Un gros merci à tous pour vos reviews, mise en alerte, favoris etc. à chaque fois ça me fait vraiment plaisir :)
J'espère que ce chapitre vous plaira il est un poil plus sombre que les autres donc n'hésitez pas à me laisser votre avis !
Bonne lecture !
Chapitre 03 - Mars
Lorsque le réveil sonna en ce 1er mars, Sam se réveilla en sursaut et chercha à tâtons son téléphone la tête toujours enfoncé dans l'oreiller. Ledit téléphone finit par tomber de la table de nuit pour finir sa course sous le lit et cette fois-ci Sam fut bien obligé de se lever. Il maugréa, marmonna deux ou trois insultes et finit par attraper l'objet infernal.
Saleté de téléphone.
Dean était déjà levé et s'activait dans la salle de bain en chantant – braillant – « Back to Black » de AC/DC. Finalement la sonnerie immonde du téléphone était peut-être plus mélodique. Sam remarqua alors Castiel qui stationnait devant la porte, la main levée comme s'il voulait toquer à la porte sans toutefois oser.
– Ça va Castiel ? demanda Sam.
– Dean pousse des cris étranges, je suis un peu inquiet, répondit Castiel les sourcils froncés.
Sam fut prit d'un fou rire pendant près de dix longues minutes et l'ange le regarda comme si les mœurs humaines le dépassaient complètement. Non en fait les mœurs humaines le dépassaient déjà complètement.
– Dean chante Castiel, réussit-il à dire.
– Oh... ce n'est pas très mélodieux.
Néanmoins Castiel resta devant la porte afin de s'assurer que Dean allait bien, dès fois que. Sam s'étira comme un chat, se leva et s'habilla rapidement. Le frigo étant vide, il décida d'aller faire quelques courses, laissant Dean et Castiel à leurs préoccupations musicales. Le temps s'adoucissait peu à peu, le froid et la pluie laissant place à un peu plus de douceur ce qui n'était pas pour déplaire au chasseur. Il laissa l'Impala sagement garée devant le motel et décida de marcher jusqu'au supermarché qui n'était pas bien loin de toute façon.
Très ironiquement, Bobby les avait appelé il y a quelques jours pour leur dire qu'il se passait quelque chose à Amityville. Dean n'avait pas manqué de rouler – et même très vite – vers ce qu'il appelait « un des meilleurs films d'horreur », ce à quoi Castiel avait répondu qu'il ne comprenait pas et ils avaient ensuite passé la soirée du lendemain à regarder « Amityville : la maison du Diable ». Ils s'étaient rendus vers la fameuse maison au 108 Ocean Avenue et avaient interrogé les propriétaires et les voisins mais rien ni personne n'avait remarqué quoi que ce soit d'étrange. Dean n'avait pas manqué de prendre des photos tout en racontant tous ses passages favoris du film. Film qu'ils avaient tous vu la veille, ce que Castiel ne manqua pas de faire remarquer.
– Tu n'as pas aimé le film ? avait questionné Dean.
– Il y avait plein d'erreur, je ne vois pas pourquoi Lucifer irait se cacher dans une cave pour commencer...
Dean avait ensuite levé les yeux au ciel et soupiré très très longuement.
Sam trouva rapidement le supermarché et fit quelques courses de base. Il profita de son passage en caisse pour poser deux ou trois questions au caissier mais celui-ci se contenta de hausser les épaules en déclarant que depuis les événements des années 70, les amateurs de surnaturels affluaient dans la ville mais qu'il ne s'y passait jamais rien qui sortait de l'ordinaire. Pas plus avancé que ça Sam reparti les bras chargés de courses en direction du motel. Le village était plutôt silencieux, quelques personnes promenaient leurs chiens d'un air endormi, d'autres partaient travailler, un café dans une main, un enfant dans l'autre. En les observant mener une vie des plus normales, Sam ne put s'empêcher de se sentir totalement étranger à tout cela. Il ne voulait plus d'une vie normale, il ne pouvait plus même, pas après tout ce qu'il s'était passé.
Il lui arrivait, souvent même, de souhaiter la présence de quelqu'un à ses côtés. Quelqu'un qui comprenne tout ce qu'il avait enduré, quelqu'un qui l'aimerai pour ce qu'il était, qui ne le jugerai pas et qui ne le traiterai pas d'abomination. Finalement la seule à rentrer dans cette case avait été Ruby, ça résumait assez bien le désastre intégral de sa vie amoureuse.
Perdu dans ses pensées, Sam manqua de trébucher sur un chat gris foncé qui était étalé de tout son long sur le trottoir, à croire que la rue qui appartenait.
- Désolé, lança t-il machinalement même si le chat ne pouvait bien évidemment pas le comprendre.
- Y'a pas de mal, répondit pourtant le matou en se léchant la patte.
Sam stoppa net sa marche et se retourna lentement vers le chat qui le regardait avec des yeux plein de malices.
– Gabriel ? demanda t-il un peu éberlué.
– Non aujourd'hui je suis Berlioz !
– Hein ?
– Les Aristochats, soupira Gabriel, tu n'as jamais vu ce dessin animé ?
L'avantage – ou l'inconvénient – avec Gabriel, c'est que quand on pense qu'il ne peut pas faire pire, il le fait.
– Tu comptes rester longtemps à me regarder avec cet air idiot ? demanda Gabriel en s'étirant. Parce que les humains vont trouver ça suspect.
– Je peux savoir ce que tu fais... comme ça, marmonna Sam rapidement en se rendant compte qu'une vieille dame le regardait avec des yeux ronds.
– Je suis en mission, ronronna Gabriel.
Sam reprit sa route en plaquant sur son visage son air le plus naturel. Gabriel sauta dans un des sacs et de course visiblement ravis de ne pas avoir à marcher.
– Tu pèses, maugréa le chasseur, en mission de quoi ?
– D'infiltration, répondit Gabriel en prenant toute la place dans le sac.
– Déguisé en Aristochat ?
– Voilà ! Je viens voir comment va mon petit frère, en toute innocence naturellement.
– Je doute que tu ais jamais été innocent, rétorqua Sam avec un sourire, tu es né en étant déjà coupable de quelque chose.
Pour toute réponse Gabriel lui griffa la jambe.
– Hey ! s'exclama Sam.
– Chut ! lui intima Gabriel. Les humains ne parlent pas aux chats normalement, enfin sauf s'ils en sont totalement fous, ce qui n'est pas ton cas. Donc tu te tais et tu avances.
Sam haussa un sourcil avec l'envie de plus ou moins transformer Gabriel en descente de lit.
– Quoi ? Les chats contrôleront le monde un jour mon cher Sammy, je m'entraîne.
– Tu n'es pas un chat, répliqua Sam, d'ailleurs tu pourrais même être leur repas.
– Ha ha, vraiment très amusant, cingla Gabriel, tiens tu ne voudrais pas me gratter le dos ?
Pour toute réponse Sam continua d'avancer en ignorant royalement Gabriel qui continuait de geindre dans son sac de course. Une ou deux fois il l'entendit même miauler.
Une fois arrivée au motel, il constata que Dean et Castiel étaient partis avec l'Impala, très probablement enquêter ou faire des photos supplémentaires de la maison du Diable. Sam posa le sac de course sur la table et Gabriel sauta lestement à terre.
– Où sont passés les deux amoureux ? ronronna l'archange.
– Enquêter sans doute, répondit Sam en se préparant à manger.
– Sur quoi ?
– Tu sais où nous sommes ?
– Dans un motel, sur un tapis, et précédemment dans un sac de course contenant de quoi boucher très rapidement les artères de Dean.
– On est à Amityville !
– Oui je sais la maison du Diable tout ça, mais très honnêtement Lucifer n'est pas du genre à se planquer dans une cave et il est toujours en enfer. Cela dit le film était pas trop mal.
– Je pense plutôt à un démon qui se serait amusé à terroriser la ville dans les années 70.
– Probable, répondit Gabriel, mais rien ne dit que le démon est toujours là.
– Non mais Bobby nous a parlé de personnes sentant la présence du « Diable » autour d'eux mais personne ne veut parler.
– C'est un truc typiquement humain ça, si un truc chouette vous arrive c'est grâce à Dieu sinon c'est la faute au Diable alors que ni l'un ni l'autre ne se préoccupent de vous.
– Tu comptes nous aider ? questionna Sam en ignorant sa remarque.
– Peut-être bien, répondit Gabriel, les chats laissent traîner des oreilles partout tu sais.
– C'est ton nouveau programme de protection des témoins ?
– Ça se pourrait bien ! Les chats mangent, dorment, copulent et se font caresser toute la sainte journée, j'aurais dû naître chat, conclu t-il. Tu me grattes le dos ?
Sam soupira et gratta doucement le dos de Gabriel qui ronronna et s'étira de plaisir. Visiblement l'archange n'en était pas à sa première transformation féline, on aurait pu aisément le confondre avec un véritable chat.
– Dis-moi Gabriel ?
– Huuum, ronronna t-il.
– Ce n'est pas ta première transformation en chat n'est-ce pas ?
– Non j'aime bien les chats, commença t-il, en général je m'allonge quelque part et je regarde les humains vivre, c'est très instructif et globalement vous aimez beaucoup les chats. Il y a toujours quelqu'un pour essayer de m'approcher et de me caresser. Deux ou trois fois j'ai failli me prendre un coup de bâton cela dit.
– Certains humains ne valent pas grand chose, marmonna Sam.
– Ceux là n'ont pas eu le temps de m'approcher crois-moi, répliqua Gabriel avec ce qui semblait être un sourire.
– Tu les as expédié au Paradis ?
– Plutôt en Enfer.
– Tu peux faire ça ?
– Bien sûr ! Ils le méritaient tu sais. Ces humains-là méprisaient à peu près tout et n'importe quoi et quand on est capable de frapper un animal – qui n'a pas forcément les moyens de se défendre – c'est qu'on ne vaut pas grand chose.
Voir Gabriel en défenseur des animaux était assez étonnant mais finalement c'était ce qu'il avait toujours fait de punir les humains qui n'avaient pas un bon karma. Il se demanda si l'inverse était vrai.
– Tu expédie souvent les ordures en Enfer ?
– Quand j'en croise, au moins ils ne feront plus de mal aux gens et pardon mais votre justice est parfois un peu bancale.
Sam ne put qu'approuver même si, depuis plusieurs années, sa vie de chasseur faisait qu'il vivait totalement en marge de la société.
– Et ça t'arrive d'aider les gens ? Je veux dire ceux qui en ont besoin.
– Parfois, avoua t-il, j'ai rencontré des humains vraiment étonnant et touchant, mais je ne peux pas aider tout le monde.
Un fracas les interrompis. Dean, les bras chargés de paquets, ouvrait la porte à coups de pieds.
– Sammy j'ai des infos ! clama t-il. C'est quoi ça, ajouta t-il en voyant le chat gris sur la table.
– Un chat, répondit Sam.
– Sans rire ? répliqua Dean. Tu fais dans les animaux perdus maintenant ?
– Il était perdu alors je l'ai ramené ici, marmonna Sam en espérant que Gabriel ne tienne à carreaux.
Comme pour répondre à ses pensées Gabriel se frotta à lui en ronronnant.
– On ne va pas le garder, déclara Dean, il va saloper l'Impala s'il monte dedans.
Castiel se tenait silencieusement près de l'embrasure de la porte et regardait le chat avec un grand intérêt. Gabriel sauta à terre et fila se frotter contre son frère en laissant une bonne quantité de poil sur son pantalon.
– Il veut quoi ? questionna l'ange en inclinant la tête sur le côté.
Dean haussa les épaules.
– Être chiant je suppose, c'est un chat après tout.
– Fais lui un câlin Cas, dit Sam avec un sourire en coin.
Castiel se baissa vers le chat et le prit un peu maladroitement contre lui. Sam était sûr, vraiment sûr, que Gabriel venait de soupirer.
– Autant vous prévenir tous les deux, on ne garde pas ce chat, râla Dean.
– Quel est son nom ? demanda Castiel, à croire qu'il parlait d'un enfant.
– C'est un chat Cas, il n'a pas de nom, répliqua Dean en allumant la télévision, une bière à la main.
– Il s'appelle Berlioz, répondit machinalement Sam, comme dans les Aristochats.
– Tu lui as donné un nom ? questionna Dean incrédule, tu as vu les Aristochats ? Bon bref remettons le dehors il doit bien appartenir à quelqu'un.
Castiel le regarda comme s'il l'avait personnellement offensé et serra Berlioz-Gabriel un peu plus fort contre lui. Trente minutes de négociation plus tard, le chat fut laissé devant la porte, Castiel boudait même s'il affirmait le contraire et Dean ne savait plus quoi faire pour le dérider.
Après avoir interrogé, lourdement, le commissaire de la ville, Dean et Castiel avaient obtenu le nom de deux hommes assassinées dans des conditions semblables à ce qui avait fait la triste renommée de Amityville. Un soir, une personne s'étaient introduis chez eux et les avait froidement assassinées. La particularité de ce double meurtre résidait dans le fait qu'aucun voisin n'avait entendu de coup de feu et que la maison ne portait aucune trace d'effraction. Une femme avait été appréhendé, couverte de sang et portant l'arme du crime sur elle. Depuis elle ne cessait de répéter que le Diable l'y avait obligé.
– Un démon, avait alors conclu Dean.
Sam hocha la tête, c'était l'hypothèse la plus probable. Ils décidèrent de se rendre à la morgue afin d'examiner les deux cadavres puis d'aller interroger la jeune femme détenue provisoirement à l'hôpital psychiatrique de la ville.
Castiel les suivait tout en expliquant à Dean, avec le ton qu'on prend pour expliquer quelque chose de très simple aux enfants, qu'ils iraient beaucoup beaucoup plus vite avec ses méthodes.
– Non Castiel, répéta Dean, on ne peut pas dire au médecin que tu es un ange du Seigneur.
– Mais pourquoi ? C'est la vérité Dean, soutint l'ange.
– Je le sais mais pour la plupart des gens les anges n'existent pas ou alors ils sont gentils. Très gentils.
Sam se remémora les temps où ils pensaient que les anges le protégeaient et qu'ils étaient miséricordieux, il eut subitement envie de ricaner.
– Je suis gentil, insista Castiel et Dean poussa un long, mais alors très long soupir.
Finalement Castiel se tut et laissa les frères parler au médecin légiste et partir voir les corps des deux hommes décédés. Les blessures étaient plutôt dégoûtantes, le meurtrier ayant tiré un peu là où il le pouvait sans se soucier d'être précis. Le résultat s'était soldé par une importante perte de sang et « des trous partout » selon Dean.
– C'est dégueulasse, commenta t-il, tandis que son frère examinait les organes des défunts de près.
Sam lui lança un regard qui voulait dire « si-t'es-pas-content-tu-le-fais » et reparti à la recherche de potentiels indices.
– Le médecin légiste a écrit que les blessures n'ont pas été faite pour tuer, du moins pas tout de suite. Le tueur s'est amusé, conclu t-il.
– C'est sans doute un démon, marmonna Sam, tout comme lors des premiers assassinats.
– Qu'est-ce qui attirerai les démons ici ? C'est une ville perdue.
Sam secoua la tête, signe qu'il n'en savait pas plus qu'eux.
– Les meurtres des années 70 et ceux de maintenant n'ont peut-être aucun lien entre eux, suggéra Dean.
– J'en doute, rétorqua son frère, ça paraît un peu trop semblable. Cela dit on ne sait jamais.
Dans leurs métiers de chasseur le « on ne sait jamais » était de rigueur pour tout et n'importe quoi. Après avoir rangé les corps des deux victimes, Sam se proposa pour aller faire les courses tandis que Dean et Castiel partaient interroger la potentielle meurtrière.
– Qu'est-ce qu'il s'est passé en 1974 ? demanda Gabriel en farfouillant dans le sac de course pour trouver un truc à grignoter.
L'archange avait repointé le bout de son nez, ou plutôt museau puisqu'il l'avait retrouvé sur le pas de sa porte sous sa forme de chat.
– Tu n'en as jamais entendu parler ?
– Pour être honnête non, enfin à part ce qui est dit dans le film, avoua l'archange, en plus à cette époque j'étais très occupé avec le « Faites l'amour, pas la guerre ».
Sam songea que VRAIMENT il ne voulait pas en savoir davantage.
– Une famille vivait là-bas, commença Sam, en 1974, le fils aîné, Ronald Junior De Feo assassina toute sa famille – six personnes en tout – pendant leurs sommeils.
– Charmant personnage, commenta Gabriel.
– Il a affirmé que des voix lui auraient ordonné de le faire, il a été arrêté et condamné à perpétuité, poursuivit Sam, mais quelques années plus tard une autre famille, les Lutz, emménagèrent.
– Laisse-moi deviner ! S'exclama Gabriel. Ils ont vu le Diable ?
– Plus ou moins, sourit Sam, disons qu'ils ont vu et ressentis un tas de phénomènes mais apparemment tout était plus ou moins faux.
– Plus ou moins ?
– Oui, des spécialistes du paranormal ont été sur les lieux et apparemment ils auraient eu des visions, entendu des cris et une photographie prise sur les lieux ce jour là montre le fantôme d'un des enfants assassinés.
Sam parcourt rapidement l'article qu'il a imprimé sur la maison pour être sûr de ne rien oublier.
– Ah et en 1977, des mediums auraient détecté la présence d'un cadavre d'un chef indien qui perturberait la maison.
– Ben voyons, ricana Gabriel, franchement cette histoire avait tout pour faire un bon film, manque de chance ça n'a pas vraiment été le cas.
– Tu penses que tout est faux ?
– Presque. Disons que là tout est réunis pour terroriser les humains et sincèrement je pense que c'était le but initial, dit Gabriel en mordant dans un croissant, un démon a dû posséder le pauvre gars qui a assassiné sa famille et s'est ensuite amusé à semer la terreur dans la ville.
– C'est ce que Castiel nous avait suggéré.
– Donc vous retrouvez et tuez le démon et ensuite on peut se concentrer sur le véritable problème, à savoir Dean et Castiel qui sont aussi à l'aise l'un envers l'autre qu'un torchon avec une serviette.
– Puisque c'est si simple, tu ne veux pas t'en charger ? proposa Sam.
– Tu me prends pour ta nounou ? Et puis ce regard de chien battu ne marche pas avec moi, je le fais bien mieux que toi soit dit en passant.
– Quand j'aurais gagné le pari, répliqua Sam, je peux te promettre que tu vas en bouffer des affaires.
Gabriel se contenta de lui faire un sourire en coin, de claquer des doigts et de disparaître. Sam leva les yeux au ciel et attendit quelques secondes.
– Je sais que tu es encore là, dit-il laconiquement.
Les anges étaient très fatigants quand il le voulait. Même quand ils ne le voulaient pas en fait.
– Tu sais que vous feriez un très beau couple, lança une voix derrière lui.
Une voix beaucoup trop familière à ses yeux. Sam se retourna lentement pour voir Lucifer lui faire un signe de la main, à croire qu'ils étaient de grands amis. Son cœur s'accéléra brutalement. Ça faisait des semaines qu'il n'avait pas vu Satan, il avait conservé un petit espoir que ses visions n'étaient plus qu'un lointain souvenir. De toute évidence il s'était lourdement trompé.
– Fous-le camps, marmonna Sam.
Il se sentait mal, vulnérable et démuni comme à chaque fois que Lucifer apparaissait dans sa vie. Même si ses hallucinations s'étaient espacées, à chacune des réapparitions du Diable, Sam avait la sensation de replonger lentement dans la terreur et la douleur. Il se sentait comme une poupée entre ses mains.
– Oh non certainement pas ! répliqua Lucifer. Je suis trop content de revoir mon petit frère.
– Tu as essayé de le tuer, lui rappela Sam avant de se mettre mentalement une gifle.
Il ne fallait pas lui parler, surtout pas.
– Il se porte plutôt bien pour un mort, tu ne trouves pas ? répliqua l'archange déchu.
– Je peux savoir à qui tu parles ?
Gabriel venait de réapparaître juste à côté de Sam et le regardait comme s'il était quelqu'un de particulièrement demeuré.
– Gabriel ! s'exclama Lucifer en s'approchant.
– Ne t'approches pas !
Gabriel le regarda incrédule. Sam paraissait terrifié et il était très peu probable que ça soit sa présence qui en soit la cause. En vérité Gabriel ne connaissait pas grand chose qui effrayait les Winchesters qui avaient, il fallait bien l'avouer, un énorme problème avec l'instinct de survis.
– Sam ? Demanda t-il prudemment.
Sam le regarda en faisant la grimace.
– J'ai des hallucinations depuis que je suis sorti de la cage, murmura t-il en fixant un pan du mur en apparence vide.
– C'est à dire ?
– Je vois Lucifer, marmonna Sam.
– Tu vois Lucifer, répéta Gabriel un peu incrédule, c'est plutôt emmerdant.
– Plutôt oui, répliqua Sam.
– Et il est où là ?
– Près du mur là-bas, il te dit bonjour, marmonna Sam.
Le chasseur avait perdu le peu de carapace qu'il avait réussit à se forger pendant ces quelques mois où Lucifer l'avait laissé tranquille. Il semblait terrifié et brisé.
Gabriel regarda vers le mur, vide à ses yeux, et tenta de trouver une solution à toute vitesse. Une solution qui n'impliquait pas de se tirer vite fait bien fait de cette famille de dingue, évidemment.
– Bon, commença t-il, ça t'a prit quand ces hallucinations ?
– Après que le mur que la Mort ait érigé dans mon esprit soit tombé, mais depuis quelques semaines je ne le voyais plus. Ce sont les restes de mon séjour là-bas.
Gabriel resta silencieux. Il ne savait pas ce qu'il pourrait dire à Sam qui ne soit pas trop stupide et qui lui remonterait le moral. D'ailleurs le Winchester avait sans doute plus besoin d'un bon psy que d'un simple « ça va aller ». Il s'avança vers Sam et posa sa main sur son front. L'humain était brûlant comme s'il était malade. Gabriel pénétra dans son esprit et vit clairement tout ce qu'il avait raté depuis sa « mort ». Un concentré de peur, de désespoir, de joie fugace par instant et surtout de douleur. Ça n'était pas une vie ça, loin de là. Sans compter ce sentiment de culpabilité qui le rongeait comme une maladie, lentement mais en distillant la souffrance autant qu'elle le pouvait. Gabriel vit leurs efforts pour récupérer les quatre bagues, la perte d'Adam, son plan bancal pour entraîner Lucifer dans la cage, Dean qui lui répétait que tout irait bien. Il survola le reste rapidement, sentant que c'était probablement le plus douloureux de tout.
Gabriel retira sa main et Sam lui lança un regard noir. Cela dit il était plutôt content que l'archange ne lui ait pas demandé de tout lui raconter, c'était bien au dessus de ses forces.
– Bon Sammy, excuse-moi de te dire ça mais tu ressembles à un vase cassé et réparé à la va-vite. C'est assez moche.
– Dis-moi un truc que je ne sais pas, répliqua Sam.
– Il faut que tu arrêtes de croire que tout ce qui va de travers dans ta vie ou celle des autres est de ta faute.
Sam secoua la tête. C'était de sa faute, point.
– Je peux ériger un mur pour empêcher Lucifer de te faire du mal, proposa Gabriel.
– En échange de quoi ? questionna Sam certain que Gabriel ne faisait jamais rien sans contrepartie.
– Rien du tout.
– En quoi mon sort t'importe ?
Gabriel haussa les épaules, l'air de dire qu'il s'en fichait mais qu'il ne fallait pas poser de question. Ils restèrent un moment silencieux tandis que, derrière l'archange, Lucifer lisait le journal en baillant ostensiblement.
– Je n'aime pas tellement la façon dont tu te crois responsable de tout, c'est très narcissique et très bête, répondit abruptement Gabriel, et puis tu es quelqu'un de bien, tu ne mérites pas ça.
– Oh pitié, râla Lucifer, on va tomber dans le mélodrame ! Gabriel a toujours été terriblement sentimental.
Sam lui lança un regard noir.
– La ferme !
– Qu'est-ce qu'il dit ? demanda Gabriel.
– Ça vire trop mélodrame pour lui, il dit que tu es trop sentimental.
– Je l'emmerde, répliqua posément Gabriel.
Lucifer balança une insulte dans une langue inconnu, très probablement de l'énochien.
– Bon tu le veux ce mur oui ou non ?
Sam hocha la tête. Gabriel s'approcha et posa ses deux mains sur les tempes de l'humain et ferma les yeux. Sam sentit sa respiration s'accélérer et son cœur battre à tout rompre, un mélange de peur, de panique et de douleur l'envahissait à mesure que Gabriel réveillait les souvenirs pour les enfouir derrière une protection. Petit à petit, Lucifer se flouta jusqu'à disparaître totalement. Il eut cependant le temps de lancer un « A bientôt ! » à Sam avant de s'effacer de son esprit.
– Tu le vois encore ? demanda Gabriel.
– On dirait bien que non, merci Gabriel, murmura t-il.
Cela dit il restait méfiant, il faisait confiance à Gabriel mais il ne pouvait s'empêcher de se dire qu'il faisait une fois de plus une confiance aveugle à une créature surnaturelle qui pouvait tout à fait lui faire un coup de travers. Encore.
– Tu sais que je suis encore dans ta tête ? questionna Gabriel.
Merde.
– Désolé, marmonna Sam.
– Fais moi un peu confiance, râla t-il, je n'ai aucune raison de te faire un coup bas tu sais.
– Ruby disait la même chose.
– Tu me compares à un démon ? Sincèrement ?
– Démon ou ange, pour le moment il n'y en a pas un qui rattrape l'autre, marmonna le chasseur.
Gabriel prit un superbe air outré, un peu trop poussé pour être honnête.
– Fais gaffe Sammy où je ferais en sorte d'être 24 heures sur 24 dans ta tête. Tout le temps. A chaque minutes. A chaque micro-seconde ta vie. Tu vas vite regretter Lucifer crois-moi.
Sam leva les yeux au ciel et laissa un petit sourire se peindre sur son visage.
– Fais un peu confiance à mon altruisme et ma générosité naturelle. J'ai déjà aidé un grand nombre d'humain tu sais, contrairement à mes frères.
– Tu es sérieux ?
– Oui, parfois je tue les ordures qui le méritent et parfois j'aide les humains qui le méritent aussi.
– Tu les choisis comment ?
– Au pifomètre, en général je tombe sur eux sans le faire exprès. Il faut dire aussi que j'ai tendance à m'ennuyer bien vite.
– Je n'aurais jamais cru, avoua Sam.
– Pourtant je suis celui qui aide et aime le plus les humains, dit Gabriel en haussant les épaules.
Ils restèrent silencieux un moment jusqu'à ce que l'archange attrape un paquet de bonbons à la menthe de sa poche.
– Par contre Sammy ce que j'ai érigé dans ton esprit ne sera pas aussi puissant que celui de la Mort, il se brisera avant.
– C'est déjà beaucoup.
– Tu n'auras qu'à m'appeler quand tu reverras ce cher Lucifer et je reviendrais te réparer.
Sam hocha la tête et fixa le mur où se trouvait le Diable quelques minutes plus tôt. Gabriel lui offrait une petite chance de retrouver le sommeil et la paix même si ça faisait bien longtemps que Sam avait fait une croix dessus.
– C'est un démon, lança Dean à peine la porte du motel passé.
Sam sursauta et cligna plusieurs fois des yeux, tout en se relevant. Il venait de faire une – longue – sieste et soupçonna Gabriel d'avoir fait en sorte qu'il puisse enfin trouver un sommeil réparateur.
– Debout marmotte, dit Dean en lui lançant un oreiller dessus, on est allé parler à la jeune femme qui les a tué.
– Elle a dit quoi ? marmonna Sam en tentant d'aplatir un épi qui s'était formé à l'arrière de son crâne.
– Que quelque chose l'avait possédé, répondit Dean, elle a sentit une odeur de souffre puis un démon est arrivé pour se balader dans ses chaussettes. Elle se souvient avoir tué les deux hommes mais elle affirme que ce n'était pas elle et que le démon s'amusait beaucoup.
– Reste à savoir où il est parti, intervint Castiel.
– Elle ne vous la pas dit ?
– On a du partir rapidement parce que Castiel s'était mit en tête de convaincre un des infirmiers qu'il était un ange du Seigneur, répliqua Dean en lançant un regard noir à Castiel qui regardait en l'air avec la tête de celui qui continue de croire qu'il avait raison.
– Si le démon est toujours là on finira bien par le trouver, affirma Sam, sauf s'il fait comme la dernière fois et se contente de tuer avant de disparaître pour une quarantaine d'années.
Ils restèrent silencieux un moment tandis qu'au dehors les gouttes de pluie commençaient à tomber.
Le lendemain matin Dean se leva avec un léger mal de tête. Les cheveux ébouriffés et à moitié débraillé, il se leva pour se préparer un bon café bien serré. Ne trouvant pas de tasse propre, il prit celle de la veille, de toute manière c'était la sienne alors bon.
En se retournant, le café lui brûlant la gorge, il vit Castiel assit devant la table et observant sa cravate défaite comme si elle l'avait personnellement offensé.
– Cas' ?
Castiel releva ses grands yeux bleus sur lui.
– J'ai défais ma cravate, expliqua t-il.
– Ah, marmonna Dean qui ne voyait pas quoi répondre d'autre.
– Je ne sais pas la refaire.
Dean étouffa un rire et s'approcha de son ange. Enfin pas son ange évidemment. Dean nota mentalement d'arrêter de penser à Castiel avec les termes « mon ange », il n'était pas un petit chien.
Il attrapa la cravate, la mit autour du coup de l'ange et la noua avec application.
Castiel observait ses gestes avec intensité comme si c'était présentement la chose la plus importante à savoir.
Sam entra dans la cuisine en se cognant à la porte, les yeux encore à moitié fermé. Il marmonna une insulte à la porte et regarda son frère qui était vraiment très près de Castiel.
– Qu'est-ce tu fais ? maugréa t-il en se servant du café.
– J'apprends à Castiel à nouer sa cravate.
L'intéressé fit un grand sourire, visiblement il était très content. Sam étouffa un rire, voir Castiel sourire était assez perturbant, lui qui avait continuellement la même expression plaquée sur le visage.
Une heure et une cravate plus tard, ils captèrent un appel de la police signalant deux autres meurtres à l'hôpital psychiatrique de la ville, Il s'agissait de la meurtrière présumée, que Dean et Castiel avaient interrogé la veille, et d'un des infirmiers qui s'occupait d'elle. Sam farfouilla dans leurs affaires pour dénicher trois badges du F.B.I. et ils partirent rapidement sur les lieux du crime. La jeune femme avait été égorgé, s'était vraisemblablement débattue et avait parcouru quelques mètres avant de s'effondrer dans le couloir. En témoignaient les longues traces de sang qui retapissaient une partie du mur.
L'infirmier, quant à lui, avait été poignardé à mort avec le couteau qui avait servie à égorger la pauvre jeune femme.
– Il y a un meurtrier dans la nature ! s'exclama le directeur de l'hôpital d'un air implacable.
Sam s'approcha de la jeune femme et examina sa plaie béante et les litre de sang qu'elle avait versé par terre. C'était plus que barbare comme façon de tuer.
– Sammy, soupira Dean en s'approchant de son frère, une grimace plaquée sur le visage.
– Hum ?
– Regarde !
Dean déplia sa main et laissa tomber une dizaines de petits papiers colorés aux pieds de son frère. Des papiers de bonbons. Ils savaient tous les deux ce que ça signifiait quand ils retrouvaient des emballages de sucreries sur une scène de crime.
– Gabriel, marmonna Sam.
– Oui ?
Ils sursautèrent violemment quand l'archange se matérialisa entre eux deux, un air ravie sur le visage.
– Putain annonce-toi dans tu arrives, râla Dean.
– Tu veux des trompettes et des cotillons ? C'est faisable. Pas tellement discret mais faisable, concéda Gabriel.
– Pourquoi tu as tué cette femme ?
– Ah non moi j'ai tué l'infirmier, pas cette pauvre femme, se défendit l'archange.
– Et pourquoi donc ? répéta Dean.
– Outre le fait qu'il frappait certains malades et trafiquaient les médicaments, il était possédé par un démon depuis peu. Il a apprit que vous étiez à sa recherche, du coup il a voulu éliminer la seule personne qui pouvait vous aider. Manque de bol pour lui, j'étais dans le coin.
– C'est le démon qui a poussé le gosse à assassiner sa famille dans les années 70 ?
– Celui-là même, confirma Gabriel. Ne me remerciez pas c'est tout naturel.
Dean leva les yeux au ciel et parti chercher Castiel. Il ne l'aurait jamais avoué devant Gabriel mais grâce à lui, ils venaient de gagner une soirée de libre et avaient sans doute économisé plusieurs points de suture. Quelque part il lui était un peu reconnaissant.
Sam emboîta le pas à son frère, Gabriel se plaçant à ses côté tout en mangeant un caramel.
– Merci de ton aide.
– Mais de rien Sammy, j'étais dans le coin.
– Il va falloir te faire à cette vie de chasseur, tu vas perdre, ajouta Sam avec un sourire.
– Tu plaisantes ? Aujourd'hui Dean lui a noué sa cravate, qui sait ce qu'il pourrait trifouiller demain...
– STOP ! coupa Sam. Trop de détails là...
Devant eux, Dean était dans une discussion très animée avec Castiel qui l'écoutait comme s'il était devenu le nouveau prophète.
– Tiens tu veux voir un truc drôle ?
Avant que Sam n'ait pu répondre, Gabriel claqua des doigts et Dean se retrouva propulsé dans les bras de Castiel.
– Tu triches !
– Pas du tout ! Tu n'as jamais précisé que je n'avais pas le droit de les faire tomber dans les bras l'un de l'autre, rétorqua Gabriel.
Sam leva les yeux au ciel mais ne put s'empêcher de sourire quand il vit Dean, rouge comme un homard cuit, se remettre sur ses pieds avec le peu de dignité qui lui restait.
Et voilà :)
J'espère que vous avez aimé, n'hésitez pas à me laisser un commentaire, je réponds à chaque fois !
A vendredi prochain pour la suite !
