Au Temps des Légendes

Chapitre 2 : Geoffrey de 'Petite' Bretagne

Dédicace : Cette fanfiction est dédicacée à Samantha Kieran – connue sous le pseudo de One Ring, Sammy Kieran ou encore Samrazorbill – qui m'a aidée à ne pas me laisser aller alors que j'étais en exil loin de ma famille et mes amis, à l'époque où je couchais sur clavier les premières lignes de cette fanfiction. Sammy qui depuis tout ce temps continue à me poser des questions sur cette histoire qu'elle veut voir achevée. Un grand merci Sammy. À mes relecteurs, mon tendre Kciop, ma charmante Tsunamie, qui ont repris ces premières lignes avec patience et bienveillance.


Notes Historiques

2 février 1017 – Naissance de Rowan, princesse héritière d'Angleterre

1019 – Knut reprend le Danemark.

1021 – Rowan apprend à lire.

1022 – Rowan découvre la vérité sur Viviane.


« On nous parle souvent de magie et d'être dénués de magie, mais on oublie qu'avant, il y'a de cela déjà bien des années, nous marchions aux cotés de nos frères humains, et que ceux-ci, si ils nous craignaient, ne nous faisaient pas la chasse farouche dont nous fûmes victimes bien plus tard. C'était généralement par ces dons élémentaires que se manifestaient les talents magiques et que les anciens rencontraient les plus jeunes qu'ils prenaient alors sous leur garde et qu'ils formaient au monde de la magie.

Il n'était ainsi pas rare de croiser dans une troupe de troubadour un cracheur de feu initié à cette magie, une naïade jonglant avec les sphères d'eau et bien d'autres encore. La magie et le fantastique étaient le pain quotidien de nos ancêtres. Et pourtant, un jour, le fait de montrer ces affinités aux éléments transforma les porteurs de ces dons en paria. Comme l'être humain est de nature inconstante.»

Chad Kalen Du Lac – Les Sorciers et la Société Moldue Médiévale


Suggestion Musicale : Celtic Bagpipes – Fiddle Bagpipes

Rowan ne tenait plus en place sur la charrette d'Aellig. Elle ne cessait de se retourner pour voir la route défiler devant elle et essayer d'apercevoir la ville, manquant à chaque fois de tomber ou de renverser Viviane.

« Dit-on est encore loin ? demanda pour la dix millième fois Rowan depuis que le soleil s'était levé.

- Oui on est encore très loin ! » Répondit Viviane agacée tout en levant les yeux au ciel.

L'enfant fut tellement surprise de son ton sec qu'elle retomba, assise et déçue sur la paille. Mais Aellig se tourna vers elle et lui ébouriffa les cheveux. Elle qui avait mis tant d'efforts à les discipliner pour l'occasion.

« Attends que nous ayons passé quatre collines et tu la verras ta ville ! déclara le forgeron avec un grand sourire.

- Mais on y sera pas avant le déjeuner ! s'indigna Rowan en ouvrant grands ses yeux outrés.

- Et non, jeune homme, aussi j'exige que tu récupères le sommeil que tu as perdu cette nuit à t'exciter tout seul dans ton lit.

- Mais je… »

Viviane ne la laissa pas protester plus longtemps et portant la main à la baguette cachée dans les plis de sa robe, elle prononça une formule de sommeil. Les yeux de l'enfant se fermèrent lentement, alors que boudeur, il tournait le dos aux deux adultes. Il ronflait déjà quand Viviane porta à nouveau son attention sur la route.

« Et ben ! s'exclama Aellig. Tu sais te faire obéir toi ! Je devrais t'envoyer ma Cathy pour que tu lui apprennes à dresser les p'tits.

- Tu sais, il suffit du bon mot au bon moment. Ne jamais sous-estimer le pouvoir des mots !

- Je vois ça. En tout cas, je ne pensais pas le voir aussi intenable, lui qui est plutôt du genre à faire ses bêtises dans le calme. Qu'est-ce que tu lui as promis en ville ?

- Oh, rien que des parchemins.

- Et il est tout excité pour des parchemins ? s'étonna Aellig qui ne savait pas lire et encore moins écrire. Je pensais que tu lui aurais promis d'aller voir la garde ou un truc du genre.

- Tout ne se règle pas à la force des bras Aellig. Et je compte bien l'enseigner à Rowan.

- Si tu le dis… grogna le forgeron. Il faut dire que vu ce que ça risque de te coûter, il y'a de quoi à faire tourner la tête à un enfant.

- Il faut investir sur l'avenir Aellig, déclara Viviane en faisant danser son index sous son nez.

- Si tu le dis… » Répéta le géant, visiblement sceptique.


Viviane quitta le forgeron à l'entrée de la ville et s'éloigna, l'enfant encore endormie dans ses bras. Elle s'enveloppa dans sa longue cape de voyage et progressa à travers la foule qui s'était assemblée pour le marché de printemps à Rennes. Il y avait tellement de monde dans la cité, que personne ne s'étonna d'une femme portant un enfant assoupi et se dirigeant vers la demeure des Ducs. En effet, beaucoup venaient présenter leur respect au seigneur qui les recevait dans sa chapelle fraîchement bâtie. Viviane entra donc dans le palais sans aucune difficulté. Rowan choisit ce moment pour se réveiller et remua dans ses bras pour se libérer.

« Rowan s'il te plaît pas maintenant, la gronda Viviane nerveusement.

- Mais Viviane, il faut que j'aille faire pipi ! marmonna l'enfant en sautillant d'un pied sur l'autre une fois touché terre.

- Oh non ! Bon, tu vois le soldat là-bas ? Tu vas lui demander pendant que je rencontre le prêtre.

- Pourquoi tu veux voir le prêtre ? je vois pas le rapport avec les livres ! déclara l'enfant avec une moue dédaigneuse.

- Oh Rowan, va voir ce soldat pour l'amour de Merlin ! Tu m'attendras à l'entrée du château ! Et pas de pitreries jeune homme, ici tu ne peux pas prétexter que c'est un esprit de la forêt ou un animal sauvage qui cause des dégâts sans t'attirer des ennuis ! »

L'enfant allait répondre, mais voyant que Viviane n'était pas de bonne humeur, elle courut vers le garde sans demander son reste. Celui-ci sembla bien ennuyé par sa requête, mais expliqua à l'enfant où trouver ce genre d'endroit dans le château. Rowan suivit précisément ses indications à l'allez et allait faire de même au retour, quand un animal qu'il ne connaissait pas bondit devant lui.

Rowan fut si surprise qu'elle tomba à la renverse. Elle se redressa lentement en se frottant la tête et marmonnant. Levant les yeux pour voir si l'animal était toujours en vue, elle hoqueta de surprise en plongeant son regard dans celui de la bête. Elle fut complètement submergée par la sensation qu'on regardait à l'intérieur même de son cœur.

L'enfant leva les bras devant elle et ouvrit les paumes pour se défendre de cette intrusion. Des rafales de vents s'abattirent aussitôt sur le jardin et forcèrent l'animal à détourner le regard et fuir. Rowan cligna plusieurs fois des yeux, comme si elle sortait d'une transe. Elle vit l'animal disparaître dans les jardins du château et frappa la terre du poing.

Elle n'allait pas se laisser faire comme ça. Elle sauta sur ses pieds et courut après la créature. De loin, elle put déterminer qu'il s'agissait d'un félin, mais rien de comparable aux Griffons de la forêt, ce qui attisa plus encore sa curiosité et lui fit accéléré sa course. Elle passa sous le nez des gardes, trop occupés à retenir les tentures et oriflammes arrachés par les rafales de vents qui accompagnaient l'enfant, et pénétra dans les jardins de la famille ducale sans que personne ne la suive ou ne lui prête attention.

Elle s'arrêta un instant pour souffler et s'aperçut en relevant la tête que l'animal la dévisageait. Il avait de merveilleux yeux dorés comme Merlin en avait sur le portrait de Viviane, et ces yeux étaient à nouveau dirigés vers ceux de Rowan. L'enfant avala sa salive et s'apprêta à l'appeler quand l'animal reprit sa course et disparut dans un arbre. Elle ne se démonta pas et grimpa avec peine sur le chêne, sautant d'une branche à l'autre et se faisant frayeur sur frayeur, déterminée à rattraper la créature inconnue. Elle arriva bientôt au sommet sans rattraper le félin. Il avait disparu. Rowan regarda tout autour, espérant retrouver l'animal grâce à sa vue aussi perçante que celle des oiseaux de proie. Mais elle ne vit rien. Rowan l'avait bel et bien perdu.

Voyant cela, elle se décida à glisser au sol et retrouver Viviane quand elle s'aperçut qu'elle était dans une partie interdite du château. Elle se fit encore plus petite qu'elle ne l'était, espérant ne pas se faire attraper et surtout pour ne pas provoquer la colère de Viviane. Elle stoppa net en entendant les voix monter à travers le feuillage, juste sous elle.

Suggestion musicale : The Wolf Hunt – David Arkenstone

Un jeune garçon aux cheveux platines et yeux argentés avançait à vive allure à travers le jardin. Il ne voulait pas trop tarder, espérant l'éviter. Mais il ne s'était pas éclipsé assez vite, et bientôt il le rattrapa.

« Geoffrey retourne-toi ! » ordonna celui qui arrivait en courant.

Le dénommé Geoffrey s'arrêta sous l'arbre où était perché Rowan. Il jura entre ses dents et affichant un visage neutre et vide de toute émotion alors qu'il se tournait vers l'autre garçon. Celui-ci le saisit par le col de sa tunique et le plaqua contre l'arbre.

« Est-ce ainsi que tu nous remercies ? En t'esquivant alors que ton devoir est d'accompagner Père tout au long de ces interminables salutations ? » déclara le garçon d'une voix dure.

Rowan ne peut s'empêcher de se pencher pour apercevoir les deux garçons. Ceux-ci ne devaient pas avoir plus de treize ou quatorze ans, leurs visages affichant encore les rondeurs de l'enfance. Autant l'un était pâle, autant l'autre était brun. Il avait les cheveux noirs et ses yeux tout aussi sombres dardaient des éclairs vers l'autre garçon. Si le regard pouvait tuer, Rowan était sûr que le blond aurait déjà eu l'occasion de mourir plusieurs fois à la haine qu'elle lisait dans les yeux du sombre.

« Et bien qu'as-tu à répondre ?

- Que Père m'a autorisé à me retirer et rejoindre l'Emrys pour ma leçon, » répondit le blond sans osciller plus que ça.

L'Emrys… Répéta Rowan dans sa tête, cherchant où elle avait bien pu entendre ou le lire ce nom.

« L'Emrys ? fit écho le brun. N'as-tu donc rien de mieux à faire que d'apprendre avec cet homme qui se prétend sorcier ? Et puis qu'apprends-tu d'ailleurs ? Je ne t'ai jamais vu à cheval avec les autres garçons, ni même t'entraîner à l'épée avec nos frères et cousins. Que peut donc bien t'apprendre de si important ce vieux fou ? » Le blond perdit alors son sang-froid et saisit la tunique du brun qui se retrouva à son tour dos à l'arbre.

« Je t'interdis de parler de l'Emrys ainsi. Seuls les imbéciles parlent sans savoir et tu sais que Père déteste les imbéciles qui manquent de manière face à ses invités. Retire ce que tu viens de dire Conan ! »

Le brun sourit et décrocha lentement les mains de Geoffrey de sa tunique. Son sourire devint plus grand encore quand le blond résista.

« Et que vas-tu faire ? Crois-tu que parce que tu portes le nom de grand-père tu es plus important que moi ? Père ne t'a accueilli au château que parce qu'il n'avait pas encore d'héritier mâle. Maintenant que je suis là, tu n'es plus rien Geoffrey, mon cher frère. Alors dit-moi, que vas-tu faire si je ne retire pas ces paroles ? »

Geoffrey resserra sa prise sur la tunique de son demi-frère et le plaqua un peu plus contre l'arbre. Ses yeux auparavant insondables étaient à présent si vivants que Rowan aurait juré qu'on y avait enfermé toutes les plus grandes tempêtes qui dévastèrent la terre.

« Et tu sais très bien que si jamais on te prenait à l'utiliser, tu serais immédiatement accusé de sorcellerie et confier aux soins des prêtres, » susurra Conan à son oreille.

Geoffrey leva son poing et frappa juste à côté du visage du jeune garçon. Celui-ci s'écarta lentement de son frère aîné et de l'arbre. Son sourire de démon, tellement supérieur, un peu plus profondément implanté dans son visage. Il regarda l'adolescent blond qui n'avait pas bougé, ses yeux cachés par ses cheveux. Conan éclata de rire et s'éloigna d'un pas rapide et assuré.


Le silence se répandit alors dans les jardins ducaux. N'entendant plus rien et croyant qu'elle était à nouveau seule, Rowan se redressa sur la branche et marcha vers le tronc quand un cri retentit.

« Soit Maudit Conan ! » cria Geoffrey tout en frappant le tronc à plusieurs reprises de ses poings.

Rowan battit des bras pour rétablir son équilibre, mais la force des coups devint plus grande et la branche oscilla dangereusement. Elle finit par glisser, mais entraîné par de longues heures passées à courir dans les bois avec les griffons et les licornes, elle s'y rattrapa du bout des doigts. C'est alors que le garçon leva sa main au-dessus de sa tête et une langue de flamme vient séparer la branche du tronc. La fillette cria à la sensation de vide sous elle.

Le garçon releva la tête et ses yeux gris s'ouvrirent grand quand il aperçut l'enfant qui tombait avec la branche en feu. Il se précipita vers le point de chute tout en criant. Rowan ne vit rien. Tout se passait au ralenti autour d'elle. Elle s'attendait à ne rien sentir d'autre que ses os brisés par la chute, mais la douleur vint bien avant qu'elle ne touche le sol.

Rowan sentit le dos de sa tunique se déchirer sous la pression, alors que la douleur la foudroyait et lui arrachait un nouveau cri. Des plumes blanches l'entourèrent et la vitesse de sa chute diminua pour s'arrêter au moment même où les bras du jeune garçon se refermaient sur elle. Ils s'effondrèrent ensemble sur le sol, haletant.

Suggestion musicale : Concerning Hobbits – The fellowship of the Ring

Rowan se redressa au bout de longues secondes. La douleur avait disparu, mais elle sentait que quelque chose avait changé. Et puis elle était dans les bras d'un étranger et les puissances seules savaient ce que Viviane lui ferait si elle la trouvait comme ça. Elle sauta sur ses pieds pour s'éloigner et faire face à son sauveur, mais avait complètement perdu le sens de l'équilibre et tomba la tête la première dans l'herbe.

Geoffrey s'était redressé sur ses avant-bras et se frottait la tête alors que l'enfant s'écartait de lui, effrayée. Il allait faire un commentaire acerbe quand il aperçut les ailes blanches tâchées de terre et de feuilles entourant un enfant aussi surpris que lui et se frottant les yeux pour chasser les larmes.

« Hey Gamin ! Ça ne va pas ? » demanda-t-il d'une voix qui fut un peu trop sèche à son goût.

L'enfant ne se démonta pas pour autant.

« Comment ça peut aller ? J'me suis perdu dans le château, j'suis tombé d'un arbre frappé par un feu venu de j'sais pas où et en tombant il m'est poussé des ailes à cause desquelles je n'peux plus tenir debout parce qu'elles sont trop lourdes. »

Geoffrey éclata de rire au monologue pressé de l'enfant. Il rit franchement, évacuant tout le stress de son altercation avec Conan, mais s'arrêta en voyant le visage ahuri de l'enfant.

« Quoi ? grogna-t-il. Tu n'as jamais vu quelqu'un rire ?

- Si, mais jamais devant la magie. En général, les gens ont peur. Tu trouves ça normal que j'ai des ailes ? » demanda-t-elle en essayant une nouvelle fois de se mettre sur pied.

Mais décidément, si ces ailes lui avaient permis d'arrêter sa chute de l'arbre, elles ne voulaient pas la laisser se relever. Rowan retomba cette fois sur les fesses. Geoffrey rit de plus belle et Rowan ne put s'empêcher de se joindre à lui. À mesure qu'elle riait, la douleur sourde de son dos diminua pour finalement disparaître. Les yeux gris s'ouvrirent à nouveau grand de surprise, puis s'adoucirent et plongeant dans le regard de jade de l'enfant.

« Je crois que tu peux réessayer de te lever, tes ailes ont disparu.

- C'est vrai ? » demanda l'enfant en regardant le nid de plumes autour d'elle qui s'effaçait lentement.

Sans attendre plus, elle se leva précautionneusement, s'appuyant sur ses mains au cas où son corps déciderait à nouveau qu'il était mieux installé par terre. Mais elle fut vite rassurée et commença à sauter dans tous les sens, testant pas mal de mouvement aussi inutiles que joyeux pour s'assurer du retour à la normal.

« Ouais ! Je suis à nouveau normal ! Quand je vais raconter ça à Viviane, elle va pas en croire ses oreilles ! commença l'enfant avant de se figer. Non, tu les as vues mes ailes, alors tu vas raconter partout que je suis un monstre et le Duc va m'enfermer dans une cage. Et l'église va…

- Ne t'inquiète pas, ton secret est sauf avec moi, » déclara Geoffrey en s'époussetant et remettant sa propre tunique en place.

- Et comment je peux être sûr de toi ? Je n'te connais pas et puis c'est toujours intéressant d'avoir une fée sous la main que disent les fermiers.

- Parce que tu es une fée ? s'étonna l'adolescent tout en s'approchant. Je ne pensais pas qu'il y avait des garçons parmi les fées. À vrai dire, Kaï ne parle jamais des fées. Mais je te le répète, avec moi ton secret est sauf.

- Je te crois pas, répliqua Rowan en faisant un pas en arrière.

- Et pourtant tu devrais. J'aimerais bien rencontrer les fées de la forêt. J'ai entendu le forgeron du village de Brocéliande parler d'une femme qui devait être une fée descendue sur terre. J'aimerais bien l'apercevoir, après tout, je suis peut-être moi-même fée, » déclara le jeune garçon en saisissant un bâtonnet de bois par terre et le pointant vers la branche.

Rowan ne put s'empêcher de suivre son regard. Le bout du bâtonnet devint tout à coup rouge avant qu'il ne s'enflamme complètement. Le jeune garçon le lança alors sur la branche tombée. Celle-ci prit feu et fut totalement consumée en quelques secondes. Seules les cendres témoignaient encore de l'incident. Rowan n'en revenait pas et ses yeux firent plusieurs fois l'aller-retour entre le tas de cendre et le jeune garçon. Celui-ci souriait à présent à l'enfant.

« Tu vois, ton secret est sauf. Enfin, va falloir que je nettoie les cendres et il sera sauf.

- Laisse, je vais le faire, » déclara Rowan tout en retroussant les manches de ce qui restait de sa tunique.

Elle tendit ses deux petites mains vers le tas de cendre et un tourbillon de vent se format autour d'elles, les soulevant haut dans le ciel avant de les laisser s'éparpiller. Rowan sourit à son compagnon qui plissa les yeux avant d'éclater de rire.

« Et bien, voyez vous ça, un élémentaire du vent ! s'exclama-t-il en frottant affectueusement les cheveux de Rowan.

- Pas mal pour un p'tit gars comme moi. Mais je dois avouer que tu n'es pas mal non plus pour un élémentaire du feu. »

Geoffrey éclata de rire à la répartie de l'enfant. Comment un gamin aussi petit pouvait-il avoir autant de répondant. Il mit un genou à terre pour regarder l'enfant droit dans les yeux et parler d'égal à égal.

« Voilà de savantes paroles pour un petit bout comme toi. Quel âge as-tu donc ?

- J'ai vu mon sixième printemps cette année ! déclara fièrement Rowan en bombant le torse. Et toi ? répondit-il tout naturellement.

- C'est mon quatorzième. Mais je suis née en été alors je parais plus grands que les autres.

- Moi je suis né en hiver, alors je suis toujours le plus petit. Mais je m'en fiche. Les créatures de la forêt m'aiment comme je suis !

- Quelle chance tu as de pouvoir aller dans la forêt ! soupira le jeune garçon.

- Pourquoi ? Tu ne peux pas ? Pourtant son cœur n'est qu'à une journée de chariot. Si tu appelles une licorne, tu peux y être en moins d'une demi-journée ! s'étonna l'enfant, aussi surprise qu'incrédule.

- Un licorne ? Tu as déjà vu une licorne ?

- Ben oui, des tas ! Y'a d'ailleurs Sibille qui va avoir un petit à la prochaine lune.

- Parce que tu leur as donné des noms ? Sursauta-t-il déjà surpris de leur existence.

- Pas moi ! Elles ont des noms comme toi et moi. C'est la lune qui leur donne leur nom. Je me demande comment ça va être pour le poulain. Je suis sûr que ce sera un mâle et ce sera Bylice ! reprit l'enfant tout excité. Et si tu venais les voir avec moi ! Tu verras, y sont super gentils tant que tu ne les laisses pas t'entraîner trop loin.

- Je… Je ne peux pas quitter le château comme ça. L'Emrys... Parbleu, je suis en train de complètement oublier ma leçon avec l'Emrys ! »

À ce moment, des appels retentirent dans deux directions du jardin.

« Geoffrey !

- Rowan ! »

L'enfant se figea et tourna lentement sa tête dans la direction où l'on appelait son nom.

« Ohoh. Ça va barder pour moi. Viviane était déjà pas de bonne humeur. Quand elle va voir ma tunique elle va m'arracher la tête… renifla l'enfant.

- Je ne te raconte pas ce que va me faire faire l'Emrys pour récupérer le temps perdu.

- Ah ! Pourquoi je n'ai pas une vie plus simple ! » Implorèrent les deux enfants en même temps.

Ils se regardèrent, surpris, et éclatèrent de rire.

« Bon, je crois que je vais y aller, commença Geoffrey.

- Moi aussi, mais on se reverra, hein ? s'enquit l'enfant.

- Et bien, si tu reviens au château, demande la Salle des Scribes. J'y passe presque toutes mes journées.

- C'est vrai ! Quelle chance tu as ! Moi j'ai plus un seul parchemin chez moi que je ne connais pas par cœur. Viviane est venue ici pour demander à ce qu'on me prête de quoi m'occuper.

- Incroyable, murmura le jeune garçon en voyant les étincelles que le mot bibliothèque avait allumées dans les yeux de l'enfant.

- Rowan, arrête de te cacher ou je vais rendre les peaux qu'on nous a prêtées ! menaça une voix de femme.

- J'arrive Viviane ! » Répondit l'enfant en courrant dans sa direction.

Elle s'arrêta à mi-chemin, se tourna vers son nouvel ami et cria :

« Viens à Brocéliande, je te montrerai la Nature comme tu me montreras la Salle des Scribes quand je reviendrai. Je suis Rowan de la Forêt ! »

L'enfant disparut dans les buissons sans lui laisser le temps de répondre.

L'adolescent blond leva cependant la main en guise de salut et murmura ces paroles emportées par le vent :

« Viens à Rennes, je te montrerai la Salle des Scribes comme tu me montreras la Forêt. Je suis Geoffrey de Bretagne. »


Notes de l'auteur :Bon allez, je sens que vous ne voyez pas le rapport avec les fondateurs de Poudlard. Moi je n'ai qu'un mot pour cela. Lord Voldemort n'est il pas l'autre nom de Tom Elvis Jedusor ? Vous avez la clé de cette fic. Ce chapitre nous sort un peu de Brocéliande tout en développant l'enfant Rowan et sa relation avec Viviane.

Note historique : mon Geoffrey n'a pas existé, du moins pas aux dates où se passe l'action (Rowena est née en 1016). Pour éclaircir un peu la scène de la querelle, disons que l'actuelle Duc de Bretagne se nommait Alan, il a eu un fils hors mariage qui fut nommé Geoffrey qui n'apparaît plus dans nos livres d'histoire, et un fils légitime, Conan, plus jeune que Geoffrey. D'où la rivalité entre les deux garçons. Vous avez bien sûr compris que je parlais de la Bretagne en France.

Angharrad - 2010
Initialement publié le 13 mars 2003