Chapitre 3 : Petit à petit, je souris.


Hey ! Je suis très heureuse de vos commentaires qui sont très encourageants pour la suite… Qui je l'espère saura répondre à vos attentes.

Bonne lecture à tous et merci !


Guest : je te remercie pour cet enthousiasme !

Elynaa : Super sympa comme commentaire !

Castlefan : Heureuse de trouver un fan, bonne lecture !


La veille, ils avaient longuement discuté et prise par la fatigue de tous les maux de leur couple, Beckett s'était couchée sans fermer ses volets. Ce matin, elle regrettait amèrement. Tournant et retournant dans les draps, elle cherchait comme à chaque fois, un corps pour se blottir et enfuir son visage, mais comme à chaque fois aussi, il n'y avait personne. Le lit était vide. Le lit était trop grand pour être réchauffé par un seul et même corps. Le lit conjugal ressemblait bien trop à celui d'une célibataire. Elle se redressa, passa une main dans ses cheveux emmêlés et grimaça. Ils s'étaient longuement expliqué mais le manque… Le manque de son corps. Le manque de son odeur. Le manque de lui ne s'expliquait pas. Elle était telle une droguée en période de sevrage, telle une alcoolique à qui l'on avait interdit de boire… En manque ! Elle s'assit au bord du matelas, enfila ses chaussons et regagna le couloir où elle découvrit son homme qui au même moment sortait de sa chambre.

-Hey, lâcha-t-il dans un bâillement à peine dissimulé.

-Hey ba…be. Tu as une sale tête, ce matin.

-Oui, moi aussi je t'aime mon cœur.

Kate roula des yeux devant l'humour sarcastique de son écrivain, sachant qu'il ne cherchait qu'à cacher une mauvaise nuit.

-Cauchemar ? L'interrogea-t-elle, sérieuse.

-Oui, toujours le même.

Elle n'avait pas besoin de poser de questions sur ce cauchemar elle le connaissait par cœur. Elle n'en avait pas tous les détails mais le peu qu'elle savait, elle en savait déjà trop à son goût. Rick, le premier soir de leur arrivé en Islande lui avait raconté. Tout. Ou presque. Il s'était ouvert pour qu'elle comprenne ce qui lui était arrivé et surtout pourquoi il réagissait ainsi. Il désirait qu'aucun mensonge, qu'aucun tabou ne puisse se mettre en travers de sa guérison… Ou plutôt de sa progression. Car s'il espérait un jour redevenir l'homme qu'il était, plus les jours défilaient, moins il y croyait.

Un espoir bien trop grand. Un rêve inaccessible. Un souhait inabordable. Il perdait peu à peu confiance.

-Céréales ou pain ?

-Pain.

-Je fais les tartines, tu t'occupes du café, sourit Kate.

-C'est dingue mais même des années après, on n'a pas changé.

-Le café ? Demanda-t-elle en beurrant une tranche de pain de seigle.

-Oui… Je m'occupe de notre petit rituel et toi, en cadeau tu m'offres ce magnifique sourire, se réjouit-il en déposant les mugs sur le bar.

-Une manière simple de te remercier de chacun de mes matins que tu embellis.

Ils se sourirent et dans un synchronisme parfait, portèrent le café à leurs lèvres. Si à l'époque de leur amitié, ce liquide brun symbolisait un je t'aime impossible ou un doux baiser déposé sur une joue rosie par l'audace, aujourd'hui, il avait le goût d'une madeleine de Proust à la saveur d'antan d'un baiser langoureux jadis échangé dans le lit conjugal.

-On termine le rangement de la maison ou on coupe de bois ?

-Il fait beau, fit la jeune femme en regardant par la fenêtre. On devrait terminer de faire les bûches et commencer l'abri pour les protéger.

-C'est toi, le chef !

-Oui mais c'est toi l'homme fort, le taquina-t-elle en lançant un regard appréciateur sur ses muscles avant de commencer la vaisselle.

-Je me disais bien que tu me matais.

Il riait mais elle, elle ne plaisantait pas. Elle n'avait pas eu la chance de découvrir son corps depuis sa sortie de prison, mais juste d'entrevoir ses muscles rouler sous ses vêtements l'émoustillait ; d'autant plus en ce moment, où il reprenait peu à peu du poids.

-La dernière ? Demanda l'écrivain en rangeant l'assiette qu'il venait d'essuyer.

-Oui.

Le torchon sur le lavabo, elle venait de se retourner mais au lieu de se retrouver libre de tous mouvements, elle était bloquée par un corps. Pas n'importe lequel. Pas celui de n'importe qui. Celui de son époux. Celui qui lui donnait envie. Rick, en train de ranger la dernière assiette au-dessus de sa tête n'avait eu le temps de se reculer. Il était face à sa femme. A quelques centimètres d'elle. Ils n'avaient jamais été aussi proches depuis son trauma et étrangement, il n'éprouvait pas le besoin de s'éloigner. Il était bien. Il ne paniquait pas. Il était serein.

-Babe, murmura-t-elle la voix rauque.

-Attend…

-Qu'est… Qu'est-ce qui se passe ?

Elle déglutit, regarda ses lèvres… Elle n'était pas bien. Elle paniquait. Elle n'était pas sereine.

-Je n'ai pas peur…

Peut-être, mais elle, elle avait peur. Peur de faire une énorme bêtise qu'elle ne pourrait pas réparer. Peur d'atteindre un point de non retour.

-Rick, je…

-Reste-là… Encore, un peu.

Il ne pouvait faire davantage mais se sentir si près d'elle, tout en étant si loin le ravissait. Il reprenait des couleurs, il revivait alors qu'une heure à peine, il pensait ne jamais entretenir une telle intimité avec sa femme. La vie tenait à si peu finalement. Une situation différente. Pas de pression, et hop, il s'était laissé faire.

-Je ne peux pas mon cœur.

-Pardon ?

-Tu es trop… Trop proche, gémit-elle. J'ai envie de toi. J'ai envie de te faire l'amour. J'ai envie que tu me fasses l'amour. J'ai envie qu'on fasse l'amour. Mon cœur bat plus vite… J'ai chaud. Tes lèvres me tentent. Ton torse m'appelle. Et une douce chaleur que je reconnais prend naissance dans mon bas ventre…

Il se recula, d'un mètre, peut-être moins, peut-être plus, et déposa ses mains sur le plan de travail derrière lui, les yeux toujours plongés dans ceux de sa femme qui scintillaient et paradoxalement, s'étaient teints d'un voile sombre. Les joues rosies, Katherine se détourna et relâcha son souffle sur le lavabo, complètement troublée. Si bref que l'instant eut été, elle avait été bouleversée… Un brin embarrassée. Comble, pour elle qui jadis partageait bien plus avec Rick. Des folles nuits ou matins les plus câlins, elle ne se comprenait plus.

-C'était la première fois, murmura Rick.

Elle ne le voyait pas mais elle savait qu'il l'observait toujours. Pour une fois, il ne fuyait pas… C'était elle qui voulait fuir, se terrer au plus profond de la cuisine. Honteuse. Déboussolée.

-De… De quoi ?

-Que tu me dis ce que tu ressens quand tu… Quand tu as… Envie, dit-il en cherchant ses mots.

Secouant la tête comme pour se remettre les idées en place, Kate se retourna et le trouva les bras en appui derrière son dos, épiant le moindre de ses gestes. Il n'avait pas fui. Il était bien là, debout, solide, quant elle, avait flanché.

-Je suis désolé Rick, je…

-Tu n'as pas à t'excuser, c'est ma faute, l'arrêta-t-il. Un coup, je crains une promiscuité avec toi et l'instant d'après, j'ai l'impression d'être moi-même.

-C'est peut-être un bon début, sourit-elle en se mordillant la lèvre.

Il croisait les doigts pour qu'elle dise vrai mais dans son for intérieur, il avait conscience que ce n'était que le début d'un long périple. L'ascension du mont Fuji. L'escalade de l'Himalaya. Une cordée avec sa femme, qu'ils ne réaliseraient pas du premier coup. Entre mauvaises prives, voies trop pentues ou harnais défaillants, le sommet était encore haut.

A deux heures et demie de Reykjavik, début d'après-midi.

Debout derrière leur maison, Castle balançait une hache, qu'il abattait avec une force brutale et presque surhumaine à l'extrémité d'une bûche. La lame s'enfonçait dans le bois tel une vulgaire cuillère dans un pot de miel. A sa gauche et à sa droite, il y avait des grands tas de bois fraichement coupé, de quoi tenir un hiver bien vigoureux mais il continuait. Les jambes écartées, les bras au-dessus de sa tête, il réunissait ses forces puis laissait la hache et la bûche tomber à toute vitesse sur une deuxième bûche, plus imposante, si bien que la première éclatait et se fendait en deux morceaux sous le choc de son propre poids.

C'était un curieux spectacle. Rick en bucheron, des bretelles accrochées à son pantalon, vêtu d'une chemise à carreau rouge… Un vrai mâle. Il était tellement absorbé par sa tâche qu'il n'avait pas remarqué l'arrivée de sa femme. La sueur maculait son front, ruisselait le long de ses joues et de son cou, ses yeux magnifiques étaient petits et étroits, et ses lèvres bien serrées. Cela le rendait incroyablement sexy. Elle avait également aperçu un halo de sueur sur sa chemise, juste sous son cou, sur sa large poitrine. Et ses bras… Oh ses bras… Des muscles parfaits.

-Je pense qu'il y en a assez.

-Ah ! Hurla l'écrivain. Tu m'as fait peur !

-Je ne voulais pas, s'excusa-t-elle en lui tendant une bouteille. Je te disais simplement que nous avions assez de bois pour l'hiver.

Il scruta les bûches éparpillées ici et là et se retourna vers sa muse, un air d'enfant penaud plaqué sur le visage.

-Je crois que je me suis laissé emporter.

-Je crois aussi, lui sourit-elle dans une mimique enfantine.

-Tiens, fit-il en lui redonnant l'eau.

-Hum ! Tu as de belles ampoules.

-Oui, ça commence à me tirailler, grimaça-t-il en regardant ses mains en sang.

-Je te soignerai tout ça, ce soir.

-Retour de l'infirmière coquine ?

Kate rigola à l'air aussi coquin que taquin de son homme, savourant de nouveau l'humour de ce dernier. Répliques à chaud, taquineries joyeuses presque graveleuses, regard rieur, tout lui. Elle le retrouvait peu à peu, exubérant, exaspérant mais aussi, tellement séduisant.

-Arrête de dire des bêtises et range ! Je vais chercher les planches et les vis pour commencer l'appentis.

Fier de faire à nouveau sourire sa muse, il l'observa rejoindre le garage et se mit à ranger ses bouts de bois. Il était vrai qu'il n'y avait pas beaucoup de sons aussi merveilleux que l'éclat de son rire. Cristallin. Frais. Spontané. Jeune. Oui, jeune. Quand elle riait, il lui semblait partager la vie d'une femme encore plus jeune qu'elle ne pouvait l'être ou le paraitre. Ses années obscures disparaissaient en un nuage de fumée. Le poids sur ses épaules s'envolait. Et Katherine Beckett se transformait en Benjamin Button.

-On a plus de vis, râla Kate en jetant les planches aux pieds de son homme.

-Tu as regardé dans le tiroir de l'établi ?

Elle releva ses yeux vers lui, pinça ses lèvres, arqua un sourcil et le fusilla du regard.

-C'est bon, j'ai compris, se défendit Rick. Tu y vas ou j'y vais ?

-Je vais y aller, en attendant poursuis de ranger ton bordel.

-Madame Castle, de telle chose dans votre bouche, déclara l'écrivain faussement choqué.

-Si mes souvenirs sont bons, tu as bien mis une autre chose… Dans ma bouche…

Elle venait de le clouer sur place et ravie de son effet, elle quitta les lieux à reculant l'observant feindre une mort certaine, la main sur son cœur, le regard vers le ciel et la bouche à la recherche d'air.

-Tu es cruelle !

Rieuse, elle se retourna et prit la direction de la quincaillerie qui se révélait être aussi la seule boutique du village. Elle faisait également poste, pharmacie, café, banque et supermarché. De quoi vivre en totale autarcie sans mettre le pied à la capitale, à tout de même plus de deux heures de chez eux. Réajustant son écharpe autour de son cou, l'ex lieutenant était heureuse. Un sentiment simple et candide qu'elle réapprenait encore une fois à complaire dans sa vie.

Le carillon de la porte la sortit de ses pensées. C'était Adèle la fille des gérants qui sortait en trombe de la boutique, comme d'habitude sans faire attention.

-Katherine ! L'installation avance ?

La jeune femme défit quelque peu son tour de cou, les lèvres retroussées en un magnifique sourire. Elle et Rick avaient été accueillis comme des biens heureux. Les quelques villageois étaient tellement heureux de voir de nouvelles têtes avec autant d'histoires à raconter qu'ils n'avaient pas mis beaucoup de temps avant d'être acceptés. Ils parlaient pour les plus jeunes, tous anglais et seuls les anciens et les petits ne parlaient que peu la langue de Shakespeare. La communication s'était donc rapidement installée entre eux.

-Baltasar, laisse-là tranquille ! Tu vas lui faire peur et ils vont repartir.

-Ce n'est rien Ann, la rassura Kate. On avance puis on suivi vos conseils, on a coupé du bois.

-Tu verras cet hiver, tu nous remercieras.

-Surement. D'ailleurs, je venais chercher des vis à bois de soixante-cinq millimètres.

-Je vais te chercher ça.

En attendant, accoudée au comptoir, Katherine fut attirée par un petit bout de feuille blanche maladroitement scotchée au comptoir.

Recherche professeur d'anglais pour l'école maternelle du village. Trois demi-journées par semaine.

-Et voilà ! Clama Balthazar, le sachet de vis en main.

-L'école cherche un professeur d'anglais ?

-Oui et…. Pourquoi tu ne postulerais pas, d'ailleurs ?

-Pas moi mais Rick. C'est l'école au bout de notre rue ?

-Tu en connais une autre ? Lui rétorqua-t-il un brin moqueur.

-L'habitude, grimaça la New-Yorkaise.

Elle bavarda quelques instants de plus avec le couple et revint à la maison. Elle les aimait bien. Ils n'avaient rien à voir avec Lanie, Ryan, Jenny ou Esposito mais ils se révélaient de bons conseils et surtout bien drôles. Ils avaient le même âge que Castle et elle aimait à les écouter, les observer tant ils représentaient le futur qu'elle s'était imaginée avec Rick, avant… Avant, que cette maudite incarcération ne vienne foutre en l'air ses rêves.

-Tu m'attendais ?

-Oui et non, je me reposais, la rassura l'auteur, assis sur un rondin.

-J'ai été longue mais tu connais Ann et Baltasar.

-Des pipelettes ! S'amusa Rick, se souvenant de leur premier jour ici. A peine, avaient-ils fait connaissance, que le soir-même, ils se retrouvaient tous les quatre à boire un coup pour fêter leur arrivée. Ils n'avaient échangé que des banalités, mais la vie ici, c'était ça. Des discussions sur tout et rien, et une grande convivialité, sans jugement, sans regard réprobateur.

-Oui, d'ailleurs nous sommes invités pour un repas chez eux la semaine prochaine.

Il rechigna, peu enclin à manger chez les Hoethe. Il les aimait bien, là n'était pas la question, mais, il craignait tout de même les coutumes locales du pays. Sa tête et son vente se souvenaient encore de leur alcool...

-Tu ne veux pas y aller ? L'interrogea-t-elle devant sa tête de merlan fris.

-Si mais…

-Mais ? Insista-t-elle.

-Tu ne crains pas leurs goûts alimentaires un peu… Comment dire ? Particulier.

-Ça sera l'occasion de découvrir !

-Tu parles, grommela Richard. Si c'est pour manger de la crotte de rennes.

-Ne dis pas n'importe quoi, babe.

-Tu feras moins la fière quand tu verras ton assiette.

Son air de gamin renfrogné sur le visage, il disposa les planches les unes à côté des autres ne voulant admettre à sa muse qu'il n'avait pas la moindre idée de comment monter un appentis… Sans plan, sans modèle, sans rien en fin de compte. Ses compétences en la matière étaient assez limitées.

-Tu mets les vis en premier. On verra après s'il faut des clous pour renforcer le tout ?

Il regarda attentivement sa femme, un sourire naissant sur son visage au fur et à mesure qu'elle fronçait les sourcils.

-Tu n'as pas la moindre idée de comment monter un appentis. Je me trompe ?

-Pas la moindre idée, explosa-t-il de rire devant sa mine déconfite.

Elle se mit à rire à son tour et tous les deux, aussi naïfs que de jeunes premiers se lancèrent dans la réalisation de cet appentis à bois. Beckett avec les talents de bricoleur de son père et Castle, avec sa vision spatiale voire cosmique par moment des éléments à assembler. La visseuse fonctionnait à plein, la scie sauteuse coupait encore et encore, et les planches s'emboitaient les unes après les autres. Chacun à son poste, les opérations s'articulaient pour le mieux et surtout, rapidement.

-Tu ne crois pas qu'on devrait arrêter ? Il commence à faire sombre, non ?

Kate ôta ses lunettes de protection et scruta le ciel il était vrai qu'en Islande, le soleil tombait très vite. Il était treize heures, vous pouviez remplir des mots casés sur la terrasse puis deux heures après, vous pouviez vous munir d'une lampe frontale. Et là, cela se vérifiait parfaitement.

-Tu as raison, on va rentrer.

C'est ainsi que trois heures plus tard, une douche et un repas après pour Katherine et seulement un repas pour Rick, ils étaient installés dans le salon pour soigner les ampoules de l'écrivain. Ses mains déposées sur l'accoudoir du canapé, il essayait de rendre la tâche aussi facile à sa muse qu'à lui-même mais l'histoire n'était pas prête de se terminer. Il fermait les yeux et inspirait profondément à chaque fois qu'elle ne le frôlait de ses doigts et elle, elle tentait au maximum d'éviter tous les contacts directs avec sa peau.

-Euh… Qu'est-ce que tu fais ?

-Je te soigne ou du moins, j'essaie.

-Avec une aiguille ?

-Pour crever tes ampoules, c'est la meilleure solution, lui expliqua-t-elle en chauffant la pointe de l'aiguille à la flamme d'un briquet.

-T'as de la chance que je te fasse confiance.

-Toujours mon amour, toujours.

Elle coulissa un fil de couture dans le chas de l'aiguille et glissa délicatement le tout dans les nombreuses ampoules de son mari. Elle le voyait souffleter, prendre sur lui ne sachant s'il avait mal aux mains ou si ses maux étaient toujours les mêmes, des blessures bien plus longues à cicatriser que des égratignures sur les paumes.

-Tu n'y as pas été de mains mortes, s'étonna-t-elle tout de même en essuyant l'eau et le sang s'écoulant de ses doigts.

-Je confirme, gémit-il de douleur.

-Je reviens, je vais chercher du désinfectant et un antiseptique pour sécher les peaux.

-Mes mains sont toutes à toi !

Il tentait encore l'humour, mais pour lui comme pour elle, ici, à cet instant ça sonnait faux… Tellement faux. Il masquait du mieux qu'il pouvait ses craintes à ce qu'elle ne le touche, à ce que sa femme, sa propre épouse ne le touche, ne serait-ce que les mains, seulement, c'était dur… Tellement dur.

-Tu veux… Tu veux qu'on fasse une pause ? S'enquit-elle du coton et les produits en main.

-Non, ça va aller. Ne t'inquiète pas.

-Si, je m'inquiète, fit-elle en tapotant sur ampoules. D'ailleurs…

Elle s'était lancé, à demi mot... Seulement, devait-elle continué ? Elle le regarda. Elle hésitait.

-D'ailleurs ? Insista Castle devant son hésitation.

-J'ai trouvé ça au village, murmura-t-elle en faisant glisser l'annonce qu'elle avait trouvé sur la table basse.

-Oui ?

-Lis.

Il parcourut les quelques lignes et releva les yeux vers sa femme quelque peu perdu sur le pourquoi de cette petite offre d'emploi. Ils n'avaient jamais parlé de reprendre une quelconque activité professionnelle, mais après tout, Katherine était une femme d'action. Il comprenait tout à fait qu'elle veuille vouloir reprendre du service. Elle n'était pas femme à être entretenue, et encore moins à passer ses journées sans objectif, sans savoir quoi faire de ses lendemains.

-Pour toi ?

-Non, pour toi.

-Pour moi ?

-Oui, pour toi, sourit-elle devant le cocasse de leurs échanges.

-Tu crois ?

-Tu es écrivain, tu manies bien la langue alors, pourquoi pas ? Non ?

Certes, il était un homme de lettres, il n'y avait aucun doute, seulement entre écrire des romans, et enseigner, il y avait une différence. Une énorme différence. Fini les digressions, les divagations scabreuses et les histoires à dormir debout, là, il devrait revêtir le costume de l'homme sérieux.

-Oui, mais l'islandais ce n'est pas mon truc non plus.

-Tu arriveras toujours à te faire comprendre, puis c'est un prof d'anglais qu'ils cherchent pas un prof d'islandais.

-Tu as raison, finit-il par se convaincre lui-même, et ce n'est que trois demi-journées par semaine après tout.

-Tu es partant ? L'interrogea-t-elle surprise.

-Oui, sourit-il, j'irai demain à l'école pour avoir des infos.

Beckett, qui avait quelque peu craint la réaction de son mari, était agréablement surprise que Rick soit d'accord pour se présenter à ce poste. Il n'avait pas rechigné, il ne s'était pas montré particulièrement réfractaire... Après tout, s'éloigner un peu d'elle, découvrir et côtoyer d'autres personnes ne lui ferait peut-être pas de mal.

Beckett, qui avait craint la réaction de son mari, était agréablement surprise que Rick soit d'accord, si facilement, pour se présenter à ce poste. Il n'avait pas rechigné. Et fut encore moins réfractaire. Qui sait, peut-être qu'il n'attendait que ça ? Sortir un peu, s'éloigner d'elle, découvrir et côtoyer d'autres personnes... Se re-socialiser au monde. Petit à petit. Pas à pas.

Une heure plus tard…

Emmitouflée dans un gros pull en laine, Kate avait froid. Elle avait beau se recroqueviller sur elle-même et remonter la couette jusque sous son menton, il n'y avait rien à faire. Elle avait froid. Il ne lui manquait non pas un radiateur ou quelques degrés sur le thermostat, il lui manquait de la chaleur humaine, la chaleur de son homme. Son homme… Elle revoyait ses mains couvertes d'ampoules et se demandait encore comment il en était arrivé là. Bien sûr les planches de bois mais comment un métro sexuel et écrivain de son état, avait pu perdre ses mains si douces et si parfaites. Elle se souvenait de ses paumes caressant ses flancs, effleurant le galbe de ses seins… Il décrivait son corps. Il écrivait leur amour... Les yeux humides à ses souvenirs, elle eut une idée. Stupide. Loufoque. Novatrice. Elle devait le pousser à retrouver le bruit du clavier. Elle s'extirpa de sa couette, s'agenouilla sur le tapis de sa chambre et attrapa un vieux coffre en bois de dessous son lit. Son coffre. Celui où reposait divers objets qui comptaient à sa vie dont la bague de sa mère mais aussi, un morceau de papier. Il n'était pas jauni, ni même très abîmé preuve de sa toute récence, il était simplement vrai.

A pas feutrés au cas où son cher et tendre dormirait déjà, elle se faufila dans le couloir et frappa quelques coups à sa porte.

-Tu dors mon cœur ? Murmura-t-elle.

-Non. Qu'est-ce qu'il se passe ? S'inquiéta-t-il en allumant sa lampe de chevet.

-Rien, enfin… Je n'arrivais pas à dormir et j'ai pensé à un truc.

-Quelque chose me dit que ce truc, fit-il en mimant des guillemets, a une importance particulière pour toi. Je me trompe ?

-Non comme d'habitude.

Elle souriait face à la connaissance sans limite que Castle pouvait avoir d'elle, mais une crainte la saisit. Avait-elle bien fait de venir ? N'allait-elle pas le brusquer ? Le rendre encore plus fermer qu'il ne pouvait l'être ? Non, à y réfléchir, elle était sûre que cette idée lui plairait. L'émotion qui émanait de cette idée ne pouvait le laisser de marbre. Elle se souvenait encore de la myriade de sentiments qui l'avait secoué lorsque ses mots s'étaient couchés sur ce morceau de papier. Elle croyait se perdre, et surtout le perdre. Ne plus le revoir. Ne plus pouvoir l'aimer...

-Kate, tu vas bien ? Fit Castle inquiet devant le mutisme de sa muse.

-Oui, oui, le rassura-t-elle. Tiens, c'est pour toi.

Richard se saisit de la feuille qu'elle lui tendait et la déplia, non sans jeter des œillades incertaines vers sa femme. Il avait peur, mais sensation paradoxale, il ne craignait pas de découvrir l'intérieur de ce papier où, à sa plus grande surprise il découvrit l'écriture de sa douce. Un dernier regard vers elle et il se jeta à cœur perdu dans sa lecture.

-Attends, le stoppa-t-elle. Cette lettre… Date d'il y quatre ans maintenant.

-D'ac…cord, lui répondit-il ne comprenant pas bien où elle voulait en venir.

Cher Rick,

Je ne sais pas combien de temps il me reste… Et je ne sais même pas si j'aurais le temps de terminer cette lettre. Tout ce que je sais à l'heure actuelle, c'est que je suis coincée ici et que le seul moyen de m'en sorti est d'aller jusqu'au bout. Je suis sûre que tout le monde est à ma recherche et s'ils découvrent que j'étais ici, la scientifique passera cet endroit au crible. Ils chercheront des traces de sang et ils en trouveront. Ce qui les mènera à cette lettre.

Mon cœur, cette lettre est pour toi. J'espère que tu n'auras jamais à la lire et que je pourrais te dire tout ça de vive voix mais si jamais les choses tournaient mal et que je ne m'en sortais pas, je veux que tu saches que l'équipe que l'on a formé, que le couple que l'on a formé, est de loin la plus belle chose qui ne me soit jamais arrivée. Tu es un homme merveilleux et je t'aime de tout mon cœur.

Pour l'éternité.

Il venait à l'instant de détacher ses yeux de la lettre, ému comme il l'avait rarement été dans sa vie. On pensait souvent que les écrivains étaient plus sensibles, plus réceptifs aux lettres, aux mots, à l'écriture, seulement ce n'était pas le cas pour Castle. Lui, ce qu'il aimait avant tout, c'était d'écrire des heures et des heures sans se rendre compte qu'il avait perdu pied avec la réalité ou bien imaginer des scènes qui pouvaient l'accaparer, l'obséder tant qu'il ne les avait pas écrites.

-Future Forward… Chuchota-t-elle pour le sortir peu à peu de son mutisme.

-Je… Je m'en doutais mais, pourquoi ? Pourquoi maintenant ? L'interrogea-t-il la voix chevrotante.

-Je voulais qu'à travers mes mots aussi simples qu'ils soient, tu te rendes compte de la femme que tu as fait de moi, celle qui n'a pas peur d'écrire noir sur blanc l'amour qu'elle te porte.

-Tu veux… Tu veux me prouver que toi aussi, tu sais écrire ? La questionna-t-il un brin perdu. Pour notre future expérience à quatre mains.

-Non… Je souhaite simplement te faire comprendre que l'écriture change une personne, quelle qu'elle soit et surtout, quand elle se trouve derrière une page blanche.


Troisième chapitre terminé et quelques avancés… C'est lent mais c'est le temps qui faut pour le Caskett.

Je vous dis à samedi prochain et n'oubliez pas : un petit commentaire pour que l'on puisse tous échanger !