Chapitre 1 : La compagne de la tombée du jour
Rin se réveilla en sursaut, le hurlement encore dans la gorge. C'était de nouveau ce cauchemar.
Ce songe, qui la hantait depuis le départ de Kagome et d'Inu-Yasha-sama vers l'Est il y a trois mois, s'estompait dès qu'elle ouvrait les yeux. Impossible de se souvenir de ce qui l'effrayait tant, cependant une image demeurait au réveil, tenace.
Celle d'un homme aux longs cheveux blancs, flottant dans le ciel face à la Lune tandis que, sous lui, le village entier s'embrasait.
Cet homme, elle le reconnaîtrait entre mille. Mais si rêver de Sesshomaru-sama ne la gênait outre mesure, la sensation des flammes sur sa peau et la fumée dans sa gorge la faisait encore trembler d'effroi.
Pourquoi donc Sesshomaru-sama attaquerait-il le village ? Qu'y gagnerait-il ? Rin ne doutait pas que le yôkai en sois capable, elle l'avait suivi et l'avait vus à l'oeuvre avant d'entrer au service de Kaede. S'il avait toujours été bon avec elle, Sesshomaru-sama était capable de cruauté envers ceux qui se dressaient sur son chemin. Même sa beauté et ses cheveux plus blancs que la neige avaient un air cruel si on les observait attentivement. Mais au fond, cela faisait partie de ce qu'elle aimait chez lui.
Repoussant au loin le mauvais songe, Rin quitta son futon pour se rendre dans la pièce d'à côté. C'était là où les malades nécessitant le plus de soin dormaient, à proximité de Kaede et d'elle même. Rin circula parmi les silhouettes endormies, personne ne levant la tête à son passage. La petite était si fluette que ses pas ne faisaient pas plus de bruit qu'un souffle de vent.
Elle distingua soudainement une lueur autre que la Lune à travers les planches de bois de la bâtisse. Il y avait du mouvement à l'extérieur, des pas pressés de villageois armés de torches enflammées.
Rin recula, inquiète. Pourquoi cette agitation à une heure aussi tardive ? Et où était Kaede ?
Comme si elle l'avait entendu, Kaede entra brusquement dans la pièce accompagnée de plusieurs hommes aux mines apeurées. La distinguant debout parmi les ladres, elle l'interpella :
« Ne reste pas planté là Rin ! Réveille les tous et quittez la cabane, maintenant !
- Que se passe t-il Kaede-sensei ? Demanda-t-elle, alarmée à son tour.
- Le village est attaqué par un groupe d'hommes armés, les samouraï du shogun. Je ne peux t'expliquer, ce serait trop long et le temps nous manque. Fait ce que je te dit ! »
Retenant le flot de questions qu'elle souhaitait poser, Rin obéit et se mit à réveiller les malades avec l'aide des autres villageois. Bientôt, ils furent tous debout, confus et inquiets.
« Ecoutez-moi tous, héla Kaede. Triste est l'heure pour celui qui doit quitter sa demeure. Nous ne sommes pas de taille face aux forces du shogun, mais nous connaissons ces terres mieux que lui. Si nous abandonnons le village maintenant, jamais ils ne nous retrouveront dans les bois.
- Mais s'ils sont plus rapides ? Couina une vielle femme tremblante.
- Matsuda-san m'a dit qu'ils avaient des chevaux... chuchota un jeune paysan derrière Kaede, et qu'ils galopaient aussi vite que des yôkai...
- Si vous préférez rester, c'est votre choix, Shisui-san ! Tonna Kaede. Le dragon ne peut pas souffler, s'il a cessé de croire au feu. Nous ne désespérons pas avant d'avoir tenté notre chance ! Que ceux qui décide de venir suivent Toda en silence et rapidement, il connaît les sentiers sûrs jusqu'à la forêt. »
Alors que la foule s'empressait derrière le dénommé Toda, Rin se mit à suivre Kaede qui se dirigeait à l'opposé du bois en compagnie des hommes. Cependant, celle-ci la stoppa dans son élan :
« Il n'est pas question que tu me suives, Rin. Fait comme les autres et va avec Toda.
- Je ne veux pas partir sans toi ! S'écria la petite, les larmes retenues coulant librement sur ses joues à présent. Laisse-moi venir avec vous !
- J'ai promis à Sesshomaru de te protéger, et ce au péril de ma vie, répondit la vielle femme avec gravité. Et même si j'ai autant confiance en lui qu'en un serpent venimeux, je tiendrai ma promesse. Les hommes et moi allons tenter de retenir les samouraï pendant votre fuite et il faut que tu les accompagne. Si je meurs ici, et que tu survis, alors tu seras la seule à pouvoir soigner les habitants restant.
Kaede se pencha, posant une main sur l'épaule de la petite :
- Le village a besoin de toi, Rin. »
Chassant ses dernières larmes, Rin serra les poings et acquiesça. Elle ne voulait pas rester derrière une nouvelle fois. D'abord Sesshomaru-sama, maintenant Kaede.
Mais la vieille prêtresse avait raison, elle n'avait pas le choix. Cette fois, des gens comptaient sur elle.
Adressant un dernier regard à sa mentor, Rin se retourna et couru droit vers les bois. Derrière elle, un bruit de galop se faisait entendre, et des cris commençaient à résonner.
Puis soudain, elle les vit. Les flammes.
Les toits de chaume s'embrasaient et la fumée gâchait le ciel.
Rin accéléra la cadence, entrant à l'orée de la forêt. Il n'y avait plus trace à présent de Toda et des patients, mais ils ne devaient pas être très loin.
Il fallait qu'elle les rattrape. Là, ils fuiraient vers l'Est, en direction de Kagome et d'Inu-Yasha -sama. Eux sauraient les protéger. Avec un peu de chance, Sesshomaru-sama et Jaken seraient avec eux ! Et ensuite...
« Mais où vas-tu comme ça, petite anguille ? Ricana une voix à ses oreilles.
Des mains la saisirent et la soulevèrent tandis qu'elle se débattait furieusement. Elle lança un coup de pied en arrière et tenta de mordre le bras qui la portait, mais cela ne fit qu'attiser les rires.
Rin ouvrit alors la bouche afin d'appeler à l'aide, mais un coup sourd au visage la fit taire.
Sonnée, elle s'affaissa dans les bras de ses agresseurs, leurs voix raisonnant comme un bourdonnement à ses oreilles.
« Est-ce elle ? Demanda l'un d'eux.
- Certainement. Le Maître a dit « Une fille aux longs cheveux noirs »...
- Le Maître et ses descriptions peuvent aller admirer l'arrière-train de mon cheval ! Elles ont toutes les cheveux noirs ici !
- Elle accompagnait la prêtresse du village tout à l'heure, grogna un autre. Je l'ai vu. Une réincarnation de miko doit forcément traîner avec les siens ! »
« Kagome ! Compris soudain la petite. Ils me prennent pour Kagome ! »
Mais que lui voulaient-ils ? Elle n'eut pas l'occasion d'en apprendre davantage :
« Peu importe, trancha celui qui l'a portait. Le Maître veut une fille aux longs cheveux noirs, et il en aura une. Nous ne pouvons rentrer les mains vides, notre Bushido nous l'interdit. Emmenons-la, et le général nous dira bien ce qu'il en est ».
Ils la ballonnèrent alors, et la portèrent comme si elle n'était pas plus lourde qu'un tas de chiffons. Avec une organisation et une précision parfaite, ils se mirent à courir vers l'extérieur du village, tandis que derrière eux retentissaient encore des bruits de combat et de carnage.
Rin avait la tête qui tournait. Le bourdonnement s'intensifiait, et avec elle, la peur. Où l'emmenaient-ils ? Et qu'adviendrait-il d'elle une fois qu'ils s'apercevraient qu'elle n'était pas Kagome ?
Le feu se propageait autour d'eux. Tout avait une teinte orange et jaune. Les flammes dansaient, et pendant un instant Rin trouva ce spectacle suffisamment hypnotisant pour en oublier son effroi. Ce mélange de couleurs lui rappelait les yeux de Sesshomaru-sama, eux aussi si fascinants, mais si dangereux.
Sesshomaru-sama. Qu'est-ce qu'elle souhaiterait qu'il sois là en ce moment ! Il ne ferait qu'une bouchée de ses ravisseurs. Elle le voyait presque, marcher lentement et avec indifférence parmi leurs cadavres afin de la délivrer, elle, Rin.
Mais Sesshomaru-sama n'était pas là, et Rin avait perdu toute notion du temps lorsque les samouraï s'arrêtèrent.
Sans plus de cérémonie, ils la jetèrent au sol, et le contact dur de la terre et des cailloux sur son visage la sortirent de sa léthargie.
Face à elle, deux bottes. Des bottes de samouraï. Levant les yeux, elle aperçut un regard dur, un nez et une bouche aux lignes sévères s'inscrivant en un visage rempli de rides. On aurait dit un tronc d'arbre avec de multiple brèches dans son écorce.
Sauf que jamais aucun tronc d'arbre ne donne envie de courir en hurlant.
« Ce n'est pas la fille, prononça sèchement Tête de Tronc d'Arbre.
- Mais, mon général, s'exclama le samouraï qui l'avait jeté au sol, êtes-vous sûr de ce que vous dites ? Elle était avec la prêtresse ! Et tout les autres n'étaient qu'une bande de paysans et de vieillards ! »
Un sifflement retenti, brisant le vent calme de minuit. Un bruit semblable à une déchirure résonna derrière Rin, et soudainement une tête se mit à rouler sur le sol.
Lâchant un couinement derrière son bâillon, la petite se jeta sur le côté tandis que le corps du samouraï s'effondrait.
« Autre chose à dire ? Questionna Tête de Tronc d'Arbre en nettoyant son katana sur la dépouille.
- Qu'a... Qu'allons-nous faire d'elle alors, mon général ? Glapit un autre subalterne, se recroquevillant sous les yeux scrutateurs de son supérieur.
Tête de Tronc d'Arbre parut réfléchir alors qu'il enlevait les dernières traces de sang sur son sabre. Rin n'osait plus bouger, tremblant de tout ses membres.
Comme une prière, elle ne répétait qu'un nom dans sa tête :
« Sesshomaru-sama, Shessomaru-sama, Shessomaru-sama... »
« Quel âge as-tu, enfant ? » Lui demanda Tête de Tronc d'Arbre en lui enlevant le linge qui l'empêchait de parler.
Rin releva la tête, sans rien dire. Elle ferait comme avec les hommes de son ancien village. Elle ne prononcerait pas un mot, et Sesshomaru-sama viendrait la chercher.
« Elle ne doit pas avoir plus de 12 ans, mon général, répondit un samouraï.
- 12 ans, né...
- On la tue ? Proposa un autre soldat, petit et qui regardait le cadavre de son frère d'arme avec une lueur avide dans les yeux. Elle est trop jeune pour avoir vécu grand chose. Pas de regrets...
- Elle accompagnait la prêtresse, elle doit être vierge, déclara un autre. Les vierges ont de la valeur. On pourrait la vendre.
- Et devoir retourner au marché du Sud ? C'est beaucoup trop loin, et le Maître attend. Non, tuons-la ! Offrons-la en sacrifice au Maître !
- Morte, elle n'a aucune valeur, alors que vivante elle nous rapporterait une belle somme d'argent ! Le Maître a besoin d'hommes pour son armée, et les armées ne se paie pas avec les cadavres de petites filles ! »
Les voix s'élevaient alors que la dispute prenait de plus en plus d'ampleur. Rin rampa, tentant de reculer vers la forêt. Si elle allait assez loin...
« On va l'emmener avec nous, trancha Tête de Tronc d'Arbre. Iro a raison, les vierges ont de la valeur. Mais pas comme produit commercial. Le Maître aura besoin de ses services.
- Le Maître peut avoir n'importe quelle femme dans son lit, pas besoin d'une paysanne vierge, objecta le dénommé Iro.
- Il n'aura pas besoin d'elle en tant que maîtresse, Iro, répondit lentement le général. Mais en tant que courtisane. »
Un vent chargé d'un parfum capiteux parut soudain se lever dans la forêt. Rin s'arrêta, levant la tête vers le ciel d'où semblait venir ce mystérieux appel du destin.
« La formation des courtisanes commence dès 5 ans, lança le petit samouraï. Elle est trop âgée.
- Alors elle devra apprendre plus vite et plus rudement que les autres, déclara Tête de Tronc d'Arbre d'une voix sans appel. Ce que nous combattons par le sabre, une courtisane peut l'obtenir de son éventail. Le Maître a besoin d'une autre créature de la nuit.
- Qu'il en sois ainsi, fit Iro en attrapant Rin et la jetant sur son épaule. Que ce soir sois celui de la naissance d'une nouvelle compagne de la tombée du jour. »
Rin se débattit, mais en vain une nouvelle fois. Lâchant des larmes de désespoir, elle se rappela son rêve.
Elle leva les yeux vers la Lune, l'espérance se rallumant en son cœur.
Mais le ciel était désespérément vide.
Oo
La mort semblait se rapprocher de Kaede. La vieille femme avait lutté toute la nuit, mais les rayons du soleil n'avait pas soulagé sa douleur.
Une nouvelle journée n'annonçait rien d'autre qu'une nouvelle lutte jusqu'à ce que la Lune pointe.
Une fois encore, la vieille prêtresse se maudit pour sa sottise. Faire diversion qu'elle avait dit ! Dès le début, ils avaient été bernés.
Persuadée qu'il n'y avait qu'un seul groupe de samouraï, elle et les hommes étaient partis protéger les fortifications du village après le départ de Rin. Et si cela avait bien marché au début, l'assaut de nouvelles troupes avaient rapidement effacé leur mince espoir. Le groupe qu'ils avaient repoussés avait servis d'appât, de leurre pour tester leurs défenses.
Les vrais guerriers les avait cernés depuis longtemps et il ne leur avait fallut que quelques minutes pour pénétrer le village.
C'était étrange d'ailleurs. Une telle organisation pour un petit village de paysans ! Il devait y avoir un obscur secret derrière tout cela, la prêtresse en était sûre. Malheureusement pour elle, elle n'avait pas eu le temps de percer ce mystère car l'éboulement avait été plus rapide.
La minuscule muraille qui entourait le village s'était écroulé droit sur eux, et bien vite Kaede avait été enseveli sous une tonne de pierres.
Les dieux devaient cependant être de son côté, car elle n'en était pas morte sur le coup... Mais son corps était meurtri de toute part, sa respiration devenait laborieuse si bien que chaque souffle était une torture.
Mais elle avait tenue, toute la nuit. Elle avait vus les hommes tomber et fuir, les samouraï piller et massacrer avant de brusquement s'effacer.
Et depuis plus rien. Le reste de la nuit était passée sans que les guerriers du shogun ne se manifestent de nouveau. Et elle était là, agonisante.
« Tout ça pour rien, songea-t-elle. Tout ces morts, tout ce sang versé... en pure perte ! »
Des bruits de pas se firent entendre, tout près d'elle. Le peut de souffle qui lui restait se bloqua dans sa gorge alors que Kaede entendait le bruit d'un sabre dégainé de son fourreau.
Ah ! Il en restait bien un en fin de compte ! Parfait, qu'il abrège ses souffrances, il était temps. Elle ne le supplierait pas.
Elle entendit un sifflement, puis les pierres qui la meurtrissaient se dissipèrent de part et d'autre de son corps. Ouvrant les yeux, la vieille prêtresse vit ses membres inertes de nouveau à l'air libre, même si elle était encore incapable de mouvements.
« C'était un coup superbe, Sesshomaru-sama ! » s'écria une voix aiguë.
Stupéfaite, Kaede tourna la tête pour voir Jaken, petite créature verte, et Sesshomaru, le frère d'Inu-Yasha, debout près d'elle.
« Sesshomaru ! Glapit-elle avec peine. Comment... ? Que faites-vous...
Le yôkai ne lui répondit pas et marcha en direction de la bâtisse aux malades.
- Sesshomaru-sama a senti l'odeur du sang il y a deux heures de cela, lui lança Jaken. Il a tout de suite compris que cela venait du village et nous avons fait demi-tour. Il m'a même donné un coup de pied pour que j'aille plus vite, bouhou Sesshomaru-sama est si peu indulgent à mon égard...
- Jaken, le coupa Sesshomaru.
- Ou... Oui Sesshomaru-sama ?!
- Prépare toi à repartir. Rin n'est pas au village. Je ne la sens pas.
- Hein ? Rin ?! Mais où a-t-elle bien pus aller ? Couina Jaken en faisant des bons. Tu le sais toi, vielle femme mourante ?
- Elle devait suivre les autres dans la forêt, à l'Est... répondit Kaede. Ils devaient partir en direction d'Inu-Yasha et de Kagome... Et je te signale que je suis encore vivante !
- Bien, Sesshomaru-sama partons à l'Est ! S'écria Jaken.
Et il se mit à courir.
- Jaken, l'interpella encore une fois Sesshomaru. L'odeur de Rin n'est pas avec les autres villageois. Elle est vers le fleuve.
- Au... au fleuve mon seigneur ? Mais le fleuve, c'est ce qui mène au royaume du shogun ! Avec les sombres forces que vous avez senti ces derniers jours vous ne devriez pas...gnoumf!
Sesshomaru venait de lui marcher dessus. Jaken se releva en grognant :
- Sesshomaru-sama doit être vraiment inquiet pour partir en direction d'une telle décharge d'énergie noire... Pourquoi diable Rin s'est-elle rendu là bas ?
- Rin... Il la retrouvera ? Demanda faiblement Kaede. Il faut... Il faut prévenir les autres.
- Ne t'inquiètes pas pour ça, Ba-chan ! Nous avons croisé Inu-Yasha et Kagome sur notre route, ils ne devraient plus tarder à arriver maintenant. Quant à Rin... Mon maître n'échoue jamais ! Il est plus rapide que le vent ! D'ailleurs s'il partait à pleine vitesse maintenant se serait impossible de le rattraper et...
Jaken s'interrompit. Sesshomaru n'était plus qu'un point à l'horizon.
« Sesshomaru-samaaaaaaaaaaaaaaaaaa ! Attendez-moi ! » hurla-t-il en se mettant à sa poursuite.
Kaede le regarda courir tant bien que mal derrière son maître alors qu'elle-même sentait la force revenir un peu dans ses muscles.
Fermant les yeux, elle songea à Rin et l'inquiétude la saisit. Sans qu'elle ne puisse l'expliquer, elle avait le pressentiment qu'une chose affreuse était arrivée à la petite.
« Fait vite, Sesshomaru... » murmura-t-elle.
Oo
Rin se débattait, hurlait, tandis qu'on resserrait ses liens.
Les samouraï avaient voyagé toute la nuit, et malgré sa résolution de ne pas fermer les yeux, la fatigue et la peur avaient finis par la plonger dans un sommeil agité.
A son réveil, ils étaient près d'un lac et avaient attendu en silence jusqu'à ce que Tête de Tronc d'Arbre se tourne en direction des côtes. Une jonque arrivait.
Et à partir de ce moment là, l'effroi avait pris possession de Rin.
Ils allaient l'emmener ! Loin du village, loin de Kaede, loin de Sesshomaru-sama...
Ils allaient l'emporter sur ce navire effrayant, la faire voyager sur ces eaux traîtres jusqu'aux régions gouvernées par le shogun... Ces mêmes régions où l'on parlait de morts, d'obscur pouvoir et de dévoreurs d'âme.
Rin avait donné des coups, appelé à l'aide, sans résultats. Elle ne voulait pas ! Elle refusait de monter sur ce bateau maudit, d'être emmené dans ces cités immenses que les autres enfants du village décrivaient, non...
Les hommes lui faisait peur. Elle se l'était promis, jamais plus elle ne retournerait vivre auprès des humains. Kaede et le village avaient été l'exception, mais elle n'avait jamais eu l'intention de demeurer pour toujours auprès d'eux...
La personne avec qui elle voulait être, c'était...
« Montez-la à bord, ordonna froidement Tête de Tronc d'Arbre. Et faite la taire ! »
Impuissante, Rin se fit traîner à l'intérieur de la jonque et assista, pleurant et criant, au départ du navire.
Tout les samouraï n'embarquaient pas, la plupart d'entre eux demeuraient au sol afin de continuer les recherches. Parmi ceux qui restaient, il y avait le petit soldat s'étant délecté de la mort de son frère d'arme. Lorsque la côte s'éloigna et qu'il croisa le regard de Rin, il leva son annulaire avant de le passer en travers de sa gorge d'un air sadique.
Ce fut le dernier geste qu'il commis de toute sa vie.
Lorsque le Bakusaiga transperça sa chair, le rictus du samouraï se figea. Baissant les yeux vers son ventre, il vit la pointe du sabre se retirer avant de tomber au sol, raide mort.
Rin n'en croyait pas ses yeux, tandis que les guerriers se tournaient tel un seul homme vers le nouvel arrivant.
Il était là. C'était lui !
« Sesshomaru-sama ! »Cria-t-elle
Le yôkai leva les yeux vers elle à l'appel de son nom, mais déjà les samouraï le chargeait.
« En pure perte, pensa la fillette, rien ni personne ne peut battre Sesshomaru-sama ! »
Elle se tourna vers Tête de Tronc d'Arbre et fut surprise de ne pas le voir inquiet outre mesure.
« Mon général, s'exclama un des marins, nos hommes ne sont pas de taille, ils vont se faire massacrer !
- Ils vont l'être, en effet, lui répondit tranquillement son supérieur.
Les événements semblaient lui donner raison. Utilisant sa technique du Whip of Light, Sesshomaru fit surgir un fouet vert entre ses mains et avait déjà tranché le corps de sept des dix attaquants.
- Il va foncer droit sur nous et tous nous massacrer ! Insista le matelot.
- Maintenez le cap, commanda Tête de Tronc d'Arbre. Ce yôkai ne pourra rien nous faire une fois les falaises passées. »
« Sesshomaru-sama sait voler, pensa Rin en retenant tant bien que mal un air de dédain . Et il est tellement rapide qu'il peut se déplacer où il veut en un instant ! Alors s'il croit qu'un peu d'eau va l'effrayer, ce général se met le doigt dans l'oeil ! ».
Les marins paraissaient de l'avis de la fillette, car peu d'entre eux se mettaient à la tâche :
« Avec tout le respect que je vous dois, mon général... Le fleuve ne l'arrêtera pas ! Il faut abandonner le navire tant qu'on en a l'occasion !
Déjà, le dernier samouraï tombait à terre, et Sesshomaru s'apprêtait à avancer.
La jonque venait de passer les falaises.
- Contemplez bien, vous autres, lança Tête de Tronc d'Arbre, car voici le réel pouvoir du Maître. »
Sesshomaru courrait à une telle vitesse que ses pieds effleuraient à peine le fleuve. Du navire, il paraissait littéralement sprinter sur l'eau.
Les marins se mirent à hurler tandis qu'il se rapprochait à une vitesse terrifiante. Certains s'étaient jetés par dessus bord, préférant se noyer que d'affronter le démon.
Seulement, alors que Sesshomaru n'était plus qu'à quelques mètres, le vent se leva, un souffle froid et menaçant qu'aucune brise à ce jour n'avait jamais porté.
La rafale paraissait tourner autour du bateau, comme guidée par d'obscures forces, et convergea d'un coup vers le yôkai. Subitement, Sesshomaru percuta une barrière qui le rejeta en arrière avec violence.
« Un kekkai ! » S'écria un marin tout proche de Rin, tandis que Tête de Tronc d'Arbre souriait d'un air satisfait.
Et c'en était bien un effectivement. Un puissant, que ni les griffes, ni les sabres, ni même le fameux dragon de foudre « Dragon Strike » ne parvînt à ébranler.
Les hommes se relevaient tandis que Sesshomaru s'acharnait en vain sur la barrière.
« Le fou va juste réussir à se blesser... lança Tête de Tronc d'Arbre avec dédain.
- Sesshomaru-sama ! Appela Rin.
Le yôkai fut de nouveau projeté en arrière, plus brutalement cette fois. Des traces de brûlures apparaissaient sur ses mains.
- Sesshomaru-sama ! Hurla une seconde fois la fillette.
- Ne vous avez-je pas dit de la faire taire ? »Tonna le général.
Les hommes la saisirent une fois encore et l'empêchèrent de bouger alors que Tête de Tronc d'Arbre ouvrait la soute d'un coup de pied.
Rin continuait d'appeler Sesshomaru tandis que le général la soulevait. Adressant un rictus au yôkai qui observait la scène, il jeta violemment la petite au fond de la cale.
La dernière vision qu'eut Rin, fut celle de longs cheveux blancs volant au vent.
Comme dans son rêve, elle poussa un cri :
« SESSHOMARU-SAMA ! ».
Fin du chapitre
Et voici pour commencer. Un chapitre long et complet, car beaucoup de choses à mettre en place !
J'essayerai de poster régulièrement, mais je ne peux rien promettre.
Qu'en avez-vous pensé ? N'hésitez pas à donner votre opinion, tout les avis sont acceptés.
Bien à vous, jusqu'à la prochaine fois !
Disclaimer : Sesshomaru, Kaede, Rin et Jaken appartiennent à Rumiko Takahashi. Tout les autres personnages proviennent de mon imagination.
