Les entraînements avaient repris comme d'habitude. Nishinoya trouvait finalement assez facile de passer outre ses sentiments ou ce qu'il avait pris pour des sentiments maintenant qu'il savait qu'entre Asahi et lui, ça ne pouvait pas coller. Vu le baiser foireux qu'ils avaient échangé, plus rien ne risquait d'arriver.

Enfin... foireux... c'était peut-être un peu exagéré. Noya avait bien aimé toucher sa nuque, son cou, sentir son cœur battre. Ces trucs là quoi. Mais bon, ça n'avait pas été la magie non plus et du coup, Noya en avait déduit que c'était mort et qu'il valait mieux oublier son coup de cœur bizarre.

Il s'était dit ça dans un premier temps. Avec beaucoup de fermeté d'ailleurs.

Sauf qu'il avait parfois quelques rechutes. Sans doute parce que depuis cet incident, Asahi le regardait plus souvent. C'était subtil et Noya avait mis quelques entraînements à comprendre d'où lui venait cette sensation, ce picotement bizarre, cette certitude d'être observé à son insu. C'était Asahi qui le surveillait. Il était encore plus rapide qu'avant à réagir quand il tombait. Une vraie mère poule. Et puis, parfois, il le matait alors qu'il n'était même pas en jeu et quand Noya le remarquait et croisait son regard, il détournait les yeux, comme pris en faute, saisi d'une extrême confusion. C'était mignon.

A force, la rechute s'aggrava et alors qu'il avait pensé faire une croix définitive sur sa « tocade » pour parler comme un vieux (sérieux c'était ce que Takeda avait dit en parlant du fait qu'il regardait des vieux match de volley pour se renseigner et s'était pris d'affection pour un vieux joueur. Il l'avait appelé sa « tocade » c'était tellement ringard). Alors, donc, que Noya avait cru faire une croix définitive sur sa « tocade », elle revenait le frapper à grandes enjambées le replongeant dans les affres de l'incertitude. Est-ce qu'Asahi le regardait parce qu'il l'intéressait ? Est-ce qu'il avait une chance ? Est-ce que ça en valait la peine.

Comme être direct lui avait tout de même valu un baiser la dernière fois, aussi foireux soit-il, Nishinoya décida de réitérer et alla l'attendre devant sa salle de classe, parce qu'il aimait le changement et avait envie de prendre Asahi au dépourvu pour se venger, quelque part, des bonds prodigieux que faisaient son estomac quand il sentait son regard sur lui. Ça lui rappellerait certainement de mauvais souvenir puisque c'était ainsi qu'ils s'étaient disputés mais Noya espérait que ça lui porterait chance. Ça ne pouvait pas être pire que la dernière fois.

Comme Asahi ne sortait pas de sa classe à l'intercours, Noya entra dans la salle, suscitant quelques murmures intrigués (des rumeurs couraient aussi sur lui, le délinquant, même s'il y en avait moins que sur Asahi). Le grand barbu discutait avec Daichi de dieu sait quoi mais Nishinoya ne se gêna pas pour les interrompre en venant se planter face à Asahi :

« Salut Asahi, salut ô capitaine, je t'emprunte notre pointu une seconde, je veux lui dire un truc.

- Pas de souci mais ça concerne quoi ? demanda Daichi, Asahi a été un peu distrait ces jours-ci, ne va pas lui mettre de drôles d'idées en tête.

- T'inquiète, je peux pas le traumatiser plus que le mur de Date.

- Ça risque pas.

- Heu, hésita Asahi, on devrait peut-être parler une autre fois, il ne reste plus beaucoup de temps avant la sonnerie et... »

Noya l'attrapa par le bras et le traîna sans ménagement hors de la classe. Il trouva un bout de couloir un peu isolé et de toute façon les gens avaient tendance à s'écarter sur leur passage. Là, il lâcha de but en blanc :

« J'ai remarqué que tu me regardais à l'entraînement. »

Asahi battit des cils comme assommé par une telle assertion.

« Heu...

- Je voulais juste savoir si c'était vraiment le cas parce que... c'est peut-être une impression vu que je t'ai dit que je t'embêterai plus mais que je suis... Enfin. »

Ça ne sortait pas aussi facilement qu'il ne l'aurait pensé. Il commençait même à bégayer.

« Je t'ai dit que je t'embêterai plus et que ce serait comme avant mais tu vois, c'est un peu comme Matrix pour moi... Tu connais ? J'ai genre pris la pilule et je peux pas revenir en arrière et... »

Asahi se massait le cou d'un air perplexe. Ça n'allait pas tarder à sonner alors Noya, qui se maudissait de ne pas avoir attendu la fin de l'entraînement pour parler au calme, finit par dire :

« Ce que je t'explique c'est qu'il se pourrait... Non... C'est le cas. Je suis... toujours... »

Asahi écarquillait les yeux. Il devait avoir compris. Noya s'abstint d'aller plus loin.

« Donc peut-être j'imagine ça mais comme tu me regardes plus qu'avant je me demande si tu y as pensé de ton côté.

- A... heu... à toi ?

- Ouais. »

Asahi hésitait.

« Oui, admit-il finalement, j'ai pensé à toi. »

Noya eut encore ce coup de gong caractéristique dans l'estomac. Il résonna jusque dans ses oreilles.

« Vraiment ?

- Ouais.

- Wah... enfin ça n'engage à rien mais... Je veux pas te faire peur ! Ça va sonner ! On en reparle après l'entraînement.

- Attends Noya. »

Sa voix grave avait percé le brouhaha ambiant, comme pendant les match. Il avait d'ailleurs saisi le bras de Noya qui frissonna. Autour d'eux les chuchotements s'étaient brièvement tus. Manifestement on s'attendait à une altercation entre eux, comme la dernière fois.

C'est alors que la sonnerie retentit. Asahi le lâcha aussitôt.

« On en reparle après l'entraînement, répéta Noya avant de filer. »

Après l'entraînement (Asahi s'était repris aux dernières séances et malgré sa nervosité, le voir concentré inspira aussi à Noya un meilleur jeu), ils repartirent ensemble et, au croisement, Noya constata avec surprise qu'Asahi s'apprêtait à le suivre sur le chemin habituel de sa propre maison.

« Tu fais du chemin en plus en me suivant d'habitude je vais le faire pour cette fois, dit Asahi. »

Ça n'arrangeait pas trop Noya parce que la route jusque chez lui était beaucoup plus urbaine et fréquentée que le chemin de campagne d'Asahi mais après tout, il n'était pas nécessaire que quelque chose se passe même s'il en avait très envie.

« C'est galant de ta part de me raccompagner Honey, dit Noya en battant des cils et en s'agrippant au bras d'Asahi qui se crispa aussitôt mais articula néanmoins :

- Je... heu... c'est normal parce que... heu... je ne voudrais pas qu'il arrive quelque chose à notre libéro. »

Il eut un sourire nerveux mais Noya apprécia sa tentative pour dédramatiser. Il trottina à côté de lui quelques pas (malgré ses efforts pour ralentir, Asahi marchait vraiment à trop grandes enjambées pour lui) avant de le devancer en courant pour se jeter sur un banc solitaire et l'inviter à s'asseoir à côté de lui. Ils avaient dépassé les quelques commerces du quartiers, il n'y avait plus grand monde ici. Quelques voitures de salarymen raisonnable (ceux qui ne restent pas boire après le travail) passaient de temps à autre. La nuit bleue tombait à peine et entamait en un doux fondu la lumière tranchée du réverbère.

« Tu voudrais pas réessayer ? demanda Nishinoya après avoir contemplé ses jambes battantes pendant quelques secondes. »

A côté de lui, Asahi devait avoir compris de quoi il parlait vue sa réaction physique comme toujours disproportionnelle. Il demanda néanmoins pour être sûr :

« Réessayer quoi ? Ce... ce que j'ai raté l'autre fois...

- Ce qu'on a raté ! s'écria Noya, t'étais pas seul dans cette histoire et on est aussi responsable l'un que l'autre de la nullité de notre premier baiser ! »

Noya s'était retourné et penché vers Asahi qui eut un mouvement de recul instinctif mais garda les yeux fixés sur lui. En voyant son anxiété, Nishinoya revint aussitôt et sa place et regarda ailleurs le temps qu'Asahi se détende.

« C'était un premier baiser, hésita Asahi, ce que tu veux dire c'est que tu voudrais qu'il y en ait d'autres.

- Je viens de te dire que je voulais réessayer.

- Oui mais je préfère être sûr !

- Tu es sûr maintenant, la question c'est est-ce que tu es partant.

- Là... en pleine rue ? Sous un lampadaire ? Ça ne se fait pas non ? Si une mamie passe elle va faire une crise cardiaque et je ne connais pas les premiers soins, j'ai un brevet de secourisme mais en réalité je suis un imposteur c'est le mannequin qui a tout fait. »

Noya éclata de rire. Il était presque sûr qu'Asahi plaisantait, ou du moins qu'il en avait rajouté pour rire. Ce dernier le regarda en souriant l'air néanmoins soucieux, la main toujours collée à la nuque à se tripoter les cheveux. Noya posa sa propre main sur la sienne. C'était humide et moite, la nervosité faisait suer ce brave Asahi à gros bouillons. Ils se regardèrent en silence.

« Je veux bien réessayer, hésita Asahi, mais je préfèrerai ailleurs. Et... hm... j'aimerai savoir ce que ça implique parce que je sais que ça va impliquer quelque chose.

- Ah ! J'avais pas envie d'y réfléchir, maugréa Noya, tu veux pas qu'on... trouve un coin, qu'on s'embrasse et qu'on... avise après ?

- Mais moi je peux pas aviser après ! glapit Asahi.

- Je sais. »

Noya lui caressa la joue et Asahi ferma les yeux un instant.


La main de Noya était fraiche. Ça lui faisait du bien, il aurait aimé s'y frotter comme un chat. C'était si rassérénant. Il oublia un instant le fait qu'ils étaient deux garçons, deux lycéens, deux potentiels vraisemblablement gâchés par... ça... Il lâcha un soupir et, sans qu'il ait le temps de réaliser ce qui se passait, les lèvres de Noya furent sur les siennes. Sa petite bouche tendue vers la sienne s'entrouvrait, happait, dévoilant une chaleur moite par claquement intermittents et un souffle brûlant et erratique. Asahi ne comprenait pas mais il n'avait pas envie que ça s'arrête. Il tendit les mains vers lui mais Noya se recula alors, séparant leurs lèvres dans un bruit humide en projetant des postillons. Asahi cligna des yeux, hébété.

« Pardon ! s'écria Nishinoya, tu voulais pas sur le banc. Je suis désolé. Pendant un instant j'ai cru que t'avais peut-être envie vu que tu fermais les yeux. »

Asahi rougissait mais sur lui ça ne se voyait pas, il avait juste chaud. A côté, Noya était écarlate. Asahi avait envie de lui caresser aussi les joues. Il ne savait pas s'il pouvait. Il se gratta le cou d'un air indécis, le dos penché, les coudes sur les genoux. Noya, qui s'était redressé sur le banc pour l'embrasser, se rassit plus conventionnellement. Asahi ne voulait pas qu'il s'éloigne.

« Peut-être que j'avais envie, hésita-t-il. »

Noya lui jeta un regard ébahi.

« Enfin, personne n'est passé et peut-être que j'ai envie... en fait.

- De m'embrasser ?

- Oui. Ça a plutôt bien marché par rapport à l'autre fois.

- Plutôt carrément, s'écria Noya, enfin... je sais pas pour toi mais j'ai trouvé ça super. »

Asahi sourit et, sans un mot, il se pencha vers Nishinoya qui eut juste le temps de fermer les yeux et d'incliner la tête. Asahi prit son petit visage en coupe dans sa main, caressant son menton du pouce et sa joue brûlante de l'index. Il n'osait pas encore ouvrir la bouche (une partie de lui avait terriblement peur d'avoir une sale haleine à cause des chips qu'il s'était enfilées nerveusement avant de repartir) mais il y avait beaucoup plus de mouvement que la première fois. C'était un jeu en miroir, une infime guerre douce où qui l'emportait ne signifiait rien.

Ils s'arrêtèrent pour reprendre leur souffle, s'observant du coin de l'œil avec des sourires d'embarras. Puis, pour ne pas perdre l'élan, en se forçant à ne pas réfléchir plus loin même si ça carburait sec là haut, Asahi se pencha de nouveau et Noya l'attira vers lui en se pendant à son cou. Ils basculèrent maladroitement. Asahi manqua de lui tomber dessus et de l'écraser mais se rattrapa au dossier du banc. Noya éclata de rire en voyant son expression d'angoisse.

« Je t'ai fait mal ? demanda Asahi parce qu'il ne savait pas quoi dire d'autre.

- A ton avis ? Je suis pas en sucre tu sais, t'es limite vexant. J'ai du muscle aussi. Tu vois ? »

Il avait pris sa main et l'amena vers son ventre qu'Asahi sentit se contracter à travers le tissu. Est-ce que c'était normal, à l'instant, d'avoir envie de passer sa main sous son T-shirt et... est-ce que c'était normal de vouloir embrasser son ventre ?

« Asahi ? Ça va ?

- Oui ! »

Noya sourit. Il caressait toujours la nuque d'Asahi d'une main. Ça faisait du bien. Asahi ferma les yeux. Noya avait vraiment des petites mains. Ses doigts agiles couraient entre les cheveux de sa nuque. Asahi avait envie que ça continue mais il avait aussi envie de l'embrasser. C'était étrange toutes ces envies incongrues qui se multipliaient sans jamais s'arrêter. Il prit sa main dans la sienne et, les yeux toujours fermés pour ne pas voir sa réaction, il embrassa sa paume, puis ses doigts minuscules. C'était agréable de le découvrir des lèvres, à l'aveugle. Asahi essayait de ne pas réfléchir. Il devait avoir l'air tellement idiot. Mais ça... ne lui déplaisait pas et dans la balance ce simple fait pesait son poids et envoyait le reste dans une galaxie lointaine. Il ouvrit la bouche et commença à le mordiller du bout des dents, le caressant de la langue. Il sentit soudain Noya frissonner. Il ouvrit les yeux et le vit détourner précipitamment le regard. Il l'avait gêné en s'emballant comme ça ! C'était stupide ! On n'embrasse pas les mains comme ça. Il avait eu l'air d'un crétin.

« Pardon, gémit-il en se prenant la tête dans les mains, je sais pas ce que je faisais. »

Noya se redressa. Asahi constata avec horreur qu'il essuyait ses doigts baveux sur son T-shirt. Il avait presque l'air énervé. Asahi ouvrit la bouche pour s'excuser encore mais Noya l'interrompit.

« Continue, lui intima-t-il.

- Continuer quoi ? demanda Asahi.

- De ne pas savoir ce que tu fais. »

Noya enjamba Asahi et vint s'asseoir sur lui, entourant ses larges épaules de ses bras fermes. Il se lova contre lui et Asahi répondit maladroitement à son étreinte en passant les bras dans son dos. Il était petit, sec mais vraiment solide au toucher. Ceci dit, Asahi avait le sentiment qu'avec des articulations supplémentaires, ses bras auraient pu faire deux fois le tour de son torse. Il était surtout très chaud et réagissait à son contact par de quasi imperceptibles frissons. Ils étaient tous deux à fleur de peau.

« Quand tu sais pas ce que tu fais, ça me file la trique, un truc de dingue, murmura Noya contre l'oreille d'Asahi. »

Son cerveau arrêta de fonctionner. Puis il réalisa qu'effectivement, Noya était vraisemblablement en érection. Voilà qui était embarrassant. Noya commença alors à embrasser son cou et à le lécher. Asahi se crispa mais... dans le bon sens. Il avait du mal à respirer mais dans le bon sens aussi. Il serra les dents et les lèvres mais laissa malgré lui échapper un gémissement lamentable. Ça n'eut pas l'air de déranger Noya.

« Tu m'excites trop, lui chuchota-t-il. »

Il caressait sa nuque d'une main et avait descendu l'autre qu'il passa sous son T-shirt, le touchant à même la peau. Asahi n'en pouvait plus. Il attira Noya vers lui. Sans oser toucher ses... ses fesses, il le rapprocha suffisamment pour mettre leurs bassins en contact. On ne sentait pas grand chose à travers le tissu rigide de leurs pantalons, on devinait. Asahi caressa ses hanches, ses omoplates, ses épaules, son cou remontant vers son visage pour l'attirer à lui en un baiser auquel Noya répondit avec enthousiasme, enfouissant sa main dans ses cheveux, son autre poing serré contre le torse d'Asahi sous son T-shirt. Cette fois, ils ouvrirent tous deux la bouche, se caressant des langues, leurs souffles mêlés. Ça faisait du bruit. C'était tellement enivrant. Il perdait toute notion de pudeur, de décence, de temps...

Ainsi, il fallut que la toux factice se répète quatre fois pour qu'il prenne conscience qu'on cherchait à attirer son attention. Il s'écarta de Noya qui ne s'était rendu compte de rien et regarda par dessus son épaule.

C'était Tsukishima.

« Fait chier, lâcha ce dernier. »

Nishinoya et Asahi s'écartèrent d'un même mouvement. Non. Non non non non ! La situation ne pouvait pas être pire. Ils avaient été vus... mais quel idiot avait été Asahi de se laisser embrasser dans un endroit pareil. En pleine rue. Quelle honte ! N'importe qui aurait pu les voir ! C'était... c'était complètement idiot. S'il s'était écouté, il aurait détalé sans demander son reste mais Noya, comme s'il avait deviné ce qu'il pensait, le retenait par un pan de la veste.

« Daichi vous a vu partir en avance, maugréa Tsukishima qui avait les sourcils si froncés qu'on voyait à peine briller ses prunelles derrière ses lunettes dans la pénombre, comme c'était sur mon chemin il m'a dit de vous dire qu'on devait arriver un peu en avance demain. Ukai et le professeur Tadaka ont des trucs à nous expliquer concernant les prochains match d'entraînement.

- D'accord, c'est gentil de nous prévenir, dit Asahi en souriant machinalement. »

Noya avait bondi à terre et il se précipita vers Tsukishima dont il attrapa le col :

« Tu vas rien dire aux autres ? Hein ?

- Oh ça... ça peut se faire si vous vous montrez... complaisant avec moi, rétorqua Tsukishima. »

Du chantage ? Noya tourna un visage irrité vers Asahi. Tsukishima éclata de rire.

« Non mais vous croyez sérieusement que je suis à ce point un crevard ? »

Asahi et Nishinoya échangèrent un nouveau regard. Pour être honnêtes... oui.

« Ok, je suppose que c'est relativement crédible en fait, dit Tsukishima d'un ton égal, non mais en vrai je m'en bats les steaks. Vous faites ce que vous voulez. C'est juste chiant parce que si vous voulez que je garde le secret je vais devoir y repenser pour me rappeler que je dois pas le dire alors que le seul désir que j'ai, c'est d'enfouir très profondément un souvenir aussi immonde que la vision d'horreur que vous m'avez imposé.

- Désolé, murmura Asahi.

- Mais on t'emmerde ! s'écria Noya simultanément, t'es tellement chiant ! Ça me troue le cul ! Tu crois que ça nous a fait plaisir de voir ta sale tronche de binoclard alors qu'on était occupés.

- Occupés à forniquer dans l'espace public...

- On ne forniquait pas ! s'écria Asahi qui sentait de mortifiantes larmes lui monter aux yeux tant il était embarrassé.

- En tous cas vous êtes allez bien plus loin que ce que permet la décence.

- Mais tu nous matais ! beugla Noya.

- J'ai fait ce que je pouvais pour regarder ailleurs mais vous faisiez tellement de bruit : « hhnmm Asahi sempai, tu es si sexy... schlrrpfffllggff ».

Asahi avait activé son mode survie et cherchait très posément une issue accessible rapidement. Noya, lui donnait l'impression d'être sur le point d'imploser. Il tremblait de rage. Asahi n'aurait pas cru que Tsukishima soit aussi insolent même envers ses aînés. Il comprenait la défiance d'Hinata et Kageyama envers lui. Ce garçon était une vraie teigne. Le pire c'est qu'il n'avait pas l'air d'être énervant par agressivité réelle. Il semblait juste faire ça pour se distraire de l'ennui auquel il semblait constamment en proie.

Nishinoya expira posément. Manifestement il était parvenu à conserver son sang froid. Du moins c'était ce que croyait Asahi car en réalité il prit son élan et se jeta sur Tsukishima qui poussa un cri de surprise.

« Espèce de crevure ! Je vais te faire manger tes lunettes ! s'écria Noya.

- C'est ça, essaie, tu es rapide mais tu m'arrives au nombril ! Tu crois que t'as une chance le nabot ? »

Leur lutte devenait sérieuse. Asahi hésita à se barrer en vitesse mais finit par prendre ce qu'il considéra, à postériori, comme la bonne décision mais qu'il vécut sur le moment comme un élan suicidaire. Il s'interposa et parvint à les maintenir à distance.

« S'il vous plait, dit-il d'une voix suppliante, on est dans la même équipe. On va se voir tous les jours pendant des mois. Ce n'est pas utile d'en venir aux mains. Tsukishima, tu ne diras rien n'est-ce pas.

- Je ne vois pas pourquoi je le ferai, maugréa-t-il en ajustant ses lunettes sur son nez, si je le disais, ça ferait des histoires et ce serait plus fatiguant qu'autre chose. Mais quelle idée de forniquer avec un coéquipier. Et entre garçons en plus.

- On se passera de tes conseils éclairés, marmonna Nishinoya qui, après s'être débattu longuement entre les bras d'Asahi pour repartir à l'assaut, s'était enfin calmé. »

Il y eut un silence.

« Bon... on se voit demain je suppose, lâcha finalement Tsukishima, je ne dirais rien mais vous, tâchez d'être plus discrets hein. Imaginez un peu si ça avait été Tanaka qui vous avait vu. Vous avez eu de la chance de tomber sur moi finalement. »

Il tourna les talons et leur adressa un signe. Asahi et Nishinoya restèrent seuls un instant. Une voiture passa.

« Il faudrait se rentrer, hésita Asahi, je vais repartir vers chez moi.

- Ouais fais ça.

- On se voit demain.

- Ouais. »

Asahi allait repartir mais Noya attrapa son bras et le força à se retourner vers lui. Il avait une sacrée poigne et Asahi était trop vidé par les émotions pour lui opposer une quelconque résistance.

« Asahi... si on est tous seuls à un moment... est-ce qu'on pourra refaire ce genre de choses. Est-ce que tu voudrais ça ? »

Asahi avala sa salive. Il devait dire non. Il aurait dû dire non. Il hocha lentement la tête. Oui. Il devait admettre qu'il voulait. Et même, qu'une petite partie de lui aurait bien réitéré sur le champ mais il y avait Tsukishima et le risque d'être vu et...

Noya le tira par le bras pour le forcer à se pencher et embrassa très rapidement ses lèvres.

« Il faudra être plus discret, dit Asahi.

- Ouais, je vais y réfléchir, fit Noya. »

Il lui adressa un sourire éclatant avant de tourner les talons pour repartir en trottinant. Asahi resta debout et immobile un moment à le regarder en se massant le cou, un sourire bête sur le visage.


Note aux lect-rice-eur-s éventuel-le-s : Je me rends compte à relecture que la dimension "omg je suis gay c'est deygueulasse" est pas vraiment appuyée dans cette fic alors que c'est un classique somme toute assez réaliste de pas mal de fics lycéennes. Peut-être à cause du cadre Japonais très particulier en terme d'acceptation/rejet de l'homosexualité (je lis pas mal sur la question) c'était aussi la première fois que j'écrivais dans un cadre japonais d'ailleurs... Peut-être aussi parce que Noya et Asahi (même si Asahi est nerveux) sont à mon sens des adolescents bien moins torturés/complexes que ceux sur qui j'écris habituellement. Ça me fait aussi plaisir de leur mettre moins de bâtons dans les roues qu'à l'ordinaire et de ne pas appuyer sur la dimension "j'ai honte de jouir" qui est, encore une fois, réaliste, mais tellement rabattue. Sinon, évidemment, comme c'est une fic Haikyuu! l'équipe aura son rôle à jouer dans la suite. Aussi, j'ai hésité entre Tanaka, Suga et Tsukishima pour cette scène et finalement la combinaison gagnante a été Tsukishima qui, à la fois pouvait ne pas répéter ce qu'il avait vu (ce qu'aurait fait Tanaka) tout en ayant une réaction over the top (que Suga n'aurait pas eu).

Voilà ! J'ai pris de l'avance en écriture, je publierai le chapitre suivant dans le courant de la semaine prochaine. A bientôt !