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Chapitre 3

« Of Dancing and Chills»

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Il était une fois un modeste village au milieu d'une vieille forêt. Celui-ci était situé au bout d'un long et sinueux chemin qui nécessitait un grand nombre de jours de voyage pour en atteindre la fin. Ce n'était pas un grand village, assez petit au contraire de sorte à ce que tout le monde était familier avec autrui. Les gens du village y menaient une vie modeste. Chacun y avait un travail, un devoir, afin de s'assurer que leur communauté vivait confortablement et ne désirait pas plus que ce qui leur était nécessaire.

Ils s'entraidaient pour élever les enfants des uns des autres, donnaient généreusement à leurs voisins ce qu'ils pouvaient offrir en cas de besoin, et se réunissaient pour prier quand un membre de leur communauté tombait gravement malade.

C'était un endroit où il faisait bon vivre. Ou, du moins, en apparence ...

Alors que le village et ses habitants semblaient vivre dans le plus simple appareil, sans que rien d'inhabituel n'ait lieu dans leurs vies, les villageois gardaient, en réalité, un secret épouvantable. Si celui-ci était découvert, ils seraient tous condamnés.

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Et c'est ainsi que l'amitié entre un prince et une servante avait commencé. Le couple passait une grande partie de temps en compagnie l'un de l'autre. Ils se faisaient la lecture l'un l'autre, mais la plupart du temps, ils se retrouvaient pour parler. Uniquement pour parler. A propos de tout et de n'importe quoi. Pour Rosa, Loki était la personne la plus fascinante qu'elle eût jamais rencontrée. Sa vie était totalement différente de tout ce qu'elle avait vécu et elle se délectait de chaque mot qu'il prononçait, à propos de son mode de vie, de ses traditions et en particulier, de sa magie.

Et pour Loki, Rosa était une bouffée d'air frais. Il était complètement et totalement obnubilé par elle. Pour la première fois, il se trouvait vraiment captivé par la façon dont les gens du royaume d'Odin vivaient, chose dont, en toute honnêteté, il ne s'était auparavant jamais soucié. Son enthousiasme pour la vie était véritablement contagieuse, il riait vraiment avec elle, et partageait des choses qu'il n'aurait jamais fait avec une autre âme. Qu'est-ce que cette femme lui avait fait ?Quand il était avec elle, il se sentait enfin lui-même...

— Qu'est-ce que cela fait d'être le fils du roi ?, demanda Rosa, couchée sur le ventre, tout en se calant sur ses coudes. J'imagine que c'est une vie remplie de glamour et de richesses ... de fêtes ... de nourriture et de vin ... d'aventure ... de liberté ...

Loki lui adressa un mince sourire car le regard de Rosa était vague, perdu dans ses pensées, un sourire dansant sur ses lèvres.

— Dans un sens, je suppose que oui ..., répondit Loki. Nous sommes servis, chacun de nos caprices attendant d'être ...

Rosa roula des yeux.

— Croyez-moi, je le sais fort bien.

— Pour le moment, je n'ai nul besoin, souffla Loki, un doux sourire affiché sur le visage.

— J'étais juste en train de vous taquiner. Bien sûr, je ne peux pas nier ma jalousie à votre égard, Monseigneur. Qu'est-ce que je donnerai juste pour voir la façon dont vous vivez, juste une journée.

Loki lui offrit un léger sourire.

— Eh bien, ce n'est pas exactement ce que vous pensez. Comme pour toutes choses, il y a des inconvénients.

— Ahhh, vous voulez dire les responsabilités ? Le fardeau de la couronne ..., sourit-elle, tout en se reposant sur lui. Le poids de l'ensemble du Royaume reposant sur vos épaules.

Loki serra la mâchoire, fixa le mur, et lui dit sur un ton amer.

— Non, ce n'est pas mon cas.

Rosa le regarda alors qu'il baissait les yeux pour regarder ses mains, la colère affichée sur son visage.

Pendant un certain temps, aucun des deux ne parla.

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Au bord du village, non loin, se trouvait une maison. Une maison qui, à première vue, ressemblait à celles des alentours. Modeste, en bois, une petite cheminée au-dessus de son toit en pente. Si l'on regardait les choses de loin, mêmes nos propres yeux ne voudraient pas s'attarder sur elle.

Les enfants du village, bien qu'ils avaient été mis en garde de ne jamais s'en approcher, concouraient pour voir lequel pourrait le plus s'en approcher sans être saisis par le froid. Il y en avait qui affirmait avoir vu un petit garçon courir et toucher le côté de la maison. Ils racontaient que le garçon avait poussé un cri terrible puis était revenu avec les mains couvertes d'horribles brûlures. L'histoire semblait inspirer assez de craintes chez les jeunes enfants qui avaient osé avancer près de la maison pour qu'ils ne s'en approchèrent plus jamais à moins de quatre mètres.

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— Ma mère tressait des fleurs dans mes cheveux et me chantait les chansons de nos aïeux, sourit Rosa. Quand je pense à elle...je pense à sa chaleur. C'est comme si elle était constituée de cela.

— Elle a l'air extraordinaire.

— Oui ... elle avait l'air.

Loki fronça les sourcils.

— Elle avait ?

Rosa le regarda, l'air affligé.

— Elle est décédée ... la maladie l'a emportée.

— La maladie ? Mais c'était une Asgardienne.

— C'est rare, mais pas impossible. En vérité, je crois que c'était la mort de mon père qui l'a emportée. Il est mort dans la bataille, en luttant aux côtés de votre Père contre les Géants du Givre. Vous voyez ... elle ne pouvait pas le supporter... Je pense qu'elle est morte à cause de son cœur brisé.

Loki la regardait en silence. La tristesse avait transformé ses traits. Il s'agissait d'une expression que Loki n'avait jamais vue auparavant sur son visage et qu'il ne voulait jamais revoir.

— J'étais jeune quand elle s'en est allée ... et je me suis jurée que je ne tomberai jamais amoureuse. Je voudrais ne jamais souffrir de la même douleur.

Rosa leva les yeux.

— Mais alors que le temps passait, le mal s'est estompé ... des souvenirs me sont revenus. je me suis souvenue quand ils étaient ensemble, de leurs rires et de leurs joies. la façon dont mon père regardait ma mère. La façon dont elle devait seulement toucher sa main pour le calmer quand il était en colère. ..et avec le temps, je me suis rendue compte que si l'amour pouvait briser votre coeur, comme ça, ... peut-être que ça valait le coup pour vivre ses souvenirs ... et maintenant je veux plus que tout ... un amour comme le leur ...

Le couple se regardait l'un l'autre pendant un certain temps avant que Rosa ne rougisse et ne se détourne.

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Ce que les adultes ne disaient pas aux enfants qui jouaient dans la cour, c' était qu'il y avait un grand mal résidant dans cette maison. Une femme. Si elle pouvait être appelée de cette manière.

Pendant toutes les années où cette femme avait vécu parmi ces gens, aucun d'eux n'avait jamais entendu sa voix. Peu d'entre eux l'avaient vu. Mais, ceux qui l'avaient vu avaient été changés à jamais. Ils marchaient avec les épaules voûtées, traînant des pieds. Sous leurs yeux, des poches noires. Leurs peaux presque suspendus à leurs os, car ceux qui avaient regardé la femme, qui résidait dans la maison glaciale, étaient poursuivis par des souvenirs ancrés à vie dans leurs têtes.

Ils tournaient en rond, telles des carcasses des personnes qu'ils avaient été autrefois. Des cauchemars les privaient de sommeil. Et leurs consciences leur jouaient toujours des tours jusqu'aux images ... de terribles images du visage de la femme. Un visage sans yeux. Son visage était un désert aride jaunâtre, sa peau ridée en décomposition. Sa bouche et son nez avaient été parfaitement placés comme tout le monde, mais là où ses yeux auraient dû être, il n'y avait rien, excepté un morceau de peau répugnant qui partait de sa ligne de cheveux ; toujours à l'ombre et pourtant, vêtue en permanence d'un manteau en loque sur elle.

Ses lèvres noircies étaient toujours étirées en un sourire entendu. Certains disaient que, dans les ténèbres de la nuit, uniquement lorsque la lune était pleine, le ricanement de la femme résonnait dans tout le village, porté par un vent inexistant. Il emplissait d'effroi et d'un pressentiment inexplicable tous ceux qui l'entendirent ; la femme avait regardé vers l'avenir et elle n'avait rien vu, sauf le malheur et le désespoir ... et elle avait apprécié ce qu'elle y avait vu.

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— Maintenant, placez votre main sur mon épaule, ici.

Rosa fit ce qu'il lui dit, un large sourire sur son visage. Loki avait une main au niveau de sa ceinture et il plaça sa main libre dans son autre main, à hauteur des épaules. Il l'avait fait à de nombreuses reprises, c'était évident. Sa posture avait complètement changé. Il avait l'air puissant et fier, Rosa se rappela, une fois de plus, qu'il était célibataire.

— Maintenant, il suffit de suivre mes mouvements. Je vais guider et il vous suffit de me suivre.

Rosa laissa échapper un petit rire et regarda ses pieds tandis que Loki commença à effectuer des mouvements, son déplacement se faisant en des mouvements réguliers. Il se mouva avec élégance, et Rosa était certaine que s'il ne l'avait pas maintenu à la taille, elle n'aurait pas mieux fait.

— Essayez de ne pas regarder vos pieds, la conseilla-t-il. Maintenez votre menton levé ... vous dégagerez une aura de confiance.

— Même si je ne suis pas du tout sûre de moi ?, déclara Rosa, entre quelques regards vers ses pieds.

— Bien sûr.

Loki la fit tourner et elle rit à nouveau.

Une grande Fête Royale devait avoir lieu d'ici deux jours, et l'événement était si important que toute femme de chambre, qui pouvait être engagée, s'était vue attribuer des fonctions supplémentaires en vue de la préparation du Banquet. On avait assigné à Rosa l'aide à la préparation du banquet et, bien qu'elle n'eut qu'un temps restreint pour se reposer, elle n'avait pas pu résister à la tentation de se faufiler dans la bibliothèque, dans l'espoir de rencontrer Loki. Il était là à l'attendre.

Rosa lui avait avoué son enthousiasme concernant la prochaine Fête. Bien qu'elle n'y serait présente qu'en tant que serveuse pour ceux qui s'y sustenteraient, elle avait toujours aimé ces événements. Elle était impatiente de voir la danse du Dieu et de faire la fête.

— Je n'ai jamais appris à danser, dit-elle, tout en tournant dans des cercles désordonnés et maladroits. Mais je ne pense pas que ce soit une prouesse impossible à apprendre en regardant.

Ce fut à ce moment que Loki resta immobile sans un mot puis il se dirigea vers elle et l'empoigna à la taille, lui montrant quels étaient les mouvements appropriés. Et c'est ainsi que Rosa vint se placer si près du prince, en partie concentré sur son jeu de jambes, mais surtout priant pour qu'il ne puisse pas entendre, avec cette proximité, à quel point son cœur battait.

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Il faisait chaud et ensoleillé le jour où le plus terrible événement eut lieu. Des oiseaux chantaient de leurs arbres, les enfants riaient et dansaient, et les sourires ornaient les visages de tous ceux qui se tenaient dans la cour principale de la ville. Ce jour-là était tout ce qu'il n'aurait pas dû être. Et tout le monde dans le village s'en rendit compte quand le bruit des charnières rouillées de la maison froide grincèrent en s'ouvrant pour la première fois en trois décennies.

Tous se retournèrent vers l'origine du bruit. Ils étaient tous soudainement devenus frigorifiés malgré le soleil qui tapait sur eux. Le chant des oiseaux brusquement cessa. Tous ceux qui se tenaient debout, semblables à des morts, restaient pour sauver quelques jeunes enfants qui couraient se réfugier dans les bras de leurs mères.

Silencieux, ils observaient tandis que la vieille femme sortait de sa maison, en boitillant, et se dirigeait vers la foule.

Quand elle les rejoignit, personne ne parla. Ils étaient seulement accrochés les uns aux autres par la peur dans leurs cœurs. La tête de la femme était penchée et tout le monde pouvait voir ses lèvres noircies étirées en un hideux sourire.

Elle ne leva pas les yeux.

Elle ne parla pas.

Elle montra une petite fille, puis déroula lentement son doigt pour faire signe à l'enfant de s'approcher d'elle.

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Une envie indéniable bouillonnait à l'intérieur de Rosa alors qu'elle se tenait à sa place dans la Salle des Banquets alors que le plus puissant des Dieux entra dans la salle. La tenue bleue pâle de serveur qu'elle portait avait l'air ridicule par rapport aux habits merveilleusement beaux du Dieu. C'était comme s'ils tentaient de faire en sorte que les domestiques soient aussi éloignés que possible des Invités du Banquet.

C'est votre rang, ne l'oubliez pas.

Rosa ne put s'empêcher de sentir un afflux de chaleur remonter lentement dans son cou, alors que Loki entrait dans la salle. Gênée, elle baissa la tête. Ses sentiments affectueux envers le Dieu de la Malice l'ébranlaient de manière absurde. Elle ne savait pas ce que lui voulait d'elle, mais à regarder les belles femmes — parées de leurs plus beaux vêtements et bijoux, se mouvant avec une allure gracieuse et confiante —, Rosa était certaine que c'était beaucoup moins important que ce qu'elle s'était laissée croire.

Elle espérait seulement qu'elle continuerait de passer inaperçue pour le reste de la soirée.

Elle fut tirée de ses pensées par un tiraillement doux sur sa jupe. Elle se tourna et trouva un petit garçon à côté d'elle.

— Je vous demande pardon, mademoiselle, dit l'enfant d'une petite voix. Je ne suis pas vraiment sûr que vous vous en souveniez, mais, à la dernière fête, vous m'aviez pris à part, à la demande de mon père, et vous m'aviez raconté des histoires ?

Rosa sourit au garçon.

— Comment pourrais-je oublier, jeune monsieur ? Miklor, le jeune Dieu des Lunes.

Le garçon rayonnait, mais il réprima avec beaucoup d'effort un sourire, ne voulant pas paraître trop impatient.

— S'il vous plaît Madame, pourriez-vous m'en raconter une autre à moi et mes amis ? Peut-être une sur les dragons ?

— Je ne vois pas de plus grand honneur, répondit-elle.

Le garçon sourit à nouveau, tout en lui prenant la main pour l'entraîner vers un groupe d'enfants qui attendait.

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L'enfant ne bougea pas ; au contraire, elle recula dans les jupes de sa mère à laquelle elle s'agrippa.

La femme lui fit à nouveau signe et l'un des hommes, le plus fort du village, avança devant la mère et l'enfant terrifiés, bloquant la voie à la sorcière. Il se contenta de hocher la tête, laissant savoir qu'elle ne pouvait pas l'avoir.

La vieille femme était imperturbable, elle continua juste de recourber doigt, sommant l'enfant à avancer. Alors elle se mit à fredonner. Le son n'était en aucune façon agréable, il était grave et guttural. C'était comme si quelque chose, au fond d'elle, broyait contre ses os pour produire le bruit.

La jeune fille s'écarta brusquement de sa mère, les yeux vitreux. Sa mère saisit le bras de l'enfant mais c'était trop tard, la jeune fille se traîna de manière répugnante et lente, attirée vers la chanson de la vieille femme comme si elle était un mort-vivant. Quand elle la rejoignit, elle prit volontairement la main de la vieille femme et, ensemble, elles retournèrent à la maison glacée de la femme.

Le village entier cria en signe de protestation, hurlant le nom de la jeune fille et la suppliant de revenir à sa mère. Ce fut l'homme qui lui avait résisté, dans l'espoir de la protéger qui se précipita en avant et planta sa hache dans la tête de la vieille femme. Le silence se fit après la fissuration sur son crâne.

Mortifiée, la foule émit des hoquets quand la vieille femme se tourna vers lui. Elle se releva et sortit avec une grande facilité la hache de l'endroit où il l'avait planté. Enfin, elle leva la tête, et bien que l'homme voyait qu'elle n'avait pas les yeux, il savait qu'elle le regardait droit dans les yeux.

La femme essuya ses doigts dans le sang qui coulait sur son visage et tendit la main vers son agresseur, lui barbouillant le front et la joue. L'homme tomba instantanément à genoux et poussa un cri d'agonie à glacer le sang.

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Les enfants étaient assis en groupe aux pieds de Rosa la regardant sans ciller avec de grands yeux. Miklor s'assit sur ses genoux, balançant ses jambes avec enthousiasme quand Rosa tendit les bras et imita les terribles griffes de la bête dans son histoire. Les enfants riaient avec elle, haletaient, poussaient des cris excités, et frappaient dans leurs mains. Ils étaient envoûtés par les héros de son histoire ; le frère et la sœur courageux qui s'étaient unis pour tuer le féroce dragon qui se cachait dans les profondeurs d'une grotte en-dehors de leur village.

Le bruit que le petit groupe d'enfants produisait commençait à empirer et attirait l'attention de beaucoup de dieux et de déesses présents. Ils observaient avec des regards désapprobateurs. Personne n'avait assigné à la domestique la tâche de s'occuper des enfants, elle avait évidemment des fonctions qu'elle négligeait. Quel culot !

— Elle doit être fouettée, murmura l'une des femmes qui la regardaient.

Les yeux de Loki les fusillèrent en entendant ces mots, ceux qui étaient là avec la femme à acquiescer. Loki se leva immédiatement et se dirigea vers Rosa et les enfants. Sa mâchoire était étroitement serrée. Rosa le vit arriver, inconsciente des regards des autres dans la salle rivés dans sa direction.

— Ah, il semble que le prince Loki soit venu se joindre à nous pour le reste de notre histoire !, s'exclama Rosa à l'égard des enfants en souriant. Mais, quand elle leva les yeux vers lui, elle rencontra un regard froid.

Loki ricana.

— Un prince d'Asgard n'a pas le temps pour des histoires stupides, en particulier quand des invités sont négligés.

— Je ne voulais pas vous offenser, Mon Seigneur, dit-elle calmement.

Son sourire avait disparu.

— Je me réfère à ceux que vous devez servir, femme. Vous êtes assise ici à jouer avec les enfants pendant que les coupes des dieux doivent être remplies. Vous croyez-vous au-dessus des fonctions auxquelles vous êtes assignée ?

Les sourcils de Rosa se froncèrent. Maintenir un contact visuel avec Loki était difficile avec la manière dont il la regardait.

— Bien sûr que non, répondit-elle. Vous savez que ce n'est pas être vrai ...

— Je ne saisis pas ce que vous voulez dire, domestique,répondit cruellement Loki. Cela dit, je pense qu'il serait mieux que vous retourniez à vos tâches avant que je ne perde patience.

Rosa le regarda sans un mot. Alors qu'elle déplaçait Miklor de ses genoux, elle essayait d'ignorer la douleur dans sa poitrine. Loki ne l'avait jamais regardée de cette manière auparavant, elle était sûre qu'elle avait vu une véritable haine dans ce regard froid.

— Vous ne voulez pas finir l'histoire, madame ?, demanda Milkor en pressant sa main.

— Peut-être une autre fois, mon petit, lui assura-t-elle avec douceur avant de se tourner vers Loki et de s'incliner. Je m'excuse pour mon comportement, Mon Seigneur, cela ne se reproduira pas.

Elle s'éloigna sans un mot.

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L'homme retira ses mains de son visage pour révéler la chair brûlée au point qu'il ne restait plus que les os. Sa peau continuait de brûler l'ensemble de son corps et ses cris déchiraient l'air, redoublant d'intensité quand il vit, de ses propres yeux, la chair de sa main fondre, ne laissant rien de plus que l'os.

Il pria pour sa mort.

Tous ceux qui se précipitèrent pour l'aider, tous ceux qui touchaient l'homme, produisaient d'horribles cris car leurs propres corps commençaient à brûler, partant de leurs doigts pour se prolonger jusqu'à leurs membres.

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Rosa entra dans la Salle réservée aux Serveurs où l'on s'affairait à la préparation du banquet. Elle prit de grandes respirations pour se calmer. Ses yeux. Ils avaient été si froids. Rosa frissonna.

— Rosa, fit une voix derrière elle.

Rosa se retourna vers la voix. Il y avait là Lyora, une autre des domestiques, qui servait au banquet.

— J'ai été témoin de ce qui s'est passé, dit-elle à Rosa. Comment te sens-tu ?

Rosa hocha la tête.

— Je vais bien, Lyora ...

Lyora souffla et posa ses mains sur ses hanches.

— C'est un homme au fond méchant, ce prince, murmura-t-elle farouchement. Honnêtement, je me demande parfois, comment quelqu'un d'aussi bon qu'Odin a pu engendrer un fils aussi détestable. Déloyal et sournois. Et une langue magique, rien que ça ! Tout le monde sait qu'on ne peut pas faire confiance aux lanceurs de sorts et voilà ! Il y en a maintenant un, le second prétendant au trône d'Asgard !

— Vous feriez bien de ne pas dire du mal de la famille du Père de Toutes Choses, déclara à voix basse Astril, une autre servante. Notamment de ceux qui se trouvent à moins de quinze mètres de nous !

Lyora s'en moquait.

— Je ne m'en inquiète pas. Ils sont tous bien trop occupés avec leurs boissons. Ils n'entendent même pas la voix de l'Assistance à moins que nous ne servons d'autres côtes de porc.

Rosa sourit à son amie, elle se demanda un instant si elle devait lui parler de son cas ... des rencontres avec Loki, mais elle se ravisa. Preuve à l'appui, car c'était, de toute façon, fini. Rosa n'était pas une imbécile, elle aurait à se comporter différemment — plus respectueusement — par rapport à lui en public. Cependant, elle n'avait pas réalisé, que Loki nierait qu'ils se connaissaient. Elle ne pensait pas que le simple fait d'être auprès d'elle serait si honteux. Elle avait eu tort.

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Bientôt, une demi-douzaine de villageois se tordait de douleurs par terre car leur chair brûlait. Et une atroce révélation vint à tous ceux qui étaient là : ces gens ne mouraient pas. Cette malédiction n'avait pas l'intention de les tuer. La sorcière voulait juste les faire souffrir.

Des cris d'agonie remplissaient l'air et beaucoup fuyaient la scène, complètement pétrifiés. Un ancien du village eut finalement pitié de ceux qui se tordaient devant lui. Il ramassa la hache qui avait été plantée dans le crâne de la sorcière et, un par un, il décapita les membres de leur village maudits jusqu'à ce qu'un silence assourdissant régna dans toute la ville. Le seul bruit qui se fit entendre fut le crissement des charnières rouillées lorsque la femme rentra chez elle, l'enfant avec elle.

Les quatre jours qui suivirent, la ville fut recouverte d'un brouillard inquiétant et les cris de la petite fille résonnaient dans les ténèbres. Aucun habitant ne lui porta secours, pas après avoir été témoin de ce que la sorcière était capable de faire.

Le cinquième jour, la ville entendit le grincement des charnières rouillées et ceux qui osèrent jeter un regard par leurs fenêtres virent la jeune fille en sortir seule. Lentement, ils s'avancèrent, à quelques pas de leurs portes, et la regardèrent se diriger vers eux.

Elle m'a fait boire son sang ... et maintenant elle va dormir, dormir aussi longtemps que je vivrai jusqu'à mes dix-huit ans, murmura la jeune enfant. Sa voix était éteinte et les larmes débordaient de ses yeux.

Les villageois se regardèrent les uns les autres ... et un sentiment d'incompréhension circulait entre eux.

Est-ce le mal incarné ou est-ce une pure inspiration?

Les gens qui avaient vécu dans cette ville au bout d'un chemin long et tortueux ne savaient pas si leurs actions honteuses étaient les bonnes à prendre ce jour-là. Sacrifier l'un des leurs dans le but de protéger un grand nombre d'entre eux ... cela semblait un choix aisé. La jeune fille n'avait seulement que trois ans, ils la maintinrent au sol ; un homme soulevant une hache au-dessus de sa tête, elle pleura, supplia et appela sa mère. Leurs vies furent à jamais changées à partir de ce jour, et pas un instant passait sans que les gens du village n'en fussent saisis de honte.

La maison de la sorcière ne dégagea plus un courant d'air froid, mais cela resta ainsi pour toujours. Les villageois n'avait jamais été vraiment certains de leurs actions concernant ce jour fatidique, mais lorsque ce fut la pleine lune et ils se rappelèrent les terribles bruits qu'ils avaient l'habitude d'entendre, ils savaient dans leurs cœurs que si les mêmes événements se réitéraient, ils recommenceraient.

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Loki referma le livre et le posa sur ses genoux, le regard dans le vide. Il était allé dans la Grande Bibliothèque au moins une bonne douzaine de fois depuis le Banquet Royal et pas une seule fois il n'y avait aperçu Rosa. Cette journée fut la seule fois où il y eut un signe de sa présence. Un seul livre laissé pour lui à l'endroit où ils avaient lu ensemble. Une histoire de sorcière sans yeux.

Loki laissa échapper un profond soupir. Il savait pourquoi elle avait laissé ce conte pour lui. C'était un message ; les histoires n'avaient pas toujours une fin heureuse.