Chapitre 3 :

Le Kelly's était beaucoup plus silencieux « en journée ». Les clients travaillaient et les rares personnes présentes à consommer ne prenaient que des boissons sans alcool. Aucune musique d'ambiance ou de brouhaha énervant. Kelly aimait travailler dans ces moments-là, laissant les soirées à sa fille Margot.

Tout en revenant derrière le comptoir après avoir servi un couple qui se faisait les yeux doux, la propriétaire du lieu vérifia une énième fois son portable et soupira. Toujours rien, aucune nouvelle, mais où était-elle, bon sang ?!

Il était vrai que leur relation mère-fille avait connu quelques tensions et plus d'une fois par le passé, elles ne s'étaient plus parlé pendant des mois, mais depuis leur alliance pour créer la Résistance contre le Dirigeant tout s'était plus ou moins arrangé. Margot avait mûri en endossant le rôle de Capitaine et Kelly avait plus d'une fois ressentie de la fierté pour sa fille.

Peut-être aurait-elle dû lui dire plus souvent à quel point elle s'en sortait bien…

L'inquiétude coulait dans ses veines, Margot ne répondait pas à ses messages depuis presque deux jours… Une sueur froide courra le long de sa colonne vertébrale, comprenant l'évidence… Margot s'était fait arrêter par la garde du Dirigeant et devait certainement être entre les mains de Crazy Tilly à l'heure qu'il était. À cette pensée, la panique envahit son corps et elle prévint une de ses serveuses qu'elle s'absentait pendant un moment. L'hystérie s'emparait d'elle en sortant du bar, marchant rapidement sur le trottoir vers sa destination. Elle n'arrivait pas à garder la tête froide, il fallait qu'elle déclare sa disparition aux autorités sinon elle deviendrait folle. Si la Résistance apprenait l'absence de leur Capitaine, cela engendrerait une perte d'espoir qu'il valait mieux éviter, et puis la police pouvait être efficace pour retrouver quelqu'un, du moins l'espérait-elle.

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Tilly pianotait sur le clavier de l'ordinateur. Emma n'allait pas tarder à la rejoindre et elle lui laisserait sa place pour aller vadrouiller un peu.

Assise dans la salle du commissariat qui leur était réservée, Tilly se dit une nouvelle fois, que cette pièce devait ressembler au poste du shérif à Storybrooke. Sauf qu'ici, leurs collègues étaient relégués à l'autre partie de la bâtisse et ne les aimaient pas, les prenant pour les chouchous du Dirigeant. S'ils savaient à quel point ils étaient proches de leur chef suprême ils auraient tremblé de peur.

Elle leva les yeux vers le jeu de fléchettes, se souvenant de quelques parties avec le Lieutenant durant lesquelles Emma la battait systématiquement. Elle sourit à la cible et aux soirées de garde dansant devant ses yeux, de ces heures de travail à parler et plaisanter avec une version agréable du Dark One, puis se figea en entendant les talons claquer sur le sol.

Ivy s'arrêta dans l'encadrement de la porte et la couva du regard.

– Sergent, susurra-t-elle, fermant la porte derrière elle en s'approchant.

Tilly l'observa poser son sac sur le bureau à côté d'elle et afficha un sourire sur son visage en s'exclamant :

– Quelle bonne surprise ! Qu'est-ce que tu fais-là ?

Ivy la détailla puis adopta une moue séductrice :

– Je suis venue te voir, dit-elle en s'asseyant sur ses genoux.

Tilly se raidit et ne put s'empêcher de retenir Ivy par la taille qui partait légèrement en arrière, surprise par sa réaction. La jeune femme leva le menton du Sergent et chercha son regard.

– Tilly que se passe-t-il ? Lui demanda-t-elle sincèrement inquiète. Tu es différente depuis quelques temps… Je ne t'ai quasiment pas vu ces deux derniers jours et j'ai l'impression que tu m'évites… Je…

Elle ne termina pas sa phrase détournant la tête pour chasser les larmes qui menaçaient de sortir. Tilly s'en aperçut. Elle aurait dû la détester, mais les « souvenirs » en compagnie d'Ivy n'avaient rien de désagréables. Bien sûr, la femme sur ses cuisses possédait une noirceur effrayante au fond d'elle. La sorcière était même responsable de leur présence dans ce monde obscur et sans magie, mais ce côté sombre collait apparemment à la peau des trois quart des habitants d'Hyperion Heights… et son corps n'avait pas oublié leurs nuits ensemble dans cette réalité. Tous ses souvenirs, ceux d'Alice et de Tilly se confondaient et le fait de continuer à vivre au sein d'un sort qui n'avait pas été brisé la déboussolait terriblement. Elle ferma les yeux et se concentra sur Robin lorsqu'elle sentit les lèvres d'Ivy sur les siennes. Répondant malgré elle au baiser, elle serra Ivy plus près d'elle et se dégagea doucement en entendant son gémissement.

– Ivy… non, pas ici…

Elle ne termina pas sa phrase, interrompue à nouveau par la bouche d'Ivy sur la sienne. Elle était sur le point de céder quand résonna la voix en colère à l'autre bout de la pièce.

– Ivy !

Elles sursautèrent et Ivy leva les yeux au ciel en s'écartant, souriant néanmoins, un peu plus rassurée par l'attitude de Tilly quelques instants plus tôt à son égard, avant de se tourner vers celle qui venait de les arrêter.

– Oui ? Demanda-t-elle d'un ton innocent.

Emma les bras croisés la fusillait du regard.

– Il y a peu de chose que je t'interdis, mais te taper mon Sergent dans mon commissariat en fait partie…

– Tu peux toujours sortir et nous laisser terminer…

Emma s'approcha en fulminant et Ivy baissa les yeux, elle avait beau savoir que la femme devant elle ne se rappelait de rien, elle voyait toujours en elle le Dark One lors de ses accès de colère et préférait ne pas trop l'énerver.

– Ok, j'y vais !

– Non, tu restes là.

Le Lieutenant Swan se tourna vers Tilly qui n'osait pas croiser son regard.

– Tu crois que cela me plaît de te surprendre en train de faire gémir ma petite sœur sur une des chaises que j'occupe régulièrement ?

Tilly ne savait plus où se mettre.

– Je…

– Tais-toi ! Tu seras de garde tous les soirs de la semaine ! Ça vous apprendra à toutes les deux, dit-elle en se tournant vers Ivy qui boudait ses dernières paroles ainsi que la tournure que prenaient les évènements.

– Mais, voulut-elle argumenter, c'est moi qui…

Elle fut stoppée par les coups à la porte. Elles se retournèrent pour observer une femme rousse qui semblait gênée de se trouver là.

– Euh… Excusez-moi, je cherche le Lieutenant Swan…

Emma ferma les yeux et inspira profondément pour se calmer. Elle s'avança en souriant vers l'inconnue et se présenta :

– Je suis le Lieutenant Swan, que puis-je faire pour vous, Madame… ?

– Black, Kelly Black, je viens signaler une disparition et la personne à l'accueille m'a dit de venir vous voir…

– Elle a bien fait, venez, installez-vous sur cette chaise, lui proposa Emma.

Kelly obéit en silence pendant que le Lieutenant s'adressait à sa demi-sœur.

– Ivy va me chercher un café s'il te plaît, puis se tournant vers Tilly elle ordonna, prends la déposition de Madame Black.

Elle s'assura qu'Ivy lui obéissait en sortant de la pièce et vint s'installer en face de Kelly, ne prêtant pas attention au bruit des touches du clavier sur lesquelles tapait Tilly, remplissant le début du formulaire.

– Très bien, Madame Black, expliquez-moi tout depuis le début. Qui a disparu ?

– Ma fille, Margot. Elle fouilla dans son sac et sortit une photo d'elle et sa fille qui souriaient à l'objectif. Elle…

Kelly s'interrompit en reniflant. Emma la regarda gentiment en disant avec douceur.

– S'il vous plaît, continuez…

– Je n'ai pas de nouvelles depuis deux jours, elle ne répond pas à mes textos ou mes coups de fils, ne me rappelle pas… Elle avait assisté à une conférence à la fac et devait rentrer au bar juste après mais…

– Au bar ?

– Oui, c'est moi qui tient le Kelly's, vous savez celui près du métro aérien, Margot m'aide souvent, elle y est barman plusieurs fois par semaine…

Emma hocha la tête, le Kelly's, elle en avait entendu parler mais n'y était jamais entrée.

– Je crois qu'elle a fait une mauvaise rencontre, continua Kelly en sortant un mouchoir pour s'essuyer les yeux. Pourtant il était encore tôt, je veux dire par rapport au couvre feu… J'ai tellement peur… Il faut la retrouver !

– Nous allons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour ça, Madame Black… Dites-moi, votre fille a-t-elle des ennemis ?

À part toute la garde du Dirigeant ? Pensa Kelly.

– Non, bien sûr que non, Margot est une jeune fille bien, elle est étudiante en droit et est sur le point de devenir avocate !

Tilly avait cessé de taper et observait Kelly, une des leaders de la Résistance. Elle comprenait de qui Margot tenait son sang froid. Cette femme mentait incroyablement bien et le plus fou était qu'elle le faisait au Dirigeant en personne sans le savoir ! Elle entendit les talons d'Ivy se rapprocher et reprit son rapport.

Emma se leva et attrapa la photographie en regardant Kelly.

– Madame Black, puis-je garder cette photographie ?

Kelly hocha la tête.

– Comme je vous l'ai dit nous allons faire tout notre possible pour retrouver votre fille. Auriez-vous un numéro de téléphone ? Pour que nous puissions vous tenir au courant de l'enquête ?

Kelly fouilla dans son sac et sortit une carte de son bar.

– Vous trouverez toutes les informations dont vous avez besoin là-dessus, dit-elle en lui tendant.

Emma la récupéra et la parcourut des yeux.

– Merci, Madame Black, le sergent Wonder va vous reconduire chez vous. Expliqua-t-elle en lui tendant une main pour l'aider à se lever.

– Et c'est tout ? S'étonna Kelly.

– Pour le moment, oui.

Kelly murmura un merci et s'approcha de Tilly qui hochait la tête en direction d'Emma pour lui signifier qu'elle avait terminé. Elle jeta un coup d'œil à Ivy qui tendait un gobelet de café à sa demi-sœur et la regardait, elle, avec un désir non dissimulé.

– Tu peux me ramener aussi ? Lui demanda-t-elle.

– Non, fut la réponse d'Emma à sa place, tu restes ici, j'ai à te parler.

Ivy souffla et Emma lança les clefs de la voiture de service à Tilly en ordonnant :

– Tu n'as pas à vadrouiller ?

Tilly attrapa les clefs au vol et se mit rapidement debout passant près de Madame Black l'invitant à la suivre.

– Venez, Madame Black.

Emma et Ivy les regardèrent quitter le bureau en silence, puis le lieutenant s'assit, se mit à boire et grimaça.

– Tu as mis du sucre ! Tu sais à quel point je déteste ça dans mon café !

– Oups… Se contenta de répondre Ivy.

– Tout ça parce que je vous ai interrompu ? Tu as quel âge ?

– Le moment était solennel.

– Tu parles, vous alliez vous envoyer en l'air ici, oui !

Ivy soupira.

– J'ai peur que Tilly ait rencontré quelqu'un d'autre…

Emma se redressa et posa le gobelet sur la table scrutant les traits de sa demi-sœur debout les bras croisés qui laissait ses yeux vagabonder dans la pièce autour d'elle pour ne pas affronter son regard inquiet.

– Qu'est-ce qui te fait penser ça ?

– Elle a changé ses derniers jours… Elle ne me touche plus.

Emma se leva et vint lui mettre les mains sur les épaules en la regardant droit dans les yeux.

– Écoute, je suis sûre que ce n'est pas grand-chose, tous les couples ont des hauts et des bas. Vous êtes ensemble depuis deux ans et Tilly est folle de toi.

Parce qu'elle est sous l'emprise d'un sort, pensa Ivy, souriant néanmoins à Emma, en avouant malgré elle.

– Oui, et crois le ou non, mais j'en pince vraiment pour elle.

Emma éclata de rire à cette confession plus qu'évidente et passa son bras sur ses épaules en un geste protecteur la guidant vers une des chaises.

– Tu as vu ta mère récemment ? Lui demanda-t-elle en la lâchant, s'asseyant sur la chaise à côté d'elle.

– Oui…

– Et ?

– Elle est toujours aussi folle…

Emma baissa la tête et la releva aux paroles d'Ivy :

– J'aimerais tellement que papa soit encore parmi nous.

– Je sais, gamine, approuva tristement Emma en lui posant une main sur la sienne. Il serait fier de toi, une avocate dans la famille ! Elle releva la tête en souriant à sa petite sœur qui reprenait contenance.

Emma se leva et arpenta la pièce.

– Une avocate, comme cette Margot Black, pensa-t-elle tout haut. Je vais confier cette enquête à Tilly… Dis-moi, t'a-t-elle parlée de ses recherches sur la Résistance ?

Ivy reprit un air professionnel, leur « moment familial » était passé et le Dirigeant se trouvait face à elle.

– Non, avoua-t-elle. Je crois qu'elle ne trouve rien et que cela l'affecte…

– C'est peut-être la raison de votre éloignement ? Tenta de la rassurer Emma.

– Peut-être…

– Et Rogers ? Comment va-t-il ?

– Il est encore secoué par l'attentat du théâtre et menace de démissionner…

– Le Dirigeant ne démissionne pas ! S'offusqua Emma. Il va falloir que j'aille lui parler.

– Tu devrais, il avait l'air de croire que le contrat que vous aviez passé ne stipulait pas que l'on tente d'en atteindre à sa vie…

– Quel pleutre ! C'était juste une petite explosion ! S'agaça Emma.

– Qui a failli lui arracher une jambe…

– C'est un détail.

Ivy sourit, de temps en temps elle retrouvait son ancien maître même sous les traits du Lieutenant Swan et cela la ravissait. Elle se sentait tellement seule dans cette ville à certains moments et se raccrochait à tout ce qu'elle pouvait. Elle regarda Emma qui fronçait les sourcils, sûrement en train de penser à sa marionnette qui semblait vouloir faire des siennes.

– Et toi ? Questionna Ivy. Tu as quelqu'un en ce moment ?

Emma lui jeta un coup d'œil en répondant :

– Rien de bien sérieux…

Ivy s'en voulut de ne pas lui avoir « trouvé une personne » mais elle savait que si le sort était un jour brisé, le Dark One l'étriperait vive pour avoir joué avec ses sentiments.

– Je suis certaine qu'il existe quelqu'un ici qui conquerra le Lieutenant Swan… Déclara Ivy sans vraiment y croire.

Emma sourit :

– Peut-être, mais qui que soit cette personne, elle n'habite pas Hyperion Heights !

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Tilly sentait toute l'inquiétude de Kelly Black dans la voiture à côté d'elle. Elle essayait de ne pas se trahir, et de ne pas s'en vouloir pour ce qu'elle faisait subir à cette femme au bord de la crise de nerf. Mais elle savait qu'elle n'avait pas le choix. Elle brisa le silence de l'habitacle :

– Je suis certaine qu'on va retrouver votre fille, Madame Black.

Kelly se tourna vers elle et la considéra avec attention :

– Vous êtes aimable, Sergent Wonder, et j'espère de tout cœur que vous avez raison, que Margot n'est pas en danger…

Pas le moins du monde, pensa Tilly en arrivant près du bar, garant la voiture de police à quelques mètres. Elle éteignit le moteur et se tourna vers Kelly.

– Madame Black, avez-vous quelqu'un avec qui attendre de nos nouvelles ?

– …

– Un proche, une personne de votre famille qui pourrait vous épauler pendant cette épreuve difficile ?

Kelly détourna les yeux, puis murmura :

– J'ai une sœur…

– Appelez-la.

– On ne se parle plus depuis des années, la coupa Kelly. Elle n'habite même pas ici et…

– Appelez-la, répéta fermement Tilly. Pour votre fille, elle viendra.

– Peut-être avez-vous raison, répondit doucement Kelly avec un regard triste. Merci, Sergent Wonder pour tout ce que vous faites pour moi, dit-elle avant de sortir du véhicule.

Tilly l'observa rentrer dans le bar, le dos voûté, la tête baissée s'imaginant les pires scenarii sur ce que devait endurer sa fille quelque part.

C'était officiel, Tilly se détestait.

Elle acheta de quoi manger en chemin et conduisit jusqu'au Container qui avait jadis été son refuge, sa maison avant sa rencontre avec Ivy. Et dire que tous ses souvenirs n'étaient qu'un mensonge, une invention… Elle frappa à la porte le code convenu entre elles et attendit. Quand Robin lui ouvrit, sa tristesse disparut et elle pénétra dans la maison en fer en expliquant gaiment :

– Je nous ai acheté de quoi grignoter et je t'ai apporté quelques bouquins, dit-elle en remarquant le canapé lit déplié et dont les draps défaits la firent légèrement rougir.

Robin capta son trouble mais ne dit rien, préférant s'assoir en désignant la table pour qu'elle pose le déjeuner et les bouquins, changeant de sujet :

– Tu n'es pas censé travailler ?

– Si, je suis en vadrouille et je viens d'avoir l'ordre de mon chef, je suis officiellement en train de te chercher…

Robin fronça les sourcils :

– Ça a marché, murmura-t-elle.

– Oui, ta mère est passée au commissariat ce matin pour signaler ta disparition, répondit Alice en s'asseyant. Elle était dévastée, j'ai vraiment failli nous trahir, avoua-t-elle. Il a fallut que je fasse appel à tout le côté intransigeant de Tilly pour rester insensible…

Robin la regarda en silence, puis expliqua :

– Ma mère est forte, elle va tenir.

– C'est quand même assez ignoble ce qu'on lui fait subir…

– On était d'accord, la coupa Robin, c'est le seul moyen pour faire revenir Roni. Ma mère est tellement butée que si je n'étais pas en jeu, elle ne l'appellerait pas.

– Tu as raison, je lui ai d'ailleurs glissé dans une conversation de la contacter.

– Bien.

Alice la contempla un long moment puis baissa les yeux :

– Je me demande parfois à qui j'ai affaire avec toi, Robin ou Margot ? D'où te vient cette force ? Cette certitude que l'on peut y arriver ?

– Je ne sais pas trop, avoua Robin, ma tante est The Evil Queen, dit-elle en souriant, je suppose que ça aide…

– Oui, tu dois avoir raison.

Alice regarda autour d'elle et demanda :

– Tu ne t'ennuies pas trop ?

– Parfois un peu, si, expliqua-t-elle en se levant, s'approchant du canapé, elle attrapa le livre et continua en revenant, le posant sur la table. J'ai lu et relu le livre… Et je sais que si tu n'avais pas pris mon portable, j'aurai certainement appelé ma mère… Tu vois je ne suis pas si forte après tout… dit-elle avec une petite moue triste, fixant le bouquin noir.

Alice se leva et vint se placer à côté d'elle, attendant qu'elle lève la tête vers elle, souriant gentiment :

– Hé, arrête de dire ça, tu es une fille extraordinaire, ça fait deux jours que tu restes dans ce Container, moi je serais déjà devenue folle et quand je te regarde je suis complètement…

Robin la dévorait des yeux attendant la suite :

– Oui ?

Il n'en fallut pas plus, Alice s'approcha et l'embrassa sentant toute l'attente et le désir contenu dans la réponse de Robin qui l'attirait plus près d'elle.

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Le temps ne comptait plus, elle contemplait la jeune femme allongée à côté d'elle qui abordait le même air ravi que celui qui devait se peindre sur son propre visage, scrutant le plafond en métal :

– Il était temps que ça arrive je n'aurais pas pu tenir plus longtemps avant de te prendre dans mes bras, confessa Alice.

Robin se mit à rire et redevint sérieuse :

– J'ai parfois tellement de mal à coordonner mes idées. À un moment tu es Alice pour moi et la seconde d'après je vois en toi Crazy Tilly et je m'en veux parce que tu travailles pour le Dirigeant et que j'ai quand même envie d'être à tes côtés…

– Je comprends ce que tu veux dire, le sort continue à avoir de l'influence sur nous…

Robin tourna la tête vers elle, portant la main à sa joue, la caressant doucement. Alice lui prit le poignet et déposa un baiser dans sa paume puis soupira en proie à un sentiment de culpabilité :

– Margot, il faut que tu saches quelque chose sur moi… Je veux dire sur Tilly…

– Dis-moi.

Alice tenait toujours sa main, jouant avec ses doigts, embrassant l'index, puis le majeur sous le regard amoureux de la jeune femme à ses côtés.

– Je… Commença-t-elle en lâchant finalement sa main. Tilly est avec quelqu'un…

Elle sentit Robin se raidir à ses côtés :

– Qui ?

– Ivy…

– Ivy Bellfrey, l'avocate du Dirigeant ?!

– Oui, et sa demi-sœur…

Robin s'assit dans le canapé sans soucier de couvrir sa poitrine l'observant avec colère.

– Dis-moi que c'est une plaisanterie ?! Je pensais que vous n'étiez plus ensemble depuis que tu t'étais réveillée !

Alice évita de la regarder en répondant :

– Non, on est en couple depuis deux ans et… ce que tu as dit tout à l'heure sur le fait d'avoir tes souvenirs mélangés, je… Elle ne termina pas sa phrase.

Robin la regardait en fronçant les sourcils puis comprit :

– Non…, murmura-t-elle.

Elle sortit du lit complètement nue et s'habilla rapidement en grinçant des dents :

– Putain, ce n'est pas possible…

Alice paniquée par ce qui était en train de se dérouler, sortit également du lit pendant que Margot s'éloignait, marchant dans le petit espace pour se calmer. Alice enfila un T-shirt en la suppliant :

– Robin, s'il te plaît, parle-moi !

La jeune femme se retourna et fixa avec colère une Alice bataillant avec son pantalon :

– Te parler ? Mais bordel de quoi, Alice ?! Il y a quinze jours je ne te connaissais pas et aujourd'hui je suis quasiment en train de te faire une crise de jalousie ! Merde, je ne suis pas du genre possessive et je me retrouve à ressentir cet amour incroyable pour toi parce que t'es mon âme sœur ! Dans cette réalité, je viens d'obtenir mon diplôme d'avocate et je n'ai même pas eu le temps de le dire à ma mère qui s'avère être la méchante sorcière de l'Ouest ! Et moi je suis la fille de Robin des bois et une de mes plus grandes passions c'est de tirer à l'arc ! Tout ça est tellement absurde !

Elle expira bruyamment, reprenant d'une voix cassée :

– Je hais cette ville, le Dirigeant, et pourtant tout semblait presque plus simple avant que…

Alice l'avait rejointe, devant elle, elle termina sa phrase à voix basse :

– Avant que je ne te réveille… Est-ce que tu le regrettes ?

Robin croisa son regard peiné et ferma les yeux, elle les rouvrit et la prit dans ses bras :

– Ne dis pas n'importe quoi, bien sûr que non je ne regrette pas, je suis juste perdue…

– Moi aussi, confessa Alice, sentant l'étreinte se resserrer à ses mots.

– On va y arriver, affirma Robin.

Elles restèrent enlacées un petit moment puis elles se dégagèrent pendant que Robin reprenait :

– Je n'ai toujours pas mangé…

Alice sourit tristement :

– Ça risque d'être froid…

– Tant pis, répondit Robin en attrapant l'hamburger dans la poche en papier. Elle s'assit, mordit dedans, le mâchouilla un peu et reprit. Parle-moi de toi, de ta vie avant le sort, je ne te connais même pas… Alice.

La jeune femme sourit et mit de l'eau à chauffer pour un thé en s'asseyant également.

– Je suis née dans une tour…

Tower girl… plaisanta Robin en prenant un air rêveur.

– Ok, si tu m'interromps, on ne va pas aller bien loin.

– Pardon, s'excusa Robin.

Alice sourit et se releva pour leur préparer des tasses :

– Mon père est le Capitaine Crochet, pas le « vrai » celui tiré d'un vœu d'Emma, une vague histoire avec Aladin... Je ne sais pas si tu vois de quoi je parle ?

– Si, ma mère m'a raconté, précisa Robin.

– Mon père, il est… Il était, euh, plutôt moche, gros et avec des dents pourries, mais c'était mon papa, le meilleur père du monde. Il a essayé de redevenir jeune une fois, et c'est comme ça qu'il a rencontré ma mère. Il a aidé The Evil Queen, celle de la version du vœu d'Emma et elle lui a parlé d'une belle sorcière dans une tour… Et me voilà.

Robin s'arrêta de mâcher et la regarda avec des yeux ronds :

– Tu veux dire que cette sorcière et ton père ont couché ensemble ?!

Alice l'observa d'un air moqueur :

– C'est bien d'en être resté à Jannot lapin et Peter Pan…

Robin leva les yeux au ciel.

– Mais non ! Tu vois ce que je veux dire, coucher avec ton père, c'est vrai qu'il était sacrément repoussant…

Alice hocha la tête et expliqua :

– Elle lui a dit qu'elle était désespérée et puis elle voulait vraiment s'échapper de cette tour grâce à mon sang, alors… Attends, comment sais-tu pour le physique de mon père, ma description n'était pas suffisante pour… ?

– Je l'ai rencontré.

– Comment… ?

– Dans la Forêt Enchantée. Il nous a expliqué que tu recherchais quelqu'un pour briser le sort dont vous étiez victimes à Wonderland, pendant que lui essayait aussi de son côté avec ma mère. Mais ils n'ont pas réussi et…

Robin s'arrêta et fixa Alice :

– Mais je t'avais déjà vu !

– Comment ça ?

– Un jour sur la place du marché, je vous ai vu, tu as essayé de le prendre dans tes bras mais il a été repoussé et s'est tordu de douleur sur le sol. J'ai voulu venir voir ce qu'il se passait mais tu fuyais déjà…

– Tu étais là sur la place, murmura Alice.

– Oui, tu aurais attendu une minute de plus et peut-être que notre destin aurait été différent.

– Peut-être, comme il est aussi possible que je ne serai pas partie à la recherche de The Evil Queen pour aider papa.

– Si, mais je serais venue avec toi.

Alice croisa le regard de Robin et secoua la tête pour reprendre ses esprits en marmonnant :

– Tu es terrible…

Robin se mit à rire puis reprit :

– Et c'est comme ça que tu as rencontré Regina.

– Oui, elle n'a pu rien faire pour le sort mais elle a redonné une nouvelle jeunesse à papa.

Robin parut confuse :

– Je ne comprends pas…

Alice prit un air mystérieux :

– Tu ne sais pas qui est mon père ici ?

– Euh, non…

– Rogers…

– Le Dirigeant !

– Non, celui qui se fait passer pour le Dirigeant pour le compte d'Emma, corrigea Alice.

Robin hocha la tête :

– C'est vrai… Alors, Rogers est ton père… Dis-donc il est sacrément canon !

– Je devrais être jalouse, plaisanta Alice.

Robin croisa son regard et répondit :

– Tu n'as rien à craindre.

Alice déglutit et baissa les yeux pendant que Robin reprenait :

– Et si j'étais moi aussi avec quelqu'un dans cette réalité…

– J'en serais malade, la coupa Alice.

Robin acquiesça :

– Alors tu sais ce que je ressens…

– Oui.

– Qu'est-ce que tu vas faire ?

– Lui dire que j'ai rencontré quelqu'un d'autre et que je veux qu'on se sépare.

Robin fronça les sourcils :

– Tu donneras mon nom ?

– Pas forcément…

– Attends que Roni revienne et que Regina soit réveillée, ordonna-t-elle. Il faut qu'Ivy soit déstabilisée, qu'elle comprenne que tout est en train de lui échapper, et si toi tu enfonces le clou en ne la soutenant pas, ça va l'affaiblir.

Alice la regarda un long moment sans rien dire puis commenta doucement :

– Margot Black, le Capitaine de la Résistance dans toute sa splendeur…

Robin sourit timidement :

– Oui, mais tu sais qu'en tant que Margot, j'aurai été sacrément timide avec toi.

– J'ai eu un aperçu dans la ruelle, plaisanta Tilly.

– Tu m'as vraiment draguée lourdement et…

Robin s'arrêta devant l'air ravie d'Alice :

– Tu le faisais exprès !

– Bien sûr…

Robin se mit à rire.

– Ah, Tower girl, qu'est-ce que je vais faire de toi…

– Tout ce que tu voudras, murmura Alice.

Robin rougit malgré elle et reprit :

– Quoi que tu fasses avec Ivy, je ne veux pas savoir, commanda-t-elle en serrant les dents.

Alice hocha doucement la tête et se racla la gorge.

– Il faut que j'y aille… J'ai fait une pause incroyablement longue durant ma vadrouille…

Robin sourit vaguement et se leva :

– Tu reviendras ?

– Bien sûr ! Ça va aller ?

– Oui, je vais lire ce que tu m'as apporté et prier pour que Roni arrive rapidement…

– Je te préviens dès qu'elle est là et on met au point ta « découverte » par le Sergent Wonder, d'accord ?

Robin baissa les yeux et Alice la prit dans ses bras.

– Je viendrai dès que je pourrai me libérer, je te le promets.

– Je sais…

Elle fixa un instant les yeux de Robin et pressa doucement sa main puis tourna les talons et sortit du Container, attendant que la jeune femme s'enferme avant de rejoindre sa voiture.

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Seattle, le même soir…

Roni Black assise dans le fauteuil en tissu de la chambre d'hôtel, observait la personne nue dormir dans le lit. Une femme assez attirante qui lui avait fait du gringue au bar de l'établissement. Pourquoi l'avait-elle choisie elle, au lieu du jeune loup qui la dévorait des yeux depuis le début de la soirée ? Peut-être parce que cette femme promettait beaucoup plus que lui. Et elle devait reconnaître qu'elle avait eu raison. Vêtue seulement de son chemisier en soie, Roni attrapa le paquet de cigarettes sur la table basse à côté d'elle, toujours sans quitter le corps endormi à quelques pas. Elle alluma une cigarette en se moquant de l'interdiction de fumer dans la chambre. S'il le fallait, elle paierait l'amende, elle avait besoin de nicotine, cela lui permettait de recentrer ses idées.

La vue de la chevelure blonde sur l'oreiller dans la pénombre de la chambre, avait réveillé quelque chose en elle, une sensation inconnue qu'elle ne comprenait pas, un manque profond. Roni inspira la première bouffée et ferma les yeux, chassant son trouble. Elle avait trop bu, se dit-elle. Ces réunions d'avocats pour des conférences ennuyeuses dans des hôtels quatre étoiles n'étaient vraiment pas sa tasse de thé. Elle avait accepté ce voyage à Seattle car son cabinet lui avait demandé et qu'elle brillait dans ce genre d'assemblé, mais elle aurait préféré être à San Francisco plutôt qu'ici.

Enfin, la soirée ne s'était pas si mal terminée.

Elle sourit en prenant une nouvelle bouffée, s'imaginant réveiller cette femme dont elle avait oublié le nom, mais non le parfum ou… le goût. En recrachant la fumée, elle sentit le désir monter en elle et tourna la tête au son du vibreur de son portable. Elle l'attrapa à côté du paquet, en se demandant qui pouvait l'appeler à cette heure et haussa les sourcils en voyant le nom de sa sœur s'afficher sur l'écran. Elle hésita puis se dit que si Kelly lui téléphonait après tant d'années, ce devait être important. Elle décrocha et murmura :

– Kelly ?

– Roni… J'ai besoin de toi.

Belle entrée en matière, bien qu'un peu dramatique, se dit Roni.

– Que se passe-t-il ? Demanda-t-elle poliment sur un ton froid.

Elle entendit le soupir d'agacement à l'autre bout de la ligne.

– Margot a disparu.

– …

– Ta nièce a disparu, Roni !

– Je t'ai entendu la première fois, répondit calmement Roni voyant du coin de l'œil la femme bouger dans le lit. Elle se leva et s'éloigna, se retrouvant devant la baie vitrée, contemplant Seattle de nuit et reprit, es-tu sûre qu'elle n'a pas fuguée ?

Le petit rire méprisant de sa sœur ne la surprit pas :

– Pourquoi t'ai-je appelé ? J'aurai dû me douter que tu ne serais d'aucune aide, préférant accuser ma fille d'avoir fugué plutôt qu'accepter qu'elle puisse être en danger ! Mettre sa disparition sur le compte de sa mère, parce que tu es incapable de pardonner à ta sœur une putain d'erreur de jeunesse !

– Une erreur de jeunesse qui…

– Tu sais quoi ?! Oublie ce coup de téléphone, l'interrompit Kelly, je me débrouillerai sans toi, et je suis contente que Margot ne se souvienne plus vraiment de toi… Quand je pense qu'elle a voulu devenir avocate pour te ressembler… Lâcha-t-elle avec un nouveau ton plein de dédain… Et qu'à l'heure qu'il est, elle est peut-être morte, finit-elle d'une voix brisée.

– …

– Oui, comme d'habitude reste silencieuse au lieu d'épauler ta sœur ! Conclut Kelly en raccrochant.

Roni regarda le téléphone et serra les mâchoires. Elle constata avec colère que sa cigarette s'était consumée toute seule et se figea en sentant les mains encercler sa taille et la voix rauque murmurer à son oreille :

– Il est trop tôt pour se lever, et si on reprenait où on en était… Qu'en dis-tu ?

Roni sourit au reflet dans la vitre sur lequel elle voyait la femme derrière elle l'embrasser dans le cou. Elle pencha la tête sur le côté au contact des lèvres contre sa peau, serra les poings et ferma les yeux alors qu'une main caressait son ventre prêtre à descendre entre ses cuisses. En se souvenant du téléphone dans sa main, elle attrapa le poignet déjà un peu plus bas et précisa :

– Je dois y aller.

.

L'Audi noire fonçait sur l'autoroute, la conductrice furieuse derrière le volant. Sa nièce avait disparu et sa sœur pensait réellement qu'elle s'en fichait ! Elle avait délaissé une femme, l'avait abandonnée dans une chambre d'hôtel comme un parfait gougeât et elle était frustrée, non satisfaite, honteuse de son comportement et plus qu'énervée que Kelly ait osé la traiter de lâche. Elle faillit rater la sortie et freina brutalement en entendant le crissement des pneus sur la route, imaginant les traces noires sur le goudron en accélérant de nouveau.

Hyperion Heights n'était plus qu'à quelques kilomètres quand la pluie tambourina bruyamment sur le par brise, les éclaires zébrant le ciel, et le grondement de l'orage menaçant, se rapprochant désagréablement. Elle pénétra dans la ville et arrêta la voiture sous le coup d'une rage qui lui mangea les entrailles. Les mains sur le volant, elle respira profondément pour essayer de chasser toute cette colère. Satisfaite d'avoir repris un semblant de calme, elle tenta de redémarrer plusieurs fois son véhicule sans succès. Elle jura et attrapa son téléphone en constatant que la batterie était vide et que réapparaissait sa fureur, décuplée face à ce coup du sort.

Elle sortit de la voiture, protégeant sa tête avec son sac à main, inefficace au possible. En moins de cinq minutes elle fut trempée de la tête aux pieds. Elle plissa les yeux pour apercevoir un quartier en ruine autour d'elle à travers l'épais rideau de pluie. De mieux en mieux, se dit-elle.

Roni se mit à marcher au hasard. Au bout d'un quart d'heure, elle s'apprêtait à rebrousser chemin et passer la nuit dans sa voiture au sec lorsqu'elle aperçut les silhouettes qui se rapprochaient. À leur dégaine, elle comprit que cette rencontre n'annonçait rien de bon. Il était tard, ils étaient trois et elle avait bêtement pensée qu'ils seraient en mesure de l'aider. Elle se raidit comprenant qu'elle ne leur échapperait pas, attrapant discrètement la bombe lacrymogène dans son sac pendant qu'ils arrivaient à sa hauteur, un sourire peu rassurant sur le visage. Roni remarqua leur uniforme et se dit qu'elle pourrait peut-être tirer sur cette corde, celle du devoir, d'aider une pauvre femme en détresse plutôt que de vouloir lui faire subir ce qui se dessinait sur leurs lèvres retroussées et dans leurs regards envieux qui parcouraient son corps.

L'un deux l'attrapa sans ménagement par le poignet et l'attira à lui. À quelques centimètres de sa bouche, il la questionna d'une voix grave :

– Alors t'es perdue ? T'as oublié ce qu'est le couvre feu ?

– Lâchez-moi ! Dit-elle d'une voix froide et maîtrisée, voyant du coin de l'œil un des autres hommes se placer derrière elle.

– Te lâcher ? Je suis un garde du Dirigeant, je peux te faire ce que je veux… Aaaaah ! Cria-t-il en portant les mains à ses yeux aspergés par le liquide de la bombe de Roni qui se dégagea brutalement et se mit à courir, poursuivit par les deux autres.

Elle ne parcourut pas une grande distance sur ses talons hauts. Ils la rattrapèrent et pendant qu'un l'immobilisait, le deuxième sortit un couteau et lacéra son chemisier, laissant une trainée sur son torse et une de ses cuisses. Content du résultat, il tira sur le tissu de sa jupe le déchirant complètement. Son sourire s'élargissant dangereusement face à la femme qui se débattait.

Il porta une main à la ceinture de son pantalon prêt à défaire la boucle en métal puis se figea, aveuglé par la lumière des phares et le dérapage de la corvette noire qui s'arrêta, observant la personne qui en descendait.

.

Emma aurait pu passer la nuit avec cette brune qui n'attendait que ça. Elles s'étaient même embrassées, et bien que le moment s'avéra agréable, le cœur n'y était pas. Pourquoi ? Se demanda-t-elle en sortant de la boîte de nuit seule, marchant jusqu'à sa voiture. Ne trouvant pas de réponse à sa propre interrogation.

Elle démarra le moteur en entendant la pluie tomber sur la carrosserie. Elle aurait dû rentrer chez elle, mais là encore, elle n'en avait pas envie. Elle conduisit au hasard pour finalement prendre le chemin du quartier en ruine et faillit rentrer dans la voiture abandonnée en plein milieu de la route. Emma sortit et examina le véhicule vide. Une Audi et un beau modèle, constata-t-elle, le propriétaire était fou de la laisser ici ! Le conducteur n'était peut-être pas loin ? Elle remonta dans sa voiture et redémarra, scrutant les deux côtés de la rue. Emma découvrit le petit groupe moins d'un quart d'heure plus tard. Son sang ne fit qu'un tour et elle arrêta le véhicule, sortant sous la pluie battante, s'approchant de trois personnes, la quatrième un peu plus loin à genou sur le trottoir semblait occupée à se frotter les yeux.

Elle stoppa sa marche en reconnaissant l'uniforme de « sa » garde. Une fureur montant rapidement en elle, pendant qu'elle se remettait en mouvement. Ce genre de comportement dans son armée était proscrit, ils allaient payer…

– Arrête-toi, lui ordonna un des hommes.

Voyant qu'elle ne lui obéissait pas, il resserra son poignard dans sa main et essaya de l'atteindre au ventre. Emma l'esquiva, attrapa son poignet et lui cassa d'un coup sec. Elle retroussa la manche du blouson de son assaillant alors qu'il tombait à terre dans un cri de douleur. Elle fronça les sourcils devant l'absence de marque au niveau de l'avant-bras et grinça des dents.

Elle parla d'une voix suffisamment forte en reculant pour que l'homme à terre et celui qui retenait la femme qui continuait à essayer de s'échapper l'entendent :

– Vous n'êtes pas des membres de la garde du Dirigeant, dit-elle d'une voix glaciale en dégainant son Smith & Wesson, lentement. Et vous connaissez le châtiment pour ceux qui se font passer pour ces hommes…

Elle pointa le canon de l'arme sur la tête de l'homme à terre qui avait levé les mains en signe de réédition et tira.

– La mort, conclut-elle en pointant l'homme qui venait de lâcher l'inconnue et s'enfuyait.

Emma le tua comme le premier et termina son travail avec le troisième à quelques mètres, pivotant simplement, restant à sa place. Le visage parfaitement calme, elle rangea son arme et s'approcha de Roni qui clignait des yeux pour chasser la pluie et s'assurer qu'elle avait bien été témoin de ce qu'il venait de se passer sous ses yeux. Elle croisa le regard inquiet de la femme qui lui demanda :

– Vous allez bien ?

Puis s'évanouit, rattrapée de justesse par Emma qui jura.

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Roni s'apprêta à ouvrir les yeux mais s'arrêta en entendant la voix féminine.

– Tilly ? Oui, je sais il est tard… Quoi tu dormais pendant ta garde ?

Le soupir agacé, manqua de la faire sourire.

– Écoute-moi, reprenait la personne dans la pièce, je viens de tuer trois hommes dans le quartier en ruine…

La voix resta silencieuse et Roni en profita pour ouvrir rapidement une paupière. Elle était allongée dans un canapé dans un salon et celle qui l'avait sauvée parlait au téléphone et lui tournait le dos. Elle referma l'œil en la voyant bouger, écoutant la suite de leur conversation.

– Oui, ça va ! Non, je n'ai rien… Tilly ! Laisse-moi parler ! Ils se faisaient passer pour des membres de la garde du Dirigeant et portaient leur uniforme ! Tu connais la sentence dans ces cas-là… Bien sûr que j'ai vérifié qu'ils n'avaient pas la marque… Non aucun d'eux ! Ils étaient en train d'agresser une femme… Oui, elle va bien, elle est secouée, il faut juste que je désinfecte ses coupures… Non, rien de grave… Mon appartement était plus près que l'hôpital… Son nom ?

Roni entendit les pas s'éloigner et comprit que l'on fouillait dans son sac, pendant que la voix reprenait :

– Une certaine… Roni Black… Tilly…Tilly ?! Tu es toujours là ?... Oui, je ne t'entendais plus, j'ai cru qu'on avait été coupé… Oui, je vais bien ! Je te l'ai déjà dit ! Concentre-toi ! Oui, c'est bien ça, Roni Black… Tu crois qu'elle est de la famille de Kelly Black ?... Sa sœur ? Comment le sais-tu ?... Non tu as bien fait de lui dire de l'appeler, il ne faut pas être seul dans ces moments-là… Ivy est avec toi ?... Non ? Je m'attendais à ce que vous ne m'obéissiez pas et que vous passiez la nuit ensemble au commissariat…

Roni décela une certaine moquerie dans la dernière phrase et écouta la suite.

– Appelle-la et explique-lui. Je veux que les journalistes soient prévenus, et que le Dirigeant fasse une déclaration. Il est hors de question que cela se reproduise. Si ce genre de comportement est courant et que cela nous a échappé, je comprends mieux l'émergence d'une Résistance dans la population… Très bien… Tiens-moi au courant.

Roni entendit le portable jeté sur une table et les pas se rapprocher. Emma observait le visage de la femme allongé sur son canapé. Elle tendit la main et déplaça délicatement une mèche brune qui lui barrait la joue du bout des doigts en déclarant :

– Je sais que vous êtes réveillée… Vous n'avez rien à craindre.

Roni ouvrit les yeux et croisa le regard de son sauveur. Elle essaya de s'assoir sur le canapé et grimaça, remarquant la couverture qui lui couvrait les jambes.

– Vous avez une coupure à la cuisse, il faudrait que je la désinfecte et celle qui est sur votre poitrine aussi… Lui dit doucement Emma. Vous voulez bien que je m'en occupe ?

Roni hocha la tête et Emma lui sourit d'un air rassurant en précisant :

– Je reviens.

Roni en profita pour détailler la pièce autour d'elle. Le salon était assez accueillant. Quelques plantes ici et là fleurissaient, illustrant la main verte du propriétaire. Deux, trois lampes allumées apportaient une lumière agréable. Elle remarqua le comptoir côté cuisine et tourna la tête pour suivre des yeux Emma qui revenait avec du matériel. Elle s'assit sur le canapé et lui sourit en expliquant :

– Comme je vous l'ai dit, il faut que je désinfecte vos coupures…

Joignant le geste à la parole, elle appliqua le produit sur du coton et interrogea une dernière fois Roni du regard qui acquiesça. Emma souleva délicatement la couverture dévoilant ses cuisses et sa coupure. Elle tamponna la blessure provoquant un sursaut dans le corps de la femme blessée qui lui attrapa le poignet pour l'écarter.

– Je suis désolée, s'excusa Emma. Je sais, ça pique.

– Ça brûle, la corrigea Roni d'une voix grave.

Emma lui adressa un pauvre sourire en répondant :

– Ça va être pire sur la poitrine…

– Vous êtes rassurante…

– J'essaie, répliqua Emma en souriant plus franchement. Vous pouvez vous allonger ?

Roni obéit. Emma déboutonna lentement le chemisier en lambeau, dévoilant le sous-vêtement de l'avocate qui ferma les yeux au contact de l'alcool sur sa peau, serrant les dents, se concentrant sur les observations d'Emma.

– Les coupures sont peu profondes, vous n'avez pas besoin de points de sutures, la colle tissulaire suffira amplement, ça va être un peu froid, précisa-t-elle en attrapant le tube.

Roni rouvrit les yeux au contact du gel et scruta les traits de la femme penchée sur elle qui s'appliquait. Sentant qu'elle l'observait Emma leva les yeux et croisa son regard silencieux. Roni le trouva beau et presque innocent.

– Vous n'avez pas l'air d'une meurtrière, pensa-t-elle tout haut.

Emma fronça les sourcils puis comprit :

– Ne me dites pas que vous me reprochez d'avoir exécuté ces types et de vous avoir sauvé ?!

– Non… Pourquoi les avez-vous tués ? Vous pouviez appeler la police…

Emma recula, sourit et se pencha à nouveau pour apposer la colle sur la cuisse :

– La loi c'est moi, récita-t-elle d'une voix grave, constatant avec désolation que son imitation de Sylvester Stallone dans Djuge Red n'avait pas été comprise. Je suis de la police, expliqua-t-elle d'un ton rassurant. Lieutenant Swan, pour vous servir, plaisanta-t-elle en portant une main à son front dans un salut militaire avant de reprendre sérieusement… Honnêtement, je ne comprends pas que vous soyez étonnée, tout le monde connait les règles à Hyperion Heights…

– Je ne suis pas d'ici, précisa Roni.

Emma se tut et observa la femme sur son canapé d'un air grave :

– Vous êtes la première étrangère que je rencontre…

– Et vous la première flic qui tue des gens s'en se préoccuper des conséquences.

Emma encore une fois la regarda avec étonnement :

– Vous êtes sérieuse ? Je vous l'ai dit ces hommes connaissaient les lois…

Devant le regard buté de la femme allongée, elle décida de changer de sujet :

– Vous avez faim ?

Roni secoua la tête en signe de négation.

– Vous devez être fatiguée…

– Je suis exténuée, confessa enfin Roni.

– Vous allez dormir ici, vous voulez peut-être prendre une douche avant de vous coucher ?

L'avocate hésita puis accepta. Emma lui tendit une main en se relevant :

– Venez, je vous montre où se trouve la salle de bain, dit-elle avec un sourire agréable.

Roni s'examinait dans le miroir au-dessus du lavabo. Son maquillage avait coulé, ses cheveux étaient en bataille et emmêlés. La fatigue évidente lui mangeait le visage et elle était d'une pâleur à faire peur. Elle sursauta aux légers coups à la porte. Elle ouvrit d'une main hésitante pour faire face à Emma qui lui proposait presque timidement des vêtements.

– Je vous ai trouvé un bas de jogging et un T-shirt.

– Merci, murmura Roni en récupérant les affaires puis referma la porte.

– Oh ! Attendez ! La rappela Emma.

– Oui ? Demanda Roni en passant la tête dans l'entrebâillement de la porte.

– Si vous le pouvez, évitez de mettre de l'eau sur la colle…

– Très bien… merci.

Emma regarda la porte se refermer, marcha jusque dans le salon et s'affala dans son canapé en entendant le jet d'eau couler en arrière fond.

.

Roni était restée sous la douche plus longtemps que nécessaire, elle se sécha et enfila le T-shirt et le pantalon de jogging un peu trop grand pour elle. Elle sortit de la salle de bain, s'attendant à voir la femme derrière la porte. Elle partit à sa recherche et la trouva sur le canapé les yeux fermés. Roni la regarda un petit moment en silence et s'approcha. Attrapant la couverture, elle la couvrit délicatement, remarquant le sourire se dessiner sur ses lèvres, gardant cependant les yeux fermés.

– Je ne dors pas vous savez…

Emma ouvrit les paupière et regarda Roni qui fit de même. Après quelques instant de cet échange silencieux, Emma demanda :

– Vous vous sentez un peu mieux ?

– Oui, avoua Roni en baissant le regard.

Emma sourit, se leva du canapé et lui tendit une main :

– Je ne me suis même pas présentée. Je m'appelle Emma Swan.

– Roni Black, répondit « son invitée » en prenant sa main.

– Je sais, j'ai fouillé votre sac tout à l'heure.

Roni arqua un sourcil et Emma rougit légèrement. Elle se racla la gorge et reprit :

– Venez, je vais vous montrer où vous allez dormir, dit-elle en s'éloignant vers le couloir.

– Je ne dors pas sur le canapé ? S'étonna Roni.

Emma se retourna en précisant :

– Je vais dormir sur le canapé, vous allez dormir dans ma chambre.

– Mais…

– Vous avez été blessée, et après ce qu'il vous est arrivé, ce n'est pas négociable, la coupa Emma d'un ton autoritaire.

Roni se tut en se souvenant que cette femme avait tué trois hommes sous ses yeux sans sourciller. Elle la suivit en silence et découvrit la pièce. Une chambre classique avec un grand lit et une tapisserie bleu pâle. Roni s'assit sur le lit et leva la tête vers Emma qui lui souriait gauchement.

– Vous verrez le lit n'est pas mauvais et…

Elle s'arrêta devant Roni qui s'était mise à trembler fortement et dont les sanglots soudain semblaient l'effrayer. Emma se précipita vers elle et la poussa doucement en ordonnant calmement :

– Allongez-vous, Roni, vous êtes en état de choc émotionnel, votre corps est en train de relâcher toute la pression que vous avez subi cette nuit…

Roni s'allongea sur le côté et sentit Emma se coller contre son dos l'enlaçant délicatement tout en continuant à parler, resserrant son étreinte la berçant doucement :

– Chuuuut, c'est fini, tout va bien…

Roni tremblait toujours.

– Concentrez-vous sur ma voix, reprit Emma en chantonnant le début d'une mélodie qu'elle ne reconnut pas mais qui lui paraissait terriblement familière.

Roni écouta en fermant les yeux, se focalisant sur les paroles : « Once, I lived in Darkness… »* et finit par s'endormir dans les bras d'une femme qu'elle venait de rencontrer.

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N/A : *Vous avez reconnu la chanson d'Emma, celle qu'elle chante dans l'épisode musicale. Je me suis dit que tant qu'à faire si elle devait lui chantonner quelque chose autant que ce soit celle-là…

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