*pan* C'est le son du ballon de la frustration qui éclate. D'avance pardonnez-moi mais j'aime beaucoup les introspections^^. Merci à tous ceux qui prennent le temps de lire et de poster des commentaires. Pour répondre à la remarque de ma correctrice Isatis, quand je pense à Finch, ce n'est pas à ses genoux que je pense en premier^^"!

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Le lendemain, alors que la matinée était déjà bien avancée, Reese émergea péniblement d'un sommeil inhabituellement profond. Il resta quelques minutes immobile, les yeux clos, la tête enfouie dans son oreiller, essayant de remettre de l'ordre dans ses idées. Même s'il souffrait d'une légère migraine et malgré sa bouche anormalement sèche, il se sentait bien. Il savoura encore quelques instants ce moment de quiétude, écoutant la rumeur de la ville perceptible derrière les vitres de ses fenêtres et appréciant la chaleur d'un soleil déjà haut sur son dos. Il soupira de bien-être avant de s'étirer langoureusement. Même si ce sentiment ne lui était pas familier, il était certain d'être heureux. Les brumes du sommeil se dissipant, les souvenirs de la nuit dernière lui revinrent en mémoire avec une précision et une intensité étonnantes qui firent apparaitre un sourire béat sur ses lèvres sensuelles. Harold…Son patron, son sauveur, son partenaire, son ami et, depuis cette nuit, son amant…

Il tendit la main à la recherche de son compagnon mais trouva seulement une place vide et froide à côté de lui. Il ouvrit les yeux et se redressa sur un coude pour constater ce que son instinct avait déjà compris. Il était seul. Finch avait déjà quitté son lit. Il se retourna sur le dos et tendit l'oreille, essayant de percevoir une présence dans son appartement, mais rien. Hormis le bruit de la circulation et les battements anxieux de son cœur dans sa poitrine, un silence assourdissant régnait.

Il est parti. Je suis seul…, pensa tristement John en fixant le plafond de son loft.

Finch avait déserté sa couche et quitté son logement. L'euphorie du réveil laissa la place à une profonde amertume. Reese s'assit sur son lit et balaya l'endroit du regard, cherchant un éventuel message qu'aurait laissé son compagnon avant de partir. Mais là encore, rien. Il ne restait plus aucune trace de son patron : ses vêtements, qu'il avait enlevés avec hâte quelques heures auparavant, ne gisaient plus en désordre sur son parquet, ses lunettes qu'il avait soigneusement posées sur sa table de nuit avaient disparu. C'était presque à se demander s'il n'avait pas rêvé cette nuit de passion avec Harold. Mal à l'aise, il se passa nerveusement la main dans ses cheveux quand il remarqua la paire de menottes toujours attachée à son poignet.

Il observa le bracelet d'acier avec fascination puis un nouveau sourire se dessina sur ses lèvres. Non ce n'était pas un rêve. Ils avaient bien fait l'amour la nuit dernière. Il ôta l'entrave avec une facilité déconcertante et la jeta sur les draps. Qui aurait cru que son timide patron, sous ses airs coincés et froids, avait une nature aussi passionnée? Certes l'alcool avait sans doute joué un rôle dans cette attitude aussi débridée mais avant de céder à la tentation et de répondre à ses avances, il s'était assuré que Finch était bien consentant. Jamais il n'aurait profité de sa faiblesse pour céder au désir impérieux qu'il avait de lui.

Car oui, il désirait son patron. Depuis le début de leur collaboration, il lui inspirait les sentiments les plus intenses et les plus irrationnels. La curiosité du départ s'était rapidement transformée en fascination. Il voulait tout connaître de son mystérieux sauveur, des détails les plus inutiles comme ses plats préférés ou ses goûts jusqu'aux choses les plus intimes comme son passé ou son adresse. Mais Finch avait été particulièrement prudent et méfiant, refusant obstinément d'établir avec lui des liens autres que strictement professionnels. Il en avait été profondément blessé. Et comme un ver cherchant désespérément à atteindre une étoile lointaine et lumineuse, Reese s'était mis à éprouver des sentiments totalement inappropriés pour son patron. Un désir, aussi violent que lancinant, s'était mis à le tourmenter, jour et nuit, au point d'être difficilement contrôlable. Au début, il s'était contenté d'observer Finch de loin, le détaillant de la tête aux pieds, le déshabillant du regard, fantasmant sur ses mains, sur ses lèvres ou sur ses courbes. Mais rapidement, John s'était senti frustré. Cela ne lui suffisait pas, il lui fallait plus. Dès lors, le toucher avait pris le relais de son regard. Il s'était mis à effleurer son patron à la moindre occasion, ses doigts frôlant sa main au moment de lui donner sa tasse de thé, une main s'attardant sur ses reins pour l'aider. Ce qu'il avait pris pour du désir s'était ensuite transformé en amour. Un amour fort, puissant et absolu. Et au regard des réactions d'Harold, John était maintenant persuadé que ce sentiment était réciproque.

Je t'aime tant…

Cet aveu, murmuré d'une voix vibrante d'émotions, l'avait totalement pris au dépourvu. Au départ, John avait cru que son patron, comme beaucoup d'autres avant lui, ne souhaitait qu'une nuit de plaisir. En tant que telle, cette idée ne lui aurait guère déplu. Il aurait pris avec une joie démesurée tout ce que son patron daignerait lui donner, même s'il ne s'agissait pour lui que d'une nuit de sexe sans lendemain. Il avait donc accueilli cette déclaration comme un cadeau du ciel, une rédemption inespérée pour un ancien tueur offerte par un homme tel que Finch. Reese était d'autant plus surpris que jamais son patron n'avait montré le moindre intérêt à son égard, hormis pour les missions. Il avait toujours été poli mais distant, ne s'autorisant aucun geste dépassant la simple amitié.

Je t'aime tant…

A présent, il avait la certitude que Finch nourrissait les mêmes sentiments que lui. Et il en était fou de joie. Il passa rêveusement les doigts sur ses lèvres. Il l'avait embrassé. Il avait posé ses lèvres sur son corps. Partout. Et Harold avait répondu avec passion à ses baisers, frémissant et gémissant sous ses caresses. Jamais il ne s'était senti autant en connexion avec quelqu'un.

Son attention se reporta sur les menottes qui traînaient sur ses draps. Ces menottes, à bien des égards, étaient un symbole. Elles étaient d'une part la preuve de la nuit de passion qu'ils avaient partagée. Elles symbolisaient également la totale confiance qu'il avait envers Harold. Cette nuit, il s'était volontairement mis à nu devant lui, au sens propre comme au sens figuré. Il avait voulu lui montrer qu'il remettait sa vie entre ses mains sans aucune hésitation. Et d'ailleurs, c'était ce qu'il avait fait. Déjà profondément amoureux de Finch, cette nuit, il s'était donné corps et âme.

La seule petite ombre dans ce tableau idyllique était qu'il ne se rappelait pas l'avoir dit à Finch. Il se souvenait parfaitement de la déclaration de son patron mais pas de la sienne. Il ne lui avait pas dit à quel point il comptait pour lui, combien il était important pour lui, combien il l'aimait…Reese espérait que ses actes aient été aussi éloquents que les mots qu'il n'avait pas prononcé…

John baissa la tête et fixa d'un œil absent les plis des draps. Il essaya de se convaincre que Finch serait aussi euphorique que lui. Mais la boule, qui s'était formée dans son ventre en découvrant qu'il était seul, ne cessait de croître. Il se passa une nouvelle fois la main dans les cheveux puis se leva, éprouvant le besoin urgent de vérifier s'il avait laissé un message avant de partir. Il voulait s'assurer que ce départ n'était pas une fuite ou pire, le regret de ce qui venait de se passer entre eux.

Indifférent à sa nudité, Reese traversa son loft à la recherche d'un petit bout de papier sur lequel son amant aurait expliqué son départ précipité. Avec excitation et anxiété, il jeta un coup d'œil sur ses tables de nuit, sur sa table basse, sur le plan de travail de sa cuisine, sur le canapé…L'agent fit une pause dans sa recherche et contempla le sofa en cuir, celui-là même où tout avait commencé. Mais maintenant, cette couche qui avait été le théâtre de leurs premiers ébats était vide, froide presque impersonnelle.

Debout au milieu de son appartement, Reese cherchait désespérément un signe lui indiquant que Finch allait revenir, qu'il était juste descendu chercher des viennoiseries ou des boissons chaudes…Mais il devait se rendre à l'évidence, il n'y avait rien. Son patron avait bel et bien fui, comme un déserteur, ne laissant derrière lui que les effluves de son parfum.

Puis soudain, il eut une illumination. Il se précipita vers sa veste de costume qui traînait par terre à côté du canapé. Fouillant fébrilement dans ses poches intérieures, il sortit d'une main tremblante son téléphone portable. Le cœur battant à tout rompre, il l'alluma et, durant les cinq secondes les plus longues de sa vie, il regarda l'écran à la recherche d'un message non-lu, d'un appel manqué ou d'un message sur son répondeur. Mais, là encore, rien. Le silence. Cette nouvelle déception le terrassa aussi sûrement qu'une balle en plein cœur.

Reese se laissa lentement glisser au sol. Il devait maintenant réfléchir à la conduite à tenir. Il essaya de faire le tri dans ses pensées. Mais ce n'était guère chose aisée. L'agent était littéralement tiraillé entre deux sentiments contradictoires. Tantôt il était euphorique en repensant à la nuit dernière, tantôt il était paniqué à l'idée qu'Harold ne veuille plus jamais le revoir. Si pour lui, la situation était limpide, il devait se mettre à la place de son partenaire. Le connaissant, Finch devait être à la fois choqué, perdu et peut-être même en colère. Ils devaient impérativement se parler pour faire le point sur la tournure nouvelle que prenait leur relation.

C'est alors que ses yeux se posèrent sur le téléphone qu'il tenait toujours. Machinalement, il composa le numéro de Finch mais au lieu de la tonalité attendue, il tomba directement sur son répondeur. Il avait dû éteindre son portable. A l'évidence, son patron ne voulait pas être contacté. Pour John, ce geste était douloureusement clair. Malgré tout, il inspira longuement et attendit le signal sonore avant de parler, croisant les doigts pour que sa voix de trahisse pas son émotion.

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Lorsqu'Harold entra dans un de ses appartements situés en plein cœur de Manhattan sur la 5ème avenue, la première chose qu'il fit fut de filer dans sa salle de bain. Évitant soigneusement de regarder son reflet dans le miroir, il remplit un verre d'eau et ingurgita du paracétamol pour calmer la migraine qui lui martelait toujours les tempes et des analgésiques pour soulager ses douleurs à la nuque et à la hanche. Il se débarrassa ensuite de ses vêtements qu'il jeta dans la panière de linge sale dans un coin de la pièce puis s'engouffra dans sa douche à l'italienne.

Il était pressé de se laver. Durant le trajet en taxi qui l'avait ramené chez lui, il avait eu la troublante impression d'avoir encore les mains de Reese sur son corps, ses lèvres sur sa peau, l'embrassant, le léchant, le goûtant. Malgré son amnésie, la sensation était diffuse et tenace. Il voulait au plus vite se débarrasser de l'odeur persistante de son agent sur lui.

Il tourna le robinet et l'eau se mit à ruisseler sur son corps. Il resta quelques secondes immobile sous le jet brûlant qui frappait ses muscles endoloris. Puis, sortant de sa léthargie, il saisit la bouteille de gel-douche, en déposa une noisette dans le creux de sa main et se mit à se frictionner énergiquement, ses cheveux puis sa peau, cherchant à faire disparaître les traces de cette soirée. Mais si une odeur familière avait remplacé celle de son agent, les marques de griffures et de suçons étaient toujours bien visibles, semblant le narguer.

Car s'il n'avait toujours aucun souvenir de la soirée passée avec son agent, il savait qu'ils avaient fait l'amour. Il ne pouvait s'empêcher d'imaginer les mains élégantes de son agent sur lui, ses longs doigts plongeant dans ses cheveux, ses lèvres sensuelles couvrir sa peau de baisers, ses dents le mordre. Alors qu'il se shampooinait, ses doigts effleurèrent la cicatrice sur sa nuque. Le reclus se raidit instantanément. Qu'avait vu John exactement? Il l'avait probablement vu dans le plus simple appareil cela ne faisait plus aucun doute. Mais avait-il vu ses blessures, ses cicatrices? Les avaient-ils touchées? Caressées? Embrassées? Finch frissonna violemment tout en fermant les yeux pour mieux se concentrer, fouillant dans ses souvenirs. Où l'avaient-ils fait? Y avaient-ils eu des préliminaires ? L'avait-il fait une fois ? Plusieurs fois ? Toutes ces questions bien légitimes étaient pour l'instant sans réponses et cette incertitude était en passe de le faire devenir fou.

Soudain des flashs de la soirée lui revinrent en mémoire comme les éclats d'un miroir brisé. L'homme sentit son cœur s'emballer tandis que des images floues et des bribes de conversations déferlèrent dans son esprit. Il se rappela le bar, les verres, le taxi, les menottes, le canapé... Harold rougit violemment et resta ensuite de longues minutes sous le jet d'eau brûlant, essayant de remettre de l'ordre dans ses souvenirs. Mais il avait du mal à faire le tri entre le réel et le rêve. Tout lui apparaissait dans une sorte de brume dont il avait du mal à distinguer les contours.

Il ne doutait par avoir mal supporté l'alcool mais comment avait-il atterri dans le lit de Reese. Les questions allaient bon train dans son esprit embrouillé. John avait-il profité de lui ?

-Bien joué, Mr Reese, je viens de réaliser que j'ignorais comment vous vous étiez engagé dans l'armée.

-C'est normal, je ne vous l'avais encore jamais dit, je suis quelqu'un de très réservé.

Au bord de la nausée, l'informaticien s'adossa contre la faïence froide de la douche tout en serrant les poings. Se pourrait-il que… ? Après tout, à l'issue de leur dernière mission, il avait réalisé qu'il y avait encore de nombreuses zones d'ombres dans la vie de son agent. Pour avoir consulté son dossier non-expurgé de la CIA, il savait qu'en tant qu'agent actif, Reese avait été amené à séduire plusieurs cibles, des hommes comme des femmes. Peut-être avait-il profité de son état pour lui soutirer des informations, sur lui et la Machine ? Harold sentit sa gorge se serrer et son cœur faire une embardée en réalisant les conséquences désastreuses de son moment de faiblesse. Quel idiot !

Il se passa nerveusement la main dans ses cheveux humides, sa paranoïa prenait le relais et bloquait toutes ses tentatives de rationalisation. Il avait beau se dire que son agent était un homme bien, au comportement irréprochable, sur lequel il avait toujours pu compter. Que jamais il n'aurait profité de lui et fait quelque chose sans son consentement. Finch rouvrit les yeux, soudain pris d'un violent vertige…Mais alors…Etait-il consentant ?

Il avala sa salive avec difficulté, son cœur cognant dans sa cage thoracique comme s'il voulait en sortir. Et si ce n'était pas de son partenaire dont il devait se méfier mais de lui-même ? Après tout, l'alcool avait très bien pu le désinhiber au point de se laisser aller à des gestes ou des paroles qu'il s'interdisait en temps normal. Il réprimait depuis tellement longtemps son attirance envers John qu'il aurait pu trouver le courage de laisser parler son cœur. S'était-il laissé aller à quelques confidences, à des actes ? Qu'avait-il fait au juste ? Etait-il resté passif ou au contraire avait-il séduit son agent ? L'avait-il embrassé ? Caressé ? Imploré ?

De plus en plus perturbé par le cours de ses pensées, Finch glissa lentement dans la cabine de douche jusqu'à se retrouver assis et prostré. Un ouragan de sentiments violents et contradictoires le tourmentait. Il ressentait de la honte mais aussi de l'excitation à l'idée d'avoir couché avec son séduisant partenaire et bien sûr de la frustration d'avoir tout oublié.

Il se prit la tête entre les mains en laissant libre cours à son désespoir. Lui, toujours maître de lui, contrôlant avec une rigueur extrême tous les aspects de sa vie, était totalement perdu. Pour la première fois depuis bien longtemps, il n'avait plus aucun contrôle et ne savait pas de quoi l'avenir serait fait. Pendant qu'il sanglotait silencieusement sous le jet battant de sa douche, d'autres souvenirs furtifs lui revinrent en mémoire, encore plus perturbants. Il se revoyait menotter John. Mais pourquoi ? Comment avait-il pu avoir l'ascendant sur un expert en combat rapproché ? Pourquoi l'avait-il fait ? Des bribes de conversations lui revenaient.

-Finch, s'il te plait…

Pourquoi la voix de John était-elle suppliante ? De quoi le priait-il ? Finch nageait en pleine confusion. Que s'était-il donc passé hier soir? Son sang battait dans ses tempes, sa migraine, loin de se calmer, s'aggravait au fur et à mesure qu'il creusait dans ses souvenirs. Et soudain, Harold rouvrit les yeux en se couvrant la bouche pour ne pas gémir. Un souvenir plus vif et d'une étonnante netteté lui était revenu.

-Je t'aime tant…

Ce n'était pas possible ! Avait-il réellement avoué à Reese qu'il l'aimait ?! Si ce souvenir était vrai, il était perdu. Leur relation, leur partenariat allait irrémédiablement en être bouleversé. Qu'allait faire John de cette information ? Allait-il s'en servir contre lui ? Allait-il être mal à l'aise au point de le quitter ?

A bout de nerfs, Finch se releva avec difficulté et sortit de la douche. Il se sécha rapidement puis se décida à se raser. Mais regarder son visage était un véritable calvaire puisque tout, dans son reflet, lui rappelait cette nuit, de ses yeux cernés par une nuit trop courte jusqu'aux traces de morsures qu'il avait dans le cou. Une fois terminé, il se rendit dans la pièce attenante à la salle de bain qui lui servait de dressing. Il se choisit un costume trois pièces noir, une chemise blanche ainsi qu'une cravate et un mouchoir de poche vert-émeraude. Il se coiffa avec soin, posa de nouvelles lunettes sur son nez et attacha sa montre à son poignet. Dans cette tenue, comme une armure, il se sentait un peu mieux mais il était encore loin d'être serein. Trop de pièces manquaient dans le puzzle qu'il essayait de reconstituer depuis son réveil.

Il devait en avoir le cœur net. Il ne pouvait pas vivre dans l'incertitude. Il voulait savoir ce qui s'était réellement passé cette nuit afin d'adapter au mieux son attitude. La seule chose qu'il avait en tête était de se protéger. S'il avait réellement mis à nu ses sentiments et ouvert son cœur à son agent, il était extrêmement vulnérable. John détenait littéralement son cœur entre ses mains…des mains de tueur qui plus est.

Si son malaise persistait, son mal de tête, lui, commençait à se dissiper. Harold espérait pouvoir enfin remettre un peu d'ordre dans ses idées. Il se conforma donc à sa routine quotidienne en se préparant une tasse de thé. Puis il s'installa sur la grande table de son salon où son ordinateur portable était allumé. Après avoir vérifié qu'aucun nouveau numéro n'était tombé, il but une gorgée de liquide brûlant et prit une profonde inspiration. Son cœur battait à tout rompre alors qu'il cliquait sur une icône bien connue, un peu comme un étudiant qui attendait avec fébrilité et anxiété que les résultats de ses examens ne s'affichent.

Il se connecta au réseau de sécurité de la ville qui lui permettait d'avoir accès à toutes les caméras de surveillance. Il tapa l'adresse du Landmark tavern et aussitôt, plusieurs fenêtres apparurent sur son écran, lui donnant une vue extérieure et intérieure de l'établissement. Après avoir sélectionné l'heure approximative à laquelle ils avaient bu un verre, l'informaticien se cala sur son siège et commença à regarder les images de la veille avec un mélange de curiosité et de terreur.

Sur l'écran, Finch pouvait voir l'intérieur du pub où ils avaient passé la soirée. Il n'eut aucune difficulté à repérer John et lui, assis au bar. Tous deux buvaient des bières au whisky. Pas de surprise, Harold se souvenait parfaitement de cet épisode. John lui avait fait goûter cette boisson particulièrement appréciée des militaires et par la suite, il lui avait retourné la faveur en lui faisant goûter son vin préféré, un château Pétrus.

Il avança le curseur et arrêta la vidéo une heure plus tard. Ils étaient toujours assis au bar mais Finch repéra immédiatement des différences. Ce n'était pas tant son agent qui avait changé d'attitude. Reese était toujours confortablement installé sur son tabouret, une jambe repliée sur le marche pied et l'autre par terre, il faisait tourner délicatement le vin dans son verre tout en bavardant tranquillement. Il paraissait totalement détendu, un large sourire aux lèvres en lui jetant de temps à autre un regard. En revanche, son attitude à lui avait radicalement changé. Une bouffée de honte l'envahit en se voyant ainsi avachi sur son siège, sa main tremblante alors qu'il portait son verre à sa bouche et surtout, il n'arrêtait pas de parler. Bon dieu ! Que pouvait-il raconter? Tel un spectateur en train de regarder un film au cinéma, il continua à regarder cette curieuse scène qui se déroulait sous ses yeux. Les deux hommes à l'écran souriaient, bavardaient tout en sirotant leurs verres. On aurait dit des amis de longue date qui prenaient du bon temps ensemble après une journée de travail.

Pourtant quelque chose troublait profondément Finch. Positionnée comme elle l'était, la caméra offrait une vue imprenable sur leurs visages. En regardant attentivement son agent, il ne lui apparaissait pas saoul, peut-être juste un peu plus décontracté que d'habitude, suivant avec attention la conversation et y répondant à l'occasion. Soudain, il retint son souffle en voyant son alter-égo sur l'écran poser sa main sur l'avant-bras de son voisin. John lui-même parut décontenancé par cette soudaine proximité. Son sourire s'était figé tandis qu'il contemplait sa main avec étonnement. Non seulement il s'était montré particulièrement familier avec son partenaire, mais à en croire les regards qu'il lui lançait et les sourires en coin qu'il lui adressait, il paraissait flirter ouvertement avec lui.

Une boule commença à se former dans la gorge de Finch tandis qu'il avançait une nouvelle fois la vidéo, s'arrêtant au moment où John s'était levé de son siège. En jetant un coup d'œil à l'horloge de la caméra, la soirée était déjà bien avancée pour ne pas dire la nuit. Ils avaient donc bu et bavardé pendant autant de temps ! Qu'avaient-ils bien pu se dire ? Quels secrets avait-il révélé ? Mais il n'eut pas le temps de se poser plus de questions car son attention se focalisa sur son image alors qu'il essayait de se mettre debout. Sa honte atteint un niveau inégalé en se voyant perdre l'équilibre et se rattraper à John qui posa ses mains sur ses hanches pour le stabiliser.

-Mon dieu…, se lamenta le reclus, une main devant la bouche.

Ils restèrent ainsi un peu trop longtemps à son goût. La bouche de finch devint aussi sèche que le désert en voyant le couple enlacé à l'écran. A sa grande surprise, ce fut John qui mit un terme à l'étreinte en le repoussant fermement puis en le guidant vers la sortie. Le reclus ferma les yeux pour ne pas se voir suivre son agent en titubant. Pas de doute, cette gueule de bois qu'il traînait depuis son réveil était liée à une cuite mémorable…

Finch soupira longuement puis se déconnecta du réseau de surveillance du bar. Il tapa une nouvelle adresse pour avoir accès aux caméras de surveillance aux abords de l'appartement de Reese. Une nouvelle fenêtre s'ouvrit lui offrant une vue de la façade de son immeuble. Après avoir calculé approximativement la durée de l'itinéraire, il remonta le curseur vers l'heure à laquelle ils auraient dû arriver. Il vit à l'écran un taxi jaune s'arrêter, Reese en sortir puis contourner le véhicule pour l'aider à descendre. Il paraissait totalement perdu et resta planté un moment devant la façade du bâtiment. Étant de dos, il ne pouvait voir l'expression de son visage mais il voyait ses jambes vaciller et tout son corps tanguer légèrement. John l'observait en fronçant les sourcils, ses lèvres bougèrent mais la qualité de l'image n'étant pas très nette, il ne pouvait deviner ce qu'il lui avait dit. En revanche, il nota qu'il lui avait fermement pris le bras et l'avait poussé à l'intérieur de son immeuble. Sur l'image, l'ex-opérateur paraissait agacé et le traînait d'autorité chez lui. Ce geste dérangea Finch qui se demandait dans quelle mesure son agent n'avait pas profité de son état…

Il ferma la fenêtre sur son écran, il en avait fini avec le réseau de surveillance de la ville. Pour avoir accès à l'intérieur de l'appartement de John, il allait devoir utiliser un logiciel qu'il n'avait pas activé depuis plusieurs mois. En effet, il avait créé ce programme au tout début de leur partenariat, au moment où il nourrissait une vive méfiance à son encontre, afin de le surveiller.

Finch avait embauché Reese pour ses compétences extraordinaires. Selon la Machine, il était le meilleur candidat pour ses missions. Il avait donc pris contact avec lui et lui avait offert cet emploi. Malgré tout, durant les premiers mois de leur collaboration et même bien au-delà, il avait été méfiant vis-à-vis de lui. Par ses questions loin d'être innocentes, l'ex-agent de la CIA cherchait à collecter des informations sur lui. Il ne s'en cachait pas du reste ! C'était donc dans ce contexte du jeu de chat et de la souris qu'il avait décidé de lui offrir cet appartement. Ce cadeau n'était pas totalement désintéressé. D'un part, il offrait à son partenaire un cadre de vie nettement plus confortable que le cagibi qui lui servait d'appartement mais surtout, il pouvait l'avoir à l'œil à tout moment. En effet, il avait installé une multitude de caméras un peu partout dans son loft afin de le surveiller. Il pouvait ainsi s'assurer qu'il ne retombait pas dans ses travers, comme l'alcool, mais il contrôlait également ses fréquentations. Il s'assurait qu'il ne couchait pas avec ses numéros comme l'avait fait son prédécesseur Dilinger, mais surtout qu'il n'était pas resté en contact avec ses anciens employeurs.

Si au début, il avait utilisé ce dispositif quotidiennement pour espionner son partenaire, par la suite, il avait simplement jeté de brefs coups d'œil, surtout pour s'assurer qu'il était bien sain et sauf. Car très vite, John avait su gagner sa confiance, surtout après l'avoir sauvé des griffes de Root. Dès lors, il ne l'avait plus surveillé, lui accordant sa confiance et l'espace nécessaire pour qu'il puisse entretenir un semblant de vie privée.

C'est donc avec culpabilité, curiosité et un brin d'angoisse que l'informaticien activa le logiciel espion qui donnait une vue des différentes parties du loft de Reese. Il espérait mais aussi craignait ce qu'il allait découvrir. Lorsque les différents plans apparurent sur son écran, Finch remarqua instantanément que le loft paraissait vide. Toutefois, ce n'est pas ce qui se passait maintenant qui l'intéressait mais ce qui s'était passé hier soir. Il sélectionna l'historique des bandes et positionna le curseur à l'heure de leur arrivée en taxi.

Son moniteur se divisa en six plans représentant les vues des six caméras de surveillance qu'il avait positionnées un peu partout. La première donnait une vue sur la porte d'entrée du logement. Finch retint son souffle en voyant la porte s'ouvrir sur son alter-égo qui entra d'un pas plus qu'hésitant. Il se vit ôter son manteau pour le suspendre à la patère mais il tomba lamentablement au sol. Finch fut consterné de se voir rire bêtement en regardant son vêtement au sol puis s'avancer dans le couloir en titubant. Il était dans un état lamentable…Finch serra sa souris et mit encore une fois une main devant la bouche en regardant cette scène pathétique. Le plus difficile à regarder n'était pas tant son état que le regard rempli de pitié et d'étonnement de Reese. Adossé à la porte qu'il venait de refermer, le jeune homme semblait aussi atterré qui lui en se voyant dans cet état alors qu'il s'effondrait sur le canapé du salon.

Mais son soulagement fut de courte durée. Car sitôt assis, il se remit péniblement debout pour refaire le chemin inverse. Finch retint sa respiration en se regardant remonter à nouveau le couloir tout en se déshabillant. Il jeta négligemment sa cravate au sol et ouvrit son gilet puis les premiers boutons de sa chemise. Une fois devant John, il lui saisit la main et le conduisit vers le canapé pour l'y pousser. Si l'informaticien était terriblement gêné par cette scène d'effeuillage à laquelle il venait d'assister, ce n'était rien à côté de ce qu'il s'apprêtait à vivre. Comme dans un mauvais film, il se vit se pencher vers John très lentement. Et, après avoir échangés quelques mots, ils s'embrassèrent. Finch n'en croyait pas ses yeux ! Ce strip-tease improvisé, ce regard prédateur, son sourire charmeur, c'était lui qui avait séduit son partenaire ! Fasciné par le spectacle qui se déroulait sous ses yeux, il ne pouvait détourner le regard des deux hommes qui s'embrassaient avec passion. Il se passa machinalement la langue sur ses lèvres, comme si elles avaient conservé le goût de John. Après des secondes interminables, Finch fut soulagé de voir le couple se séparer, visiblement à bout de souffle.

Mais le soulagement fut de courte durée. Sa tension monta en flèche lorsqu'il se vit s'agenouiller entre les jambes de son agent. C'est avec anxiété qu'il regarda ses mains se poser sur ses cuisses pour les caresser, montant de plus en plus haut jusqu'à venir effleurer son entre-jambe. Après un nouvel échange entre eux, il fut soulagé de voir John lui prendre les mains pour stopper son geste équivoque. Finch était perdu. Il semblerait que, contrairement à ce qu'il craignait, ce ne soit pas son agent qui ait profité de son état d'ébriété mais l'inverse. Pour être honnête, il n'était pas tout à fait certain d'être rassuré par cette révélation…Non, il était même complètement choqué de se voir ainsi, aussi charmeur, allumeur, flirtant outrageusement avec son partenaire qui essayait tant bien que mal de le repousser. Quelle humiliation !

Mais ce qu'il vit par la suite dépassa de loin toutes ses craintes. Après un nouveau baiser qui était encore une fois à son initiative, il se vit plaquer les mains de Reese au-dessus de sa tête puis lui attacher les poignets avec des menottes. Voilà d'où venaient les entraves qu'il avait vues ce matin au bras de son agent. Mais il n'avait absolument pas pensé être celui qui l'avait attaché…Finch était perplexe. Comment avait-il réussi l'exploit, lui, l'handicapé, de, d'une part, voler les menottes de son agent et, d'autre part, de le menotter !

Alors qu'il s'interrogeait sur ce mystère, un de plus, le cours de ses pensées fut interrompu par les images de l'écran. Bouche bée, Finch se vit s'assoir à califourchon sur son agent et l'embrasser à nouveau. Après un nouvel échange verbal, il l'embrassa à nouveau et commença à le déshabiller. Hypnotisé par cette scène terriblement érotique digne d'un film pour adultes, le reclus était à la fois mal à l'aise, rouge de confusion mais aussi, et c'était bien là le problème, excité.

-Mon dieu…, gémit l'informaticien en se prenant la tête entre les mains.

Finch ne se reconnaissait pas. Lui, qui s'imaginait toujours calme et posé, préférant réfléchir avant d'agir, avait montré un aspect de sa personnalité que lui-même ne connaissait pas. Comme si l'alcool et ses sentiments envers Reese avaient révélé un autre Harold Finch. L'homme qu'il avait sous les yeux était sensuel, charmeur, allumeur, sûr de lui, guidé, non pas par sa raison mais par ses sens et ses sentiments.

Il savait maintenant ce qui s'était passé hier soir, plus aucun doute là-dessus. Il aurait pu se déconnecter mais, poussé par une curiosité malsaine, il jeta à nouveau un coup d'œil à l'image sur l'écran et son cœur rata un battement. Il se vit debout, en train d'observer son agent à demi-nu. Son regard fut irrésistiblement attiré par le corps de John qui s'offrait à son regard. Comme son alter-égo sur l'écran, il détailla son partenaire avec avidité et convoitise. Il était magnifique, gracieux, puissant bien qu'attaché et surtout, aussi excité que lui.

Finch se sentit soudainement très à l'étroit dans son pantalon de costume. Il déglutit péniblement, le cœur battant à tout rompre en attendant ce qui allait suivre. Comme un voyeur, il ne pouvait détourner les yeux de cette scène, suspendu à ce qui allait produire. Mais là encore, la scène qui suivit prit l'informaticien complètement au dépourvu. Il fut très étonné de voir Reese se libérer comme par magie de ses menottes puis l'enlacer avec force et passion. Le jeune homme l'étendit sur le canapé avant de s'allonger sur lui et de l'embrasser avec fougue. Ils se séparèrent et échangèrent encore quelques mots. Pas besoin de son pour comprendre ce qu'il répondit à son agent…

-je t'aime tant.

Finch se figea sur sa chaise, soudainement dégrisé. Il l'avait donc dit ! Ce qu'il espérait être le fruit de son imagination s'était bel et bien passé. Il avait avoué ses sentiments à Reese ! L'informaticien se prit la tête entre les mains avant de s'effondrer devant son portable alors que les images continuaient à défiler.

A présent, malgré le flou qui continuait à envelopper ses souvenirs, il avait une idée plus précise des événements de la veille. Les gestes, les baisers, les étreintes, les mots lui revenaient en mémoire, accompagnée de sensations, d'émotions troublantes d'intensité. Étouffant de honte et de frustration, Harold se laissa submerger par l'angoisse à l'idée de revoir John. Il était d'autant plus terrorisé qu'il n'avait pas le souvenir que l'homme ait répondu à sa déclaration. Ce silence était plus éloquent que des mots.

La nausée au bord des lèvres, les larmes lui brouillant la vue, Finch s'empressa d'éteindre son ordinateur, sans toutefois avoir été suffisamment rapide pour ne pas voir les deux corps enlacés qui se mouvaient lascivement.

L'homme resta de longues minutes assis sans bouger, les yeux fixant l'écran désormais noir de son ordinateur, son esprit tournant à plein régime. Pour la seconde fois de sa vie, il était totalement perdu et ne savait pas comment réagir. Mais contrairement à l'attentat du ferry, la cause de son malheur était lui-même…

Ses yeux furent alors irrésistiblement attirés par un objet posé négligemment sur le coin de la table. Malgré la confusion qui obscurcissait son jugement, Finch réalisa qu'il s'agissait de son téléphone. Il avait dû le prendre machinalement et le poser sans qu'il en ait réellement conscience. D'une main tremblante, il le saisit et remarqua qu'il était éteint. Il était sans doute déchargé. Avec une urgence soudaine, il se mit à fouiller son vaste appartement à la recherche d'un chargeur. Une fois le précieux sésame retrouvé, il brancha son portable et l'alluma. Après les quelques secondes nécessaires à la mise en route, l'objet vibra lui indiquant la réception de messages.

Retenant son souffle, il regarda l'écran et son cœur bondit dans sa poitrine en reconnaissant le numéro de John. Il avait essayé de le joindre quelques minutes plus tôt. Son téléphone vibra une nouvelle fois pour lui signaler un message vocal. Finch resta interdit quelques secondes, pas certain de vouloir écouter ce que son agent avait à lui dire. Les questions se bousculaient dans son esprit : lui disait-il qu'il cessait leur partenariat ? Qu'il ne voulait plus le voir ? Mais il se rappela qu'il ne pouvait pas vivre dans l'incertitude. Prenant une profonde inspiration, il composa le numéro de son répondeur. Il tressaillit en entendant la voix de John, toujours sensuelle bien que légèrement hésitante :

-Finch…Harold, nous devons parler.