Bonjours / Bonsoir à ceux qui lisent ce troisième chapitre ! (Seulement me direz vous ? o-o) Et oui, sachant que j'ai posté le second il y a...5 mois environ. Je suis bien en retard, mais j'essaye de me tenir à l'écriture continue de cette fic. Un peu de motivation serait la bienvenue, cela dis ! Je vous souhaite une bonne lecture, en espérant que vous apprécierez cette suite.

AerinVolk: Etrange...mais je recommence ce nouveau chapitre avec ton nom alors :D As-t eu le temps de finir FF pendant ces quelques mois ? Oui les retours en arrière j'aime ça, pas forcément fréquemment mais sa aide pour développer l'histoire du personnage, s'immiscer un peu plus. Ehehe, Already Over je la connaissais aussi :P Mais si tu en encore à me proposer, je suis preneuse. Si tu est encore là pour ce chapitre, j'espère qu'il te plaira comme les précédents !

Elelia: Tu veux mettre des mots...bah tu pourra toujours pas dans ce chapitre ci ;D Mais tu va y arriver, d'ici deux, trois chapitres de plus. Ouwi l'émotion, l'amour...la dépression...mon sujet favori 8D Et celle ci sera pire que ma précédente normalement alors t'attends pas aux petits z'oiseaux qui chantent. Non, non, aucune honte de faire attendre mes petits lecteurs pendant...quelques misérables mois ? 8D Enfin, l'entente est terminée ! Bonne lecture à toi :P

SnowVelvet: Tu aime les trucs glauques et tristes ? Ne serais-je plus la seule psycho-amorphe sur Terre 8D ? Mais pleurons, pleurons tous/toutes, sourions à la vie et jouons la dépression :D Et lis avec qui tu veux, tant qu'une des deux ne décède pas pendant sa lecture xD Bon chapitre ;)


- Chapitre 3 -

« -Pourquoi tu cries comme ça maman ? »

La voix de ma jeune sœur frappa mon cœur, comme un marteau frapperait un tambour. Mon cœur qui, dans ma poitrine, s'affolait maintenant, manquait de l'oxygène qui lui était nécessaire. Ma mère hurlait ; à en perdre la douce et tendre voix qui nous berçait chaque soirs. Et tandis que les médecins tentaient de la retenir, sa voix maintenant horrifiante faisait écho dans le couloir.

« -Calmez vous madame, nous ne pouvons pas vous laisser entrer !

-Laissez-moi le voir ! Laissez moi lui tenir la main une dernière fois ! »

Les cris se stoppèrent pour laisser seule place à un bruit sourd depuis l'autre pièce. Et ma mère, éclatant en sanglots, s'effondra dans le couloir d'une blancheur impeccable. Mains sur le sol, tremblante, elle murmurait des bribes de souvenirs, des bouts de mots dont je ne saisissais pas le sens. Des supplications, des prières. Je sentais, à mon tour, mes forces me vider pour qu'un trou béant vienne prendre sa place dans ma poitrine. Je la sentais maintenant. La douleur, la perte.

« -Claire…est-c.. »

Sans qu'elle ne finisse sa phrase, j'enveloppais ma jeune sœur entre mes bras. Elle ne compris pas immédiatement ce qu'il se passait. Puis elle croisa nos regards. Celui de notre mère puis le mien. Et à mon tour, je croisais l'infâme tristesse qui prenait place dans ses yeux aux couleurs d'un lagon. Je regardais les larmes couler sur ses joues d'albâtre, me refusant à les arrêter dans leur course. Pleurer un être cher, c'était lui rendre hommage. Moi, je ne voulais pas pleurer. Je devais être forte pour elle, pour Serah…je lui avais promis, je devais…

La petite paume de ma cadette se posa sur ma joue mouillée de perles salées. Et les yeux écarquillés, je la regardais les effacer, une à une.

« -Ne pleure pas, grande sœur. Je vais veiller sur toi, et maman est là aussi. »

Le courage et la force étonnante de ma sœur m'atteignit, et mon cœur redevint le feu follet qu'il était, les secondes précédentes. Un feu follet, qui allait rythmer chacune de mes prochaines années. Mon père était mort en ce jour, et notre situation déchanta à partir de cet instant.

Nous accumulions les dettes, et notre maison autrefois semblable à un paradis paisible n'était plus que comparable à un endroit qui nous était inconnu. Notre mère, en dépit de la mort de mon père, ne veillait pas sur nous et Serah et moi savions que nous finirions par la perdre, elle aussi. Notre mère n'avait pas quitté la maison depuis ce triste jour, et c'était comme si ses yeux ne savait plus afficher ni joie, ni rien d'autre que l'expression constante qui l'avait prise depuis la mort de notre géniteur. La morosité la possédait, et chaque jours qu'elle vivait semblait être un calvaire de plus, pour elle, comme pour nous.

J'entendais parfois ma jeune sœur me demander ce qu'il adviendrait si elle n'était pas là. Je n'osais pas lui dire qu'elle ne l'était déjà plus. C'était comme si son âme avait rejoinr notre père, et que seul son corps se développait encore, misérablement et à la limite de l'inconscience. Ses pupilles noires fixaient le vide, alors qu'elle passait chacune de ses journées sur une chaise de la cuisine, à fixer le ciel grisâtre par la baie vitrée.

Je me souviens d'un jour où la pluie s'abattait sur le jardin défraîchi que nous possédions maintenant. Elle restait ainsi, à fixer les torrents d'eau qui tombait du ciel. Je touchais son épaule et elle ne manifestait rien d'autre que de l'ignorance à mon égard. C'était comme si je n'existais plus, comme si je n'étais plus rien. Sa main blafarde avait frôlée la mienne, et l'avait fait glisser le long du tissu qui composait son gilet. Repoussant mon aide sans même se retourner vers ma personne, ma mère s'était décidée à rejoindre mon père.

La dépression avait atteint cette femme, que moi-même, je n'osais plus qualifier de mère tant elle m'étais devenue étrangère. Son regard éteint ne semblait même plus celui d'un être vivant. Elle était une âme en peine. Elle attendait sa propre mort, tandis que moi et Serah, nous regardions le temps courir et s'écouler sous nos yeux d'enfants. Les années passaient, aucune pause permise, et bien vite, je dut me trouver un travail.

Ma mère avait eu des petits boulots dans sa jeunesse. De fleuriste, de vendeuse. Mais avant tout, elle était une artiste. Je me souvenais l'avoir regardée peintre en n'étant encore qu'une gamine à la curiosité débordante. Je m'asseyais, non loin d'elle, et l'observait alors qu'elle ne peignait, pour moi, ce qui ne représentait que de pauvres roses desséchées et dont le parfum n'existait plus. Mais pour elle, tout ce qu'elle voyait, elle le percevait d'une manière que quiconque ne comprenait réellement. Elle voyait la vie, la mort. Cherchait une signification, même infime, alors qu'il n'était là que finalité naturelle d'une fleur.

Je me demandais maintenant si la mort de mon géniteur avait stoppé tout cela. Si sa vision avait été altérée par sa perte. Identifier ma mère aimante à cette personne au regard vide et intéressé sur ce qui l'entourait, n'était plus qu'un mirage qui se déroulait sous mes yeux.

Ma jeune sœur avait continué ses études. Récemment acceptée dans le lycée privée qu'elle avait choisi, elle s'épanouissait maintenant, passant de classes en classes et chaque jours revenant le sourire au bord des lèvres. Serah adorait les animaux, et avait choisi son avenir avec beaucoup d'incertitudes. Être vétérinaire était finalement le choix sur lequel elle s'était orientée. Ma mère, ne s'exprimant plus assez pour se permettre une quelconque réflexion, et moi, voulant contribuer et aider ma cadette au point de sacrifier mon propre bonheur, nous nous étions mises d'accord. Ma cadette avait tout les choix possibles. Mais le manque d'argent allait se faire sentir.

Alors, j'avais décidé de prendre la voie de mon père. J'avais décidé d'apporter toute mon aide à ma jeune sœur et pour cela, il n'y avait que cette option se présentant à moi. Cette annonce fut fatale à ma mère. Je me souviens encore du faible son de sa voix, son balbutiement inaudible, ses larmes mordant ses joues d'un blanc cadavérique. Elle s'y opposa, cette fois-ci, comme si cette seule chose avait eut le pouvoir de la faire réagir après tant d'années de silence et d'ignorance. Malgré moi, je m'en sentais rassurée, tout en considérant que je n'avais pourtant pas intention à changer d'avis. Je ne me démordais pas, je savais que l'engagement militaire était la seule issue pour moi, pour Serah, pour ce qu'il restait de ma famille. Et voyant que je ne lâcherais pas l'affaire, ma mère s'enfonça, plus profondément encore, dans le mutisme que nous supportions maintenant depuis plus de deux ans.

Ma sœur est en cours en ce moment. En ce moment, je ressasse sans cesse ces bribes de passé, m'imaginant comment tout cela aurait pu être si mon géniteur n'avait pas péri. Sans doute la vie aurait-elle était plus simple, plus douce. Tout simplement moins douloureuse.

« -Farron ! »

La main d'un de mes camarades heurta mon épaule, en guise de salut. Failli heurter. Je me retournais et bloquais son geste, retenant son poignet dont les muscles tressautaient sans cesse. Villiers n'était bon qu'à cela. Un tas de muscles, utile quand il s'agissait de frapper, beaucoup moins quand il s'agissait de réfléchir. Je le défiais du regard, détestant la proximité que nous avions. Je détestais la proximité de quiconque si ce n'étais ma sœur en réalité. Me dire antisociale n'était pas totalement faux. Mais non totalement vrai, car je ne refusais pas la compagnie. Je n'acceptais seulement pas la mentalité des autres soldats, pour la plupart des hommes, et dont le seul sujet de conversation, et également le plus en vogue, était les femmes. Les femmes, l'idée que les hommes s'en faisaient. Les militaires étaient de sacrés hommes, mais tous ne savait vraiment ce qu'était une femme.

Il y avait eu ce jour, mémorable pour tous ici. Une matinée où, un de mes généreux collègues, avait décidé de s'enthousiasmer sur ses résultats de la veille.

« -Vous auriez dû voir comme elle criait. Elle en redemandait sans arrêt cette salope, avec des « Va y, plus fort ! ». Même après m'être vidé, elle continuait à s'exciter sur ma queue. Elle était tellement chaude. »

Et tandis qu'il racontait ses exploits, je voyais ses amis rires avec enthousiasme. Il mima une fellation, et ne s'arrêta que lorsqu'il croisa mon regard. Un sourire pervers aggrandit son visage, et il me hélait, comme l'imbécile qu'il était.

« -Eh petite minette, qu'est ce que tu fais là ? T'es perdue ou tu cherches juste un bon coup ?! Si c'est le cas, retrouve moi dans l'arrière cour, il y aura bien moyen que je te fasse plaisir. »

Des paroles aussi crues me donnait envie de vomir. Je faisait demi-tour, choisissant d'opter pour les bureau administratifs, et soit dit en passant, pour l'indifférence face à ce comportement plus que malsain. C'était mon premier jour dans la caserne, je ne portais pas encore mon uniforme. Je faisais mon chemin en ignorant l'homme me coursant, ne posant pas un œil sur sa stature de molosse.

« -Eh, t'en va pas comme ça...on va bien trouver un arrangement. »

L'odeur de sueur et de sexe qui parvenait de lui finissait de me dégoutter. Sa main se posa sur mes fesses, et mes yeux s'écarquillant, je bondis. Son corps entrechoqua le mur, mes mains s'accrochant de colère à son col, je me retenais de l'étouffer immédiatement. Je le plaquais contre des taules en fer, et ne le laissant se débattre, je bloquais ses mouvements en pressant fortement mon corps contre le sien.

Les autres militaires, attirés par le bruit, venaient s'attrouper autour de nous, comme dans une arène où nous étions deux bêtes prêtes à se déchiqueter l'une et l'autre. Tentant de lire le regard de mon ennemi, je voyais la peur et la surprise se dessiner dans ses yeux.

« -Si c'est l'image que donnent les militaires ici, crois moi, elle changera bien vite. »

Sa respiration frénétique ne faisait qu'augmenter ma colère, je décidais de le faire taire et renforçait mon emprise autour de son cou.

« -Parler d'une femme de cette manière n'est pas digne d'un homme d'honneur que tu sensé être. Ton statut n'excuse en rien tes paroles, c'est même tout le contraire. Crois bien que si j'étais ton supérieur, je n'hésiterais pas à te renvoyer d'où tu viens. »

Ma bouche près de son oreille, je lui entonnais des paroles, douces comme la mort. Une chose étrange attira mon attention, et je reportais mon regard sur son pantalon où le tissu tendait fortement. Je me reculais vivement de lui, ne laissant pas le dégoût prendre place sur mon visage et demeurant froide. Sans sentiments apparents, sans faiblesses.

« -Tu es sûre que c'est pas ce que tu veux ? » me dit-il en se léchant grossièrement les babines.

Il fut pris d'un sursaut et son instinct poussa sa mâchoire à claquer, oubliant sa langue. Je frappais une nouvelle fois son entrejambe, donnant un coup de genou que je n'avais aucune intention de ménager. Je regardais l'homme s'écrouler à terre, et continuait mon chemin en bousculant les militaires pour qui j'étais maintenant un centre d'attention. Une femme était faible ? Une femme n'était pas apte à se défendre, ou même à résister à un homme ? Et pourtant, c'était ce que j'avais fais, et en seulement quelques minutes, j'avais su me faire respecter.

Lorsqu'ils avaient su mon nom, certains s'étaient tu, à la mémoire de mon père. Il était, pour tous, un grand soldat et un homme de droit.

Snow connaissait mon géniteur. Il y avait deux ans, c'était lui qui l'avait retrouvé. Mon géniteur était étendu sur le terrain, le souffle inexistant. Snow, qui avait alors mon âge, avait fait son nécessaire pour le ranimer, avait prévenu les secours. Mais en vain, la mort avait foudroyée mon père ce jour là, et ne lui avait laissé aucune chance de survie. Impitoyable.

Snow était l'un des rares avec qui je m'entendais, et depuis la mort de mon père, il avait particulièrement prêté attention à notre famille. Ses parents, le jeune homme ne les avaient jamais connus. Ils étaient morts dans un accident de voiture, quelques semaines après sa naissance, et c'était ses grands parents qui l'avait recueilli et élevé. Il s'était engagé pour les mêmes raisons que moi. Et mon père lui avait beaucoup donné, avait remplacé le père qu'il n'avait jamais véritablement connu.

« -Aller Farron, il est trop tôt pour un meurtre, blagua Snow.

-Tu y passeras au stand de tir. »

Il déglutit lentement, tandis que je levais les yeux au ciel face à son imbécillité absurde. Ne comprenait-il pas le second degré ? Le temps était d'un dépressif que l'on ne saurait qualifier. Les nuages gris cachaient le soleil, l'air se faisait humide et ma respiration n'était que plus courte face à ce manque de vitamine qu'étaient les rayons de l'astre. La pluie commençait à tomber et, sans arrêt, elle s'abattait sur le terrain. Mon entraînement journalier allait être gâché par une averse ? Je ne le permettrais pas. Suivant mes camarades, je m'alignais face à l'homme qui nous commandait.

« -Tu plaisantais, n'est ce pas ?

-Tais toi Snow »

Chaque matin, il était question de la même chose. Nous nous rassemblions à l'endroit habituel, et le capitaine Amodar, faisait bilan de la journée passée. Après quoi seulement, il imposait ses directives aux soldats.

L'entraînement quotidien ne changeait pas vraiment, et le temps n'y faisait rien. Qu'il pleuve ou qu'il vente, les soldats restaient des soldats. Entraînés contre tout, prêts à défendre la nation. Et pour défendre, il faut d'abord apprendre à se défendre soi-même. A se renforcer, mentalement, physiquement. Les premiers entraînements avaient été une douce torture, jusqu'à ce qu'enfin, mes muscles s'habituent et ne me fasse plus souffrir.

Je démarrai à petites foulées, ne dépassant que de peu mes camarades masculins. Snow, près de moi, me parlait encore mais mon esprit n'était plus assez concentré sur sa personne pour que je daigne l'écouter. Je ne voyais plus que la piste circulaire sur laquelle nous nous entraînions. Je suivais le sentier brun de mes yeux, ma vision se floutant alors que je traversais les rideaux humides de la pluie. Les fines gouttes rentrant en contact avec la chaleur ambiante de mon cou me firent frissonner sans que je n'en manifeste pourtant l'attaque. Je sentais l'humidité s'inscrire sur mes vêtements, ces derniers se gorgeant d'eau et venant se coller à moi.

C'était désagréable, vraiment désagréable. Mais pourtant, je n'avais d'autre choix que de continuer mon effort. Je m'étais engagée, et je comptais bien ne pas baisser les bras. Et quelques gouttes d'eau n'allaient sûrement pas me faire changer d'avis.

Un tour de fait.

J'inspirais un grand coup en atteignant l'arrivée pour continuer. Je perdais ici la notion de chiffre ou de temps, je ne pensais ni à la longueur de l'entraînement ni à la force que je devais déployer. J'allais le faire, c'était tout. Je ne m'en tenais pas aux petites choses sans importances.

La tête levée vers les nuages d'un blanc crémeux, je fermais les yeux instinctivement, tandis que l'eau découlait lentement de mes lèvres à mon menton. Et je poursuivais, encore. Sans relâchement quelconque, la vapeur s'échappant régulièrement de ma bouche. Quelques minutes, peut être même une heure. Je n'en savais rien. Mécaniquement, je m'arrêtais et me plaçais en rang lorsque le sifflement de notre entraîneur retentissait en écho.Récupérant ardemment le souffle qu'il me manquait, je tentais de rester calme et discrète face au silence que nous opérions tous.

Je n'y parvenais pas. C'était comme si mon cœur se resserrait dans ma poitrine. Je n'en distinguais plus les battements. Ma bouche entrouverte cherchait l'air qui affluait et s'accumulait sur ma langue, dans ma gorge. Mais je ne respirais plus, mon corps semblait refuser toutes attentions liées à ma survie. L'oxygène que j'aspirais n'était qu'un vent toxique.

« -Farron...est-ce que vous allez bien ? » résonna une voix.

Les mots n'arrivaient pas à s'échapper de ma tête, à se former hors de mon cerveau. C'était comme si la vie s'échappait doucement, et qu'en vain, j'essayais de la retenir de mes doigts maintenant fébriles et tremblants.

« -Je...je... »

Cela ne sonnait que comme des gémissements à mes oreilles. Le brouillard devant mes yeux n'était plus qu'une illusion de ce qui m'attaquait. Je me sentais rager, et de mes faibles forces, je frappais ma poitrine. Ma dernière pensée fut destinée à mon père. Mon père qui avait été si présent dans nos vies, si aimant et tellement bon. Qui était cet homme de droit que nous respections tous, cet homme qui avait rendu sa femme si heureuse et lui avait donné deux beaux enfants.

« -Je te hais... »

Mais tout cela ne demeura que pensées, tandis que la froideur de la boue rentrait en contact avec mon corps. C'était comme un semi coma. Les gouttes de pluie tombant encore atteignaient mon dos, et je sentais les mains de Snow agripper ma taille, me retournant afin que je fasse face au ciel grisé. Comme un mur érigé en travers de ma gorge, l'air refusait d'affluer. Les yeux clos, la seule musique me parvenant encore était les vociférations verbales de mon capitaine et de mes camarades.

« -Que quelqu'un appelle les urgences ! »

Comme une malédiction, l'histoire se répétait encore. Et le pouce de mon ami relevant mes mèches blondes et caressant mon front, je me laissais happer par le noir absolu.

J'avais hérité d'une cancéreuse en guise de camarade de chambre. C'était ce que j'en déduisais après quelques minutes passées à l'observer. Sa peau mâte teintée d'un pâle inhabituel. Le crâne chauve, aucun signe de pilosité, comme un désert où la maladie a soufflé.

Vert émeraude. Ma remarque n'avait eu aucun effet sur ces yeux là, sur ce regard qui me visait encore. Elle ne me parlait pas, ses lèvres demeuraient close, arborant un sourire. Pas de réponse, juste le silence tandis que nous continuons à nous toiser.

« -Claire »

Et mon monde redevient obscur. Respire un grand coup. Ne pleure pas.