Titre : Race Wish
Chapitres : 03/??
Auteur : Foxx
Genre : Yaoi/Lemon/AU
Disclaimer : Les membres de la Sherow Artists Society ne m'appartiennent malheureusement pas.
Note : Etant donné que les "baronnes" ne le sont pas vraiment, j'ai essayé d'utiliser des pronoms féminins pour les désigner lorsqu'elles sont vues à travers les yeux de quelqu'un qui ne connait pas leur petit... secret. J'espère que ça ne fait pas trop bizarre...
Note (bis) : J'ai conscience que cette fic présente un peu Hizaki comme quelqu'un de trop "parfait". Je vais essayer de lui coller des défauts mais vu mon adoration pour lui, ça risque d'être délicat.
Hizaki referma derrière lui la porte de la grande salle, quittant le repas plus tôt que ses frères. Mana était probablement enmuré dans son mutisme habituel, observant les faits et gestes de chacun comme le faisait parfois You, et Kaya avait semblé depuis le début du dessert complètement passionné par sa conversation avec Kamijo.
Hizaki ne savait trop quoi penser du nouvel arrivant. Il avait de la prestance, un certain charisme qui mettait mal à l'aise même les plus assurés, et il semblait être un excellent orateur ainsi qu'un séducteur d'exception à en juger par l'attitude de Kaya qui se montrait rarement aussi enthousiaste auprès d'un inconnu. Les seuls à ne pas avoir manifesté leur joie lors de l'arrivée du seigneur étaient Mana et You, les deux personnes en qui Hizaki avait le plus confiance, si bien qu'il ne pouvait s'empêcher d'avoir encore des doutes.
"Baronne, vous sortez ?" s'enquit la voix d'un des officiers du château, debout près d'une des fenêtres voisines. L'androgyne hocha la tête et son regard passa du visage de l'officier à celui d'un jeune chevalier, sans doute à peine plus âgé que lui, qu'il avait cru voir dans l'escorte de Kamijo. Celui-ci s'inclina aussitôt, brièvement, et Hizaki lui adressa un sourire qui fit rougir les joues du jeune homme.
"Passez une bonne soirée, Yuki," murmura l'androgyne en reportant son attention sur l'officier qui répondit d'un hochement de tête. Yuki était une des très rares personnes à être dans le secret de sa naissance, ayant éduqué Mana au maniement des armes à l'époque où celui-ci était encore destiné à recevoir les enseignements réservés aux hommes. Le chevalier ne sembla pas particulièrement étonné d'entendre la voix assez grave d'Hizaki, malgré l'habitude qu'avait celui-ci d'adopter un timbre de voix plus féminin.
L'androgyne salua finalement les deux hommes et descendit lentement les escaliers, avant de pousser les lourdes portes du château donnant sur la cour. Hizaki leva les yeux vers les étoiles et sourit, humant le parfum d'herbe mouillée et de mystère qui embaumait la nuit fraichement tombée. Il n'y avait presque plus personne aux alentours, seulement quelques soldats chargés de monter la garde et une poignée d'artisans encore occupés à démonter les tables de bois sur lesquelles il exposaient leur marchandise pour le bon plaisir des nobles du château.
L'androgyne s'avança vers une de ces échoppes éphémères, visiblement déserte, qui ne semblait proposer en tout et pour tout qu'une poignée de sculptures taillées dans une pierre dont la blancheur était mise en valeur par la lueur de la lune. Hizaki se pencha légèrement pour observer de plus près ces sculptures pâles, intrigué par la poudre qui semblait se détacher de la pierre. Les visages taillés à même le calcaire étaient pour la plupart assez curieux, arborant des expressions si vides et figées qu'ils en semblaient presque vivants -- vivants à la manière de fantômes blafards se détachant dans la pénombre du plan de travail du sculpteur.
Hizaki leva la main, timidement, mettant sur le compte de la fraicheur nocturne le frisson qui parcourut sa colone vertébrale lorsque son index la pierre d'un visage. Il descendit sa main le long de la tempe sculptée avec une légère appréhension, puis il se redressa pour constater qu'une fine couche de poussière blanche s'était déposée sur le bout de ses doigts.
"Vous désirez quelque chose ?" s'enquit soudain une voix tout près de l'androgyne. Hizaki tressaillit et se retourna, les yeux écarquillés par la surprise, comme s'il s'attendait à voir une des sculptures prendre vie pour lui parler. Un jeune homme se tenait derrière lui, visiblement l'artiste qui avait réalisé les sculptures de l'échoppe, à en juger par ses cheveux et ses vêtements rendus gris pâles par la poussière. "Pardonnez-moi si je vous ai fait peur," s'excusa immédiatement le sculpteur en voyant la réaction de l'androgyne. Celui-ci sourit, l'air plus soulagé qu'autre chose, la respiration encore un peu rapide à cause de la frayeur qu'il venait d'avoir.
"Désolé, je--" commença Hizaki, utilisant sans s'en rendre compte une voix beaucoup trop grave et masculine pour être celle d'une femme. Il s'interrompit et plaqua sa main sur ses lèvres, se raclant rapidement la gorge avant de reprendre, le rouge aux joues. "Je.. Je ne vous avais pas vu," murmura l'androgyne sans plus oser croiser le regard de son interlocuteur. "Vous êtes le sculpteur de ces oeuvres ?"
"Certaines ont été faites par mon père," répondit le jeune homme de l'échoppe sans paraître trop troublé par la voix qu'avait d'abord prit Hizaki. Il contourna la table où étaient alignées ses oeuvres pour passer la main sur le visage sculpté qu'avait touché Hizaki, en essuyant la poussière, un sourire attendrit aux lèvres comme s'il chérissait ses créations autant que ses propres enfants. "Désirez-vous que je sculpte quelque chose pour vous ?"
L'androgyne releva les yeux vers le sculpteur, légèrement surpris par sa proposition, s'attendant plutôt à une remarque acerbe sur le secret que sa voix trop grave avait trahi. Mais le jeune artisan ne semblait pas le moins du monde hostile, même s'il observait Hizaki avec un intérêt visible, comme s'il cherchait à comprendre quelque chose. Le regard que le sculpteur portait sur son corps fit un instant rougir le blond mais il se reprit bien vite, hochant la tête, forçant un sourire à se former sur ses lèvres délicatement maquillées.
"Que dois-je sculpter pour vous, ..baron ?" demanda le jeune homme d'une voix amusée, contournant à nouveau la table pour revenir auprès d'Hizaki. Celui-ci tressaillit à nouveau et baissa les yeux, n'osant répondre, terrifié à l'idée que qui que ce soit d'autre découvre la vérité. Le sculpteur pencha la tête sur le côté, essayant de croiser le regard de l'androgyne, un sourire satisfait aux lèvres; la réaction de l'androgyne prouvait sa virilité mieux que mille discours.
"Désirez-vous un visage ?" proposa l'artisan d'une voix plus douce que nécessaire, cherchant à montrer à Hizaki que le secret qu'il venait de découvrir l'amusait plus qu'autre chose. Le blond releva finalement la tête, évitant toujours soigneusement le regard du sculpteur, qui dût poser un doigt sous le menton de l'androgyne pour le forcer à lui faire à nouveau face. Hizaki rougit, surpris de voir à quel point les yeux du jeune homme étaient clairs, leur couleur bleu-gris rappelant celle de l'eau froide des lacs du fiefs dans lesquels le baron aimait autrefois se baigner.
"Je.. Je voudrais un oiseau," répondit timidement l'androgyne, n'essayant plus de parler doucement pour maitriser sa voix trop grave. Le sculpteur lui inspirait confiance et le troublait d'une manière que le blond n'avait encore jamais connue, leurs visages si proches qu'Hizaki sentait presque le souffle calme de l'artisan contre sa peau. Celui-ci resta immobile quelques instants, l'air pensif, comme s'il étudiait le visage de l'androgyne pour tenter de décrypter ses pensées, puis il se détourna et retourna à sa table de travail, brisant soudain le charme qui s'était installé entre eux.
"Un.. un oiseau de proie, serait-ce possible ?" s'enquit le blond, reprenant une voix plus féminine comme pour reprendre contenance. Le sculpteur hocha distraitement la tête, visiblement plongé dans ses pensées alors qu'il fixait un bloc de pierre encore vierge pour prévoir la manière dont il faudrait le tailler.
"Ce sera prêt dans quelques jours probablement," répondit l'artisan en reportant son attention sur Hizaki, l'air soudain plus vivant et attentif. Il se pencha sur sa table de travail, un petit sourire amical revenant au coin de ses lèvres, ne quittant pas des yeux le baron androgyne qui lui faisait face. "J'espère que... vous me pardonnerez pour mon impolitesse, baronne," s'excusa le jeune homme en inclinant doucement la tête en gage de soumission, malgré le sourire qui ornait toujours son visage. Hizaki porta sa main à ses lèvres pour réprimer un petit rire, les yeux plissés par l'amusement, soudain bien plus à l'aise avec cet homme qu'il connaissait pourtant à peine.
"Comment vous appelez-vous ?" demanda l'androgyne en appuyant ses doigts contre le plan de travail du sculpteur, tout près de là où était posée la main de celui-ci. L'artisan recula, visiblement un peu surpris, et il s'inclina en signe de respect avant de reprendre la parole d'une voix moins assurée qu'à l'ordinaire.
"On m'appelle Juka, baronne," murmura le sculpteur en joignant ses mains derrière son dos pour ne plus avoir à sentir celles d'Hizaki posées sur la table tout près des siennes. Il avait voulu taquiner l'androgyne par jeu et se retrouvait pris à son propre piège, maintenant que le blond faisait preuve de plus d'audace -- une qualité qui avait toujours fait défaut à Juka. Hizaki s'apprêtait à répondre quelque chose lorsque le grincement des portes du château retentit, brisant le silence de la nuit, alors qu'une silhouette s'avançait dans la cour d'un pas vif.
Le blond se tourna vers le nouveau venu, qui ne les avait probablement pas aperçu à cause de l'obscurité, et se mordit pensivement la lèvre. "Je reviendrais demain..." assura l'androgyne d'une voix plus basse qu'auparavant avant de se hâter vers l'homme qui traversait la cour et qui semblait chercher quelque chose.
Kamijo avait quitté la salle de réception quelques minutes à peine auparavant, mandé par un des gardes du palais qui s'inquiétait de savoir où se trouvait la cadette de leurs baronnes. Le suzerain avait sauté sur l'occasion, proposant tout naturellement son aide, autant pour se faire bien voir des soldats de son fief que pour avoir l'occasion d'être seul avec une des beautés qu'il convoitait. Il avait cherché dans la salon et la bibliothèque, même jusque sur les remparts, avant de se rendre dans la cour à peine éclairée par la lueur de la lune, cherchant du regard une silhouette blonde.
"Seigneur Kamijo..." murmura une voix surprise et quelque peu ennuyée, provenant de derrière le suzerain. "Vous n'êtes pas au repas ?" Kamijo se retourna et avisa Hizaki qui s'avançait vers lui de sa démarche calme et gracieuse, les lèvres plissées en une moue timide et réprobatrice, semblant signifier que le brun venait d'interrompre quelque chose. Celui s'approcha et posa sa main sur le bras de la baronne, la guidant doucement vers les portes du château, remarquant aussitôt la façon dont les épaules de la cadette se crispèrent au contact des doigts du noble.
"Kaya vous cherchait," répondit Kamijo d'une voix plus suave qu'à l'ordinaire, comme s'il tentait de mettre plus mal à l'aise encore la silhouette blonde dont il distinguait à peine les traits dans la pénombre. "Mais peut-être souhaiteriez-vous rester un peu dehors ? M'accompagner sur les remparts par exemple... que je puisse profiter de la beauté de la nuit en compagnie d'une femme plus belle encore ?" Hizaki détourna le regard mais rougit à peine, hochant finalement la tête sans prononcer un mot. Le suzerain l'avait déjà remarqué durant le repas et c'était un des traits de la cadette qu'il trouvait le plus attachant; ses longs silences, aussi prudes en apparence que ceux de Mana pouvaient être inquiétants.
Kamijo hocha la tête à son tour, ses doigts glissant le long du bras de la baronne pour lui prendre galamment la main, satisfait de la manière dont Hizaki parut à nouveau se troubler. Il esquissa un sourire au visage de sa nouvelle conquête et celle-ci y répondit d'une manière plus mesurée et féminine avant de suivre le jeune suzerain jusqu'aux escaliers menant aux remparts, tandis que le brun essuyait du bout des doigts, intrigué, un peu de poussière de calcaire restée sur le menton et la lèvre inférieure de l'androgyne.
