Cet épilogue a été inspiré par la chanson Les vieux de Jacques Brel
Merci à toutes celles et tous ceux qui ont suivis cette série des Priapismus ! Une grosse bise à vous, de ma part et de Bérénice.
Epilogue
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- Papy !
Une tornade blonde, haute comme trois pommes, percuta son grand-père à toute vitesse.
- He bien ! Doucement jeune homme !
- Léo ! Calme-toi, s'il te plait. Comment vas-tu papa ?
Scorpius se baissa pour faire la bise à son père, cloué sur un fauteuil roulant à la suite d'une mauvaise chute. Le petit blond était déjà reparti.
- Ca peut aller, grogna Drago, mais ces foutues infirmières ne me laissent pas en paix !
Le fils eut un sourire entendu, son père était de plus en plus râleur avec l'âge, ce qui n'était pas peu dire…
- Et ta femme ? Où est-elle, je ne la vois pas ? Demanda-t-il en regardant derrière son fils.
- Oh, elle n'a pas pu venir à cause du bébé qui fait des siennes. L'obstétrimage lui a ordonné de se reposer. Mais elle ne t'a pas oublié, tient, voilà tes pâtes de fruits.
Les yeux de Drago brillèrent comme ceux d'un enfant.
- Cache les malheureux ! Si quelqu'un les vois, ils vont tous en vouloir et j'en n'aurais plus !
- Papa… il y en a bien assez !
- On voit que tu ne les connais pas, ces morfales ! Surtout Weasley, c'est le pire !
Le jeune blond soupira, décidément, il ne changerait jamais. Depuis qu'ils avaient dû, Harry et lui, emménager à « La grotte aux fées », maison de retraite médicalisée où vivaient déjà les Weasley, à cause de l'Alzheimer d'Hermione, il ne ratait aucune occasion de critiquer le roux, devenu sourd comme un pot, qui avait accompagné sa femme.
- Au fait, où est Harry ?
- Oh, encore en train de roupiller devant la télé !
Il sentit une angoisse dans la voix ronchonne.
- Il va bien ? Tu sembles inquiet.
- Oui, oui… c'est juste que… il a tout le temps envie de dormir, il ne s'occupe même plus de moi !
- Ah…
L'histoire d'amour entre son père et le Survivant avait fait des remous sans précédents dans la société sorcière. S'il était admis, du bout des lèvres, que deux hommes puissent s'aimer, par contre, que des mariages soient brisés publiquement à cause de cela, passa nettement moins bien, surtout celui du Sauveur pour un Malefoy. Ils avaient dû se battre contre vents et marées pour faire accepter leur relation.
La femme d'Harry, avait eu énormément de mal à admettre qu'il la quitte pour un homme et pas n'importe lequel en plus ! Elle avait rué dans les brancards, monté ses enfants contre eux avant de se faire prendre en main par Blaise Zabini qui avait accepté une chronique mensuelle dans le Chicaneur à la demande (innocente ?) de son éditrice Luna. Celui-ci réussit le tour de force de la calmer et finit même par l'épouser plusieurs années après, une fois que le divorce fut légalisé par le Magenmagot. Hermione les avait eus à l'usure.
Les enfants du couple souffrirent beaucoup des réflexions mal intentionnées de leurs camarades d'école d'abord puis des adultes, aussi eurent-ils des difficultés à pardonner à leurs pères ce qu'ils vivaient comme une trahison ignominieuse. Puis ils avaient grandis, aimé à leur tour, vécu des déceptions, pour finalement comprendre que l'amour, le vrai, ne se commande pas et mérite tous les sacrifices. Alors ils avaient, l'un après l'autre, reprit contact avec leur père respectif, même Ginny, bien des années plus tard, pardonna à Harry et se réconcilia avec lui.
Scorpius avait été le moins virulent à leur égard grâce à sa mère qui avait tout fait pour qu'il comprenne. Malgré tout, il la voyait souffrir et cela lui faisait mal. Il s'était un temps brouillé avec Albus qui était son ami avant que plusieurs mois plus tard, ils décident que cela ne concernaient que leurs parents et pas leur amitié.
Le deuxième garçon Potter qui était très proche de son père supporta très mal la situation, déchiré dans son amour et sa loyauté envers ses deux géniteurs et grâce à cette amitié, il ne coupa pas complètements les ponts. Il fut durant quelques temps perturbé dans ses préférences remises en question par cette relation hors-norme, mais une fois l'adolescence passée, il se stabilisa.
James et Lilly, plus proches de leur mère, leur en voulut énormément, la plus jeune fut la dernière à pardonner.
Cette blessure infligée par ses enfants, fut terriblement difficile à supporter pour Harry et ne se referma jamais complètement.
Léo arriva en courant, tenant par la main un petite rousse tout sourire.
- Papa ! Y'a Babeth !
Scorpius sourit avant de dire, faussement sévère :
- Non Léo… Babeth est ici pas y'a Babeth, enfin !
Le petit garçon pinça les lèvres, vexé de s'être fait reprendre devant son amie, mais répéta :
- Regarde papa, Babeth est ici.
Le père se retint de rire devant la mine sérieuse de son petit bout et fit la bise à la demoiselle.
- Bonjour Babeth, ta maman est là ? Demanda-t-il à la jeune rouquine.
- Oui, elle est avec mamie dans sa chambre, mais papy joue dans l'autre salon avec papa.
Rose venait très régulièrement voir ses parents et s'inquiétait de l'état de sa mère dont les facultés intellectuelles baissaient. C'était un crève-cœur de voir cette femme autrefois si brillante oublier ses propres enfants. Elle faisait l'objet d'une surveillance accrue depuis sa fugue du mois passé.
- Encore en train de jouer aux échecs ! Cracha Drago, il ne sait faire que ça ! Ca et bâfrer.
- Papa ! Pas devant la petite ! Chuchota Scorpius en se penchant sur son père.
- Humpf…
- Je vais les saluer, je reviens.
Babeth se donna comme mission de lui montrer le chemin.
- Mouaif. Fait comme tu veux ! Grogna l'ex-Serpentard. Vient, fit-il à son petit fils, on va chercher Harry.
Le gamin prit sa main parcheminée et s'assit sur ses genoux osseux avant de crier : « Hue ! », ce qui le fit rire sous cape.
- Tient, je te laisse conduire, mais pas d'accident, hein !
Un grand sourire accueillit ces paroles. La petite main s'empara du joystick et manœuvra maladroitement jusqu'à la salle de télévision. Soudain, Drago émit un gémissement sourd qui fit sursauter l'enfant.
- Papy ? Fit-il en se tournant. Ca va papy ? Demanda-t-il encore en descendant du fauteuil.
La main droite du vieil homme était resserrée sur sa poitrine, l'inquiétude crispait son visage blême, pourtant il continua son chemin.
Effrayé, le petit se précipita à la recherche de son père.
- Harry… dit d'une voix étranglée Drago en arrivant à côté du brun.
Il prit son bras qui tomba, inerte, le long de l'accoudoir. La douleur dans sa poitrine devenait insupportable, mais il s'en fichait, tout ce qu'il voyait, c'était Harry immobile dans ce siège, le regard fixe et sans vie. Il enlaça ses doigts à ceux pas encore froids de son amour défunt et posant sa tête sur l'épaule d'Harry, lâcha son dernier soupir, son cœur lâchant à son tour.
FIN
