La bruine du bonheur
Les lèvres du caporal Blutch du 22e de cavalerie s'étirent. Son coeur est sur le point d'exploser et il ne sait plus quoi penser. Malheureusement, à cause de ce fichu ego surdimensionné, il ne répond rien. Il se contente d'hausser les épaules, de tourner les talons et de s'engouffrer cinq minutes plus tard dans sa tente. Il s'installe ensuite sur sa couchette, une main sur la poitrine, le sang battant à tout rompre dans ses tempes. Ses jambes et ses mains tremblent, sa tête tourne, ses pensés sont complètement désorganisées. Il est tiraillé par des centaines de sentiments à la fois, son esprit n'est plus qu'un méli-mélo de songes emmêlés dans sa boite crânienne.
Puis son cerveau se transforme peu à peu en un flan doublé de ouate tandis que la pression et l'émotion retombent presque d'un coup. Il ferme les yeux un instant et sourit. La nuit tombe, il n'aura aucun mal à passer pour endormi. Il se retourne une, deux, trois fois. Quelque chose le gène dans sa quête du sommeil. Peut-être est-ce la culpabilité, l'appréhension, le doute ? Et si le sergent Chesterfield ne réitère pas sa demande ? S'il décide qu'un seul coup est suffisant et qu'il n'a plus aucune chance ?
Et pourtant, le caporal Blutch garde la foi. Il sait qu'il n'est pas assez bête pour penser que ses sentiments ne sont pas réciproques et de toute façon il est beaucoup trop obstiné pour baisser les bras. Parce que oui, le soldat maigrelet a bien l'intention de se faire languir. Rien ne l'arrêtera. Même pas son ego surdimensionné. Parce que oui.
Parce qu'il l'aime.
