Objectif inatteignable non-atteint

L'agent Coulson allait le tuer.

Ou alors le réassigner au Triskelion, au service personnel du directeur Fury, ce qui, bien que moins définitif, serait tout aussi douloureux.

La lèvre inférieure irritée à force d'être mordillée dans une mauvaise habitude dont il échouait à se défaire depuis des années, l'agent Walter Charles Blau dévala les escaliers pour vérifier encore une fois que personne ne se cachait au sous-sol de la villa. Ce qu'il voulait le moins au monde était d'avertir son patron qu'il avait perdu leur objectif alors que ce dernier était simplement caché dans un placard pour dieu-seul-savait-ce-qui-se-passait-dans-la-tête-de-ce-type. Admettre l'échec, d'accord, être ridicule, non. Walter Charles n'avait pas beaucoup d'éthique de travail, personne n'en avait vraiment dans leur métier, mais il y avait certaines lignes qu'on ne dépassait pas.

Il utilisa le code craqué par quelque technicien pour pénétrer dans le laboratoire, et entreprit de le fouiller méthodiquement. Bien entendu, il ne trouva personne, ni rien d'hors du commun, juste des bobines de vieux films et une pile de comics et un capharnaüm qui, Walter Charles avait appris, était intrinsèque au mode de vie de Stark.

A tout hasard, l'agent interrogea le génie de la villa. Il doutait obtenir une réponse, mais sa conscience professionnelle l'obligeait à couvrir toutes les pistes.

« JARVIS, où se trouve actuellement Monsieur Stark ? »

Comme de droit, le plafond resta silencieux.

Bien, ils avaient fouillé tous les bâtiments ainsi que les jardins et dépendances. Maintenant venait le temps de passer à l'étape suivante, plan de secours ayant lui-même son plan de secours, une habitude salvatrice dans la branche. Walter Charles sortit son téléphone en soupirant et contacta son patron, espérant ne pas l'interrompre dans une rencontre dont dépendait le sort de la planète. L'agent Coulson avait tendance à ne pas apprécier et les répercussions, bien que subtiles, n'étaient jamais agréables.

Il tomba directement sur le répondeur, ce qui, en y pensant, était peut-être mieux.

« Monsieur, ici l'agent Blau. Nous avons perdu Stark. Je répète, nous avons perdu Stark. Il n'est nulle part dans sa villa et une voiture manque à l'appel. Je lance le protocole de recherche. »

Walter Charles raccrocha, prit un instant pour se passer du baume à lèvres, puis remonta vers le rez-de-chaussée pour mettre son équipe sur le problème à grands coups d'ordres secs et impersonnels.

Le protocole était relativement simple. D'un côté, la bleue coordonnait avec le quartier général pour tenter de traquer le téléphone de Stark ainsi que la voiture manquante, tandis que, de l'autre, une dizaine d'agents étaient déployés sur le terrain, chacun à un potentiel point de chute de leur objectif, consciencieusement définis lors des préliminaires de la mission. Deux techniciens sur place épluchaient également les images des caméras de surveillance des alentours à l'aide d'un système de reconnaissance faciale.

Et même si ces mesures permettraient de retrouver le génie fugueur si jamais il était possible de le retrouver, toujours maltraité par sa conscience professionnelle, Walter Charles avait encore une action à entreprendre. Et même s'il était angoissé à l'idée de le faire, il n'allait pas la déléguer, parce que cela faisait partie des lignes à ne pas dépasser. Il était un agent du SHIELD, il n'acceptait aucune peur, et ses subordonnés en acceptaient encore moins de sa part.

De plus, ce n'est pas comme s'il pouvait vivre quelque chose de pire que de perdre Iron Man, être tenu responsable de la perte de cet atout, décevoir l'agent Coulson et devenir secrétaire pour Fury.

Essayant de se convaincre que ce n'était qu'une formalité et que tout allait se dérouler sans effusion de sang ou d'amour-propre, Walter Charles appela Romanoff. Ou, comme elle était plus communément surnommée dans les couloirs du SHIELD, la Veuve Noire.