L'effet des Détraqeurs s'atténua quelque peu lorsque les diligences franchirent le portail du château. Ce n'est cependant que lorsqu'ils passèrent les grandes portes du château qu'ils purent enfin sentir la chaleur revenir peu à peu dans leurs membres. Ils se sentirent soudain soulagés d'un poids qu'ils ne soupçonnaient pas même de porter avant qu'il ne disparaisse.

C'est donc avec soulagement qu'ils arrivèrent dans le Grand Hall qui même en ces temps troublés représentait à leurs yeux un lieu chaleureux et rassurant. Ils se dirigèrent avec les derniers élèves vers le banquet de bienvenue dont les effluves ne viendraient que plus tard dans la soirée.

Au lieu du joyeux tohu-bohu du banquet de la rentrée, la Grande Salle était animée par la rumeur grave des étudiants. Alors que Neville, accompagné de Seamus, Lavande et Pavarti, s'avançaient entre les tables pour rejoindre celle des Gryffondor, il put constater l'ampleur des dégâts des nouvelles lois du monde des sorciers. À l'exception de la table de Serpentard aussi occupée que de coutume, les autres tables avaient vu leur nombre d'occupants particulièrement diminué. Les Poufsouffle semblaient être ceux ayant le plus souffert du départ des nés-moldus et des sang-mêlés à la généalogie incertaine.

- T'as vu la table des Poufsouffle? lui glissa Seamus.

- Oui. J'ai l'impression qu'il manque plus du tiers de ses étudiants. C'est invraisemblable…

Ils arrivèrent près de Ginny assise au côté de Demelza Robins. À leurs approches les deux jeunes filles leurs avaient fait signe, invitant les derniers septièmes années de leur maison à se joindre à elles. Il vit plus loin Melinda arriver à son tour et s'installer près d'une deuxième année.

Alors que le temps s'écoulait, marquant l'attente des premières années, Neville en profita pour faire son propre bilan. À la table des Gryffondor il remarqua tout de suite l'absence des frères Crivey qui ne manquait jamais d'animer la table les jours de rentrée. Leur origine moldu ne leur permettant pas d'être présents. En jetant un coup d'œil vers la table voisine, il remarqua le regard insistant d'Ernie Macmillan à son encontre, ou à celui de Ginny assise à ses côtés, il n'aurait su dire. Il vit Hannah lui jeter un coup de coude et lui murmurer quelque chose. Ce dernier finit par fixer son regard ailleurs, mais ses yeux revenant de temps à autre se poser sur les deux Gryffondor d'une lueur indéchiffrable dans le regard. Neville remarqua plus ou moins le même manège à la Table des Serdaigle. Il fut d'ailleurs surpris d'y voir Terry… n'était-il pas de descendance moldu? Seule Luna lui sourit chaleureusement en lui faisant un joyeux signe de la main. Décidément rien ne pouvait l'ébranler.

Pour la première fois depuis qu'il avait mis les pieds dans la Grande Salle, Neville porta son regard vers la table des professeurs. Il remarqua d'abord Hagrid qui avait une mine sombre et lançait des regards haineux vers la personne assise au centre de la table. Il remarqua la pauvre fourchette du demi-géant réduite en miette par le poing serré de ce dernier. Ainsi ce n'était vraiment pas Hagrid qui accueillait les premières années. Neville se demanda qui avait pu jouer ce rôle puisque tous les professeurs semblaient présents à la table y compris celui qui serait sans doute leur nouveau professeur de défense contre les forces du mal. Il suivit le regard du géant pour se poser sur Rogue. Alors que Neville s'attendait à trouver un Severus Rogue satisfait avec un sourire sardonique sur le visage, il y retrouva plutôt son expression habituelle impassible, grave, distante et autoritaire. Il y avait cependant quelque chose en plus dans son expression qui transpirait un autre sentiment. Neville semblait y lire de la frustration, comme si on lui avait imposé quelque chose contre son gré.

Alors qu'il fixait son professeur, il ne se rendit pas immédiatement compte que ce dernier avait aussi dirigé son attention vers le jeune homme. Aussitôt, son visage retrouva une expression neutre. Neville soutient le regard de son professeur quelques instants avec tout le courage qu'il pouvait réunir, mais détourna rapidement son regard quand ce dernier lui renvoya un sourire malveillant. Il parcourait une dernière fois la table des professeurs du regard lorsque pour la seconde fois de la soirée, son regard passa sur le nouveau professeur de défense. Cette fois-ci, il s'y attarda plus longuement. En premier lieu, un sentiment de déjà vu le parcourut. Au bout d'une seconde, la certitude qu'il l'avait déjà vu s'incrusta dans son esprit. Après une minute de concentration, il le reconnut enfin. En une fraction de seconde, il comprit que cette année serait probablement pire que tout ce qu'il avait pu imaginer jusque-là. Une peur, une vrai s'insinua en lui. Rien à voir avec la peur qu'il éprouvait pour son professeur de potion durant ses premières années à Pourdlard. Il avait peur, mais pas seulement pour lui, mais pour tous les étudiants qui l'entouraient et qu'il observait maintenant avec compassion. Tous ces étudiants jeunes et moins jeunes qui, bien qu'inquiets, ne pouvaient se douter de ce qui se mettait réellement en branle dans l'école. Alors qu'il les regardait, il entendit Seamus se vider le cœur contre Rogue.

- Je ne peux pas croire que ce meurtrier soit ici en tant que directeur. Regardez-le! On devrait tous l'attaquer maintenant avant qu'il ne s'occupe de nous cette année. J'ose à peine imaginer ce qu'il va faire.

- Il n'y a pas que Rogue qui m'inquiète, dit Neville d'un souffle d'une voix presque qu'inaudible

Surpris par ces propos, les voisins de tables de Neville rapportèrent leur attention sur lui tandis que ceux qui ne l'avaient pas entendu se penchaient pour mieux écouter la suite.

- Que veux-tu dire? demanda Seamus

- Toi aussi tu l'as reconnu? dit Ginny

Il hocha la tête.

- Vous allez finir par cracher le morceau!? S'impatienta Seamus pour tous les autres.

- Vous voyez le nouveau professeur? … Il était là lors de la bataille à la tour d'Astronomie. C'est un Mangemort.

- Ah le fumier! Je m'en doutais avec la tête qu'il a… mais je ne pensais pas que… enfin… vous êtes certains?

Les deux autres eurent un geste affirmatif qui ne laissait aucun doute. Leur nouveau professeur avait bel et bien participé à l'assassinat de leur directeur.

Un silence plana dans le groupe pendant plusieurs minutes. C'est Demelza qui le rompit.

- Le professeur Burbage n'est pas là non plus. Vous croyez qu'ils ont éliminé le cours d'étude des moldus?

- Ça ne serait pas étonnant, compléta Pavarti. Après tout, s'il y a vraiment deux Mangemort à l'école, ils voudront certainement bannir tout ce qui est moldu. Ils se sont déjà débarrassés des élèves après tout…

Personne ne trouva rien à dire de plus, le silence plana dans le groupe ainsi qu'à la table de Gryffondor qu'un court échange brisait parfois ici et là. Finalement ils virent le professeur McGonagall quitter la table des professeurs. Lorsqu'elle revint, le Choixpeau en mains, la porte donnant sur la salle annexe à la Grande Salle s'ouvrit à son tour sur une petite femme trapu. Elle avait les mêmes traits que leur nouveau professeur de défense. Elle entra dans la Grande Salle d'une démarche arrogante, la tête haute, un regard hautain et avec une assurance inquiétante. Neville et Ginny échangèrent un regard inquiet… un troisième Mangemort…

Elle était suivie par les premières années qui étaient tout juste une vingtaine. Ils la suivaient à travers la salle d'un pas ordonnée et soumis. Arrivée à l'avant de la salle, d'un simple geste de la main, la sorcière commanda les premières années qui se placèrent en rang parfait, attendant la suite des évènements.

- Professeur McGonagall, le Choixpeau je vous pris, ordonna plus que ne demanda la femme aux cheveux noirs.

Le professeur McGonagall resta un instant impassible, jaugeant la sorcière qui le bras tendu lui exigeait le Choixpeau. Tous les élèves eurent l'occasion d'observer le combat d'autorité entre les deux femmes. Sans abdiquer, le professeur McGonagall finit par aller déposer elle-même le Choixpeau et la liste des premières années sur la chaise en face de la table des professeurs avant de retourner d'un pas ferme et noble vers la table des professeurs.

Visiblement irritée, la petite femme alla chercher la liste d'étudiant. Elle déroula le parchemin et d'une voix autoritaire annonça la marche à suivre.

- Lorsque je nommerai votre nom, vous viendrez à l'avant pour la répartition. Ashr…

Son élan fut coupé par le Choixpeau qui, de toute évidence, ne laisserait pas sa chanson être coupée au programme de la cérémonie de bienvenue des étudiants. De sa voix grave et enrouée par les années et la poussière il entama sa complainte :

Il y a de ça mille ans

Lorsque j'étais encore tout fringant

Les fondateurs de ce haut lieu

Entamèrent ce projet prodigieux

L'union et l'harmonie

Régnait alors sans étourderie

L'on enseignait et apprenait

À ceux qui le souhaitaient

Mais vint un jour ou l'égalité

Ne fut plus un droit inné

Et cette belle amitié inébranlable

Connut une fin d'autant plus épouvantable

Depuis, les sangs purs, les rusés et les ambitieux

Trouvèrent en Serpentard leurs hauts lieux

Les plus sages et réfléchis ayant soif de savoir

Trouvèrent en Serdaigle leur réconfort

Les plus hardis et courageux

Avec Gryffondor, cherchèrent un futur glorieux

Et les plus doux et les plus loyaux

Chez Poufsouffle de l'égalité portèrent toujours le flambeau

Si en harmonie Poudlard grandit

Pour un temps sans l'ombre de la folie

Celle-ci s'insinua doucement

Sous forme de peur et de préjugé inévitablement

Puis un jour la dispute s'intensifia

Et plus jamais elle ne cessa

Le départ du vieux Serpentard

Ne fit qu'atténuer les désaccords

Ainsi à mon grand désarroi

Je ne vis jamais cesser ce combat

Le plus souvent de manière sournoise

Mais ce soir jamais elle ne fut moins courtoise

Encore une fois en quatre maisons vous serez séparés

Telle est la mission que l'on ma confiée

C'est à contrecœur que je le ferai

Car jamais encore je n'ai tant douté

Je vous ai montré par le passé les présages

Qu'une telle séparation peut avoir comme ravages

Aussi à vous élèves je vous demande

De vous unir en ce temps de propagande

Ensemble nous avons de l'incidence

Unissez-vous contre la violence

Peu importe votre allégeance

Peu importe votre descendance

Que la répartition commence

Un silence de plomb plana sur les dernières paroles du Choixpeau. Puis, à la table des Serdaigle, Luna se leva et commença à applaudir, émerveillée par la chanson du vieux chapeau magique. En un instant le reste de la table de Serdaigle, et tous les élèves de Gryffondor et de Poufsouffle étaient debout à leur tour pour une ovation jamais égalée dans l'histoire de Poudlard.

La sorcière trapue était maintenant écarlate de colère et ne savait pas comment faire cesser ce mouvement de solidarité que le Choixpeau avait créé. Elle semblait sur le point de déchiqueter ou de brûler le Choixpeau quand une voix autoritaire mit fin au chaos momentané.

- Silence!

Le professeur Rogue s'était levé. Sa voix et son ton sans être amplifié par la magie avaient été assez puissants et imposants pour faire cesser les exclamations. Le calme reprit et tous finirent par se rassoir à contrecœur, Ginny fut la dernière tirée de force par Neville. Inutile de se faire remarquer dès la première soirée pensa-t-il.

- Professeur Carrow. Finissons en rapidement je vous pris.

À cet ordre, la sorcière trapue répondant au nom d'Alecto Carrows, rangea sa baguette à contre son gré. Toujours avec un regard furieux pour le Choixpeau, elle reprit le parchemin contenant le nom des nouveaux élèves et commença l'appel. Sur la petite vingtaine de nouveau étudiant presque la moitié fut envoyée à Serpentard. Les autres furent répartis plus ou moins uniformément parmi les autres maisons. Ce soir-là, les nouveaux élèves étaient accueillis dans leur nouvelle maison par de timides applaudissements. Comme si les effusions de joie étaient maintenant bannies pour le reste de l'année.

À la fin de la répartition, il n'y eut aucun discours. Alecto Carrow prit sans ménagement le Choixpeau et alors qu'elle hésitait entre les façons d'en disposer définitivement, le professeur McGonagall le lui arracha des mains d'un coup de baguette.

- Inutile de l'abimer davantage, dit-elle d'un ton sec et catégorique.

Le professeur, ou maintenant devons nous dire, le directeur Rogue ne bougea pas plus de sa chaise et fit simplement signe à Minerva qu'elle pouvait disposer du chapeau. Puis sans un mot et d'un geste nonchalant de la baguette, les couverts se remplirent des traditionnels plats du festin de la rentrée. Mais les effluves avaient beau être les mêmes que les années précédentes, l'appétit n'y était pas. Le repas fut calme. Neville remarqua du coin de l'œil que Melinda ne mangea pas. Ses poings étaient serrés au côté de son assiette vide qu'elle fixait sans un regard vers le reste de la Grande Salle.

Lorsque le repas fut terminé, ce qui restait de nourriture disparu, et les couverts nettoyés. Severus Rogue se leva, entraînant avec lui le silence complet dans la salle. Il prit enfin la parole.

- Maintenant que le Professeur Dumbledore n'est plus directeur, les choses vont légèrement… changer. Le laisser-aller des dernières années ne sera plus toléré et je compte bien ramener un peu de prestige à cette école. Pour commencer, nous accueillons deux nouveaux professeurs. Alecto Carrow sera le nouveau professeur d'études des moldus, cours maintenant obligatoire pour tous. Amycus Carrow sera quant à lui votre professeur d'art de la magie noire, cours qui remplace l'inutile Défense contre les forces du mal. Ils seront mes adjoints dans le redressement de cette école.

Un léger murmure parcourut la salle. Si peu d'élèves avaient vu les Carrow, tous avaient déjà entendu leur nom et connaissait leur allégeance au Seigneur des ténèbres. Le mutisme des plus vieux témoignait de l'ampleur de ce qu'ils venaient d'entendre, comme Neville un peu plus tôt, ils réalisaient dans quel enfer ils avaient mis les pieds. Mais Rogue n'y fit guère attention et continua son discours si l'on peut l'appeler ainsi.

- Donc, en plus des interdictions habituelles, s'ajoutent les décrets d'éducation instaurée par l'honorable Mme Ombrage, dont les plus vieux d'entre vous se souviendront probablement. Toutes les organisations, associations, équipes, groupes et clubs d'élèves sont dissouts à compter de ce jour. Les équipes de Quidditch ou toute autre organisation devront être approuvées par moi ou par les professeurs Carrow sous peine de corrections exemplaires. Aussi, tout rassemblement et toute flânerie dans les couloirs et les aires communes sont interdits à partir de ce jour. Ce genre d'activité ne sera toléré que dans les salles communes. Vous pouvez remercier le Cchoixpeau pour cela.

Cette fois une vague de protestation envahit la salle.

- Je n'ai pas fini, continua-t-il d'un ton catégorique

Le silence se fit de nouveau

- Les Carrow auront pleine autorité pour faire respecter ce règlement ou tous autres règlements qui seront jugés nécessaire. Ils ont plein pouvoir pour modifier les sanctions décidées par les autres membres du corps enseignant. Il est aussi interdit à ces derniers de communiquer aux élèves toute information qui n'est pas en rapport direct avec la matière qu'ils sont payés pour enseigner. Le torchon « Le Chicaneur » est formellement interdit. Tout élève surpris en sa possession sera sévèrement réprimandé. Je tiens à rassurer les plus inquiets d'entre vous. Ces nouvelles mesures, en dehors de vouloir monter le niveau de l'école sont là pour votre sécurité et sont approuvés par le ministère de la magie. Si vous respectez ces règles et si vous ne faites pas circuler de la propagande pro-moldu ou pro indésirable numéro 1, cette année se passera exactement comme toutes les autres. Bien, maintenant que tout est clair, je vous invite à rejoindre immédiatement vos dortoirs respectifs.

Sur ce il se leva et d'un coup de cape quitta la Grande Salle sans demander son reste. Les professeurs ne masquèrent pas leur indignation et les Carrow affichaient un air suffisant et victorieux. L'école était entièrement entre leurs mains. Les élèves se levèrent à leur tour et en silence regagnèrent leurs dortoirs.

À la sortie de la grande salle, Neville put croiser le regard éloquent de plusieurs de ses camarades. Personne n'était encore capable d'imaginer l'étendue des conséquences de ce qu'ils venaient d'être témoin. Mais c'est en voyant Luna qu'il réalisa à quel point il serait maintenant difficile d'approcher son amie en dehors de la Grande salle et de la bibliothèque avec ces nouveaux règlements. Rogue venait de diviser magistralement l'école.

Il conclut toutefois qu'il ne servait à rien ce soir-là de tenter quoi que ce soit. Il devrait d'abord parler avec Ginny. Leur conversation dans le train avait été trop étrange et voulait avoir le fin mot de l'histoire. Aussi il se joint au groupe de Gryffondor qui prenait le chemin de la tour. Lorsqu'ils y arrivèrent, ils y trouvèrent un attroupement devant le portrait de la grosse dame. Un élève de cinquième année s'entretenait avec elle.

- Pas de mot de passe, pas d'accès.

- Mais puisque je vous dis qu'on ne nous l'a pas dit. Vous voyez bien que nous sommes tous des Gryffondor.

- Demandez à vos préfets

- Nos préfets? Je… ils ne sont pas là.

- Allez les chercher alors!

D'un air dépité, le cinquième année se tourna vers ces compagnons de maisons.

- Vous…vous savez qui remplace Ron et Hermione?

Neville échangea avec Ginny un regard. Ainsi McGonagall espérait que Ron et Hermione reviendraient? C'est à ce moment que le professeur décida de faire son apparition.

-Poussez-vous je vous pris. J'ai dit poussez vous.

Elle prit place devant la Grosse Dame et dit fortement pour que tous l'entendent :

- Virtus in uno (La force est dans l'union)

- Hé merde, murmura Neville dans sa barbe. Encore un mot de passe dont je ne pourrai pas me souvenir.

Ginny ne put retenir un fou rire à sa remarque tandis qu'il lui lançait un regard de pitié. Alors qu'ils s'apprêtaient à s'engouffrer dans l'ouverture à la suite des autres élèves, McGonagall les interpela.

- Londubat, Weasley, Robins et Andrews, veuillez me suivre s'il vous plait.

Ils s'échangèrent un regard interrogateur et suivirent leur professeur à travers les couloirs jusqu'à son bureau. Elle s'y installa et fixa ses quatre élèves se questionnant toujours sur la raison de leur présence dans le bureau de leur directrice de maison.

- Robins et Andrews d'abord. Considérant l'absence de Miss Granger et Monsieur Weasley, je suis dans l'obligation de trouver de nouveaux préfets pour Gryffondor. Je vous confie cette tâche. Malheureusement, j'ai bien peur que le poste ait perdu de son importance avec la nouvelle direction. Vous vous présenterez à mon bureau mercredi prochain à 19h pour la première réunion. La direction vous éclairera sur le nouveau rôle des préfets.

Elle ouvrit un tiroir et en sortie deux badges qu'elle tendit aux concernés. Ils acceptèrent le poste, mais au fond de leur cœur, il avait un peu l'impression de ravir un rôle qui ne leur appartenait pas. Le professeur les invita à quitter et ne restèrent plus que Ginny et Neville, toujours debout devant le bureau de leur directrice. Celle-ci les fixa tous les deux pendant ce qui semblait une éternité avant d'enfin prendre la parole avec un soupir de découragement.

- J'ai pensé un instant qu'avec l'absence de , et Miss Granger nous pourrons éviter les problèmes cette année. Mais considérant vos antécédents à tous les deux, je ne me fais pas de fausses illusions. Non pas que votre intervention dans la tour l'année dernière ne fut pas… héroïque et, jusqu'à un certain point exemplaire, vous avez tous eu énormément de chance.

Neville et Ginny s'échangèrent un regard. Elle ne croyait pas si bien dire.

- Les règles dans cette école ont changé et vous ne pourrez plus compter sur votre chance. Jouer aux héros pourrait s'avérer très dangereux. Aussi je vous demande de ne rien tenter d'irréfléchi, dit-elle en pesant ces mots, et de ne surtout pas entrainer les plus jeunes élèves avec vous si vous décidez de faire quoi que ce soit. Je ne pourrai rien faire pour vous… absolument rien. Je me dois de veuillez sur les plus jeunes et si vous vous mettez dans le pétrin, je ne pourrai rien pour vous. Vous comprenez bien la situation? Maintenant allez dormir et tâcher de ne pas vous avoir une retenue dès la première semaine. Je m'adresse surtout à vous miss Weasley.

Sans un mot Ginny et Neville quittèrent le bureau du professeur. Ils n'échangèrent pas une parole jusqu'au portrait. Neville ayant déjà oublié le mot de passe, ce fut Ginny qui s'adressa à la Grosse Dame.

- Virtus in uno

- Tout à fait, tout à fait, dit celle-ci en pivotant révélant le couloir menant à la salle commune.

Celle-ci était presque déserte. Les plus jeunes étaient déjà allés se coucher. Ne restait debout que des sixièmes et septièmes années.

- Je ne suis pas certain d'avoir compris… finit par dire enfin Neville qui avait réfléchi à la conversation qu'ils venaient d'avoir avec McGonagall durant tout le trajet de retour. Elle nous conseillait de nous tenir à carreau et de ne rien faire… ou simplement de ne pas nous faire prendre?

- Je ne mettrais pas ma main au feu, mais… je crois que c'était la deuxième option, dit-elle elle-même toujours surprise par le comportement de leur professeur si stricte.

Sur ces paroles ils s'assirent avec les autres auprès du feu.

- Alors… qu'est-ce que le professeur vous voulait? demanda Demelza.

- En gros elle nous a dit de ne pas faire les cons. Puisque le trio n'est pas là, il ne nous est pas conseillé de les remplacer et de créer des ennuis, répondit Ginny avec un regard lourd de sens à Neville.

Elle ne voulait pas partager leur interprétation des propos de leur professeur avec les autres pour le moment. Mieux valait s'en tenir à la « version officielle ».

- Vraiment?

- Bien sûr elle ne l'a pas dit comme ça, mais… en gros c'était bien ça. renchérit Neville.

- Bon… s'il n'y a que ça moi je vais me coucher.

- Moi de même, suivit Seamus.

Aussi en l'espace d'une dizaine de minutes, tous avaient déserté la salle commune. Ne restait que Neville et Ginny encore une fois. Assis à même le sol ils contemplaient le feu, appuyés contre le vieux canapé.

- Bon, maintenant que nous sommes vraiment seuls tous les deux, tu vas me dire pour Harry, Ron et Hermione?

Ginny s'attendait à la question et c'était essentiellement pour cette raison qu'elle n'avait pas succombé à l'envi d'aller dormir… et d'éviter la question du même coup. Elle respectait trop Neville pour le faire languir plus longtemps.

Ginny fixa obstinément son regard sur le foyer, se mordillant les lèvres… qu'est-ce qu'elle allait lui dire…

- Ils sont partis après le mariage de Bill. Juste au moment où les Mangemorts et autres membres du ministère sont arrivés. Ils avaient prévu de la faire tôt ou tard. On a déguisé notre goule pour remplacer Ron, afin que la famille soit en sécurité. Par contre, s'il se fait prendre je ne donne pas chère des Weasley. Hermione a effacé la mémoire de ses parents, je crois. Après je ne sais rien d'autre. Ils ont pris soin de ne rien confier de leurs intentions à personne… même pas à l'Ordre du phénix, donc encore moins à moi.

- Harry ne t'a vraiment rien dit?

Ginny jeta un regard noir à Neville avant de rapporter son attention vers le feu.

- Et pourquoi il l'aurait fait… ils me considèrent tous trop jeune ou trop je ne sais pas quoi. À chaque fois qu'il y a quelque chose, ils me mettent de côté prétendument pour me protéger… comme si j'avais besoin de protection. J'aurais pu partir avec eux! Mais non, la petite Ginny doit rester en sécurité à Poudlard… tu parles en sécurité.

- Tu crois vraiment qu'ils pensent ça? Tu ne crois pas qu'ils veulent seulement ton bien…

- Mon bien… qu'est-ce qu'ils en savent…

- Tu sais au moins ce qu'ils sont partis faire? Ils ne sont quand même pas allés se cacher?

Ginny haussa désabusement des épaules.

- J'en sais rien, une mission secrète de Dumbledore, un machin comme ça… comme je t'ai dit même l'Ordre n'est au courant de rien. Ça les fait bien flipper d'ailleurs.

Neville fronça les sourcils et sembla perdu profondément dans ses pensées pendant plusieurs minutes où seul le crépitement du feu brisait le silence.

- S'ils se battent là dehors… il n'y a pas de raison qu'on n'en fasse pas de même. Faisons notre part aussi.

Ginny jeta un regard vide vers Neville.

- Tu veux te battre non? C'est bien ce que tu viens de dire. T'étais sérieuse pour l'AD dans le train? Tu crois qu'on devrait attendre?

- Je… non… j'en sais rien… Sans Harry tu crois vraiment que l'AD pourra revivre… déjà tu penses que les autres voudront revenir s'il n'est pas là… et avec les Carrow. Et puis il n'y a presque plus personne de l'AD.

Ginny enfouit la tête dans ses bras contre ses genoux. Neville fixa son amie un instant ne sachant pas trop quoi faire. Maladroitement, il tendit son bras et tâcha de tapoter gentiment le dos de son amie.

- Je crois que ça vaut la peine de tenter le coup… on verra bien combien se présenteront.

Ginny hocha la tête à travers ses bras et finit par émerger de sa position.

- Oui, faisons comme ça… murmura-t-elle.

Elle se sentit soudainement fatiguée, épuisée et découragée, souhaitant plus que tout aller dormir pour oublier l'espace d'une nuit tout cela.

- S'il n'y a rien d'autre, je vais me coucher.

Devant l'expression soudainement gênée de Neville, elle devina qu'il avait effectivement autre chose en tête.

- Quoi demanda-t-elle.

- Je… hum… je voulais savoir pour… Melinda.

Tout d'un coup, la fatigue s'éclipsa et l'expression de Ginny se renfrogna

- Quoi Melinda, dit-elle d'un ton plus brusque que ce qu'elle désirait.

Soudainement petit dans ses souliers, Neville arriva de peine et de mal à exprimer sa question.

- Qu'est-ce qu'il y a entre Melinda et toi? Pourquoi tu lui en veux autant? Ça ne peut pas être qu'une histoire de cours privé de potion il y a deux ans? Et puis elle semble vraiment détester Rogue après ce qu'il c'est passé l'année dernière… tenta-t-il de justifier.

- Qu'est-ce qu'elle t'a raconté exactement? demanda Ginny sur la défensive.

- Et bien… que tu l'avais surprise alors qu'elle prenait des cours de potions privés avec Rogue l'année d'Ombrage et que tu l'avais empêché de joindre l'AD. Depuis tu la détestes. Mais, tu sais, elle c'est vraiment senti trahit par ce que Rogue a fait! tenta-t-il d'un air gêné de défendre Melinda…

Ginny rigola mesquinement…

- Je ne lui ferais pas confiance si j'étais toi… ce qu'elle t'a raconté est la vérité, quoique je ne sais rien à propos de son supposé sentiment de trahison. Par contre ce qu'elle ne t'a pas dit c'est qu'elle a continué ces cours.

- Elle me l'a dit…

- Ah ouais… alors tu sais qu'elle prenait encore des cours avec lui l'année dernière alors qu'il n'était même plus professeur de potion? Tu sais alors peut-être pourquoi ce n'est pas Slug qui s'en ait chargé à la place. rajouta hargneusement Ginny.

- Peut-être que… mais sa phrase mourut sur les lèvres de Neville ne sachant en fait plus quoi ajouter.

- Et t'a-t-elle dit ce qu'elle étudiait avec ce meurtrier? J'ai fouillé dans ces affaires l'année dernière. Je voulais en avoir le cœur net. Je ne suis pas bête, je sais que je m'emporte et j'ai aussi pensé que je me faisais peut-être des idées sur son compte… mais ce que j'ai vu. Des notes sur des potions de magie noire, sur du véritasérum et d'autres potions qu'on n'aurait jamais vu en cours qui utilisaient des ingrédients inconcevable. Ce qu'elle voyait avec Rogue ce n'était pas des philtres d'amour, crois-moi. Après, à toi de voir… moi, je vais me coucher.

Elle se leva et quitta la salle, laissant un Neville complètement abasourdi. Il ne s'attendait pas à ça. Et, en fait, il ne comprenait pas… Les paroles de Ginny étaient fondées, mais en même temps il n'arrivait vraiment pas imaginer Melinda en adepte de potion de magie noire, quoiqu'il ne soit pas très doué pour interpréter les gens. Il ne pensait pas qu'elle jouait la comédie… autrement elle était très douée. En même temps, Luna qui a un instinct infaillible avec les gens semblait lui faire confiance. Que devait-il faire… demander directement à Melinda? Après si elle jouait vraiment la comédie elle lui trouverait une excuse.

Il resta encore plusieurs minutes près du feu pris dans ses réflexions. Un bâillement à s'en arracher la mâchoire l'en tira définitivement et il décida qu'il étant temps d'aller dormir. Il prit les escaliers menant au dortoir des garçons. Lorsqu'il entra dans la chambre, la présence de trois lits vides lui tordit l'estomac. Après avoir enfilé en vitesse son pyjama, il se coucha évitant de penser plus longtemps aux absents.

Son esprit continua à cogiter sur les paroles de Ginny et finit par s'endormir avec la décision d'aller parler à Luna dès que l'occasion se présenterait. Si Luna était vraiment l'amie de Melinda… peut-être que cette dernière lui avait confié la nature de ses rencontres avec Rogue.


Désolé du délai entre la publication du chapitre 2 et du chapitre 3! J'ai été pas mal occupée et malheureusement ça a retardé la correction du chapitre de plusssssieurs semaines. Mais mon agenda s'est allégée et j'ose croire que la publication sera un peu plus régulière pour l'été.

Merci encore à ma lectrice Beta (Clara.M9), à keloush pour ton review! Puisque c'est mes débuts avec cette fiche c'est vraiment motivant d'avoir tes commentaires! :)

J'espère que vous avez apprécié ce chapitre et n'hésitez pas à laisser vos commentaires, tout tout tout est apprécié!