.
Quand la certitude d'Arthur croise l'incertitude de Merlin
PARTIE 3
Une demie-heure avant :
Arthur marchait tranquillement dans les couloirs lorsqu'il croisa Gauvain qui tenait dans ses mains un bouquet de roses. De son regard incrédule, le roi le dévisagea quand le chevalier s'arrêta à sa hauteur :
― Ce n'est pas ce que vous croyez, sir… chuchota ce dernier un peu mal à l'aise. C'est de la part de Lancelot pour Guenièvre…
― Chaque homme fait ce qu'il souhaite de son temps libre, avait répondu Arthur le sourire aux lèvres.
Gauvain ne se laissa pas démonter et lui rétorqua d'une voix mielleuse :
― Oui, sir et sans vous offenser, vous devriez vous occuper de la personne qui vous tient à cœur…
Arthur lui décocha un regard noir quand Gauvain sépara une rose du lot et le lui tendit :
― Tenez… essayez avec ça… ne sait-on jamais ?
― Ha ha… marmonna le blond sans conviction, parce que tu crois que cela va plaire à Mer… enfin à la personne que je convoite ?
Arrivant devant la porte de Guenièvre, le chevalier s'arrêta et chuchota au roi :
― Je sais en tout cas qu'il aime beaucoup les fleurs… Enfin pour ce que j'en sais des femmes… bredouilla le chevalier qui venait de se trahir en frappant à la porte.
Et il dut ensuite rajouter dans un soupir de lassitude :
― Bon d'accord, pour ce que j'en sais à propos de lui…
Gauvain déglutit avec difficulté car parler de cela avec le roi était plutôt gênant puis Guenièvre se présenta en se saisissant du bouquet qui la fit sourire.
.
Quand Gauvain et Arthur se retrouvèrent seuls, se dirigeant en direction de la chambre de ce dernier, ils continuèrent leur conversation :
― Vous voyez, sir, même Gwen a apprécié le geste.
― Mouai… je suis loin d'être convaincu…
― Sir, tout le monde sait que vous cherchez à… enfin, heu… à séduire Merlin… finit-il par lui avouer.
Le jeune roi ne fit aucun commentaire, tentant de garder le contrôle.
― Comment pouvez-vous le savoir si lui-même ne le sait pas ? l'interrogea-t-il d'un regard perçant.
― Qui ne le verrait pas, sérieusement… rit le chevalier et ajouta, vous lui faite du rentre dedans… enfin avec beaucoup de subtilité… et cela se voit… tenez par exemple, d'habitude quand Merlin est avec vous, il vous suit de prés et depuis peu, tout le monde sait que vous restez légèrement en retrait juste pour la vue panoramique de ses… enfin son postérieur, finit-il par dire en faisant le geste de ses deux mains qui formaient un soleil devant lui.
Le jeune roi rougit et n'avait pas le courage de le contredire. Il compléta seulement par un :
― En tous cas, il n'y en a qu'un qui soit aveugle alors !
Tout le monde le savait sauf l'intéressé ! C'était bien sa veine ! se lamenta le roi.
― Vous devriez peut-être le lui dire directement, proposa le chevalier.
― Non mais tu rigoles ! s'écria Arthur en se donnant un léger coup sur sa tête. Déjà qu'il ne voit rien, il ne manquerait plus que Merlin le comprenne autrement…
Le chevalier soupira et lui souffla :
― Il n'est pas comme ça d'habitude… il est seulement concentré sur une tache qui lui tient à cœur et si vous patientez un peu, surement ouvrira-t-il les yeux…
― Mais je ne veux plus attendre ! lui avoua Arthur un peu agacé par le manque d'attention de son valet.
― C'est comme vous le souhaitez, mais quand Merlin a une idée en tête, rien ne le dévie de son objectif… même pas vous…
Puis ils pénétrèrent dans la chambre du roi…
.
Le soir arriva si vite que Merlin se précipita dans la chambre d'Arthur, baignoire remplie et chauffée. Mais surtout avec la ferme attention de lui demander ce qu'il foutait avec SON foulard ! Quand enfin le jeune roi se présenta, Merlin lui sourit audacieusement sans dire un mot.
Peu importait son sourire, Arthur restait toujours sous le charme…
Ce dernier prit son temps, mais vraiment son temps pour se déshabiller devant les yeux de Merlin. Or le jeune magicien ne le détaillait même pas du regard.
Quelle injustice avait-il causé pour ne pas avoir un regard d'envie de la seule personne qu'il désirait...
Lentement, le blond sentait que quelque chose clochait et lui demanda d'une voix qu'il se voulut posée :
― Que t'arrive-t-il pour être si silencieux ?
Passant ses pieds l'un après l'autre dans l'eau, il ne vit aucun changement dans le comportement de son valet.
À se demander si au moins ses yeux étaient bien ouverts !
Une fois bien allongé, Merlin prit le temps de lui répondre en lui tendant son foulard. Arthur s'empourpra immédiatement sans avoir le temps de contempler l'eau…
― Vous pouvez me dire ce que vous avez fait à MON foulard ? !
Le jeune Pendragon se trouva sans voix… pendant que le jeune sorcier approcha l'objet encore plus près de son regard décomposé pour qu'il aperçoive les taches de poussières bien ancrées sur le tissu.
― Je suis votre valet ! Commença Merlin en se désignant d'un index et si vous avez besoin d'un TORCHON pour essuyer quoi que ce soit, vous n'avez qu'à me le dire !
Plus rien ne semblait fonctionner dans la tête du jeune roi, oui son cerveau était en mode OFF. Non, vraiment Arthur se sentait dépossédé de ses facultés…
Merlin ne pouvait pas être si idiot que cela !
― Je vous dépose un torchon propre sur votre table et évitez de prendre le mien ! s'écria le brun sans le fixer.
Le jeune roi soupira de fatigue et de son regard désespéré, il croisa celui du brun qui reprit en se pinçant les lèvres :
― Oh et ne soupirez pas quand vous savez que vous avez tort !
Le jeune Pendragon le vit se diriger vers la sortie quand enfin, le mode ON sembla revenir au galop :
― Tu as fouillé ma boite ? Tu as osé… toucher à ma boite ? ! hurla-t-il inquiet par ce qu'il venait de réaliser.
Ce dernier sauta du bain et enfilant une serviette autour de sa taille, il se saisit de ladite boite avec délicatesse. Arthur tremblait mais n'en montra pas le moindre du monde. Face à Merlin, comme à son habitude qui ne comprenait rien, le jeune roi attendit sa réponse.
― Je suis tombé dessus ce matin mais je ne sais pas à quoi peut vous servir un torchon dans cette boite toute poussiéreuse…
Le jeune roi crut s'étrangler devant le manque d'imagination du brun...
Une boite poussièreuse, non mais !
Le brun se saisit du torchon qu'il venait de poser sur la table et le tendit à son interlocuteur :
― Tenez ! Ajouta-t-il. Rangez-la dans votre boite, vous l'aurez à porter…
Le jeune roi était totalement démoralisé… il baissa seulement la tête.
Non, il ne pouvait pas être tombé amoureux de… lui…
Machinalement, il prit le bout de tissu et la mit entre les bouts de lettres qui se trouvaient dans sa boite… oui sa boite à Trésor comme il aime le dire. Sans relever son visage, il demanda tout de même :
― As-tu lu les lettres ?
Merlin fit quelques pas vers la baignoire et lui répondit :
― Non… pourquoi le ferais-je ? Cela vient surement de vos conquêtes et je ne peux me permettre de les lire…
Arthur se sentit soudainement soulagé… et à la fois déçu…
― Et puis pourquoi les conserver dans une boite avec un torchon ?
Secouant gravement la tête, le blond se demanda s'il ne devait pas tout compte fait lui avouer comme lui avait suggéré plus tôt Gauvain. Se relevant de tout son corp, il fixa son valet et se raclant la gorge, il commença en tentant de rester calme :
― Merlin, voilà... en fait si j'ai pris ton foulard…
― Ho d'accord je vois… coupa Merlin.
Le regard du jeune sorcier semblait s'illuminer devant le sourire béat du jeune roi.
Enfin, il a compris… ce n'était pas si dur que cela…
― Ne vous inquiétez pas Sir, reprit le jeune sorcier tout en lui souriant, mais que je ne vous reprenne pas à prendre le mien, dit-il en secouant un index face au visage blanc du roi.
Et devant le regard découragé d'Arthur, le jeune sorcier sortit.
Déprimant, Arthur venait d'atterrir dans un monde qu'il ne comprenait plus…
.
Merlin était content de lui, il savait maintenant pourquoi le roi lui avait pris le foulard. Tout ça parce qu'il n'en avait pas et avait donc dû se rabattre sur le sien. Il savait maintenant quoi lui offrir…
.
Anath.
.
