Dans le grand bureau sombre de son père, Kyoya se trouvait en face du chef de famille. Le regard froid, le visage impassible. L'autoritaire père Ootori avait convoqué son fils une raison que ce dernier devinait à environ 85 %.

« -Mon fils, tu es assez grand pour prendre tes propres décisions.

-C'est exact.

-J'ai d'abord convoqué quelqu'un pour ce fait. »

L'épouse du maître des lieux ouvrit la porte d'entrée et un homme blond la salua puis entra.

« -Mon mari t'attend dans son bureau.

-Merci. J'y vais de ce pas…

-Ne te presse pas. » Dit la jeune femme aux cheveux noirs tout en souriant.

Elle conduisit le blond à destination puis partit pour une autre tâche. Il tapa à la porte de bois d'une main tremblante. Une voix tendant sur le grave se fit entendre et le blond rentra enfin dans la pièce. Surpris de le voir ici, Kyoya cacha son étonnement derrière ses lunettes.

« Avance, Tamaki. »

Il obéit. Tamaki s'assit donc sur une chaise en face du père Ootori. Son fils, lui, était assis sur une chaise qui n'était pas très proche de celle du blond.

« -Kyoya, tu peux maintenant te marier et prendre ma succession. Mais pour cela, tu dois d'abord quitter ce club stupide.

-Que gagnerai-je en faisant cela ?

-Tu le sais très bien. »

Tamaki écoutait tout ça sans rien dire pour le moment. Kyoya allait-il le quitter lui et le club ? Est-ce que c'était la fin du club d'hôtes ? Il jeta un coup d'œil aux deux Ootori présents dans la pièce. L'un attendait une réaction tandis que l'autre semblait réfléchir. Le blond, quant à lui, ne cachait pas son inquiétude vis à vis de la réponse tant attendue.

« -Que décides-tu?

-Avez-vous déjà choisi cette femme ?

-Bien évidemment. Elle a également un lien avec l'héritier Suou, d'où sa présence ici. »

Kyoya ne dit rien mais Tamaki crut bien avoir une crise cardiaque après réfléxion de la personne qui pouvait correspondre au profil recherché, et d'environ leur âge. Mince ! Maintenant qu'il y pensait, on lui en avait vaguement parlé, mais il ne se souvenait plus trop du moment exact. Kyoya et sa cousine? C'était possible?

« Nos deux familles sont les plus puissantes du pays. Les associer fera une excellente affaire. Je te laisse deux jours pour me donner ta réponse, pas un de plus. Si tu refuses, tu ne seras pas mon successeur. »

Kyoya se leva pour se diriger vers la porte puis sortit. Tamaki se leva à son tour après avoir salué le paternel dans l'intention de rejoindre son ami qui se dirigeait vers sa chambre. Il y entra silencieusement pendant que Tamaki, toujours derrière lui, prit place dans la grande pièce, restant debout, face à son ami assis sur son lit.

« -Que comptes-tu faire?

-Y réfléchir.

-Tout le monde sera triste si tu t'en vas. » Avoua Tamaki les yeux rivés vers le sol.

Kyoya le regarda brièvement sans émettre aucun son.

« Ne fais pas cette tête. »

Un silence lui répondit et le président du club d'hôtes baissa la tête encore plus qu'elle ne l'était déjà. Il n'avait pas envie de regarder l'autre, ayant peur de sa réponse concernant la proposition de son père. Allait-il choisir l'argent ou l'amitié?

« -Le club est-il important pour toi?

-Hormis le rôle de « maman »...

-Je comprendrai si tu décides de partir.

-J'agirai selon mes envies. Ce n'est pas mon père qui décidera de ma voie.

-Je vais te laisser, tu as besoin de réfléchir Kyoya... »

Le jeune Suou quitta la pièce, laissant l'empereur du mal seul dans sa chambre où les rideaux rouges étaient légérement fermés. Il passa ses mains derrière sa tête, ferma les yeux en se plongeant presque automatiquement dans ses pensées.

« Tu n'es qu'un idiot Tamaki, le roi des idiots. »

Ledit roi des idiots était toujours derrière la porte de la chambre de Kyoya, n'ayant pas bougé depuis qu'il en était sorti. Sans savoir pourquoi, il se mit à pleurer sans qu'il ne contrôle quoi que ce soit. Il respira un bon coup avant de se passer une main sur le visage pour essuyer ses larmes. Il descendit ensuite les escaliers aux marches recouvertes d'un tapis rouge foncé. A la fin de ces marches, la mère de Kyoya nettoyait la table basse en verre, de l'immense salon que possédait la riche famille. Elle remarqua que le blond avait les joues baignées larmes.

« -Pourquoi pleures-tu, Tamaki?

-Ce n'est rien, ne vous inquiétez pas.

-Kyoya y est pour quelque chose ? »

Tamaki baissa la tête, repensant au dilemme auquel Kyoya devait faire face. Il avait bien peur que sa réponse ait bien plus d'impact sur lui qu'il ne le pensait.

« Tu as peur de ne plus le voir? »

Tamaki acquiesça d'un faible mouvement de tête, sa voix étant encore secouée par les précédents sanglots. Des sanglots qui prouvaient la peur de perdre un ami.

« Kyoya est mon meilleur ami et je ne veux pas le voir s'en aller. »

La mère de celui-ci eu un doux sourire. Elle prit le blond dans ses bras, ses cheveux noirs se collant au cou de Tamaki.

« -Je ne vais pas te dire d'arrêter de pleurer car je sais que tu n'y arriveras pas. Tu sais, tu es la première personne à qui Kyoya donne sa confiance. Je connais mon fils et je sais quand il apprécie quelqu'un, et là je sais qu'il t'apprécie même derrière son attitude froide et son caractère. Il tient sûrement ça de son père.

-Mais s'il choisissait de prendre la succession?

-Je ne crois pas que reprendre les affaires de mon mari l'intéresse. Kyoya est quelqu'un d'intelligent, il saura faire le bon choix. »

Les larmes de Tamaki arrêtèrent de couler, au plus grand plaisir de la femme n'aimait pas voir quelqu'un triste et, ce petit bond, elle le connaissait assez bien pour savoir que lui et son fils étaient vraiment amis ainsi que la première personne arrivant à être aussi proche et familière avec Kyoya.

« Merci beaucoup pour votre aide. » Dit Tamaki en s'inclinant pour saluer la jeune femme.

« Je n'aime pas voir des gens pleurer. »

Tamaki lui sourit puis ouvrit la grande porte qu'il avait emprunté auparavant pour rentrer dans la limousine noire qui le conduirait chez lui où des serviteurs demanderaient, comme d'habitude, comment il allait et s'il n'avait besoin de rien. Peut-on avoir besoin de quelque chose quand on a tout ce que l'on veut?

La mère de Kyoya, quant à elle, monta silencieusement à l'étage. Sa main délicate frappa sur la porte qui la séparait de la chambre de son fils. Un bruit résonna ce qui eu pour effet de faire se lever Kyoya pour que la porte s'ouvre. Celui qu'on surnommait l'empereur du mal apparu devant la femme.

« Je pourrais te parler? »

Pour toutes réponses, la porte s'ouvrit un peu plus et la jeune femme pénétra dans la chambre de son troisième fils. Celui-ci regarda sa mère entrer doucement. Il se plaça dos contre le mur pour lui faire facedans un silence qui fit son apparition entre les deux membres de la famile Ootori. La mère, aimant et aidant son fils en toute circonstance à l'ombre du père, et le fils, peu amicale et solitaire s'il ne s'était pas trouvé un ami qui l'avait ouvert aux autres et au monde extérieur. Il avait maintenant cet ami, toujours souriant et de bonne humeur, qui se faisait également du souci pour lui.

« -Il s'inquiète beaucoup pour toi, tu sais.

-Il a toujours été stupide.

-Il est gentil et t'apprécie. Je suis sûre que tu comptes beaucoup pour lui.

-Il n'a pas besoin de s'inquiéter, son amour pour elle lui prend déjà beaucoup de temps.

-Pourquoi je croirais qu'il t'aime? Si bien, tu dois épouser sa cousine, enfin, si tu le décides bien sûr. »

Kyoya ne dit rien. Le fait d'épouser la cousine de Tamaki était-elle une mauvaise idée?

« -Je n'ai pas la moindre envie d'épouser sa cousine et de plus, je ne la connais même pas.

-Parce que tu penses que ça ne le touche pas ? Je te connais Kyoya et je sais que Tamaki est beaucoup plus important pour toi que tu ne le laisses croire.

-Tamaki m'a juste sorti de mon monde, ce n'est ni plus ni moins que ça. Nous sommes amis et ça a toujours été comme ça. »

La mère de Kyoya s'avança vers la porte. Elle se retourna pour regarder une dernière fois son fils allongé de nouveau sur son lit, les yeux rivés sur le plafond blanc.

« Accorde-lui l'accès à ton coeur pour une fois. »

Elle sortit de la pièce, laissant un silence dans la chambre, silence qui fut percé par un soupir. Pourquoi sa mère insistait tant sur sa relation avec Tamaki ? L'amour n'avait pas sa place dans ce monde cruel, et le cœur de Kyoya Ootori n'avait jamais battu pour quelqu'un. L'amour n'existait pas pour lui, mais quand était-il de Tamaki ? Il était bien évidemment amoureux d'Haruhi, ça se voyait comme le nez au milieu de la figure...

« Pourquoi a t-il pleuré pour moi cet imbécile? »

Tamaki avait pleuré pour lui. La question qu'il se posait était: Peut-on tomber amoureux l'un de l'autre lorsque l'on est des amis proches ?