Alter ego

Note de l'auteur : Chapitre 3, où il se passe beaucoup de choses en très peu de temps. Finalement j'avais trop à raconter. L'arrivée sur Vulcain sera donc pour le prochain chapitre. Désolé.

J'espère que vous passerez un bon moment quand même. Bonne lecture et merci pour toutes vos reviews!

L'attente me sembla interminable. J'étais scindé entre l'excitation d'être en face de moi-même et la peur que cela soit dangereux. Bones se faisait désirer et mes nerfs étaient mis à rude épreuve. Spock, toujours quelque peu figé, ne m'aidait pas vraiment. Je voyais bien qu'il n'osait pas l'approcher et cela me gênait pour lui. J'aurais aimé qu'il soit aussi à l'aise que je l'étais avec le vieux Spock. Cela dura bien quelques longues minutes, avant que la porte de l'infirmerie ne s'ouvre enfin, sur un Leonard mal peigné et visiblement contrarié d'avoir était tiré de force du lit conjugal.

« J'espère que c'est important, Jim. M'Benga semblait complètement à côté de la plaque et n'a même pas su m'expliquer clairement le problème. Apparemment, il faut que je le voie de mes propres yeux, donc je suis là. Maintenant, que ce passe-t-il ? » Déblatéra-t-il d'une traite, en se dirigeant vers moi.

En réponse, je me contentais de désigner l'autre Kirk toujours assis sur son lit. Bones le regarda sans comprendre, durant un instant, puis ses yeux allèrent de lui à moi, plusieurs fois, jusqu'à ce que la lumière se fasse dans son esprit. Je pus dire exactement à quel moment, puisque son visage se décomposa soudainement et qu'il ouvrit la bouche pour parler, sans y parvenir, puis la referma, lui donnant un air de carpe hors de l'eau.

« Putain de merde. » Furent finalement les seuls mots qui sortirent de sa gorge, ce qui eut au moins le mérite de réveiller Spock, choqué par une telle grossièreté.

« Ça résume assez bien ma pensée. » Ironisais-je, dans une tentative vaine de détendre l'atmosphère.

« Ton but dans la vie est-il d'avoir raison de ma santé mentale ? » Me demanda-t-il, accusateur.

« Quoi ? Mais… je n'y suis pour rien, sur ce coup-là ! » Me défendis-je.

« C'est bien toi, là ? » Dit-il, en montrant mon double.

« Oui. »

« Donc c'est toi le responsable. » Conclut-il. « Mon assistant vous a-t-il examiné ? » L'interrogea-t-il, avant que je puisse répliquer.

« Oui. Je vais bien, ne t'inquiète pas. » Le rassura-t-il, en souriant. « C'est bon de te revoir, vieille branche. » Ajouta-t-il, en se levant.

Il fit un pas vers mon ami, incertain, quand son attention fut attirée par la main gauche du médecin. Il la prit, d'un geste hésitant, pour l'examiner de plus près.

« Tu t'es remarié. » Constata-t-il

« Oui. Avec Nyota. »

« Le Lieutenant Uhura ? » S'exclama-t-il. « Tu plaisantes ! Si je m'y attendais. »

« Ce n'est pas le cas, dans vo… ton univers ? »

« Malheureusement, non. Mais je suis content pour toi. » Lui assura-t-il. « Ne fais pas cette tête, c'est aussi étrange pour toi que pour moi. Je n'avais pas du tout prévu d'atterrir ici, mais je suis soulagé que ce soit l'Enterprise qui m'ait trouvé. J'aurais pu plus mal tomber. »

« En effet. Maintenant que nous sommes tous les quatre, je serais très curieux de connaître ton histoire. Sans entrer dans des détails trop compromettants, bien sûr. » Dis-je, alors que Bones se mit en tête d'ausculter de nouveau son patient.

Je ne fis aucun commentaire, conscient que c'était surtout pour se donner contenance et s'occuper les mains, pour ne pas trop réfléchir à la situation.

« Par où commencer… »

« Le début. Ton Spock nous a assurés que tu étais mort. Explique-nous déjà cela. »

Il débuta donc son récit par son trépas, sans trop entrer dans les détails, bien évidemment. Évoquant un ami Capitaine, qu'il s'abstint de nommer et Spock qui l'aurait enterré sur Terre. J'essayais de ne pas imaginer la douleur ressentie par le Vulcain. Vu qu'il ne s'autorisa pas à dire certaines choses, comme le contexte politique ou encore le nom des personnes concernées par l'histoire, sa résurrection n'était pas franchement compréhensible. Mais la chose à retenir, c'est qu'il avait été ramené à la vie par une technologie extraterrestre. Quant à savoir laquelle, encore une fois, nous resterions dans l'ignorance. Il nous expliqua ensuite, que tout ceci s'était produit très peu de temps après que son Spock se soit fait aspiré par le trou noir qui l'avait mené jusqu'à nous, qu'il avait appris sa disparition et le fait qu'il était considéré comme mort, ainsi que la destruction de Romulus, auprès de ce fameux Capitaine et ami, qu'il refusa une fois de plus de citer. C'était ainsi qu'il avait refusé de croire l'avoir perdu une fois de plus et s'était donc mis en tête de retrouver les traces de la singularité qui l'avait emporté. Et tel un petit poucet galactique, il avait suivi les miettes qui menaient vers une conclusion bien plus optimiste. Persuadé que son Spock était bien vivant, quelque part, il avait alors entrepris un voyage sans retour, contre l'avis général, dans l'espoir de le retrouver, recréant un trou noir à l'endroit exact où se trouvait le premier. Au final, il s'en était plutôt bien sorti, même s'il n'avait pas visé juste au niveau de la date, en vue des circonstances.

Cela me ramena à mon propre questionnement sur jusqu'où j'étais capable d'aller pour Spock. La folie de mon double aurait pu, et pouvait encore avoir, des conséquences dramatiques. Fort heureusement, il était apparu dans un coin inhabité de la galaxie et n'était pas tombé sur les mauvaises personnes. Mais la chance est un concept qui n'excuse pas l'imprudence à un tel niveau. J'aurais aimé penser que même moi je ne serais pas allé jusque-là. Mais c'était justement ce qui venait de se produire, dans un sens et je ne pouvais pas simplement prétendre que lui et moi étions différents. Oh, c'était sûrement le cas, pour certaines choses. Il avait connu son père, pas moi. Il s'était engagé dans Starfleet pour suivre son exemple, moi pour honorer son sacrifice sur l'USS Kelvin. Nous n'avions pas eu la même enfance, ni la même éducation. Mais au final, l'appel de l'espace avait été le plus fort et notre destin avait violemment percuté celui d'un certain demi-Vulcain, immanquablement. Cela prenait une toute autre dimension, en vue du fait que ce n'était apparemment pas le cas de Bones et Nyota. En quoi Spock et moi étions-nous spéciaux ? L'éternelle question qui me taraudait et à laquelle je n'aurais probablement jamais de réponse. Mon but était et resterait toujours, de faire la différence. De changer la face du monde. Une motivation que je partageais avec mon double plus âgé, à l'en croire. Était-ce ça ? Une volonté assez forte pouvait-elle engendrer une destinée comme la mienne ? Avec Spock comme garde-fou et compagnon, pour ne pas perdre pied.

USS Enterprise, point de vue de l'Enseigne Pavel Andreievich Chekov.

J'ouvrais les yeux difficilement, alors qu'une migraine carabinée me donnait l'impression que ma tête allait éclater. C'était ça, de boire des alcools traîtres, comme le champagne. Cela ne serait jamais arrivé avec ma chère vodka. Un regard circulaire sur la pièce m'apprit que je ne me trouvais pas dans ma chambre. Hikaru, blotti contre moi, me confirma cette hypothèse. Il m'aura sûrement trimbalé jusqu'ici, alors que j'étais complètement ivre. C'est alors que les souvenirs de la veille me revinrent en mémoire. J'eus la décence de rougir de honte, en me rappelant mes paroles. Nous étions dans l'équipe bêta, ce matin-là. Nous pouvions donc nous permettre de traîner encore un peu au lit. Néanmoins, je décidais de faire un saut rapide dans la salle de bain, histoire de soulager ma vessie, ainsi que mon mal de crâne et de m'enlever le goût immonde que j'avais dans la bouche. Quand je revins me glisser sous les draps, Hikaru était réveillé. Il me sourit, en me voyant revenir et m'accueillit tendrement dans ses bras.

« Je suis désolé. » Murmurais-je.

« De quoi ? » Demanda-t-il, tout bas.

« Pour mon attitude d'hier soir. »

« Tu veux dire, quand tu as exprimé ouvertement ton désir pour moi ? » Me taquina-t-il. « Je ne vois pas le mal à ça. D'ailleurs… si ta proposition tient toujours… »

J'évitais son regard, profondément gêné. Il dut le percevoir, car il m'obligea à relever le menton, d'une main.

« Qu'est-ce qu'il y a ? Tu as peur de ne pas être à la hauteur ? » Je rougis d'autant plus, confirmant son impression. « Pavel. » Soupira-t-il. « Je suis peut-être plus âgé que toi, mais ne crois pas que mon expérience en la matière soit très étendue. Je me suis simplement rendu compte que te voir avec cette Klingonne, me rendait maladivement jaloux. Voilà où s'arrête ma connaissance de l'amour entre hommes. Et on ne peut pas dire que les femmes étaient légion, dans ma vie, avant ça. Sans être totalement incompétent, je suis loin d'être un Don Juan. La plupart du temps, je n'ai pas la moindre idée de ce que je dois faire avec toi, pour que tu te sentes à l'aise. »

Son aveu me surprit. Je l'avais toujours imaginé sûr de lui. Cela me redonna quelque peu confiance en moi. Je plongeais ma tête dans le creux de son cou, pour y déposer un baiser.

« Fais-moi l'amour. » Réitérais-je, cette fois-ci parfaitement sobre.

« Tu es sûr ? » Chuchota-t-il.

En réponse, je m'emparais de ses lèvres, dans un baiser exigeant, emporté. Il me repoussa alors sur le dos, avant de s'allonger sur moi. Je l'accueillis entre mes jambes nues, alors qu'il collait son torse au mien. Le simple boxer qu'il m'avait laissé la veille, me sembla soudainement bien trop petit pour moi, quand son membre chaud glissa contre le mien, à travers le tissu. Un soupir timide m'échappa, ce qui le fit sourire contre ma bouche. Il se redressa ensuite, pour achever de me déshabiller, avant d'en faire de même pour lui. Il prit le temps de me contempler, d'un regard amoureux, quelques instants et je pris sur moi pour me pas me cacher sous le drap. Une paume moite se posa doucement sur mon érection, m'envoyant une décharge de plaisir dans le bas-ventre, avant de me caresser lentement. Je fermais les yeux, à ce contact, savourant la chaleur de sa main, quand je sentis une langue timide prendre le relais.

« Tu n'es pas obligé de… »

« J'en ai envie. » Murmura-t-il, contre mon aine, avant de me prendre dans sa bouche.

Je rejetais la tête en arrière, en agrippant ses cheveux, alors qu'il redoublait d'efforts pour me rendre fou. Il me relâcha quelques secondes, le temps de fouiller dans un tiroir, pour en sortir un flacon dont j'identifiais sans mal le contenu. Il en versa une généreuse quantité sur ses doigts, avant de m'entourer de nouveau de ses lèvres rougies. Il investit ensuite mon corps de ses phalanges délicates, glissant prudemment en moi, cherchant, curieux, ce qui me faisait réagir. Je passais par-delà de la gêne, pour me concentrer sur la sensation nouvelle, jusqu'à ce que le feu de sa langue vienne à bout de ma résistance. Je tentais de le prévenir, mais il refusa de se détourner, alors qu'il s'enfonçait plus profondément en moi. Je me tendis contre le matelas, serrant les draps convulsivement, une plainte lascive s'échappant de ma gorge. La pression retomba, me laissant quelque peu amorphe. Il retira doucement ses doigts, avant de remonter le long de mon torse pour venir m'embrasser avec passion. Il s'agenouilla ensuite entre mes cuisses, avant de s'enduire lui-même de cette huile qui sentait délicieusement bon et de hisser mes mollets sur ses épaules larges. Il me fixa alors, de ses yeux noircis de désir et d'envie, attendant un consentement de ma part. Je tendis une main, pour l'attraper par la nuque et le tirer à moi. Il se coula contre mon corps, avant de me pénétrer dans un mouvement fluide, forçant la barrière de mes muscles, jusqu'à être complètement en moi. Je serrais les dents sous l'intrusion, incapable de ne pas grimacer de douleur, attisant son inquiétude. Il s'immobilisa, me laissant le temps de m'habituer à sa présence. Je m'exhortais au calme, respirant profondément, alors qu'il caresserait doucement mes cheveux.

« Chut… » Siffla-t-il, tout bas. « Détends-toi. Je suis désolé. »

« Bouge. S'il te plaît. » Susurrais-je, entre mes mâchoires serrées.

Il amorça alors un premier geste, avant de s'insinuer plus intensément en moi. Un éclair de plaisir me transperça, me faisait crier d'une manière parfaitement indécente. Il interpréta mal ma réaction et s'interrompit de nouveau.

« Encore. » Articulais-je difficilement, grisé par la sensation de son membre chaud à l'intérieur de moi.

Il se remit alors en mouvement, pour ne plus s'arrêter, cette fois, me prenant à un rythme de plus en plus fiévreux, à mesure que le plaisir nous consumait. Je me retenais à son dos, sa nuque, ses biceps tendus sous l'effort, pour ne pas perdre pied, tandis qu'il dévorait mes lèvres et s'abreuvait de mes soupirs. Il se redressa, pour s'emparer de mon membre quelque peu délaissé. Je regardais un instant sa main ferme, aller et venir à la même cadence effrénée de ses coups de reins, avant de rendre les armes sous ses assauts répétés et de me répandre entre ses doigts. Il me serra ensuite contre lui, avant de venir à son tour en moi.

Le souffle court et en sueur, nous restâmes longuement étendus sur ce lit, nos jambes entremêlées, nos mains entrelacées. Mon corps saturé d'endorphine refusa de bouger, durant un moment, alors qu'il traçait des arabesques apaisantes sur mon ventre, sa tête nichée dans mon cou. Je me fis la réflexion que je m'étais rarement senti aussi bien qu'en cet instant, tandis qu'il me proposait une douche que j'acceptais avec joie.

USS Enterprise, point de vue du Capitaine James T. Kirk.

La vérité, c'est que je ne savais réellement quoi faire. Mais j'en donnais l'illusion, pour que l'équipage reste serein, jusqu'à notre arrivée sur Vulcain. La scène qui se jouait actuellement sur la passerelle était tout bonnement surréaliste. Je décidais cependant de partager la joie de mon double, plutôt que de trop réfléchir. En lieu et place du Capitaine, nous étions deux. Chacun juché sur un accoudoir du fauteuil de commandement, à défaut de pouvoir s'asseoir dessus. L'autre Kirk posait un regard émerveillé sur chaque centimètre carré de la pièce et membre du personnel. J'avais conscience du cadeau inestimable que je lui faisais, en l'autorisant à se trouver là. Jusqu'à nouvel ordre, il aurait autant d'autorité à bord, que moi. Ce choix pouvait avoir des conséquences dramatiques, mais nous n'étions plus à ça près et apparemment, l'idée ne dérangeait personne. Sauf Bones. Mais il râlait plus pour la forme qu'autre chose et cela faisait beaucoup rire mon alter ego, trop heureux de retrouver son vieil ami, toujours fidèle à lui-même. Deux Jim Kirk à bord du vaisseau. Le cauchemar personnifié de Leonard McCoy. Spock, de son côté, était redevenu normal, se calquant sur mon comportement. Prendre la situation avec le plus de légèretés possible était encore la meilleure chose à faire, de mon point de vue. Le monde avait continué de tourner normalement avec deux Spock, je ne voyais aucune raison pour que tout s'écroule avec deux Kirk.

L'arrivée à destination était prévue pour le lendemain et après une journée éreintante à visiter chaque recoin de son Enterprise chérie qui lui avait tant manqué, mon double commença à montrer des signes de fatigue. De ses propres dires, il n'avait pas dormi une nuit complète depuis sa résurrection, trop occupé à chercher un moyen de rejoindre notre dimension. La phase nocturne s'installa lentement et c'est naturellement que je lui proposais mes quartiers inoccupés, pour s'y reposer. Quand il constata qu'ils étaient vidés de mes affaires, il s'étonna de ne pas avoir eu la même idée, à son époque. C'est ainsi que j'appris que lui et son Spock ne s'étaient jamais mariés et qu'ils avaient vécu séparément, mais que ça n'amoindrissait pas pour autant la force de leur propre lien. Ils l'avaient juste géré différemment. Je restais quelques instants avec lui, le temps qu'il prenne ses aises dans cette chambre si similaire à celle qu'il avait occupé dans son passé. Il me narra alors l'aventure tout à fait surprenante, qu'il avait vécue dans un autre univers parallèle, avec un Spock barbu, ce que j'eus du mal à imaginer et qui me fit sourire, un gouvernement dictatorial, qui me réjouit beaucoup moins et une relation intacte, contre vent et marée, entre nos alter egos. Cela me conforta dans l'idée que nous étions profondément ancrés l'un à l'autre, quoi qu'il advienne, jusqu'à la fin des temps.

Quand je rejoignis mon compagnon, un peu plus tard, dans nos quartiers, nous discutâmes longuement, télépathiquement, de la manière dont nous nous sentions face aux événements. Ce n'était jamais simple pour lui, de parler de ses émotions. Le fait de pouvoir communiquer par images ou par impressions avec moi, facilitait grandement les choses. Le désarroi qu'il ressentait, devant l'autre Kirk, je le comprenais, car je l'avais moi-même expérimenté quand j'avais rencontré son double. D'autant plus, que notre relation n'était pas au beau fixe, au moment où j'avais pris les souvenirs du vieux Spock en pleine figure, tel un cataclysme. Le déclencheur de tout ce qui avait suivi, de l'évolution de mes sentiments. Il comprit également mieux, pourquoi je me sentais si mal, de savoir le Vulcain seul et obligé de le rester, par la force des choses. Mais ce ne serait plus le cas bien longtemps encore et j'avais vraiment du mal à tenir en place, à cette idée. La nuit promettait d'être courte.