Description : UA, SasuNaru. Konoha est une mégalopole du monde moderne. Vie de jour habituelle, vie de nuit régie par différents gangs. Ceux-ci évitent de s'entretuer afin d'échapper à la police qui, sans relâche, tente de faire tomber les couvertures de leurs membres. Mais voilà qu'un jour, Naruto et Sasuke, de deux gangs différents, apprennent tous deux les activités illicites de l'autre.

Disclaimer : Naruto appartient à Masashi Kishimoto. Je ne tire aucun profit pécuniaire de cette fanfiction.

Mot de l'auteur : Bonjour à tous et voici le troisième chapitre du Venin ! Il a été moins facile à écrire que les deux premiers, je ne l'ai terminé qu'aujourd'hui. Veuillez excuser le petit retard de cette publication : je vis en résidence étudiante et le moins que l'on puisse dire, c'est que ma connexion Internet n'a jamais été aussi capricieuse…

Quoi qu'il en soit, je vous remercie de vos retours – je réponds à chaque commentaire, même avec du retard, demandez aux lecteurs d'Au sommet de la montagne, et notamment sur mon profil ou dans le flux des commentaires selon les sites pour les anonymes. Je vous souhaite une bonne lecture. A la semaine prochaine pour le prochain chapitre et n'hésitez pas à me laisser vos impressions.

Amicalement,

Désespérine


LE VENIN

Chapitre 3


ROMEO. – Ce jour fera peser sur les jours à venir sa sombre fatalité : il commence le malheur, d'autres doivent l'achever. (Acte III, scène 1)


Konoha avait rarement connu un hiver aussi doux. Le mois de février venait de s'abattre sur la ville et pourtant, Sasuke se tenait au dehors sans frissonner. Son manteau d'hiver était suffisamment chaud et il avait enroulé une épaisse écharpe autour de son cou. Les mains dans les poches, adossé à la pierre froide d'un vieux bâtiment du centre, il fixait la devanture d'un petit café dont la terrasse était déserte. Sous la tenture pourpre que l'on avait dressée au-dessus de la vitrine, on pouvait voir à travers la baie vitrée l'intérieur chiche mais chaleureux. Les clients buvaient çà et là des boissons chaudes, savouraient quelques pâtisseries en cette fin d'après-midi. La lumière baissait déjà dans les rues et bientôt, la nuit hivernale viendrait recouvrir les lieux de son voile ténébreux.

Au milieu des tables, Sasuke pouvait voir Naruto virevolter, habillé d'une jolie chemise blanche et d'un pantalon noir assez près du corps. Autour de la taille, il avait également un tablier de même couleur. L'air affable, le sourire éclatant, il s'enquérait des commandes et faisait joyeusement l'aller-et-retour entre le comptoir et les clients. Sasuke eut un petit sourire en coin en se faisant la remarque que son petit-ami était rarement aussi bien accoutré que lorsqu'il revêtait sa tenue de serveur.

Il sortit une cigarette du paquet qu'il avait rangé dans sa poche de poitrine et l'alluma rapidement. Il profita encore quelques minutes de sa position pour observer les faits et gestes de Naruto. Cela faisait six mois qu'ils sortaient ensemble.

Au début, ils n'avaient convenu de se revoir que pour passer leurs nuits ensemble dans des hôtels tous plus miteux les uns que les autres mais qui devenaient des lieux de retrouvailles et de jeux nécessaires. Ils avaient d'abord assez peu parlé – Sasuke moins encore ; Naruto trouvait toujours un sujet de conversation et, il l'avait assez vite compris, était plus volubile que n'importe qui. Il avait commencé à lui parler du gang du Soleil, du Quatuor Noir, son équipe, de ses missions d'intimidation. Sasuke avait voulu résister. Mais trop tenté d'avoir une oreille avertie, il avait lui-même laissé échapper quelques informations sur le gang des Aigles, sur Hebi et ses coéquipiers qu'il ne voyait jamais, sur la façon dont il exécutait ceux qu'on lui demandait d'abattre.

Ils avaient alors commencé à se voir en journée, à passer plus de temps ensemble, chez Naruto, chez lui – plus souvent chez lui ; son appartement était plus spacieux et plus confortable que le minuscule studio de son petit-ami. Naruto lui avait parlé du drame de son enfance, de la façon dont il avait vécu dans son orphelinat, de sa rencontre avec ses amis, de sa découverte du gang du Soleil qui, à présent, comptait plus que tout pour lui. Sasuke lui avait parlé de sa famille si importante et si impliquée dans la police de la ville – un élément précieux aux yeux des Aigles qui tiraient la plupart de leurs informations des Uchiha -, de la façon dont ses parents étaient morts, de sa relation conflictuelle avec Itachi Uchiha, son aîné, toujours admiré de tous et en particulier de son défunt père, qui l'avait toujours surpassé en tout et était désormais chargé de la mission la plus importante qui soit : l'espionnage du groupe d'élite chargé de l'annihilation des gangs, Escalus.

Peu à peu, il y avait eu plus entre eux qu'une simple relation physique : chacun connaissait les secrets de l'autre, le fonctionnement de son gang, les crimes dont il était coupable. Loin d'instaurer de la méfiance, tout était plutôt une histoire de confiance. Il y avait un grand soulagement à pouvoir parler de tout cela à quelqu'un qui vivait la même chose, qui pouvait comprendre. Cela les liait également, comme un contrat. Et le temps passant, ils s'étaient pris d'affection l'un pour l'autre.

Naruto aimait le surprendre au sortir de ses cours à la fac ; lui-même aimait venir l'observer en train de travailler sans qu'il n'en sût rien.

Mais lorsque sa cigarette se fut totalement consumée, il la jeta négligemment sur le trottoir, se détacha d'un mouvement souple du mur contre lequel il était appuyé et traversa la rue déserte pour venir pousser la porte du café.

La chaleur qui y régnait le surprit alors avant de lui soutirer un rapide soupir de contentement. Il desserra son écharpe et déboutonna son manteau avant de prendre place à la première table vide qu'il trouva. Il se défit de sa veste et se frotta les mains pour les réchauffer, jetant un regard méfiant alentour – mais nul ne faisait attention à lui.

« Bonjour, monsieur ! Qu'est-ce que je vous sers ? »

Sasuke eut un rapide sursaut en reconnaissant la voix de Naruto et leva les yeux vers lui pour voir son visage s'éclaircir de surprise.

« Sasuke ? demanda Naruto. Qu'est-ce que tu fais ici ? »

Le tueur à gages se retint de rougir et haussa les épaules en détournant la tête.

« J'avais envie d'un café. »

Il jeta un rapide coup d'œil à Naruto qui lui souriait tendrement. Il laissa même échapper un petit rire, apparemment ravi de le voir sur son lieu de travail.

« Court et serré, c'est noté... Je t'apporte ça tout de suite ! »

Sasuke attendit qu'il lui tournât le dos pour sourire franchement à son tour. Il n'y avait que Naruto pour deviner quel genre de cafés il pouvait vouloir à tel ou tel moment. Il se laissa aller contre le dossier de sa chaise et se prit à rêvasser tout en balayant les lieux des yeux.

Naruto fut bientôt de retour et déposa son café devant lui avant de se pencher vers lui.

« Maintenant dis-moi, qu'est-ce que tu fais ici ? Tu m'espionnais ? demanda-t-il avec une lueur moqueuse dans les yeux. »

Sasuke l'ignora d'abord pour prendre une première gorgée qui le revigora et le fit frémir de contentement. Il reposa sa tasse avec des gestes calculés.

« On peut dire ça. »

Le regard de Naruto luisit alors d'excitation avant qu'il ne jetât un œil au comptoir derrière lui. Le visage qu'il lui présenta de nouveau paraissait désolé.

« Ça me fait vraiment plaisir, tu n'imagines pas, mais...

-Tu ne finis pas avant vingt heures, le coupa Sasuke en plantant son regard dans le sien. »

Les lèvres de Naruto s'entrouvrirent de surprise avant qu'il ne le pointât du doigt.

« Attends... tu connais mes horaires ? »

Sasuke eut un sourire mesquin.

« Quand je te disais que je t'espionnais. »

Puis il reprit son sérieux.

« De toute façon, je ne peux pas t'attendre, ce soir. J'ai une mission.

-Ah ? chuchota Naruto en se penchant plus encore vers lui. Qui ça ? »

Sasuke reprit une gorgée de son café et examina le fond de sa tasse.

« Un politicien. J'ai déjà oublié son nom. Je sais juste qu'il fête l'anniversaire de sa fille à la salle des fêtes à vingt heures. »

Naruto eut une grimace et Sasuke comprit tout de suite pourquoi.

« Il lui restera sa mère, dit-il dans un souffle. »

Le visage de son petit-ami s'obscurcit.

« Mouais… »

Il jeta un nouveau coup d'œil au comptoir pour s'assurer que son patron ne l'avait pas vu en train de bavarder. Sa voix était pleine d'amertume lorsqu'il reprit la parole :

« Ça ne change pas grand-chose. Elle va quand même perdre un être cher. C'est pour ça que je ne veux pas devenir tueur à gages. »

Sasuke haussa un sourcil.

« Quoi ? Kiba insiste encore pour que votre équipe change de statut ? »

Naruto baissa la tête.

« Pire que ça : il vient de la quitter pour se faire une carrière solo. En tant que tueur à gages. Il a sa première mission dans quelques jours. »

Sasuke fronça les sourcils, contrarié de le voir dans cet état. Sa main passa rapidement sur la sienne et Naruto releva la tête à ce contact. Le regard de Sasuke, vif et noir, le déstabilisa d'abord avant de le rassurer.

« Ne t'en fais pas, ok ? Tout ira bien, pour lui comme pour toi. »

Naruto eut un maigre sourire.

« Merci. »

Puis il se redressa et reprit son air enjoué, plus habituel.

« Bon, je retourne bosser… On se voit demain ? »

Sasuke hocha la tête.

« Si tu veux.

-Je veux, répondit Naruto avec un clin d'œil. »

Puis il repartit vers le comptoir. Sasuke l'observa encore un temps, termina son café, laissa un généreux pourboire sur la table, remit son manteau et son écharpe et sortit.

Au dehors, noire et froide, la nuit tombait lentement.


Sasuke s'attendait à croiser Naruto le lendemain – mais il aurait plutôt imaginé le trouver sur le pas de sa porte le soir venu, non caché entre deux chaînes de colonnes au cœur de son campus, un sourire rayonnant aux lèvres et emmitouflé dans son affreux – du moins était-ce son avis – manteau orange alors qu'il sortait de son dernier cours magistral. Il ne put néanmoins empêcher ses lèvres de s'étirer de joie et son corps de s'agiter pour le rejoindre au plus vite.

« Qu'est-ce que tu fais là ? demanda-t-il, notant avec amusement le nez rougi de son compagnon.

-On avait dit qu'on se reverrait aujourd'hui. T'as oublié ?

-En plein milieu de ma fac ?

-Hé ben quoi ? Le vendredi, c'est le jour où tu quittes le plus tôt. Il est seize heures passées donc c'est bon. Non ? »

Sasuke suivit le regard de Naruto, accrocha l'imposante horloge murale qui leur faisait face et son sourire se fit moqueur.

« Et qu'est-ce qu'on fait ? Le chemin jusqu'à chez moi est long, d'ici… »

Naruto eut lui-même un rictus mesquin et lui prit la main pour l'entraîner à sa suite. Les quelques étudiants et professeurs qu'ils croisèrent les regardèrent passer avec surprise. Mais Sasuke n'en avait que faire et à ce moment-là, il ne rêvait que de se laisser entraîner dans l'univers fantasque de son petit-ami.


Naruto le mena jusqu'au parc sur lequel donnait l'entrée Est. C'était un des plus beaux et l'un des plus vastes de la ville. Même l'hiver ne parvenait pas à lui voler son éclat. Les arbres avaient beau être dénudés, l'herbe avait beau avoir une teinte ternie, l'eau avait beau être parfois gelée, les allées avaient beau être désertes, Sasuke y entra, l'émerveillement au cœur.

Il était arrivé que Naruto et lui fissent quelques sorties en ville pour aller au cinéma, au restaurant, faire une séance de karaoké ou de bowling ou juste arpenter les rues en tous sens. Mais de toutes les activités qu'ils pouvaient faire, leur favorite était bien celle de traîner dans les parcs ou dans la forêt qui entourait la ville – au Nord se trouvaient même d'imposantes falaises où les visages d'anciens rois-guerriers avaient été gravés et ils s'y étaient souvent rendus.

Ils firent donc le tour du parc, les doigts entrelacés malgré le froid, l'air heureux et la taquinerie au coin des lèvres. Non loin de l'étang qui se trouvait au centre, ils remontèrent une petite butte et s'affalèrent dans l'herbe un peu avant le sommet. Ils ne craignaient pas son humidité ou sa froidure et les mains de Naruto étaient gelées lorsqu'elles se posèrent sur les joues rougies par l'hiver et incroyablement chaudes de Sasuke.

Celui-ci frémit à peine et se contenta de passer les doigts dans les mèches blondes de Naruto pour le rapprocher de lui et poser ses lèvres sur les siennes. Il ne fut pas long à aller plus avant et lorsque leurs langues se touchèrent, Naruto laissa échapper un bref soupir. Il se redressa pour se coller à Sasuke et celui-ci finit par le faire basculer sur le dos pour s'allonger sur lui. Il passa une main sous le manteau orange qu'il détestait tant avant de soulever le sweat et le tee-shirt qui se trouvaient dessous. Naruto glapit de surprise en sentant les doigts froids toucher sa peau brûlante.

« C'est froid, putain ! s'écria-t-il tout en s'esclaffant. Et mes fringues sont trempées… C'était vraiment pas une bonne idée. »

Sasuke ne put s'empêcher de sourire et se pencha vers lui jusqu'à frôler son nez du sien.

« Pour une fois que tu le reconnais… »

Naruto fronça les sourcils sans pour autant se départir de sa bonne humeur.

« C'est censé vouloir dire quoi, ça ? J'ai toujours de bonnes idées ! »

Sasuke ricana puis se rapprocha plus encore. Leurs souffles se mêlèrent. Et avant de l'embrasser, il murmura :

« Tu as toute la nuit pour me le prouver. »


Lorsque Naruto s'éveilla, il lui fallut un temps pour se souvenir de l'endroit où il se trouvait. Les murs blancs, les stores baissés mais qui laissaient passer par quelques fentes la lumière du matin, l'imposante armoire à la poignée de laquelle était accroché un masque blanc orné d'un aigle et d'un serpent, le semi-automatique argenté posé sur le bureau en face du lit l'en informèrent. La tension qui l'avait saisi et lui avait fait redresser la tête quitta ses épaules et sa nuque et il se laissa retomber contre les oreillers avec un soupir.

Il passa le dos de sa main sur ses yeux et se fit la remarque – qu'il se faisait chaque fois qu'il se retrouvait dans cette chambre – qu'elle était bien terne comparée à la sienne. Sasuke avait une préférence pour le sobre, il le savait ; mais ces murs immaculés vides de toute décoration étaient trop effrayants pour lui quand sa propre chambre était tapissée de plus de posters, d'affiches, de cartes, de photos et d'objets insolites censés être décoratifs qu'il ne pouvait en compter.

Il passa sa main libre sur sa gauche, du côté du lit que son amant occupait habituellement. Mais comme toujours, il avait disparu. Naruto laissa échapper un juron et se força à se redresser avant de glisser ses doigts dans ses cheveux. Sasuke était toujours le premier levé et il ne s'en rendait jamais compte. Il y avait quelque chose de frustrant dans cette routine. Il soupira puis se décida à repousser les draps pour se lever et partir à la recherche du boxer qu'il portait encore quelques heures plus tôt et que son petit-ami avait envoyé balader dans la chambre.

Lorsqu'il l'eut retrouvé et s'en fut vêtu, il sortit de la chambre. L'odeur du café, des œufs et du lard grillé l'attirèrent jusqu'à la cuisine où il trouva Sasuke, en short et tee-shirt, en train de préparer le petit-déjeuner.

« Salut, lança-t-il. »

Naruto répondit en maugréant et s'assit au comptoir qui servait de table. Il lui fallut s'y reprendre à deux fois avant de réussir à se hisser sur le haut tabouret qui lui était réservé.

« Putain… ça me fait le coup à chaque fois, marmonna-t-il. »

Sasuke lui adressa un léger sourire et lui présenta une assiette où il avait posé un toast grillé et beurré, un œuf au plat et une tranche de lard.

« Espérons que ça va te dérider un peu, chuchota-t-il avec un air mesquin. »

Naruto eut son premier sourire de la journée.

« Ça devrait. »

Sasuke l'observa un temps manger avec appétit avant d'entamer sa propre part. Le petit-déjeuner se déroula en silence sans que cela les gênât le moins du monde. Puis, naturellement, Naruto débarrassa et se mit à faire la vaisselle tandis que Sasuke disparaissait dans sa chambre.

Quand il eut fini de nettoyer le dernier couvert, Naruto partit s'affaler sur le canapé et alluma sans envie la télévision. Néanmoins, il ne put s'empêcher de se redresser lorsqu'il tomba sur un journal télévisé où l'on présentait la dernière action d'Escalus. Un bandeau en bas de l'écran précisait qu'il s'agissait du gang des Ours. Naruto, les épaules tendues, les sourcils froncés et les poings serrés, suivit le reportage avec attention avant de se saisir fébrilement de la télécommande et d'éteindre l'écran. Un léger bip et il fut noir.

« Ça disait quoi pour te mettre dans cet état ? »

Naruto sursauta et se retourna pour voir Sasuke poser un sac de sport sur un des tabourets. Il le reconnut immédiatement : c'était celui qu'il utilisait pour cacher sa combinaison et ses armes. Un désagréable frisson parcourut sa nuque.

« Le gang des Ours. Il vient d'être démantelé. »

Sasuke suspendit ses gestes. Se tourna vers lui, l'air grave.

« Encore un ? »

Naruto sentit sa gorge se nouer et acquiesça. Sasuke siffla un juron et referma son sac avec brutalité avant de s'en saisir et de le jeter à terre.

« Merde… »

Naruto se mordit la lèvre.

« Tu as une mission ? »

Sasuke se détourna à peine de lui et passa une main nerveuse dans ses cheveux.

« Ouais. Un homme d'affaires qui prend le train pour Oto dans deux heures. Ce ne sera pas long. J'attaque au moment où on passe le tunnel. »

Naruto sentit l'inquiétude lui comprimer le cœur et s'enquit :

« Mission solo ?

-Non. Il y aura Suigetsu avec moi. Pour les éventuels gardes du corps. »

Naruto se leva, fébrile et incertain de ce qu'il devait faire.

« Ok… Tu pars bientôt ?

-Dans quelques minutes. »

Il observa Sasuke dans ses derniers préparatifs et le suivit jusqu'à l'entrée quand il fut sur le départ. Après qu'il eut ouvert la porte, l'estomac noué, il laissa échapper :

« Sois prudent. »

Sasuke lui jeta un œil par-dessus son épaule et un sourire sincère orna ses lèvres.

« Comme toujours. »

Naruto se força lui-même à sourire. Mais lorsque la porte se referma, son visage s'obscurcit.

Le nombre de gangs baissait drastiquement les mois passant. Les Aigles et le Soleil s'en étaient jusqu'à présent toujours bien sortis. Il espérait qu'il en irait toujours ainsi.


Naruto avait traîné quelques heures dans l'appartement de Sasuke, arpentant les couloirs et les pièces tout en faisant tourner son arme entre ses doigts. Puis il en était parti, fermant derrière lui et passant comme toujours la clé que Sasuke lui avait offerte des mois plus tôt autour de son cou – il l'avait accrochée à la chaîne qu'il portait continuellement.

Il faisait plutôt beau et chaud ce jour-là pour un mois de février. Il avait donc décidé de s'arrêter à l'Ichiraku, son stand de ramen favori, pour midi. Il y avait rencontré Choji et les deux garçons avaient décidé de passer le reste de la journée ensemble. C'était un samedi. L'un comme l'autre ne travaillaient pas et aucune mission n'était plus proposée au Quatuor Noir, qu'ils pensaient rebaptiser Trio Noir, depuis que Kiba en était parti.

Les deux amis déploraient tout autant son admission au sein de l'équipe des tueurs à gages et pour oublier leur amertume, ils gagnèrent les Arcades de jeux du centre-ville. Choji ne payait pas de mine, corpulent comme il était, mais c'était un redoutable adversaire en matière de jeux vidéo et il se montrait fort généreux lorsqu'il s'agissait de payer quelques friandises à ses amis – ce dont Naruto profitait allègrement.

Ils y passèrent trois heures avant de trouver un bar pour profiter d'une bière tout en commentant leurs parties. Lorsque la fin d'après-midi s'annonça, ils se décidèrent à se rendre dans la librairie la plus proche pour feuilleter quelques mangas. Naruto l'aurait difficilement reconnu mais il avait un faible pour ceux d'action et avait tendance à souvent s'identifier aux héros simples mais ambitieux.

Il en était au quatrième chapitre d'un nouveau titre qu'il venait de découvrir lorsque son portable vibra furieusement dans sa poche. Il n'eut qu'un imperceptible sursaut avant de le sortir et de voir apparaître le nom de Shikamaru sur son écran. Il était rare que celui-ci lui envoyât des messages et il s'empressa, curieux, de lire ce qu'il lui avait écrit.

« Urgence. Rendez-vous résidence secondaire Inuzuka. »

Il releva la tête et croisa aussitôt les yeux de Choji qui, son propre cellulaire en main, venait de lire le même message. Les traits lisses du jeune homme se tordirent d'appréhension. Naruto fronça les sourcils, reposa son manga et lui indiqua la sortie d'un geste du menton. Ils sortirent tous deux précipitamment et coururent jusqu'à la bouche de métro la plus proche.

La résidence secondaire de la famille Inuzuka se trouvait au nord-est de la ville, en périphérie de celle-ci. Juchée sur une petite falaise, elle était isolée de tout et s'étendait sur une vaste surface. Elle servait souvent de point de rencontre pour le gang. Nul doute que s'ils étaient convoqués par Shikamaru, c'était qu'il devait se passer quelque chose de grave qui, de près ou de loin, concernait leur équipe.


Naruto et Choji gagnèrent la fin de la ligne de métro en un quart d'heure. Il leur fallut vingt minutes supplémentaires pour atteindre le pied de la falaise et remonter le sentier abrupt qui coupait à travers la forêt qui entourait la propriété. Celle-ci, ocre et rose, baignait dans la chaude lueur de la fin de journée. Le soleil ne tarderait pas à se coucher. Les deux jeunes hommes couraient sans s'arrêter, mus par une pernicieuse inquiétude.

Ce fut Iruka qui leur ouvrit, les larmes aux yeux. Les portes coulissantes du salon étaient entrouvertes et de terribles cris et pleurs en venaient. Les garçons eurent le temps de reconnaître les parents de Kiba et de Shikamaru ainsi qu'un des oncles de Choji. Puis Shikamaru passa devant l'interstice, les aperçut et s'empressa de sortir de la pièce en refermant derrière lui. Ses amis le rejoignirent avec empressement.

« Bordel, Shika, s'écria Naruto, qu'est-ce qu'il se passe ? »

L'interpellé posa un doigt sur ses lèvres pour leur intimer le silence. Il coula un regard à Iruka qui avait appuyé le front contre la porte d'entrée puis les entraîna un peu à l'écart.

« Shikamaru… où sont mes parents ? demanda Choji d'une voix tremblante. »

Le jeune homme secoua la tête.

« Ils vont bien. Ils ne pourront pas venir avant une heure à cause d'une obligation professionnelle. »

Naruto tapa du pied au sol.

« Tu vas nous dire pourquoi tu nous as convoqués ici, oui ou merde ? »

Shikamaru releva lentement les yeux vers lui et avisa la colère et l'angoisse de son camarade dont les poings étaient serrés ; la mâchoire, crispée ; les yeux, luisants d'anxiété. Ses propres traits s'alourdirent de chagrin et il lui fallut beaucoup de sang-froid pour se retenir de s'écrouler devant ses amis. Il prit une profonde inspiration. Les dévisagea tour à tour. Et murmura :

« Kiba est mort. »


Un profond silence envahit le vestibule. Iruka, au loin, s'était recroquevillé et les larmes coulaient silencieusement sur ses joues. Naruto et Choji s'étaient statufiés. Leurs lèvres s'étaient entrouvertes sous le choc et leurs yeux s'étaient écarquillés. Shikamaru avait à peine détourné le regard et n'osait plus dire ni faire quoi que ce fût.

Naruto fut le premier à réagir. Il amorça un geste de recul par réflexe. Balaya le visage grave de Shikamaru des yeux sans parvenir à y croire. Et demanda, d'une voix fluette :

« Quoi ? »

Shikamaru ferma les yeux.

« Ça s'est passé aujourd'hui. Pendant sa mission. »

Choji s'agita à son tour et s'approcha de lui avant de poser une main timide sur son épaule.

« Shikamaru, tu… ce n'est pas vrai, n'est-ce pas ? »

Shikamaru ne chercha pas à se défaire de sa prise. Mais lorsque son visage revint à eux, ses yeux brillaient de douleur.

« Il a été tué par un membre des Aigles. C'est son co-équipier qui l'a vu. »

Naruto fut secoué d'un brusque soubresaut tandis que Choji ôtait sa main de l'épaule de Shikamaru, comme s'il s'était brûlé. Les larmes embuèrent sa vue.

« Non, tu… ce n'est pas possible, il… Kiba, il… »

Shikamaru eut un profond et difficile soupir. Sa voix manqua se briser lorsqu'il ajouta :

« Il portait un masque blanc. Avec un aigle et un serpent. Le numéro 1 d'Hebi. On pensait qu'il était mort sur les docks mais il… »

Il fut incapable de poursuivre cependant que Choji éclatait bruyamment en sanglots à côté de lui. Naruto, quant à lui, s'était de nouveau figé. Perdu dans sa stupeur, il entendit à peine les portes du salon coulisser et l'oncle de Choji surgir pour se précipiter sur son neveu et le prendre dans ses bras. Il fut à peine bousculé tandis que d'autres membres du gang le suivaient.

Son regard incertain glissa sur les corps, les dalles, le long des murs jusqu'aux portes du salon. Son souffle s'était accéléré et un léger sifflement se fit entendre à ses oreilles. Les sons autour de lui se brouillèrent. Seuls les battements rapprochés de son cœur retentirent à ses tempes.

Comme étranger à lui-même, il se fraya lentement un chemin parmi la foule, passa le seuil du salon, perçut à peine les hurlements de la mère de Kiba, l'odeur du sang. Au centre de la pièce, là où son ami d'enfance et lui prenaient habituellement une bière autour de la table basse sur le grand tapis aux couleurs chaudes de l'été et de l'automne, il n'y avait plus rien. Plus rien qu'un corps vêtu de noir et à côté duquel se trouvait une cagoule dont il pouvait voir la plaque de métal qu'on avait modifiée à la hâte.

Il reconnut d'abord les épaisses bottes militaires que Kiba avait été si heureux d'acquérir l'an passé, la combinaison noire que portaient les tueurs à gages du gang, la ceinture à laquelle pendaient le semi-automatique et les cartouches de son amis d'enfance, l'épais blouson de cuir qu'il affectionnait tant, les lourds gants cloutés. Et après le col roulé, le visage blanc de Kiba, ses yeux fermés, ses cils recourbés qui formaient quelques ombres sur ses pommettes hautes, ses cheveux bruns éparpillés autour de sa tête. On aurait pu croire qu'il dormait. Mais il y avait du sang qui avait séché au coin de sa bouche, il y avait ce trou énorme au niveau de sa poitrine que son blouson et les bras de sa mère l'enserrant ne parvenaient pas à cacher.

Il y eut un accroc dans sa respiration.

Il a été tué par un membre des Aigles.

Kiba était mort.

Il portait un masque blanc. Avec un aigle et un serpent. Le numéro 1 d'Hebi.

Les sons lui revinrent brusquement. Les lamentations de la mère de Kiba, les murmures des autres, les pleurs de Choji dans le vestibule.

Sa gorge se noua brusquement. Les larmes lui montèrent aux yeux. Il eut un mouvement de recul, horrifié. Puis fit volte-face, bouscula les personnes sur son passage, repoussa Iruka quand celui-ci voulut l'arrêter, s'élança au dehors et disparut dans le soleil couchant.


La nuit venait de tomber sur Konoha. Sasuke s'était douché, habillé. Avait allumé toutes les lumières de son appartement. Avait laissé la porte ouverte, coincé le canon de son arme à l'arrière de sa ceinture. Et s'était assis sur le canapé de son pantalon. Le dos droit, légèrement penché en avant, les mains jointes et les coudes sur les genoux. Le regard fixe, il attendait.

Enfin, des bruits de pas précipités dans le hall se firent entendre. Une clé passa dans la serrure avant d'en être aussitôt retirée. La porte s'ouvrit en grand et alla claquer contre le mur. Les pas avancèrent jusqu'au salon. Et s'arrêtèrent au seuil. Sasuke ferma les yeux et retint un soupir avant de finalement relever la tête.

Face à lui, Naruto se tenait essoufflé par sa course. Ses épaules se soulevaient au rythme de sa difficile respiration. Ses cheveux étaient plus ébouriffés que jamais. Ses yeux étaient rouges et ses larmes avaient tracé des sillons le long de ses joues barrées de cicatrices. Lentement, ses sourcils se froncèrent. Ses prunelles s'assombrirent et leur bleu orage fit frémir Sasuke.

Pas à pas, d'une démarche raide et vacillante, Naruto s'avança vers lui. Et lorsqu'il fut à un mètre de lui, il demanda, d'une voix hachée :

« Dis-moi que c'est pas vrai. »

Sasuke pinça les lèvres. Il leva une main dans une tentative vaine d'apaiser son petit-ami.

« Je ne savais pas que c'était un membre de ton Quatuor. J'ai reconnu sa plaque trop tard. Elle avait été modifiée et je…

-Dis-moi que c'est pas vrai, Sasuke ! s'écria Naruto – si fort que l'interpellé s'immobilisa. Dis-moi que tu n'as pas tué Kiba ! »

Sasuke déglutit et baissa à peine la tête, se tordant nerveusement les doigts.

« On s'est retrouvés sur la même cible, encore une fois. J'ai voulu tout faire pour calmer les choses mais il m'a attaqué et je… »

Il chercha ses mots. Releva la tête vers Naruto. Et ajouta, résigné :

« J'ai dû l'abattre. Pour me défendre. »

Naruto laissa échapper une sorte de feulement cependant que ses pleurs reprenaient. D'un geste rapide, il se saisit de son arme, cachée à l'arrière de son pantalon, et la braqua sur Sasuke. Celui-ci n'eut pas le temps de prendre la sienne. La culasse fut tirée vers l'arrière et relâchée dans un bruit sec.

Naruto le tenait en joue et se mordait les lèvres de désespoir et de chagrin.

« Dis-moi que c'est pas vrai ! hurla-t-il encore. Dis-moi que ce n'est pas toi qui l'as tué ! »

Le visage de Sasuke s'adoucit. Il se redressa à peine, comme pour faire une meilleure cible. Et murmura :

« Je voudrais. Si tu savais comme j'aurais voulu que ce soit quelqu'un d'autre que lui. Je sais ce qu'il représentait pour toi. Mais oui, je l'ai tué. Et je ne peux rien y changer. »

Les pleurs de Naruto redoublèrent et il laissa échapper une plainte tandis que sa vue s'embuait et que, lentement, ses bras s'abaissaient. La prise qu'il avait sur son arme se fit moins forte et elle finit par échapper à ses doigts pour retomber lourdement au sol. Il passa une main rageuse sur son visage et éclata de nouveau en sanglots avant de se laisser tomber à genoux, terrassé par le chagrin.

Sasuke l'observa un temps, inquiet et hésitant. Puis, lentement, il se laissa glisser le long du canapé. Ses genoux cognèrent le plancher. Sa main se posa sur l'épaule de Naruto. S'y crispa. Il le tira à lui. Referma son bras autour de ses épaules. Et lorsque leurs torses se touchèrent, il le sentit s'agripper à lui. Son corps fut secoué de soubresauts que Sasuke s'efforça d'atténuer en passant une main rassurante dans son dos. Il ferma finalement les yeux. Et resserra Naruto contre lui.

Il était pardonné, il le savait. Alors pourquoi cela lui faisait-il plus mal que de le voir pointer son arme sur lui ?


JULIETTE. – Moi, je lui pardonne de tout mon cœur et pourtant nul homme ne navre mon cœur autant que lui. (Acte III, scène 5)


Désespérine