Note :

Un coucou rapide pour un chapitre qui l'est un peu moins. C'est la première fois que j'écris autant toute seule, ça fait super bizarre ^^'

Veuillez m'excuser pour ce léger retard mais pour ma défense j'ai été malade et croyez-moi que reprendre les cours et assurer l'écriture en même temps avec Morphée qui rechigne à vous rendre régulièrement visite, c'est pas évident à gérer, mais j'y suis arrivée et je crois que c'est pas trop mal.

Alors je ne sais plus si Effexor vous l'a dit au précédent chapitre ou pas, mais cette histoire sera un tantinet plus longue que ce qui était prévu… voire 2 fois plus longue, en fait. Parce que le « Attrape-moi si tu peux » va être difficilement envisageable et faisable en seulement un ou deux chapitres alors autant faire les choses comme il faut et vous écrire une histoire plus longue, pour votre plus grand plaisir ou pas. Donc en résumé, nous passons de 5 à 10 voire 15 chapitres si vous n'aviez pas tout suivi.

Pour celles et ceux que ça intéresse, la rédaction de l'épilogue d' A Fleur De est en cours d'écriture, ça y est, c'est officiel. On va essayer de vous faire ça le plus rapidement possible alors s'il vous plaît, ne m'en voulez pas d'être trop perfectionniste et de vouloir rattraper la boulette de notre dernier chapitre, on aurait très bien pu en rester là vu que l'histoire est officiellement terminée mais pour Mumuz et moi-même – oui, c'est le nom de ma muse, j'appelle celle d'Effexor Coucourge si vous voulez tout savoir… on s'amuse comme on peut – c'était tout simplement inenvisageable donc… On s'est mis mutuellement la pression.

Sur ce, je ne vais pas vous retenir plus longtemps – du moins pour ceux qui lisent les notes… - et vous souhaiter une très bonne lecture en vous remerciant encore et toujours d'avoir la curiosité de passer par là… Bizoux, bonne lecture et à la prochaine fois !


Voodoooo' : Coucou, toi. Oui, désolée, je pouvais te répondre par MP étant donné que ce que j'ai à te dire ne regarde personne, mais bon, comme cette fic t'est dédiée, autant te laisser un petit message dessus.

Mon compte perso, c'est juste pour mes traductions – et le défi que m'a lancé Effexor pour la Saint Valentin accessoirement… Et crois-moi, je ne suis pas sortie de l'auberge… Mais en règle générale, je l'ai créé pour ça. Il faudra d'ailleurs que je récupère ce que j'avais commencé à traduire et le finir, je préfère ne pas y penser parce que j'ai trop honte et que je ne pensais pas que ça prendrait autant de temps… Mais on commence un truc, on se dit : « Ouais, cool, je l'ai jamais fait, ça pourrait être fun », on commence un autre truc, puis un autre et au final, on est débordé et on n'a plus le temps. Et pour les traductions, je suis encore plus pointilleuse que quand j'écris alors… Bref ! Tout ça pour te dire que si un jour je te redédie quelque chose – sait-on jamais ! – il faudra que tu gardes en ligne de mir ce compte-là en priorité parce que c'est là que Mumuz est en totale éclate… Pour le meilleur et le moins meilleur.

Franchement heureuse – et soulagée ! – que ce début te plaise, c'était le premier but de ce petit truc tout modeste qui n'a que pour ambition de te faire passer un moment agréable et de te couper durant une heure – ou moins… ou plus – de ton tracas quotidien.

Bizoux à toi et porte-toi bien, miss.

PS : Je ne savais pas que tu travaillais – déjà ? Oo


Holly –Ro5 : Hello girls ! Euh, j'ai légèrement conscience de ne pas vous avoir parlé beaucoup de fois et compte tenu du nombre de reviews que vous nous avez laissées – et du nombre d'MPs aux quels j'ai « essayé » de répondre une fois sur trente-six mille – j'en profite pour le faire là étant donné que je suis dans mes blablas d'auteur à auteur, qu'il est presque 6 heures et demie du mat' et qu'il vaut mieux pas que je me rendorme vu que je dois me lever dans un peu plus d'une heure… Autant penser à vous.

Comment ça va ? Vous en êtes où dans votre projet d'écriture ? Ne me dîtes pas que vous avez commencé à publier, ça la fout super mal pour moi – si c'est le cas, vraiment désolée, envoyez le lien et j'irai jeter un coup d'œil promis, surtout que votre résumé avait l'air vraiment pas mal et avait excité ma curiosité -. J'espère que vous avancez bien et que vous écrirez tout d'un coup avant de publier si ce n'est toujours pas le cas, vous n'aurez pas ainsi les petits problèmes techniques que nous avons avec nos lectrices souvent déçues, exaspérées, tristes, énervées et autres adjectifs de ce gabarit. Si j'ai un conseil à vous donner, c'est de relire – on rajoute toujours des trucs au fil des lectures… Ce chapitre-là, je dois le connaître par cœur à force de l'avoir relu et j'ai rajouté des trucs à chacune d'elles ^^' – de prendre votre temps et de ne pas vous focaliser sur certains stresses comme par exemple, si je me base sur mes propres appréhensions – la fin ou le dénouement. C'est là où on se dit « ouf, c'est terminé », mais au final, c'est le truc qui est toujours plus ou moins inachevé. Pour ça, je suis copine de muse avec Stendhal qui disait ne pas savoir terminer ses romans, c'est vrai que c'est super chiant.

Faites-moi un coucou ! Bizoux les miss !


Sweet, sweet Love


Chapitre 3 : Flèches empoisonnées et promesses murmurées – POV Edward

Saint Valentin 2007

Je ralentis en pénétrant sur le chemin boueux et escamoté qui menait au vieux chalet en bois blanc écaillé. Le porche était éclairé et le rideau au crochet de la cuisine bougea légèrement, comme si on vérifiait que c'était bien moi qui arrivais.

Je coupai le contact, me regardai une dernière fois dans le rétroviseur, rajustai mon blaser et saisis le bouquet de roses rouges sur le siège passager avant de sortir de la voiture dans la nuit humide et froide.

Une ombre, plus petite, passa cette fois devant la fenêtre du salon.

Je montai les marches craquantes du perron et repliai mes doigts pour frapper quand le battant s'ouvrit dans un léger grincement. Je baissai les yeux sur Billy Black dont les yeux d'aigle me transpercèrent presque. Le visage impassible, il me détailla un instant puis ses prunelles noires se posèrent quelques secondes sur le bouquet que je tenais à la main.

« Bonsoir, Monsieur Black. » Lui dis-je d'un ton courtois.

Première règle de base : toujours amadouer le père.

A partir du moment où le père vous tolérait dans son espace vital, le reste ne dépendait que de votre aura de séduction.

« Rachel ! Ton… Valentin est arrivé. » Dit-il par dessus son épaule avant de faire demi-tour et de retourner dans le salon sans un mot ni un regard de plus pour moi.

La veille, ainsi que les deux jours auparavant, l'accueil avait été tout aussi chaleureux. En plus des roucoulements de Jacob et Rosalie et des regards vénéneux de cette dernière.

Il avait d'ailleurs essayé de jouer les frères protecteurs en essayant de contredire tout ce que je disais ou en me toisant avec ironie lorsque je tentais une approche subtile auprès de Rachel mais elle l'avait très vite remis à sa place. Et j'avais adoré voir le visage crispé de… comment Emmett l'appelait, désormais ?… Princesse Rosalie dans ces moments-là.

Et heureusement.

Elle m'avait évité de descendre dans l'estime de son père…

Des pas étouffés dans le couloir qui menait à l'arrière de la maison me tirèrent de mes pensées. Puis, elle apparut.

Une vraie beauté indienne.

La réincarnation idéalisée de Pocahontas.

Grande, élancée, des seins ronds et haut perchés, des hanches à peine marquées, des jambes interminables allongées par une paire de talons vernis… Et des fesses à faire pâlir d'envie une bomba latina…

Des traits un peu forts. De grands yeux en amande ourlés de longs cils. Des lèvres pleines et charnues qui s'étiraient en un léger sourire intimidé.

C'était ce qui m'avait attiré chez elle. Mise à part ses atouts physiques. Sa candeur presque juvénile alors qu'elle avait trois ans de plus que moi. Je trouvais ça charmant surtout si ce n'était qu'un masque apparent.

Elle portait une robe bleu nuit qui mettait sa peau sombre et sa poitrine généreuse en valeur, retombant gracieusement sur ses genoux.

A couper le souffle c'était vraiment l'expression qui la qualifiait le mieux à ce moment-là.

« Waw. » Soufflai-je en quittant à regret des yeux ses seins.

Deuxième règle de base si on ne voulait pas passer la nuit de la Saint Valentin – ou toutes les autres d'ailleurs – seul dans son lit : toujours flatter la fille sans être vulgaire ou obsédé.

Un rire nerveux sortit de sa gorge alors qu'elle remettait une longue mèche de ses cheveux lisses derrière son oreille gauche.

« Je me suis changée quatre fois cette dernière heure. » M'avoua-t-elle en triturant sa pochette noire, les yeux rivés sur mon bras ballant.

Je la dévisageai quelques instants, vraiment ravi de mon choix. La soirée s'annonçait délicieuse…

Elle se gratta la gorge, ses yeux faisant des aller retours entre mes yeux et mon bras, me sortant de ma contemplation.

« Joyeuse Saint Valentin, Rachel. » Lui dis-je d'une voix de velours, un léger sourire sur les lèvres en lui tendant le bouquet de roses.

Troisième règle de base : toujours frapper fort dès le début en sortant ses atouts majeurs de séduction.

Ca amorçait un tournant dans la relation. Ca voulait dire : « Ce soir chérie, on passe à la vitesse supérieure. »

Un nouveau sourire intimidé étira ses lèvres alors que ses doigts frôlaient intentionnellement les miens.

Et apparemment, elle avait compris le message.

Bon sang ! Il allait falloir que je regarde autre chose que sa bouche, sa poitrine ou ses jambes et qu'elle arrête de me regarder comme ça, si je voulais arriver au restaurant.

« Elles sont magnifiques, merci. » Souffla-t-elle en contemplant les boutons de roses. « Je… Je vais les mettre dans l'eau et on y va ?

_ Parfait. » Dis-je en la regardant intensément.

Elle tenta de sourire. Echoua lamentablement, trop troublée.

Ca faisait quelques temps que je la travaillais au corps, jouant au chevalier servant, évitant de la brusquer, la flattant dès que je la voyais.

Je l'avais remarquée deux jours après le Nouvel An, quand Emmett avait décidé qu'il était grand temps qu'il se remette en quête de sa « perle rare ». C'était sans doute le baiser baveux qu'avaient échangé Princesse Rosalie et son prince charmant sur les douze coups de minuit le soir du Réveillon qui l'avait poussé à prendre cette décision extrême.

La flèche de trop dans son cœur déjà saigné à bloc par Cupidon.

Depuis qu'il l'avait revue, j'avais l'impression de me voir réincarné dans un corps d'1 m 90 et de 95 kilos.

Jasper m'avait dit, d'un air mi-inquiet mi-désolé, que notre frère était entré dans sa phase « coups d'un soir et grande éclate », ce dans quoi j'excellais et où je le voyais mal sombrer. Et deux jours auparavant, il s'était fait plus que sonner les cloches lorsque notre mère avait trouvé un string en dentelle violette dans les replis du canapé.

Sa dernière trouvaille : Cindy Sheppard qui travaillait dans la boutique des Newton.

Blonde, mais pas assez.

Yeux bleus, mais trop clairs.

Grande, mais un peu trop.

Fine, mais pas voluptueuse.

Sportive, mais pas accro à la mécanique.

En clair, très loin d'arriver à la cheville de Princesse Rosalie.

Il était déterminé à oublier celle qui le faisait monter aux rideaux rien qu'en le regardant. Je lui souhaitais bon courage.

Rachel était le genre de fille bien sous tout rapport, que tout le monde appréciait et que beaucoup de filles enviaient.

Hors sa plastique de rêve, elle s'occupait de la réserve naturelle la plus importante de notre comté et était très branché bêtes sauvages, ballades au grand air et nourriture bio. Elle ne pouvait pas trouver mieux en sortant avec moi : elle avait déniché le plus grand méchant loup qui croquait les filles insouciantes et naïves toutes crues à des miles à la ronde.

Elle avait attiré mon attention lorsque Jasper nous avait présenté officiellement Alice avant l'ultime étape : l'emmener à la maison.

Elle était avec son frère, deux autres mecs de la Réserve et Rosalie Hale. Autant dire que ni Emmett ni moi n'avions réellement suivi le babillage incessant de la nouvelle femme de la vie de Jasper, hormis qu'elle était « ravie » de nous rencontrer et que si on voulait, elle se portait volontaire pour acheter dorénavant nos fringues. Elle nous avait vus en photos et avait déjà plein d'idées pour nous mettre en valeur et faire de nous des tombeurs en puissance.

Comme si j'avais attendu de la rencontrer pour en devenir un…

Elle était encore plus frappée que Maria, mais plus marrante que Victoria, Leah et Lauren réunies, ce qui la sauvait un minimum à mes yeux.

Mignonne. Mais trop… déjantée.

Il avait fallu quelques œillades assez appuyées, quelques légers sourires, un brin de maladresse lorsque j'avais commandé une bière juste à côté d'elle pour entamer la conversation… et finir par avoir son numéro.

Direct.

Facile.

Princesse Rosalie avait été outrée.

Emmett avait de suite saisi l'occasion et s'était mêlé à la conversation avec hargne et ironie tout en la bouffant du regard. S'en était suivi la plus grosse dispute du début de l'année, qui, je suis sûr, aurait pu se terminer de façon très intéressante sur un des billards qui se trouvaient dans la salle de jeux du bar. Ou dans la Jeep s'il avait su s'y prendre.

Mais la soirée avait fini par une claque sur la joue de mon frère et une promesse de rendez-vous pour moi.

Alice voulait d'ailleurs qu'on remette ça bientôt parce qu'au moins avec nous, on ne s'ennuyait pas lorsqu'on sortait.

Je l'avais dit : complètement frappée.

Entre temps, j'étais reparti à Juneau, mais on avait gardé contact avec Rachel et on se voyait tous les jours depuis que j'étais rentré.

Plus la chasse serait longue, meilleure serait la récompense.

« N'oublies pas que tu travailles, demain. » Marmonna une voix depuis le salon.

Oui… Prends des vêtements de rechange, tu vas en avoir besoin.

« Ne t'inquiètes pas. Tu veux quelque chose avant que je m'en aille ? Lui demanda-t-elle du pas de la porte.

_ Hmmm… Ton frère et Rosalie rentrent directement après le cinéma. Merci. »

De Forks ? Alors on aura deux invitées en plus au petit déjeuner demain matin étant donné que c'est là que Emmett avait l'intention d'aller ce soir avec Cindy. Pensai-je.

« Je ne rentrerai pas trop tard. » Lui promit-elle.

Elle rentrera plutôt très tôt…

« Bonne soirée. Lui dit-elle.

_ Hmmm… Toi aussi. » Marmonna-t-il.

Elle se tourna vers moi, attrapa son manteau pendu à mes côtés et me fit un sourire crispé en me montrant la porte d'un geste vague.

« On y va ? » Me demanda-t-elle en détournant son grand regard noir.

Pour toute réponse, je lui ouvris le battant en lui souriant.

Quatrième règle de base : toujours être galant.

« Bonne soirée, Mr Black. » Dis-je avant de refermer la porte derrière moi.

Je posai une main légère au bas de son dos, lui faisant creuser un peu les reins et la guidai jusqu'à la voiture.

« Je suis nerveuse. » Souffla-t-elle une fois à l'intérieur.

La légère odeur sucrée de son parfum envahit l'habitacle et un sourire déforma ma bouche lorsque je mis le contact.

« Faut pas. » Soufflai-je à mon tour en bouclant ma ceinture de sécurité après avoir mis une musique en sourdine.

Elle lissa sa robe sur ses cuisses dans un geste machinal.

Ravissant.

Trop facile…

Je posai une main froide sur sa joue chaude, ce qui la figea un peu autant que sa respiration.

Cinquième, sixième et septième règle de base : toujours faire passer son comportement comme naturel et non calculateur. Ne pas dévisager trop intensément alors que rien n'a encore été réellement concrétisé. Ne pas faire comprendre à l'autre qu'il ou elle est trop habillé(e) et qu'on l'aiderait bien à prendre un peu plus ses aises.

Rester enjôleur.

Charmant.

Mystérieux.

Huitième règle de base : laisser la proie arriver jusqu'à soi.

Ses yeux plongèrent dans les miens et se dilatèrent légèrement.

Neuvième règle de base : la laisser faire le premier pas.

Elle passa le bout de sa langue sur ses lèvres rouges à peine maquillées et son regard dévia sur les miennes dans une invite explicite.

C'était notre troisième rendez-vous officiel en extérieur et j'avais tout fait dans les règles de l'art pour attiser sa frustration.

Des regards troublés et troublants aux gestes inconscients et presque maladroits.

La séduction était un art dans le quel je me plaisais à exceller.

J'aimais séduire sans l'avoir jamais été réellement.

J'aimais chasser et tourner en dérision.

Et elle l'avait vite compris.

Sans parler des mises en garde de Princesse Rosalie…

Je me penchai lentement vers elle et la vis baisser ses longs cils sur ses yeux noirs.

Elle ne bougea pas lorsque mes doigts l'effleurèrent jusqu'à sa nuque. Mais sa peau trembla lorsque je posai mes lèvres au coin de sa bouche entrouverte.

« On ne va pas brûler les étapes. » Soufflai-je tout contre elle avant de la relâcher et de m'écarter.

J'enclenchai la marche arrière et fis mine de me concentrer sur la route.

Ses mains s'étaient crispées sur ses cuisses.

Un rictus déforma ma bouche alors que j'empruntais la route pour rejoindre Forks.

« Où m'emmènes-tu ? Me demanda-t-elle sur le ton de la conversation.

_ Au Cupidon. Je crois que c'est de circonstance. »

A nouveau, un rire nerveux lui échappa.

« Comment as-tu fait pour avoir une table ? C'est le plus cher de la ville et il est très prisé le 14 Février. Dit-elle un peu mal à l'aise.

_ J'ai mes secrets. » Lui répondis-je mystérieusement.

Dixième règle de base : ne jamais avouer qu'on a sa table dans un restaurant prisé à une future victime c'est l'échec assuré.

« Tu es trop parfait pour être vrai. Enchaîna-t-elle après avoir pris une profonde inspiration.

_ Merci.

_ Non ! Ce que je veux dire c'est que… ça sonnerait presque faux.

_ Toi, tu as encore parlé avec Rosalie Hale. » Me renfrognai-je.

Elle mordilla sa lèvre inférieure, mal à l'aise et tourna la tête du côté de la fenêtre.

« Je n'ignore pas ta réputation. Me dit-elle.

_ Les gens jaloux exagèrent toujours beaucoup.

_ Tu es sorti avec quatre filles que je connais. »

Je ne répondis pas. C'était inutile.

« Ce n'est pas un reproche. C'est plutôt flatteur d'avoir attiré ton attention. Je sais qu'une fois que tu m'auras eue, je ne te reverrai plus. » Continua-t-elle d'une voix posée.

Note à moi même : éviter de sortir avec des filles qui ont un véritable cerveau. C'est très nuisible pour mon quota mensuel.

« Pas forcément. » Répondis-je après un moment de silence.

Elle eut un rire nerveux, presque jaune.

« Je t'en prie ! Pas à moi…

_ On pourra rester amis. Fis-je lentement sans la regarder.

_ Des sex friends ? C'est pas pour moi. »

Pour moi non plus.

« Qu'est-ce que tu veux alors ? » Dis-je en entrant dans la ville.

C'était bien la première fois que j'avais ce genre de conversation avec une fille et je n'aimais pas ça. Elle était, sans le savoir, en train de foutre tout mon plan en l'air.

« Que tu sois honnête. J'ai pas dit que je ne coucherai pas avec toi.

_ En clair, tu veux que je t'avoue que je vais me servir de toi. Lui demandai-je.

_ En clair, oui. »

J'eus un léger sourire j'allais sans doute la regretter plus tard.

« Ok. Alors je vais me servir de toi.

_ Merci… Je mangerais bien italien. C'est assez romantique, non ? » Dit-elle d'un ton presque badin lorsque je m'arrêtai sur le petit parking du restaurant.

Je coupai le contact et elle détacha sa ceinture puis sortit un miroir de poche où elle se regarda rapidement. J'enlevai ma ceinture de sécurité à mon tour et elle me sourit. J'eus presque envie de l'embrasser à ce moment-là.

« Allons nous mettre en appétit, Coup d'un soir. » Plaisanta-t-elle en ouvrant la portière.

J'eus une ébauche de sourire désabusé et la suivis.

Comme elle l'avait pressenti, le restaurant était bondé lorsque nous pénétrâmes à l'intérieur. Les serveurs courraient partout, sortant de la cuisine à la vitesse de l'éclair, les bras chargés, rejoignant les alcôves délicatement décorées pour l'occasion où des tas de couples se mangeaient littéralement des yeux.

« Edward ! Je t'ai préparé ta table habituelle. » Me dit le maître d'hôtel en me faisant un clin d'œil lorsque je me présentai au comptoir.

Je croisai le regard ironique de Rachel et ne pus cette fois m'empêcher de sourire. Quitte à être démasqué, autant l'être jusqu'au bout.

« Tu as tes secrets, hein ? Me souffla-t-elle en allant à la table.

_ Disons que j'ai mes habitudes. Répondis-je avec un rictus.

_ Disons surtout qu'il faut que tu revoies ton plan du grand lover romantique.

_ Voilà. En vous souhaitant une bonne soirée. » Nous dit le maître d'hôtel en tirant la chaise de Rachel alors qu'un rire aigu me figeait dans ma marche et que mes yeux cherchèrent malgré moi la source de ce son, mon cœur ratant bizarrement un battement.

Et c'est là que je la vis.

Dans sa robe rouge vif au décolleté plongeant où une fine chaîne en or venait se perdre, me ramenant à quelques pas de là, le soir du Réveillon, dans le froid, contre une voiture.

Contre elle.

Déconnecté.

Je revoyais cette lueur dans ses yeux et détournai les miens : bon sang, qu'est-ce qui m'avait pris ce soir-là ?

De la curiosité.

Une envie subite de finir ce que j'avais commencé quelques semaines plus tôt.

Un peu trop d'alcool…

« Bonsoir, Rachel. Sourit-elle avant de reporter son attention sur le mec assis en face d'elle après m'avoir jeté un rapide coup d'œil froid.

_ Bonsoir, Bella. »

Du mépris.

Une façon de me prouver que ce n'était pas elle que j'avais regardé plus que je ne le croyais ce soir-là.

Un moment trop irréfléchi…

Je m'assis à mon tour à la table voisine, le visage impassible.

En apparence.

« Y en a qui sont prêts à tout pour s'envoyer en l'air. » Dis-je en jetant un coup d'œil au V que sa robe faisait dans son dos avant de me détourner.

Son mec me regarda en fronçant des sourcils et je lui souris presque avec innocence.

Il croyait quoi celui-là ? M'impressionner ?

Rachel me lança un regard intrigué et regarda du coin de l'œil notre voisine de table alors que je sentais mes sens s'éveiller un à un.

Comme les deux seules fois où son chemin avait croisé le mien.

Comme si je réagissais à une quelconque allergie.

« Même au plan foireux bon restau, violon, costard et regard de braise. » Ricana-t-elle en me toisant.

Je plongeai mes yeux dans les siens et la fixai durant quelques secondes comme si nous étions seuls dans la pièce. Comme si j'avais envie de…

Sûrement pas.

Flash back

« Embrasse-moi. »

Je me raidis presque lorsque ces mots, que je n'avais jamais dits à personne, sortirent de ma bouche. Comme si ce n'était pas moi qui les avais prononcés. Que quelqu'un d'autre parlait à ma place.

Je me trouvais en face de cette fille qui était loin de sortir d'un magasine sans trop savoir pourquoi.

Durant des semaines, je l'avais sortie de ma vie – elle n'y était d'ailleurs toujours pas entrée.

Elle était de ces gens que l'on croise tous les jours et qu'on regarde sans regarder. De ceux qu'on sait qu'on ne recroisera jamais, sauf caprice du hasard.

Et j'étais là, dans le froid, à me geler les couilles, et à lui demander quelque chose d'ahurissant, de complètement déplacé. Quelque chose qui était loin d'être moi.

Elle me regarda comme si je sortais d'un asile ou comme si je lui avais demandé si elle préférait la sodomie à la fellation, ses yeux chocolat que je ne voyais pas assez, légèrement écarquillés, tremblante autant que moi, le visage figé de façon très peu flatteuse, plus que choquée. Outrée.

J'avais envie de lui dire que je ne lui demandais pas ça par envie. Que je n'avais même pas réfléchi avant de parler. Que ça n'avait rien de flatteur pour elle. Que j'aurais très bien pu lui demander à la place de dégager. Mais que ma bouche et mon cerveau n'avaient pas été d'accord sur les mots à prononcer. Qu'une autre m'avait chauffé à mort mais que mon corps l'avait étrangement réclamé à elle.

Parce que pour ce Nouvel An, je voulais quelque chose de déplacé.

Parce que je savais qu'elle ne minauderait pas.

Qu'elle ne le voudrait pas. Mais qu'elle en aurait envie… Et que je voulais juste savoir jusqu'où.

« Et puis quoi encore ? » S'offusqua-t-elle.

Quoi encore ?

Que tu me fasses péter un câble en me montrant cette lueur dans tes yeux. Fais un effort, Grognasse. Je suis sûr que t'en es capable.

« Malgré toi, tu en as envie… Et moi aussi. » Mentis-je sans oser m'avancer.

Pas que j'en eus peur ou qu'elle me troublait plus que je n'aurais su le dire.

Mais parce qu'elle était ma contradiction.

Il suffisait qu'elle ne soit plus là pour que je fasse comme si elle n'existait pas… Tout comme il suffisait que j'entende son rire qui m'importunait ou que je croise ses yeux pour que je ne pense plus qu'à elle.

Elle et cette lueur.

Je n'avais pas envie de l'embrasser.

Je n'avais pas envie qu'elle me touche, qu'elle s'accroche à moi.

Je l'avais déjà approché – approché de trop près – et ça ne m'avait pas ému. Ca ne m'avait pas donné envie d'avoir plus.

Ca m'avait juste laissé inerte.

Sonné.

« Arrête. Je t'attire pas et c'est réciproque. Dit-elle en se raidissant, je l'aurais parié.

_ Qui te parle de sentiments ? Je suis sûr que tu as pensé à moi ces dernières semaines. »

Ca aussi, je l'aurais parié.

Il suffisait de l'observer un tant soit peu pour voir que c'était vrai : son attitude défensive, la distance vitale qu'elle avait imposée entre nous, son mépris et sa haine clairement affichés.

Elle ne pouvait pas m'encadrer.

Et je ne pouvais pas la regarder sans me foutre en boule.

« Je ne te parle pas de sentiments mais de sexe. Et puis, je ne nie pas avoir pensé à toi quand on me demandait de raconter la soirée : contrairement à toi qui n'as pas les couilles de l'assumer. » Répliqua-t-elle, presque en crachant.

J'eus presque envie de sourire en l'écoutant. Parce que je n'aimais pas sourire. Et qu'elle m'inspirait tout ce que je n'aimais pas.

La tension qui s'installait entre nous me devenait palpable, presque oppressante pourquoi retardait-elle quelque chose qui, nous le savions tous les deux, allait inévitablement arriver ?

« T'attends quoi ? T'as peur de trop aimer, c'est pour ça que tu t'approches pas ? » La défiai-je.

Je n'en pouvais plus de l'avoir sous les yeux.

Je voulais qu'on en finisse et au plus vite.

Qu'elle s'approche et que la lueur habite ses yeux durant quelques secondes qui me feront oublier que c'était elle qui se tenait en face de moi. Et que je trouve une réponse à la question qu'insidieusement, une voix soufflait dans ma tête : pourquoi tu ne pars pas, toi ?

La vérité était que j'en étais incapable, et je ne savais même pas pourquoi.

« J'aime juste pas perdre mon temps avec des lâches. Encore, t'aurais eu le courage d'être franc… Mais non. T'en vaux pas la peine. »

Elle avait envie de s'approcher.

Sinon, elle serait déjà partie.

Comme toutes les autres, elle ne pouvait pas résister.

« C'est pas ce que tes yeux disent. Tu veux que je te le redemande ? Embrasse-moi, Isabella. Montre-moi comme tu me détestes. » Répliquai-je.

Car c'était bien ce qui allait découler de notre petit tête à tête.

De la haine.

Peut-être aussi de la rancœur.

Elle m'en voudrait de l'avoir trop tenté, je lui en voudrais d'avoir été là alors que j'étais loin de penser qu'elle y serait.

Et elle allait me haïr pour ça.

Un rictus déforma ma bouche à cette pensée.

« Non. Pas tant que tu seras hypocrite. Fit-elle.

_ Hypocrite ? Sifflai-je.

_ Tu préfères faux jeton ?

_ Je préfèrerais que tu te taises. »

Elle m'irritait.

Elle ne comprenait pas que je voulais partir ? Que je voulais en finir avec ça ?

Je la plaquais contre une érection qu'une autre avait provoqué et dus serrer des mâchoires.

Elle plongea ses yeux dans les miens, le lampadaire à quelques pas de nous éclairant enfin tout à fait son visage et c'est là que je la vis.

La lueur.

Intense. Brûlante. Hypnotique.

Mon sang battit mes veines. Pas de désir. Mais d'impatience de la laisser au plus vite avant que...

« Je suis hypocrite, là ? » Soufflai-je.

Elle jubila.

Sans doute parce que je bandais et que l'avoir contre moi m'excitait encore un peu plus.

« Dis-le. » Me provoqua-t-elle, abrupte.

Non. Je ne voulais pas.

Je l'avais déjà dit.

Mais j'étais là, coincé contre cette voiture, la tenant étroitement contre moi, l'imprégnant dans ma peau, dans l'agacement qu'elle m'inspirait. Alors, avec résignation, je lui redemandai.

« Embrasse-moi. »

Elle approcha lentement sa bouche de la mienne, les yeux brillants, jouant avec mon impatience. Elle n'était pas de taille à être le chat et à me prendre pour la souris. Mais elle n'en prenait pas conscience. Elle se disait sans doute à la place, qu'elle était en train de gagner…

« Pourquoi ? » Murmura-t-elle près de mes lèvres.

Je glissais mes mains jusqu'à ses fesses, la seule partie de son corps que je trouvais vraiment appréciable, la pressant d'achever ce que je lui avais demandé.

« Parce que t'en as envie. » Lui répondis-je.

Je n'allais pas perdre cette partie.

Je ne perdrai jamais face à cette fille – ni face à quiconque.

Je m'étais suffisamment rabaissé et si elle continuait à jouer, j'allais moi-même abréger cette mascarade.

La lueur dans ses yeux s'intensifia, sa moue se fit moqueuse et je resserrai mes mains sur elle en m'efforçant de ne pas m'impatienter.

Le temps passait et j'étais toujours avec elle, attendant qu'elle s'efface d'elle-même… jusqu'à la prochaine fois. Parce qu'il y aurait sans doute une prochaine fois.

Mais je garderai mes distances.

Je la narguerai.

Je lui sous-entendrai : « Tu vois, t'étais comme toutes les autres finalement. »

« Mauvaise réponse. » Dit-elle en déviant sa bouche vers mon cou.

Ce fut à ce moment-là que je décidai de perdre patience.

Que je saisis ses cheveux et que j'écrasai ma bouche sur la sienne. Dure. Brutale.

Ses mains se crispèrent sur moi tout comme les miennes sur elle.

Mon estomac se contracta et je sentis son cœur battre plus vite alors que ses lèvres s'entrouvraient et que je glissai ma langue dans sa bouche à la saveur sucrée légèrement alcoolisée. Je crus l'entendre gémir – sans doute ne s'en rendit-elle pas compte - alors que ses doigts défaisaient ma veste pour se plonger sous ma chemise, faisant naître la chair de poule sur ma peau. Je l'embrassais avec plus de brutalité et mes abdos se contractèrent sous son toucher comme si mon épiderme avait peur que sa peau s'encre trop dans la mienne. C'était moi qui contrôlais la situation et seulement moi. Puis elle se colla un peu plus contre moi et j'eus soudain envie de…

J'ouvris les yeux sentant qu'elle s'était arrachée de mon corps et regrettai aussitôt mon geste quand je vis ses pupilles dilatées, prenant brutalement conscience que les miennes devaient l'être aussi.

Le silence s'éternisa alors qu'elle essuyait toute trace de moi de sa bouche d'un revers de main. Haletante. Frémissante. Presque haineuse. Ses yeux toujours dans les miens.

Je la regardai, inerte, comme la première fois que mes lèvres s'étaient posées sur les siennes. Sauf que cette fois, nous étions allés un peu plus loin.

Et que je réalisais, pas assez loin. Ou peut-être trop.

« C'est bien ce que je pensais. Tu dois pas être un bon coup au pieu. » Lâcha-t-elle après avoir repris sa respiration.

Le plus beau mensonge qu'on m'eut jamais dit.

Et pour cause : ses yeux étaient encore dilatés de ce qu'elle avait avorté.

Et une bataille de gagné. Une…

Fin du flash back

« On a la classe ou on l'a pas. Fis-je avec un rictus méprisant aux lèvres.

_ Et nul doute possible, Cullen. T'es classe… jusqu'à ce que tu l'ouvres. Dit-elle, railleuse.

_ Ou que je me retrouve coincé contre une voiture. » Ne pus-je m'empêcher de répliquer.

Et la lueur apparut dans ses yeux chocolat. Intense durant quelques millièmes de secondes. Comme ce soir-là. Comme cette fois-là.

Elle se pencha vers moi et j'eus presque envie de faire la même chose pour…

Non.

« Ca doit te tuer d'avoir aimé ça, hein ? Souffla-t-elle avant de se redresser pour se concentrer sur son mec.

_ Pas autant que toi de l'avoir trompé apparemment. Répliquai-je suffisamment fort pour qu'il m'entende.

_ Quoi ? » Dit-il en fronçant les sourcils.

J'eus un rictus moqueur.

« Oh… Elle ne t'a rien dit ? Elle m'a embrassé le soir du Nouvel An. Elle est très tactile, tu ne trouves pas ? » Lui demandai-je.

Et plus encore.

« On ne sortait pas encore ensemble, chéri… Et réponds-lui, tu vois bien qu'il est frustré de ne pas pouvoir s'en assurer. Lui sourit-elle.

_ Ca fait bouche trou quand même, non ? On n'a pas conclu alors elle s'est dit : « Tiens ! Le blondinet, il fera l'affaire. »

_ Edward… Souffla Rachel.

_ Tu peux rêver, Cullen. T'es pas mon style de mec et Riley est au courant que je rêvais déjà de lui avant même de te rencontrer. Répondit Grognasse.

_ Oui, parce que maintenant, c'est de moi que tu rêves, n'est-ce pas ? »

Elle pouvait toujours le nier en bloc, je savais que je disais vrai.

Son mec se leva d'un bond, me fusillant du regard.

« Je t'interdis de lui parler comme ça. Siffla-t-il.

_ Waw. Il a l'option chien de garde en plus. » Fis-je, nullement impressionné en le regardant froidement. « Restons civilisés. Nous ne faisons que… discuter.

_ Laisse tomber, Riley. Quand Cullen se rendra compte qu'il n'a en commun avec le bœuf que l'absence de couilles, il arrêtera de meugler à n'en plus finir. »

Je la fusillai à son tour du regard et m'apprêtai à répliquer, la colère montant petit à petit en moi, comme toujours quand elle était là, quand Rachel posa une de ses mains chaudes sur les miennes.

Haine ou indifférence. Je ne savais pas ce qui était le plus dangereux en sa présence.

« Laisse courir. » Me dit-elle en se penchant légèrement en avant.

Je ne quittai pourtant pas Grognasse des yeux qui avait repris sa conversation avec son mec comme si de rien était. Comme si ça ne lui faisait rien que je sois à côté d'elle.

« Tu te crois spirituelle ? Sifflai-je à son encontre.

_ Edward, laisse courir. » Répéta Rachel. « Je la connais depuis qu'elle est gamine, elle lâchera pas le morceau.

_ Tu as vu comment elle me parle ?

_ Tu as vu comment vous vous parlez ?

_ Elle me met hors de moi. Soufflai-je en la regardant toujours.

_ C'est ce que j'ai cru comprendre. Et je peux te dire que c'est réciproque… Qu'est-ce qui s'est passé le soir du Réveillon ? »

Je plongeai cette fois mes yeux dans le regard noir et eus un rictus amer.

« Absolument rien. » Répondis-je.

Juste une indifférence mal placée.

Une simple façon de faire taire l'autre.

D'avoir le dernier mot.

Et deux baisers.

Bon sang, deux…

Grognasse éclata de son rire suraigu, me crispant sur ma chaise et je me rendis compte que non. Je ne pouvais pas rester là une seconde de plus.

« Partons. Dis-je en me levant.

_ Quoi ? Hallucina Rachel en me regardant faire.

_ Je ne resterais pas une minute de plus ici, désolé. »

Elle jeta un regard à la table à côté de nous durant quelques secondes. Puis me regarda à nouveau.

« Pars devant, je te rejoins. » Finit-elle par dire.

J'acquiesçai et sortis du restaurant, sans un regard pour le maître d'hôtel qui me suivit des yeux avec surprise.

Je claquai presque la porte et me dirigeai vers ma voiture, mâchoires serrées.

« Putain ! » Crachai-je à haute voix.

J'avais limite des envies de meurtres.

J'avais envie d'entrer dans ce putain de restaurant et lui faire ravaler sa verve et sa fierté.

J'avais envie de la plaquer contre un mur et de la…

Non.

J'inspirai profondément pour m'inciter au calme.

Jamais je n'avais rencontré une fille qui me faisait cet effet-là. Au point de devenir… violent.

Et il suffisait pour ça qu'elle soit dans mon champ de vision ou qu'elle soit dans la même pièce que moi.

Je ne pouvais pas l'encadrer, c'était physique. Viscéral. Instinctif.

Et pourtant, je ne pouvais pas m'empêcher d'attiser son attention. Sa colère. Sa haine.

Et dans ces moments-là, j'avais presque l'impression de me sentir… vivant.

« Tu peux me ramener chez moi, maintenant. » Fit une voix derrière moi.

Je me retournai pour faire face à Rachel qui était loin de la fille intimidée du début de soirée. Elle arborait à présent une expression voisine du masque de cire à quatre pas devant moi.

Elle ne me regardait pas.

Semblait vouloir en finir au plus vite.

Je passai une main dans mes cheveux, ne sachant plus où est-ce que j'en étais, cherchant à reprendre le contrôle de la situation. L'autre n'allait pas gâcher ma Saint Valentin, il en était hors de question.

« On peut aller autre part. » Tentai-je. « Je connais un autre restaurant où…

_ Non. Me coupa-t-elle.

_ Tu ne vas pas la laisser faire ça ! M'effarai-je.

_ La laisser faire quoi ? Dit-elle en plongeant son regard vide dans le mien.

_ Tout foutre en l'air comme ça ! Tu ne vas pas la laisser faire ça ! M'énervai-je.

_ Si tu ne me ramènes pas, elle est d'accord pour faire un détour. » Répliqua-t-elle sans prêter attention à ce que je venais de dire.

Je la regardai un moment, halluciné. Dégoûté.

Je fus tenté de regarder en direction du restaurant mais me forçai à ne pas le faire. J'étais prêt à parier qu'elle nous regardait. Et qu'elle jubilait. Qu'elle devait limite jouir de ma détresse.

Les mâchoires serrées et le visage fermé, j'inspirai profondément, et réussis à lui sourire froidement.

« Eh bien, bonne soirée. Si c'est pas avec toi, ça sera avec une autre que je terminerai la mienne. » Dis-je en me dirigeant vers ma voiture.

Je fis rugir le moteur et enclenchai Black Ice d'AC DC sans plus un regard dans sa direction. Il était hors de question que je passe cette soirée seul. Et je connaissais un excellent endroit pour ça…

oOo

Une main paresseuse voyageait sur mon dos jusqu'à mes fesses qu'un simple drap semblait couvrir.

J'essayai d'émerger en me forçant à oublier le lit dans le quel je savais que je me trouvais et grognai lorsque des lèvres humides se posèrent sur mes épaules.

« Jessy, arrête. » Articulai-je d'une voix cassée sachant pertinemment qu'elle détestait qu'on l'appelle comme ça.

Pour toute réponse, elle gloussa et s'assit à cheval sur mes reins, complètement nue.

« Tu es enfin réveillé. » Me souffla-t-elle en s'allongeant sur moi.

Je me retournai brusquement, la faisant glousser de plus belle et saisis ses deux poignets dans un même mouvement, mes yeux plongés dans les siens, brillants de convoitise.

« Je ne suis pas d'humeur. Sifflai-je en regardant ses seins outrageusement pointés vers moi.

_ Ah non ? » Fit-elle, langoureuse, en se pressant contre mon érection.

Mes yeux se plissèrent dangereusement puis je la dégageai et me relevai souplement, la faisant soupirer de déception.

« Moi qui étais tellement contente de te revoir… Minauda-t-elle en me regardant me rhabiller.

_ Je t'ai sauvé de Newton et d'un plan à trois glauque avec Crawley. N'abuse quand même pas. » Répondis-je en boutonnant mon jean.

Elle se renferma et eut une moue boudeuse.

« On ne peut pas… Tenta-t-elle.

_ Non.

_ Tu ne veux pas prendre ta douche ici ?

_ Non. Répétai-je en boutonnant rapidement ma chemise.

_ On se revoit quand ?

_ Jamais.

_ Edward ! S'insurgea-t-elle.

_ Ecoute… » Soufflai-je en me penchant vers elle pour embrasser ses lèvres. « Je ne tomberai jamais amoureux. Et encore moins de toi. Demande à Newton de prendre des cours de drague, il est dingue de toi depuis le lycée, je suis sûr qu'il pourrait te rendre heureuse. Mais moi, tu m'oublies. Les deux dernières fois, c'était deux fois de trop.

_ Les cinq dernières fois. » Gloussa-t-elle.

Je grimaçai et attrapai mon blazer et mes chaussures. Je ne voulais plus penser à ça.

« Salut, Jessy. Tous mes vœux pour ta future relation avec le looser. Lui dis-je avec un rictus avant de me diriger vers la porte de sa chambre au papier peint rose pastel.

_ Edward ! Ne pars pas comme ça !… Edward ! » Cria-t-elle tandis que je dévalai les escaliers et que je sortais le plus vite possible de sa maison.

Oh ça, tu me le paieras, Grognasse. Tu me le paieras…

Je claquai la portière de ma voiture et mis le contact.

Je n'arrivais pas à croire que je m'étais une nouvelle fois rabaissé à ça. A coucher avec elle. Même si elle avait l'une des meilleures bouches à pipe que j'eus jamais connue.

La veille, j'avais été bien décidé à sauver une demoiselle en détresse de la noyade dans des verres de Tequila et m'étais rendu Chez Joey, le bar où on avait nos repères avec mes frères. Et la seule baisable dans le lot avait été, pour mon plus grand malheur… Stanley. Mise à part une brunette qui avait passé la soirée à lécher les amygdales de son mec à côté des flippers mais qui m'avait trop fait penser à l'autre.

Je tapai mon front contre le volant et m'engageai dans la rue déserte.

Vivement une bonne douche et mon lit.

Quelques minutes plus tard, j'étais enfin arrivé chez moi et me garai entre la Mustang de Jasper et la Jeep d'Emmett et soupirai de soulagement. Je descendis de mon coupé sport et me mis à espérer que personne n'était encore levé, même si on était Samedi matin. En principe, mon père devait déjà être parti à la clinique, ma mère, dans le jardin à l'arrière de la maison ou chez Carmen et mes deux frères trop dans le brouillard pour être debout à à peine 9 h et quart du matin.

Lorsque je pénétrai à l'intérieur de la maison, elle était, à mon grand soulagement, silencieuse. J'allais m'engager dans les escaliers sans demander mon reste lorsqu'une tornade échevelée les dévala deux par deux, vêtue simplement d'un t-shirt Dragon Ball Z.

« Il est rentré ! » Cria-t-elle dans les escaliers.

Puis elle me sourit, goguenarde, en regardant d'un œil critique mes vêtements froissés, m'embrassa sur la joue et se dirigea sans plus un mot vers la cuisine.

Quelques secondes plus tard, Jaz descendit à son tour les escaliers, tout aussi échevelé, de grandes cernes sous les yeux, en pantalon de pyjama noir et blanc et un t-shirt I love Japan.

« Ne le dévisage pas trop et évite de lui poser des questions. » Me dit-il en passant à côté de moi avant d'aller à son tour dans la cuisine.

Puis, Emmett apparut, en treillis et marcel blanc, une ecchymose violette sur la joue gauche, la lèvre inférieure légèrement fendue, suivi par Cindy Sheppard, dans une de ses chemises et une blonde aux yeux vert d'eau, vêtue d'un de ses vieux t-shirts, que je n'avais jamais vue et qui me lança une œillade suggestive en passant à côté de moi, après m'avoir rapidement déshabillé du regard, sourire aux lèvres.

Je regardai sa paire de jambes fuselées disparaître dans l'embrasure de la porte de la cuisine, un moment figé.

C'était quoi ce bordel ?

Intrigué, je me dirigeai à mon tour vers la cuisine.

Cindy était assise sur les genoux d'Emmett tandis que ce dernier tenait par la taille l'autre blonde, ses doigts caressant distraitement sa hanche devant le bar américain alors qu'elle semblait lui mordiller le cou.

Alice jonglait avec trois oranges en chantonnant tandis que Jasper sortait des bols du placard.

« Tu déjeunes ? Me demanda-t-il par dessus son épaule.

_ Euh… Ouais. Marmonnai-je en regardant Emmett du seuil de la porte.

_ Je m'occupe du jus d'orange ! S'écria Alice en sautillant.

_ Et moi, des pancakes ! Fit la blonde que je ne connaissais pas en embrassant longuement mon frère aîné.

_ Je viens vous aider ! Dit Cindy en sautant sur ses pieds après avoir embrassé Emmett à son tour.

_ Vous, là-bas ! » Nous ordonna Alice en pointant la table.

Jasper l'embrassa et alla s'asseoir, imité par Emmett et par moi alors que les filles s'activaient autour du frigo et de la plaque chauffante.

« Bonne soirée ? Marmonna Emmett avec un léger rictus qui le fit grimacer.

_ Mieux que toi, apparemment ». Répondis-je en le dévisageant.

Jasper me regarda lourdement tandis qu'il haussait des épaules dans un geste désinvolte en s'appuyant contre le dossier de sa chaise.

« J'ai pas à me plaindre. » Ricana-t-il en regardant les deux filles.

Machinalement, je suivis son regard et croisai celui de la blonde aux yeux vert d'eau qui me sourit en battant des œufs.

« Elle s'appelle Helena Sanders. Et je crois qu'on peut enlever Stanley du top 3 des meilleures tailleuses de pipe. » Ricana-t-il à nouveau.

Jasper soupira en se prit la tête entre ses mains.

« Depuis quand t'es adepte des plans à trois ? Lui demandai-je.

_ Depuis que j'ai remarqué qu'on avait deux fois plus de plaisir dans une même soirée.

_ C'est quoi ce bleu sur ta joue ? »

Il contracta ses mâchoires et me lança un regard glacial avant de se tourner à nouveau vers les deux filles.

« Rien. Grogna-t-il.

_ Tu l'as vue hier soir, c'est ça ?

_ Je ne vois pas de qui tu parles.

_ Tu vois parfaitement de qui je parle.

_ Edward, il vaut peut-être mieux éviter le sujet. Me souffla Jasper.

_ Oui, Edward. Ecoute le sage de la tribu et évite le sujet. » Répliqua Emmett en se levant pour aller voir les filles.

Je le regardai faire, les sourcils légèrement froncés et me retournai vers Jasper.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? » Lui demandai-je.

Il soupira à nouveau et haussa à son tour des épaules.

« Je sais pas trop. Il est allé au ciné avec Cindy. Et apparemment, il l'a vue. Répondit-il.

_ Qu'est-ce qu'il t'a dit exactement ?

_ Qu'il s'était pris un des battants de la salle en sortant. »

Je soupirai à mon tour alors qu'une des filles éclataient de rire.

« Maman les a vues ? Marmonnai-je en les regardant.

_ Ouais. Acquiesça-t-il.

_ Il s'en est donné à cœur joie toute la nuit ?

_ Ouais.

_ Elle est super énervée ?

_ Oh oui.

_ Et il a fait comme à son habitude ? Il l'a envoyé bouler ?

_ Ouais.

_ Tu crois qu'il s'est battu ? Lui demandai-je après un moment de silence.

_ C'est évident. Soupira-t-il.

_ Il est amoureux ?

_ C'est évident aussi. Mais il l'avouera jamais. Il la croit inaccessible alors qu'elle est pas amoureuse de son mec.

_ Comment tu le sais ?

_ Elle l'a dit le soir de Thanksgiving. Il faudrait faire quelque chose. Mais quoi ?

_ Les enfermer avec une bouteille de Vodka et une boîte de capotes. »

Il éclata de rire.

« Il aime pas la Vodka. Elle fête son anniversaire bientôt d'après ce que j'ai su... Il faudrait avoir des invites. »

Je haussai un sourcil en le dévisageant il parlait sérieusement, là ? Nous ? Chez Princesse Rosalie ?

« C'est mort. Marmonnai-je.

_ Qui te dit de passer par elle ?

_ Pour avoir des invites pour son anniversaire ? Je vois pas comment faire autrement, désolé.

_ On connaît une fille qui la fréquente et qui la connaît suffisamment bien. » Hasarda-t-il.

Oui. Grognasse.

« Hors de question. Lui dis-je lorsqu'il me fit un grand sourire.

_ Allez ! Elle est très sympa !

_ Hors de question ! Répétai-je d'un ton sans réplique.

_ J'ai son numéro. Je pourrais lui envoyer un message, on fixe un rendez-vous dans un bar et on en discute. Elle m'a dit qu'elle était souvent dans le secteur de Port Angeles pour ses études et il faut justement que j'emmène Alice à son boulot cet après-midi.

_ T'as le numéro de Grognasse ? Hallucinai-je.

_ Bella. Marmonna-t-il.

_ Vade retro Satanas ! M'écriai-je en formant une croix avec mes doigts.

_ T'es vraiment trop con. Elle est sympa je te dis. Vous avez juste… commencé sur de mauvaises bases, voilà tout.

_ T'iras tout seul.

_ Quand tu les auras entendues crier toute la nuit, tu seras d'accord avec moi et tu te renseigneras tout seul pour avoir l'adresse du vieux Swan et lui demander des invites pour le bien des oreilles de notre communauté, crois-moi. » Répliqua-t-il.

Puis, il sortit son portable d'une des poches de son pantalon et pianota dessus.

« Alors ? Je lui dis pour quelle heure ? 15 heures ? C'est bien 15 heures, non ? Marmonna-t-il en fronçant les sourcils, concentré sur son clavier.

_ Va te faire foutre. Grognai-je.

_ Mais c'est bien dans mes projets. » Dit-il en reposant son portable sur la table. « Et ta soirée, à toi ? Rachel t'a montré les étoiles ?

_ Je ne veux pas en parler. Marmonnai-je à mon tour en détournant les yeux.

_ C'est pas vrai ! Tu t'es fait jeter ? Ria-t-il.

_ Je ne veux pas en parler !

_ Edward s'est fait jeter ! Dit-il à Emmett.

_ Par Rachel ? Ria-t-il à son tour.

_ Je vais me coucher. Grognai-je en me levant.

_ J'y crois pas !

_ Eh ! Ton petit déj' ! Cria Alice.

_ J'ai plus faim. » Dis-je en sortant de la cuisine.

Il ne manquait plus qu'ils découvrent que j'avais recouché avec Stanley et on pourrait officiellement déclarer que Grognasse avait remporté cette manche.

oOo

Lorsque je me levai et descendis dans la cuisine vers une heure et demie, toujours un peu embrouillé dans les limbes d'un sommeil qui tardait à me laisser reprendre complètement conscience, Emmett, assis avec les deux filles sur le canapé, arracha ses lèvres d'Helena et me regarda passer en ricanant : Jasper lui avait octroyé un permis gratuit pour se foutre de ma gueule durant au moins deux semaines.

Je fis mine de ne pas le voir.

Aussi bien pour ne pas m'énerver que pour ne pas avoir les boules de le voir peloter deux filles baisables sans pudeur sur notre sofa avec leur consentement mutuel.

Je pénétrai dans la cuisine et soupirai en voyant Alice assise à cheval sur Jasper, ses doigts tout autant enfoncés dans ses cheveux que sa langue dans sa bouche.

Il l'écarta un peu brusquement de lui, lui arrachant un gémissement de frustration alors qu'il soupirait de soulagement en me voyant.

« Putain ! Tu m'as fait peur ! J'ai cru que c'était Maman qui était rentrée plus tôt. Marmonna-t-il.

_ Je doute qu'elle aurait simplement soupiré en te voyant en pleine exploration buccale dans la cuisine. Répliquai-je en me remplissant un verre de jus d'orange.

_ Le canapé est déjà occupé. Se défendit Alice.

_ Mais pas votre chambre, je pense. »

Elle gloussa légèrement en passant ses doigts sur ses lèvres gonflées, le regard rêveur.

« Notre chambre… » Répéta-t-elle, les yeux dans le vague.

Jasper eut un drôle de sourire en lui caressant lentement le dos, la tenant fermement serrée par la taille.

Pitié ! Pas de roucoulements de tourtereaux !

« Tu auras le temps de te préparer ? » Me demanda Jasper avec un sourire en coin. « On part dans seulement trois quarts d'heure. »

Je le regardai un moment avec incompréhension alors que son sourire s'accentuait et que je me renfermai, percutant où il voulait en venir.

« Qu'est-ce que t'as pas compris dans « hors de question » ? Grognai-je en buvant mon verre.

_ Qu'est-ce que tu comprends pas dans « Je m'en fous, tu viens quand même » ? »

Un rictus déforma ma bouche.

« Et comment tu comptes faire pour m'y forcer ?

_ Oh, très simple. J'autorise Emmett à se foutre de ta gueule jusqu'à la fin de l'année pour ta Saint Valentin foirée. Répliqua-t-il avec un grand sourire.

_ Sa Saint Valentin n'a pas été foiré. Ses vêtements étaient tout froissés, comme s'ils avaient été enlevé à la hâte et il puait le sexe quand il est rentré. » Fit remarquer Alice.

Je la regardai un moment avec effarement et reprenais un visage impassible alors que mon frère levait un sourcil suspicieux. D'où elle tenait ces informations, elle ? Voyant que je n'avais toujours aucune réaction, il haussa les épaules puis dit :

« Les trucs en solo, ça compte pas, ma chérie. »

J'allai répliquer quand elle secoua la tête de façon septique.

« Hmmm, non. Il a un léger succion à la base du cou, il a donc passé la nuit avec quelqu'un. » Dit-elle.

Je portai machinalement ma main à la base de mon cou alors que Jaz me regardait avec plus d'attention.

« T'étais avec qui si tu t'es fait jeter par Rachel ? » Me demanda-t-il en plissant ses paupières.

J'attrapai une pomme et croquai rageusement dedans en détournant mon regard vers la fenêtre de la cuisine, m'intéressant soudain à la haie impeccablement taillée de notre voisin. S'il croyait me faire cracher aussi facilement le morceau à propos de Stanley, il pouvait se mettre le doigt dans l'œil jusqu'au coude et même au delà.

« Il détourne les yeux, ça veut dire qu'il a honte de ce qu'il cache. » Lui dit-elle en m'observant.

Génial ! Comme si Jasper n'était pas assez clairvoyant comme ça, il avait fallu qu'il sorte avec une pseudo psychologue qui devait tout savoir de sa science des magasines féminins.

« J'en connais une qui lui est toujours ouverte… Mais ça m'étonnerait qu'il se soit rabaissé à ça, il a concédé à coucher avec elle il y a quelques mois alors qu'elle lui court après depuis le lycée et il ne recouche pas avec ses exs, un de ses principes de base…T'as quand même pas recouché avec Jessica, hein ? »

Je terminai ma pomme et jetai brusquement le trognon dans la poubelle avant de sortir à nouveau de la cuisine, sans un mot ni un regard.

Le doigt dans l'œil jusqu'au coude et même au delà, j'ai dit.

C'était sans doute ma semaine. Il n'y avait pas d'autre explication à cette accumulation de poisse.

« Il fait comme s'il n'avait rien entendu, ça veut dire qu'on a tapé dans le mile ! » S'excita la voix d'Alice.

Je passai devant le canapé où semblait se répéter une scène de film pour adulte et me dirigeai vers les escaliers alors que Jasper criait derrière moi :

« T'as vraiment recouché avec Jessica ?

_ Il a recouché avec Stanley ? » Demanda Emmett.

Et voilà. Il avait son permis gratuit pour se foutre de ma gueule prolongé jusqu'à la fin de l'année, c'était officiel. Et ce, à cause d'une seule et unique personne…

Je pénétrai rageusement dans ma chambre, attrapai un boxer, la première chemise et le premier jean venus, mon Smartphone et envoyai un message à Jasper, peu désireux de me retrouver en face de lui et surtout pas de l'autre benêt empoisonné à son insu par Cupidon.

« Je prends ma voiture. A la patte du Loup, je suppose ? C'est le seul potable à Port Angeles. »

Inutile de me taper les deux tourtereaux sur plus de vingt kilomètres et autant prévoir un moyen de transport sûr au cas où la réunion au sommet avec Grognasse devait tourner au vinaigre ou… se terminer plus rapidement que prévu.

Deux jours de suite…

Je ne m'étais pas attendu à ça.

Et avec tout ce que je refoulais, elle allait vite regretter d'avoir fait foirer ma Saint Valentin la veille.

oOo

« Tu peux venir. Elle a repéré ta voiture y a dix bonnes minutes. »

Je marmonnai un juron en lisant le message de Jasper.

Evidemment.

Comme si on voyait beaucoup d'Audi au pays du pick up antique et tombant en ruine.

Je pouvais entendre le ton goguenard de mon frère de là où j'étais et ça acheva de me mettre en boule. Je l'étais suffisamment en voyant qu'elle était déjà là lorsque j'étais arrivé près d'un quart d'heure auparavant. Apparemment, son antiquité avait survécu à un énième arrêt cardiaque et refusait d'aller dans les Enfers des carcasses rouillées.

Je me regardai machinalement dans le rétroviseur et soupirai en voyant la chemise rouge sang que je portai. Un cadeau de Stanley.

Pourquoi m'étais-je habillé à la va vite ? Pour ne pas tomber sur Emmett et ses remarques lourdes aux quelles j'avais eu droit en sortant de la maison sous les gloussements des deux blondes. Et pour le coup, j'espérais que notre mère allait rentrer plus tôt de chez Carmen et le voir se prendre pour un Casanova des temps modernes en pleine action et ainsi l'entendre hurler jusqu'à Port Angeles, l'accusant d'accouplement illicite sur notre canapé neuf récemment acquis. Ca le ramènerait peut-être un tant soit peu sur Terre.

Je passai une main dans mes cheveux et sortis de la voiture, prêt à entrer dans l'arène.

La patte de Loup était un bar réputé dans tout le comté pour son ambiance particulière indienne. De grands portraits en noir et blanc de chefs quileutes trônaient aux quatre coins de la salle, semblant nous observer ou veiller sur nous, selon les points de vue. Je me souvenais vaguement d'une fois où on était venus se prendre une cuite avec mes frères et quelques amis alors que j'étais encore au lycée et qu'Emmett s'était mis à insulter l'un d'eux, pensant qu'il lui jetait un sort pour s'être bourré la gueule. En vérité – nous l'avions su quelques jours plus tard – c'était la voix de notre mère le mettant en garde contre la conduite en état d'ivresse qui avait résonné dans sa tête. Le bar était impeccablement lustré et d'innombrables photos des différentes soirées à thèmes indiens ornaient le grand miroir qui faisait face à l'entrée.

« Salut, Nelson. Dis-je avec un rictus au gamin de seize ans qui essuyait des verres derrière le comptoir.

_ Hey, Edward ! Jasper est au fond, avec une brune. » Me sourit-il en pointant son pouce vers ma droite.

Je me retins de grimacer. Comme si je ne le savais pas…

Je repérai rapidement mon frère et surtout, le visage un peu tiré et terne de Grognasse. Ses cheveux attachés n'importe comment. Apparemment, elle était allée faire un rapide coucou au septième ciel la nuit d'avant et avait du mal à s'en remettre. J'allais vite la ramener sur Terre.

Je détaillai rapidement ses vêtements et eus un rictus moqueur : un sweat bleu marine de la police municipale de Forks, tellement lavé qu'il en était devenu difforme, un jean troué et de vieux baskets.

Très sex, Grognasse. Très digne de toi.

« Mais je ne comprends pas : qu'est-ce qui peut pousser une fille saine d'esprit à devenir chasseuse de tempête ? Lui demandait-il.

_ Tu as la réponse dans ta question. Elle est pas saine d'esprit. » Répondis-je en m'asseyant en face de lui.

Non, sérieux ? Chasseuse de tempêtes ? Elle se croit dans quoi ? Un remake bizarre de Buffy version écolo ?

Elle m'ignora superbement et sourit largement – trop largement pour que ce soit naturel – à mon frère. Et je dus avouer que je n'en attendais pas moins de sa part compte tenu de notre dernière rencontre.

« T'as déjà été coincé au milieu d'une tornade ? Cloîtré dans une maison alors que le vent s'acharne ? Je ne saurais pas l'expliquer, mais je fais partie de cette infime partie de la population que ça frustre de ne pas pouvoir observer le vent parce que les volets sont fermés. Répondit-elle le regard enflammé, limite fasciné et rêveur.

_ C'est quand la prochaine tempête, qu'on publie les bans ? On a un mariage à célébrer. » Dis-je, goguenard.

Jasper me lança un regard noir et soupira.

Je lui avais dit de s'occuper de cette histoire tout seul, il n'avait pas voulu m'écouter, maintenant il allait devoir payer les pots cassés.

« Et toi, Jasper ? C'est quoi ta passion, hormis Alice ? » Lui demanda-t-elle toujours en souriant et toujours en m'ignorant.

Je roulai des yeux et fis mine de m'étrangler.

« La culture japonaise. Les mangas en général. Et Edward, c'est faire le con en particulier. Répondit-il en me regardant de biais.

_ Et faire monter les filles baisables au septième ciel. Précisai-je.

_ La culture japonaise, ok. T'y es déjà allé ? Enchaîna-t-elle.

_ Il y a deux ans.

_ Jaz, je t'ai battu. J'ai côtoyé le septième ciel la nuit dernière. »

Si on pouvait appeler ça comme ça.

Prends-toi ça dans la gueule, Grognasse. Tu croyais que j'allais rentrer seul chez moi ?

« Et ça te dirait d'y aller bosser ?

_ Elle le fait exprès ou quoi ? Pas la peine de faire comme si tu ne me voyais pas, on sait tous les trois que c'est pas le cas, et t'es pas assez bonne comédienne pour faire comme si. Maintenant, Jasper, si tu arrêtais de préparer le terrain et que tu lui parlais directement de ce pour quoi tu m'as forcé à venir ? » M'impatientai-je.

Et une colère gratuite, une ! Qu'on doit à qui, je vous prie ?…

Jasper me fusilla du regard et fit un sourire contrit à Grognasse qui signifiait « Excuse-le pour son manque de civisme. »

« Hmm… Oui, en fait, si je t'ai demandé de venir c'était pas tout à fait pour qu'on discute de la pluie et du beau temps – sans jeu de mots – mais pour te parler de notre frère. Emmett. Lui dit-il, hésitant.

_ Je t'écoute. Lui dit-elle en fronçant légèrement les sourcils.

_ Tu as dû remarquer qu'avec ta cousine, c'était pas l'amour fou… En apparence…

_ Désir refoulé. Grommelai-je.

_ Laisse-moi le temps de lui expliquer ! S'énerva-t-il.

_ Y a rien à expliquer ! On veut des invites. On sait qu'elle trie ses invités sur le volet et on veut en être. On s'arrangera ensuite pour qu'il la plaque contre un mur et qu'il lui fasse toutes ces choses qu'il refoule depuis la première fois qu'il l'a vue. Lui dis-je en la regardant droit dans les yeux. Ou plutôt droit dans son profil.

_ Je n'ai pas à me mettre ma cousine à dos pour une histoire d'hormones en ébullition. Eventuellement, je peux me débrouiller pour que Emmett vienne à cette fête. Mais seul. S'il est pas foutu de se démerder comme un grand avec Rose, il ne la mérite pas. Répliqua-t-elle toujours en m'ignorant.

_ Tu m'as sorti quoi comme conneries, ce matin ? Elle est très sympa ? La preuve. Une grognasse n'est jamais sympa, Jaz. Elle est toujours super conne et celle-ci n'échappe pas à la règle. C'était la peine que tu tournes cent cinquante ans autour du pot !

_ Toi, encore, je pourrais t'inviter sans mal. Pour Emmett, je pourrais feindre la carte de l'innocence et lui dire que je pensais que ça ne la gênerait pas vu qu'il lui était indifférent. Mais pour le boulet qui vous sert de frère, je n'aurais aucune justification et elle trouverait ça louche. Continua-t-elle toujours sans me prêter la moindre attention.

_ Elle m'a appelé comment, là ? » Sifflai-je en me raidissant.

Jasper me jeta un coup d'œil presque craintif, les sourcils froncés, alors qu'elle m'ignorait toujours aussi royalement.

Et ce fut l'ignorance de trop.

« Excuse-nous, Jaz. Je crois que… on n'a plus besoin de toi, ici. » Lui dis-je avant de saisir brusquement le poignet de Grognasse et de la forcer à se lever.

Pour la première fois depuis que j'étais entré dans le bar, ses yeux rencontrèrent les miens et brillèrent de fureur alors qu'elle tentait de me faire lâcher prise et que malgré moi, l'excitation me gagnait petit à petit.

Mais ni ses ongles, ni ses cris, ni ses insultes, ni ses dents, ni les regards intrigués des autres personnes présentes, ni celui ahuri de Nelson ne m'arrêtèrent jusqu'à la petite porte des toilettes qui, à mon plus grand soulagement, étaient libres.

Je la poussai à l'intérieur et fermai la porte à clé derrière moi.

Ce fut une grave erreur de la quitter des yeux deux secondes car je ne pus éviter sa main qui s'abattit lourdement sur ma joue dans un claquement mâte, laissant derrière elle une traînée de picotements désagréables.

Le choc passé, pris tout à coup d'une rage sans nom, je la saisis par la gorge et la plaquai contre une vieille affiche de concert, juste à côté du petit lavabo blanc. Je sentis ses pulsations cardiaques sous mes doigts, rapides, frénétiques et je trouvais ça puissant, grisant. J'avais sa vie entre mes mains au sens propre du terme. Il suffisait juste que je serre un peu plus et…

Ses joues commencèrent à prendre une teinte rosée alors qu'elle tentait de toutes ses forces d'écarter mes doigts de sa gorge, mais rien n'y faisait. Elle n'y arriverait pas. J'étais beaucoup plus fort qu'elle. Et c'était décidément quelque chose qu'elle avait beaucoup de mal à assimiler…

Mes yeux plongés dans les siens, concentré dans ma recherche de la lueur dans ce qu'elle avait de plus dément, ce fut là ma deuxième erreur. Car elle envoya son genoux de toutes les forces qui lui restaient dans mon bas-ventre.

Aveuglé par la douleur et crachant une insulte, je la relâchai alors qu'elle reprenait sa respiration, portant ses mains tremblantes à son cou où mes doigts avaient trop facilement trouvé leur place.

Les secondes passèrent, toujours plié en deux, toujours des étoiles dansant devant les yeux alors que je tentais de reprendre à mon tour mon souffle. C'était quoi ? Un 1 partout, balle au centre ?

Je relevai les yeux et la première chose que je vis sur son visage légèrement teinté de plaques rouges, fut ce foutu rictus satisfait sur ses lèvres qui me glaça presque instentanément.

Je me redressai d'un seul mouvement – ou du moins j'essayai – et la giflai à mon tour.

Aussi fort qu'elle.

Aussi dur qu'elle.

Son visage se figea et la lueur dans ses yeux s'éteignit l'espace de quelques secondes. Alors que seul le bruit de nos respirations me parvenait sans trop de difficulté malgré les battements lourds de mon cœur qui résonnaient à mes oreilles.

« Putain, si tu savais depuis combien de temps j'avais envie de faire ça. Soufflai-je d'une voix rauque.

_ Maintenant que c'est fait, tu vas enfin m'oublier ? » Cracha-t-elle d'une voix altérée.

J'eus un rictus effrayant.

« Ca, sûrement pas.

_ Je ne me suis pas gourée alors. T'es vraiment un boulet.

_ C'est tout ce que tu trouves comme insultes gratuites ? T'es vraiment décevante sur tous les points. Murmurai-je à nouveau.

_ C'est pas gratuit, Cullen. Ou que j'aille, si t'es dans les parages, faut que je me tape ta présence. Tu dis que je n'ai aucun intérêt mais tu n'arrives pas à m'oublier, encore moins à m'ignorer. Tu n'as aucune classe. Il suffit de te voir faire des singeries quand ton frère parle, il suffit de t'entendre être vulgaire sans aucune honte, ou encore il suffit de te voir traîner une fille dans les toilettes pour la gifler. Tout cela fait de toi un boulet, oui. Contrairement à toi, je ne balance jamais d'insultes gratuites. » Me dit-elle avec un regard méprisant.

Je la regardai un instant, le rictus sur mes lèvres s'accentuant et déviai mon regard jusqu'aux légères marques sur son cou que j'effleurai tout à coup de la pulpe de mes doigts.

Je les observai, un instant fasciné j'avais réussi à lui faire mal.

« Tu m'as bien observé à ce que je vois. Lui dis-je, railleur.

_ On fait vite le tour de ta personnalité. Sortie de ton enveloppe charnelle dont tu te sers tant pour te faire une cours, tu n'es rien. Tu n'es pas un être intéressant. »

Je figeai mes doigts et les éloignai de sa peau, sentant des fourmis commencer à les parcourir et lui lançai un regard froid.

« T'es qui pour me dire ça ? Une fille insignifiante qui ne doit sa petite vie sexuelle qu'au fait que son mec n'a rien de mieux à se mettre sous la dent et qui prendra la poudre d'escampette dès qu'il en aura l'occasion. Sifflai-je.

_ Encore une insulte gratuite. Ca ne m'atteint pas, Cullen, parce que c'est faux. Les gens ne tournent pas autour de moi que pour mon physique mais pour mes qualités. Et crois-moi, j'éprouve de la pitié pour toi. Je préfère largement ma vie à la tienne.

_ Et en plus, elle n'est pas modeste, mais dis-moi, tu es parfaite. Ironisai-je.

_ Allez ! Utilise l'ironie pour masquer que j'ai raison. » Dit-elle avant de me contourner pour déverrouiller la porte.

Mais je ne lui en laissai pas le temps et la retournai pour la plaquer contre moi l'espace de quelques secondes. Je me penchai sur son oreille, la sentis se raidir et bloquer légèrement sa respiration.

« Tu veux que je sorte définitivement de ta vie, Isabella ? Chuchotai-je contre son oreille.

_ Oui.

_ Alors… Couche avec moi. Et je te garantis que ton vœu sera exhaussé. Ironisai-je à nouveau.

_ Hors de question. Tu tiens à aider ton frère ? Me demanda-t-elle d'une voix un peu plus aiguë.

_ Mon frère n'a rien à voir là-dedans. C'est entre toi… et moi.

_ Je peux t'inviter à cette fête. A la condition qu'après ça, tu me jures devant Jasper de ne plus m'approcher, ni de m'adresser la parole. Alors choisis. Ton frère, ou moi.

_ Je te jure à la place de te faire pleurer de sept façons différentes. Un jour, tu pleureras de mépris et de haine, si ce n'est déjà fait, puis en viendra un autre où tu pleureras de frustration parce que je t'aurais laissé en plan et que je t'aurais encore une fois trop tentée, tu pleuras ensuite de rancœur et là, il te faudra faire attention. Parce que tu finiras par pleurer d'extase et c'est là que tu te rendras compte que, malgré tout ce que l'on s'est dit, malgré tout ce que l'on s'est fait, tu voudras pleurer d'amour et ce jour-là, tu pleureras vraiment. Tu pleureras comme jamais tu auras pleuré parce que j'aurais eu ce que je voulais et que je ne serai plus là. »

Je posai des lèvres aériennes sur les marques de son cou, éveillant en elle un frisson de dégoût et d'émoi.

« Ne t'en fais pas pour moi… » Rajoutai-je, satisfait. « J'arriverai à y rentrer dans cette foutue baraque. Que tu le veuilles… ou non. »

A suivre...