Il gémissait, bougeait, se débattait, grognait. Il se réveilla d'un coup, toussant, suffoquant. Il mit un moment avant de remarquer qu'il était dans sa chambre. En sécurité. Replié sur lui-même, tremblant, il serrait son poing contre son cœur, comme si celui-ci allait s'échapper. Encore perdu dans ses pensées, il tressauta en entendant la porte de sa chambre s'ouvrir, laissant un fin filet de lumière pénétrait la chambre noir. Essayant de masquer un maximum ses larmes et sa respiration saccadée, il se recroquevilla encore plus. Rien n'y faisait, ses tremblements ne cessaient pas et il avait un haut le cœur. Son ventre semblait se tordre de plus en plus. Des brides de son cauchemar ressortait, le torturant encore plus.
- Castiel ? Ça va ?
Mickaël. Le rouquin ne répondit rien, attendant de voir si le jeune garçon ne partirait pas mais il en fut autrement. Inquiet, le blond alluma la lumière de la chambre. Il eut à peine le temps de remarquer les larmes de Castiel que celui-ci lui tourna le dos. Pourtant il remarquait parfaitement les épaules de l'aîné se lever trop rapidement, ses tremblements qu'il essayait de masquer. Il n'avait jamais vu son grand frère dans cet état. Il quitta la chambre pour rapidement revenir avec une serviette humide, effrayant le roux qui ne s'y attendait pas. Le petit blond, légèrement désemparé, passa la serviette humide présente autour de son cou et sur son visage, pour essuyer toutes traces de sueur et de larmes.
- Va te recoucher, fit-il d'une voix rauque, éteinte.
- … T'es sûr ? T'avais vraiment l'air mal …
- S'il te plaît, le ton était sans appel.
Mickey quitta la chambre à contre cœur. C'était la première fois qu'il voyait Castiel aussi mal. Et pourtant, ça ne semblait pas être son premier cauchemar. Le blondinet se colla contre la porte close, il n'arriverait plus à dormir après ça. Il avait très bien remarqué que le rouquin grattait sa cicatrice. Chose qu'il ne faisait jamais, habituellement. Il soupira, il voulait l'aider pour une fois. Mais du haut de ses dix ans, il ne pouvait rien faire. Il était encore trop faible. Et retourner dans la chambre ne ferait qu'empirer les choses, Castiel avait horreur de se montrer faible devant eux. Rageusement, le plus petit serra le poings. A ce moment là, il se mit à vraiment haïr ses parents pour tout le mal qu'ils avaient fait à sa famille et surtout de faire pleurer Castiel. Il finit par retourner dans son lit, remuant toutes ces pensées négatives.
Sa cicatrice le démangeait. Il n'était pas de bonne humeur et il n'avait rien avalé ce matin. Il s'alluma une clope devant la grande bâtisse de son école d'art, espérant se détendre un minimum. Il étudiait l'art dans le but de devenir Designer graphique spécialisé dans les médias imprimés ou encore Designer de produit. Le dessin avait toujours été une porte de sortie avant même qu'il ne touche à la musique, aujourd'hui, il voulait en faire son métier, parce qu'être guitariste n'était pas quelque chose de sécurisant. Pas quand on avait une famille à nourrir. C'était ce que lui avait dit le juge et même si au début, le garçon l'avait mal prit, il avait finit par donner raison à ce vieux chauve.
Fixant le ciel gris d'un air absent, il soupira, d'un air maussade. Il ne faisait pas froid, c'était d'ailleurs pour ça qu'il ne portait qu'un sweat-shirt et une écharpe avec un bonnet mais l'air semblait lourd, comme sa tête. Il avait vraiment mal dormi et sa peau semblait encore plus pâle qu'à l'accoutumé. Il ferma les yeux un instant, les rouvrant aussi vite en revoyant des brides de ce cauchemar. Il grimaça, se sentant si faible. C'était si pathétique de faire un tel cauchemar.
Irrité que la nicotine n'ait pas eut l'effet escompté sur lui, il rentra d'un pas nerveux dans la grande bâtisse, semblable à un château. C'était la meilleure école de la région et aussi la plus sélective. Castiel avait dû passé un entretien et justifier son comportement violent mais aussi sa situation, le directeur voulait être sûr que ce serait faisable pour un gamin de dix-huit ans – à l'époque. Le cursus artistique était très chargé. Mais pour le moment, Castiel s'en sortait pas mal, d'après lui.
Il se dirigea rapidement vers la section artistique et chercha une salle ouverte, dans l'espoir de se défouler sur la toile. Il trouva sa prof de l'année dernière, il entra, la sortant de son dessin. Elle eut d'abord une mine surprise et finit par offrir un sourire tendre au rebelle.
- Castiel, que me vaut ta visite ?
- Je peux vous demander un service ? elle hocha la tête, je peux rester ici … ?
- Quelque chose ne va pas … ?, il détourna le regard, sachant qu'il n'en parlerait pas, elle soupira, tu peux rester mais dans le fond de la salle, j'ai cours les quatre heures avec les premières années.
- J'ai trois heures devant moi.
- Je te ferais savoir l'heure, sourit-elle
Il lui rendit son sourire et s'installa dans le fond de salle, face à une toile vierge. Il s'installa lourdement sur la chaise, un pinceau en main, les écouteurs dans les oreilles et fixa la toile blanche. Immaculée. Pure. Et ce fut comme si la toile le happa dans son monde de néant. L'esprit vide, il laissa parcourir le pinceau sur la toile, perdu dans son monde. Une jambe repliée contre son torse, le coude reposant la tête, sa main gauche remplissait ce blanc avec un air nonchalant. Il peignait ce qu'il avait sur le cœur.
Le tableau était à l'image du rebelle. Mystérieux, secret. Il représentait un visage, on y voyait une oreille droite, et des gouttes d'aquarelle rouge coulant de derrière, une grosse mèche de cheveux barrant l'œil droit, des cheveux d'un noir étouffant, et l'œil gauche semblait si vide, d'un gris fade, d'où une larme de sang s'y échappait, et une fine bouche, tordu dans un sourire amer. Des tâches de rouge et de noir venait assombrir le tableau, ici et là. Le rendant encore plus mystérieux.
Alors qu'il signait la toile, la prof déposa deux mains sur ses épaules, le faisant sursauté. Il cligna des yeux avant de planter son regard dans celui menthe à l'eau de l'enseignante. Elle fixait le tableau, la bouche ouverte, perturbée, visiblement. Il retira ses écouteurs, passant ses mains devant les yeux de ce petit bout de femme. Légèrement perdu. Il soupira, jetant un regard à sa montre, et glissa son sac sur son épaule.
- Merci, sourit-il,je vous le laisse, si vous voulez ! Bonne journée !
La femme le remercia, encore perdue et fixa cette toile, lâchant un soupir triste, Castiel était vraiment un garçon étrange, elle se souvenait de ce garçon listé rouge pour son comportement. Ce garçon si silencieux, si taciturne. Si froid et adulte. Si blessé dans ses toiles. Perdu comme un enfant. Elle soupira et repris rapidement son cours.
Une fois à l'extérieur, Castiel soupira, se sentant déjà un peu moins irrité. Il se dirigea vers son heure de math. Le cours se passa très rapidement, Castiel n'échangea même pas un seul mot avec Violette, il n'avait pas envie de jouer le sociable aujourd'hui. La jeune fille ne s'en formalisa pas, habituée aux changements d'humeurs du rouquin.
Il se dirigea vers le self. Les écouteurs dans les oreilles, il déposa son plateau à peine remplis sur la table et sortit son carnet à croquis. Et il dessina. Castiel était toujours comme ça, il lui prenait des jours où il s'enfermait dans son monde, ne laissant jamais tomber le crayon. Il y a avait la musique aussi, pas de dessin sans musique, pas de monde sans musique. Il se laissa porter dans son monde, faisant abstraction du bordel ambiant. Il ne toucha presque pas à son repas.
- Qu'est-ce qui se passe ?
Il releva la tête, fixant les yeux maya d'Erwan et reposa son crayon en fronçant les sourcils, retirant ses écouteurs. Il s'affala un peu plus sur sa chaise et détourna le regard en se perdant dans la contemplation des voitures défilant rapidement, des passants peu présent dans la rue. Erwan soupira, regardant un moment le même paysage que Castiel.
- Ne me dis pas « rien », Castiel. Parce que c'est pas vrai. Tes cernes. Ton oreille. Ton regard. Ton attitude. Tout te trahis, alors ne me dit pas « rien ».
- Ça à l'air de recoller avec Saw', il fronça les sourcils, t'es vraiment un gars facile.
- Et toi, t'es trop un connard quand t'es de mauvaise humeur, tu le sais ça ?
- Faut croire, mais j'm'en fous, en vrai, un petit sourire arrogant traversa ses lèvres, tu ferais mieux de retourner avec Saw'. Quoiqu'elle est p't'être déjà chez un autre mec ?
Erwan se redressa rapidement, et son poing partit tout seul, s'écrasant dans un bruit sourd sur la mâchoire de Castiel qui ne broncha pas. Il se tenait simplement la mâchoire pendant que le châtain gémissait, secouant sa main comme pour faire disparaître la douleur. Un silence régna dans la pièce, tous les étudiants fixaient les deux garçons. L'autre arrêta de geindre et regarda le rebelle, qui fixait le ciel. Castiel, c'était ce genre de gars qui imposait le respect rien qu'avec sa présence, ce genre de gars qui avait grandit trop vite, qui semblait toujours loin, à des années lumières de vous, que vous pouviez même pas toucher du bout des doigts. Mais Castiel, c'était un homme blessé, avec des cicatrices jamais pansées.
- Je sais pas ce qui se passe, il y a un truc que tu nous dis pas, un truc que t'as pas digéré, que t'as pas oublié et c'est ce truc qui t'empêches d'avancer, qui t'empêche de nous faire confiance. Cast', t'es complètement brisé. Et on a beau essayé de recoller les morceaux, j'ai l'impression qu'il est trop tard … Que ça tiendra jamais.
Castiel dévisagea son ami. Il avait raison. C'était vrai tout ça, son passé, il ne l'avait jamais digéré. Et pourtant, il se contenta simplement de hausser les épaules, comme si ça ne le concernait pas et de quitter le self. Sans un regard en arrière. Il avait trop de fierté et savoir qu'Erwan avait pu lire si facilement en lui l'énervait. Il traversa la cour d'un pas rapide, une clope encore éteinte au bec. Une fois à l'extérieur, il l'alluma, savourant le poison qui se propageait dans ses veines. Ne le calmant pourtant pas.
Perdu dans ses pensées, il ne vit même pas la jolie rousse approcher. Elle s'installa à ses côtés et glissa une main sur sa joue froide. Attirant ainsi son attention. Elle lui offrit un sourire timide. Iris était en Stylisme – Visagiste. Dans la même fac mais elle restait principalement dans l'autre bâtiment. La fac était divisée en quatre grands « pôles » : L'art, la mode, le sport et la musique. Il y avait aussi la littérature mais le niveau n'était pas excellent comme dans d'autres écoles spécialisées.
La rousse l'embrassa, doucement, et il approfondit rapidement le baiser. Il ne se souvenait plus trop comment ça avait commencé, elle était pas sa nana, c'était juste des moments comme ça. Lorsque l'un avait besoin d'un peu d'affection, de se vider la tête. La rouquine avait vraiment changé, elle s'était affirmée, ses cheveux roux n'étaient plus tressé, il tombait en cascade jusqu'à sa chute de rein, ses yeux bleu bienveillants s'étaient éteints depuis le divorce de ses parents, à leur dernière année de lycée. Et puis, Iris était devenue bonne. Avec ses slims ultra serrés. Ce n'était plus la gamine trop heureuse d'avant, qui souriait tout le temps.
- Viens, souffla-t-elle en l'entraînant.
Il se laissa faire. Il était faible, c'était un mec après tout, il ne résistait pas devant une jolie femme. La rousse n'habitait qu'à cinq minutes de la fac, c'est pourquoi ils furent rapidement dans l'entrée du petit appartement de la jeune fille.
Castiel referma la porte et jeta un regard à Iris qui s'approchait d'une démarche féline. Il sourit et l'embrassa sauvagement. Lorsque le dessin ne calmait pas ses nerfs, c'était les filles, ou les mecs, ça dépendait. Il la claqua contre le mur le plus proche, son sac glissa de son épaule, s'écrasant au sol en s'ouvrant, rejoignant celui d'Iris. Ses mains étaient baladeuses jusqu'à se glisser à ses fesses, d'un geste léger, il la porta et elle entoura ainsi ses jambes autour de la taille du rouquin. Il finit par lâcher ses lèvres pour parsemer la peau de son cou de faibles baisers, la faisant gémir.
- Castiel, la chambre, souffla-t-elle contre ses lèvres, le regard fiévreux.
Il sourit. Elle était pressée, impatiente, il la soupçonnait même d'être accro mais il en était pas sûr. Et pour le moment, il s'en fichait. Il lui obéit tout de même, la portant jusque dans la chambre, la déposant sur le lit, continuant à l'embrassait ardemment. Les vêtements tombèrent un part un.
Il ouvrit les yeux, d'un coup, comme s'il remontait à la surface pour reprendre sa respiration. Il mit plusieurs minutes avant de se rappeler qu'il était chez Iris. Il jeta d'ailleurs un regard sur la rousse, endormis sur le ventre, ses cheveux roux bouclés éparpillés sur les draps blancs, un visage détendu, paisible. Les couvertures la couvraient à peine, il soupira, remontant l'épaisse couette jusqu'à son menton et quitta le lit, la laissant dormir. Elle lui avait à moitié susurré, elle l'aimait. Et ça le déranger.
Il se passa une main dans les cheveux, soupirant. Le boxer enfilé, il se dirigea vers la petite cuisine et ouvrit la fenêtre, s'allumant une clope. Il avait besoin de réfléchir, sur ça, sur ce qu'il était, sur beaucoup d'autres choses aussi. Il devait vraiment mettre un terme à sa « pseudo-relation » avec Iris. Déjà, pour elle. Parce que ce n'était pas moral et qu'elle méritait d'être heureuse. C'était une jolie fille, elle n'aurait pas de mal à se trouver un petit copain. Eux deux, ce n'était que purement physique. Rien de plus. Alors, ça les mènerait droit au mur. Il extirpa la dernière taffe d'un geste las, se dirigeant vers la salle de bain, il prit une douche très rapide et retourna dans la chambre, fixant la rousse qui était réveillée.
- Faut qu'on arrête, fit-il rapidement, parce que tu mérites vachement mieux que ce que je suis …
