Merci pour les avis et bien sûr Bonne Lecture

Chapître III

It's My Life

Sandman House. Blue Cove. Delaware. Vendredi. 20h22.

Ils étaient presque arrivés au domaine, Tony conduisait et connaissait apparemment le chemin. Kate en conclut que ce n'était pas la première fois qu'il se rendait à cet endroit.

Il était passé la prendre alors qu'elle n'était absolument pas prête. Elle avait refait ce maudit sac au moins vingt fois. Ce n'était pas son genre, seulement elle avait peur de faire un impair, de ne pas être à la hauteur. Il faut dire qu'elle était toujours troublée par le fait que DiNozzo ait voulu qu'elle l'accompagne. Elle se demandait aussi ce qui provoquait ce malaise aussi profond en lui pour qu'il ait besoin d'elle, enfin d'un ami. Bien sûr, quand elle le regardait, il était tout à fait comme d'habitude, il n'avait rien de différent. Pourtant, Kate ressentait réellement comme une appréhension, comme une fuite aussi ...

- Tu as une question à me poser ? lui demanda Tony, sans détourner son regard de la route.

- Non !

- Alors, moi j'en ai une. Pourquoi me regardes-tu comme ça ?

- Comme quoi ?

DiNozzo tourna son visage vers Kate :

- Comme si je m'étais changé en porcelaine, quelque chose de fragile qu'il faut sans arrêt surveiller du coin de l'oeil.

- C'est juste que ... Est-ce que ça va ? finit-elle par lui dire, sans détour.

- Oui, bien sûr.

Face à la mine peu convaincue que lui renvoyait Kate, il reprit :

- Ecoute, c'est gentil de t'en faire pour moi, mais c'est vrai, ça va. Je ne m'en fais plus depuis longtemps. Je serai toujours le mouton noir de la famille. Jamais assez ceci ou suffisamment cela. Tu parleras et je me contenterai de sourire, ils croient que c'est tout ce dont je suis capable.

- D'accord, j'ai compris, dit-elle, comme prise en faute et elle détourna son regard pour le fixer sur le paysage.

- Je m'excuse, ce n'est pas un reproche. C'est gentil de t'inquiéter pour moi. Kate ?

- Oui ?

- Je te remercie d'avoir accepté de venir.

"Et voilà, ça recommençait, il était différent. Où était-ce moi qui le voyais enfin tel qu'il était vraiment ?" se demanda Caitlin, en tournant son regard vers DiNozzo.

- Tu vois, tu recommences.

- Hein !

- Tu me regardes comme si ...

- Un extraterrestre.

Tony sourit et répliqua :

- Oui, c'est ça. Continue, ça va leur plaire. Une dernière chose, ils sont pires que la Mafia...

Avant que DiNozzo ne finisse sa phrase, Kate intervint :

- Ne me refais pas une imitation du Parrain, Please !

- Non, je voulais juste ajouter qu'ils sont pires que la Mafia parce qu'ils sont avocats.

- Tu ne voulais pas ..., dit-elle, d'une voix intriguée. Tu n'aurais pas loupé une si belle occasion !

- Rien n'est plus vraiment pareil ici ! lui répondit-il. Ensuite, d'un signe de tête, il lui fit comprendre de regarder devant elle. Voilà, nous y sommes. Admire le cadre.

Kate put effectivement admirer une demeure merveilleuse qui, si elle avait connu son âge d'or il y a plus de 400 ans, était en train d'en vivre un autre grâce à une rénovation impeccable de l'ensemble de la propriété comprenant également les jardins et bois. Tout simplement sublime. L'intérieur devait valoir le détour. Elle n'aurait jamais pu s'offrir une nuit dans un tel palace. Et Tony était déjà venu là !! Riche devait être un euphémisme en ce qui concernait sa famille. Pourtant, quand elle regardait Tony, elle savait qu'il ne se résumait pas qu'à cela. Il était plus, tellement plus. Elle revint à DiNozzo, elle devait lui dire quelque chose avant d'entrer là-dedans.

- Tony ?

Il tourna son visage vers elle.

- Je sais qu'il y a quelque chose dont tu ne parles pas, que tu as enfoui en toi...

Tony voulut intervenir mais Kate hocha la tête et il comprit qu'il devait la laisser terminer.

- Je ne te demande rien. Seulement parfois, il faudra que tu me permettes de comprendre. C'est promis ?

- Promis.

- Tu peux compter sur moi.

- Je sais, lui répondit Tony, sans la quitter du regard.

- Un conseil, respire à fond, ça aide, dit Kate, consciente que c'était autant pour détendre l'atmosphère, que pour rompre leur regard, qui la plongeait dans monde insoupçonné entre eux mais qui, pourtant, existait bel et bien.

Ils prirent donc chacun une grande respiration puis se regardèrent et se mirent à rire.

"C'est pour cela que j'ai invité Kate. Rien que l'idée d'être avec eux m'insupporte et en plus, il a fallu que mon père choisisse cet endroit. Je me demande pourquoi il a voulu revenir ici ! J'ai beau dire que je suis blindé, je n'aurais pas supporté une autre personne à mes côtés. C'est la seule chose dont je sois sûr à propos de ce week-end. J'ai une chose à faire et Kate m'aidera à l'accomplir, sans peut-être se rendre compte de ce qu'elle m'aura donné. Mais d'un autre côté, je m'en veux de l'avoir entraînée là-dedans."

Tony revint à la réalité et s'arrêta devant l'entrée de l'hôtel. Une fois les instructions données au chasseur à propos des bagages et de la voiture, ils purent entrer dans le hall.

Dans le tourbillon que fut leur arrivée, Kate put tout de même admirer le luxe de l'endroit. Le lieu était formidable. Une ancienne demeure, digne de Tara dans le roman "Autant en Emporte le Vent", réaménagée en hôtel avec un nombre d'étoiles à rallonge. Chambres à thème, piscine, sauna, salle de bal et bien sûr, tout le confort possible. Kate avait, aussi, été agréablement surprise par le fait que DiNozzo ait spécifié deux chambres. Il n'avait nullement cherché à prétendre qu'ils étaient en couple. Et enfin, les gens qu'elle avait croisés dans le hall, les avaient dévisagés mais Tony n'y prêtait guère d'attention. En tout cas, c'était l'impression qu'il donnait derrière ses lunettes noires. L'endroit avait beau être prodigieux, il y faisait froid. Une réunion de famille pour une famille qui n'en avait que le nom. Kate savait qu'elle n'avait encore parlé à personne, qu'elle ne devait pas faire preuve de préjugés de classe et qu'elle ne devait pas hâter ses conclusions, seulement, c'était dans l'air.

Maintenant, Caitlin se trouvait dans sa chambre : La suite "Nuit Magique". Une vue imprenable pour offrir un ciel étoilé aux occupants. Le mobilier était d'un blanc merveilleux sur un tapis bleu nuit, sans doute pour rappeler l'éclat des étoiles.

Kate avait entendu que celle de Tony portait le nom de "Horizons Lointains" et poussée par sa curiosité, elle frappa à la porte mitoyenne qui les reliait et entra. L'ex-agent des Services Secrets se retrouva dans une chambre dont les couleurs oscillaient dans les teintes de vert. Presque comme si elle avait été choisie en rapport avec la couleur des yeux d'Anthony. Et ce qui troubla, encore un peu plus Kate, était que tout ce qui comptait avec les yeux de Tony était l'étincelle qu'ils contenaient.

Kate allait s'exclamer sur le luxe de la chambre, quand elle s'arrêta en voyant Tony. Il avait ouvert la porte-fenêtre et se tenait debout juste à l'entrée de la terrasse. Elle ne voyait pas son regard mais elle se doutait qu'à ce paysage se superposaient les images du passé.

- Qu'est-ce que tu vois ?

- Kate ! Rien de spécial, répondit DiNozzo, en refermant la fenêtre.

- Tony, tu as promis. Donc, qu'est-ce que tu vois ?

- On dirait presque Gibbs.

- Ne m'oblige pas à te frapper alors.

Tony hocha la tête et commença:

- Nous venions ici tous les étés.

Tony pointa du doigt un arbre magnifique au fond du parc, il devait avoir plus de 300 ans.

- Maman et moi, nous nous installions toujours là. Je lui préparais tout : une couverture, un coussin, un pique-nique, un livre et c'était tout ce que nous voulions. Elle finissait toujours par s'endormir et moi, je finissais toujours par la regarder dormir. Elle était en paix alors que moi ... le moindre bruit me réveille toujours.

- Pourquoi... ?

Tony anticipa sa question et répondit :

- Peur de ne pas être là quand il faut... Enfin, ça me sert bien au boulot.

- Peur de ne pas être là ?

- Ca, ce sera pour le prochain épisode. Je ne vais pas te révéler tous mes mystères du premier coup. Et puis, on va rater le début du dîner.

- Je ne voudrais pas rater ça, dit Kate, tout en se dirigeant vers la porte de sa chambre.

- Allez, va nous passer une tenue sexy.

- DiNozzo !

- De mon côté, pas de problème, c'est naturel chez moi. Je suis toujours sexy, lui assura-t-il, avec un sourire.

Kate essaya de ne pas mettre trop longtemps à se préparer mais bon, elle se doutait qu'elle serait la dernière. Effectivement, Tony était prêt lorsqu'elle entra dans la chambre. Il portait un costume gris clair, impeccablement coupé, qui ne faisait que le mettre encore mieux en valeur.

"Bien qu'en fait, il n'a pas vraiment besoin d'un costume pour être séduisant," pensa-t-elle, avant de secouer la tête, afin de stopper tout de suite cette réflexion car ensuite, ça la forcerait à se demander depuis quand en posant les yeux sur Tony, elle voyait autre chose que son collègue...

En entendant la porte s'ouvrir, Tony pivota. Kate portait une magnifique robe bleu ciel retenue par de légères brettelles. La robe était parcourue de fines broderies sur le côté droit : des fleurs perdant leurs pétales au milieu de trèfles à quatre feuilles. Un châle, orné des mêmes broderies que la robe, venait compléter la tenue.

- Ton verdict ? demanda Caitlin.

- ...

- Tu veux que je tourne ?

Comme Tony ne lui répondait toujours pas, elle ajouta :

- Tu ne vas pas me souffler dessus, cette fois !!

Au souvenir de ce moment, Tony sourit et arriva à lui dire :

- Non !!! Bien sûr que non. Tu es parfaite.

- Parce que j'ai mis trop longtemps à me coiffer..., Kate réalisa alors les mots prononcés par Tony... Je suis quoi ?

- Tu vas encore me sortir ta note de pressing, donc on y va ! dit Tony, en lui présentant son bras.

Même si Tony avait refusé de répéter, Kate avait parfaitement entendu et ce compliment resonnait encore au creux de ses oreilles quand elle accepta le bras de son collègue.

Caitlin regardait sa main posée sur le bras d'Anthony quand il se retourna vers elle :

- Je voulais aussi te demander... si tu veux bien... demain, je dois aller quelque part et j'aimerais que tu m'accompagnes... C'est tout près d'ici et comme je dois y aller depuis longtemps, je me suis dit...

- Arrête-toi, tu vas manquer d'oxygène. C'est d'accord, Tony, nous irons.

- Si on part vers 11h00, on sera rentré pour le déjeuner de 13h30, ça te va ?

Kate hocha la tête, Tony ouvrit la porte et ils sortirent de la chambre.

Quand ils arrivèrent en bas, le dîner n'avait pas encore été servi. Comme Kate mourait de faim, elle attrapa un petit four sur le premier plateau qui croisa sa route. Elle était nerveuse face à tous ces gens qui les observaient, mais elle avait vraiment très faim. Tony se dirigea vers un homme, en costume sombre, qui leur tournait le dos. Arrivé à sa hauteur, Tony prononça :

- Père ?

L'homme se retourna et Caitlin fut surprise par leur ressemblance. Pourtant, elle n'eut pas à entendre un mot sortir de la bouche du père de Tony, pour avoir la certitude, qu'ils étaient l'opposé l'un de l'autre. Ils étaient comme l'ombre et la lumière.

- Anthony ? Tu es donc venu !

- Oui, je te présente Caitlin Todd, une collègue et amie.

- Kate, je te présente mon père, James DiNozzo.

- Tu aurais pu arriver plus tôt.

- Je m'excuse, j'ai quitté le travail dès que possible.

- Bien sûr !

Le ton était clair. Pour le père de Tony, il n'y avait rien de compréhensible dans cette phrase. Il ne voulait rien entendre. Et repris par de bons vieux réflexes, Tony continua, comme s'il n'avait pas entendu le ton utilisé par son père :

- Comment vous portez-vous ? Bien, j'espère.

- Tout à fait. Les affaires du cabinet se portent à merveille mais ça ne doit pas t'intéresser.

- Pas du tout, je suis content pour vous et vos collaborateurs.

- Mes collaborateurs ? Toujours le mot pour rire.

- Je ne vois pas ce que j'ai dit de drôle ?

- Ne commence pas, Anthony.

Comme Kate tenait toujours le bras de Tony, elle put le sentir se contracter. Kate ne l'avait jamais vu aussi à fleur de peau. Elle ne s'était jamais voilée la face, elle se doutait que son éternel sourire était un masque, comme certains avaient celui du sérieux perpétuel, et elle ne parlait pas uniquement de Gibbs, mais aussi d'elle-même. Ces masques servaient avant tout à se protéger. Seulement, il arrivait que cette protection volât en éclat, parfois par sa propre volonté mais le plus souvent, on était poussé à le faire. Chacun se protégeait comme il pouvait, le tout était de ne pas rester muré à l'intérieur de soi et perdre tout ce que la vie avait de meilleur. Elle avait déjà vu le masque de Tony se craqueler à la mort de Pacci ainsi que lorsque Ducky avait disparu. Il ne tenait plus en place, si bien que Gibbs avait dû le retenir, pour ne pas qu'il fonce dans la maison des Hanlan. Mais ici, c'était différent. Lui était différent et peut-être même elle aussi. Caitlin savait, depuis longtemps maintenant, qui parvenait à lui faire ôter son masque : Tony.

- Tony ?

Ce dernier tourna la tête vers Kate. Pendant un instant, elle croisa un regard empli de colère, tout en y percevant, aussi, une blessure. La blessure qu'il refusait d'affronter mais qui était pourtant là. Kate savait que les relations père-fils n'étaient jamais faciles et elle avait souvent imaginé, que les récits entendus étaient exagérés. Seulement, dans le cas de Tony, et par les silences qu'il avait toujours préférés laisser planer quand on abordait la famille, Kate se rendait compte, que ce qu'elle finirait par apprendre, était loin de ce qu'elle pouvait imaginer. Elle avait, bien sûr, compris depuis longtemps ce que Gibbs pouvait représenter pour Tony. Il n'était pas seulement un patron, un Boss. D'une part, il y avait ces moments où Tony essayait, à tout prix, de lui plaire par son travail. Et d'autre part, il y avait ces moments où il était clair qu'il testait les limites de Gibbs pour savoir combien il l'appréciait. Tout comme un fils le ferait avec son père. Kate avait également cette certitude que cet homme n'avait jamais rien fait pour Tony et que Gibbs était bien plus un père pour Anthony que cet homme ne l'avait jamais été et ne le serait jamais.

- Offre-moi un verre, tu veux ?

- D'accord, tu as raison. Le fou du roi offre un verre à la reine.

Et ils s'éloignèrent.

- Merci.

- De rien, j'ai évité que de la fumée ne te sorte des oreilles, expliqua Kate, en lui faisant un clin d'oeil.

- Oui, tu as raison, dit Tony, en lui souriant, il faut que je me calme, la soirée ne fait que commencer.

- Le week-end, Tony.

- Merci de me le rappeler, répondit-il, en perdant son sourire.

- Désolée, fit Kate, croyant avoir commis un impair.

- Je plaisante.

S'étant laissée à nouveau prendre par le jeu de Tony, elle le poussa légèrement avant de dire :

- Bon, ce verre. On y va.

Kate et Tony avaient à peine leur verre que le dîner fut annoncé et ils se dirigèrent vers la salle à manger. Kate put alors se faire une idée du nombre de gens invités pour la réunion en comptant le nombre de tables préparées. Donc, il y avait 8 tables avec 6 couverts installés.

- C'est toute ta famille ! Chez moi, si une telle réunion avait lieu, il nous faudrait au moins le double, en ne comptant que la famille proche.

Tony aurait voulu voir Kate, au milieu de sa famille car ainsi, il aurait pu la voir sourire sans faux semblants, sans contraintes. Un vrai bonheur. Alors que lui ... Il préféra ne pas aller plus loin et enchaîna :

- C'est normal, c'est la famille de mon père.

- Ca veut dire quoi ?

- Mon Père a une définition assez particulière du mot 'Famille'. En fait, la moitié sont des DiNozzo, la meilleure moitié, bien sûr. Comprend par-là, ceux du même statut social et pour le reste, se sont des associés en affaire et de bons clients, dit-il, sans pouvoir cacher son amertume.

- Et le côté de ta Mère ?

- Personne. Maman était fille unique et ceux, qui restent, sont trop éloignés de nous que se soit géographiquement ou socialement. On les fréquentait déjà très peu quand elle était en vie.

Kate réalisa combien elle s'était voilée la face quand elle imaginait la vie de famille de Tony. Elle s'imaginait les éclats de son rire, dans une maison remplie des derniers cadeaux à la mode et des amis là, pour le voir les déballer. Elle le voyait heureux ... Quelque part, elle y croyait encore mais elle ressentait que ce n'était pas aussi simple. Elle avait eu tort de croire qu'Anthony DiNozzo était lisse. En fait, si on y regardait de plus près, on voyait une série de cicatrices...

- Où sommes-nous installés ?

- Oh, mon père a dû me choisir une place de choix. On ne va pas s'ennuyer, crois-moi. Ca doit être celle-là, dit-il en désignant, une table sur la droite.

- Comment sais-tu ?

- Pas trop loin de mon père, pour qu'il puisse jouir du spectacle et toujours avec Jonas et Margo. Des spécimens hors catégorie DiNozzo mais qui les valent bien.

- Tu veux dire qu'ils ne sont pas de ta famille ?

- Si, mais uniquement par alliance et elle arrange très bien mon père. Jonas est le beau-frère de la soeur de mon père. Tu as compris ?

- La soeur de ton père s'est mariée et Jonas est le frère de son mari. C'est ça ?

- Oui. Seulement, c'est pour une autre raison qu'il garde contact avec elle car elle ne correspond pas à une DiNozzo pure et dure. En fait, les deux frères sont propriétaires d'une boîte d'électronique qui grimpe.

- Et les deux autres ?

- Là, c'est la surprise. Je fais confiance à mon père et j'ajouterai même qu'il y aura au moins un avocat. Allons-y ! annonça Tony, caricaturant le ton enjoué d'un enfant, qui s'apprêtait à monter sur le grand huit.

Et DiNozzo avait raison. Kate n'arrivait pas à y croire, c'était sûrement une illusion, on lui faisait une blague. Dès le départ, cet oncle avait monopolisé la conversation, faisant se succéder des idées plus révoltantes les unes que les autres. Et pourtant, les deux autres convives de la table semblaient tout à fait d'accord avec lui. Puis, au fur et à mesure, Kate comprit qui étaient ces deux personnes et pourquoi elles étaient à leur table.

Carter Hannover avait été accusé de détournement de fond dans le cadre des associations caritatives qu'il était censé gérer !! Et bien sûr, il avait bénéficié d'un non-lieu, offert par l'avocat du cabinet, assis à côté de lui. Probablement là, pour empêcher son client de dire des choses compromettantes et donc parfaire l'expression "Je ne parlerai qu'en présence de mon avocat."

Le choix était impeccable car narguer était le but. Une manière de faire comprendre que tous les efforts d'enquête et de justice étaient vains face au fric et aux avocats. Kate comprenait mieux pourquoi Tony détestait les avocats. Il ne l'avait jamais dit de vive voix mais c'était palpable. Les seuls qu'il supportait, étaient les avocats du JAG et encore, après avoir pu les observer au tribunal. Tony avait sûrement développé un sixième sens pour départager les bons avocats des arrivistes.

Kate avait de plus en plus de mal à se contenir. Elle faisait un effort immense pour ne pas asséner à ces gens suffisants et ignorants tout ce qu'elle pensait. Mais ce qui l'étonnait le plus était le silence de Tony. Il ne cillait à rien. Il restait silencieux et les ignorait royalement. Pour ces gens engoncés dans leur monde, Caitlin se doutait que leur faire des remarques ne servirait à rien mais ça lui aurait fait un bien fou. A chacun de leurs propos, Kate avait sa jambe qui partait toute seule, une technique de test de réflexe plus efficace que le coup de maillet du docteur. Heureusement que la table était suffisamment longue et qu'elle ne touchait personne. C'était un exutoire comme un autre. Kate aurait pu continuer à se taire et avait tenu bon jusqu'à ce qu'ils s'en prennent à Tony. C'était comme s'ils avaient décidé de changer de tactique, se rendant compte que leurs sujets de conversation ne déclenchaient rien.

- Alors, Anthony, toujours au NICS, commença Margo, tout sourire.

- Hum ! marmonna Tony, comme sorti d'une rêverie.

- NCIS !

- Merci, Kate, tu fais bien de rectifier. Et oui, j'y travaille toujours.

- Ils n'en ont pas encore marre de toi. Après Péoria, Philadelphie et Baltimore. Un record pour toi, non ? continua Jonas.

- Quelle mémoire ! Je suis content de voir combien vous vous intéressez à moi.

- J'ai eu un client mis en difficulté par une enquête du NCIS. Dans quelle antenne êtes-vous ?

- Washington.

- Oh, la capitale. Le bureau central.

- Oui, seulement Anthony n'est qu'un pion dans un jeu bien trop compliqué pour lui, dit une voix derrière eux. Le volume était, bien sûr, étudié pour que les tables alentour n'en perdent aucun mot.

Même s'il fut imperceptible pour les autres, Kate vit clairement les mâchoires de Tony se contracter avant que son visage ne reprenne un parfait sourire.

- Père arrive toujours au meilleur moment de la conversation. Le dîner était succulent, bravo au chef, n'est-ce pas ?

- Anthony se croit indispensable, alors qu'il sait, au fond de lui, qu'un jour ou l'autre son patron ...

- Ca suffit !

Toutes les têtes se tournèrent vers Kate, qui continua sur sa lancée :

- Anthony est un excellent agent. Et contrairement à ce que vous pensez, il est indispensable. Non seulement pour les enquêtes mais aussi parce qu'il nous permet de décompresser, de ne pas nous laisser submerger par la noirceur des affaires. Quelle que soit la façon, il arrive toujours à nous faire sourire et rire. Même si nous ... je ne voulais pas l'admettre.

- Quelle défense magistrale ! Vous auriez fait une bonne avocate, commenta James.

- J'ai choisi ce que je suis et Anthony aussi et maintenant ...

- Je t'invite à danser. Ce surplus d'énergie doit être mieux utilisé.

Tony s'était levé et tendait sa main à Kate.

- Caitlin, s'il te plaît !

Un regard échangé et Kate sut que c'était la meilleure solution, elle prit la main de son collègue, et ensemble, ils se dirigèrent vers la piste de danse.

- Je ne voudrais pas que de la fumée te sorte des oreilles, lui murmura Tony.

Tout en les regardant s'éloigner :

- Jeune femme incroyable, annonça l'avocat.

- Ils ne sont que collègues ? demanda Margo.

- Forcément ! Que pourrait lui apporter Anthony à part des ennuis ?!!

- James ! prononça Jonas, profitant de cette occasion pour faire croire à sa bonté d'âme.

Bien sûr, Jonas savait parfaitement que ça n'aurait aucun effet et ne fut guère surpris lorsque James conclut en disant :

- Il détruit tout, c'est en lui.

A suivre...

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