Bonjour tout le monde ! J'espère que vous allez bien :)
J'ai oublié de vous dire que l'idée de cette fiction m'est venue grâce à la chanson de Len Kagamine : Lost Destination (que j'adore vraiment beaucoup !). Je l'écoute parfois lorsque j'écris cette fiction, j'espère donc aussi que le chapitre 3 vous plaira ! Merci pour vos review :)
Lost Justice
Chapitre 3 – L'amie intime d'un prêtre
En tout, Len était resté alité au lit pendant une semaine et demie, le temps que son corps soit complètement rétabli et que ses jambes puissent supporter son poids. Néanmoins, Haku lui avait déconseillé de rester trop longtemps debout ou de faire trop d'exercice même après cette semaine. Un peu plus tôt dans la journée, Kaito lui-même était sorti en ville pour lui acheter des nouveaux habits puisque les siens étaient trop grand pour lui et que les affaires des orphelins étaient trop petites ; le bleuté était donc revenu avec une chemise blanche qu'il rentrait dans son pantalon sombre et attachait le tout avec une ceinture faite de tissu qui tombait sur sa cuisse droite. Le prêtre avait eu le coup d'œil et ses affaires lui allaient comme un gant, les autres étant dans l'armoire dont disposait sa chambre. Quant à son uniforme de la garde royale de toute façon en lambeaux, Kaito l'avait jeté aux ordures pour éviter qu'une personne extérieur à l'église ne le remarque et prenne Len par surprise pour mettre fin à son existence, d'ailleurs il avait été demandé aux enfants de ne rien dire de la présence du blond entre ces murs.
L'après-midi était bien avancée et Len se reposait dans le magnifique jardin que disposait l'église et souvent entretenu par les bonnes sœurs ou encore les orphelins qui ensuite s'amusaient à se faire des batailles d'eau avant d'être sermonnés, complètement trempés et riant malgré les avertissements des nones. Parmi les allées de fleurs et d'arbustes, les croissements de grenouilles ou encore les petits sauts des poissons dans l'étang à côté de lui pour attraper des mouches, Len se laissait bercer par les sons émis par le shishi odoshi non loin de son emplacement qui était un petit banc en pierre et installé devant une petite fontaine où des oiseaux venaient souvent pour s'y abreuver ou encore se laver.
A cette heure les orphelins devaient encore étudier en compagnie d'Haku et ses collègues toutes plus gentilles les unes que les autres ; dans la matinée Len avait fait un petit tour dans l'église pour mieux connaître les lieux et pouvoir se repérer seul et était donc un moment tombé sur un groupe de bonnes sœurs qui ne manquèrent pas de faire sa connaissance et de lui dire à quel point il était mignon, ses joues se souvenant encore des douloureux pincements dont elles avaient été victimes.
Cela faisait bien longtemps que le jeune homme n'avait pas pris de bon temps de la sorte, se poser quelque part et savourer le temps présent, ne rien faire, arrêter de penser. Ses yeux azur regardaient sans lassitude le ciel d'un bleu clair dénué de tout nuage. La chaleur était tout à fait supportable et les petits courants d'air venaient souvent jouer avec ses cheveux toujours détachés et lui rafraichissaient donc la nuque. Sans problème, Len aurait pu passer son après-midi entière à observer le ciel au-dessus de lui si un bruit suspect ne l'avait pas sorti de sa tranquillité pour rechercher la nature de ces injures fort grossières et surtout formulées par une voix féminine. Rarement le jeune homme avait entendu une femme jurer de la sorte, battant même à plate couture Rin quand celle-ci se plaignait de quelque chose ou injuriait l'épicière de leur ville qui avait essayé de la voler en ne lui rendant pas exactement la monnaie qu'elle aurait dû recevoir. Apparue alors soudainement une jeune femme atteignant sûrement la vingtaine d'années qui portait sur elle une lourde armure d'un rouge sanglant, quelques feuilles d'arbres se mêlant avec ses cheveux bruns coupés en carré et chatouillant ses épaules à chacun des mouvements exécutés par sa main pour retirer les végétaux.
« La prochaine fois que je voudrais faire une visite surprise, faudra que je pense à emmener une échelle ! » Grogna-t-elle alors qu'elle replaçait correctement son armure après sa chute de l'autre côté du mur qui entourait tout le jardin pour empêcher les personnes extérieurs de s'introduire facilement dans l'église et surtout garder un peu plus d'intimité.
Les yeux écarquillés par cette apparition soudaine, Len vit s'avancer dans sa direction cette jeune femme le visage toujours penché vers l'avant et maudissant Kaito. Une amie à lui sûrement. Cette inconnue aurait très bien pu passer à côté de lui sans le remarquer, ayant les yeux fermés durant sa traversée, si son épée accrochée autour de sa taille n'avait pas frôlé le banc en pierre et ne l'avait pas poussé à ouvrir les yeux. Ses yeux noisette s'écarquillèrent alors à leur tour, surprise de trouver ici la présence d'un jeune homme qu'elle n'avait encore jamais vu et surtout pour ne pas l'avoir remarqué plus tôt.
« Euh… t'es qui toi ? Demanda-t-elle sans délicatesse, apportant ses mains gantées à ses hanches recouvertes du métal froid de son armure.
— Je… je suis un orphelin. » Mentit Len après un temps d'hésitation.
Pour lui aussi Haku lui avait conseillé de mentir sur son identité surtout qu'en plus cette femme était armée et avait l'air redoutable par ses sourcils froncés et sa voix ferme. Et puis, il n'avait même pas sa propre épée. Kaito la lui avait confisquée d'après ce qu'il avait cru comprendre, le bleuté l'avait rangé dans sa propre chambre pour mieux la cacher et éviter qu'un enfant ou encore un visiteur ne tombe dessus et ne découvre le pot-au-rose. Bien sûr que Len avait essayé de la réclamer, mais Kaito s'était montré intransigeant à ce sujet.
« Oh, désolée. Moi c'est Meiko, contente de te rencontrer…
— Len, répondit-il à sa question muette.
— Bien Len ! Tu peux m'emmener voir Kaito maintenant ? »
La main tendue vers lui pour le saluer, Len la saisit avec un sourire timide étiré sur ses lèvres. Seulement, la main tendue de Meiko n'était pas seulement pour le saluer mais aussi pour le tirer en avant afin de le mettre sur ses pieds. Le soufflé coupé par la surprise, Len se retrouva bien malgré lui debout le cœur tambourinant contre sa poitrine. Sans lui lâcher sa main, le tirant derrière elle, Meiko s'engouffra dans l'église dénuée de monde en vue des cours qui retenaient autant les enfants que les bonnes sœurs. Cela ne parut pas étrange pour la jeune femme qui même si elle avait demandé son aide pour l'emmener vers Kaito, se dirigeait très bien par ses propres moyens.
Pendant leur traversée, Len regarda Meiko de dos, ses cheveux dansant autour de sa nuque alors qu'elle fredonnait une chanson qui lui était inconnue. Le comportement joyeux de la jeune femme n'était pas à discuter et il pouvait voir d'ici le grand sourire que celle-ci devait avoir sur ses lèvres. Mais là n'était pas le problème à la question que se posait intérieurement Len ; Meiko était une femme, sa poitrine généreuse ne pouvant mentir là-dessus, mais pourtant elle appartenait à l'armée. Jamais jusqu'à ce jour Len n'avait vu une telle chose. Surtout qu'en plus, la jeune femme n'avait pas la même armure que ces soldats qu'il avait combattus une semaine plus tôt, la couleur était à la fois différente de la forme. A quel pays appartenait cette femme et sous quel régime ?
Mais Len ne put poser cette question ou encore y réfléchir puisque sans plus tarder ils se retrouvèrent à faire face à une porte qu'il reconnut comme celle de Kaito en vue de la croix chrétienne accrochée au-dessus en plus du nombre gravé en-dessous. Néanmoins, l'attitude changeante de Meiko attira son attention alors que celle-ci le poussait pour qu'il fasse face au morceau en bois.
« Toque pour moi à la porte, mon petit Len. » Lui demanda-t-elle en souriant gentiment.
Len dut s'y résoudre bien vite en vue du sourire plus malveillant qu'autre chose, voyant alors que Meiko s'appuyait contre le mur à côté de la porte pour dissimuler sa présence un court instant. Contractant son poing, Len rapprocha celui-ci de la porte et toqua deux coups secs alors que ses yeux azurs ne quittèrent pas le profil de Meiko qui regardait le plafond au-dessus d'elle en attendant.
Finalement, la porte menant à la chambre de Kaito ne tarda à s'ouvrir sur le concerné qui fronça des sourcils en apercevant Len devant lui. Que lui voulait-il encore ? Avait-il de nouveaux arguments pour récupérer son épée ?
« Si c'est pour récupérer ton épée, c'est toujours non, prévint-il à nouveau.
— Oh non c'est juste que… je…
— Salut mon pote ! » S'écria Meiko enthousiaste de revoir son vieil ami.
Aussitôt, Len put voir la décomposition envahir le visage de Kaito qui pâlit bien vite, les yeux agrandis en apercevant Meiko qui après avoir poussé violemment Len vers l'arrière pour pouvoir passer se trouvait maintenant pendue au cou de son ami. Sa poitrine appuyée maintenant contre le torse du bleuté qui avait posé ses mains fermement autour de ses épaules et cherchait maintenant à se défaire de son emprise, le feu aux joues.
« Meiko lâche-moi ! S'écria-t-il puisqu'il ne parvenait pas à l'écarter par sa propre force.
— Mais, ça fait tellement longtemps ! Laisse-moi un peu profiter de toi. » Se plaignit faussement la jeune femme en se collant davantage à lui.
De son emplacement et malgré les tentatives de Kaito pour éloigner Meiko de lui, Len pouvait voir les attouchements de la jeune femme envers le prêtre qui ne manquait certainement pas d'injurier ce qui semblait être une amie plutôt proche pour se comporter de la sorte et sans honte. L'emplacement des mains de Meiko laissait cependant perplexe Len en vue du grade du bleuté, ces mêmes mains qui ne se retireraient pour rien au monde des fesses de Kaito qui en plus d'être bien mal à l'aise n'arrivait pas à se défaire de l'emprise de son amie et ainsi cesser le harcèlement sexuel.
« Meiko arrête je t'en supplie ! Il y a quelqu'un et en plus je suis prêtre ! Rappela dans une énième tentative Kaito.
— Justement, les prêtres sont trop purs et trop tentant ! Et pour Len, je lui montre juste comme il devra faire pour plus tard, huhu. » Rétorqua aussitôt Meiko d'une voix amusée.
A son tour, Len sentit ses joues lui piquer pour signaler qu'il était en train de rougir. Cette femme le surprenait vraiment. Qui était-elle pour Kaito ? Dans n'importe quel pays, la religion ne changeant pas, les prêtes vouaient bien leur corps et leur âme à Dieu et pourtant Kaito n'arrivait pas à être vraiment ferme envers Meiko qui ne se gênait pas pour avoir les mains baladeuses.
« Enfin, dis-moi plutôt pourquoi tu es ici ? Teto m'a prévenu de ton arrivée dans le village et sache que les caves sont mises à ta disposition. Pars le plus rapidement possible s'il te plaît.
— Si froid… »
Meiko fit semblant de pleurer en se tournant vers Len toujours dans le couloir pour chercher à trouver un appui pour la défendre. Toutefois, le blondinet resta silencieux et reçut alors le regard foudroyant de la jeune femme avant que celle-ci ne se tourne vers Kaito toute souriante.
« J'ai fini ma mission alors je pensais revenir ici pour faire une surprise, mais j'ai été démasquée, ria-t-elle en se passant une main dans ses cheveux.
— Évite dans ce cas d'aller d'abord t'enivrer dans le bar au bout de la rue, à ce moment-là alors tu pourras espérer pouvoir nous faire une mauvaise surprise, confia Kaito qui replaçait correctement ses vêtements maintenant que son amie l'avait lâché.
— Bouhouhou Kaito est méchant avec moi ! »
L'attitude enfantine de la jeune femme qui passait grossièrement ses poings contractés sur ses yeux pour faire semblant de sécher ses larmes fit soupirer le bleuté qui alla alors mêler ses doigts dans la chevelure brune. De son côté, Len apercevait à quel point ces deux personnes étaient liées l'une à l'autre. Le sourire en coin qu'étirait en ce moment même Kaito malgré la situation qui semblait l'exaspérer plus qu'autre chose ou encore la bonne humeur de Meiko ne pouvaient être niés. Cela devait faire longtemps qu'ils se connaissaient.
« Len, tu peux nous laisser s'il te plaît ? Lui demanda-t-il gentiment en gardant sa main dans les cheveux de Meiko qui en avait profité pour à nouveau se rapprocher de lui et saisir entre ses mains les tissus qui composaient sa robe de prêtre blanche aux bordures bleuâtres.
— Hein ? Euh oui, bien entendu ! Excusez-moi. »
Aussitôt, il se courba vers l'avant et pivota sur le côté pour les laisser tranquille.
Kaito vint alors refermer la porte pour avoir plus d'intimité tandis que Meiko alla s'asseoir sans demander la permission sur le lit double du bleuté. La chambre de ce dernier était un peu plus grande que celle de Len, comportant un bureau où des papiers s'empilaient les uns sur les autres dans un coin et d'un petit placard où était dissimulée l'épée de Len et où résidait aussi un balai. S'étalant sur le matelas, Meiko s'étira de tout son long tout en baillant et fixant sans vraiment y faire attention le plafond blanc la surplombant.
« Les affaires se gâtent Kaito, la guerre approche. Et tu sais ce que cela signifie ? » Souffla-t-elle d'un ton lourd remplis de sous-entendus.
Le bleuté se rapprocha d'elle, tout à fait sérieux maintenant. Il comprenait parfaitement le sous-entendu de son amie, tout ce que la guerre allait bientôt impliquer et causer dans leur quotidien.
« Ne t'inquiète pas, du moment que nous sommes tous les deux rien n'importe. Nous parviendrons à réaliser notre vengeance. »
Son ton grave fit se redresser Meiko grâce à ses coudes pour aller observer son visage avec attention. Sincèrement, elle n'appréciait pas voir tant de fureur dans les yeux d'un bleu éclatant de Kaito ; elle aimerait plus y voir de la gaieté, du bonheur et surtout de la joie de vivre, mais malheureusement tout cela lui avait été retiré comme pour elle. Dans un soupir, la jeune femme se laissa à nouveau tomber sur le lit et ôta d'un mouvement de pieds ses chaussures pour ensuite s'hisser correctement jusqu'à la tête du lit et prévenir Kaito qu'elle allait maintenant dormir.
Kaito repartit alors à son bureau où il s'assit, se remettant à ses travaux interrompus un peu plus tôt par l'intervention de Len et Meiko. Il relut alors quelques-unes de ses fiches relatant des derniers événements des pays pouvant très prochainement entrer en guerre et les raisons d'une telle friction entre eux. Sur une feuille libre, Kaito écrivit quelques idées qui lui venaient à l'esprit. Oui, un jour, plus proche qu'il n'y paraissait, ils se vengeront du mal qui leur avait été fait quelques années auparavant. Il se l'était juré, devant Meiko même, et avait toujours tenu parole.
Jamais il ne pourra pardonner à ces hommes qui avait détruit tout ce qui leur était cher sans pitié ni remord.
De son côté, Len était retourné dans le jardin et parcourait les allées fleuries avec les mains dans les poches de son pantalon et son pied droit tapant dans un caillou qui partait s'élancer un peu plus loin et ce incessamment. Il n'avait rien à faire dans cette église et ne pouvait pas sortir et surtout pas seul. Les fleurs avaient déjà été arrosées et entretenues par les bénévoles de l'établissement et aucun animal de compagnie aurait pu le divertir. Encore si Kaito lui avait passé son épée il aurait pu s'entraîner mais ce n'était malheureusement pas le cas.
Finalement, Len se rassit sur le même banc qu'un peu plus tôt avant l'arrivée fracassante de Meiko et porta à nouveau son attention au ciel le surplombant. Que faisait Rin aujourd'hui ? Se morfondait-elle ou profitait-elle de sa mort pour avoir trouvé du travail et y être maintenant ? Après tout, sans lui pour subvenir à leur besoin et devant comme toute famille payer des impôts, Rin devait bien travailler un jour ou l'autre pour pouvoir se nourrir elle-même et s'acheter de nouveaux vêtements, comme pouvoir se laver à l'eau chaude. Len voulait rentrer chez lui, oui, mais sans cheval et sans épée il ne pourrait pas aller bien loin.
« Alors sache qu'on t'a envoyé ici pour mourir ! »
Tout à coup les paroles de Kaito lui revinrent en mémoire et le fit serrer des dents comme contracter ses poings contre le banc en pierre. Non, ce n'était pas possible. Une telle chose ne pouvait pas se produire. Il avait toujours fait du très bon boulot, n'avait jamais raté une seule mission et était toujours respectueux. Alors pourquoi aurait-on cherché à l'évincer ? Pour quelle raison ? Len ne pouvait y croire, ne voulait pas y penser davantage. Pourtant, tout semblait porter à y croire, personne de son pays ne venait réclamer les corps ou encore les venger.
Len se leva précipitamment et décida de faire à nouveau le tour du jardin pour se changer les idées et ne plus penser à de telles choses. Il avait foi en son Seigneur. Tout cela n'était que des sornettes.
...
A plusieurs kilomètres de là, dans le pays natal de Len, Miriam faisait claquer ses talons contre le sol carrelé tout en tenant dans sa poigne ferme les pans de sa robe pour la relever et lui permettre de marcher plus rapidement sans s'emmêler les pinceaux. Les autres femmes qui circulaient au même instant dans l'immense couloir richement décoré par ses nombreux tableaux ou encore ses statues, s'écartèrent pour la laisser passer puisqu'elle n'était certainement pas dans l'idée de ralentir son allure ou encore même d'éviter quelqu'un. Pour dire, mêmes les gardes de l'armée royale se tinrent éloignés de cette femme bien redoutable par ses yeux perçants et ses longs cheveux argentés.
Cependant, la fureur de Miriam était parfaitement justifiée par les rumeurs qui étaient remontées jusqu'à ses oreilles encore sifflantes de l'idiotie et la vanité humaine. Son cœur tambourinait dans sa poitrine, loin d'être habituée à sortir de ses gongs de la sorte ou encore à marcher à une telle allure en portant une paire de talons hauts. Son cerveau lui montrait différentes manières de commettre le crime parfait, ne laisser aucune trace et surtout évincer les témoins pour plus de sûreté. Sa colère était telle qu'il était possible de voir derrière elle son aura meurtrière qui l'enveloppait complètement, ses lèvres pincées furieusement pour retenir son flot d'injures envers son Seigneur et ami d'enfance et ses yeux dardant toutes les portes closes qu'elle croisait durant sa course jusqu'à tomber sur celle convoitée. Une porte richement décorée pour se différencier de ses consœurs, des gardes tous les cinq mètres pour plus de sécurité, elle comme tout le monde ne pouvait pas se tromper. Cette porte menait à la chambre de leur Seigneur.
Quelques gardes audacieux s'interposèrent pendant son élancée pour ouvrir ce barrage en bois massif dorée mais reculèrent aussitôt leur regard rencontrant celui furieux de cette harpie. Tout en ravalant leur salive et décampant le plus rapidement possible pour préserver leur vie, sans faire acte de présence comme il était normalement nécessaire, Miriam ouvrit avec brutalité la porte qui claqua contre le mur derrière elle. Sa voix puissante ne tarda à remplir les lieux pourtant gigantesque pour une simple chambre, mais il était vrai que cette chambre précisément n'était pas des moindres puisqu'après tout elle abritait entre ses murs la personnalité la plus importante de ce royaume. Ainsi, Gakupo pouvait se permettre quelques folies.
« Gakupo, il faut qu'on parle ! » Avertit-elle en hurlant à plein poumons sans faire attention au violâtre qui était encore allongé sur son immense lit.
Passant sa main droite par-dessus son visage pour replacer correctement ses longues mèches violettes, Gakupo pesta alors que Miriam faisait les cents pas dans la pièce pour se calmer un minimum tout en faisant toujours claquer ses talons contre la moquette qui couvrait malheureusement le bruit. Finalement, le maître des lieux n'eut d'autres choix qu'appuyer son dos contre la tête de son lit et se tourner légèrement en direction de Miriam qui mordait rageusement dans son pouce qu'elle avait apporté à ses dents, son autre maintenant toujours les pans de sa robe sombre mettant en valeur ses cheveux argentés.
« Qui y a-t-il encore, Miriam ? Demanda tout à coup Gakupo d'une voix encore endormie, ne tardant d'ailleurs pas à bailler.
— Ce qu'il y a ? Tu te fous de moi ? Tu le sais très bien ! Ne crois pas que tes décisions demeurent tout le temps secrètes, y a toujours des fouineurs qui t'écoutent pour ensuite tout me rapporter ou alors je l'entends de la bouche d'autres personnes ! Tu veux maintenant t'en pendre à des petits villages sans prétention ?! Pourquoi, pour ton plaisir ?! » S'indigna-t-elle en se plantant à ses côtés.
Gakupo fit tomber son front dans la paume de sa main, se le massant délicatement pour faire taire ce début de migraine que lui provoquait la voix stridente de Miriam remontée à bloc contre lui. Il porta ensuite ses yeux d'un bleu limpide dans ceux assassins de son amie d'enfance et se demanda un instant ou était passé cette petite fille qui pleurait pour un rien et n'osait pas s'adresser à des enfants de leur âge à cause de sa timidité maladive qui la faisait bégayer affreusement.
Un instant, Gakupo soupira avant de retirer ses couvertures de ses jambes et commencer à se relever, faisant ainsi donc tomber à sa suite sa longue robe de chambre qui masquait son corps jusqu'à ses chevilles et ses poignets, couvrant même son cou. Il alla néanmoins se diriger vers sa petite salle de bain aménagée dans sa chambre, des paravents lui procurant l'intimité dont il avait besoin. Jamais depuis son couronnement Gakupo n'avait mis un orteil dans les bains publiques, les sources thermales dont il raffolait, boire une bouteille de lait même si la plupart du temps ce sont les femmes qui exécutaient cette petite tradition et surtout être en compagnie d'amis sincères qui le côtoient par envie et non pas pour son titre, et cela lui manquait un peu.
« J'ai appris que tu avais nommé Big Al en tant que capitaine de l'armée royale pour remplacer la disparition de Kagamine, et je puis t'assurer que c'est là ta plus belle connerie ! » Ragea-t-elle encore derrières les paravents, la silhouette de Gakupo faisant tomber sa robe de chambre se dessinant à sa gauche.
La noble femme entendit son ami soupirer longuement, étant certaine qu'il n'en avait rien à faire de ses remarques et que de toute façon il ne changera rien malgré ses lamentations et ses conseils. Gakupo était comme ça, buté comme il ne l'était pas permis. Cependant, Miriam n'en démordit pas. Ce serait mal la connaître après tout. De la sorte, elle recommença ses cents pas dans cette chambre qu'elle connaissait par cœur pour être de nombreuses fois venue depuis le couronnement de Gakupo lors de ses dix-huit ans, prenant la place de l'ancien Roi assassiné après avoir bu un poison dont le créateur et meurtrier était toujours inconnu à ce jour.
« Non mais vraiment… c'est vrai que je n'appréciais pas énormément ce petit Kagamine, son manque d'expérience et son jeune âge me mettait en alerte mais au moins on pouvait compter sur sa dévotion et sa loyauté pour toi ! Que ce Big Al… »
Il était vrai que Miriam ne pouvait pas supporter Big Al, le foudroyait du regard à chaque fois que celui-ci passait à ses côtés et lui faisait un sourire en coin pour la narguer. Son attitude de pédant lui refilant de l'urticaire plus qu'autre chose. Elle appréciait nettement plus ce petit Kagamine aujourd'hui disparu, ou plutôt mort d'après les dernières nouvelles. Miriam s'arrêta alors dans ses pensées néfastes pour l'existence de Big Al pour se concentrer sur ce petit capitaine à la chevelure blonde et au sourire charmant, toujours prêt à apporter une quelconque aide du moment que cela était bénéfique à quelqu'un et cela toujours avec plaisir. Comment allait sa sœur pour qui il travaillait si dur et prenait presque tout le temps les heures supplémentaires pour espérer être un peu plus payé par son Seigneur ? Se remettait-elle de la disparition de son frère ? Arrivait-elle à payer les factures ? Miriam se promit intérieurement de passer chez cette jeune fille pour discuter un peu avec elle et lui proposer de l'aide car après tous les efforts de Len pour apporter un peu de confort à sa famille, elle pouvait bien faire cela.
« Enfin, tu aurais dû prendre quelqu'un d'autres que ce Big Al ! Ça ne m'étonnera pas si un matin je te retrouve égorgé dans ton propre lit, tué pendant ton sommeil, prévint-elle lourdement.
— Big Al n'est pas un meurtrier. S'il voit des avantages à me servir et me prêter son aide, alors il ne me fera rien. Tu n'as pas à t'inquiéter autant pour moi, je sais ce que je fais, lui révéla calmement Gakupo qui se glissait à l'instant dans son bain.
— Justement si, il le faut ! Rétorqua-t-elle aussitôt un peu plus fort qu'auparavant. Tu es toujours enfermé dans la salle de trône ou en salle de réunion donc tu ne peux pas le voir en pleine mission ou encore en entraînement. Ce type n'a aucune pitié pour ses adversaires, n'a pas la langue dans sa poche et défie même les plus gradés que lui ! Ça ne m'étonnera pas qu'il est projeté dans sa cervelle de piaf ton assassinat pour prendre ta place, ou en tout cas te renverser.
— Me renverser ? » La reprit-t-il tout à coup intéressé.
Au même instant, Miriam arrêta ses allées et venues pour s'asseoir dans un fauteuil de velours rouges et jeta sa tête en arrière pour soupirer bruyamment, exténuée. De son emplacement, elle ne voyait même plus les paravents qui dissimulaient les bains de Gakupo et surtout la nudité de ce dernier. Les battements de son cœur revinrent alors bien vite à la normale, sa respiration se stabilisant et devenant presque imperceptible tandis qu'elle avait fermé ses yeux pour se calmer un peu plus.
« Le savez-vous mes amies ? A son retour de voyage dans le pays voisin, mon mari a cru entrapercevoir le visage du nouveau capitaine Big Al dans un avis de recherche pour meurtre. Il aurait assassiné son ancien Seigneur ! »
Ses ongles se plantèrent dans les accoudoirs du fauteuil confortable, mordant dans sa lèvre inférieure alors que la colère remontait en elle et faisait s'accélérer les battements de son cœur. Était-ce vraiment la réalité ? Cet homme qui était parti en voyage pour affaire et avait vu l'avis de recherche avec la tête de Big Al collée dessus, une forte récompense à l'appel, mort ou vif, ne s'était-il pas trompé ? Le pays où il était parti avait pour réputation de rendre fous les touristes à cause des fortes températures qui pour les non habitués provoquaient des hallucinations. N'avait-il pas confondu avec un autre homme ? Miriam n'en savait rien et cela l'agaçait effroyablement, ne maîtrisant rien à la situation et détestant plus que tout se sentir dépassée ou encore impuissante. Elle ne savait rien de Big Al. Peut-être que prochainement s'informer sur la vie passée de cet homme serait une bonne chose.
« Miriam, tu es toujours là ? » L'interpela Gakupo toujours dans son bain, n'ayant pas eu de réponse à sa précédente question.
La question eut au moins le mérite de lui remettre les pieds sur Terre et aussitôt Miriam fut à nouveau debout et se dirigea aussitôt vers la porte toujours grande ouverte pour commencer à mettre en marche son plan. Elle devait au plus vite déjouer les plans de Big Al s'il en avait et ne pas permettre à ce dernier de pouvoir assassiner à sa guise les Seigneurs qu'il veut.
Pour seule réponse à sa demande, Gakupo entendit la porte menant à sa chambre se refermer. Le silence enveloppa la pièce. Mais il n'y prêta pas plus attention et glissa un peu plus dans son bain, l'eau lui arrivant jusqu'en dessous de sa lèvre inférieure. Il avait attaché ses cheveux en un haut chignon pour ne pas les mouiller. Faire attention à Big Al ? Quelle sornette. C'était impossible qu'un homme aussi brave et intelligent que lui puisse préparer son assassinat. Miriam ne pouvait que se tromper.
Oui, c'était impossible.
...
« Beh le monsieur, il a pas d'amis ! »
Non cette fois-ci ce n'était pas la petite Yuki qui se moquait de lui mais un autre orphelin aux cheveux d'un vert étonnant et aux deux dents de devant prédominantes par rapport aux autres, dépassant de ses lèvres pour s'appuyer sur la lèvre inférieure. Quand il se mettait à rire ou à parler avec entrain, la mâchoire ouverte, on pouvait voir ses deux dents qui pouvaient faire penser à celles qu'ont les castors. Il portait une petite salopette tâchée à de nombreux endroits, les genoux écorchés malgré ses hautes chaussettes colorées.
L'index accusateur pointé entre ses deux yeux, le faisant presque loucher, Len ne sut quoi répondre.
« Gachapoid arrête d'ennuyer monsieur ! Et puis c'est même pas vrai d'abord ! Je suis son amie, Yuki est amie avec tout le monde ! »
La petite fille frappa énergiquement au niveau de sa poitrine qu'elle avait auparavant gonflée pour se donner plus d'importance. Entre les deux enfants qui se chamaillaient depuis tout à l'heure, le dit Gachapoid se moquait de lui au moins depuis un bon quart d'heures et Yuki le défendait quant à elle. Len n'avait pas l'habitude de se retrouver au centre d'une bataille entre enfants et ne savait donc pas comment y mettre fin. Son attention fut néanmoins rapidement attrapée par une bonne sœur à laquelle il n'avait pas encore adressé la parole, deux couettes ondulées rougeoyantes encadraient son visage souriant tandis que sa main droite lui indiquait de venir jusqu'à elle cachée entre deux arbres composants le jardin.
Sans hésitation, Len se mit debout et remarqua aussitôt que Gachapoid et Yuki préféraient débattre sur lui plutôt que remarquer qu'il prenait en ce moment même la poudre d'escampette pour rejoindre cette bonne sœur qu'il ne manqua pas de remercier chaleureusement avant de se retourner une deuxième fois vers les deux orphelins qui s'étaient rapprochés l'un de l'autre pour mieux se voir et s'entendre hurler dessus. Len ne put s'empêcher de sourire à cette vision.
« Veuillez les excusez, ils sont encore jeunes et sont parfois un peu trop fatiguant, s'excusa Teto en se penchant vers l'avant pour appuyer ses excuses.
— Oh mais pas de soucis, ça me rappelle des souvenirs ! Confia-t-il alors que dans ses yeux s'était allumée une nouvelle lueur de nostalgie qui fit légèrement rougir Teto en observant son profil.
— Venez, il faut que nous partions d'ici avant qu'ils ne remarquent votre disparition ! » Conseilla-t-elle après avoir agité énergiquement la tête pour se changer les idées.
Len la fixa alors et acquiesça bien vite, la suivant aussitôt alors qu'ils regagnaient maintenant la cuisine de l'église qui le logeait gratuitement. Il put ainsi voir les bonnes sœurs qui étaient en train de faire la vaisselle ou encore celles qui préparaient les légumes pour ce soir, n'apercevant néanmoins pas Haku. Cette nonne qui l'avait soigné et l'avait aidé à manger n'était pas dans cette pièce de taille plus ou moins grande par l'immense table où elles mangeaient toutes ensembles après les enfants et logeant aussi des appareils électroménagers comme ceux plus traditionnels.
Teto l'emmena ensuite dans l'un des couloirs principal de l'église où les visiteurs ne pouvaient pas y pénétrer mais où les résidents pouvaient les entrapercevoir entre les piliers qui soutenaient le plafond en pierre au-dessus de leur tête. D'ailleurs, Len entendait quelques paroles pourtant chuchotées, preuve que des villageois étaient entrés dans la demeure.
« Retournez dans votre chambre, ce sera mieux pour vous. Vous pouvez y retourner tout seul ? Lui demanda-t-elle gentiment.
— Je me débrouillerai, ne vous en faites pas. » Lui répondit gentiment Len en étirant un petit sourire alors qu'il commençait à tourner talon pour laisser Teto aller prêter main forte à ses collègues et amies.
Pendant un moment, Teto observa le dos de ce jeune homme bien poli et agréable à regarder s'éloigner d'elle pour rapidement disparaître de son champ de vision. La jeune femme entendit ensuite son nom être appelé par la sœur supérieure et tout en sursautant, Teto attrapa les pans de sa robe noire pour se mettre à courir et retourner au travail le plus rapidement possible. Elle ne voulait pas être punie et se voir retirer son pain.
De son côté, Len se dit qu'en fait il aurait au moins pu demander la direction de sa chambre à cette gentille bonne sœur puisqu'il était perdu en ce moment même dans ces immenses couloirs. Il pensait pouvoir y arriver tout seul, mais s'était à nouveau trompé. Toutefois, Len continua à marcher, tournant à droite et à gaucher, revenant sur ses pas, tout en espérant à un moment ou à un autre tomber sur une personne pour lui demander son chemin. De la sorte, quand ses oreilles perçurent des voix étouffées, se dirigeant vers leur position dans l'espoir de tomber sur Kaito ou Meiko, voire même Haku, Len accéléra son allure.
Un gigantesque sourire vint s'installer sur son visage quant au bout du couloir il remarqua la porte menant à la chambre de Kaito qui saura sans problème lui indiquer l'emplacement de sa chambre. Len trottina alors pour réduire à néant les quelques mètres qui le séparait de ce morceau de bois, se préparant à frapper contre celui-ci pour signaler sa présence au bleuté. Cependant, Len se vit manquer un temps d'arrêt lorsqu'un gémissement plus que suggestif vint jusqu'à ses oreilles pour le faire frissonner de toutes parts et écarquiller violemment ses yeux, retenant son souffle. Avait-il bien entendu ? Ce gémissement provenait bien de cette chambre ?
« Fais moins de bruit Meiko, tu vas finir par alerter les enfants et les sœurs ! »
Len remarqua le changement de voix chez Kaito, se mettant alors à déglutir tandis que son poing droit était toujours en suspension. Il savait parfaitement qu'écouter aux portes n'étaient pas bien en soit, mais ses jambes ne voulaient pas bouger. Que faisaient-ils dans cette chambre ? Kaito n'était pas un prêtre ? Faire une telle chose dans une église était-il possible ? N'étais-ce pas un péché ? Toutes ces questions se bousculèrent à l'intérieur du crâne de Len qui ne sut plus vraiment à quoi penser exactement.
« Ah ! »
Pris de surprise, Len recula d'un pas tout en mettant ses bras en position défensive par réflexe. Non ce n'était pas possible. A quel spectacle était-il en train d'assister au juste ? Que cachait cette porte derrière elle, dans cette chambre ? Len ne put supporter davantage, pris de honte pour écouter les cris de Meiko ou encore les injures marmonnées de Kaito. Le jeune homme se mit donc à courir pour s'éloigner le plus rapidement possible de la chambre du bleuté qui n'était décidément pas un prêtre comme les autres.
Par miracle, Len retrouva tout seul sa chambre et hors d'haleine ouvrit la porte de celle-ci pour ensuite se jeter dans son lit et enfouir sa tête sous son oreiller. Il avait l'impression d'entendre toujours les cris poussés par Meiko comme si celle-ci se trouvait dans la pièce à côté de sa chambre et se donner entièrement au plaisir charnel sans aucune honte. Étais-ce vraiment possible ? Un prêtre pouvait-il avoir une relation, même juste corporelle, avec quelqu'un ? Étais-ce vraiment permis ici ?
Len enfonça davantage son oreiller contre l'arrière de son crâne, désirant plus que tout effacer ce moment honteux de sa mémoire et ne plus entendre la voix étouffée de Meiko dans sa tête. Intérieurement, des frissons le faisant trembler à vue d'œil par moment, Len se demanda sérieusement dans quelle église au juste il avait pu tomber. Mais de toute façon, il n'avait jamais eu de chance et la vie ne lui avait jamais souri. Pourquoi le ferait-elle maintenant au juste ?
