3.
Alérian pianota sur sa tablette.
- Je sais que je vous ai déjà vu, mais j'ai besoin d'être certain afin de ne pas offenser votre grade. Ah, j'ai : lieutenant Oshryn Ludjinchraft !
- Oui, c'est encore moi. Ta mémoire, Alie ?
- « Alie » ? C'est un diminutif ? Je suppose, ça renvoie à ce prénom que vous me donnez tous…
- Est-ce que des souvenirs te reviennent ?
- Non… Je suis comme une page blanche. Et je ne suis pas sûr d'avoir envie de me rappeler… Je ne sais rien mais mon sommeil est peuplé de cauchemars, de Dragons, de folie, de mort, de sang… Si c'est ma vie, je n'en veux pas !
- Je pense que tous ceux qui ont vécu tes précédentes expériences réagissent ainsi, rejetant ce passé de souffrances. Mais le présent et l'avenir exigent que tu reviennes, que tu te souviennes !
Les prunelles émeraude s'attardèrent sur les galons de la veste d'uniforme de son blond interlocuteur.
- « Lieutenant » et vous demandez mon avis ?
- Lieutenant ! Et vous vous souvenez des symboles des grades ! C'est un bon début !
- Pourquoi ?
- Même de façon variant d'une personne à l'autre, et autant de schémas d'amnésie différents…
- Finissez vos phrases. Elles n'ont aucun sens entre elles. Enfin, peut-être est-ce à cause de mon absence de mémoire que je n'y comprends rien ?
- Oui, d'ordinaire tu me comprends à demi-mots, et plus encore je dois savoir ce que tu attends de moi quand tu pars en vrille dans tes explications !
- Et je suis censé me rappeler de quoi vous parlez ? Je suis fatigué ! Je peux dormir ?
- Oui, fit Oshryn en se retirant du studio de repos du centre hospitalier.
S'allongeant, Alérian sombra aussitôt dans le sommeil.
Les garçonnets souriaient, embrassant les joues de leur père tandis que Danéïre étreignait les épaules de son mari.
- On t'attend, papa !
Danéïre prit les mains du jeune homme pour les poser sur son ventre rebondi.
- Il nous tarde que ta Mission se finisse mon bel amour aux boucles d'acajou ! La famille va s'agrandir, notre bonheur sera complet !
- J'ai hâte, moi aussi.
Alérian se réveilla en sursaut.
- Où est Machinar ?
- C'est sa phase de révisions. Le bilan des cinquante ans on va dire, fit la jeune femme blonde près de son lit. Cela va prendre plusieurs semaines.
- Je suppose que j'aurais dû m'en rappeler, mais c'est encore bien trop loin dans ma mémoire… Et vous, vous êtes ?
- Roubya. Je m'étais présentée à votre prise de service. Je suis l'assistante de Doc Machinar.
- Bien. Ça me suffit pour le moment.
- Vous souriez,- ? reprit la blonde doctoresse. Je peux en connaître la raison ?
- Curiosité médicale ou personnelle ?
- Je suis médecin !
Le sourire d'Alérian s'accentua.
- J'ai rêvé de ma famille. Je me souviens des miens. Il y avait une ombre en arrière-plan, je crois bien que c'était mon père !
- Machinar avait dit que votre mémoire se raviverait assez rapidement.
- Je pense que c'est indispensable, marmonna le jeune homme. Mon dernier souvenir, enfin un flash plutôt, c'est une bestiole blanche qui m'a foudroyé… Ensuite j'étais tellement bien au chaud, choyé, et deux autres cœurs battaient en écho au mien. Et puis ce retour brutal et glacial à la réalité ! Comme une seconde naissance. Je me trompe ?
- Le lieutenant ludjinchraft va vous raconter. Vos amis Dragons sont venus à la rescousse, Zunia vous a effectivement ramené à la vie. Ce n'est pas donné à tout le monde de renaître d'une Dragonne Noire ! Je dirais même qu'il n'y a pas de précédents !
- Vous vous y connaissez en surnaturel ?
- J'ai mes dadas.
- Bien, accepta Alérian en se levant pour aller se remplir un verre d'eau au pichet posé sur une table proche. Quand tous les fusibles de mon cerveau tordus se seront reconnectés, je pourrai mieux analyser la situation, comprendre tout ce qui ne cesse de m'échapper encore… A-t-on dit quelque chose à ma famille ?
- L'amiral Zéro a invoqué le niveau de Confidentialité 5, le plus élevé, jeta Oshryn en entrant dans la chambre après s'être annoncé à l'entrée. Pas de communications, et certainement pas privées ! Ton père a été Militaire, ainsi que ta femme. Ils savent se plier à cette directive. Alors, il paraît que ta mémoire se remplit ?
- Alors, il paraît que je suis né d'une Dragonne ?
Les deux amis s'étant assis, Roubya se retira, les laissant entre eux.
