La schizophrénie. On le pensait atteint de cette maladie. Mais la maladie qu'il avait était plus grave encore. La manipulation. Il aimait juste tellement les réactions apeurées des gens autour de lui, qu'il lui en fallait plus. Ce jeune garçon a alors décidé de se créer un autre lui, pour voir les visages de ses proches déformés avec la peur et la terreur. On voulait le sauver, mais il n'avait pas besoin d'être sauvé, selon lui. Il voulait simplement voir les autres souffrir. Il aimait jouer le fou. Il a mis tellement d'efforts dans cela, que tout le monde y a cru. Son équipe s'est séparé grâce à lui. Il s'éparpillaient comme des petits papillons perdus. Leurs espoirs brisés, virevoltants dans le vent nouveau et chaud de l'été. Leurs larmes, tombant par terre, nourrissaient son cœur d'une réelle joie. Ces idiots dansaient pour lui sans s'en rendre compte, et lui, comme le meilleur des chef d'orchestre, il y mettait tout son cœur. C'était sa raison d'être. Il les manipulait comme des poupées de cire. Et ces poupées, une fois exposées à la chaleur du soleil, commencent à fondre. Peut-être bien qu'il était sur le coin de cette fenêtre, le vent caressant ses pommettes de glace et son cœur de pierre. Peut-être bien qu'il fondait en cet instant. Peu importait. Il assistait à la plus belle des valses. Et celle-ci ne s'arrêterait pas. Pas tant qu'il voudra l'admirer. Pour une fois, il dirigeait quelque chose dans sa vie. Et les misérables insectes autour de lui ne l'atteindront plus jamais. C'était sa danse macabre, sa valse ensanglantée. Le public, les danseurs et le metteur en scène n'y survivront pas, mais c'était les règles du jeu. Ses règles.
Oh ! Qu'il aimait les voir sautiller sous ses coups, voir leurs corps couverts de balafres et leurs visages méconnaissables. Et dire qu'il aurait pu leur arracher un membre. Stupide gentillesse. Il s'est excusé envers lui-même en leur enfonçant quelques matériaux coupants aussi douloureusement que possible. Le sang ne tâchait pas ses mains, déjà ensanglantées de crimes. Pendant qu'il attachait et bâillonait sa dernière victime, il dansait. Il dansait avec les corps morts de leur camarade attaché. Il voyait dans leurs yeux morts la divine promesse d'un monde meilleur. D'un geste presque tendre, il coupe la lèvre inférieur de ce cher fantôme attaché. Se délectant des derniers cris de souffrance qu'il entendrait de sa vie, il se sentit comme Chopin lors de la composition de son Nocturne pour piano n°9. Lui aussi, tel ce virtuose, aura le droit à son heure de gloire, et à son repos. Il empoigna l'arme argentée dans sa main et d'une façon délicate l'enfonça dans son thorax et se coucha sur son ventre afin que ce métal froid puisse mieux le pénétrer. Ah, vraiment, il avait tout d'un virtuose de la manipulation, si bien, qu'il se manipulait lui même. Ou peut-être bien qu'il s'agissait de son autre lui. Il ne savait plus. En cet instant, ils étaient enfin un, réunis. Pour toujours. Son œil sphène s'activa, comme preuve de son union, de leur union.
Il n'était pas schizophrène. Il le savait. Il était simplement amouraché de sa propre personne.
