Bonsoir

chapitre 3 ce soir.

bonne lecture


Gellert Grindelwald remit son bijou contenant le pacte de sang à sa place et se regarda dans le miroir face à lui. Il se passa une main sur le visage, contrarié. Avoir revu son ancien amour lui avait fait bien plus d'effet qu'il ne l'avait prévu. Et au fond, il n'avait même pas prévu de le voir, dans le plan qu'il avait à l'origine élaboré. Se retrouver en face d'Albus avait été éprouvant. C'était fou de penser qu'il lui plaisait toujours après toutes ces années sans l'avoir vu. Il avait entendu parler de lui dans les journaux et par des sorciers çà et là, mais il ne l'avait pas revu, même pas en photo. C'était mieux ainsi et là, il l'avait eu soudain en face de lui, à quelques pas et s'il ne s'était pas retenu de toutes ses forces, il l'aurait bien plaqué contre un mur pour l'embrasser jusqu'à en perdre le souffle. Comme cela aurait été si bon, mais il n'avait pas osé. Ce geste aurait été malvenu et pas du tout constructif. Il était allé à Poudlard pour récupérer son bijou et pas pour batifoler avec l'un des professeurs de l'école, ancien amour ou non. Enfin, il croyait penser que c'était un ancien amour, mais il savait qu'il se voilait un peu la face. Albus, il ne l'avait jamais oublié et l'avait toujours aimé. Et il l'aimait encore maintenant et encore plus depuis qu'il l'avait revu. Albus, devenu homme, si beau, si masculin dans son costume gris, avec ses cheveux courts et sa barbe bien taillée. Albus, si désirable avec son regard bleu perçant, sa prestance et une carrure que Gellert ne lui avait pas connue à l'époque.

Gellert se secoua. Ce n'était franchement pas dans ses plans de le revoir. Il aurait pu le prédire, que ce serait mauvais pour lui. Comment allait-il pouvoir oublier cet homme maintenant ? Déjà que ça faisait des années qu'il tentait en vain de reléguer ses souvenirs au fin fond de sa mémoire, alors depuis ce moment-là, ce moment fatidique où il avait reposé ses yeux sur lui, il allait encore moins bien y arriver. Et c'était rageant de le constater. Gellert brisa son miroir à l'aide d'un sort lancé par sa baguette et quitta sa chambre en serrant les poings.


oo00oo

Albus Dumbledore était un homme plutôt rationnel et posé, sauf quand il s'agissait de Gellert Grindelwald. Il perdait la raison et le sens des priorités quand il se retrouvait près de cet homme et il s'énerva de constater que c'était toujours le cas des années après leur première rencontre, des années après la petite histoire de coeur qu'ils avaient vécue ensemble adolescents. Albus perdait ses moyens face à Gellert et il l'avait prouvé une fois de plus en le laissant s'en aller sans rien tenter pour lui résister et en lui rendant, en plus, le pacte de sang que Newt lui avait confié. Son ancien élève et ami qui comptait sur lui pour détruire le pacte, lui, il l'avait rendu à son propriétaire sans même chercher à tenir tête à Gellert.

- Pitoyable, grinça-t-il en regardant par la fenêtre.


oo00oo

La nuit était tombée depuis longtemps, mais Albus n'était pas décidé à quitter son bureau. Il avait un peu honte de lui et préférait rester loin de l'agitation qui régnait toujours dans l'école. Le sorcier soupira, quitta la fenêtre et s'assit sur son bureau, les jambes pendantes dans le vide, ne touchant juste pas le sol. Il songea à son passé à Godric's Hollow et à sa rencontre avec Gellert Grindewald pendant l'été 1899.


Sa vie n'était pas des plus joyeuses en ce début d'été. Il venait de quitter Poudlard, diplôme en poche et avait dû renoncer à aller faire le tour du monde avec son meilleur ami parce que sa mère venait de mourir, lui laissant la rude tâche de veiller sur deux adolescents de seize et quatorze ans. Abelforth, le petit rebelle de la famille. Le jeune homme qui ne voulait pas étudier comme son grand frère et Ariana, la petite sœur traumatisée qui ne maîtrisait pas ses pouvoirs et était dangereuse pour elle-même, mais surtout pour les autres. La vie s'annonçait alors bien compliquée pour Albus et l'été très ennuyeux. Et pourtant, il en fut tout autrement dès l'instant où Albus avait rencontré Gellert Grindelwald. Ce jeune homme venu d'Europe de l'Est, ayant été renvoyé récemment de son école de sorcellerie. Ce jeune homme aux cheveux si blonds qu'ils en étaient presque blancs. Aux yeux gris. Ce jeune homme si intelligent et passionné et si puissant, aussi. Un futur grand sorcier, promis à un grand avenir, tout comme Albus. Gellert avait du vocabulaire, des sujets de discussions par centaines. Des idées par milliers. De la passion, de l'énergie, de la volonté. Et ce fut cela qui attira Albus vers lui, avant même sa beauté, qui, il fallait l'avouer, contribuait aussi beaucoup à donner l'envie de le connaître. Ça, et son charisme.

Ils s'étaient rapidement trouvé des passions communes, à commencer par celle des livres et ensuite, celle des contes de Beedle le Barbe. Ils s'étaient passionnés ensemble pour le conte des trois frères et pour les Reliques de la Mort. Trois objets d'une grande puissance qui, si on les possédait tous, étaient censés offrir la toute puissance. Faire de la personne qui les possédait, le Maître de la Mort. Un être immortel, capable de ressusciter les morts. Albus et Gellert s'étaient donc mis en tête de posséder les trois Reliques. La baguette de Sureau, la cape d'invisibilité et la pierre de résurrection. Mais ça ne s'annonçait pas facile, et c'était justement ce qui leur avait plu dans ce projet. Le mener à bien ensemble, en s'épaulant dans les moments difficiles.

Si leur projet n'avait pas alerté l'attention de certaines personnes, ça n'en avait pas été de même pour Abelforth qui n'avait pas vu leur collaboration d'un bon œil, tout comme la relation qui s'installait entre son grand frère et Gellert Grindelwald.

Abelforth avait été le premier à mettre le doigt sur le côté dérangeant de la relation entre Albus et Gellert. Il la voyait, la fascination qu'avait son frère pour le jeune blond venu de loin. Cette admiration qui grandissait chaque jour et qui se transformait en quelque chose qu'Abelforth avait très vite trouvé étrange et jugé malsain. De l'amour.

Et ce n'était pas bien, il le savait. Autant chez les moldus que chez les sorciers, les amours entre personnes du même sexe n'étaient pas tolérées. C'était contre la morale et contre-nature. Abelforth ne voulait pas voir ce genre de choses prendre racine chez eux et encore moins sous les yeux d'Ariana qui avait déjà bien assez de problèmes sans qu'Albus ne lui en rajoute d'autres. Le jeune frère avait mis un frein à cette relation et aux ambitions des deux jeunes. Son grand frère lui en avait voulu, beaucoup, et tout cela s'était mal terminé. Gellert était parti, Ariana était morte et la famille Dumbledore brisée.

Dès lors, Albus n'avait plus jamais été le même. Abelforth non plus, d'ailleurs. Il était devenu plus posé, avait terminé ses études sans discuter et avait ensuite trouvé du travail. Lui qui avait ambitionné la grande majeure partie de son enfance à élever des chèvres plus tard, avait fini à servir des bièraubeurres dans un bar à Prè-au-Lard


Albus sursauta quand la porte de son bureau s'ouvrit et il cligna des yeux, fixant le professeur qui se trouvait face à lui.

- Albus ?

Dumbledore descendit de son bureau pour faire face à Horace Slughorn, le professeur de potions de Poudlard, un confrère et ami.

- J'ai frappé plusieurs fois, mais je crois que tu n'as pas entendu.

- J'étais un peu perdu dans mes pensées. Désolé.

Horace regarda son ami. Il vit que quelque chose ne semblait pas aller comme d'habitude, aussi, il proposa un thé à Dumbledore qui le suivit jusqu'à son bureau, histoire de ne pas rester seul à ruminer ses souvenirs de jeunesse.


oo00oo

Albus leva la tête du livre qu'il lisait quand il entendit pour la troisième fois un bruit de battements d'ailes derrière lui. Assis à son bureau, il se retourna et tendit l'oreille. Il se leva, yeux plissés, un peu inquiet, la main tenant fermement sa baguette et il ouvrit prudemment la fenêtre. Il resta bouche bée quand il vit un sombral voler juste au-dessus de sa fenêtre. Qu'est-ce que cette créature faisait ici ? Il se pencha par la fenêtre, regardant en haut, en bas, à gauche, à droite, mais ne vit rien et il recula vivement quand le sombral battit des ailes juste devant son nez.

- Hey, du calme ! Qu'est-ce que tu fais là toi ? dit-il avec douceur à l'animal monstrueux qui se tenait devant lui. Il regarda la bête et vit qu'elle portait une lettre enroulée autour d'une de ses pattes.

- C'est pour moi, c'est ça ? demanda-t-il et l'animal lui tendit sa patte sans cesser de battre des ailes.

Albus, toujours un peu abasourdi, détacha la lettre de la patte du sombral et celui-ci fonça dans le ciel sans attendre, disparaissant à une vitesse incroyable. Albus referma sa fenêtre et regarda le rouleau dans sa main. Il s'assit à son bureau et déroula la feuille de parchemin. Il reconnut l'écriture, à peine eut-il posé les yeux dessus. Elle n'avait pas changé, même après toutes ces années. C'était une lettre de Gellert Grindelwald, Albus n'avait aucun doute sur ce fait.

'' Godric's Hollow. Le 15 de ce mois.

Tu sauras où me trouver en suivant le sombral''

Ce n'était pas signé, et c'était sûrement plus sûr comme ça. Gellert n'aurait pas pris le risque d'apposer sa signature sur une lettre à envoyer à Poudlard.

Albus rangea la lettre entre les pages d'un livre caché dans son bureau et il se leva pour revenir devant la fenêtre. Qu'est-ce que Gellert lui voulait ? Était-ce une bonne idée d'aller le retrouver à Godric's Hollow ? Sûrement pas, mais Dumbledore n'allait pas laisser passer cette occasion. Si Gellert lui donnait rendez-vous, ça devait être important. À moins qu'il ne tente de l'attirer dans un piège ?

Albus secoua la tête. Non, ce n'était pas le genre de Gellert.