur de sa vendetta envers la créature qui semblait vouloir aller jusqu'à l'éradication pleine et entière de la race de la souris. Et tout ce qu'il fit pour l'apaiser fut de lui tenir tête une fois de plus en glissant la souris dans sa poche de poitrine. Il se prépara ensuite à recevoir les conséquences de son acte. Cependant Integra restait silencieuse, ses yeux brillants qui se plissèrent pour montrer qu'elle désapprouvait sa seule réaction notable. Non, elle ne posséderait jamais le même contrôle que son grand oncle et que, à un moindre dégré, son père avait eu sur le démon. Le monstre qui avait autrefois été le grand Comte Dracula et qui était depuis moins que cela aux yeux du monde, à cause de ses interactions forcées avec les humains et à sa participation dans leurs guerres contre les créatures de l'enfer, à cause des privilèges dont on l'avait privé de gouverner ou à cause de l'existence plus solitaire qu'il menait où il faisait comme bon lui semblait. Le contrôle n'était pas aussi total mais il était toutefois actif lorsqu'il le fallait. Et pourtant, Alucard avait mordu et transformé Victoria Seras -alors qu'elle et Walter avaient crus pendant longtemps qu'un tel acte était impossible à Alucard tant qu'il était sous l'influence du sceau des HellSing.
Mais avoir besoin de quelque chose d'aussi fort que l'influence des Van HellSing juste pour récupérer une pitoyable vermine était ridicule à souhait. Franchement, Integra n'avait pas besoin du contrôle étouffant qui était en place auparavant. Tout conflit avec Dracula était d'une certaine façon domestiqué. C'était comme d'essayer de détacher les griffes de votre chat de votre tricot et de le tenir éloigné de votre pelote de laine pour avoir une nouvelle fois besoin de protéger votre travail, etc.
Ils continuèrent un moment de se regarder dans les yeux sans parler.
Finalement Integra craqua : "C'est le mien. Tu sais que les Iscariotes me l'ont adressé." Ses mots commençaient déjà à perdre de leur superbe.
Le Vampire Alucard était indifférent à l'échange, le trouvant inutile mais suffisamment à part pour se laisser faire. Sa Maîtresse, la dernière représentante de la lignée HellSing, se tenait devant lui, une lame nue semblant quelque peu incongrue dans la main d'Integra, et encore plus étrange, ses pantalons de soie visiblement faits pour dormir, ses pieds nus, ses cheveux décoiffés, son corps luisant de sueur, et puis en sous-vêtement noir tout simple. Cependant il peinait à la voir sous une apparence sexualisée et femelle -non, il n'arrivait décidément pas à la voir sous cette lumière-là. A moins que les muscles aux contours bien définis et les cicatrices dues à l'entrainement mais aussi aux rares escarmouches qu'elle avait eus se devaient d'être la norme pour une femme sexy de son âge... Non non, sous bien des abords Sir Integra était de sexe mâle pour le démon qui était à sa charge. La narguer faisait simplement passer le temps.
"Et vous m'avez offert ce cadeau dont vous ne vouliez pas, donc, je détiens le droit d'en faire ce que je veux à mon tour."
La lame persuada Alucard, qui était d'humeur à se faire persuader malgré l'heure matinale, de se tenir contre le mur -comme Sir Integra le désirait. Elle pouvait alors à loisir plonger la main dans la poche ouverte pour se saisir de l'abomination.
...
Quelque part... l'idée de mettre sa main dans un espace étroit contenant une vermine vivante n'avait pas été pleinement appréhendé par son esprit rationnel, qui était d'habitude capable de réfléchir -bien que ce coup-là elle avait apparemment oublié d'y penser avant d'agir. Sous le regard écarlate des plus observateurs du Vampire, la pâleur de Sir Integra s'accentua tandis qu'elle se tenait droite et rigide comme une planche, sa main autour du petit animal à fourrure et de sa queue, douce au lieu de râpeuse comme dans son lointain souvenir. Tandis que Walter s'avançait, ayant reconnu ce qu'il se passait, Alucard réfléchit à ce que le majordome et son intervention indiquaient. Alors le démon tordu fit un rictus à sa jeune Maîtresse, aucune marque de sympathie n'apparaissant sur son visage suffisant quand il dit : "Vous voulez de l'aide ?"
Integra ne fit rien d'autre que sembler malade. Elle pouvait sentir le ruban sur la vile créature. Elle bougeait comme un gros truc, une larve, un ver de terre. Et ses os faisaient du bruit, comme si tout son corps s'était fait de glace et risquait de se casser au moindre faux mouvement. Les mâchoires d'Integra étaient crispées, elle avait la chair de poule et les cheveux dressés sur la tête -elle ne serait pas capable d'ingurgiter le moindre petit-déjeuner à cette heure. Qu'est-ce qui pourrait arriver de pire ? ... Que les Français débarquent avec leurs nouveaux ingrédients et leur mitonnent plein de plats inconnus. Walter commençait à s'impatienter avec certains des hommes qu'il avait recruté, elle le savait et -non, n'y pense pas- et si -non, pas ça, rien du tout. Rien, rien, rien n'était dans sa main - Merci Walter. Je t'aime.
La souris fut récupérée par l'Ange de la Mort qui trouva une cage appropriée au "cadeau" de la discorde lorsque l'enregistrement fut arrêté. Les Iscariotes réfléchirent à ce qu'ils avaient vus.
...
Des signes de désobéissance, peut-être.
