Coucou tout le monde :D Me revoilà avec un nouveau chapitre de cette Fanfiction que je n'ai pas mis à jour depuis un long, long moment et si j'ai des lecteurs, j'en suis sincèrement désolée... mais voici finalement le chapitre suivant, j'espère qu'il vous plaira, ici nous avons les premiers moments de Pierre et Adeline ensemble, c'est une relation que j'ai hâte de travailler encore davantage :D

Je continuerai toujours cette histoire, même si je mets du temps à la mettre à jour, à cause des pannes d'inspirations, de mes autres projets où simplement du manque de temps où de la fatigue, mais elle me tient particulièrement à coeur, comme mes deux autres fanfictions sur AC, "Belle E Scura Illusione" et "Juste pour me souvenir" (je tiens d'ailleurs à signaler que cette dernière pourrait changer de titre maintenant que je sais exactement ce qui va se passer à la fin).

Je n'ai pas non plus oublié mon dernier bébé en date sur AC, "Ebediyen", la suite viendra aussi, même si pour le moment je suis plus concentré sur les trois premières fics.

J'espère que ce troisième chapitre vous plaira, n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez en reviews, votre avis compte énormément ! :D

Bisous et bonne lecture, Roza-Maria.


« Le doute, la défense,

Le trouble, la méfiance,

Fidèle obsession… »

(« La Sentence », comédie musicale 1789 : les Amants de la Bastille.)

Paris, 6 mois plus tard.

25 juin 1790.

Adeline n'avait jamais trop cru en Dieu. Elle ne savait pas pourquoi précisément, mais c'était un concept qui lui semblait aussi étrange qu'insolite. Pourquoi croire de manière aussi démesurée en quelque chose qu'on ne voyait pas ? Et quand elle pensait ainsi, cela dit, elle se sentait quelque fois hypocrite, parce qu'elle avait passée une vie à croire dans le rêve d'un jour rejoindre les Assassins. Même si elle ignorait ce que cela signifiait vraiment dans son enfance.

Aujourd'hui cela dit, elle avait envie de prier. Elle connaissait les prières, bien sur, autrefois sa mère les lui avait enseigné et elle allait à la messe. Avant la mort de son père, où sa mère avait de toute évidence perdu la foi. Depuis, Adeline avait oublié presque tout de l'Eglise mais elle se rappelait bien les prières. Sa mère les lui faisait dire tous les soirs, et son père souriait toujours quand elle réussissait à tout dire sans se tromper. Donc, elle serait parfaitement capable de les réciter pleinement sans faire la moindre erreur. Ce serait le lieu idéal, même. Après tout, le repaire des Assassins ne se situait-il pas sous la Sainte-Chapelle ?

Elle ricana doucement. Un sanctuaire secret qui n'avait rien de religieux sous un édifice religieux. Avec une apparence religieuse, qui plus est. Pas étonnant que bien des gens voyait la Confrérie des Assassins comme une étrange secte. Non, on faisait une croix sur les prières. Elle se sentirait encore plus hypocrite. Elle se contenta donc de continuer à tourner en rond dans le hall intérieur du sanctuaire, ses bottes claquant à chaque pas sur le sol, résonnant dans la pièce en pierre vide. Elle était seule et commençait à s'impatienter, jetant des coups d'oeils frénétiques à la porte close devant elle, porte qui menait à l'infirmerie, infirmerie qui abritait à l'heure qu'il est Marguerite, son mentor et sa fille, Sandie.

Six mois. Six mois qu'elle était officiellement entrée dans la Confrérie des Assassins. C'était amusant, mais elle avait à la fois l'impression d'y être depuis toujours et de n'en faire parti que depuis hier. Plus les jours passaient, plus elle s'habituait à son nouveau rythme de vie tout en continuant à se dire que c'était impossible qu'elle en fasse parti. Qu'elle était sûrement prisonnière d'un rêve. Un jour, elle avait confié cela à Arno tandis qu'ils s'étaient croisés dans la bibliothèque du sanctuaire. Il lui avait rit au nez, ce qui lui avait valu de recevoir un coup de livre sur la tête.

Six mois qu'elle avait l'impression de vraiment commencer à vivre. C'était loin d'être facile. On ne lui faisait aucun cadeau, et être novice chez les Assassins était bien plus compliqué et surtout bien plus rude qu'elle ne l'aurait cru. Mais sincèrement, elle adorait cela. Chaque nouvelle épreuve, chaque nouveau défi, chaque nouvel enseignement l'excitait et la motivait plus que jamais. Sandie avait eu raison sur sa mère. Elle n'était pas tendre du tout. Marguerite Dellecourt, dont elle avait pu découvrir le visage après son rétablissement et dont elle connaissait chaque trait et chaque timbre de voix aujourd'hui, était une Assassin expérimentée. D'après ce qu'elle avait entendu dire, elle avait été mariée une première fois il y a des années à un homme qui la battait. Jusqu'au jour où elle est tombée amoureuse d'un homme qu'elle qualifiait « d'ombre » passant dans les rues, et qu'il finisse par l'aider à se libérer de son tyrannique époux. Cet homme en question était un Assassin, et le futur père de Sandie. Il avait initié Marguerite à la Confrérie, et il était malheureusement décédé quand Sandie avait deux ans. Mais malgré sa mort, Marguerite n'avait jamais cessez de croire au Credo et elle avait fait en sorte de l'enseigner à sa fille dès l'enfance.

C'était une femme qui, la moitié du temps, était paisible et calme. Très tolérante. Elle ne comptait plus le nombre de fois où Sandie et elle, ces derniers mois, n'avait pas pu s'empêcher de faire des cabrioles pour une raison où une autre et où Marguerite les observait avec un sourire amusé en levant les yeux au ciel, généralement assise sur un fauteuil de la bibliothèque du Sanctuaire. Adeline sourit tandis qu'elle continuait à tourner en rond. Elle avait encore du mal à réaliser à quel point, en seulement six mois, les membres de la Confrérie étaient devenus comme une seconde famille pour elle. Marguerite, malgré son autorité durant les entraînements, était toujours à l'écoute de ses demandes et de ses questions, toujours prête à lui répondre, à la rassurer, à l'encourager où à la conseiller. Elle n'aurait pas pu rêver meilleur Mentor. Si elle parvenait à devenir un Assassin à moitié aussi bon que Marguerite, elle s'estimerait plus que chanceuse.

Marguerite avait déjà fait un excellent travail sur elle, ces six derniers mois, un travail qui s'appliquait tout les jours. Combat à l'épée, à la lance, à la hache, au pistolet, rien ne lui était épargné et à chaque nouvelle arme qu'elle avait entre les mains, elle avait la sensation d'avoir un nouveau jouet avec lequel elle allait pouvoir s'amuser. Marguerite l'avait souvent réprimandée à ce sujet. « Les armes ne sont pas des jouets, c'est elles qui t'aideront dans ta lutte même si tu ne dois jamais compter sur elles pour survivre. Tu ne dois compter que sur toi-même. » Et Dieu sait qu'elle ne l'épargnait pas non plus à la lutte à mains nues. Les combats qu'elles menaient l'épuisaient. Elles étaient recouvertes de bleus et de blessures, mais quand elle arrivait à contrer Marguerite, elle était toujours immensément fière d'elle. Même si c'était rare.

Et il y avait les entraînements sur les toits, aussi. C'était sûrement ça qu'elle préférait. Apprendre à escalader rapidement et discrètement les toits, se déplacer dessus sans jamais toucher le sol, espionnant ceux à terre sans que jamais ils ne vous voient. Ce n'était pas simple. Absolument pas. C'était apprendre à devenir une ombre, une ombre planant au-dessus de Paris. Prendre son élan et sauter, visualiser rapidement à quels appuis on peut s'accrocher et à quel suivant on va pouvoir se tenir pour grimper vite, sans même réfléchir et surtout sans tomber. Au début, elle n'avait fait que cela. Tomber, et parfois de haut. Et elle avait eu de la chance de ne s'être rien cassé jusque ici. Mais bon sang, elle adorait cela car une fois qu'on était sur les toits, on se sentait si… libre. Elle se rappelait une fois, tout récemment en fait, il y a peine un mois, Arno avait accepté de faire une petite course avec Sandie et elle après leurs entraînements. Sandie, Arno et elle devaient partir de la Sainte-Chapelle et ce serait au premier qui arriverait au Grand Châtelet, dans le Ventre de Paris. C'était la première fois qu'ils couraient sur les toits sans que ce soit pour un entraînement et sans la surveillance de Marguerite. Et la première fois juste pour se distraire, aussi. Chacun devait partir d'un point différent et prendre un parcours différent, mais de distance égale. Adeline était parti du centre de la Sainte-Chapelle. C'était aussi quelque chose qu'il fallait à surmonter. La peur du vide lorsqu'on était dans des bâtiments aussi haut que la Sainte-Chapelle. Heureusement que Adeline n'avait pas le vertige, sinon elle aurait été incapable de faire parti de la Confrérie.

Cette course ferait sûrement à jamais parti comme l'un des moments les plus heureux de sa vie. Elle se souvenait de chaque bâtiment traversé, et la liberté qu'elle avait ressentie à cet instant précis. C'était une sensation qu'elle n'aurait jamais cru connaître. Elle avait eu l'impression qu'elle pourrait conquérir le monde. On voyait tout Paris, des hauteurs. Et c'était… magnifique. Elle n'avait pas gagné la course, Sandie non plus. Elles étaient arrivées quasiment en même temps, et Arno les attendait déjà, ce petit con. Il avait plus d'entraînement qu'elles et il s'en était bien amusé. Mais elle s'en foutait. Le sentiment qu'elle avait ressenti durant cette course sur les toits de Paris valait toutes les victoires du monde.

Il y avait cela dit des complications qu'elle avait prévu… sans vraiment prévoir, en réalité. Son travail. Il lui était quasiment impossible de travailler chez L'Eclopée, dernièrement. Les entraînements était intense, durait des journées entières et se prolongeait parfois la nuit. Elle essayait comme elle pouvait de se rendre toujours au travail, Mélanie comptant sur elle, mais elle s'endormait dans les cuisines et faisait n'importe quoi. Elle ne comptait plus le nombre de fois où Mélanie lui avait hurlé dessus, ces derniers mois.

Elle avait du se résigner. Elle ne pourrait pas continuer à travailler là-bas. Elle le savait quand elle avait choisit d'entrer dans la Confrérie, néanmoins faire cela à Mélanie la blessait. Cette femme avait été là pour elle depuis des années. Certes, elle était souvent chiante… enfin non, elle était tout le temps chiante et épuisante, néanmoins cette femme l'avait aidée à se nourrir et à se vêtir quand elle aurait pu mourir de faim en lui offrant la possibilité de travailler. Elle n'avait pas encore totalement annoncé à Mélanie qu'elle ne pourrait bientôt plus travailler à L'Eclopée. Elle lui avait simplement demandée, très récemment, quelques vacances. Mélanie avait râlé au-delà du possible – Des vacances ? Mais que fais-tu diable pour t'épuiser à ce point ? Des vacances ! Alors qu'on manque déjà d'employés ! Oh, je te jure, Addie, si je ne te prévoyais pas à mon fils, tu aurais été viré à coup de pieds dans le derrière, c'est moi qui te le dit ! – mais elle avait accepté et voilà un mois qu'Adeline ne travaillait plus qu'occasionnellement à L'Eclopée.

Cela voulait aussi dire baisse de revenus. Les Assassins pourvoyait aux besoins essentiels – nourriture, vêtements, mieux que tout ce qu'elle n'avait jamais pu se payer – mais ils ne payaient pas les loyers. Elle pourrait emménager dans le Sanctuaire avec les autres apprentis, où s'installer dans l'un des refuges d'Assassins disponible un peu partout dans Paris, bien dissimulé, mais elle ne le désirait pas. Elle aimait son petit appartement, pas en super état, mais réconfortant. C'était l'endroit où elle avait vécue avec ses parents. Et là où elle avait vu sa mère mourir. Pour cela, en même temps, elle le détestait. Néanmoins, elle ne voulait pas perdre son indépendance. Cela la rassurait trop. Alors ce qu'elle avait fait, c'est qu'elle avait sorti les économies qu'elle faisait depuis des années dans le but de s'acheter une épée pour acheter l'appartement. Une épée, elle en avait une désormais, donnée par la Confrérie, une épée comme elle en avait toujours rêvé et elle n'avait plus besoin d'attendre sur Benjamin pour s'entraîner. A cette pensée, elle effleura le manche de son épée rangée dans son fourreau et sentit une sensation de joie l'envahir. Elle avait beau l'avoir tous les jours, cette épée était le symbole d'un rêve qui se réalisait, pour elle.

Heureusement que son propriétaire, Mr De la Croix, la connaissait depuis longtemps car elle doutait qu'un autre propriétaire aurait accepté de lui vendre son appartement pour une si modique somme. Certes, l'appartement était en piteux état, ce qui jouait en sa faveur. Mr De la Croix avait juste hoché la tête pour dire qu'il acceptait, et signer le papier comme quoi l'appartement lui appartenait, désormais. Elle en était partie en souriant. Elle l'apprécierait toujours, ce bon vieux Mr De la Croix et son éternel mauvaise humeur.

Adeline eut envie de sourire au souvenir de Mr De la Croix, mais à peine se rappelait-elle ce qui était en train de se passer derrière la porte de l'infirmerie qu'elle en perdait toute joie et l'inquiétude revint de plein fouet, à défaut d'être pleinement parti et elle se remit à faire les cents pas dans le hall intérieur du sanctuaire. C'était cruel, de la laisser dehors alors qu'elle était l'apprentie de Marguerite. Elle devait savoir ce qu'elle avait, seigneur.

Plus tôt dans la soirée, alors que les entraînements étaient finis depuis longtemps et que Sandie et Adeline s'était retrouvés dans les bibliothèques à lire des ouvrages sur l'histoire des Assassins, qui était encore plus longue et ancienne qu'elle ne l'aurait pensé, des bruits avait éclatés dans le hall. Inquiètes, Sandie et Adeline s'était toute deux regardées et s'était levés de concert pour se précipiter vers le bruit, et quand elles était arrivés, le hurlement de Sandie à la vue de sa mère, portée par Arno et Bellec, le visage plein de sang, résonnait encore de manière horrible aux oreilles d'Adeline. Elle-même s'était figée, son sang ne faisant qu'un tour dans son corps, et elle s'en était voulu de ne pas avoir su être un réconfort pour Sandie. Mais quelque part, elle n'en aurait peut-être pas voulu. Sandie n'avait pas attendu et s'était précipitée dans l'infirmerie derrière Arno et Bellec, et la porte s'était refermée en claquant, Adeline toujours aussi figée dans les escaliers.

Depuis, elle avait descendu et tournait en ronds devant la porte. Elle n'entendait rien, mais chaque pièce était bien isolée afin qu'on n'entende rien. Elle ne pouvait absolument pas savoir ce qui se passait derrière, et cela la rendait complètement folle. Elle imaginait le pire. Et si Marguerite mourrait ? Elle perdrait son mentor, son amie, mais pire que tout, en plus de perdre son mentor, Sandie perdrait également sa mère, son seul parent vivant, qu'elle adorait. Elle ne pouvait même pas se permettre d'imaginer la douleur qu'elle ressentirait. Que serait la sienne, en comparaison ?

Elle mourrait d'envie de frapper pour qu'on lui ouvre. Où même d'ouvrir la porte à coup de pieds pour savoir ce qu'il en était. Mais jamais elle ne ferait ça à Sandie et à Marguerite. Elle ne se posait pas trop de questions sur le pourquoi du comment. Une des missions avait du mal tourner. Ils avait tous prit l'engagement d'une vie de danger et si Adeline n'avait pas encore vu ce danger bien en face, elle savait qu'il existait et que personne n'était à l'abri. Pas même les Assassins expérimentés comme Marguerite.

Adeline se passa la main dans les cheveux, soupirant, accélérant le pas. Etait-ce bon où mauvais signe, cette attente ? Elle était incapable de le dire et ça l'a rendait encore plus nerveuse et inquiète. Ne supportant plus cet état, elle sortit son épée de son fourreau et se mit à frapper dans le vide. Elle fit exactement ce que Marguerite lui avait enseigné. Frappez, parer, toujours faire attention à la position de ses pieds, faire attention à son ouie qui pouvait prévenir d'un ennemi arrivant par derrière, ne pas oublier que le pommeau d'une épée était aussi une arme, prendre sur elle pour ne garder la lame que d'une main malgré son poids. Elle l'a tournoya dans le vide et s'imagina ceux qui avaient fait ça à Marguerite. Qui qu'ils soit, elle savait que c'était des Templiers. Qui d'autres ? Elle n'avait pas de visage à l'esprit. Juste des formes flous et noirs, mais ces formes flous et noirs avait blessés son amie, son mentor. Ses formes avaient tués son père. Ses formes causaient des milliers de souffrance dans le monde.

Plus les minutes s'écoulèrent, plus cette image s'imprima dans son esprit et plus sa colère l'envahit, plus ses coups devinrent secs et dures, rapide et brutaux. Elle frappa le vide, frappa les ombres noirs qu'elle s'imagina, ses ennemis, leurs ennemis. Au bout d'un moment, elle frappait si vite que son épée en devint flou, que sa vue en devint flou aussi, puis elle comprit que c'était des larmes qui l'aveuglait et elle n'en frappa que plus fort, et elle sentit qu'elle brisa une statue, la propulsant sur le sol, ne laissant que des débris mais elle ne s'en préoccupa pas et continua, jusqu'à ce qu'elle sentit un mouvement derrière elle, et l'instinct l'a poussa à se retourner d'un coup, frappant l'inconnu.

Sauf que celui para sa lame de la sienne, ce qui produit un bruit sourd dans tout le hall. Adeline cligna des yeux et ses larmes s'échappèrent, lui dégageant la vue tandis que sa respiration était haletante et qu'elle reprit ses esprits, fixant l'homme qui avait paré son coup avec sa propre épée. Elle reconnut son visage. Pierre Bellec. Où Vieil Ours Grincheux, comme elle le surnommait. Il avait les sourcils froncés, une expression furieuse à peine maîtrisée dans le visage et d'un coup dur, il l'a propulsa sur le sol sur lequel Adeline tomba lourdement, et elle sentit le coup passé dans son dos, sifflant de douleur. Enfoiré, pensa-t-elle avec rage en levant les yeux vers Bellec qui rangeait son épée en s'approchant d'elle, un sourire ricaneur aux lèvres.

Elle ne savait pas trop quoi penser de cet homme. Il était toujours là. Toujours dans les parages, toujours à marmonner entre sa barbe, toujours en colère, semblait-il. Elle se demandait encore si il savait sourire. Rien de nouveau à ce sujet. Son éternel mauvaise humeur lui avait valu son surnom de Vieil Ours Grincheux, et il lui allait à merveille, au goût d'Adeline. Pourtant, elle n'avait pas encore osée l'appelait ainsi quand il était dans les parages. Il avait quelque chose de très intimidant, aussi. Il faisait parti du Conseil des Assassins, quand bien même toute la politique de la Confrérie semblait l'ennuyer horriblement. Elle avait appris par Arno qu'il était autrefois un soldat dans la milice coloniale française, en Nouvelle-France dans le Nouveau Monde où il était né. Encore aujourd'hui, il avait une âme de soldat et tenait en horreur la politique, bien qu'il s'y pliait bon gré mal gré car il n'avait pas le choix.

Adeline lui jeta un regard noir, reprenant son souffle. Peut-être qu'il avait quelque chose d'intimidant, peut-être qu'elle lui devait un respect certain étant donné qu'il était son aîné, n'empêche qu'il venait de la jeter au sol. Bon, certes, elle l'avait attaqué. Mais elle était emportée dans la fièvre du combat. N'avait qu'à pas apparaître ainsi derrière elle. Elle serra son épée durement dans sa main, et Pierre la dévisagea quelques secondes avant de dire sombrement en passant à côté d'elle :

- Tu peux entrer, merdeuse. Marguerite veut te parler.

- Elle va bien, alors ? Demanda-t-elle, oubliant toute sa rancune envers Bellec, se retournant vers lui mais ce dernier ne lui répondit pas, continuant sa route sans même tourné la tête.

Sale vieil ours grincheux ! Pensa-t-elle avec agacement avant de se relever et quand elle fut debout, elle vit également Arno apparaître, la mine soucieuse mais visiblement aussi soulagé, ce qui la soulagea elle aussi, car dans la situation, cela ne pouvait vouloir dire qu'une seule chose, que Marguerite n'allait pas mourir. Elle soupira de soulagement. C'était comme si un énorme poids venait de quitter ses épaules.

- Comment va-t-elle ? Demanda Adeline en s'approchant d'Arno, ignorant ses coudes et son derrière qui lui faisait mal du à sa chute sur le marbre blanc à cause de Bellec.

- Mieux qu'on ne l'aurait cru, soupira Arno en passant sa main sur son visage. Ses blessures sont profondes, mais pas mortelles. Elle va avoir besoin de beaucoup de repos, ce qui n'est pas trop à son goût, mais sa vie n'est pas en danger. Elle tient à te parler. Tu ferais mieux d'y aller.

Adeline hocha la tête et n'attendit pas qu'il ajoute quelque chose pour le contourner et entrer dans l'infirmerie. Si Marguerite demandait à la voir sur le champ, elle viendrait sur le champ, sans hésiter. Elle avança dans la pièce et vit Sandie assise sur une chaise près d'un lit, les yeux rouges, serrant la main de sa mère entre les siennes, mais avec un sourire soulagée aux lèvres malgré sa petite mine. Et Adeline ne put s'empêcher de sourire aussi lorsqu'elle vit que Marguerite était bien réveillée, ses cheveux blonds roux s'étalant sur l'oreiller, le teint fatigué mais les yeux vifs, comme toujours. Elle parlait à sa fille d'un ton tranquille, mais toute deux s'interrompirent lorsqu'elles virent Adeline rentrer dans la pièce et Sandie lui sourit en lui faisant signe de s'approcher :

- Ah, Addie. Mère veut te parler.

- Oui, c'est ce que Bellec et Arno m'ont dit. Va-tu encore trouver quelque chose pour me torturer alors même que tu es au lit ? Plaisanta Adeline, même si sa voix tremblota tandis qu'elle s'approcha du lit de Marguerite, prenant une autre chaise en face de Sandie, et saisissant l'autre main de Marguerite.

Cette dernière rit doucement et rétorqua :

- Fais attention à ce que tu dis, Adeline, tu pourrais avoir raison sans même le vouloir.

- Comment tu te sens ? Demanda-t-elle, se moquant bien de ce qui allait lui arriver dans l'immédiat.

- Oh, comme un charme, ricana Marguerite en grimaçant. Ils étaient nombreux, ce soir. Une embuscade. C'est pour cela qu'on ne doit jamais rien prendre pour acquis, les filles. Les Templiers sont loin d'être bêtes et beaucoup d'entre eux nous connaissent aussi bien qu'on les connaît. Ils peuvent prédirent ce qu'on va faire. Tout comme nous.

Marguerite eut un petit sourire amer et remua légèrement, ce qui la fit siffler de douleur. Adeline vit Sandie grimacer derrière son sourire forcé et serrer davantage la main de sa mère, ce qui fit tourner la tête de Marguerite vers sa fille à qui elle adressa un sourire se voulant rassurant mais ni Adeline ni Sandie ne furent totalement convaincue. Et ça, Marguerite le vit aussi. Alors elle leva les yeux au ciel et soupira en déclarant :

- Bon, je ne suis pas au meilleur de ma forme mais ça ne sert à rien de vous torturez avec ça, je ne vais pas mourir aujourd'hui. Cependant, cela veut dire que je ne vais pas pouvoir passer autant de temps avec vous dans les semaines à venir, les filles.

- Ce n'est pas grave, on attendra que tu te rétablisse, maman, assura Sandie.

- Certainement pas, rétorqua Marguerite avec un regard dur qu'elle jeta autant à sa fille qu'à Adeline. Vous êtes des novices. Et ce n'est pas parce que votre mentor est dans l'incapacité de continuez votre enseignement que vous devez vous arrêtez. Vous avez encore beaucoup apprendre, et plus vite vous l'apprendrez, mieux ce sera. Je ne suis pas pressée de vous voir sur le terrain, toute les deux, mais je refuse que vous retardiez votre entraînement à cause de moi. Ne vous en faites pas, j'ai tout arrangé à ce sujet.

Adeline fronça les sourcils, et croisa le regard de Sandie, qui était tout aussi perdu. Qu'est-ce que cela signifiait, exactement, ça ? Marguerite remarqua les regards inquiets que Sandie et Adeline s'échangèrent et elle ne put s'empêcher d'éclater de rire, même si elle grimaça encore de douleur, se tenant la hanche gauche, où le coup principal avait été visiblement porté.

- Ah, si vous voyez vos têtes, les filles ! Le pire, c'est que vous avez peut-être raison de vous inquiétez. Je vous ai trouvée deux Mentor qui ont accepté de me remplacer pour votre instruction le temps que je me rétablisse et ni l'un ni l'autre ne vont se montrer tendre avec vous. Ils sont bien pires que moi, pour être honnête. Mais il y a peu d'Assassins disponible pour des novices, en ce moment, et je pouvais difficilement vous trouvez mieux.

- D'autres Mentors, murmura Sandie, remuant sur sa chaise, pas rassurée le moins du monde, sentiment que partageait Adeline. Et de qui s'agit-il, exactement ?

Elle était mignonne quand elle était inquiète, ne put s'empêcher de penser Adeline en regardant la petite mine douce de Sandie, les traits tirés par l'inquiétude. Même ainsi, elle était à croquer et lui faisait penser à un adorable lapin beige tout mignon. Quelques fois, si elle ne se rappelait pas comment Sandie était dans les entraînements, elle se dirait qu'elle était beaucoup trop mignonne pour être un Assassin. Mais elle avait vite compris à quel point elle était douée dans les combats et les armes. Avec sa petite taille, elle était si rapide qu'on la voyait à peine quand elle se battait. Adeline était légèrement plus grande et n'avait pas le quart de la grâce de Sandie, ce qui faisait qu'elle perdait pas mal de combats face à elle. Son apparence toute choupie lui vaudrait d'être toujours sous-estimée. C'était une excellente chose, selon Marguerite. On se méfie moins d'un ennemi que l'on sous-estime, ce qui donne l'effet de surprise.

Cela dit, Adeline se sentait aussi inquiète qu'elle. Un autre Mentor. Elle n'en avait pas du tout envie. Elle s'était habituée à Marguerite, à ses plaisanteries, ses conseils sages, son côté dur mais ses tolérances, aussi. Rien que l'idée de travailler avec quelqu'un d'autre lui donnait le vertige, pour être honnête et vu le visage que faisait Sandie, elle devait ressentir exactement la même chose. Marguerite se tourna vers sa fille et lui dit d'un ton joyeux avec un sourire, comme si la situation l'amusait terriblement, ce qui était de toute évidence le cas :

- Toi, ma chérie, tu travaillerais avec Roland.

Sandie grimaça mais Adeline vit tout de suite qu'elle fut quand même rassurée. Cela n'aurait pas été son cas. Roland était le charmant Assassin qui l'avait accueilli avec tant de gentillesse à son arrivée, le premier jour. Où plutôt ce sale con qui avait essayé de la faire mettre dehors avant même qu'elle n'ait dit un mot, la catégorisant immédiatement de Templier. Il n'avait pas aimé du tout qu'elle le remette à sa place. Eh bien, Adeline n'avait pas du tout aimée qu'il l'ait jugé sans la connaître. Roland ne s'était pas améliorée depuis, mais elle avait vite compris qu'en vérité, il était ainsi avec tout le monde. C'était un homme de presque 30 ans, un Maître Assassin expérimenté et très doué, en particulier pour le crochetage de serrure… où de n'importe quoi d'autres dans le genre. Aucune ne lui résistait, même les plus sophistiquées. Il était toujours silencieux, marmonnant dans sa barbe, préférant la solitude à la présence de quiconque. C'était en apparence un charmant jeune homme, il avait des cheveux châtains clairs, tournant parfois au roux au soleil, qui tombait autour de son visage, des yeux vert foncés très profonds, même si ces regards était toujours gâché par leur humeur noir.

Au cours des mois qu'elle avait passé au sein de la Confrérie, elle avait remarqué que Sandie était l'une des seules à encore le saluer, n'obtenant presque jamais de réponses mais elle persistait. Quand Adeline lui avait demandé pourquoi, elle lui avait répondu avec un sourire triste « - Il fait semblant qu'il n'aime parler à personne, mais ça lui fait plaisir qu'on pense à lui. J'en suis certaine. » Adeline n'en était pas aussi sûre, mais Sandie en était persuadée. Elle le connaissait mieux qu'elle, sans doute. Quoi qu'il en soit, ce choix ne semblait pas dérangé tant que ça Sandie, elle était l'une des rares à bien aimée ce solitaire agressif et pessimiste qu'était Roland.

- Cela me surprend qu'il ait accepté, commenta Sandie, l'air agréablement surprise.

- Moi aussi, mais il est doué, donc je ne m'en plains pas, marmonna Marguerite.

- Tu avais sans doute raison à son sujet, lança Adeline en s'appuyant lourdement contre la chaise. Il doit apprécier qu'on lui porte de l'attention. Même si il ne le mérite pas, ce sale con.

- Addie, gronda Sandie d'un ton désapprobateur en fronçant les sourcils.

Marguerite rit tout bas encore une fois et Adeline leva les yeux au ciel. Sandie la réprimandait toujours quand elle disait un gros mot où qu'elle avait une aptitude méchante, selon elle. Addie. C'était elle qui avait commencé à la surnommer ainsi. Comme Benjamin avant elle. Sandie secoua la tête, ce qui fit sourire Adeline, même si elle n'était pas encore aussi joyeuse que la mère et la fille. Elle ne savait toujours pas qui allait s'occuper d'elle.

- Et moi ? Demanda-t-elle alors à Marguerite.

Cette dernière se tourna vers Adeline avec le même sourire amusé qu'à Sandie et avant même qu'elle n'ouvre la bouche, Adeline sut qu'elle n'allait pas aimée ce qu'elle allait entendre :

- Bellec.

- Bellec ? Le Vieil Ours Grincheux ? S'écria Adeline, horrifiée.

Marguerite et Sandie éclatèrent d'un rire sonore de concert aux mots d'Adeline, qui elle fut totalement incapable de rire, les regardant avec horreur, les yeux écarquillés. Marguerite ne pouvait pas être sérieuse. Elle n'avait pas pu la mettre avec ce tyran ! Arno lui avait raconté toutes les saloperies qu'il lui faisait faire, des fois. Ce n'était pas un Mentor, c'était un tortionnaire ! Un bourreau sans le moindre humour, qui plus est. Et il ne l'aimait pas. Elle savait qu'il ne l'aimait pas, il l'appelait toujours « merdeuse » après tout. Bon, il appelait Arno « merdeux » aussi et ça sonnait plutôt affectueusement dans sa bouche, mais ça ne valait pas pour elle, elle en était certaine. Bordel de merde. Bellec ! Elle baissa les yeux vers Marguerite et s'exclama :

- Tu veux ma mort ? Il me hait ! Il va me réduire en bouillie ! Où c'est moi qui va le réduire en bouillie si j'en ai l'occasion ! Cet homme est insupportable !

Nom de Dieu, elle allait poursuivre son entraînement avec Vieil Ours Grincheux. Merveilleux. Magnifique, vraiment ! Et dire qu'elle venait de l'attaquer par accident… il allait en profiter pour le lui faire payer, elle en était certaine. Poussant un soupir, elle croisa les bras en faisant la moue tandis que Marguerite lança, la voix encore tremblante de rire :

- Vieil Ours Grincheux… mon Dieu, si il entendait cela… mais je dois reconnaître que cela lui correspond bien.

- Non, tu crois ? Marmonna Adeline en lui jetant un regard noir. Et tu veux me laisser avec lui ?

Marguerite sourit difficilement, et son regard fatigué poussa Adeline à prendre sur elle. Avec ce qu'elle avait vécue ce soir, elle n'avait pas à supporter sa mauvaise humeur. Ce n'était pas non plus de sa faute si les autres mentors n'avaient pas de temps à consacrer à leurs novices…

- Il est l'un des meilleurs d'entre nous, Addie, murmura Marguerite d'une voix qui se voulait rassurante. Je lui ai demandé de te prendre en charge parce que je sais que tu t'amélioreras à son contact. Il n'est pas très sociable, c'est vrai, mais ça reste un homme bon. Tu t'y feras.

- Mhhh, grommela Adeline sans lever les yeux vers elle, gardant sa mauvaise humeur pour elle.

Marguerite rit encore doucement et se tourna vers sa fille dont elle caressa les cheveux d'instinct et Adeline vit alors qu'elle avait l'air épuisée. Et qu'elle ferait mieux de les laisser seules. Elle voulait s'assurer que Marguerite survivrait, et c'était le cas, elle était rassurée. Elle pouvait s'en aller et les laisser tranquille. Adeline sauta donc de sa chaise et se pencha pour serrer la main de Marguerite en lui déclarant d'un ton qui se voulait joyeux :

- Je vais aller me faire à l'idée que je vais être torturé dans les semaines qui vienne. Ne tarde pas trop à te remettre, je veux récupérer mon mentor.

- Ca se passera bien, Adeline, tu verras, lui assura Marguerite en serrant sa main en retour.

Adeline grimaça, ce qui fit sourire son mentor, et n'ajouta rien, échangeant un regard amusé avec Sandie et elle tourna les talons afin de quitter la pièce.

Une fois qu'elle fut dehors, Sandie se tourna vers sa mère en fronçant les sourcils et en demandant :

- N'y avait-il vraiment personne d'autre que Bellec pour elle ? Est-tu sûre que ce soit une bonne idée de les mettre ensemble ?

- Absolument pas, sourit Marguerite. Mais ce sera à coup sûr très intéressant à suivre.


Adeline était assise par terre contre un fauteuil de la bibliothèque du sanctuaire. A soupirer. Elle n'aimait pas trop lire des bouquins. Non pas qu'elle ne trouvait pas ça intéressant, mais elle avait du mal à rester concentrer trop longtemps sur ces lignes qui se répétait et qui racontait quelque chose. Son esprit se mettait toujours à vagabonder ailleurs.

Mais elle n'avait pas le choix. La formation d'Assassin exigeait aussi quelques connaissances théoriques, afin de mieux comprendre leur credo, disait-ils. Et il valait mieux connaître leur histoire. Et bon Dieu qu'elle était longue ! Les Assassins remontait à des siècles. Voir des millénaires dans les faits. Et il y avait l'histoire de plusieurs grands Assassins à retenir… Altaïr Ibn-La'Ahad, cet Assassin du Moyen-Âge qui avait autrefois révolutionné leur ordre, amélioré leur armes et leurs tactiques, amélioré tout simplement la compréhension de leur Credo. Ezio Auditore da Firenze, lui qui avait su répandre la parole des Assassins à travers le monde comme personne avant lui et renforcer leur Confrérie de manière considérable, portant un coup fatal aux Templiers à son époque dont ces derniers avait mis des années à s'en relever. Connor Kenway, qui avait fait renaître de ses cendres la Confrérie dans les colonies américaines alors qu'il n'en subsistait rien et qui avait farouchement participé à la guerre d'Indépendance afin de libérer le pays à la fois du joug des anglais et de celui des Templiers, pour peut-être se rendre compte plus tard que le gouvernement américain ne valait guère mieux que celui des anglais. Edward Kenway, le grand-père de Connor qui… à quoi il servait, au juste, celui-là ? Les auteurs parlait de cet Assassin avec un mépris évident, bien qu'il ait apparemment bien œuvré dans la fin de sa vie en Angleterre pour leur cause et qu'il semble avoir aidée dans les Caraïbes contre leurs ennemis, il ne semblait pas non plus être à la hauteur de son petit-fils où des autres prestigieux Assassins dont ses foutues bouquins ne cessait de vanter le mérite.

Adeline ferma brusquement le livre et le jeta par terre devant elle avant de se frotter les yeux. Très honnêtement, elle était épuisée. Elle n'aurait pas dit non à un peu de repos mais c'était un luxe, quand on était formé à rentrer dans la Confrérie. Elle reposa sa tête en arrière, se détendant le cou contre la matière confortable du fauteuil et fixa le plafond aussi riche en décoration qu'un palais et elle se perdit quelques instants dans la contemplation des fresques. Et elle sourit.

Elle se sentait bien, ici. Bien mieux qu'elle ne l'avait jamais été pour être honnête. Même si c'était difficile, et qu'elle se sentait vidée de ses forces certains jours, elle ne s'était jamais sentie aussi libre. Elle passait souvent les nuits ici, à s'endormir sur les fauteuils à trop lire. Elle n'aimait pas cela, mais elle tenait sincèrement à tout apprendre et rapidement. Elle avait hâte d'atteindre le jour où elle serait vraiment un Assassin, et plus seulement une novice. Comme Arno.

Adeline se demanda un instant comment Benjamin allait réagir quand il allait voir qu'elle savait aussi bien se battre aujourd'hui. Elle en eut un sourire machiavélique rien que d'y penser. Il était reparti à Marseille il y a un moment, mais il finirait pas revenir, comme toujours. Elle ne pourrait bien sur pas lui dire exactement ce qu'elle faisait… mais elle devrait bien trouver une explication à pourquoi elle avait déserté la taverne de sa mère et pourquoi elle maniait l'épée aussi adroitement. Elle devrait réfléchir à ça. Mais, Doux Jésus, cela allait être tellement bon de lui botter le derrière ! Elle avait hâte.

Elle ferma les yeux et rit à cette pensée en visualisant la scène, s'étirant aussi à l'aise qu'un chat mais la grâce en moins, et elle pouffait toujours quand quelque chose de froid se glissa sous sa gorge, ce qui figea son corps immédiatement. Instantanément, elle ouvrit les yeux et calcula ses chances de se relever sans que l'épée qui effleurait sa peau ne s'enfonce dans sa carotide. Dans la position ridicule où elle était, le corps penché en avant et les bras étirés en l'air, elles étaient franchement nulles. Elle préféra donc ne pas bouger et elle leva les yeux vers celui où celle qui l'a tenait sous sa garde.

Le visage de Pierre Bellec apparût devant elle et un sentiment d'exaspération l'envahit alors qu'elle pouvait constater une sorte de rictus satisfait chez lui. La légère appréhension qu'elle avait ressenti disparu – peu importe à quel point il était censé être dur, il ne pourrait quand même pas la tuer – et elle lui jeta un regard noir. Je savais qu'il allait me faire payer le coup de l'autre fois… Où diable était-il passé, celui-là ? Cela faisait deux jours que Marguerite était dans l'incapacité de l'entraîner, et deux jours qu'elle n'avait rien fait d'autres que lire et traîner dans le sanctuaire sans but, en attendant que son nouveau Mentor daigne enfin l'honorer de son savoir.

- Vous voilà enfin, vous, marmonna-t-elle en restant tout de même prudemment immobile étant donné qu'il ne semblait pas décidé à bouger son épée.

Il se contenta de ricaner doucement et déplaça lentement le bout de la lame jusqu'à son menton, et à cet instant précis, elle perçut une ouverture et elle ne perdit pas une seule seconde : elle se glissa sous l'épée, sortit la sienne de son fourreau et frappa aussi fort qu'elle put celle de Bellec dans le but de la déviée, ce qui fonctionna de quelques centimètres, assez pour qu'elle se dégage et qu'elle se relève d'un bond…

Mais a peine fut-elle debout qu'elle retomba brusquement sur le sol après que Bellec dévia son coup aussi aisément que si son épée avait été un bâton, la faisant d'ailleurs voler de sa main pour atterrir plus loin sur le sol alors qu'il la poussa brusquement d'un coup d'épaule. Lorsqu'elle fut à nouveau sur les fesses, bien ridicule par terre, elle leva vers lui un regard furieux, et la colère qu'elle ressentit ne fut que décuplée lorsqu'elle constata qu'il l'a regardait avec un amusement absolument pas dissimulé. La situation lui plaisait énormément.

- Prends ça comme une revanche pour avoir pointer ton épée sur moi, l'autre jour. Lève-toi, merdeuse. De toute évidence, on à du boulot.

Qu'est-ce que je disais ? Il rengaina alors son épée et se détourna d'elle sans l'attendre. Elle l'observa quelques instants s'éloigner et songea à ne pas bouger d'un centimètre, ne serait-ce que pour l'emmerder. Mais elle se rappela ensuite que c'était lui, son nouveau Mentor. Et qu'au sein de la Confrérie, un novice lui devait le respect. Quand bien même c'était un sale Vieil Ours Grincheux. Elle allait avoir du mal à l'appeler « Bellec » tant elle s'était habituée à l'appeler ainsi dans sa tête. Vaudrait mieux qu'elle fasse attention à ne pas le dire à voix haute… A contrecoeur donc, elle se releva, marmonnant alors qu'elle sentait ses fesses la lancer douloureusement tout en jetant un regard meurtrier dans le dos de Bellec qui disparut du couloir de la bibliothèque pour s'engouffrer dans les escaliers du hall. Elle soupira lourdement et le suivit, trottinant pour le rattraper.

Ça va être drôle…

Rapidement, ils arrivèrent dans l'une des salles arrière du sanctuaire, enfoncées plus profondément sous la Sainte-Chapelle, se rapprochant déjà des Catacombes. La salle d'entraînement. Une salle vaste et large, en ovale, plus sombre que les autres pièces et les Assassins ne cherchait pas spécialement à l'éclairer, car il valait mieux apprendre à tuer dans l'obscurité, car c'est toujours là qu'ils frapperaient. En revanche, ils l'avaient armés comme il se doit. Epées, lances, poignards et couteaux en tout genres, pistolets et mousquets, arbalètes et autres arcs mortels, tout ce qui était nécessaire pour tuer un homme, on pouvait le trouver dans cette pièce. La première fois que Adeline était entré ici, elle s'était sentie comme une petite fille devant une confiserie. Elle avait toujours eu un faible pour les armes blanches. Le poignard de son père était et serait toujours accroché à sa ceinture, et depuis qu'elle avait une épée entre les mains, elle se demandait comment elle avait fait pour rester autant de temps sans connaître ce poids rassurant dans sa paume.

Encore une preuve qu'elle avait choisi le chemin qu'il lui fallait. Cette pensée lui redonna un peu le sourire tandis qu'elle baissa les yeux sur l'épée accroché à sa ceinture. Grave erreur.

Adeline eut à peine le temps de sentir un coup de vent s'approcher vers elle qu'elle sentit une douleur brutale la saisir aux pieds alors que quelque chose l'avait fait trébucher. Mais cette fois-ci, elle réagit mieux qu'avant et elle se retint comme elle peut avec ses mains, n'ayant sûrement pas l'air très élégante mais restant néanmoins sur ses pieds, et elle leva un regard noir vers Bellec qui agitait une épée en bois d'entraînement, la regardant d'un air narquois.

- C'est comme ça qu'on meurt, merdeuse. Tu te crois de taille à être un Assassin alors que tu t'ébahie à la moindre petite chose qui brille ?

- Vous m'avez eu par surprise, marmonna-t-elle en se relevant.

- Parce que tu crois que les Templiers vont te prévenir avant de t'attaquer ? Ricana Bellec en lui jetant sèchement une seconde épée de bois. Pauvre gamine. Si tu tiens ne serait-ce que six mois, ce sera un putain de miracle.

- C'est de vous que cela dépendra, non ? Rétorqua Adeline en détachant sa ceinture et la poussant sur le côté, sans quitter son Mentor des yeux cette fois, observant chacun de ses pas en vu de prévoir son coup. Vous êtes celui qui va me former désormais. Si je meurs si vite, la seule chose que cela prouvera, c'est votre incompétence à enseigner.

- Je peux t'apprendre à te battre et à survivre. Je ne peux pas t'enseigner à être moins stupide, merdeuse. Et je n'ai pas envie de perdre mon temps, ni que d'autres Assassins perde leur temps avec toi. Tu à intérêt à te réveiller. Et vite.

Adeline allait rétorquer quand Bellec frappa alors, et elle parvint à parer difficilement, serrant les dents sous la force du coup – nettement différent de Marguerite, bordel – mais il se retira presque aussitôt et elle comprit à sa manière de lui tourner autour et à frapper quelques coups au hasard, qu'il était en train de l'évaluer, de la tester, de voir ce que Marguerite lui avait enseigné et ce qu'elle avait retenu. De toute évidence, elle n'avait pas réussi son premier test. Mais elle était déterminée à n'en échouer aucun autres.

Mais elle devait admettre que sa tête était effectivement ailleurs et que c'était également l'un de ses pires points faibles, selon Marguerite. Elle se déconcentrait vite, et se laissait trop absorber par des objets de son environnement. Le fait que Bellec relève également ce point lui rappelait de façon pénible que c'était sa faiblesse. Et le problème était qu'elle ne savait pas comment changer cela. Avec Marguerite, elle s'était davantage concentré sur la lutte directe et le maniement des armes, la course libre sur les toits, les bases pour un Assassin, mais elle lui avait dit que tôt où tard, elles allait devoir se pencher sur ce problème de concentration qu'elle avait, car elle n'irait pas sur le terrain tant qu'elle ne serait pas débarrassée de cela. Elle était habituée à se perdre dans sa tête depuis si longtemps qu'il lui semblait impossible d'apprendre comment faire l'inverse et rester alerte à ce qui se passait autour d'elle à chaque instant de la journée. Comment diable parvenait-on à faire ça ?

Le bois de l'épée la frappa brusquement à la hanche et elle trébucha encore une fois en gémissant, essayant de ne pas tomber à genoux. Diable, mais pourquoi frappait-il si fort, nom de Dieu ? Elle savait qu'il allait la faire souffrir, juste pour le plaisir, ce sadique !

- Qu'est-ce que je viens de dire, merdeuse ? Grogna-t-il en dardant ses yeux de cet étrange et dérangeant bleu/vert foncé sur elle.

- Vous êtes marrant, vous, marmonna-t-elle en s'asseyant sur les fesses et en se frottant la jambe. Je fais ça comment, moi ? J'ai passé ma vie entière à me réfugier dans ma tête. Je sais pas comment faire autrement.

- Apprends-le. Tout s'apprend.

Sa réponse était sec, mais il ne la frappa plus et lui laissa le temps de se relever, faisant tourner le bâton dans sa main, l'observant alors qu'elle se mettait en garde, prête à retenir les prochains en grimaçant. Mais Bellec ne fit pas mine de frapper à nouveau, l'observant d'un air indéchiffrable, les sourcils légèrement froncés. Sale vieil ours grincheux…

- Pourquoi tu fais cela ? Demanda-t-il finalement d'un ton brusque.

- Pourquoi je fais quoi ? Marmonna-t-elle, ayant déjà du mal à le suivre et se demandant bien ce qu'elle avait encore fait de mal.

- Réagis, merdeuse. Pourquoi tu te coupes de la réalité pour te perdre dans ta tête comme ça ? C'est un échappatoire. Une fuite. Mais que cherche-tu à fuir, exactement ?

Adeline fut quelque peu interloquée par cette question. On ne lui avait jamais posé. Marguerite ne lui avait jamais demandé. Et elle n'y avait jamais réfléchie jusque ici. Elle ne s'était jamais demandée d'où venait ce besoin irrémédiable de partir dans sa tête. C'était un réflexe qu'elle avait depuis si longtemps qu'elle ne pourrait même pas se rappeler quand est-ce que cela avait commencé. Peut-être avait-elle tout simplement toujours été rêveuse ? Quand elle était dans sa tête, tout lui paraissait tellement plus beau que dans la réalité. Pourtant, elle ne craignait pas la réalité. Elle ne craignait pas les gens autour d'elles. Si elle vivait sous la peur, elle n'aurait pas pu vivre si près de la Cour des Miracles et travailler dans une taverne pendant tellement d'années. Elle ne savait pas d'où venait cette déconcentration naturelle qui la prenait si souvent. Benjamin était habitué à cela et se contentait de claquer des doigts devant son visage en riant pour la ramener sur Terre, et sa mère le faisait en claquant les mains devant elle où en lui donnant un coup de casserole sur la tête. Rien de grave ni de dangereux à cela.

Mais avec des hommes qui voudraient la tuer, c'était quelque chose qu'elle ne pourrait tout simplement pas se permettre.

- Je n'en sais rien, répondit-elle alors honnêtement, quelque peu dépitée. Je fais ça depuis toujours. C'est… instinctif. Inconscient. Je ne le veux même pas. Est-ce que cela veut quand même dire que je fuis quelque chose ?

- Peut-être. Peut-être pas. L'esprit est le pire chaos qui soit, merdeuse. Apprendre à le dominer et à modeler tes instincts à ta guise fait aussi partie de la formation d'un Assassin. Tu ne peux pas te laisser dominer par eux pendant que tu te bats.

Bellec jeta son épée de bois au sol et s'avança vers l'armurerie, laissant Adeline triturer la sienne en le regardant avec curiosité. Il lui avait bien plus parler ici que durant les six derniers mois qu'elle avait passé ici. C'était définitivement un drôle de personnage. Quelques instants plus tard, il décrocha quelque chose du mur et s'approcha d'elle, toujours avec cette expression exaspérée qu'il semblait avoir constamment et il marmonna sur son passage :

- Suis-moi, merdeuse. On va commencer à s'occuper de ça tout de suite.

- Enfer, pourquoi vous nous appelez tous merdeux où merdeuse ? Ca vous tuerait d'être un peu gentil ? Grogna-t-elle en le suivant néanmoins alors qu'il l'entraînait hors de la salle d'entraînement.

- J'appelle tout les sales mômes comme vous merdeux, c'est ce que vous êtes, rétorqua-t-il sèchement sans la regarder. Et ce n'est pas la gentillesse qui va t'endurcir ni faire de toi un Assassin.

- Que comptez-vous me faire faire avec ça, exactement ? Et d'ailleurs, qu'est-ce que c'est ?

- Tu verras. Maintenant ferme-là et suis-moi.

Adeline fit la moue mais ne discuta pas davantage et se contenta de suivre Vieil Ours Grincheux qui marchait d'un pas énergique, quittant la salle sombre d'entraînement pour s'engouffrer à nouveau dans les couloirs des catacombes. Les catacombes de Paris… c'était un réseau si vaste qu'on pouvait facilement traverser toute la ville en restant en dessous. Il était déjà arrivé à Adeline de s'en servir pour éviter quelques endroits de la ville, en particulier lors des moments intense où la Révolution avait éclaté, et où les émeutes avait commencé à se faire dans tout les coins de la ville, même si la plus mémorable restait la prise violente de la Bastille. Cependant, c'était un endroit qu'elle préférait éviter en temps normal, parce qu'on y trouvait plus de mauvaises graines qu'à la surface. Et il y avait beaucoup de possibilités de fuir quand on était sous Terre.

Cependant, les Assassins s'en servait quasiment tout le temps, et il n'y avait rien d'étonnant à cela, il n'existait pas de meilleur moyen de rester discret. Le ciel en soit loué, elle ne craignait pas ces kilomètres obscures, parsemés de crânes et d'os enfoncés dans le mur où d'égouts humides infestés de rats et de merde. Elle avait même fini par s'y sentir quelque peu en sécurité. Mais cela venait surtout du fait qu'elle avait les armes pour combattre les hommes qui s'y aventurait, désormais.

Le vieil ours marchait d'un pas très rapide pour son âge, si vite qu'il obligeait Adeline à trottiner derrière lui pour le suivre alors qu'ils traversait rapidement le sanctuaire afin d'en sortir et alors qu'elle tâchait de le suivre, elle le maudissait entre ses lèvres derrière, lui jetant des regards meurtriers. De dos, elle ne voyait que ses épaules secs et ses cheveux noirs mi-long et a un moment donné, elle leva son épée dans le but de lui titiller l'oreille avec un sourire diabolique, histoire de lui faire une blague mais à peine avait-elle levé son épée que Bellec avait grogné sans se retourner :

- N'y pense même pas.

Elle avait donc baissé son bras en soupirant, le traitant de vieil ours trop bas pour qu'il l'entende. Bon sang, Marguerite avait de l'humour, elle, au moins. Où au moins, elle avait la décence de faire semblant de trouver ses plaisanteries drôles. Adeline comprenait mieux pourquoi Arno était un Monsieur Bougon, en vérité, c'est Bellec qui avait du lui transmettre son sérieux et son cynisme. Elle pria pour que Marguerite se rétablisse vite, elle ne voulait surtout pas perdre son humour légendaire ! Bon, personne ne riait jamais à ses blagues, mais il restait légendaire quand même, et elle y tenait.

Très vite, ils se retrouvèrent dehors, sur la berge devant la Seine qui s'écoulait lentement alors que la nuit était en train de tomber sur Paris. Bellec ne perdit pas de temps à contempler le fleuve, ce que Adeline appréciait généralement, alors elle le suivit en grognant, se demandant encore où diable il comptait l'amener et surtout ce qu'il comptait lui faire faire avec ce drôle d'objet qu'il avait amené. Elle avait essayé de se pencher pour voir ce que c'était mais elle n'avait pu apercevoir que ce qui ressemblait être des lames secrètes. Ce qu'elle possédait déjà et lui aussi, donc elle avait du mal à comprendre.

Quand ils arrivèrent dans la ruelle du café-théâtre qu'Arno gérait – et où Adeline eut brusquement envie d'aller s'y réfugier pour aller se plaindre de son nouveau Mentor, Arno la comprendra sûrement mieux que personne à ce sujet –, Bellec s'en détourna immédiatement pour emprunter le Pont Rouge qui reliait les deux morceaux de l'île Saint-Louis et elle put voir la Sainte-Chapelle et Notre-Dame qui s'élevait non loin l'une de l'autre, malgré l'obscurité qui gagnait la cité.

Une fois le pont traversé, Bellec s'arrêta prit alors brusquement de l'élan et sans prévenir, se dirigea vers l'un des murs d'une petite maison de la rue où ils était, qu'il escalada rapidement et aisément. Prise au dépourvue, Adeline le suivit d'instinct et se mit alors à courir à son tour, tachant de grimper aussi vite qu'elle pouvait, saisissant les rebords des fenêtres pour s'élancer sur la suivante, reprenant appui avec son pied sur celle qu'elle venait de franchir, ses gants noirs, que tout Assassin portait pour éviter de se blesser, s'agrippant comme ils pouvait afin de la faire monter rapidement.

Elle parvint en hauteur, essoufflée, mais Bellec avait déjà entrepris de courir en criant derrière elle :

- Tu à intérêt à suivre !

- Qu'il soit maudit, jura-t-elle en s'élançant à son tour sur les toits.

Mais malgré ce qu'elle disait, rapidement, le sourire gagna ses lèvres. Il venait d'entreprendre ce qu'elle aimait le plus dans sa formation d'Assassin, et ce dans quoi elle était le plus douée à ce jour : la course sur les toits. Les toits était leur atout le plus précieux, encore plus que les égouts où les catacombes. Les toits, c'était une arme. Un endroit où la plupart des gens n'avaient pas accès, et dont ils s'étaient rendus les maîtres. Ils pouvaient s'y déplacer discrètement, à condition de savoir les dominer. Et c'était ce qu'il y avait de meilleur à apprendre à être un Assassin.

Bellec escaladait les cheminées aussi rapidement et agilement qu'un chat, et Adeline tacha de faire pareil, mais elle marquait encore un temps d'arrêt, où se cognait sur les obstacles. Quand ils arrivèrent à la fin d'un toit, Bellec accélérait toujours afin de prendre de l'élan et s'élançait sans hésitation, se rattrapant toujours à quelque chose sans jamais rater son coup où retombant toujours sur ses pieds. Adeline, elle, lâchait des fois sa prise et retombait de quelques étages où bien elle dérapait à ses atterrissages. Habituellement, elle courait avec Arno et Sandie, qui faisait ce même type d'erreurs, bien que Arno en faisait de moins en moins et qu'il s'en vantait bien et que c'était aussi le seul domaine où elle était un peu plus douée que Sandie, mais ici, elle avait réellement l'impression, pour la première fois depuis le début de sa formation en tant qu'Assassin, qu'elle n'était réellement qu'une novice à côté d'un Maître Assassin. Marguerite ne courait jamais avec eux.

Mais honnêtement, sur le coup, elle s'en moquait. Totalement. Quand elle parvenait à le rattraper, il lui lança qu'elle était lente et que sa grand-mère courait plus vite qu'elle, mais Adeline ne fit qu'éclater de rire et elle se contenta de poursuivre sa course sans s'arrêter, savourant le vent sur son visage que procurait la vitesse et la sensation de puissance qu'elle ressentait à avoir les pieds plusieurs mètres au-dessus du sol, au-dessus du monde. Elle savourait les lumières des torches qui commençaient à s'allumer ici et là dans la ville et qui la rendait si magnifique à voir. C'était dans ces moments-là qu'elle comprenait pourquoi Paris, leur Paris malgré ses batailles sanglantes et ses émeutes contre la royauté, avait obtenu le surnom de Ville Lumière. Quand le soleil se couchait ici, tout devenait plus beau. Surtout des toits.

Au bout d'un petit moment, ils redescendirent des toits mais Bellec ne cessa de courir que lorsqu'ils arrivèrent derrière la Sainte-Chapelle, entre deux bâtiments sombres. A bout de souffle, Adeline se pencha sur ses genoux, inspirant profondément afin de récupérer de l'air tandis qu'elle sentit que Pierre, devant elle, reprenait son étrange lame secrète sans réellement avoir l'air de manquer de souffle. Ahurie, elle leva les yeux vers lui et demanda :

- Mais bon sang, comment faites-vous cela ?

- Cours ainsi pendant trente ans, et tu en sera capable aussi, se contenta-t-il de répondre en bidouillant ses lames sans la regarder.

Adeline secoua la tête, mais il devait avoir raison. L'expérience. C'était juste ça qu'il lui manquait. Le jour où elle serait capable de courir comme lui, elle se ferait un plaisir de le défier et de se moquer de lui à son tour. Elle parvint au bout de quelques minutes à enfin respirer normalement et à se redresser, et à peine fut-elle debout que Pierre s'approcha d'elle et lui saisit les poignets et déplaça quelque chose à l'intérieur de sa lame.

- Qu'est-ce que vous faites ? Demanda-t-elle en fronçant les sourcils.

- Tu verras.

Ses mains repoussèrent sa manche et il retira un de ses gants pour pouvoir mieux manipuler le creux de la lame secrète. Pendant qu'il modifiait sa lame, elle se surprise à observer sa main, penchant la tête sur le côté. Elle était abîmée. Sèche, calleuse. Elle pouvait voir des tas de cicatrices sur le devant et sur les doigts. Elle était aussi large. Puissante. Bien plus que celle d'Arno où celle de Benjamin. Sa main gauche, toujours dans son gant, tenait son poignet si fermement qu'elle doutait qu'elle aurait pu bouger seulement d'un millimètre et la seconde, malgré sa brutalité apparente, s'occupait de la lame de manière si rapide et délicat que cela en devenait assez étrange à regarder.

A un moment donner, un de ses doigts effleurèrent le creux de son poignet et un violent frisson la parcourut alors brutalement, créant chez elle un mouvement de recul instinctif et un froncement de sourcils. Il se contenta de grogner sans la regarder et la rapprocha d'un coup sec vers lui pour terminer ce qu'il avait à faire. Maintenant que le frisson était passé, elle sentait une drôle de chaleur se répandre dans son poignet. Diable, c'était quoi, ça ? Adeline se tortilla un peu sur elle-même, pressée qu'il l'a délivre. Elle ne comprenait pas trop d'où cette sensation venait, et son poignet devenait un peu trop chaud alors que les secondes s'écoulèrent.

Finalement, il prit l'étrange objet qu'il avait emmené et le posa sur sa lame, le poussant durement dessus et un petit « clic » se fit entendre alors qu'un étrange mécanisme fit que l'objet s'emboîta sur sa lame. Aussitôt que ce fut fait, il s'éloigna et la relâcha alors qu'Adeline levait son bras pour l'observer avec curiosité. Une sorte de mécanisme en métal assez élégant s'était rajouté à son poignet, et elle sentit une sorte de petit fil à enclencher avec le poignet. Intriguée, elle tenta de le faire et les deux barres de métal s'ouvrirent, et un petit objet partit à toute vitesse s'écraser contre le mur en face d'elle. Plissant les yeux, elle put voir qu'il s'agissait… d'une lame ?

- Mais qu'est-ce que c'est ? Murmura-t-elle en ramenant son poignet vers elle, observant à nouveau l'objet d'un air intrigué.

- La lame fantôme. Une modeste amélioration de la lame basique, mais qui te sera grandement utile dans tes combats. Elle te permettra de tuer à distance, et silencieusement. Cela projette des lames, assez épaisses pour être mortelles si tu vise bien, où assez fines pour juste empoisonner tes cibles. Normalement… tu ne devrais pas l'avoir. Seul un Assassin qui a fait ses preuves peut la porter. Mais j'ai le sentiment que cela t'aidera avec ton problème, merdeuse.

- C'est génial, mais en quoi cela va m'aider ? Demanda Adeline en se désintéressant enfin de la lame et en levant les yeux vers Bellec… qui n'était plus là.

Fronçant à nouveau les sourcils, Adeline regarda autour d'elle, mais ne vit personne. C'est quoi, ce bordel ? Elle venait de l'entendre comme si il était en face d'elle. Elle avait senti sa présence juste en face d'elle ! Où diable était-il passé ? Elle tourna lentement sur elle-même et fit quelques pas, observant son environnement. Elle se rendit alors compte que Pierre les avait amenés à l'arrière du Palais de Justice. Il y avait quelques alcôves qui permettait de s'en éloigner, mais elle n'y vit pas Bellec. Comment avait-il pu disparaître aussi vite ?

- Bellec ? Allez, ce n'est pas drôle ! Où êtes-vous ? Appela-t-elle, agacée et étrangement, inquiète.

Elle n'aurait pas su dire pourquoi, mais elle avait tout à coup un mauvais pressentiment. Certes, elle était seule dans l'obscurité, au beau milieu de la nuit dans un lieu désert, mais cela n'aurait pas été la première fois et elle n'avait jamais eu peur, pourquoi diable aurait-elle peur maintenant, alors qu'elle avait justement enfin les capacités de réellement se défendre ? Et pourtant, elle avait ce sentiment qui commençait à la pousser à ne cesser de regarder autour d'elle. Comme si quelque chose allait surgir d'un moment à l'autre.

Elle n'avait jamais été sur le terrain avant. Seule. Les seuls fois où elle sortait, c'était pour courir avec Sandie sous l'œil vigilant de Marguerite.

Une de ses mains se posa d'instinct sur son épée et les doigts de son autre main commençaient à caresser doucement le fil de sa nouvelle arme. Elle ne comprenait pas pourquoi elle avait tout à coup ce pressentiment.

Une douleur violente la prit alors à la tête et elle eut le réflexe de porter sa main à son crâne, gémissant de douleur tandis qu'elle fermait les yeux. Putain ! Elle avait l'impression qu'une douleur intense s'était irradiée dans son cerveau d'un seul coup, l'enflammant à une vitesse incroyable… avant de se dissiper presque aussitôt. Elle rouvrit aussitôt les yeux, mais c'est alors qu'un tout autre monde se révéla à elle. sitresque aussit..sa main à son crcommençait à caresser doucement le fil de sa nouvelle arme. Elle ne compre

Les couleurs semblaient s'être modifiés autour d'elle. Comme si le monde s'était tout à coup teinté d'un étrange bleu sombre. Et parmi ce bleu sombre, elle distinguait des couleurs plus vives et pourtant vagues. Comme des… auras. Elle leva les yeux au ciel, intrigué et perçut notamment une forme bleuâtre plus claire en haut du toit, cachée des regards derrière une cheminée du Palais de Justice. Un homme. Tout du moins une silhouette d'homme, immobile, masqué aux yeux du monde, et qui pour le coup s'illuminait d'une lumière si bleu ! Chaleureuse, presque. Elle plissa les yeux et fronça alors les sourcils. Bellec ?

Un bruit attira son attention juste en face d'elle et ses yeux revinrent sur son environnement autour d'elle. Du moins, elle avait eu l'impression que c'était en face d'elle. Mais elle entendait tout. Tout les sons semblait avoir gagné en ampleur et le plus lointain murmure de la ruelle d'en face sonnait à ses oreilles comme si on le lui chuchotait directement. Cependant, le bruit qu'elle avait entendu était tout de même plus près. Et il venait de trois silhouettes qui marchait d'un pas agité derrière le mur.

Derrière le mur. Derrière le mur ? Comment diable parvenait-elle à voir derrière le mur ? Mais elle n'eut pas le temps de réfléchir plus longtemps à ça. Les silhouettes s'approchèrent, et elle sentait que le menace qu'elle avait pressentie venait d'eux. Si l'homme en haut du toit – Bellec ? – était teinté d'une lueur blanche qui lui semblait de bon augure, les trois hommes qui s'approchaient eux, était teinté de rouge. D'un rouge vif. Qui sonnait comme une menace dans sa tête.

Les trois hommes arrivèrent finalement dans la cour, dépassant le mur, en riant grassement et au moment où ils franchirent l'arc de pierre de la cour, cet étrange vision cessa aussi brusquement qu'elle était arrivé, mais sans douleur, cette fois et Adeline retrouva vision et sa vue normal, bien qu'elle eut l'impression que les couleurs s'attardait sur les hommes. Elle cligna des yeux, ses yeux s'adaptant comme ils pouvaient après cette étrange expérience. Cependant, son esprit était entièrement concentré sur ses deux hommes. Qui s'était figés à sa vue.

Des Extrémistes. Des hommes qui profitaient du chaos engranger par la Révolution pour piller et détruire. C'était des hommes brutes, sans cervelles, uniquement attiré par l'appât du gain, quel qu'il soit. Ils étaient reconnaissables à cause de leurs vêtements. Tous avait pris l'habitude de s'habiller de rouge et de gris, allez savoir pourquoi mais si ils voulaient être discret, cela prouvait encore une fois leur stupidité. A chaque fois qu'un chaos éclatait dans les rues, on pouvait être sûrs qu'on y trouverait des Extrémistes, de même que si le chaos s'étendait à des intérêts politiques. Le Conseil lui avait appris que les Templiers engageait quelques fois des Extrémistes pour servir leurs intérêts. Ce qui l'étonnait à peine. La vermine s'alliait à la vermine.

- Eh bien, eh bien, qu'est-ce qu'on à là, dis-moi ? Lança alors un des hommes avec un sourire goguenard, s'approchant doucement, sa démarche ayant subtilement changé. Tu es toute seule, ma mignonne ?

Adeline ne répondit pas. Elle observait chacun de ses pas, comme on le lui avait appris, pour déterminer ce que serait son prochain son geste. Car elle savait qu'il allait s'en prendre à elle. Elle n'aurait même pas eu besoin de ce mauvais pressentiment qu'elle avait ressenti pour le savoir. Les Extrémistes était aussi reconnus pour leur nombre de viols que de meurtres. Et elle était une cible trop facile. Du moins, le pensait-ils.

- Tu ne sais pas que les rues de Paris sont dangereuses, la nuit, pour une jolie jeune fille comme toi ?

Elle ne prit pas la peine de l'écouter ni de lui répondre, bien qu'elle ressentit un frisson de dégoût la parcourir brièvement. Il l'écoeurait. Mais tout ses sens était concentrés sur cet homme, sur ses pas. Elle jeta un bref coup d'œil au second derrière, mais il semblait rester en retrait, souriant avec joie à l'idée du spectacle qui allait suivre, et du fait qu'il allait sûrement pouvoir y participer, d'une façon où d'une autre. Adeline sentait son cœur battre à toute vitesse dans sa poitrine, mais pas de peur. D'excitation, en vérité.

Elle comprit que l'homme ne pensait pas une seule seconde qu'elle pourrait être une menace. Tout cela s'annonçait déjà comme un jeu drôle pour lui, de toute évidence, un jeu qui serait vite terminé. Et elle se dit qu'elle n'avait même pas envie de lui laisser commencer à savourer ce jeu. Et Dieu qu'elle avait envie de réessayer son nouveau jouet.

Adeline leva alors le bras si vite que l'homme ne réagit, et elle actionna la ficelle qui libéra le mécanisme de la lame qui quitta son poignet pour aller se planter à toute vitesse droit dans la gorge de l'Extrémiste, faisait immédiatement jaillir une vague de sang alors que ses yeux s'écarquillait sous la surprise et que ses doigts saisir son cou, cherchant d'instinct à comprimer la plaie, mais ses gestes furent maladroits et paniqués et il finit par tomber sur le sol, crachant du sang alors qu'il tremblait de chaque membre de son corps, tordu.

Un sourire satisfait apparue sur son visage et elle se retint presque de bondir de joie de voir qu'elle l'avait tué du premier coup, mais ses yeux se dirigeaient déjà vers le second homme, qui ne souriait plus, lui et qui s'apprêtait à charger sur elle – beaucoup plus gros que son ami, il serait cependant aussi beaucoup plus lent – et elle recula d'un pas, sortant son épée, prêt à le recevoir, comprenant qu'elle n'aurait pas le temps de recharger la lame fantôme, et sachant aussi qu'elle ne savait même pas comment faire. De toute manière, elle avait envie d'essayer enfin un corps à corps. Un vrai combat. Cela faisait des mois qu'elle s'y préparait.

Mais, alors que la brute allait courir vers elle, une silhouette sombre lui tomba d'un coup dessus, le plaquant au sol dans un bruit sourd et elle vit le bras de l'homme se planta dans la carotide de l'Extrémiste, sa lame s'y enfonçant doucement, le reflet métallique de la lune disparaissant sous la vague de sang rougeâtre qui en sortit et qui la tacha tandis que l'homme gargouilla un son sincèrement écoeurant. Fronçant les sourcils et, Adeline reconnût avec agacement Bellec qui se relevait rapidement, rentrant sa lame dans son poignet.

- Oh, mais pourquoi diable avez-vous fait ça ? J'allais l'avoir ! Râla-t-elle en rangeant son épée avec colère.

- Mais bien sur, ricana Bellec en levant ses yeux bleus ironiques vers elle. Tu es presque aussi lente que lui, hors face à un ennemi de cette taille, seule ta rapidité te donnera un avantage, merdeuse. Tu n'es qu'à la moitié de ta formation. Tu es encore loin d'être prête. Sans compter que j'ai eu ce que je voulais. Tu étais bien concentrée sur son objectif, cette fois, merdeuse. C'est bien. La peur t'éveille, elle ne te paralyse pas.

Adeline leva les yeux au ciel et regarda alors les deux cadavres à ses pieds. Et elle constata qu'elle venait de tuer un homme. Pour la première fois de sa vie. Tout en sachant que ce serait le premier d'une longue liste. Elle en fut quelque peu troublée. Ce n'était pas les premiers cadavres qu'elle voyait, loin de là. Elle ne comptait plus les corps qu'elle devait contourner dans la Cour des Miracles pour rentrer chez elle. Où même celui de sa mère. Elle en avait vu, des cadavres. Mais aucun jusque ici n'était mort de sa main. Cependant, si cela lui fit ressentir une drôle de sensation, elle n'en culpabilisait pas le moins du monde. Cet homme n'aurait pas hésité à la tuer, lui non plus. Après lui avoir fait subir des sévices encore plus ignobles.

Il valait mieux qu'elle s'habitue, de toute manière. Un Assassin tuait. Logiquement.

Elle leva les yeux vers Pierre. Un test. Tout cela était un test pour sa concentration, donc, elle comprenait mieux ce qu'il voulait dire quand il avait indiqué qu'ils allaient bosser sur ça tout de suite. Il avait voulu l'exposer à une situation de danger pour voir comment elle y réagissait. Et elle était assez heureuse de savoir qu'elle avait réussie. C'était étrange… Marguerite avait toujours soigneusement dit et redit qu'elle n'irait pas sur le terrain tant qu'elle ne serait pas prête. Et Bellec faisait son exact opposé en la mettant en danger. Les Maîtres Assassins avait-ils tous une manière différente d'enseigner ? Elle n'aurait pas cru dire ça mais… pour le coup, elle apprécia particulièrement la manière de Bellec. Elle avait aimé ce sentiment d'excitation et de peur qui l'avait envahie face à ces ennemis. Et il avait raison. Elle n'avait pas une seconde perdu son objectif. Elle était restée concentrée.

Un grand sourire alors apparut sur ses lèvres et ce fut au tour de Bellec de froncer les sourcils :

- Qu'est-ce qui te fait marrer, merdeuse ? Tu aurais pu mourir ce soir. Et même pire.

- Oh, non, cela ne serait pas arriver, sourit encore plus grandement Adeline en se balançant d'instinct sur ses pieds. Vous êtes mon Mentor. Vous ne pouvez pas laisser cela arriver. Je savais que vous me protégeriez si jamais je ratais mon coup.

Enfin non, elle n'avait même pas pensé à lui tant elle était concentré sur ses cibles, mais au fond d'elle, elle savait que c'était le cas. Même si il la méprisait, il ne pourrait pas la laisser mourir. Un Mentor enseignait à son élève à devenir un Assassin mais il devait aussi s'assurer qu'il reste en vie suffisamment longtemps pour le devenir.

Bellec plissa ses yeux bleus vers elle, son expression indéchiffrable. Mais il finit par pousser un grognement exaspéré et par secouer la tête, sachant pertinemment qu'elle avait raison, ce qui poussa Adeline à sourire encore plus grandement, satisfaite. Ses yeux se baissèrent sur sa nouvelle arme accrochée à son poignet et elle déclara d'un ton joyeux :

- J'adore ses trucs. C'est génial.

- Profite en bien, merdeuse, tout les apprentis n'ont pas la chance de les avoir. J'ai donné la sienne à Arno que très récemment.

Un sentiment de satisfaction l'envahit à l'idée qu'elle allait pouvoir narguer Arno à ce sujet et elle leva des yeux excitée vers son Mentor, et il comprit parfaitement où elle voulait en venir, et il grogna à nouveau mais Adeline crut sincèrement voir l'ombre d'un sourire traverser rapidement ses lèvres avant de disparaître tout aussitôt. Et tout aussitôt, elle le pointa du doigt et s'écria :

- Ah ah ! Ne faites pas semblant, je vous ai vu sourire ! Vous allez me trouvez de plus en plus drôle avec le temps, vous verrez !

- Ferme-là, merdeuse.

Adeline se contenta de rire et de basculer sa tête en arrière, regardant les étoiles. Le ciel était dégagé maintenant que l'été arrivait sur Paris et il brillait de ses milles petites lumières. Cet étrange. Elle n'aurait pas cru que son premier entraînement avec Bellec se passerait aussi bien et qu'elle en ressortirait avec un tel sentiment d'allégresse. Mais non seulement il venait de lui donner une arme qu'elle n'avait jamais vu, mais en plus il l'avait mise au cœur de l'action. Ce qu'elle rêvait de faire depuis son arrivé dans la Confrérie. Tout ses sens n'avait appelé qu'à ça. A se mettre en pratique devant un réel danger.

Et ce soir, elle l'avait fait. Elle les avait utiliser, ces sens, afin d'analyser le danger autour d'elle et à comment elle allait l'affronter.

Tout ses sens… même certains dont elle ne soupçonnait pas l'existence, pour être honnête. Adeline fronça les sourcils en se rappelant cet étrange phénomène qui lui était apparu, lui causant cette douleur atroce avant de littéralement changer le monde de couleurs autour d'elle… lui indiquant des choses. Lui montrant des choses. L'espace d'une seconde, elle se demanda si elle était folle. Si son esprit ne lui avait pas joué un mauvais tour, du à la peur où à l'adrénaline. Mais elle n'en avait pas l'impression. Vraiment pas.

- Allez, merdeuse, c'est fini pour ce soir. Mais on continuera ainsi. De toute évidence, tu à besoin d'être sur le terrain pour apprendre. Alors tu y seras.

Il entreprit alors de quitter la cour, la dépassant et Adeline ne répondit rien, baissant la tête, quittant le ciel des yeux, l'écoutant à peine bien qu'elle sentit un pincement de joie à l'idée de continuer ses entraînements dehors, avant de le suivre silencieusement en repensant encore à ce qui venait de lui arriver. Et alors qu'elle s'engouffrait dans les ruelles étroites de l'île Saint-Louis, ses bottes heurtant la terre sec, ses yeux se levèrent sur le dos de Bellec et elle se demanda si il avait déjà connu ça par le passé. Peut-être qu'au court de sa vie, il avait déjà entendu parler de ce genre de phénomènes. Pouvait-elle lui parler de cela ? Il y a quelques semaines, où même quelques heures, elle n'aurait même pas envisagé de lui dire un mot. Le Vieil Ours Grincheux ne parlait pas, de toute façon. Mais à cet instant, elle avait envie de lui dire. Il pourrait peut-être l'aider à comprendre.

Où bien il allait la prendre pour une folle. Mais bon, elle l'était un peu, alors ce n'était pas grave.

- Bellec… commença-t-elle alors qu'ils slalomaient entre quelques ivrognes qui dansaient devant un café en chantant à tue-tête « Ah, ça ira, ça ira, ça ira, ça ira ! Les aristocrates, on les pendra ! », il m'est arrivé un truc bizarre avant que… que j'affronte les Extrémistes.

- Quoi, exactement ? Demanda-t-il sèchement sans se retourner et sans s'arrêter.

- Ma… vision s'est troublé, continua-t-elle, fronçant les sourcils, se demandant comment elle allait expliquer ça. J'ai eu une douleur violente à la tête et c'est comme si… comme si tout mes sens s'étaient mis à se déployer d'un seul coup, mais avec une ampleur que je n'aurais même pas soupçonner possible. Je voyais… tout. J'entendais tout, jusqu'au plus petit rongeur qui courait autour de nous. Et j'ai eu cette impression… vraiment bizarre que notre monde changeait de couleur, comme si il se teintait d'un voile et que les gens aussi, mais que chacun avait une couleur différente. Et ces couleurs… mon instinct me disait quelque chose de différent à chacune de ces couleurs. Vous, par exemple, je vous ai vu sur le toit. Vous étiez d'une lueur bleuâtre. Et je sentais quelque chose de presque… chaleureux à cette lumière. C'était vraiment étrange.

Bellec s'interrompit brusquement et elle lui rentra dans le dos, son nez se cognant contre sa peau dure et elle marmonna un « aïe » exaspérée, lui jetant un regard noir alors qu'il se retourna vers elle, la fixant silencieusement mais dans l'obscurité où ils était, au beau milieu d'une petite ruelle mal éclairée, elle était incapable de déchiffrer son expression.

- Cela vous parle ? Demanda-t-elle alors. Je sais que cela paraît dingue dit comme ça, mais c'est vraiment ce que j'ai…

- Putain de merde, finalement, tu es peut-être plus à ta place avec nous que je ne le pensais, merdeuse, l'interrompit-il dans un rire sec. Ça me parle, oui. Et pas qu'un peu. Encore une chose que nous allons devoir travailler. Mais tu es comme Arno, hein ? C'est inné, chez toi. Tu n'avais jamais eu ça avant ?

- Arno à ça aussi ? Mais il ne n'en à jamais parler ! Le petit con, il va m'entendre !

Elle était sincèrement vexée que Arno ait gardé un truc pareil pour lui et elle se jura intérieurement de lui donner un coup de pied entre les jambes pour ça, même si elle doutait d'y arriver avant qu'il ne l'arrête. Un jour, elle y parviendrait. Mais il n'empêche que la réaction de Pierre la surprenait. Il n'avait pas l'air réellement surpris, et il parlé… de quelque chose d'inné.

- Non, je n'ai jamais eu ça avant, répondit-elle alors, intriguée désormais. Mais qu'est-ce que c'est ? Un… une sorte de don ? C'est normal ?

- Normal, je ne sais pas, merdeuse, mais un don, oui, et en ce qui te concerne, c'est un don exceptionnel. Rare sont ceux qui peuvent l'utiliser comme ça, d'un seul coup. J'ai mis des années à pouvoir le faire.

- Des années à pouvoir le… vous en êtes capable aussi, alors !

Bellec allait parler, mais de coups de feus se firent alors entendre et Adeline se baissa d'instinct, tandis qu'elle sentit son bras se faire tirer brusquement, tirer par Pierre pour l'attirer vers lui alors qu'elle tournait la tête pour voir d'où cela venait. Du café qu'ils venaient de dépasser. Des Extrémistes semblait s'amuser avec la poudre à canon, mais elle voyait bien une femme morte sur le sol, la tête ruisselant dans son propre sang alors que les hommes souls riait et que d'autres partait en hurlant.

La première réaction d'Adeline fut de vouloir sortir son épée, la colère l'embrasant à cette vue ignoble et voulant aller faire payer à cet homme ce qu'il venait de faire, maintenant qu'elle était enfin capable de faire quelque chose face à ce genre de monstruosités, mais la main de Bellec lui serrait étroitement le bras et ne la laissait pas bouger, et elle leva des yeux furieux vers lui, lui demandant silencieusement pourquoi ils n'intervenait pas. Il se contenta de faire un signe de la tête vers un endroit plus loin sur la gauche. Adeline suivit son regard et elle vit alors des gardes nationaux se précipiter vers les Extrémistes. Cela allait rapidement dégénérer. Surtout quand elle entendit l'Extrémiste hurler en soulevant son épée, à la vue des soldats s'approchant vers lui, « vive le roi ! A mort la République ! » avant de se lancer dans la lutte.

- Choisis soigneusement tes combats, merdeuse, et n'oublie pas que nous agissons toujours dans l'ombre, murmura Pierre dans l'ombre avant de finalement la lâcher, et de s'éloigner du café.

Adeline resta un moment à regarder les soldats lutter contre les Extrémistes, qui semblait également Royalistes, puis finit par détourner le regard, emboîtant alors le pas à Bellec tandis qu'elle s'efforçait d'ignorer les bruits de la lutte. Ce n'était pas la première fois qu'elle assistait à cela, mais désormais, elle pouvait y prendre part. Elle n'avait pas encore compris exactement ce que les Assassins comptait faire au cœur de cette Révolution sanglante que subissait leur pays. Elle n'était pas encore un vrai Assassin. Mais dans six mois, ce serait le cas et elle espérait qu'elle en saurait alors plus. Parce qu'ils ne pouvait décemment pas ignorer le fait que leur patrie était en train de brûler de l'intérieur.

Mais Bellec avait raison. Elle ne pourrait certainement pas sauver le monde entier. Elle allait devoir choisir ses combats. Mais quelque part, elle l'avait déjà fait. Elle avait choisi de lutter aux côtés des Assassins. De combattre les Templiers et tout ce qu'ils représentait, même si cela lui semblait encore loin. Elle voulait combattre pour la liberté, quel que soit sa forme, car elle croyait au fait que chacun était libre de penser comme il le souhaitait et de vivre comme il le désirait. Quelques fois, quand elle entendait Arno parler des Templiers, elle sentait toujours une étrange… hésitation chez lui, comme si il avait du mal à réellement condamné ces gens. Elle ne comprenait pas exactement pourquoi, mais il devait avoir ses raisons.

Mais elle n'avait pas ce souci. Elle condamnait tout ce qu'ils représentaient. La dictature. La soumission. Le pouvoir. Adeline soupira alors profondément et fit ce que Pierre venait de faire alors qu'ils s'engouffrait de plus en plus profondément dans les ruelles sombres de Paris, laissant les gardes étouffé cet éclat.

Elle souleva sa capuche, afin de masquer son visage. Car comme le disait l'un de leurs dictons… « Nous agissons dans l'ombre pour servir la lumière. »