A peine quelques secondes après leur disparition du Château de Salazar, les évadés se retrouvèrent au beau milieu d'une forêt. L'ancien Serpentard ne pouvait distinguer que des arbres, des arbres à perte de vue. Au-dessus d'eux, les nuages se faisaient sombres, et les forces de la nature commençaient à danser.

« On est où ? questionna le jeune sorcier.

- Nous sommes au beau milieu de la forêt d'Abernethy près d'Aviemore, en Ecosse, lui répondit Jacob tout en prenant Hermione sur son dos.

- En Ecosse ? enchaina Drago, ravit de se débarasser du poids de l'ancienne prisonnière. Alors nous sommes proches de Poudlard…

- Tout juste ! s'exclama le vieil homme aux yeux verts. Proches, mais suffisamment éloignés pour que ce qui se trame là-bas ne nous atteigne pas.

- De quoi tu veux parler ? le questionna le jeune homme.

- Trop tôt pour les questions, nous avons encore quelques kilomètres à parcourir et après, nous discuterons. En route ! », lui ordonna le vieillard.

Se maudissant de paraitre aussi docile, Drago commença à marcher. Autour d'eux, ne se trouvait que la nature, verdoyante. Des pins, des bouleaux, des mousses. Tout dans cette forêt n'était que nature. Le jeune homme détestait ça. Le calme, la tranquillité, les bruits d'oiseaux, tout ce qui l'entourait le rendait malade.

Le petit groupe progressait rapidement pourtant, le sorcier n'avait pas la moindre idée de leur position actuelle. Incapable de se repérer dans ce labyrinthe de verdure, il suivait de près Jacob. Devant, le serviteur menait la marche d'un pas assuré. Gestes vifs, avancée rapide. Ce vieil homme paraissait avoir vingt ans. Petit et bedonnant, rien ne semblait pouvoir l'arrêter.

Brusquement, son crâne chauve se couvrit de cheveux couleur miel. Ils descendirent et descendirent encore jusqu'à atteindre ses fesses. Celles-ci n'avaient plus rien de celles d'un vieillard. Drago fit glisser son regard un peu plus bas et retint un cri d'étonnement. Les jambes dodues du serviteur avaient laissées place à de fines cuisses musclées. Celles d'une femme.

« Tu es enfin redevenue toi-même ! s'enthousiasma Jacob.

- Est-ce que quelqu'un pourrait me dire ce qu'il se passe ici ? », s'énerva le jeune homme.

Soudain, la femme s'arrêta. Elle fit volte-face, offrant à Drago une vision à laquelle il ne s'attendait pas. Au lieu du vieil homme aux yeux verts, se trouvait une jeune fille aux iris bleu pâle, les mêmes que ceux de Jacob. Elle était assez grande et fine, bien que ses courbes très féminines laissaient deviner des muscles avantageux. Son nez, légèrement pointu et retroussé, ressemblait trait pour trait à celui de Jacob.

« Vous… vous êtes jumeaux ? supposa le Serpentard.

- Décidément, quelle perspicacité Monsieur le génie ! ironisa la jeune fille.

- Bon ça suffit ! Je ne ferais pas un pas de plus ! Dites-moi qui vous êtes et maintenant ! ordonna froidement Drago.

- Je suis Abigaïl White et lui, c'est mon frère jumeau, Jacob, dit-elle en désignant le grand jeune homme aux cheveux en bataille. Nous faisons partie de la résistance, c'est pour ça que nous avons libéré Hermione. D'autres questions où ta curiosité est satisfaite ?

- Oui je…

- Je n'attendais pas de réponse, le coupa Abigaïl. Nous n'avons pas de temps à perdre et, même si je suis certaine que tes interrogations sont pertinentes, tu attendras pour avoir tes réponses. »

Sa voix était calme, mais ferme. De toute évidence, cette jeune fille était née pour être une dirigeante. Sans aucune gêne, elle se débarrassa des vêtements du vieil homme aux yeux verts, devenus trop grands pour elle. Elle ne garda que le tee-shirt très large pour se protéger du froid, et poursuivit sa marche sans rien ajouter. Drago, lui, fulminait. Il ne voulait pas se mettre à dos ses soi-disant sauveurs mais, pour autant, l'effronterie proche du cynisme de la sœur de Jacob l'agaçait au plus haut point. Lui qui avait toujours dirigé en infligeant la peur à quiconque osait le défier, n'appréciait pas l'énergie qu'Abigaïl déployait pour le mener à la baguette. Bientôt, il lui montrerait qui il était. Drago Malefoy.

Le Serpentard maugréa intérieurement pendant les quelques kilomètres qu'ils parcoururent puis, soudainement, les jumeaux s'arrêtèrent.

« Voilà, annonça Jacob, nous sommes arrivés !

- Arrivés où ça ? s'impatienta Drago. Il n'y a rien ici !

- Lève la tête, Will-le-grincheux ! », lui suggéra Abigaïl.

Obéissant par réflexe, le jeune homme dirigea son regard vers le ciel. Parfaitement dissimulée au milieu des branchages, il aperçut une maison. Une véritable maison posée à plusieurs dizaines de mètres au-dessus du sol. Une expression de surprise fascinée se dessina sur le visage du sorcier.

« Alors ? Pas mal, hein ? », lui dit la jeune fille tout sourire.

Replaçant son regard en face de lui, le Serpentard remarqua deux adorables fossettes apparaître sur les joues de son interlocutrice. Son sourire était rayonnant.

« Jake, tu nous fais monter ? », demanda-t-elle à son frère.

Affichant exactement le même sourire que sa sœur, Jacob sortit sa baguette et d'un sortilège latin, les transporta en haut des arbres.

« Bienvenue, William, à la Cabane ! s'exclama Abigaïl ouvrant les bras d'un geste théâtral. Toi et Hermione, vous serez ici chez vous. »

La maison était faite entièrement de bois, se fondant impeccablement dans le décor. Les murs, le sol et même les pourtours des fenêtres étaient faits de bois massif. C'était une véritable maison, particulièrement spacieuse.

« Tu la déposes sur le canapé s'te plait Jake, ordonna-t-elle à son frère d'un geste de la main. Will, tu viens avec moi. »

Sans opposer de résistance apparente, Drago la suivit jusqu'à la cuisine. L'équipement présent était tout ce qu'il y a de plus moderne. Ouverte sur le salon et la salle à manger, la grande cuisine disposait d'un bar et de tout le confort des demeures urbaines.

« On va discuter un peu tous les deux, lui proposa la jeune fille en s'installant en tailleur sur le bar. Tu avais l'air d'avoir beaucoup de questions tout à l'heure, je t'écoute.

- Pourquoi t'avais l'apparence du serviteur moldu ? entama Drago en restant debout, bras croisés.

- Polynectar, lui répondit-elle, voyant que sa réponse ne lui convenait pas, elle développa. Bien, je vois que tu es avide de détails. C'est simple, ce n'était pas la première fois que je m'introduisais dans ce Château. Il y a deux mois, j'y ai pénétré pour piquer quelques poils à Duncan, le moldu.

- Comment ? lança le jeune homme sèchement.

- Je suis un Animagus, un chat. Un Mau Egyptien pour être précise. C'était plus qu'un jeu d'enfant pour entrer dans cette pseudo forteresse. Les Mangemorts sont tellement prétentieux qu'ils se croient à l'abri peu importe où ils sont. Bande de guignols sans cervelle, grommela la jeune fille dans sa barbe.

- Donc il y avait vraiment un vieil homme aux yeux verts ?

- Absolument. Il se réveillera groggy et en sous-vêtements, mais il ne risque rien. Tout le monde se fiche des Moldus là-bas.

- Qui êtes-vous, toi et ton frère ?

- J'ai déjà répondu à cette question, William.

- Pas suffisant, Abigaïl, lui lança-t-il en insistant sur son prénom.

- Appelles moi Abby, lui suggéra la jeune fille en souriant amicalement, elle se reprit brusquement. Bien, je vais te raconter notre histoire. Mon frère et moi, on est nés aux Etats-Unis et on a fait nos études à Ilvermorny pendant près de cinq ans. Nos parents sont morts de la Dragoncelle lorsque nous étions enfants et donc c'est notre nourrice, Ava, qui nous a élevés. Ava est morte il y a deux ans, de vieillesse. On savait que la sœur de mon père vivait ici, en Ecosse. Elle et mon père étaient fâchés, elle n'a jamais voulu prendre notre garde. Mais on s'est quand même achetés deux billets pour le Royaume-Uni avec ce qu'il nous restait d'argent. Quand on est arrivés à Londres, on a retrouvé notre tante. Elle était à l'hôpital de Sainte-Mangouste, malade, depuis des mois. On l'a rencontrée et, la semaine suivante, elle s'en est allé. Cette maison lui appartenait. C'était une originale qui ne faisait jamais rien comme les autres. Etant les seuls membres encore vivants de cette famille, on s'y est installés. Après ça, on s'est mis à visiter la forêt de long en large et un beau jour on est tombés sur une jeune fille et son père. Ils étaient en train de cueillir tout un tas de plantes médicinales aux noms imprononçables, ça nous a amusé, alors on a sympathisé. Ils étaient les premières personnes qu'on voyait depuis longtemps. Tu sais, ici on est coupé du monde.

- C'est eux qui vous ont parlé de la résistance ? s'enquit Drago, sourcils froncés.

- Tout juste ! Luna est une jeune fille… assez spéciale, même pour une sorcière, mais elle nous a beaucoup aidé.

- Luna ? Luna Lovegood ?! s'exclama le Serpentard en écarquillant les yeux.

- Tu la connais ? s'étonna Abby.

- C'est une élève de Poudlard.

- C'était, corrigea-t-elle. Elle et son père consacrent tout leur temps à préparer des médicaments pour les blessés maintenant. C'est grâce à eux que Jake et moi faisons enfin quelque chose d'important dans ce monde.

- Pourquoi vous vous battez ? lui demanda Drago.

- Pour la liberté ! lui lança la jeune fille sur un ton montrant toute la stupidité qu'elle accordait à sa question.

- C'est ridicule…, murmura le sorcier, un sourire en coin sur le visage.

- Je te demande pardon ? s'offusqua Abigaïl. Il n'y a pas de plus beau combat que celui que nous menons !

- C'est perdu d'avance ! commença à s'énerver le Serpentard. Ça n'a rien d'un combat, c'est du suicide. Et vous y resterez tous autant que vous êtes ! »

Il avait crié ses dernières paroles. Les poings serrés, il quitta la pièce et sortit de la maison. En arrivant sur la plateforme de bois à l'entrée de la Cabane, il se trouva démunit. Sans baguette, il lui était impossible de quitter la demeure. Or sa baguette lui avait été enlevée, puis elle avait été détruite. Pour autant, il ne pouvait pas rester là, il avait besoin d'air. Il n'avait jamais beaucoup aimé les grands espaces en pleine nature. Il était habitué au confort luxueux que son père lui offrait. Alors, lorsqu'il voulut prendre un peu d'altitude en escaladant le grand bouleau, il faillit tomber plus d'une fois. Après plusieurs branches et de nombreux faux-pas, Drago arriva au sommet du grand arbre. Ce qu'il vit lui coupa le souffle.

La forêt s'étendait à des kilomètres. Peu importe vers où il se tournait, il ne voyait qu'un gigantesque tapis de verdure. Le vent, soufflant avec puissance, transforma le tapis en une immense mer verdoyante et dansante. Le jeune homme se sentit libre et, paradoxalement, terriblement prisonnier. La vue dégagée qu'il avait sur l'horizon, lui prouvait à quel point le monde était vaste. Il n'avait jamais connu autre chose que les murs du manoir familial. On l'avait enfermé, depuis toujours. D'un autre côté, il n'avait jamais essayé de sortir de sa prison dorée. Au final peut-être était-ce lui-même qui s'était enfermé toute sa vie.

L'image d'Abby s'imposa brusquement à lui. Elle était à la fois très joviale et particulièrement agaçante. Sa crinière d'un miel brillant, s'accordait merveilleusement avec ses grands yeux bleu pâle. Elle était jolie et admirablement naturelle. Elle n'avait pas peur de dévoiler son identité profonde, parce qu'elle n'avait pas peur de la personne qu'elle avait en face d'elle. Son courage et son autorité innée forçaient l'admiration. Elle était impétueuse et fougueuse, prête à se battre pour ce qu'elle croyait juste. Elle et Drago était incroyablement semblables et pourtant, profondément différents. D'une certaine façon, il jalousait cette passion qu'elle portait, ancrée en elle. Son cœur, son corps et son âme étaient tout entiers dévoués à la cause qu'elle soutenait. Le jeune homme, lui, n'avait pas de but à poursuivre, pas d'avenir digne de ce nom. Il était seul, et vide. Il fut tiré de ses rêveries par une goutte de pluie. Puis une seconde. Et soudain, tout un flot se déversa au-dessus de lui. Prudemment, il entama sa descente.

Quelques mètres plus bas, dans la maison de bois, Hermione patientait sur le grand canapé d'angle en tissu bleu nuit. Jacob l'avait installée confortablement sur la méridienne et l'avait recouverte d'une grande couverture. Il s'était assis à l'autre bout du fauteuil. Distant et pourtant très attentif. Il lui semblait timide. Malgré ce silence apparent, Hermione sentait une grande intelligence et une certaine fragilité cachées en lui. Même s'ils se ressemblaient en tout point, les jumeaux étaient très différents. Contrairement à sa sœur, meneuse impulsive au courage sans faille, Jake était un garçon calme et réfléchi. Il restait paisiblement dans l'ombre d'Abby, protecteur. Il n'avait pas besoin de parler pour faire sentir qu'il était présent, son charisme montrait à quiconque doutait de sa masculinité, qu'il était bel et bien un homme. Ses yeux semblaient rivés sur le magazine qu'il avait ouvert quelques minutes plus tôt. Pourtant, Hermione avait rapidement remarqué qu'il n'en avait pas tourné une page.

En face de la jeune fille, se trouvait une immense fenêtre lui offrant une vue dégagée sur la forêt d'Abernethy. A sa gauche, siégeait une impressionnante bibliothèque, elle aussi en bois. La Cabane dégageait une atmosphère réconfortante et chaleureuse. Après les mois qu'elle avait passés, enfermée dans un cachot humide et minuscule, la maison de bois lui semblait immense. Elle s'y sentait chez elle, à l'abri. Elle sentait le regard bienveillant de Jacob posé sur elle, même s'il prétendait lire ce magazine. Un peu plus loin, faisant les cents pas sur le plancher de la cuisine, Abby fulminait. Elle avait voulu rattraper Drago lorsqu'il avait quitté la maison en trombe, mais son frère l'en avait empêchée. Ils se complétaient à merveille tous les deux. Hermione était heureuse d'avoir fait leur rencontre et, bien plus que ça, elle leur était infiniment redevable de l'avoir libérée de son enfer.

Soudain, la pluie s'abattit violemment sur la forêt. La respiration d'Hermione accéléra.

« Hermione ? Tu vas bien ? », s'inquiéta Jacob.

Elle ne répondit pas. Elle écarquilla les yeux devant le spectacle de la nature et, lentement, retira la couverture.

« Mais qu'est-ce que tu fais ? », s'affola le jeune homme en la voyant pousser sur ses bras pour se dégager du canapé.

La jeune fille se retrouva assise au bout de la méridienne, haletante. Dans un effort plus que considérable, étant donné son état, elle se leva. Abby, furieuse, se précipita vers elle.

« Non mais ça va pas ! cria-t-elle tout en la rasseyant de force sur le fauteuil. Tu veux nous claquer entre les doigts ou quoi ?! »

Les sourcils froncés, Jacob fixait gravement Hermione. Puis il suivit le regard de la jeune fille et, en un éclair, il comprit.

« Laisse-la Abby, ordonna-t-il calmement.

- Pardon ? s'étonna-t-elle.

- Je t'ai dit de la laisser.

- C'est hors de question ! T'es inconscient ou quoi ?!

- Elle veut voir la pluie. Laisse-la. »

Abigaïl s'éloigna, furibonde. Jake se leva calmement du canapé et, avec une douceur extrême, l'aida à se lever. Il la saisit par la taille et passa un des bras de la jeune fille derrière sa nuque. Dehors, la pluie battait puissamment. Se laissant porter par la force bienfaitrice de son sauveur, Hermione approcha de la sortie. D'une main tremblante, elle ouvrit la porte.

Au moment où elle franchit le seuil, Drago posait ses pieds sur la plateforme de bois. Etonné de la scène qui se jouait sous ses yeux, il resta immobile. La jeune fille s'appuya sur la balustrade qui bordait la plateforme et tendit son visage vers la pluie. A travers les branchages qui formaient un incroyable toit végétal, Hermione pu distinguer le ciel. Il était gris et froid. Pourtant, un sentiment indescriptible de joie pure se dessina au fond de son cœur. Lentement, elle se laissa glisser à terre. Etendue sur le bois mouillé, elle reçut chaque perle de pluie comme une bénédiction. Elle était enfin libre.

Trempé mais toujours immobile, Drago avait observé la scène sans qu'aucune émotion ne passe dans ses yeux de glace. Il vit Hermione s'allonger par terre et la trouva ridicule. Lorsqu'il en eut assez de regarder ses folies, il avança vers la porte. En passant près de la jeune fille, il ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil. Et là, tout au fond de ses yeux noisette, il la vit. Une lueur. Celle qu'il avait cru disparue à jamais. Celle qu'il espérait secrètement revoir un jour. La lueur.