Mon premier matin où je me réveille dans cette chambre. Je m'étire longuement. J'ai bien dormi mais j'avais un peu froid. Je me suis réveillé plusieurs fois, cherchant le corps de Harm à côté de moi, mais il n'y avait personne. La nuit avant mon départ il avait accepté de dormir avec moi une nouvelle fois, en tout bien tout honneur avons-nous conclu. Mais j'ai quand même repris l'habitude de sentir son corps chaud pressé contre le mien et cette nuit là, il m'a manqué. Terriblement manqué. Je sais qu'il me manquera encore, mais je dois me débrouiller seule et ne pas devoir compter sur quelqu'un surtout sur un homme. Surtout sur Harm. Je le connais bien et je sais que son intérêt s'estompe toujours. Il en a toujours été ainsi entre nous, à chaque fois que j'ai abaissé ma garde et que je lui ai ouvert mon cœur, à chaque fois que j'étais en position de répondre à ses avances, nous avons tout gâché, lui comme moi. Cette fois-ci c'est terminé, je vais vivre sans lui. Enfin du moins, je vais essayer. Une chose bien plus facile à dire qu'à faire, mais après tout, je dois le faire. Je suis un Marine, je suis capable de me battre et je dois me reconstruire, remettre en ordre ma vie. Et je commence aujourd'hui. Ce matin je revois le docteur Lyn pour qu'elle m'explique le fonctionnement de l'établissement ainsi que mon programme de rééducation. Mon premier rendez-vous est a dix heures quinze minutes dans une salle de rééducation, j'ai encore un peu de temps. Je me lève calmement et je regarde l'espace qui m'entoure. Je soupire de soulagement, j'ai fais le bon choix, j'en suis convaincue.
Je regarde au-dehors. Il ne neige plus, le soleil brille dans le ciel bleu azur et seuls quelques nuages blanc se promènent à l'horizon.
Je pense encore à lui. J'aimerai tellement arrêter d'y penser, si seulement c'était si simple. Je pense à lui, encore et encore, sans arrêt, chacun de mes souvenirs me ramène à cet homme. J'ai l'impression de ne pas avoir vécu avant lui. J'essaie de penser à autre chose, j'essaie de me focaliser sur mon avenir et non sur mon passé.
Le téléphone de ma chambre sonne. Je sursaute. Je décroche, toujours assise dans mon lit.
-Sarah Mackenzie?
-Bonjour Mademoiselle Mackenzie.
Mon cœur fait un bon dans ma poitrine, ma gorge est sèche, mes mains sont moites. Cette voix, ce doux murmure que j'aime tant. Comment penser à, autre chose qu'à lui s'il s'adresse à moi de cette manière?
-Mac?
-Oui, excusez-moi…que me vaut cet appel Capitaine?
-Je voulais voir comment ça allait et…je voulais vous dire merci.
-Merci? Pour quoi? Pour ne plus avoir à me supporter? Dis-je en riant.
-Arrêtez ça Sarah, vous savez très bien que c'est faux…je voulais vous remercier pour notre petite réunion de travail d'avant-hier.
-Vous vous en êtes sorti?
-J'ai écrasé Sturgis, dit-il en riant.
Je ris également, décidément, il ne changera jamais et son égo de pilote sera toujours une grande part de sa personnalité.
-Eh, bien, vous m'en voyez ravi.
-C'est grâce à vous Mac.
-Un service en vaut bien un autre, nous sommes quittes, enfin…je vous dois encore quelques petits service, en réalité je vous dois bien plus que vous ne croyez.
-Non, nous sommes quittes. Laissez tomber le reste.
Je souris. Il est vraiment adorable avec moi. Mais pourquoi? Je donnerai tellement pour que cette situation soit différente.
-Vous êtes au bureau?
-Oui.
-Mmmm je ne savais pas que vous passiez des appels personnels au travail.
Harm rit.
-Alors, c'est qu'il y a quelque chose de personnel entre nous, je suis content de vous l'entendre dire.
-Euh…en réalité, je n'ai pas vraiment dit ça.
-Ooh et qu'avez vous dit au juste?
-Je…
Je ne sais pas quoi lui répondre. Je lève les yeux au ciel, je m'enfonce toujours un peu plus et Harm semble en être ravi.
-Je vais vous laissez Mac, je dois travailler.
-C'est pour ça que vous êtes payé il me semble.
-Ouais, soupire t-il à l'autre bout du fil.
-Courage Harm, dites vous que c'est bientôt le week-end.
-Oui, et je pourrais venir vous rendre visite, enfin…si…si vous le voulez bien sûr.
-Haaarm, bien sûr que je veux que vous veniez, et je compte bien à ce que vous passiez de temps en temps, il me semble que je vous l'ai déjà dit, non?
-Oui, mais avec vous on ne sait jamais, vous changez souvent d'avis.
-Pour certaines choses non.
Il ne répond pas et je sens qu'il va falloir qu'il raccroche pour que nous ne soyons pas mal à l'aise tous les deux. Je me demande encore comment nous pouvons être mal à l'aise l'un en face de l'autre, même au téléphone.
-Bon eh bien…bonne journée Harm, travaillez bien.
-Merci, vous aussi, faites attention pour votre première séance.
-Je ferais attention, je vous le promets.
-Est-ce que…je pourrais vous rappeler ce soir, ou demain?
-Oui, pourquoi pas…
-Très bien, dans ce cas, à ce soir Sarah.
-A ce soir.
-Au revoir.
-Au revoir Harm.
Il raccroche et je souris largement. Ca m'a fait plaisir de l'avoir à l'autre bout du fil. Je ne devrais pas. Je vais encore me faire du mal, il va encore me faire souffrir je le sais. Et ça doit s'arrêter. Ce soir quand je l'ai au téléphone, je lui dirais de ne plus m'appeler, d'arrêter de me faire cet effet. Je lui dirais que ce que je ressens pour lui ne me permets pas de continuer cette petite danse. Il devrait le savoir depuis la nuit du réveillon. Et même bien avant, surtout depuis le soir de mes fiançailles avec Mic, je pensais bien que cette fois là, il allait se battre pour moi. Et puis, je pensais qu'après un tel baiser, il comprendrait et il changerait d'attitude. Mais oui, j'oubliais, je parle de Harm là. Il a toujours un don inouï pour faire comme si rien ne c'était passé. Une chose que je déteste chez lui. Un jour peut être je lui demanderais pourquoi il fait toujours ça. Pourquoi il se détache des choses comme il le fait. Pourquoi il ne semble pas attacher d'importance à tout ce qui s'est passé entre nous, ou ce qui aurait pu se passer.
Je soupire bruyamment. Le nombre de fois ou j'ai pensé à tout ça est incalculable. Je ne trouverais jamais mes réponses de toute manière, à quoi tout ceci peut il conduire?
Je vais m'habiller et me préparer pour mon rendez-vous, sans cela, je risque d'être en retard.
J'essaie de m'asseoir dans mon fauteuil. J'y arrive. Tant bien que mal, mais j'y arrive. Je rejoins la salle de bains et me prépare. La seule chose que j'ai encore du mal à faire c'est mettre mon pantalon. Dans un cas pareil on fait quoi?
-Colonel Mackenzie?
-Euh…je suis dans la salle de bain, je …je m'habille.
-Avez-vous besoin d'aide?
-Eh bien, oui, je crois mais…qui êtes-vous?
-Je suis un soignant, Matt Spender, c'est moi qui vais m'occuper de vous…je peux entrer?
-Qui me dis que vous dites la vérité?
-Euh…personne.
Je ri. J'imagine bien l'homme embarrassé dans la pièce à coté.
-Très bien, entrez.
Il ne se passe pas une minute avant qu'il n'entre. Je l'imaginais bien derrière la porte, mais j'imaginais très mal finalement. Woaw, il est séduisant, même plus que séduisant. Et cet homme va s'occuper de moi? J'en ai de la chance, il ressemble un peu à Harm en y regardant à deux fois.
Je lui souris et il en fait de même. Il me regarde et se penche vers moi.
-Vous voulez que je vous aide pour vous mettre ce pantalon?
-J'aimerai bien , en effet.
Il me sourit et s'approche un peu plus de moi. Il me prend dans ses bras, comme Harm le faisait. Il me ferme le pantalon et me remets dans mon fauteuil.
-On vous attend Colonel, vous êtes prête?
-Oui, ça ira et c'est Sarah, pas Colonel, je…je ne suis plus dans l'armée.
-Très bien, Sarah, allons-y.
Nous quittons ma chambre et rejoignons le bâtiment juxtaposé. Le centre de rééducation de Bethesda. Nous parlons très peu. Je suis un peu tendue. Dix minutes. Il se passe dix petites minutes avant que je n'entre dans la salle.
Je sors de ma séance de rééducation. Je suis épuisée. Ca a été dur aujourd'hui, j'ai cru ne jamais pouvoir arriver au bout. Le docteur Lyn m'a pourtant dit que je faisais des progrès, mais je ne le vois pas. Je ne le sens pas. Ce sera long, je le sais, je ne dois pas perdre espoir et continuer. J'arrive à sentir mes jambes par moments mais elles n'obéissent pas encore à mon cerveau, ça viendra. C'est difficile, je l'avoue, par moments j'ai envie de tout envoyer balader. C'est pour cette raison que je suis allée voir le docteur McCool hier après midi. Pour parler de moi, de ce qu'il m'arrive, de ce que je vis en ce moment et depuis cette avant-veille de Noel.
Cela fait plus de deux semaines que je suis ici, presque trois, je m'y sens bien. Je reçois des coups de fils de mes amis, de Harm. Je pense à lui très souvent, dès que j'ai un peu de répit. J'ai beaucoup parlé de lui à McCool, elle le connait bien à présent. Il fait partie de ma vie, je ne peux pas le nier. Je sais que sans lui, je ne pourrai pas suivre cette rééducation.
Il ne passe pas me voir, je lui demande de ne pas le faire trop souvent, mais il m'appelle, souvent. Tous les jours. Je passe de bons moments avec lui au téléphone. Il est mon soutien. Et même si je fais tout pour m'éloigner de lui quelques temps, je sais que sans lui je ne pourrai pas faire grand-chose. Il me rattrape toujours, mes souvenirs me rattrapent, inlassablement, encore et encore.
Alors je vis avec. Je me dis qu'il est l'homme que j'aime mais qu'entre nous, il n'y aura rien d'autre que ce qu'il existe depuis des années. Je me dis que j'ai envie de construire une vie de couple avec un homme, que ce soit lui ou non, mais que, quoiqu'il arrive, c'est lui que j'aimerais le reste de ma vie, même si je dois vivre avec un autre qui saura me faire vivre des moments de joies. Harm est et il restera mon ange gardien, mon âme sœur. Je le sais, je le sens lorsqu'il est près de moi, lorsque je croise son regard. Nous avons partagé tellement de choses tous les deux, nous nous sommes sortis de tellement de dangers que je sais que nos destins sont liés, par le passé en tout cas. Pour le futur, nous verrons bien…
Je ne veux pas me projeter dans l'avenir. L'avenir est incertain et je suis bien placé pour le savoir. Tout peut basculer, si vite, tellement. Je vois la vie un peu différemment depuis mon accident et j'ai envie d'en profiter un maximum, du mieux que je le peux en tout cas. Mon état actuel ne me permet pas de faire tout ce que je pouvais faire avant mais je compte bien profiter de ce que le destin m'offre à présent. Je veux profiter de chaque occasion. De chaque jours où je vois le soleil se lever, de chaque nuit où je le vois disparaitre à l'horizon.
Des personnes sont là pour m'aider et me soutenir. Je m'entends très bien avec le soignant qui s'occupe de moi. Nous parlons, nous rions, comme je le faisais avec Harm. Nous sommes complices, amis. Ce n'est pas aussi fort que ce qu'il y a entre Harm et moi mais il y a quelque chose, je le sens. Et, j'ose l'avouer, je ne suis pas indifférente à son charme. Son sourire, ses yeux, sa tendresse. Matt est un homme merveilleux, tout comme Harm. Je ne peux m'empêcher de les comparer, ils se ressemblent tant, mais se trouvent être tellement différents à la fois.
J'ai rejoins ma chambre. Je vais prendre une douche et ensuite, j'ai rendez-vous avec Matt pour le déjeuner. Il m'a invité un nombre incalculable de fois. J'ai toujours refusé et puis lorsqu'il me la proposé la veille, cette fois j'ai accepté. Pourquoi? Je ne le sais pas. Je n'arrive pas à chasser Harm de ma tête, mais il faut que je pense à autre chose et Matt m'aide. Lorsque je suis avec lui, Harm est dans un coin de ma tête, même si par moments j'ai l'impression d'être face à lui.
Je soupire bruyamment et regagne la salle d'eau. Je me déshabille et me regarde un instant en sous vêtements dans ma glace. Après , tout je ne suis pas si mal, je peux encore plaire, même dans ce fauteuil. Je vais laisser Matt me séduire. Je l'aime bien. Je fais peut être une erreur mais je n'ai pas de meilleure idée pour mettre de côté ce que je ressens pour Harm. J'ai déjà fait ça il y a des années, avec Mic. Je m'en suis terriblement voulu de lui avoir fait du mal et je ne veux pas refaire la même erreur, mais je crois que c'est différent à présent. En réalité, je ne sais pas, je vais essayer de ne plus réfléchir à tout ça et de laisser faire les choses, comme elles viennent, voilà tout.
Je retire mes sous vêtements et me glisse sous l'eau. J'y reste de longues minutes. Puis, je ressors et je m'habille. Je me maquille très légèrement et je quitte ma chambre. Je rejoins la cafétéria. Je souris. Matt est là, il a préparé une table sur laquelle il a mis des fleurs, une nappe. Il se tient tout à côté et me regarde en souriant. J'avance vers lui.
-Matt, qu'est-ce que vous faites?
-Je vous ai invité à déjeuner et comme il fait un peu trop frais dans la neige pour un pique-nique, j'ai tout préparé ici.
-Merci, c'est très gentil.
Il ne répond pas et fait le tour de la table. J'approche mon fauteuil et il prend place. Nous mangeons tranquillement. Nous parlons un peu, nous rions beaucoup. Le repas terminé, je regagne ma chambre. Dans quelques minutes j'ai un massage pour mes jambes. Matt prend sa garde, je suis son premier patient.
Lorsqu'il entre dans ma chambre je suis couché sur mon lit, simplement vêtue d'un short noir et d'un top blanc. Il prends ce dont il a besoin et s'approche de moi en se frottant les mains. Le massage commence, en silence. Je ferme les yeux. Je savoure ses mains sur moi. Je les sens, ce qui est un grand progrès selon les médecins. Bien sûr, ce ne sont encore que de délicats effleurements, il est encore trop tôt pour que je sente pleinement ce qu'il fait. J'ai l'impression d'être touchée par des ailes de papillon, rien de plus.
Il prend une de mes jambes et la soulève délicatement. Il masse mes pieds, mes jambes, jusque sur mes cuisses. J'ouvre les yeux et lui sourit.
-Je le sens, dis-je dans un murmure. Matt, je commence à sentir ce que vous faites.
-C'est une bonne chose, me répond Matt à quelques centimètres de ma bouche, c'est la preuve que vous pourrez à nouveau marcher.
-Oui, mais la route sera encore longue jusqu'à que je retrouve mon autonomie d'avant.
-Vous ne vous plaisez pas ici, avec moi? Me murmure t-il en souriant.
-Si…
Nous nous sourions et je plonge mon regard dans le sien. Il s'approche encore un peu de moi. Nos lèvres s'effleurent à peine lorsque j'entends un bruit dans la pièce. Nous nous séparons rapidement. Harm. Harm est là. Il ne me quitte pas des yeux. J'avais oublié que nous devions nous voir aujourd'hui. Il me regarde en silence, un bouquet de roses à la main. Je me sens mal, si mal. Matt s'éloigne et s'approche de lui.
-Je peux vous aider, monsieur?
-Je…je suis…je repasserai.
-NON! Restez Harm, je…ne pensais plus que nous devions nous voir, j'avais une séance de massage pour mes jambes, mais elle est terminée, n'est-ce pas? Dis-je en regardant Matt.
-Oui, dit-il avec un air déçu, c'est terminé, je repasserai vous voir plus tard, Sarah.
-D'accord, merci.
Il reprend ses affaires et quitte la pièce. Harm n'a toujours pas bougé et ne cesse de me regarder. Je passe le drap sur mes jambes et me redresse dans mon lit. Je fais signe à Harm d'approcher mais il ne bouge pas.
-Ca me fait plaisir de vous voir, dis-je en souriant pour détendre l'atmosphère.
-Vous semblez allez mieux, me répond Harm en approchant.
-Oui, ça va…vous m'avez acheté des roses?
-Oui, je pensais qu'elles vous feraient plaisir et j'ai un dessin de la part de AJ pour vous.
Il sort de sa poche le papier et me le tend. Je souris. AJ est un amour. Il a dessiné trois personnes. Harm, reconnaissable à ces ailes sur sa poitrine, moi, reconnaissable parce qu'il m'a représenté dans un fauteuil avec des immenses roues et lui-même, donnant la main à l'un et à l'autre.
-Il est magnifique, j'ai hâte de sortir d'ici pour aller au zoo avec lui de nouveau, apparemment lui aussi c'est-ce qu'il veut.
-Je n'en doute pas, mais, sachez qu'il m'a bien dit que ce n'était pas lui sur ce dessin, entre nous.
-Vraiment?
Je suis étonnée et regarde une fois de plus le dessin du petit garçon.
-C'est vous et moi avec…l'enfant qu'il souhaiterait que nous ayons ensembles, me dit Harm dans un murmure.
Mon cœur fait un bon dans ma poitrine. Mais qu'ais je fais comme bêtise une fois de plus? Croire que je pouvais avoir une histoire d'amour avec un autre homme que Harm, c'est idiot.
-Sarah.
Il s'était assis sur le lit et me prit tendrement la main. Je lève les yeux vers lui.
-Je suis désolé, j'ai hésité à vous donner ce dessin, je savais ce qu'il voudrait dire pour vous.
-Non, vous avez bien fait, c'est moi qui suit désolée Harm.
-Pourquoi?
-Pour ne pas pouvoir vous offrir ce que AJ a fait sur ce dessin.
-Vous n'y êtes pour rien.
-Je le sais, mais je tiens quand même à m'excuser, je sais que vous rêvez d'être père et je vous souhaite de trouver une femme qui vous donnera de beaux enfants.
Il ne répond pas et regarde au dehors. Je resserre mes doigts sur sa main.
-Je suis sûre que ça arrivera, ne perdez pas espoir.
-Non, non ça n'arrivera pas, parce que…je ne veux pas d'enfants.
Je le regarde avec étonnement. Harm ne veut pas d'enfants? Il me ment, je le sais, je le connais trop bien, je sais que c'est faux. Je ne réponds rien. Peut être a-t-il dit ceci pour que je ne me sente pas coupable. Je ne vais pas lui dire que j'ai compris, je sais qu'il souffre plus que tout de n'avoir ni femme, ni enfants.
Nous changeons de sujet. Un sujet qui nous fait beaucoup trop souffrir tous les deux. Nous parlons du JAG, de nos amis. Un nouvel avocat à intégré l'équipe à ma place. Un jeune homme, le Lieutenant Vukovic. Harm ne l'aime pas beaucoup, je l'ai su dès le début. Peut être est-ce parce que ce n'est pas une femme qui m'a remplacé, peut être justement est-ce parce qu'il m'a remplacé moi, que Harm n'accepte pas, ou peut être est-ce parce que le Général a su me remplacer à une vitesse incroyable. Je savais que si un jour, l'un de nous, viendrait à quitter le JAG un temps, le Général Creswell ne serait pas de la même largesse d'esprit que l'Amiral Chegwidden…
Nous parlons encore de longues minutes. Puis, vient le temps pour Harm de partir. Je lui dis de faire attention sur la route et de m'appeler lorsqu'il arrivera chez lui. Il me promet qu'il le fera.
Nous nous sourions, nous nous étreignions encore de longues minutes. Lorsque je me trouve dans ses bras, je me dis que j'ai été bien idiote, en effet ,de croire que je pouvais l'oublier avec un autre homme. Matt est adorable, mais il n'est pas fait pour moi, Harm l'est. Et même s'il ne doit jamais avoir rien de plus entre nous que de tendres sourires et de douces étreintes, eh bien, qu'il en soit ainsi. Je ne veux plus me battre contre ça, je ne veux plus pleurer pour ça, je veux savourer chacun de ces moments passé auprès de lui. Je ne veux pas d'autre homme dans ma vie, quitte à ce que je finisse ma vie seule, mais je ne veux personne d'autre que Harm. Lui et lui seul.
Trois mois. Voilà trois mois que je suis ici. L'hiver s'est terminé, le printemps est arrivé et avec lui les beaux jours. Nous sommes en avril. Déjà. Sortir de la grisaille de l'hiver, du froid glacial du vent qui nous agresse le visage à chaque fois que l'on quitte le bâtiment, tout ceci influence mon humeur. Sans compter le fait que j'ai fait d'énormes progrès. Je me sens bien, légère, sereine, confiante, je respire enfin. Je n'ai plus peur de me trouver seule, je sais que je peux vivre ainsi à présent…
Je suis une fois de plus dans la salle claire que je fréquente régulièrement depuis janvier. Le docteur Lyn est là, deux soigneurs se trouvent non loin de moi, prêts à intervenir, et il y a d'autre patients plus loin.
Elle me regarde et j'acquiesce.
-Allons-y, Colonel, encore une fois, ensuite je vous lâcherai enfin, me dit-elle en souriant.
-Merci, je meurs de faim.
-Alors, marchez jusqu'à moi cette fois-ci sans vous tenir et vous aurez mérité de déjeuner.
-J'aurai le droit à un hamburger? Ca doit faire une éternité que je n'en ai plus avalé.
-Si vous trouvez une personne qui vous l'amène ici, je ne vois aucun inconvénient.
Je lui souris mais je ne réponds pas. Personne ne viendrait m'en amener. Harm , peut être en serait capable mais il n'est plus passé depuis plus de deux semaines et il m'a appelé en voilà une pour me dire qu'il partait sur le Seahawk. Il devait faire ses quotas de vol. Je n'ai pas beaucoup aimé entendre ça. J'ai toujours peur qu'il lui arrive quelque chose. Mais je n'ai rien dit. Voler, c'est tout pour lui, je ne voudrai pas qu'il arrête. Pas pour une mauvaise raison. Pas pour moi.
Je respire profondément et tente de chasser Harm de mon esprit. Je dois réussir à marcher sans me tenir, sur la distance d'un mètre cinquante. Je peux le faire, j'en suis capable, j'y suis presque arrivé tout à l'heure.
Je me redresse et l'on m'aide à monter sur le tapis de marche, où deux barres le délimitent. Je suis debout. Je peux l'être depuis le mois de février. Je remercie les deux soldats qui m'ont prêté main forte et je respire profondément. Progressivement je relâche la tension que j'effectue sur mes bras. Je ferme les yeux un instant. Mes doigts se détachent de la barre en métal, je ne sens plus son contact froid. Ca y est, je suis debout, sans appui. J'ouvre les yeux. Le docteur Lyn est en face de moi, un peu plus loin. Elle me sourit pour m'inviter à avancer. Je le fais doucement. Un pas, puis un autre. Ils ne sont pas beaucoup espacés. J'ai mal, je respire difficilement. Tout ceci me demande un effort considérable. Mais je continue, je dois le faire, je dois me prouver à moi-même que j'en suis parfaitement capable. Mais après quelques temps, je sens que je vais craquer, je n'y arriverai pas. Je ne suis pas assez forte pour le faire toute seule.
Je ne suis qu'au milieu du tapis et je sens que mes jambes vont céder sous mon poids. Je vois une main se poser sur la rambarde en fer. Je suis la trajectoire du bras et m'arrête sur le sourire de la personne qui se trouve là.
-Allez-y Sarah, vous y arriverez, me murmure t-il, j'ai confiance en vous.
-Harm?
Je suis étonnée, déboussolée, je perds pieds. Harm me rattrape. Il a été rapide, il s'est tout de suite penché pour me rattraper. Il me tient par le bras, à quelques centimètres de moi, je peux sentir son eau de toilette. Je suis sur le sol. Il a amorti ma chute et continue de me sourire tendrement. Je ne quitte pas son regard. Il est là, prêt de moi et je crois que je n'arrive pas à y croire. Je lui souris.
-Vous n'êtes plus sur le Seahawk?
-Une longue histoire, me murmure Harm, je vous la raconterai mais avant, levez-vous et avancez jusqu'au Capitaine Lyn…et jusqu'à moi.
J'acquiesce. Je suis ravie de le voir là, avec moi. Il m'aide à me relever et je me tiens au barres. Il me demande si tout va bien. Je lui dis que oui et il s'éloigne. Il se positionne à coté de mon médecin après l'avoir salué. Elle lui dit qu'elle est ravie de le voir, qu'il pourra m'aider, et je suis de son avis. Je regarde Harm, je ne vois que lui. Alors, j'essaie une fois de plus. Je respire et retente l'expérience. J'avance très doucement, je retiens ma respiration par moment, mais pas un seul instant je ne quitte le regard bienveillant de l'homme que j'aime. Il me sourit, il ne cesse un seul instant de le faire. Il me transmet sa force par son regard. Il a un tel pouvoir que je m'en étonne encore aujourd'hui après tant d'années passée à ses cotés. J'ai mal, je sens que je ne tiendrais plus très longtemps. Mais cette fois-ci je sais que j'arriverai jusqu'à lui. Et c'est ce que je fais. Les derniers pas sont difficiles, le docteur Lyn m'encourage à ne pas craquer, je suis presque arrivé, me dit-elle et je devrais arriver au bout. Harm quant à lui, ne dit rien. Il se contente de me regarder en silence. Cependant, je sens quelque chose dans le regard qu'il m'accorde, je ne saurais dire quoi mais il y a quelque chose, une petite étincelle.
A mon dernier pas, il s'approche. Le docteur Lyn avertit, par un geste de la tête, que les soigneurs n'ont pas à s'occuper de moi. Harm le fait. Lorsque je vois qu'il se trouve qu'à quelques centimètres, je me laisse tomber. Dans ses bras, je sais pertinemment qu'il me rattraperait et c'est ce qu'il fait, un sourire aux lèvres.
-Bravo Sarah, murmure-t-il au creux de mon oreille.
-Merci, dis-je dans un soupire.
Je sens ses bras se refermer autour de moi. Je me trouve contre lui, une fois de plus, contre ce torse si fort et si puissant que je rêve de connaître dans les moindres détails depuis longtemps déjà.
Sans même que je ne m'en aperçoive, les soigneurs disparaissent chez d'autres patients et mon médecin s'apprête à quitter la pièce. Elle se tourne vers nous et nous sourit.
-Peut être aurez-vous le repas que vous souhaitez Colonel.
Je lui souris timidement et je sens les joues me rougir également. Je croise le regard de Harm, qui ne semble pas comprendre une fois de plus ce qu'elle voulait dire. Il me regarde un moment sans rien dire. Nous sommes simplement enlacés, tous les deux dans cette salle de sport. Après quelques temps où nous ne nous quittons pas du regard, Harm décide de prendre la parole.
-Que diriez-vous de fêter votre victoire?
-Une victoire? Harm c'est simplement…
Il me coupe la parole en portant un doigt à ma bouche. Je le regarde avec un air d'incompréhension et il poursuit en souriant sans enlever son doigt de mes lèvres.
-C'est une chose incroyable ce que vous venez de faire Mac, vous pouvez en être fière…En tout cas, moi je le suis.
Il me sourit et caresse tendrement mes lèvres. Je m'éloigne un peu pour tenter de comprendre ce qu'il est en train de faire et ce qu'il se passe.
-Harm, qu'est-ce qu'il vous arrive? Vous…vous allez bien?
Il baisse les yeux et s'éloigne un peu de moi sans briser notre étreinte. J'essaie de capter son regard et je n'y parviens pas tout de suite. Mais, une fois fait, il ne quitte plus le mien, nous ne brisons sous aucun prétexte ce lien si particulier qui nous unis dans des moments pareils.
-Il faut que je vous parle, bredouille Harm.
-Je vous écoute?
-Pas ici…vous avez faim? J'ai apporté des petites choses qui pourraient vous plaire.
-Mmmh et quoi?
-Ca doit faire un millénaire au moins, que vous n'avez plus avalé vos cochonneries.
-Vous n'avez pas fait ça tout de même? Dis-je avec étonnement.
-Si tel était le cas?
-Vous seriez…un ange.
Il ne me répond pas et me sourit.
-Il fait bon en ce moment dehors, ça vous dirait un pique-nique sur un banc dans le parc? Nous serions tranquilles pour parler.
-De quoi voulez vous me parler Harm.
-Sarah…
-Dites le moi…rien de grave j'espère?
-Vous ne bougerez pas d'ici avant que je vous donne un indice n'est-ce pas?
-Bien vu, Capitaine.
Il soupire bruyamment et reprend la parole.
-J'ai été sur le Seahawk pour mes quotas de vol, et j'ai pensé à tout un tas de choses. Je suis revenu hier après midi. L'Amiral m'attendait en bas de mon immeuble.
-L'amiral? Chegwidden?
Harm acquiesce et me donne plus de précisions.
-Il devait me parler d'une chose importante et…il m'a remonté les bretelles.
-Oh oui, j'imagine que ça doit lui manquer.
Nous rions tous les deux et je brise enfin ce contact visuel avec Harm.
-Très bien, je veux tout savoir…Alors, venez avec moi à ma chambre, je vais me changer et nous irons dans la parc pour en parler, ça vous va?
-Je ne demandais pas mieux.
Nous nous séparons. Harm va chercher le fauteuil et m'aide à m'y asseoir. Nous arrivons à ma chambre. Je lui demande de patienter dans celle-ci pendant que je passe d'autres vêtements dans la salle de bain. Une quantité de questions me viennent à l'esprit pendant que je me rhabille. Je ne comprends pas pourquoi Harm se trouve ici et pourquoi il ne m'a pas prévenu de son retour. Je ne comprends pas ce qu'il essaie de me dire. Je ne vois pas pourquoi l'Amiral Chegwidden voudrait lui tirer les oreilles et en quoi ceci aurait un rapport avec moi? Harm est et restera un mystère pour moi. Je crois que je ne pourrais jamais tout comprendre chez lui. Mais d'un côté c'est-ce qui me plait chez lui, en dehors d'une quantité incalculable d'autres choses, plus ou moins évidentes…
Je suis rhabillée, coiffée, maquillée. Je quitte la salle de bain pour trouver Harm dans ma chambre. Il est de dos et regarde avec intérêt, ce superbe sourire au coins des lèvres, les dessins des deux enfants Roberts. Je le regarde un moment, sans bouger. J'ai juste besoin de le regarder, au cas où je ne serai plus amené à le voir du jour au lendemain.
Il finit par se retourner.
-Je suis prête.
-Allons-y dans ce cas, dit-il en avançant vers moi.
-Harm, je ne vais pas y aller en fauteuil, à présent, je me déplace souvent avec ceci.
Je désigne d'un coup de tête le déambulateur qui se trouve un peu plus loin. Harm le regarde un instant et se tourne vers moi.
-Sarah, je trouve ça génial…mais vous n'êtes pas trop fatiguée par votre séance de tout à l'heure?
-Non, ça va.
Je lui souris et me lève en me tenant aux barres en fer qui jalonnent toute la chambre. Harm ne bouge pas et me regarde simplement, comme il l'a fait un peu plus tôt dans la journée. Lorsque j'arrive à sa hauteur je le regarde en souriant. Sans hésitation, il penche sur moi et dépose un baiser sur ma joue. Un doux et léger baiser qui me transporte bien plus haut que n'importe quelle paire de jambes puisse emmener une personne. Nous nous sourions une fois de plus et nous dirigeons vers les ascenseurs. Nous marchons doucement, très doucement, mais Harm ne s'en plaint pas. Il me dit d'aller dans le parc, il va récupérer notre déjeuner à la cafétéria. Harm a pensé à tout, comme toujours.
Je marche tranquillement. Il avait raison, il fait bon et doux aujourd'hui. Je savoure avec plénitude le vent qui caresse doucement la peau de mon visage. Harm est rentré. Je suis soulagé. Il est, à nouveau, à Washington et il y restera un bon bout de temps avant de repartir voler.
Harm arrive avant même que je ne rejoigne le banc en bois où j'aime m'asseoir. Il marche à côté de moi, en silence.
-Je suis désolée de ne pas aller plus vite, je ne suis pas encore habitué.
-Ne vous en faites pas, me réponds mon ancien coéquipier, faites à votre rythme, je ne suis pas pressé.
-Vous ne devez pas retourner au bureau?
-Non, j'ai quelques jours de congés que j'ai demandé au Général.
-Et il a accepté?
-Il n'a pas eu vraiment le choix; répond Harm dans un murmure à peine audible.
Je m'arrête et me tourne vers lui.
-Harm, qu'avez-vous fait?
-Rien, je vous assure, il m'a dit qu'il serait judicieux que je prenne mes derniers jours de permission avant cet été. Lorsque j'étais sur le Seahawk je me suis dis que je les prendrais en rentrant, voilà tout.
-Mm.
Ce n'était qu'un murmure , un grognement. Je me demande bien ce qu'il se travaille dans mon dos. Après tout le JAG ne me regarde plus, mais…je me pose des questions. Il a été une bonne partie de ma vie et je me demande tout de même ce qu'il devient en mon absence.
Nous n'échangeons plus un mot avant d'arriver au banc. Nous nous asseyons et Harm me tends mon déjeuner. Je le savoure. En effet, une éternité que je n'ai plus mangé de hamburger. Je n'ose même pas demander à Harm comment il a fait pour que je puisse en manger. Je ne veux pas savoir. Le geste me touche profondément et je n'ai pas besoin de plus. Ce que je veux à cet instant c'est profiter de ce moment et surtout savoir pourquoi Harm devait me parler.
Nous avons fini de manger. Nous avons parlé. De moi. Presque que de moi. Un peu de nos amis mais pas de ce qui amène Harm ici. Cette question me taraude, j'aimerai tellement la lui poser mais je n'ose pas. Je sais comment est Harm.
Nous restons silencieux de longues minutes chacun perdu dans ses pensées. C'est alors qu'il fait une chose qui me retourne le cœur.
Harm me prends tendrement les mains dans les siennes et ancre son regard dans le mien quelques temps. Il les baisse et regarde ses doigts caresser les miens. Il respire profondément, comme s'il allait se libérer d'un poids qui alourdi son cœur depuis longtemps.
-Sarah je…je suis venu parce que…je dois…vous dire une chose importante.
-Qui a-t-il Harm? S'il vous plait dites-moi, vous me faites vraiment peur.
-Non, non il ne faut pas…ce n'est rien de grave je vous l'ai dit, c'est…une chose importante mais…elle n'est pas grave ou tragique. Enfin…peut être qu'elle est tragique pour vous je…je ne sais pas…
-Harm!
Il se tait un moment et fixe toujours inlassablement nos mains liées. Je me demande vraiment ce qu'il se passe mais; je les ai entendus. Ces tous petits mots qu'ils veulent dire tellement de choses. Ces mots que j'ai toujours voulu qu'il me dise dans les pires épreuves que nous avons dû traverser ensembles. Seulement voilà, je ne suis pas sûre d'avoir bien compris. Ce n'était qu'un murmure après tout. Mon esprit m'a joué des tours plus d'une fois.
Je retire une de mes mains de celles de l'homme assit à côté de moi et je lève doucement son visage. Il est perdu, totalement déboussolé.
-Harm, vous…
-J'aurais dû vous le dire plus tôt, beaucoup plus tôt, je conçois parfaitement que c'est trop tard à présent surtout après ce qu'il s'est passé à nouvel-an…mais je devais vous le dire au moins une fois.
-Harm, redites-le moi, dites-moi que j'ai bien entendu…je vous en prie.
-Je crois que vous avez bien compris…je…je suis amoureux de vous Sarah…je vous aime.
Je ferme les yeux un instant, les larmes coulent sur mes joues. Ce n'est pas possible, je rêve, je ne peux que rêver, Harm ne dirait jamais ça.
Je sens le bout de ses doigts effleurer ma joue et sécher mes larmes. Alors, j'ouvre les yeux une fois de plus et me plonge dans cet océan de douceur et de tendresse. Je la vois. Cette petite étincelle au fond de ses yeux. Elle est là, bien là, pour moi.
-Harm…l'Amiral…qu'est-ce qu'il…
-Venir me dire que j'étais un crétin parce que j'avais une femme merveilleuse qui m'aimait et que j'étais beaucoup trop pudique pour lui avouer que moi aussi j'étais fou d'elle.
-Mais…mais le nouvel-an, j'ai bien compris que…
-Non, vous n'avez rien compris, j'étais mal à l'aise…Je ne voulais pas vous perdre…j'avais peur de ce qu'il se passait…que les choses évoluent entre nous, c'était beaucoup trop rapide pour moi.
-Rapide? Cela va bientôt faire neuf ans.
-Oui, je le sais et c'est pour cette raison que je ne veux plus perdre une seconde. Mais nous avons été amis tout ce temps là et…je ne veux pas perdre ma meilleure amie.
-Je ne peux pas rester votre meilleure amie Harm, c'est…
-Trop tard, impossible… n'est-ce pas? Je le comprends tout à fait je…
Je pose mon index sur sa bouche pour qu'il se taise. A présent qu'il a commencé à se confier je n'arrive même plus à l'arrêter, mais il doit savoir lui aussi.
-Je n'ai pas dit qu'il était trop tard ou impossible que notre relation évolue…peut être que…j'en ai envie.
-Vous pensez qu'on pourrait faire une erreur?
-Je ne sais pas, je…je ne m'attendais pas à ça.
-Mais vous avez dû réfléchir à cette possibilité.
-Un nombre incalculable de fois…tout comme vous j'imagine.
Nous restons silencieux un moment. J'essaie de tout remettre en ordre dans mon esprit. C'est vrai que je ne m'attendais absolument pas à cet aveu et j'en suis troublée. Mais ce qui me trouble davantage c'est la manière que Harm a de me regarder, de serrer tendrement mes mains. Il a toujours été ainsi, alors, était-il toujours amoureux?
-Sarah…je ne te promets pas que des jours radieux comme celui-là, je ne te promets pas aucune dispute ou désaccord, je ne te promets pas de faire le lit et la vaisselle tous les jours, je ne suis pas l'homme parfait…mais je te promets une chose…Je te promets de t'aimer chaque jour que Dieu fait, je te promets de veiller sur chacune de tes nuits, je te promets de te protéger du mal, du mieux que je le peux et si je rencontre le destin sur ma route, je lui demanderai de nous laisser notre chance parce que je tiens à toi, à nous…
-C'est beaucoup plus que juste une promesse.
-Oui, je sais, mais…je suis prêt à faire tout ça pour toi.
-Harm…j'ai essayé de m'éloigner de vous parce que je savais qu'il n'y aurait rien d'autre entre nous que ce qu'il y avait déjà. Ca me faisait souffrir de vous voir si près de moi, si attentif et si tendre alors que je croyais que vous n'éprouviez rien pour moi. J'avais beaucoup de difficulté à comprendre votre réaction et j'ai fais le choix de venir ici, je ne le regrettes pas. Il m'a permis d'avancer et peut être ne serais-je pas là où j'en suis actuellement si j'en avais décidé autrement. Mais…Harm sachez que, je n'y serais jamais arrivé sans vous parce que…vous êtes mon ange gardien, mon âme sœur. Et…j'ai besoin de vous plus que personne d'autre.
-Il en est de même pour moi Sarah, ne plus t'avoir dans ma vie chaque jour m'a fait prendre conscience que, en réalité, sans toi, je ne vivais pas vraiment.
Nous nous sourions tendrement. Tout est dit. Cette discussion que nous redoutions tant depuis des années à bien eu lieu. Même si nous avions abordés plus ou moins le sujet plusieurs fois, cette fois-ci tout est clair. Mon cœur et mon esprit sont sur la même longueur d'onde. Je n'ai plus besoin de lutter. J'ai juste besoin de me laisser aller. Vers lui, comme je l'ai voulu depuis longtemps. Je ne suis plus Marine, je ne veux plus l'être, j'ai simplement envie d'être une femme. Une femme aimée par l'homme qui l'obsède jour et nuit depuis qu'elle a croisé son regard dans une roseraie et qu'elle a pris conscience un soir de mai sous le ciel étoilé, alors qu'elle allait s'unir à un autre, que c'était lui qu'elle aimerait toute sa vie.
Harm et moi nous rapprochons doucement tous les deux. Je le regarde une dernière fois et ferme les yeux tout en parcourant les derniers millimètres qui me séparent de ses lèvres, de ses baisers. Je sens sa bouche se presser contre la mienne. Je sens une de ses mains se glisser sur ma cuisse ce qui me fait frémir de désir. Puis, une autre vient se glisser dans mes cheveux défaits pendant que nos langues dansent doucement. Je suis bien, si bien. Mes mains prennent place sur son torse sans que nous brisons notre baiser. Mes doigts voyagent sur ses décorations, sur ses ailes dorées. Mais après quelques temps, il faut briser cet instant magique. L'air se fait plus rare, la baiser s'intensifie dangereusement, la tension devient plus forte.
Nous nous séparons doucement. Harm caresse mon nez avec le sien. Nous nous sourions, tout en continuant ses esquisses et tendres caresses. Je lui caresse la nuque alors que lui a posé une main de chaque côté de moi. Il pose son front contre le mien et je ferme les yeux.
-Je t'aime, murmura-t-il, je peux enfin te le dire, je t'aime, je t'aime, je t'aime…
Je souris sans ouvrir les yeux et je sens quelques délicats baisers sur ma joue, ma bouche et ma nuque. Je le regarde à nouveau lorsque je ne sens plus ses baisers sur ma peau.
-Moi aussi je t'aime, alors que propose tu? Il est hors de question que tu fasses comme si tu ne me l'avais jamais dis, à présent.
-Je ne ferais plus cette erreur. Et je te propose une chose: rentre avec moi.
-Harm.
-Je m'occuperais de toi…tu as fais beaucoup de progrès ici, Sarah. Tu n'as plus rien à prouver alors que moi…j'ai une quantité de choses à te prouver.
-Tu sauras t'occuper de moi? Tu me conduira ici lorsque j'en aurais besoin?
-Tu en doute?
-Non…pas une seule seconde. Mais…
-Je ne veux plus passer une seule nuit sans te sentir dans mes bras…J'ai beaucoup aimé te louer mon lit.
-Tu dois encore me dire combien je te dois.
-Je trouverais ne t'inquiète pas. Me répond Harm en me faisant un clin d'œil.
Je dépose un baiser sur ses lèvres et avant même que j'ai le temps d'y penser nous quittons la terre ferme une nouvelle fois pour une danse lente et sensuelle.
-Je prends ça pour un oui, me murmure Harm à la fin de notre baiser. Tu acceptes de revenir?
-Tu peux le prendre pour un oui, en effet, répondis-je en souriant, j'ai envie de partir avec toi.
Nous restons encore de longues minutes sur ce banc tous les deux, à prendre conscience de ce qu'il vient de se passer, à se bécoter comme de jeunes adolescents. Certaines personnes nous regardent. On s'enfiche. Nous nous sommes trouvés, tous les deux. Et bientôt je vais repartir avec lui.
J'ai l'impression que nous sommes un couple depuis des années alors que nous en sommes un depuis quelques minutes à peine. Mais la complicité et la tendresse qui s'est installée entre nous au fil de temps, nous rapproche. Nous nous connaissons bien. Nous avons des secrets, mais nous avons tant de choses en communs, un passé, des missions, des souvenirs…
Et rien de changera jamais ça, même si nous passons du statut « meilleurs amis » à celui de « couple ». Nous sommes bien, lui comme moi.
Peut être aurions nous dû nous en rendre compte plus tôt…
Nous avons passé une agréable journée. Après avoir quitté le banc main dans la main; enfin, je dirais plutôt, que Harm a passé son bras autour de ma taille et qu'il m'a permise d'avancer plus vite; nous avons regagné ma chambre. Je lui ai demandé de rassembler mes affaires pendant que j'allais voir le docteur Lyn. Celle-ci m'a autorisé à quitter le centre, elle en était même plutôt ravie. J'ai néanmoins dû signer quelques papiers et certifier que Harm saurait parfaitement bien prendre soin de moi. Et puis, je suis retournée dans ma chambre. Il était assit sur le lit et regardait avec intérêt le dessin d' AJ Junior, celui qui nous représentait tous les deux avec un enfant. A ce moment là, j'ai cru voir les yeux de Harm brillés, mais j'ai fais comme s'il en avait rien été.
J'ai rassemblé le reste de mes affaires, celles que Harm n'avait pas voulu déranger. Puis nous sommes partis. Tous les deux. Pendant le trajet, je n'ai pas cessé de regarder l'homme à côté de moi. Je n'ai plus aucune envie de regarder à l'extérieur, il y tellement de choses à regarder, là, dans cette voiture. Harm s'est tourné vers moi et m'a adressé un tendre sourire. Il m'a prit la main et la portée à ses lèvres pour y déposer un délicat baiser. J'ai compris à cet instant que les choses avaient bien changées entre nous. Tout a changé entre nous.
Et puis, nous sommes arrivés chez lui. Nous avons passé une fin d'après-midi, tranquillement assis dans son canapé. Nous avons parlés, un peu, surtout du JAG qui change doucement depuis mon absence. Harm voudrait que je le réintègre, mais ce n'est pas mon intention. Il ne le comprend pas et j'ai du mal à lui expliquer. Mais c'est ainsi, cette page de ma vie est tournée. Nous avons remis cette discussion à un peu plus tard, comme une autre d'ailleurs. Une discussion beaucoup plus importante, une discussion sur laquelle nous devons nous pencher avec intérêt mais une discussion que nous aurons plus tard.
Nous avons fait le repas ensembles comme un couple, enlacés devant le plan de travail pour ne pas que je tombe, nous avons beaucoup rit. Harm avait passé ses mains sur les miennes, épousant chacun de mes mouvements. Par moment, il a déposé une quantité de baisers dans ma nuque et dans mes cheveux. Quant à moi, j'ai gouté ses lèvres, encore et encore, sans jamais m'en lasser.
Ensuite, nous sommes passés à table. Nous avons allumé des bougies et Harm avait mis de la musique. Il voulait que ce soit notre premier repas en amoureux et pour cela, tout devait être parfait. Harm sait faire les choses en grand, je le remarque une fois de plus et j'en suis ravie.
A présent, nous nous trouvons sur le canapé. Harm est couché de tout son long, je me trouve à côté de lui, la tête posé sur son torse. Il joue tendrement avec mes doigts en souriant. Je me sens bien contre lui. Nous restons silencieux, mais je sais que nous n'avons pas besoin de parler pour nous comprendre. Au fond de moi, je l'ai toujours su.
Je soupire bruyamment et ferme les yeux quelques temps, refermant mes doigts sur le torse de l'homme qui se trouve près de moi. Je sens Harm bouger et son souffle chaud au-dessus de mon oreille.
-Qu'est-ce que tu as? Demande t-il en un murmure.
-Pourquoi crois tu qu'il y a quelque chose? Dis-je sans ouvrir les yeux.
-Hey, je te connais mieux que personne…dis-moi à quoi tu pense.
Il dépose un baiser sur ma tempe et j'ouvre les yeux à nouveau. Je tourne doucement mon visage vers lui et je lui souris.
-Je pensais à nous.
-Nous? Alors…
-Il y en a un, en ce qui me concerne du moins et si tu es du même avis que moi.
Il me sourit et caresse doucement ma joue.
-Pour moi aussi, me répondit-il en souriant avant de m'embrasser, et désormais, il n'y aura plus que nous, toi et moi, je te le promets.
-J'aime que tu me dise ça, j'aime vraiment beaucoup.
Nous nous sourions et doucement je glisse sur lui. Je m'approche un peu plus de ses lèvres et je les goûte une fois de plus. Nos langues se retrouvent enfin, j'ai l'impression que cela fait une éternité qu'elles n'ont plus entamé cette douce et sensuelle danse. Pourtant, je tremble, je sens ces frissons parcourir mon corps tout entier. Le souffle commence à se faire rare mais nous ne brisons pas ce baiser. Je me redresse encore un peu pour me trouver au-dessus de lui. Harm sait que je n'ai pas encore tellement de force dans mes jambes, alors il me tient contre son corps puissant. J'ai l'impression de pouvoir sentir son cœur battre, il semble battre au même rythme que le mien.
-Je t'aime, me murmure t-il sur mes lèvres, tout en glissant sa main derrière mon oreille.
Pour toute réponse, je lui souris. Tant de fois j'ai voulu entendre ces mots de sa part. A présent que tout ceci est vrai, que je me trouve dans les bras de Harm et qu'il me murmure ces quelques mots du bout des lèvres, j'ai l'impression que tout ceci n'est pas réel. Je baisse les yeux et mes mains caressent le col de sa chemise légèrement ouverte.
-Sarah, murmure Harm en redressant mon visage, que se passe t-il?
-Rien.
-S'il te plait, je veux construire quelque chose avec toi et nous ne le pourrons qu'à condition que nous soyons sincère l'un envers l'autre, j'ai envie que tu puisse tout me confier, sans peur ni crainte…Parle moi.
Je plonge mon regard dans le sien et acquiesce. Je descends doucement et pose mon menton sur son torse, me couchant ainsi sur lui.
-Au mur, à Noël, un peu plus tard lorsque je vivais ici et encore cette après-midi; j'ai cru te voir…te voir pleurer et…et prier.
-C'est vrai.
-Pourquoi?
-Pour toi…Je voulais que tu remarche, que tu t'en sortes et je voulais être capable de prendre soin de toi comme tu le méritais…Pour cette après-midi, j'ai réalisé une fois de plus que je ne pourrais pas tenir ma promesse…Je voulais plus que tout au monde te donner un enfant.
-Harm, tu sais prendre soin de moi, personne d'autre ne sais le faire comme toi et pour l'enfant…c'est moi qui te demande pardon de ne pas pouvoir le faire.
-Peut être que nous pourrons, il y a encore un espoir…
-Harm, je…je préfère ne pas en parler maintenant, cet accident m'a permis de me remettre en question et je sais ce que je veux faire…Je veux vivre avec toi. Je veux t'aimer chaque jour un peu plus, pour le reste, n'allons pas trop vite s'il te plait.
-Comme tu veux.
-C'est-ce que je veux.
-A vos ordres mon Colonel…
-Je ne suis plus Colonel.
-Pour moi si, c'est toi, je suis tombé amoureux de toi, de cette avocate, de cette Marine, de cette femme que je voyais dans le tribunal bouger comme une déesse.
Je lui donne un coup de coude et nous rions tous les deux.
-Idiot.
-Tu ne me crois pas?
-Je parle sérieusement.
-Moi aussi…tu veux savoir quand est-ce que j'ai réalisé que je t'aimais? La première fois?
-Oui, dis-moi.
Il soupire bruyamment et me regarde fixement.
-En Russie…Lorsque que nous étions avec les Romanis. Tu portais une jupe jusqu'aux genoux et un chemisier blanc qui dégageait largement tes épaules, tu as avancé vers moi à côté du feu et…j'ai littéralement fondu. J'aurai voulu que les circonstances soient différentes pour…pour me laisser aller, pour découvrir ton corps…J'en avais vraiment eu envie ce soir là.
Harm ne me regarde plus, il n'ose pas. Ce qu'il vient de m'avouer me perturbe au plus profond de moi-même. Je ne pensais pas qu'il éprouvait déjà quelque chose pour moi ce jour là. Je n'y avais pas pensé un seul instant, je n'aurai même pas pu le faire. Après ce qu'il s'était passé en Australie…
-Moi…c'était Alexeï qui m'en a fait prendre conscience.
-Alexeï? Le chauffeur de taxi?
-Oui, lorsque tu étais parti retrouver Sergei et que je suis venue, il m'a conduit jusqu'à vous. Nous avons un peu parlé. Et il a comprit, bien avant moi…comme tout le monde sans doute.
Nous rions doucement tous les deux.
-Oui, confirme Harm, je crois que le monde entier en avait conscience à part nous…Et de quoi avez-vous parlez?
-De Mic et de toi…Il ne comprenait pas pourquoi je prenais des risques pour toi, alors que je ne le faisais pas pour mon fiancé. Et là, je crois que j'en ai pris réellement conscience, mais…au fond je l'étais depuis longtemps, depuis…que j'ai appris à te connaitre lorsque nous étions partis trouver mon oncle, et puis, il y a eu toutes les fois où j'ai failli te perdre et lorsque tu m'as prise pour Diane…ce baiser, ce délicieux baiser, le premier… Harm, je ne t'ai jamais rien dis parce que je ne voulais pas m'attacher à toi, je ne voulais pas te perdre, tu comprends?
-Oui, je crois que je comprends…
Nous restons silencieux quelques temps, puis il reprend la parole d'une voix tremblante et voilée.
-Sarah, j'aimerai m'excuser. J'ai été un crétin et je t'ai fait souffrir.
-Ne t'excuse pas, on était deux, nous sommes tout autant fautifs l'un que l'autre. Je n'ai pas saisi les opportunités que tu m'as offertes, et à cause de ça, nous avons gâché notre temps et nous aurions pu nous perdre.
-Non, ne dis pas ça, je ne crois pas que nous ayons perdu notre temps, nous avons une relation particulière.
-Particulière? Oui, c'est le mot.
-Je ne le regrettes pas…Et en ce qui concerne les opportunités ratées, je dois dire que j'ai fais fort moi aussi…Je crois que ma pire bourde a été sur ce ferry en Australie!
-Une soirée mémorable, que je préférais oublier.
-Moi aussi…Tant de fois je me suis traité d'idiot, ce soir là, j'aurai dû te dire ce que j'éprouvais, j'aurai dû t'embrasser, te laisser faire.
-Tu aurais dû, dis-je dans un murmure en me plongeant dans son regard. Mais ça n'a plus d'importance maintenant, oublions l'Australie, le soir où je me suis fiancée à Mic, toutes les occasions manqués, la Russie, le Paraguay, Webb, Renée et tout le reste. Tout ceci fait partie de nous, mais pas de cette relation que nous essayons de construire dès à présent, c'est du passé et je veux le laisser de côté pour me concentrer sur l'avenir…avec toi.
Harm me regarde sans broncher et sa main redessine doucement, avec délicatesse la forme de mon visage. Il me sourit et se penche vers moi.
-Je suis d'accord, mais sache une chose, un dernier petit détail. Ce soir là où tu m'as suivi jusqu'au port, où j'ai retrouvé l'assassin de Diane. Ce n'est pas elle que j'embrassais, ce n'est pas elle que je voyais devant moi, comme tu pouvais le penser, c'était toi. J'embrassais Sarah Mackenzie.
Je n'ai pas le temps de répondre et de me remettre de ce que je viens d'entendre, que déjà il joue une fois de plus avec ma langue. Ce baiser ne me permets plus de penser à tout ce qui traversait mon esprit. Dans ces moments, je ne pense plus à rien. Mais la tension se fait plus forte. Je sens le désir de Harm se faire évident sur le bas de mon ventre. Alors, je brise ce baiser.
Nous restons silencieux, je vois que Harm est gêné. Je lui souris et caresse sa joue.
-Excuse moi, murmure Harm.
-Non, surtout pas… ne t'excuse pas. Je dois me trouver dans le même état de toi, seulement je…
-On prendra notre temps, me coupe Harm.
-Oui…c'est mieux.
-Je crois aussi que c'est préférable, bien que…j'en aie très envie.
-Ca se voit, dis-je en riant avant de déposer un baiser sur ses lèvres, mais ne t'inquiète pas je te l'ai dis, moi aussi j'en ai très envie.
Nous nous sourions et échangeons un dernier baiser.
-Si on allait se coucher? Me propose Harm.
-Oui, pourquoi pas?
Je me redresse et m'assoie. Harm se lève et se penche vers moi. Je tends les bras dans sa direction et il me porte contre lui.
-Je croyais que tu pouvais te débrouiller seule à présent?
-Peut être que je n'en ai pas envie. J'aime beaucoup que tu me portes.
-C'étais le cas dès ton accident?
-A ton avis?
Il me sourit une nouvelle fois et dépose un autre baiser sur mes lèvres.
Nous arrivons dans la chambre sans se quitter des yeux. Harm me couche sur le lit et se retourne. J'enlève mon chemisier et mon pantalon, me trouvant à peine vêtue d'un dessous blanc et d'un débardeur de la même couleur.
Harm se tourne vers moi à nouveau. Lui aussi enlève sa chemise, dévoilant son torse. Il retire son jeans et vient se coucher à côté de moi. Nous nous glissons sous les draps. Je regarde avec envie son corps nu.
-Sarah?
Je croise son regard et lui sourit.
-Je euh…Bonne nuit.
Harm rit aux éclats et s'approche un peu plus.
-Tu peux le dire tu sais.
-Dire quoi?
-Que je suis hyper sexy, me murmure t-il au creux de mon oreille.
-Haaaarm!
-Oui?
-Je découvre une autre facette de ta personnalité que je ne connaissais pas.
-C'est le but, non?
-Oui, c'est vrai…
Nous nous sourions et je m'approche de lui. Je pose ma tête sur sa poitrine et d'une main, je caresse doucement ses muscles.
-Bonne nuit chérie, me murmure Harm.
-Cette facette de toi que je ne connais que très peu, je l'aime beaucoup, dis-je dans un soupir.
Il resserre son étreinte et je ferme les yeux.
-Bonne nuit…mon ange.
Je dépose un baiser sur sa peau et je soupire.
-J'aime aussi cette facette de toi, me murmure Harm.
Je ne réponds pas et me laisse aller doucement. J'ai dormi plus d'une fois dans les bras de cet homme, mais ce soir là, tout est différent. Nous sommes plus proches que jamais, autant physiquement qu'émotionnellement. Je sens le cœur de Harm battre contre ma joue, je sais aujourd'hui qu'il bat pour moi. Et même si nous n'avons pas encore franchis le dernier pas, je sais que nous ne ferons jamais marche arrière. Je l'aime, il m'aime, je lui ai dit et il me l'a avoué, lui aussi. Je suis heureuse, enfin. J'ai trouvé ma place, ici, dans les bras de Harm. Et je sais que rien ne changera ça. Jamais.
Sixième dîner, je l'ai fait seule. Je finis de préparer la table. Harm n'est pas encore rentré, il est au JAG. Il a reprit aujourd'hui. Je me suis un peu ennuyée sans lui. Mais, il m'a appelé plusieurs fois dans la journée. Alors que depuis plusieurs jours nous passons tout notre temps dans les bras l'un de l'autre, aujourd'hui je suis restée seule. Et aujourd'hui, il m'a manqué. Terriblement manqué. Je m' occupe comme je peux, je lis, j'écoute de la musique, je regarde un film et je pense à lui, sans arrêt.
En fin de journée, je me suis mise à cuisiner. Je me suis surprise à aimer ça. Je ne l'ai fais que très peu depuis de années. Mais depuis que je vis ici, avec Harm, j'ai compris que j'aime beaucoup le faire. Surtout lorsqu'il se trouve dans mon dos et qu'il laisse ses mains sur mon ventre, me murmurant au creux de l'oreille ce que je dois faire, guidant mes gestes avec douceur et précision.
Et puis, nous mangeons, assis l'un en face de l'autre, sans même nous quitter des yeux. Nous rejoignons le canapé et nous restons enlacés, simplement l'un contre l'autre à parler, à regarder un film. Nous regagnons la chambre, nous nous couchons l'un à côté de l'autre et nous nous endormons, enlacés, sentant l'odeur de l'autre, la chaleur de la peau de l'autre, les battements du cœur de l'autre, la respiration de l'autre.
Je soupire bruyamment et ferme les yeux un court instant. Je commence à fatiguer. Harm n'était pas là pour me tenir contre lui tout à l'heure, j'ai demandé de gros efforts à mon corps. Je rejoins le canapé et je m'y assoie quelque temps. Je masse doucement mes jambes. Je vais devoir demander à Harm de me les masser ce soir. J'espère qu'il acceptera. Je pense qu'il acceptera. J'en suis même persuadé. Peut être même voudra-t-il plus. En tout cas, moi je le voudrais. Je me sens enfin prête pour me laisser aller totalement dans ses bras. Je suis prête pour le sentir laisser voyager ses mains sur ma peau, sa bouche sur mon corps, son regard sur mes courbes. J'en ai envie, terriblement envie et ce soir j'espère que ça arrivera.
Je reste sur le canapé quelques minutes. Je regarde l'heure. Il devrait être là depuis plusieurs minutes déjà. Je souris. Jamais à l'heure ce pilote!
J'entends les clés tourner dans la porte d'entrée. Je me redresse et tourne la tête vers celle-ci. Harm entre. Il me voit dès cet instant, comme s'il savait où je me trouvais. Il sourit. J'aime ce sourire, surtout lorsqu'il m'est adressé. Il referme la porte et se dirige vers moi, sa mallette noire dans la main.
-Bonsoir princesse, me murmure t-il.
-Bonsoir Pilote.
Il jette la mallette sur le fauteuil sans aucun ménagement et s'approche de moi. Sa main redessine la forme de mon visage et se glisse derrière mon oreille.
-Tu m'as manqué, me murmure Harm sur mes lèvres avant de s'en emparer et d'entamer une nouvelle danse dans ma bouche.
-Toi aussi, dis-je à la fin de ce doux baiser.
-Tu ne t'es pas trop ennuyé toute seule ici? Me demande t-il en prenant place à côté de moi.
-Un peu, je l'avoue, c'est moins intéressant quand tu n'es pas là.
-Oui, je sais, excuse moi.
-Tu n'y es pour rien, c'est ton travail.
-Oui, peut être mais, je t'ai promis que mon travail ne passerait plus jamais avant nous alors…
Je mets mon doigts devant sa bouche pour le couper.
-Harm, stop! Il faut bien que l'un de nous travaille non?
-Oui, mais…
-Arrêtes ou je te bâillonne!
Il me sourit et j'en fais autant. Je caresse sa joue et cale ma main dans sa nuque, à la base de ses cheveux.
-Tu serais prête à me bâillonner?
-Oh mais tu ne sais pas à quoi je serais prête pour que tu arrêtes de dire des bêtises.
-J'ai hâte de savoir.
Je ris et plonge mon regard dans le sien.
-Secret défense…pour le moment en tout cas.
-Parfait, mais je saurais te faire parler un jour.
-Mm peut être oui, si tu trouves les bons arguments.
Nous nous sourions une nouvelle fois et nous nous embrassons. Dieu que j'aime lorsqu'il m'embrasse. Je sens ce petit frisson dans mon corps tout entier, je sens cette chaleur dans le bas de mon ventre.
-Harm…Harm, dis-je dans un soupire entre deux assauts de sa part.
-Quoi?
-Le repas doit être prêt.
-Tu as cuisiné? Me demande t-il en s'éloignant.
-Oui.
-Tu apprends vite.
-J'ai eu un bon professeur.
-Tu le reconnais, c'est bien ça.
Je lui donne un coup de coude et nous rions tous les deux. Harm se lève et me tend la main pour que j'en fasse autant. Je resserre mes doigts sur les siens et je me mets debout. Nous avançons doucement vers la cuisine. Mes jambes me font un peu mal. Harm le remarque. Il voit toujours tout, comment fait il?
-Ca ne va pas? Me demande t-il en caressant tendrement mon dos.
-Si, c'est juste que j'ai un peu mal dans les jambes, je suis restée assez longtemps debout et tu n'étais pas là pour m'aider.
-Alors, vas t'assoir, je vais m'occuper du reste.
-D'accord.
Il dépose un baiser sur mes lèvres et me conduit à la table.
-Harm…
-Mm.
-Il faudrait que tu me masse les jambes ce soir, tu pourrais faire ça?
-Oh oui, bien entendu, avec plaisir, dit-il en me souriant.
Je le savais! Je lui souris en retour et je m'assoie. Harm s'occupe de nous servir. Nous parlons un peu de son retour, de ses affaires, de nos amis. Nous mangeons tranquillement. Comme un couple. Je suis bien, en paix, heureuse.
Une fois le repas terminé, je regagne la chambre pendant que Harm débarrasse. Je me change. Je passe un short et un débardeur et je m'allonge sur le dos. Je l'attends avec impatience. Harm ne se fait pas attendre bien longtemps. Il arrive déjà, alors que je me trouve plongé dans mes pensées, le regard perdu vers un lointain invisible. Vers ce point que je fixe inlassablement, celui qui se trouve juste au-dessus de moi sur ce plafond blanc, vers ce futur dont je ne connais rien mais qui, à présent, ne me fait enfin plus peur. Vers un avenir que je sais meilleur que tout ce que j'ai pu vivre jusqu'à aujourd'hui, vers le bonheur que je sais enfin à portée de main, vers MON bonheur que je suis enfin prête à savourer comme il se doit, pour la première fois. Sans peur, sans angoisse, sans craintes, sans trop réfléchir…
Harm me rejoint sur le lit et je consens à détacher mes yeux du plafond et à sortir de mes pensées. L'homme que j'aime se trouve là, au-dessus de moi, me surplombant de son corps puissant, plongeant son regard dans le mien, me souriant de ce sourire tendre.
Je lui souris en retour et Harm me caresse doucement la joue.
-Quelque chose ne va pas? Murmure t-il à peine plus fort qu'un soupir.
-Non, ça va…j'étais perdue dans mes pensées mais…tout va bien. J'attends mon masseur préféré.
Il me sourit et se redresse, se mettant sur les genoux entre mes jambes. Harm me prend l'une d'elle qu'il lève doucement. Je sens ses doigts se resserrer doucement sur ma cheville, puis glisser sur ma peau. Il remonte en une douce caresse sur mon mollet, il effleure mon genoux et frôle du bout des doigts ma cuisse jusqu'à la limite du short.
-Harm, il va falloir masser, pas caresser, dis-je en riant.
-Oui…euh…excuse-moi, je…je n'ai pas l'habitude.
Il baisse rapidement les yeux et ses mains retournent sur ma cheville. Je le regarde en souriant. Il rougit. Mais qu'est-ce qui fait que cet homme agit de cette manière? Plus d'une fois je me suis demandé ce qui passait dans sa tête pour qu'il ne s'empare pas des occasions qui lui sont offertes. Pourtant, il n'en rate pas une au tribunal, il est brillant, tout ce qui touche se transforme en réussite, sauf peut être une chose…l'amour. Harm n'a jamais eu beaucoup de chance en amour. Nous devons être nombreux dans ce cas, mais pour lui, cela semble être encore différent, bien plus compliqué, bien plus tabou. Les sentiments sont des ennemis pour lui, les mots qui les révèlent sont pareils à des dangers contre lesquels il se sent obligé de se protéger. L'amour est un sentiment compliqué et si simple à la fois, alors peut être est-il enfin temps que Harm le comprenne. Il est enfin temps qu'il combatte cette peur, et je l'aiderai; parce que je veux qu'il soit heureux, qu'on soit heureux, tous les deux. Comme nous le méritons enfin.
Je savoure le massage de Harm depuis de longues minutes déjà. J'ai fermé les yeux pour être davantage réceptive au doux touché de sa peau. Il a abandonné ma jambe droite pour prendre grand soin de la gauche. Je sens le désir se faire plus fort dans mon corps tout entier. Je dois me retenir et pourtant, je rêverai qu'il se risque à découvrir mon corps, que ses mains voyagent un peu plus haut, que sa bouche goûte ce qu'il ne s'est même jamais risqué à regarder.
Je me mors la lèvres inférieure. Ces idées font naitre en moi un profond sentiment de bien être et accroissent l'envie de connaitre Harm comme je ne l'ai jamais connu. Je sens le frisson dans le bas de mon ventre, ce petit fourmillement au creux de mes reins. J'ouvre les yeux, je veux le voir, lui faire comprendre que je suis prête, que je n'attends que ça, que ce soir je serai à lui aussi longtemps et aussi loin qu'il le souhaitera.
Je vois la manière qu'il a de regarder mes jambes, le soin qu'il prend pour s'appliquer à sa tache, je vois qu'il semble concentré et ailleurs à la fois. Alors, je bouge doucement ma main et je m'empare de la sienne. Harm lève les yeux vers moi et stoppe ses délicats mouvements.
-Harm, dis-je dans un murmure, je crois que c'est bon. Merci.
Pour toute réponse, il acquiesce et repose délicatement mon pied sur le drap. Je glisse ma main au creux de la sienne et ancre mon regard dans le sien. Je me redresse doucement et m'approche de sa bouche. Nous nous regardons un instant avant que je ne l'embrasse, tendrement, mais aussi de manière à ce qu'il connaisse mes intentions. Mes mains prennent naturellement place dans sa nuque. Sans quitter sa bouche je l'invite à se coucher avec moi, sur moi. Harm ne bronche pas et ne brise pas le baiser que je lui offre. Mais quand l'air commence à manquer, il s'éloigne. Nous nous regardons un moment sans rien dire. Je décide de prendre les choses en mains. Mes doigts se glissent sous le fin tissu de sa chemise, je redessine ses muscles, je savoure le toucher de sa peau. J'ouvre un bouton, puis un autre, encore un et enfin le dernier. Je regarde ce torse que je connais déjà bien mais que je veux connaître bien plus encore, d'une manière bien différente, plus intime, plus en détail. Je retire la chemise de Harm qui glisse sur ses bras musclés, puis je dépose une quantité de baisers humides sur sa peau. Je vois qu'il aime cette nouvelle rencontre. Pourtant, après quelques temps, tout bascule, brusquement, si vite, comme toujours.
Harm me repousse doucement. Il se redresse et s'éloigne de mes baisers. Il soupire bruyamment et ferme les yeux un instant. Je le regarde avec incompréhension, assit au bout du lit, fuyant mon regard.
-Harm?
-Je ne peux pas, dit-il dans un murmure.
-Tu ne peux pas faire quoi? Dis-je en posant ma main sur la sienne.
-Je ne peux pas Sarah…je…je t'aime tu comprends? Je ne peux pas faire ce que tu attends de moi…Je ne peux pas te faire l'amour, même si j'en meurs d'envie.
-Pourquoi?
Je sens la gorge se faire sèche et l'air se faire rare, je sens mon estomac se nouer, mon cœur se briser, ma tête cogner. Harm ne peut pas. Pourquoi?
-Je tiens beaucoup trop à toi, je vais te faire du mal et tu vas souffrir.
-Comment peux tu dire ça?
-Sarah, je ne peux pas, voilà tout.
-NON! Non je ne suis pas d'accord! Harm explique toi, explique toi maintenant, tu ne crois pas qu'il est plus que temps? Tu n'arrêtes pas de me rejeter, qu'est-ce que je dois penser moi?
-Ce n'est pas toi le problème…Je t'aime à un point que tu n'imagine même pas.
-Alors laisse moi t'aimer en retour Harm, laisse moi te montrer que tu peux être heureux, laisse moi te prouver que tu peux vivre comme ça, je t'en prie…laisse toi aller…C'est la dernière fois, la dernière chance que je te laisse, ce soir ou jamais…Tu ne veux pas me faire souffrir? Eh bien, c'est-ce que tu es en train de faire, figure toi.
Je sens les larmes me monter aux yeux. Pourquoi fait-il ça? Restera-t-il toujours de marbre? Je pensais que notre discussion avait déjà eu lieu, que je ne souffrirais plus, que tout était dit.
Je baisse les yeux. Je sens la main de Harm remonter doucement mon visage. Il essuie mes larmes du bout des doigts et me sourit tendrement. Il se replace entre mes jambes.
-Harm, je ne te comprendrais jamais.
-Tu me comprends bien plus que moi-même. Si seulement je l'avais compris plus tôt.
Il s'approche un peu plus et effleure mes lèvres avec les siennes.
-Arrêtes de pleurer, je ne supporte pas de te voir comme ça… Excuse-moi, je suis un idiot, mais c'est compliqué.
-Et moi je ne supporte pas de te voir malheureux…Harm, tu ne me perdras pas…jamais…tu entends jamais, c'est la promesse solennelle que je te fais, quoiqu'il arrive, jamais tu ne me perdras…jamais…Arrêtes d'avoir peur, j'ai cessé d'avoir peur. C'est toi qui m'en a donné la force, je t'en prie laisse moi faire pareil pour toi.
-Et si, le destin en décidait autrement, et si, tout devait se terminer du jour au lendemain?
-Nous aurons souffert tous les deux pour de mauvaises raisons, au lieu de savourer cet instant, au lieu de saisir cette chance.
Je le regarde encore un instant avant de goûter ses lèvres. Puis nos langues dansent une fois de plus. La tristesse s'évapore doucement. Le désir refait son apparition, le plaisir l'accompagne rapidement.
Harm se laisse aller. Chaque baiser, chaque caresse, chaque soupir, nous fait prendre conscience que nous ne commettons pas d'erreurs. Nous sommes faits pour nous aimer. Et nous nous aimons, sincèrement, tendrement, passionnément.
Tout comme cette nuit là. La première fois qu'Harm à découvert mon corps, la première fois que j'en ai fais de même avec lui. La première fois que j'ai sentie son corps nu se presser contre le mien, la première fois que nous sommes allez si haut ensembles. La première fois que nous avons fait l'amour…et sans aucun doute pas la dernière, oh non, loin de là, j'ai découverts le bonheur d'être aimé par Harm et rien ne sera jamais plus précieux que cela pour moi.
Je me réveille doucement. J'ai bien dormi, peu certes, mais tellement bien dormi. Je souris sans ouvrir les yeux. La nuit que j'ai passée était si magique que j'ai encore bien du mal à y croire. Plus rien ne sera jamais pareil en moi. J'ai été aimée comme je ne l'ai jamais été auparavant. Harm était si attentif, si doux, si tendre…comme je n'aurais jamais pensé. Et pourtant j'y ai pensé plus d'une fois, mais cette nuit là avait dépassée tout ce que j'avais pu imaginer. Elle avait été simplement parfaite.
Je sens le contact du drap sur ma peau. Je bouge doucement. Il effleure chaque passerelle de mon corps encore nu, comme Harm l 'a fait.
Je souris plus largement. Les souvenirs sont encore bien présents. Je me tourne doucement. Je n'ai toujours pas ouvert les yeux, j'ai envie de savourer cet instant, peut être que lorsque je les ouvrirais je verrais que je ne me trouve pas dans le lit de l'homme que j'aime, peut être que je réaliserais que tout ça n'était qu'un rêve. Pourtant, je crois sentir le café. Ca ne peut pas être un rêve.
J'ouvre doucement les yeux. Mon regard accroche le sien. Il me sourit. Il se trouve là, couché à côté de moi. Il est habillé, sa main retient sa tête.
-Bonjour, me murmure t-il sans bouger.
-Bonjour.
-Dis-moi…tu souris toujours en dormant?
-Je ne sais pas, je ne me vois pas. C'est toi qui t'amuse à me regarder dormir.
Il rit et se penche sur moi.
-J'aime te regarder dormir…et surtout ce matin.
-Pourquoi ce matin en particulier? Dis-je en souriant sur ses lèvres.
-Parce que tu es plus belle que jamais, me répond Harm avant de m'embrasser tendrement.
Je savoure ce baiser. Non, ce n'était pas un rêve…
Ses mains trouvent rapidement le chemin sur mon corps. Il caresse ma hanche sans même quitter ma bouche. Je m'approche un peu plus pour sentir son corps contre le mien, le drap et sa chemise étant les seules barrières séparant nos peaux.
L'air vient à se faire rare. Nous brisons ce baiser si délicieux. Je caresse tendrement sa joue et nous nous sourions.
-Harm, pourquoi n'avons-nous pas fait ça plus tôt? Tout aurait été beaucoup plus simple.
-Non, je ne crois pas que ça l'aurait été…On avait besoin de temps, et surtout moi j'en avais besoin…et puis, ça n'aurait pas été aussi fort si on l'avait fait plus tôt.
-Tu as peut être raison, dis-je en baissant les yeux.
-Sarah …excuse moi d'avoir hésité et d'avoir eu peur.
-Je ne t'en veux pas Harm, dis-je en le regardant à nouveau, je ne t'en veux plus.
-Tu m'en as vraiment voulu alors?
-Oui, ce soir là, en Australie…Je t'en ai voulu aussi le soir de mes fiançailles et aussi lorsque tu es partis faire tes quotas de vol, je t'en ai voulu lorsque nous étions au Paraguay…ah et aussi quand Webb…
Il pose son index devant ma bouche pour me couper.
-Ca va, j'ai compris, merci…dit-il sur un ton amer.
Je le regarde un moment en silence avant de ne pouvoir retenir plus longtemps de rire.
-Qu'est-ce que j'ai encore fait?
-Rien…rien du tout mon amour.
Il me regarde intensément. Je ne voulais pas dire ça. Enfin, si peut être mais pas encore, c'est peut être trop tôt. Nous avons passé notre première nuit tous les deux. Première nuit, je me comprends, première nuit où nous n'avons pas fait que dormir et discuté. Enfin, quoiqu'il en soit, c'est peut être encore trop tôt pour lui dire « mon amour ». Nous nous sommes avoués que nous nous aimions, nous nous disons des mots tendres, mais « mon amour », c'est une première. Je crains qu'il n'ait peur. Je ne veux pas qu'il s'enfuit de nouveau…
-Mon amour?
-Oui…euh, ex….excuse-moi, ça m'a échappé je ne voulais…
Harm m'embrasse pour que je taise. C'est bien plus efficace qu'un simple doigt sur mes lèvres, et puis, j'avoue que c'est encore bien plus agréable.
-Tu peux me le dire autant que tu le souhaite, ça ne me dérange pas, me murmure Harm en caressant tendrement ma joue, ça me conforte dans une petite idée que j'ai eu.
-Vraiment?
Je fronce les sourcils, qu'à t il encore eu comme idée? Avec lui, on peut aisément s'attendre à tout. Au pire? Peut être. Au meilleur? Sans aucun doute.
-Oui, poursuit Harm, mais avant….Petit déjeuner, dit-il en s'éloignant, je sais que tu meurs toujours de faim et tu dois être affamée après la nuit que nous avons passé.
-Ah oui? Il s'est passé quelque chose d'inhabituel?
Nous nous sourions et Harm se lève.
-Ne bouge pas, je t'apporte le petit déjeuner.
-Mmm, mais vous faites les choses bien Capitaine.
-Bien entendu, tu en doutais?
Il me lance un clin d'œil avant de quitter la pièce et de rejoindre la cuisine où il place ce qu'il a préparé sur un plateau. Je vois sa haute carrure derrière les panneaux de verre quelques instants. C'est vrai que j'ai faim. Incroyablement faim. Mais pas seulement de quelconques aliments qui pourraient remplir mon estomac. J'ai faim de lui, de son corps. Je n'ai qu'une envie, qu'il vienne dans ce lit, qu'il se couche à côté de moi et que je goûte son corps, encore et encore.
J'essaie de penser à autre chose qu'à cette nuit et qu'à ce que je voudrais revivre auprès de cet homme. Je dois me reprendre pour ne pas lui sauter dessus lorsqu'il reviendra. Je regarde au sol, pour ne plus voir cette tentation qui se trouve dans la pièce à côté.
Je vois, reposant sans ménagement sur le sol, la chemise d'un Capitaine de Marine. Je souris. Je me rappelle parfaitement la lui avoir enlevée. Je me penche et m'en saisis. Je la laisse glisser entre mes doigts et je respire ce parfum que je connais à présent si bien.
Je l'enfile et referme les boutons sur ma poitrine. Harm arrive, un plateau dans les mains, une rose délicatement posée entre les tasses de café.
-Harm?
Il me sourit et pose le plateau au bout du lit. Il prend la rose entre ses doigts et me la tend timidement.
-Pour la femme de ma vie, pour qu'elle sache que je l'aime, comme je n'ai jamais aimé et parce qu'elle est celle qui me faut pour me sentir bien.
-Harm, dis-je dans un murmure en prenant ce qu'il me tend.
Il s'approche et caresse ma joue.
-Je t'aime Sarah. Et ne compte pas que ça change, ça ne changera jamais.
-Merci.
Nous nous sourions et il dépose un doux baiser sur mes lèvres avant de chercher le plateau et de s'asseoir à côté de moi.
-Elle te va très bien ma chemise, me dit-il en riant sans même me regarder, tu aurais été un très bel officier de Marine.
Je ne réponds et regarde un instant la fleur qu'il m'a offerte. Il m'a dit qu'il voulait me parler de quelque chose, d'une idée. Je me demande bien ce que c'est. Pourquoi n'en parle t-il pas maintenant?
-Harm?
-Mm.
-Tu voulais me parler…
-Pas encore…Mangeons d'abords.
-Mais.
-S'il te plait, ne gâche pas ma surprise.
-Une surprise?
-Je sais que tu ne les aime pas, mais j'y pense depuis quelques temps et surtout depuis que je t'ai vu dormir ce matin… Après tout, pourquoi ne pas te le dire à présent?
Il soupire et repose nos tasses.
-J'ai beaucoup réfléchis Sarah et…
-Non, ne me dis rien, je ne veux pas gâcher ce que tu as prévu. Je n'aime pas les surprises parce que j'ai appris à ne pas les aimer, mais…avec toi j'ai envie d'autre chose. Ne me le dis pas maintenant, mangeons tranquillement notre petit déjeuner et ensuite tu m'en parleras, comme tu l'avais prévu.
-Ok.
Il me sourit et me tend à nouveau ma tasse. Je la prends en souriant. Il s'adosse au mur et je me mets contre lui, sur son torse.
Nous buvons et nous mangeons tranquillement, enlacés. Harm va travailler un peu plus tard ce matin, nous pouvons en profiter un peu. Nous ne faisons pas de projets d'avenir pour le moment, seulement pour le week-end prochain. Nous avons prévu de rendre visite à nos amis et de passer une après-midi avec notre filleul. Il sera ravit, d'autant plus qu'il verra son parrain et sa marraine amoureux, ce qu'il désire depuis bien longtemps, tout comme Harriet et Bud d'ailleurs. Nous avons décidé de ne pas nous cacher et de ne pas faire une annonce officielle, non plus. Ils le comprendront bien lorsqu'ils nous verront enlacés ou même nous embrasser. Harm et moi avions pensés les faire languir un peu, mais nous avons vite changé d'avis. Il devenait impossible qu'ils ne le devinent pas au premier coup d'œil, eux qui savaient sans doute depuis longtemps déjà que nous étions amoureux l'un de l'autre.
Notre petit déjeuner est terminé. Nous avons beaucoup parlé, comme nous le faisons depuis mon accident mais avec beaucoup plus d'intimité. Harm se lève pour débarrasser. Je me redresse dans le lit et je l'attends sagement. Il revient déjà, la main dans la poche et regardant le sol.
Il vient de mon côté du lit et s'assit sur le bord. Il me regarde en silence un long moment. J'avoue que je commence à avoir peur. Je ne sais pas de quoi il veut me parler mais son silence ne me dit rien qui vaille. Sans quitter son regard je prends tendrement sa main.
-Harm, qui a t-il?
-Comme je te l'ai dis avant…ce matin j'ai beaucoup réfléchis. Je le fais depuis des semaines à vrai dire, mais j'ai pris ma décision en te regardant dormir…Après avoir passé cette nuit avec toi, après avoir goûté ton corps, j'ai réalisé que jamais je ne pourrais me passer de toi, jamais je ne pourrais me réveiller un matin sans te sentir près de moi, jamais je ne pourrais dire « je t'aime » à une femme autre que toi, parce que tu es la seule a qui je l'ai dis.
Il respire profondément et baisse les yeux.
-Sarah, je… je voulais te demander une chose importante.
Il fourre sa main dans sa poche et en sort un petit écrin sombre. Mon cœur bat à tout rompre. Je dois me faire des idées, ça ne peut pas être possible, pas ça, pas ce que je crois.
-Sarah, continu Harm, veux-tu passer le reste de ta vie auprès de moi? Veux -tu me rendre heureux chaque jour que Dieu fait? Veux-tu…m'épouser?
Je le regarde en silence. Mes doigts desserrent sa main. Je ne rêve pas. Il l'a fait, il m'a demandé de devenir sa femme. Il veut m'épouser, il veut passer chaque jour et chaque nuit près de moi, il veut me dire qu'il m'aime, il veut de moi.
Je sens ma gorge se faire sèche. Je dois lui répondre, il attend une réponse de ma part. Maintenant. Et pourtant, je n'y arrive pas. J'aimerai, mais impossible, les mots ne passent pas la barrière de mes lèvres.
Il baisse les yeux. Je prends sa main et l'oblige à me regarder.
-Harm, je…
Le téléphone sonne. Nous sursautons tous les deux. Harm me regarde encore un instant et décroche. C'est le Général Creswell. Je vois que Harm me regarde. Il répond simplement « Oui Monsieur », « a vos ordres », « bien ». Puis, il raccroche. Il se tourne vers moi.
-C'était le Général, il veut nous voir tous les deux.
-Moi?
-Il doit te parler…Il veut te voir en uniforme.
-Très bien.
Harm acquiesce et s'apprête à sortir de la chambre.
-Harm, je…
-Nous en reparlerons, nous devons y aller rapidement. Je vais m'habiller et te déposer chez toi pour que tu puisses mettre un uniforme.
-Non, laisse ça ira, je prendrais un taxi.
-Tu es sûre?
-Oui, oui ça ira, merci.
-Comme tu veux.
Il prend un uniforme au passage et rejoins la salle de bains. Je soupire et ferme les yeux un court instant. Je n'arrive pas à croire ce qu'il vient de se passer. Cette demande en mariage et cette demande de la part du Général de venir au bureau ce matin.
Harm revient rapidement, changé et douché. Il me dit que nous nous retrouverons au bureau. Il dépose un baiser sur mes lèvres et me dit de faire attention, qu'il m'aime et qu'il se demande bien ce que le Général me veut, puis, il s'en va, sans plus d'explications. Alors je me douche, appelle un taxi et je m'habille. Je regagne mon appartement. Rien à changer, le sapin a séché là où je l'avais laissé, encore parés de ses boules et de ses guirlandes. La poussière à fait son apparition sur un bon nombre de meubles. Harriet m'avait bien proposé de venir s'occuper de mon appartement pendant mon absence, mais j'ai refusé. Elle a assez de tracas avec toute sa petite famille pour que je n'en ajoute, et puis, après tout en une journée tout sera en ordre à nouveau. Il suffit que je pense à le faire et surtout que je me décide à parler avec Harm. Je sais que la discussion se fera évidente lorsque nous nous retrouverons seuls à nouveau. Mais pour l'instant, je préfère ne pas y penser. Je sais bien que sa demande restera bien présente à mon esprit toute cette journée. Un jour bien particulier et il ne fait que commencer…
J'arrive déjà devant le bâtiment que je connais si bien et où j'ai passé des journées entières depuis des années. Plusieurs mois me séparent de la dernière fois où j'y suis entrée. Ce matin j'ai l'impression que rien n'a changé, que je me rends au bureau, comme je le ferai normalement si je n'avais pas eu mon accident.
Je sors avec difficulté du taxi et je paie le chauffeur. La voiture démarre à nouveau. Je reste là, debout devant le bâtiment, tenant fermement mes béquilles. Je lève les yeux vers la fenêtre de mon ancien bureau. Je respire profondément et savoure le souffle du vent sur ma peau. Le temps a passé, je dois me faire une raison.
Quelques officiers me saluent en souriant en passant à côté de moi. Je leur réponds et me décide enfin à rentrer. Je rejoins l'ascenseur. Je monte au premier. Je suis seule. Je repense à l'appel du Général. N'aurait-il pas pu appeler plus tard? Plus tôt peut être. Mais pas à cet instant. Nous avons toujours eu un léger problème de timing avec Harm. A présent que nous semblions être sur la même longueur d'onde, que nous suivons enfin la même musique, tout risque de se compliquer une nouvelle fois. Je sais pourquoi il n'a pas voulu me conduire. Il avait peur de ma réaction, il a peur de ma réponse. Je sais qu'en ce moment, il se demande s'il a bien fait, je sais qu'il doute. Et j'aimerai tellement que ce ne soit pas le cas. J'aurais tellement voulu lui dire oui. L'embrasser pour lui prouver que c'était bien vrai, qu'il ne rêvait pas. J'aurais voulu voir son sourire, j'aurai voulu sentir ses bras autour de ma taille, son souffle sur mes lèvres.
Je respire profondément. Le « ding » se fait entendre, me voici arrivée. Les portes s'ouvrent. Je regarde le couloir un instant avant de m'y avancer. Je suis concentrée sur ce que je fais. Je dois faire bonne impression. J'avance doucement, regardant le sol. Je m'apprête à lever la tête pour regarder ce plateau que je connais si bien, à travers la porte vitrée. Mais on me heurte. Un homme à la carrure immense me percute de plein fouet. Il est grand, il porte un uniforme de Marine. Harm?
Je sens une main me rattraper avant que je ne le lâche une de mes béquilles. Je vois une pochette du JAG et de nombreux papiers s'échouer au sol. Je lève les yeux vers celui que je crois être l'homme que j'aime. Mais voilà. Je me fige sur place. Ce sourire, il est charmeur, mais ce n'est pas celui de Harm.
Le jeune officier me sourit largement et me tient encore contre lui. Je vois ses yeux se poser sur mes décorations. Lui aussi pâlit. Il s'éloigne sans me lâcher.
-Puis-je vous aider Colonel?
-Euh…oui, pourriez-vous me donner ma béquille, s'il vous plait? Demandais-je timidement.
Il me sourit et se baisse pour la ramasser ainsi que les papiers qu'il avait fait tomber. Je le vois un moment au sol. Je vois son regard sur moi, sur mes jambes. Je souris intérieurement. Je peux encore plaire, en effet. Et cet homme semble se foutre complètement des règlements. Tiens, il me rappelle quelqu'un...
Il se redresse enfin et me rends ma béquille.
-Merci.
-Je vous en prie. Vous cherchez quelqu'un peut être? Je peux vous aider si vous voulez…Lieutenant Vukovic, me dit-il en me tendant la main.
Alors, voici le fameux Vukovic dont m'a tellement parlé Harm. Je comprends mieux.
-Je vous remercie, je connais le service, j'y ai travaillé quelques années, je viens voir le Général Creswell, j'ai rendez-vous.
-Vous êtes le Colonel Mackenzie?
-Euh…oui.
-J'ai beaucoup entendu parlé de vous, surtout par le Capitaine Rabb. Il m'a fait beaucoup d'éloges à votre sujet Madame.
-Ah oui, vraiment?
Je me sens rougir. Ca me fait plaisir, bien entendu, mais je ne pensais pas que Harm parlait de moi de cette manière.
-Oui, il m'a affirmé que je ne serais sans doute jamais un avocat digne de ce nom avant de vous avoir affronté dans un tribunal. Il dit que vous êtes redoutable…mais je ne pensais pas que vous étiez si belle.
Je le regarde avec des yeux ronds. Non, mais il est sans gêne! Je rêve. Je suis flattée, mais tout de même, je suis un officier supérieur, de quel droit s'autorise t-il de telles familiarités?
Je lui souris mais ne réponds pas. Je ne sais pas ce que je pourrais lui répondre de toute manière.
-Ex…excusez-moi Lieutenant, mais je dois voir le Général, il m'attend.
-Je vous en prie Madame, et si jamais vous cherchez une personne à qui vous mesurez dans un tribunal, je serais ravi d'être cette personne.
-J'y penserais…
Il me fait un clin d'œil et se dirige vers l'ascenseur. Je reste encore sur place quelques instants. Harm avait raison. Cet homme est un coureur de jupon usant de son charme pour obtenir ce qu'il désire. Bien sûr, je viens de le rencontrer, je ne devrais pas me faire une idée bien arrêtée après une seule rencontre, mais quelque chose me dit que je ne dois pas me tromper. Il a tout l'air d'être la personne dont on s' est fait l'idée à première vue. Il lui ressemble. Je souris et me décide enfin à pousser les portes vitrées.
J'arrive sur le plateau, animé comme à son habitude. Je revois des visages connus, d'autres non. Harm m'a dit que les choses ont changées. Certains sont partis, d'autres les ont remplacés, ainsi va la vie, au JAG comme autre part. Je salue les personnes que je connais encore. Ils prennent de mes nouvelles. Je jettes un regard vers le bureau de Harm. Jennifer arrive à ma hauteur en souriant.
-Bonjour Madame, comment allez-vous? Le Capitaine Rabb nous a dit que vous aviez quitté le centre de rééducation.
-Bonjour Jen, oui j'ai fini ma rééducation à proprement parlé. Je dois encore y aller régulièrement, mais les choses sont sur la bonne route.
Elle me sourit. Elle suit mon regard vers la porte fermée du bureau de mon ancien coéquipier.
-Le Capitaine est en salle de conférence Madame, il s'entretient avec l'avocat de la partie adverse dans l'affaire Clark.
-Mm…
-Le Général vous attend, il m'a demandé d'aller voir si vous étiez bien arrivée.
-Oui, j'arrive.
Je quitte des yeux ce que je regardais depuis un moment et je suis la jeune femme doucement jusqu'au bureau de mon ancien CO.
Elle m'annonce et je rentre. Jennifer se retire et ferme la porte derrière elle. J'essaie tant bien que mal à me mettre au garde-à-vous. Il me sourit et me dis que c'est bon. Il est ravit de me voir et de voir que je remarche presque comme avant. Harm lui a beaucoup parlé de moi. Il a prit de mes nouvelles par lui.
-Asseyez-vous Colonel.
Je m'exécute en silence et pose les béquilles contre le fauteuil où je me trouve. Il se positionne devant moi, contre le bureau et me regarde avec intérêt.
-Comment allez vous?
-Bien Monsieur, dis-je en souriant.
-Vous devez vous demandez pourquoi je vous ai fait venir?
-Oui, un peu Monsieur.
-Comment se passe votre rééducation?
-Bien, les médecins sont optimistes, d'ici deux mois je devrais avoir retrouvé mon autonomie d'avant.
-C'est une excellente nouvelle, vous m'en voyez ravi.
Je lui souris et il s'éloigne. Il se tourne vers la fenêtre et regarde au dehors quelques instants. Il se retourne enfin vers moi et me sourit.
-Colonel, j'ai une proposition à vous faire. Je sais que ces derniers mois ont été dur pour vous et je sais que vous avez remit votre carrière en doute. Mais je pense que vous devriez y réfléchir à deux fois.
-Monsieur, je ne sais pas si revenir au JAG serait une bonne chose. Avoir eu cet accident m'a permit de reconsidérer ma vie, de la voir autrement. J'ai tournée une page, je ne sais pas si je pourrais revenir ici, les choses ont changées, sans moi. Je ne crois plus y avoir ma place.
-Non, il est évident que vous n'avez plus votre place ici, le Capitaine Roberts à prit votre bureau. Mais à dire vrai, je ne pensais pas au JAG, Colonel.
-Alors…
-Un poste à San Diego a été créé. Un poste important. Il rassemble l'Armé et la Marine sous un seul Commandement. C'est en quelque sorte un banc d'essai. Nous avons besoin d'officiers compétents pour s'en charger. Vous êtes en tête de liste.
-Moi? Mais Monsieur, je ne suis plus au service actif depuis le mois de Décembre.
-Mais vous ne garderez aucune séquelle de votre accident.
-Non, mais. Il…il faut que j'y réfléchisse Monsieur.
-Avez-vous des obligations quelconque?
-Non, pourquoi?
-Je ne sais pas…j'ai posé la même question au Capitaine Rabb, lui aussi doit y réfléchir, il m'a dit qu'il avait des obligations personnelles.
-Le poste pour San Diego lui a été également proposé?
-Il n'est pas candidat à ce poste, en revanche…il est en première place pour devenir JAG en Europe.
-En Europe Monsieur?
-Oui, à Londres.
Je ne crois pas ce que je viens d'entendre. Il nous sépare de plus de 10 000 kilomètres. Comment peut il faire ça? Il ne peut pas nous séparer. Personne ne pourrait le faire. Je le refuse, pas cette fois, pas maintenant.
-Je vous laisse réfléchir à ma proposition, je conçois parfaitement que cette nouvelle puisse avoir des conséquences sur votre vie ici. Mais il me faut une réponse rapidement.
-C'est évident Monsieur, mais…je crois déjà connaître ma réponse.
-Vous ne voulez pas y réfléchir davantage?
-Non, je n'ai pas à y penser davantage Monsieur, ma décision est prise…Je suis navrée mais, je préfère refuser cette proposition.
-Cette page est définitivement tournée alors?
-J'en ai peur…Je préfère donner ma démission et laissé ma place à un autre officier.
Il me regarde en silence. Il ne semble pas comprendre, il ne peut pas comprendre, alors pourquoi tenter de lui expliquer? Il ne comprendrait pas que j'aime Harm plus que ma carrière, qu'il est temps pour moi de ne plus penser qu'à lui, qu'à notre avenir, surtout après sa demande, je serais folle de renoncer à lui et à son amour pour un poste à l'autre bout du pays. Je n'ai pas besoin d'y réfléchir, je sais ce que je veux.
-Si telle est votre décision, me murmure le Général, je ne vous retiens pas.
Je me lève. L'entretien est terminé.
-Je vous souhaite bonne chance Colonel…Néanmoins, si vous changez d'avis, je vous laisse deux jours.
-Merci Monsieur.
Il me sourit et je me mets au garde-à-vous un court instant avant de me reposer sur mes béquilles à nouveau. Je sors de son bureau et referme la porte derrière moi. Je respire profondément, j'espère ne pas avoir fait d'erreur. Mais après tout, j'ai deux jours.
Je rejoins le plateau. Harm entre dans son bureau. Il ne m'a pas vu. Je dois aller lui parler. Maintenant. Sans attendre. Il doit savoir.
Je me dirige doucement vers son bureau et je toque doucement. J'entends sa voix s'élever derrière la porte. Je l'ouvre. Harm se trouve à son bureau. Il n'a pas levé les yeux. Je souris et reste dans l'embrassure, en silence. Il finit par me regarder. Lorsque je croise son regard, il me sourit.
-Tu as fini avec le Général?
-Oui.
-Et alors? Que voulait-il?
-Me parler d'une chose importante.
Je rentre et ferme la porte derrière moi. Je ferme les stores également. Nous avons besoin d'un peu d'intimité. Harm me regarde avec des yeux ronds, sans rien dire.
Je m'avance jusqu'aux fauteuils et je m'y assoie.
-Harm…j'aimerai qu'on parle.
-Je t'écoute.
-Non, pas que JE parle, que nous le faisons tous les deux.
Il me regarde un instant et soupire. Alors, il se lève et fait le tour du bureau. Il s'assoie sur le siège à côté de moi et me regarde intensément. Nous restons silencieux quelques temps. Harm me prend la main. Il la caresse tendrement.
-Tu veux commencer par quoi? Ce que je t'ai demandé ce matin ou ce qu'il s'est passé dans le bureau du Général?
-Les deux sont un peu liés…Tu ne m'avais pas dis qu'il t'avait proposé un poste important à Londres.
-Je ne l'ai pas fais parce que je n'ai pas encore pris ma décision.
-Tu comptais la prendre sans moi?
-Je ne sais pas, Sarah…Je ne sais pas si tu veux partager ta vie avec moi, je ne sais pas si tu me suivras si je partais là bas.
-Il m'a proposé un poste à San Diego, dis-je dans un souffle en regardant le sol.
-San Diego? C'est toi qui a le poste?
-Il en a parlé?
-Oui, mais personne ne savait que c'était toi…Sarah, c'est une excellente nouvelle.
Je lève les yeux vers lui. Il me sourit.
-Non, ce n'est pas une bonne nouvelle.
-Je sais que tu voulais quitter l'armée après ce qu'il s'est passé, mais c'est une chance…tu ne devrais pas la laisser passer.
-Je ne veux pas de cette chance, je ne veux pas de cette carrière, je veux tout autre chose, je veux vivre pour moi. Et pour toi. Tu dois accepter ce poste à Londres Harm. Tu le mérite.
-Non, non je n'en veux pas.
Il me quitte du regard un instant et défait les ailes dorées qui se trouvent sur sa poitrine. Il les prend dans sa main et les pose délicatement dans ma paume. Je le regarde sans comprendre. Que fait-il?
-Voici mes ailes…elles sont à toi. Fais en ce que tu souhaite.
-Harm, je ne peux pas.
-Si, si tu peux. Tu possède déjà mon cœur et mon âme, voici mes ailes. Je les sacrifie pour toi. Je les briserai sans hésitation pour te garder avec moi.
-Ne fais pas ça…Tu es pilote, Harm. Ces ailes sont toute ta vie.
-Tu es toute ma vie Sarah…
Je le regarde un moment dans les yeux, puis je caresse le métal entre mes doigts. Il ne peut pas faire ça, il ne doit pas.
-Tu n'as donc pas encore compris? Dis-je dans un murmure en sentant les larmes me monter aux yeux. Harm, je n'ai jamais voulu que tu brise ta carrière et tes ailes pour moi, seulement j'ai toujours souhaité une chose; que tu sois prêt à le faire. Ca fait toute une différence.
Je le regarde à nouveau et je ne peux m'empêcher de caresser sa joue.
-Et tu l'as enfin fait…Je t'aime Harm, alors, promets-moi une chose.
Je lui remets sa décoration sur son uniforme et la caresse un instant avant de le regarder une nouvelle fois.
-Promets-moi de faire attention lorsque tu te trouveras dans les airs, promets-moi de rentrer chaque soir chez nous, promets moi de ne jamais me laisser, de ne jamais laisser une veuve derrière toi. Tu auras une épouse qui t'aime qui t'attendra à la maison, alors, reviens entier s'il te plait.
-Une…une épouse? Tu…tu veux m'épouser? Tu le veux vraiment?
- A ton avis?
Je lui souris et l'embrasse tendrement.
-Oui, je veux devenir ta femme, Harm…et j'espère que tu as une belle bague.
Il me sourit et fourre sa main dans sa poche. Il en sort le petit écrin sombre que j'avais vu ce matin même. Harm l'avait gardé toute la matinée dans sa poche.
-J'espère qu'elle te plaira, dit-il en l'ouvrant, elle appartenait à ma mère. Mon père la lui avait offerte, elle tenait à ce qu'elle aille à la femme de ma vie.
-Elle est superbe…dis-je les larmes aux yeux.
Harm me sourit et prend la bague en argent, sertie d'une petite pierre sombre. Il la passe à mon doigt et me regarde tendrement.
-Je t'aime Sarah, et je t'aimerai jusqu'à mon dernier souffle.
Nous nous sourions et nous nous embrassons. Nous quittons la Terre ferme. Nous sommes dans notre monde, à tous les deux. Un monde qui n'appartient qu'à nous, un monde que nous construisons depuis des années et dans lequel nous pouvons enfin être heureux. Ensembles, unis, pour toujours. Enfin.
