Chapitre 3. La captive

Musique d'ambiance suggérée : slave, spiritual front

La demoiselle s'éveilla dans une chambre spacieuse et bien éclairée. Elle était allongée sur un vaste lit de plume, disposant autour d'elle de tout le confort nécessaire à une chambre. Se redressant avec difficulté due à son état de faiblesse, elle constata que des fruits et une carafe d'eau étaient à sa portée, et elle se força à manger un peu.
Son premier repas depuis plusieurs jours. Ignorant la douleur qui lancinait son dos, elle tendit la main pour saisir une pomme, et la dévora en un instant, puis réalisant combien elle avait faim, elle se resservit. L'elfe avait l'impression que ces fruits étaient les meilleurs qu'elle n'avait jamais mangés, comme si Yavanna en personne les avaient cultivés.

Quand elle sentit les forces lui revenir, la femme à la crinière de feu marcha jusqu'à la fenêtre, et son regard embrassa la vaste forêt qui s'étendait sous ses yeux à perte de vue. Comprenant enfin ce qui s'était passé, la rousse s'approcha de la porte et tambourina de toutes ses forces contre la porte, hurlant le nom du Grand Roi des Elfes d'un ton rageur.

Ce n'est qu'au bout de cinq minutes de tapage qu'elle entendit enfin une clé tourner dans la serrure de sa porte. Elle s'ouvrit à la volée, laissant apparaître Thranduil vêtu dans de riches atouts aux couleurs chaude :

- Par les valars, que se passe-t-il ?

Il en profita pour la détailler furtivement la derrière son masque irascible. Force-lui était d'admettre qu'elle était belle. Sa peau laiteuse parsemée de taches de rousseur lui donnait un charme peu commun aux elfes, et la flamme de rébellion qui brûlait dans ses yeux verts lui promettait des échanges des plus intéressants

- Pourquoi suis-je enfermée ici ? Que voulez-vous ?

-Eh bien, dit-il avec un sourire mauvais, ceci est ta cellule. As-tu déjà oubliée que je t'ai acheté sur le marché aux esclaves, hier matin ?

Elle lui lança un regard choqué, puis ôta de sa main gauche une bague qui heurta le roi en pleine poitrine, qui la rattrapa au rebond. C'était un élégant anneau de mithril surmonté d'un diamant taillé en forme de fleur :

-Voilà de quoi vous dédommager pour la gêne occasionnée, et merci.

- Ce n'est pas d'or que j'ai besoin, mais d'une gouvernante, précisa le roi avec le même sourire mauvais qui persistait sur ses lèvres. Mes vastes appartements sont envahis par la poussière et le désordre. Il sera de ton devoir d'y remédier, mademoiselle... ?

Elle lui lança un regard défiant, presque insultant : Berethiel. C'est hors de question que je sois votre bonne !

- Très bien. dit le roi en ignorant totalement ses propos, à présent mon devoir m'appelle, alors crie et hurle tout ton saoul, nul ne t'entendras ici, mais si j'entends le moindre bruit à mon retour, tu le regretteras amèrement ! menaça-t-il en claquant la porte de sa prison sur son nez

- Vous ne valez pas mieux que l'homme que vous avez tué ! L'entendit-il hurler au loin, vous n'avez aucun honneur ! Aucune morale !

Le roi se rendit dans la salle du trône, l'esprit encore occupé par sa rousse captive en descendant les nombreuses marches de bois blanc sculpté qui tournait autour de l'arbre. Il se trouvait à présent dans un bâtiment construit autour de l'arbre contenant ces appartements.
Celui-ci avait une architecture proche des constructions de Foncombe, due à l'aide apportée aux artistes de la dernière maison simple pour la reconstruction après la guerre de l'anneau. Les constructions avaient été rapides mais néanmoins soignées, car tous les elfes vivant sur les lieux étaient impatients de pouvoir revivre à la surface, sous la lumière des étoiles, délaissant de ce fait le refuge sous terre qui ne les avait abrités que trop d'années.

Son fils occupait royalement le trône, portant la couronne de son père avec superbe, bien que celle-ci ne semblait pas lui saillir autant qu'à son père. Ce dernier l'observa un moment avec fierté avant de sortir de l'ombre dans lequel il s'était tapi pour ne pas être dérangé dans ses pensées, mais son sentiment du fut quelque peu atténué par la présence de Gimli à ses côtés.

- Bonjour père ! Dit le prince en se levant du trône pour marcher à sa rencontre.

Il posa une main chaleureuse sur son épaule, et le roi fit de même, puis lui donna une brève accolade, souriant plus qu'il ne lui était habituel. C'était là le pouvoir que Legolas avait sur son père, celui de lui faire exprimer des sentiments comme aucune autre personne, et ceux depuis sa lus tendre enfance.
Il lui raconta ses aventures des derniers mois, mais passant sous silence sa rencontre avec Berethiel, ainsi que son aventure au marché aux esclaves, mais témoigna malgré tout qu'il avait eu vent de tels événements. Le prince lui apporta d'autres informations qui retinrent son attention :

- Ce matin, nous avons reçu un message des éclaireurs : il y a eu un incendie dans un marché d'esclave clandestin à Eryn Rivers. Beaucoup ont périt dans les flammes ou ont réussi à fuir, mais la patrouille sous les ordres d'Orophin a capturé un groupe d'esclavagistes qui fuyaient. En ce moment même, ils sont en route pour être jugés selon nos lois.

- Que nos hommes ne se donnent pas cette peine. Je veux qu'ils soient pendus sur la route commerçante, en signe d'avertissements, comme nous avons en avions convenus avec le roi Elessar si de telles choses se produisaient.

Gimli hoqueta de surprise et Legolas fit une moue réprobatrice :

-Peut-être qu'un interrogatoire pourrait nous apprendre les noms d'autres trafiquants d'esclaves, et nous pourrions endiguer ce fléau de manière plus efficace...

Thranduil fut las, incapable de comprendre la répugnance de son fils à punir ces criminels. Il brûlait de lui dire ce qu'il avait vu sur ce marché, et de lui parler de sa rencontre inattendu, mais se ravisa. Il était roi, et n'avait aucun besoin de se justifier :

- Qu'ils promettent grâce à celui qui se montrera le plus bavard. Que les autres soient pendus à proximités de ces villages marchands. Depuis que nous avons fait cet accord avec le Gondor, aucune mesure n'a été prise pour lutter contre la vermine qui pullule à nos frontières. Cela ne peut plus durer.

-Il en sera fait selon vos désirs, père, répondit le prince en se retirant, le nain sur ses talons. Le roi les regarda s'éloigner, et ordonna à une servante qui passait par là de lui apporter du vin.

Thranduil passa la journée auprès de son peuple à écouter tout ce qui avait pu se produire sur ses terres en son absence, fier de constater que son fils avait administré le royaume avec soin.
Retrouver la compagnie des siens lui était agréable, et il se surprit même à songer qu'ils leur avaient plus manqué que ce qu'il avait réalisé jusque là. Que ce soit leurs présences, leurs chants et leurs rires si enthousiastes.

Cependant, les secrets qu'il gardait sur ses aventures n'étaient pas pour l'aider à avoir vraiment l'esprit à la fête, car il revoyait Berethiel enchaînée, traînante derrière le monstre qui lui servait de geôlier à chaque fois qu'il fermait les paupières.

À cause de sa négligence, une elfe avait été maltraitée, réduite en esclavage.

Le soir, las de la foule qui était venu lui faire part de leurs doléances ou simplement saluer son retour, il se retira dans ses appartements après avoir dîner avec une poignée d'elfes ainsi que le nain qui semblait ne jamais se détacher de son héritier.
Il fallait vraiment qu'il lui parle... Ça ne pouvait plus durer.
En rentrant dans ses appartements, il s'intéressa de nouveau à Berethiel, toujours enfermé dans ces appartements.
Il ouvrit sa chambre et demanda :

-Alors, êtes-vous prête à assumer votre rôle de gouvernante, ou souhaitez-vous encore y réfléchir ?

- Que souhaitez-vous que je fasse ? Répondit-elle d'un ton résolu. Elle refusait d'être enfermée davantage, sentant les murs se resserrer peu-à-peu sur elle.

Les yeux glacés du roi s'éclairèrent d'une lueur étrange et il lui fit signe de la suivre pour lui faire le tour de ses appartements.
La porte d'entrée donnait sur une vaste pièce qui faisait office de salon, propre et décoré avec goût, les meubles fait de matériaux luxueux. Le roi annonça que c'est là qu'il recevait des proches de temps à autre. Elle se dit que sa tâche serait aisée, puis il la mena dans le salon privé, puis sa chambre, la loggia et la salle d'eau. Partout régnait un désordre semblable à celui qu'aurait pût provoquer une horde de gobelins enragés : les rideaux étaient déchirés ou sales, des affaires diverses jonchaient le sol, des verres et des carafes de vin était posés dans des endroits incongrus et couverts de poussières.

- Voilà ta tâche en tant que gouvernante : remets-moi tout ça en ordre. Tu dépoussiéras mes bibelots ainsi que ma bibliothèque, laveras mon linge et veilleras à ce qu'il y ait toujours du vin en quantité disponible. Inutile de hurler, j'ai protégé mon intimité avec de puissants sortilèges : nul ne peut te voir ou t'entendre, pas même un serviteur derrière la porte alors que tu tambourinerais sur celle-ci.

- Je ne pourrais jamais sortir de ces murs ? Soupira-t-elle plus qu'elle ne demandait.

- Le toit est facilement accessible par la loggia. Dit-il simplement. Mets-toi à l'ouvrage sans tarder, il y a fort à faire. Et commences par apporter du vin.

Le roi s'assit dans un volumineux canapé de cuir noir dans l'arrière salon, voulant visiblement la garder à l'œil.
Elle lui servit une carafe de vin avec un unique verre, et commença à ramasser les obstacles au sol. Ne connaissant pas les lieux, sa tache fut ardue pour retrouver les emplacements d'origines de chaque choses, mais elle se refusa à poser la moindre question. Cet elfe si hautain ne provoquait en elle qu'un sentiment de dégoût, et en attendant de trouver une faille lui permettant de s'enfuir, Berethiel voulait minimiser leurs échanges.

Quand elle vit la seconde carafe bientôt vide, la jeune elleth se dit qu'elle avait trouvé la faille de son geôlier. Le vin de cette région du monde était connu pour être des plus corsé qui soit, et elle savait d'expérience que c'était une erreur d'en abuser.

saisit silencieusement son arme que le roi avait posée contre un mur, et marcha à pas de loup dans sa direction. Il était de dos, plongé dans un ouvrage à l'épaisse reliure de cuir. Attaqué un homme de la sorte ne la séduisait pas, mais aucune autre possibilité ne semblait s'offrir à elle. Elle pointa l'épée contre sa nuque et dit :

- Ouvrez-moi cette porte.

Le roi se leva d'un bon, repoussant l'épée avec une dague qu'il avait dissimulée sur lui, il la plaqua au sol, la dominant de toute sa taille. Il souriait d'un air mauvais, et n'eut aucun mal à saisir ses deux petites mains dans une seule des siennes et plaça la dague sous sa gorge pour la dissuader de se débattre.

-Je ne m'attendais pas à moins de ta part. J'aime les femmes rebelles, mais leur caractère ardent se brise tellement vite...

-Pourquoi voulez-vous garder ici quelqu'un qui menace votre vie ? demanda-t-elle d'une voix faible, réprimant le frisson qu'avait provoqué les paroles lourdes de menace du roi elfe.

-Et toi ? susurra-t-il d'une voix doucereuse à l'haleine chargée de vin, pourquoi vouloir t'enfuir ? Tu as dû être captive des semaines au vu de ton état... Et personne n'a signalé ta disparition dans tous les domaines elfes... C'est pour le moins curieux...

-Cela ne vous regarde pas ! cria Berethiel avec colère en se débattant malgré la dague qui se trouvait si près de sa gorge.

-Es-tu si pressé d'être seule ? Poursuivit-il, sachant qu'il avait mis le doigt sur un sujet sensible.

Étourdi par le vin, il avait à peine conscience qu'il s'était rapproché de son oreille pour lui murmurer ces paroles qui lui glaçaient le sang :

-Es-tu pressée de te retrouver seule dans la nuit, ignoré de tous, à te faire kidnapper pour être vendue... Imagines que ce soit un bordel qui t'aurait achetée... Combien de fois t'auraient-ils violée avant que tu puisses espérer t'enfuir ?

Des larmes coulaient le long des joues de l'elfe rousse qui avait cessé de se débattre. Thranduil était trop fort pour elle. Résigné, elle avait planté ses yeux verts aux bordures bleu foncés dans ceux du roi avec un air de défi, malgré les blessures évidentes qu'il lui avait infligé avec ces dernières paroles.

-Et combien de fois me violerez-vous avant de me relâcher ?

Il se rendit compte seulement à cet instant que ses propos ainsi que sa position sur la jeune elfe étaient des plus tendancieux. Le roi voulait saper ses envies de fuite par des mots acérés, mais il avait été trop loin, une fois de plus. Ne laissant pas transparaître ses regrets, il desserra sa prise et se releva, la laissant faire de même.

-Retournes dans ta chambre, je t'ai assez vu pour aujourd'hui.

Elle s'exécuta en silence. Peu de temps après, elle entendit la clé tourner dans la serrure.
Thranduil retourna dans le salon et reprit un verre, se maudissant en silence. Les choses n'auraient jamais du se passer ainsi... Il n'était pas sûr d'avoir pris la bonne décision, car bien que cela la présence de Berethiel le distrayait plaisamment, le remords le tourmentait.

Il était revenu, et sa journée le laissait penser que les espoirs de son fils de voir revenir un homme meilleur avait été réduit à néant, car il était exactement comme avant...

Toujours aussi seul.

Le Grand roi des elfes passa la plus grande partie de sa nuit à ruminer de sombres pensées sans trouver le sommeil. L'aube vint, et assis sur le sol de sa loggia, il regardait le soleil illuminer progressivement son royaume, indifférent devant la beauté de ce spectacle.
Les doutes qui hantaient son esprit semblèrent se dissiper, et il sut ce qu'il avait à faire. Saisissant la dague de mithril de son otage qu'il avait gardé sur lui, il se dirigea vers la chambre de son « hôte ». Il ouvrit la porte sans un bruit, la découvrant dans son lit, vêtu d'une robe de nuit d'une blancheur presque transparente, presque aussi pâle que sa peau. Elle était visiblement endormie bien que ses yeux soient encore entrouvert. Tout respirait le calme dans la pièce.
Il avait commis une erreur en l'amenant ici. Une erreur qu'il allait devoir réparer sur-le-champ. Il s'assit sur le rebord du lit et arrêta la dague à quelques centimètres de sa gorge nue.

Sa main se mit à trembler. Il hésita.
Voir une elleth,en ces lieux refaisait monter tant de vieux souvenirs dans son âme tourmenté.
Faire payer ses erreurs aux autres n'était pas digne d'un roi. Tuer une innocente dans son sommeil était abjecte... S'il faisait cela, il deviendrait un moins que rien.
Il ferma les yeux pour se donner du courage, mais la sentant qui commençait à s'éveiller, il cacha la dague en un éclair. Quelques secondes plus tard, elle ouvrit les yeux, surprise. Ces bras émergeant de sous les draps, ils laissèrent entrevoir d'importantes traces d'ecchymoses, ainsi qu'une profonde lacération qui disparaissait sous sa robe. Elle ramena les draps sur elle se couvrant pudiquement et demanda :

-Que voulez-vous ?

-Un petit-déjeuner, mentit-il. Vous savez où se trouve la cuisine.

Après s'être affairée dans la cuisine pour préparer un repas à Thranduil et avoir elle-même avalée un repas, elle poursuivit ses tâches ménagères entreprises la veille. Le roi s'était installé dans le canapé et avait repris son ouvrage, comme si la nuit et ses mésaventures n'avaient pas eut lieu. Sans quitter son livre des yeux, il dit :

-Vous serez charmée d'entendre que l'incendie que nous avions provoqué a ravagé le marché d'où vous veniez. Une douzaine d'esclavagistes ont été capturé par une de nos patrouilles.

- Quel sort leur réservez-vous ?

- À l'heure qu'il est, onze d'entre eux se balancent sans doute au bout d'une corde et le douzième devrait arriver ici sous peu.

-Vous les avez tous pendus ? S'étrangla Berethiel.

-Avec les renseignements du survivant, nous pourrons en pendre bien d'autres. Sans doute de quoi former une guirlande entre toutes les villes qui ont germées à nos frontières, dit-il avec un petit rire froid, accompagné d'un sourire narquois.

Berethiel préféra ne rien répondre à cela. Elle avait passé la nuit à chercher un autre moyen de s'échapper, mais à présent, cela lui paraissait une très mauvaise idée. Elle était certaine que si elle parvenait à prendre la fuite, il la traquerait, tel un animal, et un frisson lui parcouru l'échine en pensant que son cadavre pourrait bien faire partie du projet décoratif du roi des elfes.

Thranduil était le grand roi des Elfes, et il faisait ce qu'il voulait. Nul ne pourrait rien pour elle.

Fin de chapitre !

Glorieuse Relectrice Darkklinne

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Merci pour vos petits mots !
J'espère que ce chapitre vous plaira, et comme toujours je reste à l'écoute de toutes remarques/avis etc.

Et au plaisir !