Et un troisième chapitre pour fêter la fin de mes oraux. Comme je suis enfin en vacances, je vais pouvoir me consacrer pleinement à l'écriture.

Je précise que j'ai changé les numéros des suites et de l'étage, pour plus de cohérence vis-à-vis de mon modèle (ce n'est qu'un détail, j'en conviens).

Disclaimer : le monde de Naruto ne m'appartient pas, ni le Burj al Arab, au passage.


Oh captain !

L'artiste

La salle de bal avait fait peau neuve pour l'occasion. Transformée en tournoi de poker géant, elle s'était parée de tissus de velours rouges et verts, ainsi que de tables en acajou. Reines de cœur et rois de pique encadrés avaient pris place sur les murs, jetant des regards courroucés aux festoyeurs. Sakura louvoyait contre la marée d'invités endimanchés en direction du bar, qui dominait la salle entière du haut de son estrade. Elle joua une dernière fois des coudes jusqu'au barmaid le plus proche. Enfin accoudée au zinc et remise de ses émotions, elle s'adressa au jeune serveur qui n'attendait que sa commande.

« Un café, s'il vous plait. Très serré. »

Il lui jeta un regard amusé tout en essuyant le verre qu'il tenait.

« A dix heures du soir ? »

Le rouge monta aux joues de Sakura. Prendre un café en plein poker night lui parut soudain à côté de la plaque.

« Euh, je... je vais prendre autre chose. »

Elle jeta un œil à la carte des cocktails, dont la profusion était désemparante, surtout pour quelqu'un qui ne buvait pas.

« Je vais prendre un… euh… non. Plutôt un… »

Le barmaid s'accouda à son tour au zinc et regarda Sakura dans les yeux, un sourire aguicheur accroché sur son visage.

« Une jeune femme qui n'a pas l'habitude de boire, et qui a décidé, pour je ne sais quelle raison, de s'amuser seule ce soir. » Il la détailla de son regard chirurgical. « Kir Royal, pour commencer en douceur. »

Quelques instants plus tard, Sakura déambulait sans but au milieu des tables de poker, son Kir Royal à la main. Autour des îlots de velours verts étaient attablés des nababs en costumes Dunhill et richelieus Church's reluisantes. Les fines bulles du champagne lui montaient à la tête, rendant la jeune femme guillerette. C'était avec un plaisir coupable qu'elle jetait un œil aux différentes parties qui commençaient. La flûte qu'elle balançait doucement du bout des doigts se vida très vite mais l'attention de Sakura fut bientôt retenue par le barmaid qui l'avait auparavant servie et qui lui tendait un tout nouveau verre.

« Vodka Pomme, » présenta-t-il, toujours aussi charmeur.

Le même cirque recommença, jusqu'à ce que Sakura finît avec un verre en cristal, qui avait suivi une seconde Vodka Pomme. « White Russian », lui avait-on annoncé. De quoi réconcilier sa toute nouvelle consommation d'alcool et son amour du café. C'était ainsi armée contre la solitude qu'elle se dandinait au son d'une musique vaguement orientale. Ses pieds s'arrêtèrent devant une partie fraichement entamée et qui réunissait de jeunes hommes bien mis, dont un qu'elle reconnut de suite, malgré son esprit embrumé.

Akasuna no Sasori

L'artiste distribuait les cartes avec une expression on ne pouvait plus neutre. Ses cheveux rouges en bataille et son impassibilité lui rappelaient beaucoup Gaara. Elle jetait de petits regards furtifs en sa direction. Elle suivait depuis longtemps son travail, on pouvait même dire qu'elle l'admirait beaucoup. Elle avait aussi cru comprendre qu'il était un des instigateurs d'une conférence qui devait avoir lieu au sein même de l'hôtel. Elle s'approcha mine de rien de la table, suivant la trépidante partie du coin de l'œil.

« Je me couche, » annonça tout penaud un des participants.

Tandis qu'elle essayait de se familiariser sur le tas avec les règles du jeu, Sakura remarqua un des joueurs, qui sortait du lot. Très décontracté, à la limite du débraillé, il arborait de longs cheveux dorés et une casquette militaire bleue et blanche. Il offrait au grand public la vue de ses avant-bras, bronzés et recouverts de cicatrices pâles, qui rappelèrent à Sakura le ventre d'Ino. Elle se sentit hypnotisée par ces deux morceaux d'homme, impudiquement étendus sur le revêtement de la table. Elle se rendit alors compte qu'elle les fixait depuis plusieurs secondes, mais il était déjà trop tard, car son regard croisa celui du militaire. Submergée par l'émotion, elle s'extirpa maladroitement du public en bafouillant de faibles excuses.

La musique devenait étrangement élastique à ses oreilles, tout comme sa vision, qui s'étirait par moment, lui donnant l'impression de regarder le monde à travers un globe de verre. Elle dut s'appuyer contre une fausse colonne grecque pour ne pas tomber. Ainsi avachie, le front contre la pierre fraiche, elle reprenait doucement ses esprits. A l'évidence, elle avait beaucoup trop bu.

« Ouch ! »

Le sang lui battait désormais aux tempes et lui brouillait la vue, signe qu'il était grand temps pour elle de rentrer. Elle tituba avec difficulté jusqu'au couloir où se trouvait un des innombrables ascenseurs de l'hôtel, abandonnant au passage le reste de son cocktail sur une desserte roulante qu'on avait laissée là. Elle entra dans l'ascenseur, le cœur au bord des lèvres. Le bip annonça son étage, elle sortit et entreprit de se diriger vers sa suite. Elle avançait à tâtons, s'appuyant au mur. Après un véritable chemin de croix alcoolisé, elle se tenait enfin devant sa porte et fouillait frénétiquement dans sa minaudière à la recherche de sa carte, dont elle ne trouva aucune trace. A mi-chemin entre la panique et la syncope, elle finit par s'écraser sourdement contre la porte et se roula en boule sur le seuil, trop fatiguée pour persévérer dans sa quête du saint lit.


« Je vais monter. Tu viens ou tu restes encore un peu ? »

Deidara fit un vague signe de bon débarras à Sasori, puis continua à piquer l'olive au fond de son verre. Un petit peu de temps seul ne pourrait que lui faire du bien. La socialisation avait été fatigante, bien qu'également excitante, en ce qu'il avait pu faire montre de ses dons de stratège. Et Deidara aimait qu'on lui porte de l'attention. Sasori se détourna sans rien ajouter, planifiant déjà le déroulement de son imminent coucher. Il en était déjà au choix de sa tisane – probablement menthe-réglisse, son péché mignon - lorsqu'il arriva au 59e étage. Mais un menu détail au bout du couloir le coupa dans son élan. Une silhouette de femme dormait au creux d'une porte, repliée sur elle-même comme un tas de chiffons colorés. Sasori hésita quelques secondes à ignorer ce fait étrange avant de se laisser guider par son esprit responsable. Arrivé à la hauteur de la comateuse, qui fleurait la vodka et le café, il lui secoua une épaule.

« hé, » chuchota-t-il.

La jeune femme ouvrit deux yeux verts, aussi vifs que ceux d'un chaton tout juste venu au monde. Elle le regarda au travers de mèches ridiculement roses avant d'émettre un son moribond.

« Gaara ? »

Elle tendit une main en sa direction, mais tous ses efforts se brisèrent sur l'écueil de l'ivresse et de l'épuisement. Sasori poussa un soupir exaspéré. Il avait l'impression de faire beaucoup de social, ces derniers temps. Il lui passa un bras derrière le dos, un autre sous les genoux, et la souleva, avant de la porter jusqu'à sa propre suite.

Il referma la porte sur eux à l'aide d'une épaule. Qu'allait-il bien pouvoir faire de son nouveau paquet ? Il n'avait pas trop envie de collectionner les poids morts. C'est sur ces pensées teintées d'ennui qu'il décida de se décharger sur le lit de Deidara. De retour dans le salon, il se saisit d'une carte de visite et d'un stylo, gribouilla une note, qu'il alla scotcher sur la porte de la demoiselle. Il reprit ensuite sa routine habituelle.


A peine sorti de l'Aston Martin qui l'avait ramené, Gaara regarda sa montre. Une heure du matin. Il s'engouffra dans l'hôtel, persuadé qu'il se ferait déchiqueter par sa tendre fiancée s'il ne se bougeait pas plus vite. Il s'achemina d'un pas régulier au hasard des couloirs de l'hôtel, où la fête battait encore son plein, jusqu'à la porte de sa suite. La présence de la carte, collée de travers au niveau de la poignée, l'interpela tout de suite. Il n'avait pas besoin de la lire pour savoir de quoi il retournait. Il la décolla tout de même et lut la note à voix basse.

« Chambre 207. »

Il se dirigea automatiquement vers la dite porte, à quelques mètres de là, ébauchant dans sa tête un mot de remerciement et se préparant à porter cinquante kilos de chaire intoxiquée. Il frappa trois coups savamment calculés. Un visage placide ne tarda pas à lui faire face.

« Je cherche Sakura Haruno, » informa Gaara, peu perturbé.

Tiens tiens… se dit Sasori. Il connaissait ce nom.

« La jeune femme aux cheveux roses ? » demanda-t-il.

« C'est cela. »

« Elle dort à côté, » prévint Sasori, qui trempait un sachet de tisane dans une tasse en jade. « Je pense qu'elle a bu un verre de trop. Je l'ai trouvée endormie devant votre porte. »

Gaara fixa l'inconnu droit dans les yeux. Inconnu pas si inconnu que cela, puisqu'il finit éventuellement par mettre un nom sur ce visage. Il serait encore moins inconnu dans quelques heures, son consultant lui ayant fixé un rendez-vous avec l'artiste de renom. La fatigue s'abattit soudain sur lui à la pensée du planning chargé qui lui sauterait à la gorge dès le petit matin. Chose que Sasori, doué pour percevoir ces d'états d'âme, devina aisément.

« Elle peut rester dormir ici. Je vous la rapporterai demain, comme neuve. »

Sans trop d'hésitation Gaara remercia Sasori d'un léger signe de tête avant de repartir. Il culpabilisait de laisser Sakura mais les choses seraient plus aisées ainsi.

« Dites à Sakura que je suis passé, » lança-t-il à la porte qui se refermait au bout du couloir.

Message reçu, pensa Sasori.


Deux heures du matin. Deidara rangea son smartphone dans sa veste. Il était peut-être temps pour le colonel de battre en retraite. Le personnel balayait en effet les dernières miettes du festin. Miettes d'un certain prix. On aurait mangé la plus recrachée d'entre elles sur la tête d'un pouilleux. Il prit congé de l'olive déchiquetée qui lui avait tenu compagnie une bonne partie de la soirée et se mit en route.

Il entra dans la suite sans se soucier de la pesanteur de ses pas ni du claquement sonore de la porte. Une tasse où miroitait un fond jaunâtre de tisane traînait sur la console, à côté d'un bazar éclectique tout droit sorti des poches de Sasori. Deidara s'en saisit et procéda à la vaisselle, tactique sournoise pour montrer sa supériorité sur Sasori. Une fois débarrassé de la corvée, il pénétra dans sa chambre, jeta sa veste sur son lit et s'assit pour se déchausser.

Il se figea en plein effort. Quelque chose n'allait définitivement pas. Une profonde respiration confirma ses doutes : il n'était pas seul dans sa chambre. Deidara grinça des dents. L'enfoiré. Il pouvait voir du coin de l'œil les couvertures se gonfler et se dégonfler par vague, comme le ventre écailleux du monstre assoupi au fond de la grotte, tout droit sorti d'un conte de fées. La forme était beaucoup trop petite pour qu'on la prît pour Sasori. Il ne restait de fait qu'une hypothèse plausible. L'artiste avait dû ramasser au détour d'un couloir quelque clochard millionnaire, trop rond pour rouler jusqu'à ses appartements en or massif. Le comble, quoi. Deidara approcha sa main du trou d'aération que le soûlard avait improvisé dans les couvertures afin de mieux respirer et tira. Mais le soûlard s'avéra être une soûlarde. Et pas n'importe laquelle.

Il reconnut dès le premier instant la jeune femme qu'il avait vu minauder près de leur partie de poker, boisson alcoolisée en main et robe violine serrée aux hanches. De quoi faire tourner quelques têtes, sans doute, dont celle du barmaid qui l'avait suivie comme un caniche cinq étoiles, obsédé par l'idée de la soûler pour on ne savait quelle raison obscure. Deidara renifla avec dégoût. Autant glisser un cacheton dans le verre de ces dames, si l'on a l'intention d'être un aussi mauvais gentleman. En tout cas le serveur aux intentions questionnables n'avait fait le travail qu'à moitié, à en juger la jeune femme squattant une bonne partie du lit.

Un long soupir lui échappa. Il n'avait pas la force d'être encore plus désagréable ce soir-là. Il en conclut qu'il n'avait plus qu'à coucher dans le salon. Alors qu'il s'apprêtait à démissionner, une main lui saisit l'avant-bras, suivie d'un corps, dont le buste se releva d'un coup, éparpillant les couvertures et roulant des yeux. Le corps vomit une bouillie de paroles sibyllines.

« Gaara… » distingua Deidara.


Sakura paniquait. Elle ne savait pas si elle rêvait ou si elle était éveillée. Elle se sentait coincée dans des limbes obscurs, où le ronron d'un lointain ventilateur et la chaleur d'un bras constituaient les seules prises qui l'aidaient à ne pas sombrer. Sa vision s'ajusta difficilement. Elle ne parvenait pas à se resituer, n'ayant plus aucun repère spatial ni temporel. Un œil se détacha de la confusion sombre du décor. Il la transperçait, bleu et rigide, aussi acéré qu'un œil d'épervier. C'est alors que, par quelque malicieux sortilège, l'organe se mit à parler.

« Ca va ? »

D'abord décontenancée par tant d'étrangeté, Sakura finit par remarquer la bouche qui remuait en-dessous de l'œil. Petit à petit, différentes pièces s'assemblèrent à la manière d'un puzzle pour former un visage d'homme. C'est alors qu'apparut sous ses yeux ébahis le blond militaire qui l'avait tant intimidée.


Un commentaire serait très encourageant !