Yo ! Voici donc la troisième et dernière partie de ce Three-shot, postée très tard parce que j'avais zappé – euh, non, pour l'anniversaire de Siuol, et on chante tous pour le petit Siuol, Joyeux anniversaire – stop. Il est pas vingt heures, je suis sobre, je n'ai rien fait de a journée commencée vers quinze heures, et je cherche désespérément une excuse pour mon état déplorable.
Bref. Arrêtons de déblatérer pour dire pas grand-chose. Merci à ceux qui ont commenté, et bonne lecture !
À bicyclette
.3.
Il boit son café au lait, pas très sûr de comment il a réussi à le préparer. Peut-être Axel l'a aidé ? Non, il dort encore. Ou bien Kairi. Kairi a fait couler le café, c'est certain. Mais est-ce elle qui l'a mis dans sa tasse ? Ou ses automatismes surmontent-ils son état d'esprit agité ? Il a les cheveux en bataille, ça ne change pas de d'habitude, il a des cernes, ça, c'est rare, et les yeux un peu rouges. Il a mal dormi, c'est écrit partout sur sa gueule, pourtant il ne changerait sa nuit pour rien au monde. Il l'a passée à ressasser la journée, à rêvasser, à imaginer, à se demander ce qu'il ferait, ensuite. Il se demande si les derniers mots qu'Aqua a prononcés sont réels. Il était si fatigué, il les a peut-être entendus dans le bruit des vagues, doux mirage. Ou alors il a mal compris. Aqua a lu dans ses yeux qu'il la voyait comme une bonne amie, et elle a dit « Toi aussi », parce que voilà, ils s'entendent bien.
Elle a juste été assez claire pour qu'il y croie à fond, juste pas assez loin pour qu'il remette tout en question. Il se torture le crâne avec ces idées. Kairi lui tape sur la tête en sirotant sa tasse de thé, et récupère sa tranche de brioche dans le grille-pain. Elle a l'air si mature, elle a tout juste dix-sept ans. Demyx se sent petit, mais c'est peut-être un truc de femme, de lui donner cette impression. Mais s'il ne se sent pas plus adulte qu'une fille même pas majeure, comment peut-il seulement se tenir à côté d'une adulte ? Elle a un fils, même pas juste un bébé, un nourrisson, nan, un garçon de dix ans qui a déjà vécu tout un tas de choses. À quel âge l'a-t-elle eu ? Si elle l'a eu à vingt ans elle en a trente, et c'est peu probable – et c'est déjà sept de plus que lui. Il est certain qu'elle a fait des études. Quand, alors ? À vingt-trois, vingt-cinq ans ? À trente ? Non, elle n'est pas quarantenaire. Ça lui trotte dans la tête, ça lui tape sur le système et Kairi s'assied sur la table pour lui donner un coup de pied sur la cuisse.
« Tu te tracasses pour pas grand-chose. Comme toujours, ceci dit. »
Pas grand-chose ? Il a l'impression de jouer sa vie. Ça sera tout ou rien.
« Tu as prévu de la revoir ?
—Elle a dit qu'elle passerait à La Chaloupe aujourd'hui.
—Bien. Alors tout va bien.
—Mais qu'est-ce que je vais lui dire ?
—Demyx ? Tu ne sais pas mentir, et encore moins jouer la comédie. Sois comme d'habitude. Si tu lui plais, elle trouvera charmant ta manie de buter trois fois sur les mots. »
Elle dit ça à moitié pour se moquer, ça marche, il s'insurge, il la traite de sale gosse et hop, il ne s'inquiète plus. Quand Axel se lève en jurant contre le bruit fou qu'ils font à même pas onze heures un samedi matin on lui répond avec des cris plus bruyants encore et il fait abstraction, difficilement, jusqu'à ce qu'il aie sa tasse de café. Tout d'un coup il se réveille et retrouve son énergie habituelle, taillée aux ciseaux dans un abrutissement cynique. Il en est à la moitié de son café quand il allume sa première cigarette de la journée. Une sale habitude, mais la cigarette est de toute façon une sale habitude. La vie est faite de sales habitudes, pense Demyx, et il se dit que le manque de sommeil ne lui réussit pas.
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Dans son petit appartement, Aqua étire doucement les bras. Desaparecida vient se frotter contre sa joue et elle la caresse doucement. Elle miaule, et Aqua a un peu envie de la balancer par la fenêtre. Elle a passé la nuit à faire ses griffes sur le tapis, et cela conjugué au souvenir de la veille, Aqua s'était réveillée mille fois. Ce n'était qu'à l'aube – après s'être résignée à se lever pour ouvrir la fenêtre de la cour à Desaparecida – qu'elle s'était paisiblement rendormie. Elle est heureuse, de pouvoir faire ça. Et elle n'a pas à se sentir coupable, pas de petit déjeuner à préparer, pas de garçon à emmener à l'école. Pas qu'elle aie fait le petit déjeuner tous les jours non plus.
Ah, elle n'avait été ni une très bonne épouse, ni une très bonne mère. Elle avait fui. Terra avait parlé de divorce, elle avait dit oui. Elle ne l'aimait plus. Elle ne le détestait pas non plus, ceci dit … et maintenant ? Elle ne croit pas qu'elle puisse le haïr. Elle est coupable, en un sens. Elle n'était jamais là, toujours dans ses toiles ou en vadrouille, ça ne se voyait sans doute pas, de l'extérieur, que c'était un vrai travail. Elle ne gagnait presque rien – elle ne gagne toujours presque rien – mais elle était toujours occupée. Elle a oublié, plusieurs fois, d'aller chercher Ven à l'école. Elle pensait tout le temps à lui, pourtant, à son air ahuri de tout ce qui se passe autour de lui, à ses yeux bleus et curieux … Elle n'est pas une mauvaise mère, elle aime Ventus, et il le sait bien. Elle n'a juste pas réussi, à tout faire bien comme il fallait. Mais ça n'est pas un échec. Elle s'en rend compte quand elle voit à quel point son fils est gentil et aimant. Elle aime à penser qu'elle y est pour quelque chose. Maintenant, elle se sent un peu coupable. Elle a fui. Elle a revendu à Terra la partie de la maison qui lui appartenait, et elle avait acheté cet appartement sur un coup de tête, avec l'atelier. Il était incroyablement peu cher parce que le propriétaire devait vendre vite, elle avait sauté sur l'occasion, elle n'était jamais venue ici et la voilà. Elle est irresponsable. Elle se sent bête, coupable, mais elle se sent bien.
Elle habite loin de son mari, bientôt d son ex-mari, loin de son fils, comment va-t-elle faire pour le voir ? Elle sait très bien que Terra aura sa garde, il l'aurait eue même si elle n'avait pas déménagé. Terra est un bon père, il a un emploi stable qui lui assure un revenu suffisant pour élever un enfant, il se souvient d'à quelle heure ferme l'école et de quelles céréales Ventus raffole. Aqua a toujours hésité entre les Lion et les Coco Pops. Quand il viendra ici, elle aura un paquet de chaque. Il pourra choisir. Et quand il aura grandi, quand il sera en fin d'adolescence et qu'il lui dira qu'il ne prend plus de céréales mais des tartines elle aura un air infiniment affligé. Il prendra un bol de céréales avec du lait pour lui faire plaisir. Et le lendemain, elle achètera toutes sortes de pains, parce qu'elle n'aura pas retenu lequel il préfèrera. Il se dira que sa mère est folle, mais il saura combien elle l'aime.
Elle a peur, qu'il oublie. À des centaines de kilomètres, est-ce qu'il reçoit son affection ? Ou bien est-ce qu'il doute ? Est-ce qu'il croit qu'elle l'a abandonné ? Elle en a discuté avec lui, il a dit qu'il comprenait, c'est dingue parce qu'elle n'est pas toujours sûre de saisir elle-même. La voilà donc, à trente-cinq ans, presque trente-six, à faire des nuits étranges et à se réveiller seule.
Avec son chat.
Est-elle plus comparable à une jeune étudiante ou à une vieille à chats ? Elle se demande bien. Qu'est-ce que cela signifie, être vieille ? Elle évacue ses pensées d'un revers de la main et regarde sa montre, et remarque qu'elle n'est plus à son poignet. C'est vrai. Elle n'a plus trop d'horaires à respecter. Elle quitte le lit et cherche son téléphone, qui affiche près de quinze heures. Aujourd'hui, elle doit envoyer un mail à Terra pour qu'il lui envoie un carton qu'elle a oublié – elle est loin d'avoir fini d'emménager, mais elle a presque tout le nécessaire pour l'instant – puis lui téléphoner, utiliser le prétexte de le prévenir du mail et lui demander de lui passer Ventus, grappiller des nouvelles sur comment se passent ses vacances, sur ce qu'il pense du collège où il va entrer. Aller chercher sa box, installer internet, appeler ses parents, peut-être. Son père se fait du souci, il se souvient d'elle, gamine, toujours la tête haute mais toujours blessée par derrière. Sa mère s'inquiète aussi sûrement. Aqua ne fait pas souvent ça, de changer de vie, c'est surprenant. Elle doit être dingue, pense Aqua. Elle doit se demander ce qu'elle va bien pouvoir faire de sa vie, comment elle va payer les courses et les charges – ça lui fait penser qu'elle doit passer à la mairie, aussi, mais elle le fera sans doute le lendemain. Et refaire la devanture de l'atelier pour que ça soit le sien. Elle a vu une boutique de décoration à La Flotte qui vendait des tableaux, elle pourrait y aller proposer les siens. Demander à Demyx s'il sait s'il y a des marchés d'art. Ou juste acheter une place dans un marché normal.
Elle se demande si elle va avoir besoin d'une voiture. Celle qu'elle conduisait était à Terra, et elle n'avait même pas essayé de la récupérer. Elle avait gardé ses affaires, et Desaparecida. Elle doit manquer à Ventus. Aqua se demande s'ils ne vont pas prendre un autre animal, un chien ou un hamster. Pour combler le vide. Elle décide de commencer par le mail à écrire, le formule dans sa tête en faisant bouillir de l'eau, fait son sac, s'habille. Elle a emporté avec elle, avec ce qu'elle voyait comme le nécessaire, sa robe de mariée, et elle la déplie doucement. Elle va finir au fond d'un placard, c'est certain. C'est un peu triste. Quand elle est prête elle regarde le lavabo vide. Là-bas, sur le lavabo de la chambre, il y avait un cendrier, deux brosses à dents, et une jolie trousse à maquillage qu'elle n'ouvrait presque jamais. Mais elle aimait l'odeur de poudre et de fard qui s'en dégageait.
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Elle s'assied au comptoir, comme elle le fait toujours, et sort de son sac son ordinateur portable, bleu et blanc. Son amour de cette couleur vire à l'obsessionnel, mais à quoi bon tenter de s'en défaire ? Elle, ça ne la gêne pas, et elle voit du coin de l'œil que ça fait sourire Demyx. Elle a du mal à croire qu'elle a osé lui avouer qu'il lui plaisait. Qu'elle a osé affirmer qu'elle lui plaisait. Il semble tout effrayé maintenant, encore plus qu'avant. Certains garçons – certains hommes – auraient été bouffis d'orgueil. Ils se seraient nourri du compliment, l'auraient ressorti à tout bout de champ, pas lui, lui, il a peur. Quand il doit préparer un café il revient vers elle.
« Bien dormi ? »
Elle hausse les sourcils. Oh, non, elle n'aurait pas pensé à ça d'entrée de jeu. Elle fait oui de la tête, il murmure un rire. Il a des cernes. Lui, n'a pas bien dormi, alors elle ne retourne pas la question. Elle espère qu'il pensait à elle. C'est sans doute un peu vain, mais c'est une pensée qui l'aide à respirer mieux. Elle tape son mail, elle sait exactement comment le formuler, elle y a beaucoup pensé ces dernières heures, et l'envoie avant d'avoir eu le temps de se relire. Desfois qu'il lui viendrait l'idée de tout modifier. Elle pousse son ordinateur un peu sur le côté pour mieux le regarder. Il travaille dur. Elle ne lui a même pas demandé ce qu'il faisait dans la vie. Il travaille ou bien fait des études ? Et quel travail, des études de quoi ? Il lui a semblé bien le connaître, la veille, mais elle n'a même pas le savoir le plus élémentaire sur sa personne. Même pas son âge. C'est un peu frustrant.
« Euhm, tu fais quelque chose ? Ce soir. »
Elle réfléchit rapidement. Non, elle n'a rien de prévu, mais est-ce qu'il n'est pas un peu tôt pour un second rendez-vous ? Elle secoue la tête et il baisse les yeux.
« C'est pour, enfin … J'voulais, te demander … Non, laisse tomber, c'est pas une bonne idée, en fait. »
Elle se sent comme secouée. C'est un peu dur à entendre. Elle le sait, qu'elle n'est plus toute jeune, mais de là à annuler un rendez-vous en même temps qu'on le propose, c'est un peu vache. Demyx a l'air absolument gêné, et elle entend une voix railleuse à côté d'elle.
« Nan, mais c'que Demyx veut te dire c'est : S'il-te-plaît, Ondine de mes mirages, viens à La Chaloupe ce soir à vingt-deux heures, pas tapantes parce que je serai en retard comme toujours. Aïe ! »
Le jeune homme taillé en allumette vient de se prendre un coup de torchon sur la tête. Demyx est rouge, de colère et de gêne.
« Axel ! Tu veux bien la boucler ? Aqua, n'écoute pas ce qu'il dit, c'est mon meilleur ami, il parle beaucoup trop pour arriver à sortir quelque chose de cohérent à chaque fois.
—Est-ce qu'on parle de la fois ou tu as –
—Non, on n'en parle pas. »
Le dit Axel a un rire chaud, presque brûlant. Il lui tend la main.
« Pardon. Axel.
—Aqua, enchantée.
—Pareillement. »
Il a un sourire sûr de lui, bien différent de celui de Demyx. Pourtant, elle se dit qu'ils se ressemblent. Ils attirent l'œil, avec leur quelque chose de fougueux. Mais c'est peut-être juste les cheveux. Axel réclame une bière, Demyx la lui sert en râlant qu'il espère que cette fois il a de quoi payer, et le roux a un sourire étrange, qui montre qu'il hésite. Demyx précise que si Axel lui sort qu'il n'a pas de liquide, il lui prend la carte et lui rend la différence. Le roux fait la moue, et Aqua reste silencieuse, elle observe. Elle retient. Ce soir, à vingt-deux heures. Elle ne sait pas ce qui se passera, mais l'air du rouquin présage que, de toute manière, ça se passera. Elle passe la main dans ses cheveux, l'air de rien, et se plait à remarquer que ce geste attire instantanément l'œil de Demyx. Elle plait encore, c'est bon. Elle a peur, un peu, que ce qui lui plaise chez le blond soit cela, qu'il la fasse se sentir désirée. Elle a souvent du mal à interpréter ses propres émotions, mais elle décide de ne pas tergiverser, pour une fois. Elle regrettera plus tard, dans le pire des cas, ou alors ça lui fera de bons souvenirs. Il lui demande vaguement si elle a pu dessiner ce qu'elle voulait, elle ne lui dira pas qu'elle l'a dessiné lui, mais elle admet être satisfaite. Elle laisse les amis entre eux et vérifie l'adresse où elle doit récupérer sa box et s'y dirige. Vingt-deux heures. Elle a hâte d'y être.
Le soir même, à vingt-deux heures quinze elle entre dans le café – ça n'est pas un véritable rendez-vous, elle a bien le droit d'arriver en retard, et puis elle avait envie de se faire désirer un peu – et es yeux attrapent immédiatement ceux de Demyx. Ou plutôt, elle sent immédiatement son regard sur elle. Cela doit faire un quart d'heure qu'il la cherche des yeux. Ça lui fait plaisir, et elle remarque où il est. Sur l'estrade entre la terrasse couverte et l'intérieur, à droite du bar en rentrant, entouré de fils et d'enceintes. Une guitare à la main. Elle le salue d'un geste de la tête et s'assied à la deuxième table la plus proche de la scène de fortune. Il dit bonsoir à la salle, il se présente un peu et commence à jouer. Des morceaux originaux, Aqua ne savait même pas qu'il aimait la musique. Il y a des influences rock, glam rock, peut-être, dans les fluctuations de sa voix et le synthé plein d'effets qu'il utilise parfois à la place de sa guitare. Du glam rock dans son fard à paupières bleu électrique. Ça lui va bien. Il ne semble pas à Aqua qu'elle aie jamais tant apprécié un maquillage. C'est peut-être la couleur. Sans doute Demyx.
Elle sirote deux tasses de thé en le regardant, elle ne le quitte pas des yeux et quand leurs regards se croisent, il a un sourire gêné. Une fois, il soutient son regard. Il le lui rend. Et il chante un presque gémissement, l'hypnotise comme si c'était la chose la plus naturelle à faire. Il est infiniment séduisant. À la fin du micro concert il range son matériel et passe derrière le bar pour se servir un soda frais. Elle le voit saluer Axel, accompagné d'une fille qu'elle n'a jamais vu, et qui lui font tous deux des signes d'encouragements. Il vient s'asseoir à ses côtés, la queue entre les jambes, attendant la critique et il ressemble tant à un chien mouillé qu'Aqua ne se retient pas de lui ébouriffer les cheveux.
« C'était superbe. Je ne savais pas que tu faisais de la musique. »
Ils discutent un peu, il lui raconte sa rencontre avec la musique, ou plutôt comment elle ne l'a jamais quitté, comment il a grandi en babillant des mélodies, combien il se sent complet avec la musique et pour un peu, elle serait presque jalouse. Il lui fait signifier que La Chaloupe va bientôt fermer, un brin de regret dans la voix. Il s'attend à ce qu'elle fixe un autre rendez-vous, le lendemain, ou plus tard dans la semaine, mais pas à ça.
« Tu viens dîner chez moi ? Je n'ai pas grand-chose, mais encore de quoi faire un repas de félicitations. »
Le repas de félicitations n'est qu'une excuse, mais si bien tombée. Demyx regarde autour de lui, et est heureux de constater que ni Kairi ni Axel ne l'attend encore. Alors il n'a aucune raison de refuser. Il se laisse entraîner, il se demande où elle vit, elle doit avoir loué un appartement ou une maison. Ou une chambre d'hôtes ? Ou alors des amis lui ont prêté leur maison ? Elle l'amène sur le port, et glisse la clé dans la porte d'un atelier à la devanture voilée. Elle lui fait grimper les escaliers, et les cartons disposés dans chaque pièce lui font hausser un sourcil.
« C'est quoi, tout ça ? »
Elle le regarde pointer son appartement entier, et rougit de gêne. Elle n'avait pas pensé.
« Ah, oui, désolée, comme je viens d'emménager je n'ai pas vidé tous les cartons. C'est un peu en désordre. »
Elle espère que ça ne le gêne pas. C'est peut-être un peu présomptueux de sa part, mais elle l'imaginait plutôt désordonné, et donc pas embarrassé d'un peu de bazar. Elle ne s'y attend pas, il saisit sa main et la retourne pour lui faire pleinement face. Il la regarde droit dans les yeux, elle y voit une bestiole danser, comme un peu de joie ou d'espoir.
« Tu emménages ? Ici, sur l'Île ? »
Elle fait simplement oui de la tête et il se met à rire, il s'effondre de rire sur son épaule, elle peut sentir tout son corps agité de soubresauts, son souffle sur son cou et son décolleté. Il ne s'arrête pas de rire et quand elle relève sa tête pour voir si tout va bien, il écrase ses lèvres sur les siennes. Elle ne comprend pas, elle renonce à comprendre, elle renonce à ses appréhensions et l'embrasse. C'est chaud. Il rit encore dans le baiser, elle se sent devenir folle, passionnée, elle veut le dévorer, et rien que ces lèvres, rien que cette langue et ces dents, elle n'en peut plus, lâche ce qu'elle avait dans la main et passe ses bras derrière le garçon pour le rapprocher, pour passer les doigts sur ses cheveux, son dos, ses fesses. Le corps est vigoureux et dur contre le sien, il se perd dans le baiser, osant à peine faire un geste de plus avant qu'elle n'attrape ses mains et les pose au creux de ses reins. Il la serre, elle le serre, elle se sent en manque d'air, mais elle ne fait rien pour s'arrêter, elle se sent étouffer, elle ne veut pas vraiment se libérer pour autant, et elle ne l'aurait pas fait s'il n'avait pas trébuché, manquant de les faire tomber. Il a arrêté de rire, c'est à son tour à elle. Il la regarde, l'air de lui demander si il venait de faire la pire connerie ou la meilleure chose de sa vie en l'embrassant et mille fois les lèvres d'Aqua lui répondent Encore, encore, c'est le meilleur du monde, continue, suis-moi, je te suis, encore, Demyx, est-ce que c'est bon ? n'arrête surtout pas. Ils en oublient de dîner, ils en oublient leur nom que l'autre ne manque jamais de répéter pour autant. Ils ne savent pas si ça dure des heures ou bien seulement quelques minutes, mais ils profitent de chaque seconde pour explorer l'autre, Demyx a peur de mal faire, Aqua aussi, ils s'appliquent jusqu'au point où ils ne peuvent plus aligner deux pensées correctes, il s'aiment à leur façon promesse, leur façon premier essai, leur façon encore, encore, leur façon à moitié faite de rires.
Quand le soleil vient les cueillir au petit matin, Demyx ne se souvient même pas de s'être endormi. Elle est là, dans ses bras, et contre sa poitrine à elle le corps moelleux d'un chat. Était-il là la veille ? Il ne s'en souvient pas. Le chat miaule à l'oreille de sa maîtresse et Demyx la regarde enfoncer la tête dans l'oreiller en bougonnant. Il n'arrive pas à croire qu'il a le droit de voir ça, qu'elle l'a laissé rester, qu'elle a voulu qu'il la touche comme il l'a touchée. Il se sent chanceux. Presque trop. Soudain, la femme a un léger sursaut et se retourne vers lui. Elle l'observe attentivement puis lui sourit. Il hésite à l'embrasser, il ne sait pas vraiment s'il a le droit, alors il dépose ses lèvres dans le cou pâle et elle a un petit rire.
« Allez, bouge de là, j'ai faim. »
Voilà qu'elle le rejette avec toute la simplicité du monde, et il enfonce sa tête dans l'oreiller comme elle l'a fait en la regardant partir. Elle va vers la cuisine, ou plutôt le coin cuisine, à peine séparé de la pièce principale par un muret blanc sur lequel elle a posé quelques livres et un torchon bleu. Étonnant, n'est-ce pas ? Il s'étire dans les draps, cherche des yeux quelque chose à enfiler – elle, ne semble pas avoir de problème avec la nudité et s'affaire à faire bouillir de l'eau sans un vêtement.
« Thé ou café ? »
Il décide de la suivre et n'enfile rien avant de rejoindre sa hauteur et de sortir des tasses. Il les avait repérées de loin et elle lui fait un sourire complice. C'est drôle, leurs deux corps nus en contact, sans tension. C'est étrange.
« Café, si tu as. Tu as du lait ? »
Elle hoche la tête, il fait couler du café, heureux de constater qu'il a une cafetière filtre normale, et donc dont il sait se servir. Elle e sert un thé, sort le lait du réfrigérateur, ainsi que mille choses à mettre sur des tartines. Elle ne mange jamais beaucoup au petit déjeuner, mais d'avoir sauté le dîner lui donne faim. Au regard que jette Demyx à la confiture, elle n'est pas la seule dans ce cas.
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« Dis … tu as quel âge, exactement ? »
Ils sont à demi allongés sur le lit de la femme, le film qu'ils regardaient venant de se terminer, et Demyx parle d'une voix hésitante. Elle pose le menton sur le crâne de Demyx et souffle à mi-mot, comme pour ne pas le dire véritablement.
« Trente-cinq ans. Et toi ? »
Elle le devine grimacer. Elle ne sait pas s'il grimace à son propre âge, à celui d'Aqua ou à la différence entre les deux.
« Vingt-trois. »
Elle pose la joue sur les cheveux blonds et fait descendre sa main le long du bras de son amant.
« Ça ira. »
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Deux ans plus tard.
Deux garçons, glace à l'eau de mer en main, regardent un coucher de soleil sur l'Île de Ré. Le plus petit, le blond, repartira le lendemain. Ils doivent bientôt rentrer dans la maison du plus grand, pour le dîner, mais ils veulent profiter encore un peu. Après cela, ils auront de longs mois à vivre en séparé, Axel viendra à Paris quelques jours, guère plus, et pendant les vacances, Roxas retrouvera l'Île de leur rencontre. C'est une relation étrange qu'ils ont nouée, solide pour tenir la distance.
Dans la grande maison, une jeune fille d'à peine dix-neuf ans, cheveux roux tumultueux sur un visage intelligent discute littérature avec une femme toute de bleu vêtue, sous le regard attentif de deux blonds dans un coin.
Le premier, le plus grand, se démène comme il peut avec le barbecue, tout en amusant le plus jeune de chansons. Le plus jeune, pieds nus, s'émerveille de tout, raconte à Demyx ses copains de la ville, les récréations et les heures de cours au collège.
Quand les deux garçons arrivent, déposent les vélos, le plus petit de tous se jette sur le blond, délaissant Demyx. Ce dernier sourit, et Axel vient lui donner un coup de main. Le feu, ça le connait. De leur position un peu écartée du reste, le roux souffle avec un petit rire, les yeux sur les braises.
« J'arrive toujours pas à croire que tu sors avec la tante de mon copain. »
Demyx grimace. C'est une idée bizarre qu'il a encore du mal à intégrer.
« N'empêche que sans moi tu serais encore à ressasser tes souvenirs de son premier été ici. »
Axel lui frotte les cheveux. Ventus a pris place sur les genoux de sa mère, Roxas s'est réfugié dans un livre que Kairi lui a prêté et cette dernière sirote son verre de pineau, avec une cigarette et un roman arménien. Elle sent la parisienne à plein nez, c'est fou. Août s'achève doucement, faisant brûler son soleil autour de l'étrange maisonnée qui, demain, ira prendre un dernier petit déjeuner à La Flotte, en troupe disparate, à bicyclette.
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Et voilà !
L'Île de Ré, c'est cool. En hiver y a moins de monde, mais y a quand même des glaces. Cette année la Martinière a sorti une glace aux pignons de pin que je ne peux que vous conseiller. Deux boules pignon-yaourt, c'est la vie. Me revoilà à déblatérer.
Dites-moi ce que vous en avez pensé, et à plus !
