Tom Nom
. Curieux sentiments.
« Ne pas se mêler de la vie sentimentale de l'autre... Quoi ?! Sérieusement ? T'es vraiment un ingrat. »
Lucy reposa son téléphone sur la table de sa cuisine, vexée dans sa fierté. Elle n'aurait pas à s'en mêler si cet abruti ne jouait pas les trouillards !
Elle grinça des dents, repoussant rageusement la tasse de thé encore fumante. Évidemment, elle savait que ça ne la regardait absolument pas, mais c'était plus fort qu'elle. Seulement elle ne draguait pas, malgré ce qu'il pensait croire, elle agissait juste naturellement, de la même manière qu'elle l'aurait fait dans son propre corps et puis ce n'était pas vraiment de sa faute si elle s'entendait si bien avec Lisanna si ?
Bon il fallait avouer qu'elle profitait de l'expérience de Loki dans le domaine romantique pour préparer le terrain à Natsu, espérant qu'il finirait par franchir le cap avec la blanche, mais juste un tout petit peu.
Elle soupira, bon elle prenait peut-être un peu trop de libertés, mais c'était si tentant ! Et puis elle était persuadée qu'il ne respectait pas complètement leur règlement, c'est qu'il pouvait se montrer très malin lorsqu'il le fallait.
Exaspérée, elle abandonna la cuisine pour s'étaler sur le sofa, le téléphone toujours en main. Elle avait attrapé une mauvaise grippe et se trouvait clouée au lit elle avait bien tenté de se changer les idées mais c'était peine perdue, surtout avec ses voisins.
Bon dieu ses voisins !
Ils étaient tous plus exubérants les uns que les autres, tant et si bien qu'elle avait fini par renoncer, filant toujours à toutes jambes quand elle voyait débarquer celui du troisième.
Monsieur Ichiya était un homme inquiétant, vraiment inquiétant, son physique déjà peu ragoûtant n'était qu'un avant-goût du personnage, et le physique en disait déjà beaucoup. Bien sûr Lucy n'était pas le genre à se fier à ça, elle préférait passer outre pour se faire une opinion plus juste, seulement… seulement avec lui la première impression était la bonne.
De son petit mètre cinquante, d'un corps gras et flasque tout tassé, à sa mâchoire anormalement carrée il était dans son costume fait sur mesure l'archétype du dandy. Seulement son cerveau semblait en parfaite opposition entre ce qu'il percevait et la réalité.
Elle se rappelait encore avec horreur la première fois qu'elle l'avait rencontré : il l'avait reniflé comme un animal, prenant des poses ridicules à chaque fin de phrase qu'il aimait ponctuer d'un "men" lascif.
Bien sûr, Lucy l'avait rapidement pris pour une sorte de pervers, et les deux garçons qui sortaient régulièrement de son appartement avait suffi à la dissuader à tout jamais de lui adresser la parole. Elle ne comprenait d'ailleurs toujours pas la fascination abusive qu'avait ses deux hommes pour ce, ce, elle ne trouvait même pas les mots.
Elle laissa retomber sa main sur le canapé, faisant rouler son cellulaire sur le tapis jaune pâle, le regard fixement accroché au plafond. Il y avait aussi sa voisine de palier : si son physique semblait frêle avec son corps délicat et son visage tout en finesse, encadré de jolis cheveux rose vif, ces penchants semblaient pour leurs parts bien plus inquiétant.
Un frisson d'effroi lui remonta la colonne vertébrale lorsqu'elle se rappela la semaine dernière. Elle était allée lui emprunter des œufs, la rose avait ouvert la porte avec empressement découvrant aux yeux innocents de Lucy une tenue en latex noir agrémentée de piques et et de boucle en fer. Seulement ce n'était pas ça qui l'avait choqué, c'était plutôt la boule rouge vif qui siégeait dans sa bouche, sanglé à son visage, et l'air ennuyé de la rose qui l'avait toisé de longues minutes en silence, trouvant la situation parfaitement logique et banal.
Elle ne l'était pas, absolument pas.
Lucy soupira de plus belle, elle n'avait aucune idée de ce qu'elle pouvait faire aujourd'hui pour passer le temps, réviser lui donner un mal de tête horrible, et elle ne se sentait pas capable d'entamer un nouveau livre, bien trop fatiguée pour se concentrer tant sur les lignes que sur l'intrigue.
Elle n'avait envie de rien, sauf peut-être parler avec Natsu. Si leur relation avait évolué du " on as pas le choix, faisons avec" à " nous sommes amis", elle devait bien admettre qu'elle ne le connaissait pas vraiment, bien sûr elle connaissait sa vie d'une façon assez intime, mais lui, c'était différent.
Ils leur arrivaient souvent de discuter de leurs aspirations futures, leurs passions, leurs goûts, pourtant il lui semblait qu'elle n'arrivait pas encore à le cerner totalement.
Mais une chose était sûre, elle commençait à bien l'aimer. Il représentait cette touche de fantaisie qui lui manquait, le piment qui venait relever le goût fade de ses journées monotones. Oui elle l'adorait. Elle coula un regard sur le post-it accroché sur l'angle de sa télé, d'un vert agressif, dessus était noté simplement :
« Souris »
Il en avait mit absolument partout dans son appartement, si bien qu'elle en trouvait encore aujourd'hui, mais celui-là c'était différent, elle n'avait pas pu s'en débarrasser, ça lui rappelait inlassablement que quelqu'un sur cette fichue boule de poussière pensait à elle, et c'était foutrement agréable.
Il comblait progressivement le fossé de son cœur, ravivant son âme romancière qu'elle dénigrait considérablement depuis le début de ses études. Après tout comment ne pas se sentir inspirée de cette curieuse relation ?
Elle avait décidé de retirer toute forme de loisir inutile le temps de ses études, de peur de se perdre. Pourtant Natsu représentait à lui seul la folie qu'elle se refusait, et curieusement elle aimait bien ça, sentir sa vie lui échapper tout en ayant l'impression de la contrôler. Après tout, ils étaient deux à vivre dans ce corps d'une certaine façon.
Elle sourit en reprenant la lecture de son agenda, elle avait découvert qu'il était un ami fiable et fidèle, prêt à tout pour défendre ses idéaux et valeur. D'une certaine façon, sa force de caractère lui rappelait Erza et c'était probablement une des raisons qui lui faisait tant l'apprécier.
Bien sûr elle n'avait encore jamais abordé le sujet de ses parents, même s'il l'avait probablement compris, elle ne se sentait pas prête à en parler, et puis ses messages interposés rendaient le tout impersonnel à ses yeux. Elle soupira d'agacement, laissant ses prunelles pralinées continuer leur route sur les quelques lignes de son cellulaire.
« Les matchs vont bientôt débuter, je vais mener notre équipe à la victoire !
Tu vas voir ! J'espère jusque qu'on n'échangera pas ce jour,
t'es vraiment pas douée avec un ballon. »
Un léger rire quitta ses lèvres, il était vrai que depuis qu'ils partageaient de corps, les performances sportives de Lucy avaient nettement augmenté, si bien que le coach sportif madame Evergreen, lui avait proposé de rejoindre l'équipe d'handball. Évidemment elle avait refusé : elle ne devait ses nouveaux talents qu'au rose, et une fois les corps récupérés, elle redevenait vraiment mauvaise. Accepter aurait été très peu correct vis à vis de l'équipe.
Malgré tout, Natsu ne manquait jamais une occasion de passer voir la coach, parfois pour parler, parfois pour se joindre à une partie de basket-ball en cours, ou de volley.
Depuis que le garçon prenait plaisir à agir comme un abruti dans son corps, de fille passe partout, elle était passée à cette fille que tous connaissaient, en partie pour ses frasques rocambolesques, qu'elle découvrait avec la même stupeur au petit matin.
Elle poussa un soupir las, elle n'arrivait pourtant pas à comprendre, sa cote de popularité avait grimpé en flèche, si bien qu'elle disait bonjour à des personnes dont elle ne connaissait même pas le visage, et puis Erza et Cana ne passaient pas vraiment inaperçues. La réputation des deux filles avait également augmenté ou tout du moins, elle s'était grandement améliorée. Désormais les gens ne changeaient plus de trottoir à leur passage, et certains même osaient garder la tête haute, ce qui disons-le, était en soit un exploit.
La porte claqua brusquement, faisant sursauter la pauvre malade. Face à elle se tenait chancelante une Erza en sueur, les cheveux en pétard collait la peau humide de son front. On pouvait même voir la chemise grise dépasser de sa jupe en lin bordeaux.
« Lucy ! »
Elle laissa tomber à ses pieds la lourde chaîne en métal qu'elle avait vaillamment tenu jusque-là, avant de laisser sa tête basculer lourdement en avant, sa main droite trouvant l'accès à sa hanche.
« Bon sang... souffla-t-elle péniblement en reprenant son souffle, je… j'ai cru qu'il t'était arrivé malheur ! »
Un sourire attendri étira la bouche de Lucy : sous ses airs autoritaires et intransigeants, Erza se révélait être d'une douceur candide. Lucy avait rapidement compris qu'elle avait forgé cette lourde carapace dans l'espoir de survivre à sa condition, et si jusque-là tout c'était passé à merveille, il semblait désormais que la yakuza cherchait une certaine forme de stabilité et paradoxalement, de droiture.
Lorsque Lucy avait compris qui était réellement Erza, elle avait adopté une toute autre attitude. Il fallait bien reconnaître que d'une certaine façon, elle se revoyait en elle dans ses jeunes années, ce regard parfois hagard, parfois fuyant.
À cet instant elle avait vu en Erza une enfant égarée mais surtout effrayée qu'elle voulait protéger.
Lucy poussa doucement quelques mèches de ses cheveux, dégageant son visage pour se donner une certaine contenance, espérant ainsi rassurer la rouquine. Elle avait endossé sans vraiment le vouloir le rôle de mère de substitution, renfonçant leur relation pourtant naissante. Une intimité tendre s'était rapidement créée entre elles, rendant leur complicité surprenante : elles semblaient se comprendre d'un coup d'œil mais le plus étonnant était sans conteste cette manière qu'elles avaient de se protéger et de se soutenir continuellement.
« Ça va, j'ai simplement la grippe, rien de grave.
- Oh, heu... d'accord ! Bien, bien ! Une grippe, juste une grippe, d'accord. Bafouilla la rouge, gênée.
- Tu veux boire un thé ? J'allais justement m'en faire un. »
Erza se contenta d'un sourire reconnaissant, plus proche d'ailleurs d'une grimace, avant de s'installer sur le canapé, mal à l'aise. C'est qu'elle n'avait jamais été vraiment habituée à réagir ainsi : elle ne s'inquiétait pas vraiment pour les filles de son groupe, elle les savait aptes à se défendre, mais pour Lucy, c'était différent, elle se sentait bien trop concernée par sa vie, sa santé surtout, et mettait un point d'honneur à la protéger coûte que coûte et ce contre tout ce qu'elle estimait dangereux pour son amie.
« Tu... heu... commença maladroitement Erza les joues légèrement chaudes, tu te sens bien ?
- Oui, ça va. Tu n'as pas cours ?
- Sans importance. »
Lucy fit brusquement demi-tour, fixant durement la rouquine, elle avait beau la terrifier lorsqu'elle se mettait en colère, il était tout simplement hors de question qu'elle laisse passer le comportement puéril de son amie.
« Vas en cours. Ordonna la blonde.
- Non.
- Erza, menaça lucy.
- Tu es malade.
- Je ne vois pas le rapport ! Gronda-t-elle, Je ne veux pas que tu rates tes cours par ma faute, alors maintenant tu te lèves et tu files en classe !
- Pas question ! Tu es malade, je ne te laisserais pas toute seule !
- Je vais bien.
- Non, bien sûr que non, tu as la grippe, regarde-toi tu fais peur à voir ! Je ne pars pas d'ici. »
Lucy soupira, massant sa tempe à l'aide de son index. Elle sentait venir un douloureux mal de crâne, vaincue, elle se laissa traîner jusqu'au salon, s'affalant sur le canapé.
« Fais comme tu veux. »
Elle ferma les yeux, se concentrant sur le bruit que produisait son amie, sans nul doute fière d'elle. Elle s'était rapidement mise au travail, bougeant frénétiquement les casseroles et autres ustensiles susceptibles de l'aider dans sa tâche. Plus amusée qu'excédée du comportement de la jeune femme, Lucy laissa un sourire fendre son visage : il fallait bien admettre qu'elle était très heureuse de cette petite intrusion. Avoir quelqu'un sur qui compter dans ce genre de moment, apaisait grandement la jeune femme.
« Raconte-moi ta journée, s'il te plaît.
- Comme tu voudras »
La frange rabattue sur son front à l'aide d'un bandana jaune poussin, qu'elle avait sorti d'on ne sait où, le visage souriant d'Erza s'échappa de la cuisine dévoilant ses yeux rieurs d'un joli saphir. Sa voix commença à s'élever dans la pièce, mêlant la profondeur de son timbre à son brusque levé de ton : elle mettait une telle passion à raconter son récit que Lucy pouvait parfaitement l'imaginer.
Elle voyait la chevelure flamboyante de son amie se balancer sous le coup d'une brise un peu brusque, ses sourcils se froncer sous le commentaire salace de Cana, le bruit régulier de ses talons foulants les pavés salis. Oui elle imaginait parfaitement l'histoire de son amie.
« [...] Lévy n'était vraiment pas contente ! Poursuivit la rouquine avant d'imiter de façon ridicule le brun, " Crevette, moi j'y peux rien si t'as la grâce d'un éléphant ." »
Lucy éclata d'un rire franc, imaginant ses deux camarades échanger cette joute verbale, aucun doute que Lévy aurait bombé le torse à renfort de ses bras, méticuleusement placés sous sa poitrine, alors que Gajeel se serait penché en avant, souriant en coin, les mains appuyées sur ses hanches en signe de provocation. Elle les connaissait si bien qu'elle pouvait prédire avec exactitude ce qui avait suivi.
« [...] et puis finalement Cana n'a pas pu s'empêcher de s'en mêler. Souffla Erza qui avait déjà disparu dans la cuisine sans interrompre son récit. Et ça a fini en bagarre, tu t'en doutes.
- Je suis sûre que Gajeel a payé un gâteau aux haricots rouges à Lévy pour se faire pardonner !
- Évidemment ! S'écria Erza en mélangeant vigoureusement son saladier. Le vendeur les connaît tellement bien, qu'il leur offre le thé maintenant !
- Ah l'amour ! »
Le visage d'Erza prit une teinte furieusement rouge, alors qu'elle se mettait à bafouiller des mots sans queue ni tête. Pour une raison encore inconnue, Erza se trouvait être véritablement coincée et profondément pudique en ce qui concernait les relations humaines. Parler sentiments la mettait dans un tel état que Lucy ne pouvait pas résister à l'embêter de temps en temps sur le sujet.
« Et toi, niveau relation amoureuse ? S'amusa Lucy.
- Moi, moi, moi, relation... relation amou... reuse? Que ? Qu'est-ce que tu racontes ! Elle lâcha un rire terriblement faux avant de se reconcentrer sur sa tâche.
- Oh, juste toi et un garçon, s'embrassant dans un petit coin isolé, s'enlaçant-
- Lucy ! Bafouilla de gêne la rouge. »
Voyant l'embarras plus qu'évident de son amie, Lucy calma un nouveau rire, balançant sa main avec désinvolture devant son nez.
« Je te taquine. »
…
Lucy poussa un long soupir résigné en fixant le carnage de la cuisine, si Erza avait mis du cœur à l'ouvrage, le résultat était franchement catastrophique : de la farine et des coquilles d'œufs traînaient un peu partout, sans compter les nombreux ustensiles recouverts de pâtes et de crèmes qui s'entassaient lourdement dans l'évier.
Elle passa une main sur son visage pour se calmer, esquivant habillement les restes de gâteaux pour récupérer une tasse et sa petite bouilloire.
Elle avait pensé, a tort visiblement, que la rouge lui aurait cuisiné un bouillon de poule, ou quelque chose du genre, pour qu'elle se remette, pas qu'elle lui aurait préparé un gâteau et pas n'importe lequel : un fraisier, comme s'il était tout ce qu'avait besoin une personne pour se remettre du moindre mal.
Elle rejoignit le salon, s'installant à côté d'une Erza rayonnante : elle avait découpé deux énormes parts de son fraisier, prête à le déguster.
Lucy jaugea un instant le morceau de gâteau, quelques gouttes de sueur perla sur son front fiévreux : la crème avait plus un aspect de beurre grumeleux et la pâte à gâteau semblait à la fois trop cuite et pas assez. Hésitante, elle plongea sa fourchette dans la pâtisserie avant de l'enfourner dans sa bouche. Presque instantanément son visage blanchît, alors qu'elle se faisait violence pour avaler l'horrible mixture.
« Alors ? Alors ? Comment tu trouves ?
- Ça... a son caractère. Lâcha la blonde dans un sourire crispé. »
Erza dressa un sourcil peu convaincu avant de goûter à son tour, sa mine ravi vira au gris avant qu'elle ne recrache le morceau, les joues rouges d'un mélange de gêne et de colère. Il fallait dire qu'Erza n'était pas vraiment habituée à échouer, elle prenait d'ailleurs très mal l'échec.
« C'est dégueulasse ! »
Elle se redressa d'un bon, agrippant le gâteau qu'elle jeta avec fureur dans la poubelle.
Lucy pouvait voir les larmes de frustration gorger ses yeux. Lentement elle la rejoignit, posant une main réconfortante sur son bras, et lui décrocha un sourire tendre.
« Tu sais Erza, il n'y a que ceux qui ne font rien qui ne se trompe pas. »
Elle détourna son regard, humiliée d'avoir lamentablement échouée et ce face à Lucy. La blonde soupira doucement, remonta ses manches avant d'attacher ses cheveux pour se mettre face au plan de travail. Sans un mot, elle entreprit de tout nettoyer sous le regard curieux d'Erza. C'est seulement lorsqu'elle la vit sortir des œufs et la farine qu'elle sembla reprendre possession de son corps. Sans un mot, elle se plaça sur la droite de Lucy, admirant la précision de ses gestes avec fascination.
« Tu veux bien peser la farine ?
- Bien sûr. »
Sous les directives de Lucy, Erza s'employait du mieux possible à réussir les ordres. Lucy était très pédagogue, prenant le temps pour expliquer avec un calme et une douceur délicieuse, parfois elle montrait même directement comment faire. C'est après deux heures qu'elles admirèrent le résultat. Si la pâtisserie ne ressemblait pas vraiment à celle des magasins, elle semblait malgré tout appétissante.
Lucy trancha deux morceaux avant de les prendre pour les mener à la table basse du salon. C'est une fois installées qu'elles entreprirent de goûter, le visage d'Erza blanchit légèrement avant que ne pointent de jolies rougeurs sur ses joues, satisfaite elle laissa sa langue claquer son palais avant de sourire, ravie.
« Il est bon ! »
Lucy laissa un léger rire lui échapper alors qu'elle avalait sa part.
…
« Eh bien alors, face de clou, je croyais que tu allais me mettre la raclée de ma vie ? »
Il claqua sa langue sur son palais, fusillant du regard la jolie blonde qui le narguait, la manette de la dernière console en vogue en main.
« Ferme la !
- Gajeel ! Gronda Erza avec sévérité avant de jeter un regard désapprobateur à Lucy, et toi ne le cherche pas ! »
Lucy passa une main derrière sa tête, grattant d'embarras son crâne alors qu'un léger ricanement quittait ses lèvres pleines. Pas de doute Natsu était d'une humeur taquine aujourd'hui. Il fallait dire que se retrouver dans le corps de la blonde était une sorte de petit break pour lui. Gildarts ne lui laissait pas une minute de répit et pouvoir se décontracter toute une journée était un privilège qu'il avait du mal à laisser passer.
« Et maintenant ? Hasarda Lévy en reposant son manuel, que fait-on ?
- Avec ce temps, grogna Erza adossée au canapé usé de Gajeel, pas grand-chose.
- On pourrait aller à la patinoire ? Et finir par le bar ! Proposa Cana.
- Génial ! S'emballa Natsu qui n'avait jusque-là jamais eu la chance d'entrer dans un tel endroit, je suis sûr que je peux te battre à la course la ferraille !
- Tu prendrais le pari ? Sourit mauvaisement le brun. »
Il n'en fallut pas plus pour motiver le sportif. Depuis peu, il avait pris l'habitude de défier Gajeel à tout et n'importe quoi, et si le brun prenait constamment part à ses attaques, ils aimaient y ajouter quelques petits gages. C'étaient leurs façons de pimenter le jeu, ainsi Gajeel s'était retrouvé dans des situations bien délicate par le fait du rose, d'autant qu'Erza avait mis un point d'honneur à faire respecter les gages idiots.
Un frisson désagréable remonta le long de la colonne du rose quand il se souvint des nombreuses vengeances de Lucy.
L'avantage de partager ce corps était sans conteste le fait qu'il ne prenait jamais part aux sanctions puisqu'elles étaient généralement mises en place plus tard, et Lucy avait moyennement apprécié devoir à se travestir en lapine sexy de cabaret. Encore aujourd'hui certains étudiants qu'elle croisait l'appelaient affectueusement " Bunnygirl". Évidemment la sanction qu'elle avait administré à son corps l'avait rapidement fait déchanter : elle avait coloré ses cheveux d'un vert vomi abominable avant d'aller en cours vêtu d'une robe qu'elle avait piqué à sa mère, et ni le principal intéressé ni son proviseur n'avait aimé la blague.
Natsu encore moins lorsqu'il avait vu les nombreuses photos prises où elle avait adoré prendre des poses aguicheuses parfaitement ridicules. Loki et grey n'étaient d'ailleurs pas prêts de le lâcher avec ça. Malheureusement Natsu avait la tête dure, c'est donc sans la moindre hésitation qu'il s'écria de sa voix aiguë.
« Comme si je pouvais perdre contre toi !
- Alors marché conclu ! »
Ils se frappèrent dans la main sous le regard désapprobateur et passablement ennuyé d'Erza alors que Cana prenait déjà les paris avec quelques étudiants à l'aide de son téléphone. Elle avait même créé un site simplement pour ça, qui était étonnement suivi d'une bonne centaine de personne.
L'insouciance de Natsu avait rapidement fait le tour de l'université et bientôt leur petit groupe d'amis était devenu une véritable attraction, leurs frasques déjà légendaires avaient suffi à calmer la panique qu'inspirait Erza et sa bande, les rendant bientôt sympathiques aux yeux de tous.
Les deux femmes étaient devenues si populaires qu'il n'était désormais plus rare de voir de petit cadeau les attendre devant leur casier.
« Lucy tu es sûre de toi ? Murmura Lévy incertaine.
- Bien sur ! Sourit le rose.
- Mais... je croyais que tu ne voulais plus faire de pari ? La dernière fois tu...
-Fais moi confiance. Coupa Natsu. »
Découragée, la petite bleue opina doucement, tout à coup bien moins motivée par la perspective de patiner.
C'est donc d'une humeur mitigée qu'ils enfournèrent leurs vestes et gants pour rejoindre le centre-ville où siégeait la patinoire municipale. Cana à moitié nue sirotait sans complexe sa flasque, dévoilant un ventre dénudé aux passants frigorifiés. C'est qu'en ce mi-octobre il ne faisait pas franchement chaud à la capitale.
…
« Quarante-quatre ! S'écria joyeusement la blonde.
- quarante... quatre ? Répéta bêtement le guichetier »
Il jeta un regard incertain à Natsu, détaillant de la racine de ses cheveux blonds à la plante de ses pieds, pieds qu'il fixait maintenant avec incompréhension.
« Trente-huit. Rattrapa Lévy, excusez-la, elle est tellement impatiente de patiner qu'elle raconte n'importe quoi ! »
Natsu avala péniblement sa salive en voyant le regard inquisiteur de la petite bleue. Lucy lui avait déjà dit qu'elle avait quelque doute, et commençait à trouver son comportement louche. D'après elle, Lévy était une sorte de petit génie, et sa passion dévorante pour les romans n'avait fait que fortifier son esprit critique. C'est qu'elle était tellement exaspérante qu'il était devenu impossible de lui faire une surprise, d'une façon ou d'une autre, elle finissait inexorablement par trouver et gâcher la surprise.
Lucy lui avait raconté qu'elle l'avait amené à une soirée de rôle, il n'avait pas tout compris, mais dans l'idée, des gens se regroupaient dans des soirées pour incarner un personnage et trouver le meurtrier de l'histoire. Tout du moins, c'est ce à quoi la jolie blonde avait joué, malheureusement, Lévy avait écourté de deux heures la soirée en trouvant le faux criminel, ce qui avait fini de démoraliser la blonde.
Il était donc devenu évident pour le rose que Lévy était un danger à leur secret s'il était peu probable qu'elle trouve la solution, étant elle-même complètement surréaliste, il y avait de fortes chances qu'elle s'y rapproche assez pour les forcer à avouer ce qu'ils avaient rapidement accepter de ne surtout pas faire !
Il lui décrocha un léger sourire avant de rejoindre rapidement le banc pour enfiler ses patins, quoi qu'assez maladroitement.
« C'est ta première fois ? Questionna Cana accoudée sur sa cuisse.
- Oui.
- Tu vas voir c'est un jeu d'enfants. Rassura la brune. Allez viens je vais t'expliquer, t'as déjà fait du patin à roulettes ? »
Son visage blêmit légèrement à se souvenir.
Happy avait absolument tenu à ce qu'il l'accompagne, et si les tentatives pitoyables pour tenir debout avaient constamment échoué, il avait passé une journée excellente avec son cadet. Seulement, parce qu'il y a toujours un mais, il avait fini par tomber sur Grey au retour, ils s'étaient immanquablement disputés, partant rapidement dans une bagarre, malheureusement cette fois ses pieds ne reposaient pas sur la terre ferme mais sur trois petites roulettes et comme une évidence, il était tombé, dévalant une petite colline pour s'écraser sur les poubelles d'une des nombreuses maisons qui bordaient le trottoir.
Non content d'avoir passé la soirée à l'hôpital pour plâtrer son poignet, il avait traîné une horrible odeur mélangeant le poisson fermenté à la moisissure jusqu'à deux jours plus tard.
« Pas... pas vraiment. Bafouilla-t-il d'embarras.
- C'est pas grave, allez lève-toi ! »
Hésitant d'abord, Natsu jaugea l'équilibre incertain des chaussures, avant de se lever, battant furieusement des bras pour garder un semblant d'équilibre. Après trois tentatives avortées, il peina à faire quatre pas jusqu'à Cana, surpris par le poids des chaussures.
La première expérience fut catastrophique et aussi vite qu'il était monté sur la glace, son pauvre postérieur la rencontra à nouveau, lui décrochant un couinement ridicule.
« Bah alors bunnygirl, on tient pas sur ses jambes ? Nargua le brun en effectuant un petit dérapage pour se mettre à sa hauteur. Un coup de main ?
- Plutôt crever ! Aboya Natsu en se relevant tant bien que mal, ne crois pas que j'ai perdu Gajeel !
- C'est pourtant tout vu, et le gage aussi. »
Natsu lui jeta un regard noir, donnant un petit coup d'épaule au brun pour passer, bien évidemment il ne possédait plus sa carrure masculine et sportive, mais celle frêle de Lucy, et face à Gajeel il n'y avait véritablement aucune chance qu'il l'emporte sur la force brute. Il manqua de justesse de s'écrouler à nouveau sur le sol, empoignant fermement l'épaule de Lévy pour se stabiliser, mais Natsu étant Natsu, et Lévy étant aussi frêle et douce qu'un joli pissenlit, ils s'écroulèrent lourdement sur le sol froid et humide dans un cri peu glorieux.
Les rires graves de Gajeel et Cana s'élevèrent dans la patinoire presque déserte, faisant fulminer les deux pauvres victimes, Lévy poussa habilement Lucy pour se redresser, lui donnant une main compatissante.
« Viens Lu-chan, allons patiner ailleurs ! »
Natsu opina, jetant un dernier regard noir au brun avant de suivre maladroitement Lévy. Erza ne mit pas longtemps à les rejoindre, non sans avoir rapidement sermonner le duo, patinant gracieusement sur l'épais bloc de glace.
« Ce n'est pas comme ça que tu vas battre Gajeel. Soupira Erza.
- Sans blague. Grogna Natsu en tentant de se stabiliser seul.
- Je peux t'aider si tu veux. Viens je vais te monter. »
Natsu se crispa légèrement, il était tenté de l'envoyer au diable, après tout la seule aide qu'il avait reçu de Cana n'avait été que moquerie et rire, et ça lui avait largement suffit !
Il poussa un autre juron en manquant encore une fois de tomber, à ce rythme il n'était pas près de gagner contre Gajeel, mais pire qu'une défaite qui s'annonçait d'ores et déjà cuisante, c'était la punition que lui réservait Lucy qui commençait à l'inquiéter.
Cette fille était un puits d'idée et d'ingénierie lorsqu'il s'agissait de représailles, surtout pour quelque chose qu'elle lui avait formellement interdit de faire.
Il soupira, peu rassuré, alors qu'Erza lui maintenait fermement le bras pour le guider sur la glace.
« Sois plus souple, tu es trop rigide dans tes mouvements.
- Mais je tiens pas sur ses foutus trucs ! Beugla furieusement Natsu, ça me rend dingue !
- Calme toi. Ordonna la rouquine, respire et concentre-toi. »
Respire et concentre toi ?
il essayait de tenir sur ses satanées tiges de métal, pas de faire une session de yoga !
il grinça des dents, tentant malgré tout d'exécuter ses ordres, il n'avait pas envie de subir ses foudres, il était idiot sur les bords, mais pas à ce point !
Après une longue heure de tentative, d'ordres et de chutes, Natsu se tenait fièrement à côté de Gajeel, prêt à commencer leur course, motivé par le sourire confiant d'Erza et le regard plein d'espoir de Lévy. Il réajusta rapidement son pull-over, poussant d'un geste sec sa longue chevelure blonde pour dégageait son visage, il jeta un rapide coup d'œil à la masse de muscle qui attendait sagement le top départ, et opina pour signaler à Cana qu'il était fin prêt.
« J'espère que tu es prête à perdre B, sourit mauvaisement Gajeel, cette fois, tu ne t'en sortiras pas aussi facilement !
- Ne prend pas tes rêves pour des réalités face de clou ! »
Ni une ni deux, Cana poussa un petit " Go " aiguë qui résonna dans la grande patinoire presque vide, faisant s'élancer les deux amis. Natsu, poussé par sa soif de gagner, et la différence flagrante de poids, prit rapidement l'ascendant.
Erza était un très bon professeur et aligner un pied devant l'autre n'était désormais plus un fantasme pour le jeune basketteur. Un sourire suffisant se glissa sur les lèvres alors qu'il prenait plus d'assurance, avançant plus ou moins gracieusement sur la glace, talonné par un Gajeel un brin furieux.
Les planches bleues délavées qui cernaient la patinoire, s'approchaient de plus en plus d'eux, et d'ici quelques secondes ils serraient à portée de main, révélant ainsi le grand gagnant. Natsu étira son bras un maximum prêt à rencontrer le plastique usé, quand il heurta violemment le sol, embrassant la glace avec tant de violence qu'il sentit se répandre presque instantanément une chaleur humide sur son visage, alors que de petits points noirs élisaient domicile devant ses yeux.
« Lucy ! S'écria Erza.
- Oye B! Reprend toi ! Oye tu m'entends ?! Paniqua Gajeel en le secouant farouchement »
Mais c'était peine perdu, le monde semblait s'être mis d'accord pour tanguer dangereusement, alors que la lumière faiblissait de plus en plus, ne laissant bientôt qu'un horrible bourdonnement résonner dans son crâne. Il entendit vaguement Lévy hurler sur Gajeel, alors qu'Erza donnait toute sorte de directive pendant que Cana tentait du mieux possible d'arrêter l'écoulement nasale.
« Natsu ? »
Il se releva brusquement, fixant avec stupeur Happy, tranquillement agenouillé à ses côtés le détaillant d'un regard curieux.
« Ça va ? Demanda-t-il doucement
- je... il jeta un regard confus à son cadet, où sont les autres ? Et la patinoire ? »
Il sembla prendre conscience de quelque chose et plaqua sa main sur son nez, n'éprouvant pas la moindre douleur. Merde !
Lucy n'allait vraiment pas apprécier son réveil, il allait se faire massacrer ! Il n'arrivait même plus à se souvenir exactement ce qu'il s'était passé, avait-il blessé Lucy ? Allait-elle bien ?
« Quelle patinoire ? Continua Happy. Tu es sûr que ça va grand frère ?
- Heu... ouais, un rêve. »
Il sourit brièvement pour rassurer son cadet, passant une main dans ses cheveux volages. Il espérait que rien de grave n'était arrivé à la blonde par sa faute, il ne s'en remettrait certainement pas.
« Dépêche-toi, les cours vont commencer ! Le petit déjeuner est prêt !
- J'arrive. »
Il attendit sagement que le petit garçon parte pour récupérer son cellulaire, appuyant avec empressement sur le petit A, qu'il connaissait par cœur, il glissa son doigt sur la date pour découvrir les quelques annotations de Lucy.
Elle parlait de l'entraînement de Gildarts, qu'elle qualifiait d'inhumain et de torture, lui écrivant également ses performances en nette évolution quoi qu'assez médiocre, ainsi que les nouvelles pour le tournois qui se faisait de plus en plus proche, de sa journée au côté de Lisanna qu'elle adorait de plus en plus, aux discussions étranges qu'elle avait pu entretenir avec ses parents.
Elle ne tarissait d'ailleurs jamais d'éloge sur la blanche, qu'elle avait pris bien trop rapidement en affection, et passait la voir chaque fois qu'ils permutaient de corps, renforçant les liens qu'ils avaient.
Il soupira, enfilant à la voler sa tenue réglementaire, ce n'est pas qu'il n'aimait pas l'amitié que les deux filles entretenaient, mais chaque fois qu'il voyait la blanche après une intervention de Lucy, il avait l'impression d'être plus proche d'elle tout en étant terriblement éloigné d'elle. C'était dérangeant, énervant et frustrant pour lui, qui peinait à comprendre certaines des allusions de Lisanna.
« Tu as reçu quelques demandes aujourd'hui, il serait peut-être temps que tu envisages de sortir avec Lisa', ça nous changerait la vie. Je déteste devoir dire non à toutes ses pauvres filles. »
« La faute à qui ! Grogna le rose, je te signale que moi aussi ! Et mêle toi de tes affaires, t'es aussi célibataire que moi ! »
Il avait beau savoir qu'elle ne l'entendait pas, il trouvait un certain réconfort à lâcher sa frustration de temps à autre en râlant dans sa barbe. Il jeta un bref coup d'œil à son reflet, manquant de soupirer en voyant le désordre de sa chevelure. Il n'avait ni le temps ni l'envie de dompter la masse rose de cheveux qui siégeait sur son crâne, de toute façon elle n'en ferait qu'à sa tête, comme d'habitude.
« Natsu, salua sa mère en déposant du riz sur la table alors qu'il pénétrait à peine la cuisine, Gildarts a appelé tout à l'heure, il ne pourra pas être là ce soir pour ton entraînement, mais il a laissé des consignes au gymnase. Igneel devrait être là pour t'aider.
- Igneel ?
- Ne m'en demande pas plus. Souffla la rose en ajoutant le reste du petit déjeuné sur la table. Il faudrait que tu me fasses une course en rentrant.
- Pas de problème maman. Sourit le rose pour masquer sa confusion.
- Tu devrais te dépêcher. Sinon tu vas encore être en retard. Ajouta son père sans lever les yeux de son journal. »
Natsu poussa un juron avant de se lever d'un bond, agrippant son sac à l'entrée alors qu'il sautillait sur place pour mettre ses chaussures. La journée promettait d'être longue et particulièrement pénible.
Que faisait Igneel ici ? Au dernières nouvelles, il était parti faire le tour du monde avec un certain... un certain... merde il avait oublié son nom, de toute façon ce n'était pas franchement important.
Il poussa la porte de sa maison, enfournant ses mains dans les poches de son pantalon noir. Les boutons ronds en or avaient été mal rattachés sur le haut de la veste, laissant voir la peau nue de son cou, quoi qu'elle était dissimulée sous l'imposante écharpe en écaille blanche qu'il ne quittait jamais. Il laissa pendre sa tête pour fixait le ciel ombragé, un profond sentiment de tristesse gonflant son torse. Pourquoi Igneel était de retour ? Pire, pourquoi avait-il décidé de l'aider à son entraînement ? C'était ridicule !
Il frappa rageusement contre un caillou, les lèvres pincées dans l'espoir de retenir un cri de rage.
« Natsu ! Hurla une voix fluette, attend moi ! »
Lisanna arriva à toute jambe à ses côtés, reprenant péniblement son souffle, une de ses mains appuyées sur sa cuisse. Elle releva son visage rougi par l'effort pour lui offrir un large sourire.
« On y va ensemble ?
- Avec plaisir. »
Il aurait préféré ruminer sa colère sur le trajet, mais finalement la présence calme et douce de Lisanna lui permettrait sans doute d'oublier un peu cette histoire et il avait clairement besoin de se calmer.
Il ne leur fallut pas longtemps pour rejoindre l'enceinte de l'établissement où Grey et Loki patientaient déjà, muni chacun d'une cigarette qu'ils balançaient négligemment à chaque mouvement de main, visiblement pris dans une discussion compliquée. C'est Loki qui remarqua le duo en premier, se redressant mollement du muret en pierre grise qui encadrait l'entrée du bâtiment.
« Oye les tourtereaux ! »
Le visage de Lisanna rougit furieusement alors qu'elle tentait de garder un semblant de dignité en bafouillant une excuse qui tenait de moins en moins la route. Natsu, lui, se contentait de fixait la scène sans vraiment la voir, il avait beau faire du mieux possible pour penser à autre chose, les mots de sa mère résonnaient avec force dans son esprit encore fatigué.
« Nat', appela Grey, ça va vieux ?
- Hum ? Ouais, on y va ? »
Il n'attendit pas de réponse pour s'élancer dans le bâtiment, suivi de ses amis qui discutaient tranquillement. Il remercia mentalement Grey pour sa discrétion, s'il était vrai qu'ils passaient leur temps à s'injurier tout en se battant, ils n'en restaient pas moins de vrais amis et lorsqu'il le fallait ils savaient agir comme tels.
Le cours de mathématique était loin d'être passionnant, et même si Natsu se révélait être assez doué dans cette matière, la main écrasée sur sa joue il n'arrivait pas à détacher son regard de la mer. Tout avait perdu son attrait à l'instant même où sa mère avait ouvert la bouche le matin même pour lui annoncer l'arrivée d'Igneel, et même s'il faisait un effort pour passer outre, il n'arrivait pas à comprendre.
« Oye abruti ! Siffla Grey visiblement énervé du manque de réaction du rose. Tu m'écoutes ?
- Hum ?
- Merde Natsu ! Réveille-toi ! Ça fait cinq minutes que la cloche a sonné."
L'air ahuri de Natsu termina de désespérer Grey qui poussa un lourd soupir en tournant la chaise pour la mettre face au pupitre de son camarade de classe.
« C'est quoi le problème ?
- Igneel est revenu. »
Il l'avait presque lâché dans un soupir, d'un air faussement détaché. Toute personne qui connaissait Natsu un tant soit peu savait la relation qu'il entretenait avec l'Hippie, et le voir agir ainsi était loin d'être normal.
« Il est revenu ? Répéta bêtement Grey.
- Ouais c'est bien ce que j'ai dit. »
Grey lui jeta un regard en biais, avant de se lever d'un bond, empoignant le bras de son ami pour le traîner hors de la salle de cours où des élèves arrivaient déjà en masse pour manger.
C'est à mi-chemin qu'il se décida à le lâcher, préférant mettre ses longues mains blanches dans les poches de son pantalon. Aucun des deux ne dit mot jusqu'à ce qu'ils rejoignent l'ancien gymnase, Grey en avait gardé la clef et aimait si prélasser à certaine de ses heures de permission. Un des nombreux avantages à connaître le directeur, ami intime de son père, qui lui accordait certains privilèges. Il s'immobilisa enfin devant un vieux tas de matelas en mousse à moitié mitée.
« Quand ? »
Natsu fronça les sourcils, passant une main agacée dans ses cheveux. Il ne voulait pas en parler, il ne voulait pas y penser. D'instinct il donna une violente droite dans le tas informe de matelas, puis un second et ainsi de suite sous le regard conciliant de Grey.
Voir Natsu dans un tel état avait toujours eu le don de mettre les nerfs de Grey à rude épreuve : il voyait en Natsu une sorte de petit frère intrépide et casse-cou, pénible évidemment, mais qu'on ne pouvait s'empêcher d'adorer.
Il souriait tout le temps, enveloppant n'importe qui dans sa bonne humeur quotidienne, alors le voir si désemparé, si furieux, faisait enrager Grey.
Il était, avec Loki, les seuls à pouvoir le mettre dans un tel état, il était prêt à aller coller une bonne droite à Igneel si cela suffisait à apaiser son compagnon.
« Il va me donner mon entraînement ce soir. »
Avoua Natsu entre deux respirations sans jamais cesser de frapper le mur de tapis, ses yeux piquant toujours plus à chaque coup, comme s'il libérait la fureur pour ne garder que l'incompréhension et la douleur. Il se sentait mitigé entre l'envie d'hurler ou celle d'éclater en sanglot comme un enfant.
Igneel représentait énormément de chose pour lui, beaucoup trop, si bien qu'il se sentait perdu, perplexe face à tout ça, comme si sa vie actuelle n'était déjà pas assez complexe.
Il ravala péniblement le nœud qui s'était formé dans sa gorge, laissant ses mains retomber mollement sur ses flans, l'air soudain abattu.
« Fais chier. »
…
La journée avait été longue, malgré les efforts de son petit groupe d'amis pour lui rendre le sourire, et s'il s'évertuait du mieux possible à paraître neutre, la lueur agressive de son regard ne trompait personne.
C'est d'une humeur noire qu'il rejoignit le gymnase les poings serrés dans les poches de son pantalon et sur la lanière de son sac de sport.
Igneel n'était visiblement pas encore arrivé, rien de bien étonnant, il n'avait jamais été un modèle de vertu en ce qui concernait la ponctualité, pourtant il n'avait jamais fait attendre le rose.
Il soupira, récupérant le petit mot qu'avait laissé Gildarts à son intention, bien qu'il ne s'agissait que de quelques consignes basiques et trois insultes, Natsu se sentait soulagé. Il se changea rapidement pour entreprendre son entraînement, suivant consciencieusement les indications. S'il devait exécuter des dribbles, dunks et toutes formes d'exercices assez classiques, il savait que cet entraînement avait pour but d'améliorer son endurance et son habilité.
Le corps recouvert d'une pellicule de sueur, Natsu reprenait son souffle sur un des petits bancs de plastique blanc qui trônaient ci et là au bord du stade. Son regard s'accrocha sur l'horloge, il avait dépassé son entraînement d'une demi-heure et toujours aucune nouvelle d'Igneel : c'était donc devenu évident, il ne viendrait pas, il lui avait posé un lapin bon sang !
Il ravala un juron, épongeant son front de sa petite serviette ridiculement bleu agrémentée de petite grenouille verte : elle appartenait à Happy il avait tenu à ce qu'il la garde comme une sorte de porte bonheur.
Un sourire attendri étira sa bouche, alors que son regard glissait immanquablement sur son écharpe, déformant ses lèvres en une grimace. Et dire qu'il s'obstinait à garder cette relique du passé, pour quoi au juste ?
D'un geste sec, il la tira pour pouvoir la prendre totalement en main, la dévisageant comme s'il s'agissait là de quelque chose d'étrange, une curiosité sans nom qu'il commençait à trouver ridicule de garder.
Ses longs doigts fins se crispèrent sur le tissu, alors que ses yeux se gorgeaient de larmes amères. Il s'était rarement senti aussi humilié, blessé mais surtout trahi. L'abandon qu'il venait de subir semblait broyer son estomac avec tant de force qu'il ne pouvait retenir quelques grimaces. Il secoua doucement la tête pour chasser toutes ses idées, balançant le morceau de tissu blanc sur le banc pour reprendre une série de tir : seul le bruit de ses baskets crissant sur le parquet et le tapement régulier de la balle résonnaient dans le grand hangar.
Après plusieurs échecs, il laissa sa main bouger lentement, faisant revenir à rythme régulier la balle entre sa paume puissante et le sol lisse, calant avec soin chaque rebond à sa respiration, puis, une fois parfaitement en accord il jeta la balle, admirant le ballon s'enfoncer dans le petit filet pour chuter mollement sur le sol.
« T'as amélioré ton jeu. »
Étrangement il ne sursauta pas, le corps parfaitement immobile, pourtant chaque muscle s'était crispé à l'entente de ce timbre de voix rocailleux, laissant ses sourcils se froncer à mesure que son regard se durcissait.
Il préféra ignorer la remarque, décidant tout à coup qu'il s'était assez entraîné pour la journée, le pas sûr, il rejoignit en quelques enjambées son gros sac qui traînait au pied du banc. Sans un mot, un regard, il passa à ses côtés, tenant avec fermeté la lanière, concentré sur le bruit de ses chaussures sur le sol.
« Tu as oublié ça. »
Natsu s'immobilisa a mi-chemin, tournant lentement sur lui-même pour lui faire face, la lenteur du geste, bien que théâtrale, résultait de l'angoisse qui lui nouait l'estomac, l'ignorer était une chose, lui faire face une toute autre. Il capta le morceau si familier de tissu qui manquait cruellement à son cou, pendre dans la main rugueuse du cinquantenaire.
« Tu peux le garder, je n'en ai pas besoin. »
Igneel poussa un léger soupir, rejoignant d'une démarche souple et mesurée l'adolescent pour s'immobiliser à sa hauteur, avec précaution il leva les mains, déposant sur les épaules de Natsu la lourde écharpe.
« Ça serait idiot de tomber malade pour si peu."
Il le détestait.
Il le détestait de tout son être, il n'avait pas le droit de l'abandonner ainsi et de revenir la bouche en cœur, comme si de rien n'était, comme s'il n'avait pas outrageusement piétiné ses espoirs, ses sentiments.
Il repoussa avec hargne la main d'Igneel, lui tenant désormais tête avec toute sa colère, tout ce ressentiment qui lui rongeait les entrailles. Il n'avait pas le droit de jouer les papas aimant. Pas après ça.
« Vas te faire foutre ! Rugit-il
- Nat-
- Tais toi ! Je ne veux pas te parler, ni te voir, et encore moins sympathiser avec toi. »
Son ton était sans appel : il n'adressa pas un regard à l'homme avant de tourner les talons, s'engouffrant dans le froid des rues. L'air lui frappa le visage avec force, éveillant l'épiderme fragile de ses joues pour les faire rougir, pourtant il ne ressentait pas le froid, sauf peut-être sur sa nuque à découvert. Il marcha rapidement dans les rues désertes, avant de ralentir la cadence, fixant les lampadaires grésiller faiblement.
« Eh merde ! »
C'était vraiment une journée pourrie.
Il n'aurait jamais imaginé que les retrouvailles avec celui qu'il avait longtemps considéré comme un père, puisse s'avérer aussi catastrophique, évidemment il savait qu'elles ne se passeraient pas sans peine, mais là c'était à un tout autre niveau.
L'air frais avait au moins l'avantage de calmer ses pulsions dévastatrices, lui rendant un semblant de sérénité.
Il poussa la porte de sa maison, fixant le plat sous plastique de curry qui reposait solitaire sur la table de la cuisine : il devait être froid depuis longtemps maintenant. Il détourna le regard, subitement attiré par le petit corps qui dormait à côté, enroulé d'une petite couverture, la tête reposant sur la peluche à moitié mâchouillée d'un chat bleu.
Toute la colère encore présente dans le corps de Natsu s'envola immédiatement, ne laissant qu'une infinie tendresse le submerger : doucement il laissa tomber son sac pour venir récupérer le petit corps endormi d'Happy. L'enfant baragouina quelque chose en frottant son visage sur le tee-shirt de son aîné, replongeant instantanément dans ses rêves.
Alors que Natsu finissait de border Happy, ses prunelles vertes d'eau roulèrent sur le visage encore arrondi de son petit frère, il ne comprenait pas, comment diable pouvaient-ils être aussi différents ? Son enfance avait été loin de celle insouciante et naïve du bambin.
Il n'avait jamais entretenu de relation très fusionnelle avec son paternel, leur relation était d'ailleurs essentiellement constituée de phrases brèves et dénuées de la moindre chaleur. Pas qu'ils ne s'aimaient pas, seulement les choses étaient complexes. Aussi loin que remontaient ses souvenirs, son père n'avait été que très peu présent, accaparé par son travail de pêcheur. Il lui arrivait de partir des mois sans donner le moindre signe de vie, et puis son tempérament dur et strict n'aidait pas vraiment à créer les liens père-fils.
Ce manque, bien qu'en parti inconscient, l'avait rendu agressif et violent dans ses jeunes années, un passé qu'il aurait volontiers préféré oublier. Pourtant c'est exactement à cet instant qu'il avait rencontré Igneel, cet homme étrange au cheveux de feu, un sourire éblouissant constamment étalé sur son visage mal rasé, marqué par l'âge.
S'il s'était montré immature et juvénile dans sa façon de faire, complètement loufoque, il s'était montré d'une grande sagesse et d'une patience infinies avec Natsu. Rapidement, une forte complicité était née : un lien unique et si fort qu'il semblait au rose que cette hippie farfelu, pervers sur les bords, était son véritable père, tout du moins il l'aimait comme tel.
Il aurait pu s'en vouloir vis à vis de son géniteur, pourtant la culpabilité n'était jamais venue le hanter, et encore aujourd'hui il ne regrettait rien. Igneel était un homme bon, un bon père de substitution qui avait su le ramener sur la bonne voie, lui donnant un but à accomplir, une chance.
Il avait su être là lorsque Natsu en avait eu besoin, malgré toute sa colère il ne le remercierait jamais assez pour ça : avoir su lui tendre la main alors même qu'il la refusait.
Un sentiment de tristesse l'accabla brusquement, le faisant légèrement tanguer face au lit de son cadet. Igneel avait su être un confident, c'était même lui qui avait été au courant de son premier béguin d'enfance, une certaine Miyumi, lui aussi qui avait été là ses longues journée d'été à lui apprendre à lire et à compter, lui qui avait su calmer ses peurs d'enfants, ses colères aussi.
Il l'avait canalisé grâce au basket et l'avait fait mûrir de tellement de façon, peu importe les liens du sang, peu importe les mots, Igneel s'était toujours démarqué par les gestes, par les attentions.
Un sourire triste tira ses lèvres, le plongeant dans une bulle de nostalgie : pour ses neuf ans, Igneel avait débarqué à la sortie de son école sur une vieille mobylette rouge métallisée, un casque sous le bras, un large sourire irradiant son visage. Il n'avait pas hésité une seule seconde à courir vers lui à toute jambe, excité comme une puce à l'idée de monter sur cette épave.
" Félicitation bonhomme."
La chaleur réconfortante dans sa voix, la douceur dans ses yeux taupes, Natsu s'en souvenait encore et ce avec beaucoup d'émotion, cette complicité qui les unissait, et cette horrible habitude qu'il avait d'ébouriffer ses cheveux à l'aide de son immense main. Pourtant encore aujourd'hui il se surprenait à chercher ce contact particulièrement, conscient qu'il n'agissait ainsi que lorsqu'il se sentait profondément fier de lui.
« Pourquoi t'es parti alors ? »
Souffla le rose en se laissant tomber sur son lit, plaçant son avant-bras sur son front alors que son autre main reposait mollement sur son ventre. Quatre foutues années qu'il était parti, quatre ans. C'était tout un monde, toute une vie, et pourtant il n'avait pas hésité, brisant la promesse qu'il lui avait faite, brisant un gosse de quatorze ans en quête d'identité, de repaire.
Un léger courant d'air glissa sur la peau nue de sa nuque, lui décrochant un léger frisson. Il n'aurait jamais dû se séparer de son écharpe, sans elle, il se sentait totalement nu, pire il avait le sentiment d'être vulnérable, et il détestait ça.
« Fais chier »
Chapitre corrigé par Clemantine que je remercie infiniment !
Je vous encourage à aller voir ses œuvres, qui sont vraiment, et en toute objectivité, super !
A.
