Bonjour à tous. Ce chapitre était dans mon ordinateur depuis longtemps, comme je l'ai dit à certains, je pensais pouvoir le publier rapidement après le précédent. Mais évidemment, on ne sait jamais ce que vous réserve la vie et ces-derniers temps, elle a pas mal fait en sorte que je ne puisse pas m'occuper de mes fictions et d'autres choses. Mais peu importe que le voici ce chapitre.
Je dois vous avouer que je n'en suis pas du tout satisfaite. Je n'arrive pas à en faire ce que je veux et j'ai un profond sentiment de ridicule lorsque je le lis. Mais je ne veux pas m'escrimer avec cet OS et me bloquer pour d'autres à cause de lui alors je vous le livre en pâture.
Je vous souhaite, malgré tout, une bonne lecture.
Et j'ai attendu
(Geek x Mathieu)
Ma tête bourdonnait un peu plus à chaque regard en coin que m'adressaient les autres. Leurs sourires, leurs moqueries. J'ai baissé les yeux sur ma feuille de cours empli de petits dessins et j'y ai rajouté un visage aux yeux écarquillés alors qu'une plaie béante ouvrait son poitrail en deux.
Lorsque la sonnerie a retentie, je suis sorti de cours sans me presser, laissant les autres passer devant moi et me bousculer sans me prêter attention, trop enlisés dans leurs précipitations à aller fumer leurs clopes dont ils semblaient avoir tant besoin.
Moi… Moi je voulais juste rentrer chez moi. Rester au lycée m'était trop difficile, j'avançais au ralenti dans une douleur que m'imposait mon existence au milieu des autres. Je n'y trouvais pas ma place, comme si un mur invisible s'efforçait de me les rendre inaccessibles alors qu'eux pouvaient me voir et décharger leur trop plein d'émotions sur moi, comme si je n'étais qu'une vulgaire chose destinée à souffrir à leurs places.
Alors même si je n'en étais pas fier, je voulais me faire passer pour malade afin de rentrer chez moi. Les mauvais jours reprenant leur droit, ce n'étaient pas les épidémies qui manquaient et je pouvais facilement faire croire à un mal de ventre non soulagé malgré un médicament soi-disant pris il y a un peu plus d'une heure.
Vraiment, je voulais juste rentrer chez moi. Me couper du monde. Des autres. De leur méchanceté et leur incompréhension.
Tremblant un peu de froid et de stress, il s'agissait que l'infirmière ne remarque rien de mon numéro, je me suis mis en route en me courbant un peu en deux, rabattant mes bras sur mon ventre et crispant mes poings avant de rentrer mes épaules puis tordre mon visage d'une douleur composée et quasi-imaginaire. Mon teint de peau étant naturellement pâle, je n'allais avoir aucune difficulté à faire croire que mon mal était réel.
Un peu plus rassuré, j'ai pris le chemin de l'infirmerie, mon passe pour sortir « légalement » du lycée sans que ça ne me pose de soucis du point de vue administratif et auprès de Mathieu notamment.
Savoir que j'allais bientôt sortir de là et que j'allais pouvoir m'enfermer dans ma chambre et sans doute passer le reste de ma journée sur mon pc pour échapper au monde me réconforta un peu et j'avançai avec espoir vers l'infirmerie.
Cependant, un simple petit papier avec quelques mots écrits à la hâte dessus me renvoyèrent instantanément à mon désespoir. « Absente ce jour. » Comme à chaque fois qu'on a besoin d'elle.
Lentement, je me traînai alors jusqu'à mon dernier espoir, la vie scolaire, petite cellule vitale à la composition de l'administration du lycée, un lieu étrange où se mêle toutes sortes de problèmes, dont les malades qui voulaient rentrer chez eux lorsque l'infirmière était absente.
-Bonjour jeune homme ! , m'accueillit au bout de quelques minutes une surveillante au milieu du brouhaha ambiant et des téléphones qui sonnaient longuement dans le vide, quasiment peu perçus derrière les bruyantes discussions qui fusaient.
Un garçon passa en coup de vent, me bousculant au passage, suivi par une adulte qui tenait quelques dossiers colorés contre sa poitrine et qui le menaçait : « J'en n'ai pas fini avec toi, reviens là ! ». Je remis mon sac en place sur mon épaule quand elle me poussa dans sa précipitation et, contrariée, me vociféra : « Qu'est-ce que vous faîtes planté là vous ? ». Ma gorge se serra mais la femme partie aussitôt.
Celle qui fut mon mince espoir quelques instants plus tôt se désintéressa de moi pour partir derrière le trublion qui venait de s'échapper et je me retrouvai de nouveau seul au milieu de tous ces gens qui vaquaient à leurs occupations sans se soucier de moi.
Je suis ressorti de là, angoissé. Je savais bien que je n'allais pas pouvoir tenir toute une journée. Chaque pas m'était trop difficile pour que je tente de continuer. Avancer encore un peu plus, c'était la promesse de m'enfoncer dans mes idées noires, d'une crise de larmes, la même que mon petit sourire timide remplace, celui qui expédie mon chagrin au creux de ma poitrine en une masse trop pesante pour être supportable, qui creuse mon ventre et coupe ma faim.
Je me suis assis dans les escaliers peu fréquentés sur le côté du bâtiment de l'administration et j'ai empoigné mon téléphone pour appeler Mathieu. Je voulais, j'avais besoin d'entendre une voix familière et surtout, qu'il vienne me chercher pour me ramener chez nous. Que mon mal-être s'apaise enfin dans la solitude choisie et non subie. Au moins que j'ai l'impression d'une accalmie.
Avec angoisse, j'ai écouté les longues sonneries, stridentes et répétitives en attendant que Mathieu décroche. J'avais peur qu'il ne me réponde pas, qu'il me laisse tomber. Mais finalement, il a décroché.
Et ce fut pire.
-Hey Geek, qu'est-ce qu'il y a ?
J'ai pris une voix faible à vrai dire très peu simulée pour lui répondre :
-J'me sens pas bien Mathieu.
-Qu'est-ce qu'il t'arrive ?
-J'sais pas, j'ai mal au ventre…
Il y eut un silence où je l'entendis bailler un peu. Il avait dû encore passer une nuit blanche à bosser.
-Et qu'est-ce que tu veux que je fasse ? Que je vienne te chercher et que je signe une décharge pour que tu puisses sortir ?
-Je… Je sais pas.
Un blanc.
-Ca va vraiment pas ? , reprit-il.
Ma voix s'est fêlée dans un sanglot lorsque j'ai dit à mi-voix :
-Non… Non ça va pas vraiment…
-Ecoute Geek… T'es sûr que c'est vraiment de la douleur physique ? C'est pas de la douleur psychologique plutôt ?
Face à mon silence, il reprit :
-Je sais que c'est difficile pour toi mais il faut que tu tiennes, tu comprends ? C'est ta dernière année au lycée. Tu verras, après le bac ça ira mieux, tu seras avec des gens qui auront les mêmes centres d'intérêt que toi, qui te comprendront. Les cours seront plus intéressants, iront plus vite. Ca ira mieux. Tiens bon et passe ton bac, d'accord ?
J'ai fermé les yeux de découragement tant ce discours m'était bien trop connu et ma gorge s'est serrée, m'empêchant toute réponse à part un petit « mmh d'accord » étranglé.
-Il faut juste que tu sois un peu patient, tu comprends ?
Eloignant le téléphone de moi pour que Mathieu ne m'entende pas, j'ai brusquement laissé échapper un nouveau sanglot avec une grimace de douleur.
Quand j'ai pu me contrôler un peu, j'ai repris le téléphone :
-Laisse tomber Mathieu… Je… Je vais me débrouiller. Merci quand même.
-T'es su…
J'ai raccroché avant la fin de son questionnement inquiet et je me suis retrouvé encore plus seul qu'avant mon appel.
Je ne suis pas retourné en cours après ça. Je ne suis pas parti du lycée non plus.
Après avoir séché mes joues, j'ai empoigné mon sac, me suis barricadé derrière un air décidé pour traverser la cour sans me faire arrêter –et surtout pour ne pas remarquer les regards moqueurs posés sur moi. Je suis allé me réfugier dans des toilettes peu fréquentées dans le bâtiment essentiellement réservé au français, à la littérature et au dernier étage, aux mathématiques.
Je suis rentré dans la deuxième cabine, celle que je savais percée tout en haut par une fenêtre qui m'éviterait de me retrouver sans lumière à cause de la minuterie qu'il faut activer de l'extérieur par le mouvement.
Avec la fenêtre qui me dispensait la lumière naturelle, je pouvais alors rester aussi longtemps que je le voulais. Ce qui risquait d'être assez long.
J'ai silencieusement fermé la porte à mon passage et j'ai actionné le verrou.
J'avais envie de pleurer une nouvelle fois. Je les sentais ces larmes mais elles ne montaient pas. Elles restaient bloquées, me rongeant de l'intérieur.
J'ai posé mon sac par terre, me suis rageusement débarrassé de mon blouson, de ma veste et je me suis assis au sol à la propreté approximative, m'adossant contre le mur carrelé d'une effroyable couleur jaunâtre.
Ma colère contenue n'arrivait pas à exploser. Elle se contentait de bouillonner en moi de manière indistincte, me torturant sans que je puisse me soustraire à elle. C'était quelque chose qui me bouleversait les tripes de façon insupportable dans une rage intenable.
J'ai craqué. C'est humain me diriez vous. Oui, sans doute. J'aurais préféré qu'on m'en empêche cette fois.
J'ai attrapé un mouchoir dans mon sac avant d'empoigner précipitamment une petite boîte en fer blanc que j'ai ouverte en tremblant. En soulevant un morceau de papier, je récupérai enfin une petite lame retirée d'un rasoir que j'avais patiemment cassé en m'entaillant les pouces, il y a quelques mois.
Mes doigts tremblaient sur le petit bout de métal léger déjà tâché par endroit par du sang séché.
J'ai brusquement relevé ma manche gauche et dans ma précipitation, la lame a râpé ma peau dans un frôlement. C'est à peine si j'ai senti quelque chose mais j'ai regardé avec une sorte de soulagement des petites perles pourpres grossirent sur ma peau ouverte. C'était la preuve qu'en dépit de cet état second, quasi léthargique qui m'enlisait, j'étais encore vivant.
J'ai resserré la prise de mon pouce et mon index sur le petit objet pas plus épais qu'une feuille de cigarette et au moment où le tranchant de la lame a touché mes plaies, certaines encore à vif, pour les rouvrir un peu plus, je me suis enfin effondré en sanglots libérateurs.
Un véritable soulagement alors que j'exprimais enfin ma colère non pas par des cris mais sur mon poignet en de longs traits ensanglantés dans la longueur de mon avant-bras.
Des cris silencieux et rouges de sang.
Mais la douleur avait déjà trop frappée ma chair, c'est à peine si je sentais celle qui devait me traverser alors que ma peau se fendait en d'abondants flots rouges.
J'épongeais au fur et à mesure mon sang qui remontait jusqu'à la fleur de ma peau et s'écoulait, sans vraiment me rendre compte d'où j'étais, ce que j'étais en train de faire.
J'ai laissé ma tête aller contre le mur et, alors que mon poignet se glaçait petit à petit en dépit du feu de la peau à vif, j'ai repensé à ma conversation avec Mathieu.
« C'est pas de la douleur psychologique plutôt ? »
J'ai fixé mes yeux dégoulinant de larmes sur le mur en face de moi tandis que je sentais mon sang couler délicatement le long de mon bras tendu pour tenter de tomber au sol. J'ai de nouveau recueilli mon sang sur le mouchoir devenu poisseux.
Je me suis arrêté un instant pour écouter les raclements de chaises qui secouaient le bâtiment, les discutions qui filaient dans les escaliers à proximité de là où j'étais, signes que la fin de l'heure de cours allait sonner.
Je me suis senti détaché de tout ça. Je me sentais à ma place. Pas bien mais à ma place. Loin des autres et des coups qu'ils me portaient. Je voulais rester ici.
Sortir et me mêler aux autres, leurs regards et leurs émotions qui débordaient sur moi sans que j'y puisse quelque chose, je n'allais pas pouvoir le supporter plus longtemps. J'étais devenu trop fragile, trop chétif avec le temps. Tout ce que j'avais enduré jusque là, les moqueries, les bravades, je ne pouvais plus y faire face.
Alors je suis resté assis et j'ai continué de me déchiqueter le poignet dans une folle ferveur, une quête précipitée à une sensation d'apaisement, aussi légère et réduite devait-elle être.
Mais j'étais trop cloisonné dans ma souffrance, mon âme meurtrie trop loin de mon corps pour ressentir une quelconque douleur. Seule la vision de tout ce rouge sur la pâleur de ma peau arrivait à me tirer un peu de mon désespoir.
Et le sang coulait tellement…
Le lycée résonnait du brouhaha formidable d'une vie en mouvement, capharnaüm ravissant qui me parvenait étouffé et lointain depuis ma cachette, comme une énergie que je ne pourrais jamais atteindre, inaccessible, à jamais. Mais de l'espace clos de mon chagrin, j'en savourais les échos, fumée insaisissable qui filait à travers les mailles d'un bonheur incertain et irréel. Et je les détestais.
Je me suis pris à sourire un instant, un peu fou, et mes larmes sont allées saler mes lèvres étirées.
J'ai jeté le mouchoir lourd de sang aggloméré dans la petite poubelle dans le coin opposé au mien et, pleurant toujours, je me suis déplacé pour placer mon bras au-dessus de la cuvette propre.
Un froid glacial remontait jusqu'à mon épaule. Ma respiration me semblait infinie dans ce petit espace et mon sang tombait goutte à goutte dans l'eau, dans un petit bruit régulier, moins d'une seconde après que je sente la perle pourpre se détacher de mon bras en une caresse agréable qui contrastait avec ma peau tirée un peu plus haut.
J'ai soupiré. Je n'avais plus le cœur lourd.
Je me sentais simplement vide. Désespérément seul. Abandonné.
Au fond de la cuvette, l'eau prenait une teinte rouge de plus en plus prononcé.
J'ai tourné mes yeux vers la lumière transperçant la fenêtre et j'ai de nouveau exhalé un soupir lourd.
Enfermé entre ces quatre murs, j'observais cette lumière, j'écoutais les conversations qui s'éteignaient alors que les autres rentraient en cours. Le silence ambiant s'ajouta à celui de mon havre de mal-être et tout ça s'abattit à mes oreilles dans un fracas imperceptible qui les firent doucement tinter.
J'ai inspiré profondément pour trouver le courage, malgré le froid qui m'engourdissait, de porter une dernière fois la lame à mon bras. J'ai parfaitement suivi le chemin que me traçait ma veine palpitante.
J'ai tourné mon regard vers la petite fenêtre tout en haut de la pièce, vers ce monde extérieur insaisissable que j'aurais tellement aimé réussir à intégrer.
Et j'ai attendu.
J'espère que ça vous aura plu malgré tout. N'hésitez pas à me le dire.
Le prochain chapitre de Cette part de moi qui réside en lui ne devrait pas tarder à sortir, du moins j'aimerais que ce soit le cas.
Prenez soin de vous et à bientôt! :)
