Il y a plus de 40 ans
Jack descendait du bus. Du haut de ses dix-huit ans, venu de sa campagne profonde, il venait de prendre la décision qui allait changer sa vie. Il allait rejoindre l'armée, il combattrai pour son pays. Fier de son choix, il arborait un sourire.
Quelques mois plus tôt, il avait passé les tests de recrutement et dans quelques heures, il allait rejoindre son peloton et découvrir cette nouvelle vie qui s'offrait à lui. C'était une véritable vocation pour lui aussi loin qu'il s'en souvenait. Il savait que les premiers temps seraient durs mais il s'était persuadé qu'il arriverait à en surmonter les difficultés. Il s'entrainait physiquement des années déjà, et il n'avait pas peur de se retrouver distancé sur ce terrain-là.
Il s'était alors présenté à l'entrée de la base militaire qu'on lui avait désigné, et s'était retrouvé plongé dans un nouveau monde. Une fois franchi les barrières immenses et sécurisées autant par des hommes que par des machines avec son sac à l'épaule, il avait été rapidement dirigé vers un amphithéâtre où se trouvait le reste des nouvelles recrues qui arrivaient.
Sur le chemin, dans les couloirs, il put croiser des hommes et quelques femmes en uniforme qui circulaient sans accorder grand intérêt au bleu qu'il était. Accueilli avec la masse, ils avaient eu droit à un rapide discours patriotique mais sec, laissant entendre que seuls les meilleurs s'en sortiraient et avaient été rapidement amené dans l'immense cour entourée par la majorité des bâtiments en dur de l'endroit.
Aussitôt arrivés, aussitôt mis dans le bain. On leur donna leur paquetage, les fit se changer, leur coupa les cheveux, puis on les regroupa. Des tours de pistes, des exercices, le travail du corps dans toute son intensité, il avait serré les dents et tenu le rythme. Il en avait déjà vu partir à la fin de la journée assurés qu'ils n'auraient pas la résistance ou guidés vers la sortie par les officiers qui les avaient pris en charge.
Parmi ceux-ci, il avait croisé un court instant le regard sombre d'un homme qui se tenait, les bras croisés en treillis sombre. Il les scrutait, sans doute autant pour décourager ceux qui n'avait pas les tripes que pour calculer les meilleurs éléments qu'il lui semblait voir. Il avait adressé quelques mots à un autre homme à côté de lui et c'est là qu'ils s'étaient regardés.
L'instant d'après, Jack avait baissé le regard mais c'était déjà trop tard. Il s'était dirigé vers lui, abandonnant celui avec qui il discutait. Il l'avait entendu passer à côté de lui alors qu'il faisait la série de pompes demandée. Même lui commençait à se sentir épuisé et il n'était pas préparé quand il sentit un poids supplémentaire sur son dos et s'écroula sur le goudron avec un grognement. « Concentre-toi, bleusaille. T'es pas là pour faire du tourisme. » se contenta de commenter l'autre avant de repartir circuler entre les rangs. Jack avait soufflé et s'était remis en place, bien décidé à ne pas jouer son jeu.
En fin de journée, ils étaient tous exténués. On les avait usés jusqu'à la moelle. Jack lui-même avait perdu sa confiance en lui. Avait-il fait une erreur ? Non, il savait que c'était sa voie. Il fallait juste s'accrocher, aussi longtemps que ça le nécessiterait pour faire ses preuves.
On leur désigna à chacun une couchette dans des chambres de six personnes puis on leur expliqua les règles de la vie collective. Alors seulement on leur laissa un court instant pour que chacun puisse prendre une douche. Le repas avait été expédié. Puis ils avaient eu droit de retourner courir quelques tours de piste.
Quand ils s'écroulèrent sur leurs lits le soir, aussi inconfortables soit ils, ils s'endormirent comme des masses. Mais cela ne dura pas bien longtemps. Il faisait nuit noire quand ils avaient dû remettre leurs bottes, la tête encore ensommeillée pour aller courir de nouveau, cette fois sous les étoiles. Il faisait un froid vigoureux qui n'avait pas aidé à se motiver à l'effort mais il fallait bien. Au matin, de nouveaux sacs étaient fermés et des lits s'étaient vidés. Le gros du tri se faisait sur les premiers jours.
Après quelques jours, Jack avait commencé à se lier d'amitié avec d'autres jeunes de son groupe et ils se soutinrent moralement autant que physiquement. Morrison fut bien vite reconnu pour sa détermination et sa discipline sans faille. Ils furent confiés à un groupe de sergent-instructeurs les prenant en charge pour les former autant qu'ils pouvaient l'être maintenant que les rangs avaient été dégrossis des plus faibles.
Le blond eut parfois la malchance de retomber sur le second lieutenant qu'il avait croisé le premier jour. Celui-ci semblait s'amuser ouvertement de cette obéissance aveugle qu'offrait le jeune campagnard et n'avait pas hésité à s'en servir. Boyscout qu'il l'appelait. Mais Jack n'avait pas le culot de lui faire ravaler ce surnom. Il s'était juste tut.
Mais la vie de Morrison allait prendre deux tournants aussi violents l'un que l'autre bien rapidement.
D'abord, il y eut enfin un moment pour souffler après plusieurs semaines et le village voisin fut parfait pour aller prendre un verre avec les collègues. C'est là qu'il avait rencontré le vrai Reyes. Pas ce gradé qui s'amusait à le rabaisser mais juste un gaillard bon vivant qui appréciait de le taquiner.
Autour d'un verre qu'il aurait dû éviter de partager avec la bleusaille comme il disait, ils avaient parlé un moment, jusqu'à tard dans le soir. Ils avaient alors découvert une autre facette d'un de leurs supérieurs : il n'était qu'un homme et plutôt agréable à vivre. Au fil de la discussion, il avait appris que le latino avait eu des ennuis avec la justice très jeune et que l'armée l'avait accueilli dès ses 17 ans. Il y avait trouvé une nouvelle voie et ne regrettait nullement ce choix.
Il s'intéressa un peu à chacun mais son intérêt allait particulièrement à Jack. Pourquoi ? Sans doute avait-il éveillé sa curiosité ou avait-il démontré ses capacités ? Le blond s'était senti récompensé de ses efforts quelque part en répondant aux questions de Gabriel.
A partir de ce moment-là, les taquineries du second lieutenant ne s'arrêtèrent nullement mais elles ne firent que raffermir l'envie de la nouvelle recrue d'obtenir la satisfaction d'avoir son attention. Il n'était que d'un an son ainé mais semblait pourtant déjà tout savoir du monde de l'armée. Il accrochait de vagues souvenirs d'entrainement au fond d'une armurerie à monter et démonter son arme, à avoir le tir le plus juste possible, apprenant auprès de celui qui devenait peu à peu son ami.
L'autre changement fut sa rencontre avec un jeune homme natif du village. Fils de l'homme qui tenait le bar où la majorité des militaires faisaient leurs sorties pendant leurs quartiers libres, ils s'étaient vite remarqués mutuellement. Il y avait eu un petit jeu de flirt à peine perceptible entre eux au départ. Morrison avait mis un moment à comprendre d'ailleurs de quoi il était question mais visiblement, il lui plaisait. Quand en payant sa tournée un soir, il remarqua le numéro du joli latino sur le ticket signé d'un « Vincent », il avait piqué un fard et rangeait le petit papier soigneusement.
Il avait hésité un moment avant de finalement le composer et ils s'étaient retrouvés régulièrement. Leur histoire était destinée à durer, même si à l'époque il ignorait que ça serait aussi sérieux, se tissant en parallèle de celle de Jack et sa carrière dans l'armée.
Jack fit son chemin. Accompagné d'excellents résultats, surveillé dans l'ombre par Gabriel qui voulait le voir réussir, soutenu par les bras de Vincent pendant ses heures libres, il avait fini sa formation au sein de l'armée avec les honneurs. Rapidement devenu le subordonné direct de Gabriel, ils avaient travaillé ensemble sur plusieurs missions et leur duo n'avait plus à démontrer son efficacité. Quand après plusieurs années, on chercha des volontaires parmi les plus doués au sein des rangs de l'armée pour un programme de recherche, l'un comme l'autre, après une discussion, s'étaient portés volontaires.
A cette époque, cela faisait deux ans qu'ils s'étaient rencontrés. Ils s'étaient dirigés ensemble vers cette voie qui leur semblait être la meilleure pour l'avenir de leur pays. Ce choix en revanche n'avait pas vraiment été soutenu par Vincent mais il avait décidé de continuer à le soutenir comme il le pouvait, solidifiant leur couple en acceptant de sacrifier un peu plus de temps avec Jack au profit de sa carrière. Il avait déménagé pour le suivre quand ils furent envoyés vers une nouvelle base et Morrison lui en avait été très reconnaissant. Sa présence fut d'autant plus nécessaire quand il comprit combien cette nouvelle part de sa vie serait difficile à supporter seul. Reyes et Vincent ne furent pas de trop pour le maintenir sur les rails.
2076
Le duo d'américains entra dans l'appartement abandonné. La couche de poussière était conséquente et chacun de leurs pas laissait une marque nette. Ils firent le tour du propriétaire en silence. Une porte d'entrée qui ne fermerait plus à clé après le manque de délicatesse de McCree pour fracturer la serrure, une cuisine où il ne restait qu'un évier et où l'eau était coupée, et un séjour qui devait faire lieu de chambre quand il y avait encore du mobilier, mais ce qui les intéressait, c'était surtout cette fenêtre, pas particulièrement grande et où des vieux rideaux en lames de plastique fermé la vue.
Soldat76 vint écarter deux lamelles pour s'assurer que la vue serait bonne pour leur tâche. Ils s'apprêtaient à rester plusieurs heures en planque pour tenter de repérer un mouvement d'une supposée base de la Griffe. Quelque part à d'autres coordonnées potentielles, les deux frères Shimada faisaient de même. Et Tracer avait été envoyé avec Mei à la troisième adresse qui leur avait apparu comme douteuse. Reinhardt et Torbjorn avaient été confiés à la surveillance de Winston. Mieux valait les tenir loin de toute mission sensée être discrète. Simple mesure de sécurité.
Et lui avait hérité de Jesse McCree en partenaire pour la mission. On pouvait faire pire certes, mais aussi beaucoup mieux. Enfin il survivrait…
« Le cigare » grogna-t-il.
Enfin il survivrait si l'autre ne commençait pas à polluer son air. Le cowboy lui jeta un coup d'œil agacé mais obtempéra. En temps normal, peut-être qu'il ne l'aurait pas fait, juste pour défier un peu son autorité mais le ton usé par du vétéran laisse entendre beaucoup trop de tension depuis leur dernière mission. Il se contente alors de tirer une dernière bouffée puis s'installe sur un de ces fauteuils de camping pliables qu'il cale non loin de la fenêtre.
« Ça va être la totale éclate, je le sens. »
Jack hausse les épaules. S'il veut s'ennuyer, qu'il le fasse en silence. Lui s'est déjà installé pour tenir sa planque.
Le silence ne dura pas. Du bout d'une de ses bottes, McCree faisait tourner l'éperon à l'arrière de l'autre et Jack roula des yeux avant de tourner le regard vers lui. Même avec la visière, il était persuadé que l'autre saurait très bien quel genre de regard lui était destiné.
« Ça va être chiant. » conclut le châtain. Oh, il savait attendre mais fallait qu'il s'occupe. Là, juste rester assis, il allait finir dingue. Surtout privé de son cigare.
Le Soldat76 ferma les yeux un instant puis poussa un soupir. L'idée qu'il aurait sans doute dû amener Mei avec lui s'il espérait une mission tranquille l'effleura. La petite scientifique aurait surement fait un truc dans son coin, le laissant en paix. Mais laisser McCree et Tracer dans la même équipe lui avait semblé contreproductif. Elle était beaucoup trop impatiente et hyperactive pour jouer le rôle de garde-fou de McCree en cas de grosse complication. Non, ça avait été la meilleure répartition des rôles.
« Ça risque d'être long. » admit il finalement. Après tout, ils s'installaient ici sans même être sûrs qu'ils avaient bien l'œil sur une base de la Griffe. Cela pouvait prendre des heures, voire des jours avant d'avoir le moindre mouvement suspect. Et il ne fallait pas relâcher son attention pour ne pas rater celui-ci. Le silence s'installa de nouveau. Jusqu'à ce que McCree soupire bruyamment.
« Je sais que t'es pas le mec le plus bavard au monde, Morrison. Mais quelque chose te chiffonne, hein ? »
Un nouveau long silence lui répondit.
« Pas tes affaires. »
« A partir du moment où ça te rend encore plus pète-couilles que d'habitude, je juge que si, ça me concerne. »
Il n'était pas l'homme le plus subtil au monde, c'était une certitude. Mais Jack dû bien reconnaitre qu'il n'avait pas complétement tort. Et l'idée d'en parler à un ancien partenaire de Reyes, quelqu'un qui l'avait accompagné en mission dans les derniers temps d'existence de Blackwatch ne lui parut pas une si mauvaise idée que ça... Enfin ça n'aurait pas semblé être une mauvaise idée si c'était Genji qui était dans la pièce avec lui mais son confrère américain... il n'avait pas vraiment confiance en son sang-froid quand il s'agit d'affaires personnelles. En parler avec lui ne semblait pas vraiment l'idée du siècle. Le cowboy avait rejoint Blackwatch après un recrutement plus ou moins forcé de Reyes à l'époque, visant à faire de cette jeune tête brulée accrochée à son gang, un agent travaillant pour le gouvernement tout en gardant ses capacités à agir sans foi ni loi. Leur lien était particulier. Si McCree était parmi eux aujourd'hui, c'était parce que Reyes avait été là. Même si leurs avis divergeaient parfois, ils n'en restaient pas moins un maitre et son élève sous certains angles.
Ah, si Ana avait été là… c'est à elle qu'il avait tant besoin de parler. Elle aurait été à même de l'aider, de proposer des solutions, de…. Mais elle n'était pas là et son absence lui pesait plus encore depuis qu'il savait pour Reyes. Portée disparue ou morte lors d'une mission avant que le glas ne sonne pour Overwatch, il avait fait des recherches pour tenter de la retrouver mais aucune trace d'elle nulle part.
« Oh papi, je suis toujours là. »
Jack souffla par le nez une nouvelle fois et finit par retirer sa visière, la posant tranquillement sur une caisse de matériel qu'il avait monté en arrivant. Il en profita alors pour retirer le reste de son casque et se passer une main sur le menton. L'autre américain ne l'avait pas quitté du regard. Cela ne faisait pas si longtemps que cela que Morrison acceptait, à de rares occasions, de montrer son visage. Le cowboy supposait que retrouver peu à peu sa place au sein de ce fantôme d'Overwatch qu'ils formaient l'aider peu à peu à laisser l'ancien commandant revenir à la vie mais rien n'était moins sûr. Rares étaient les moments où il s'offrait cette liberté.
« Donc... ? »
« Un instant, je réfléchis par où commencer. »
McCree se tue et s'immobilisa même. Quoi ? C'était si compliqué que ça ? Ça commençait à l'inquiéter un brin. Il le fixait, attendant qu'il se décide à parler.
« Gabriel est en vie. »
La bombe était lancée. Et un moment de silence suivit. Avant que Jesse ne repousse vivement son fauteuil et se redresse.
« Et pourquoi on est là ? On devrait déjà être en train d'aller le récupérer ! Il est où ? Et comment ça il est en vie ? Il est blessé ? Amnésique ? Pourquoi il n'a pas donné signe de vie ? Et tu comptais garder ça pour toi ? Tu allais nous le dire quand ? »
Il était déjà paré à passer la porte en sens inverse quand il vit que le vétéran n'avait pas quitté sa place et fixait le vide, le regard terni. Il dut arrêter son regard un long moment sur les traits de l'homme qui était d'une dizaine d'années son ainé mais qui aurait pu paraitre en avoir le double à voir ses cheveux totalement blanchis et sa face couturée de cicatrices qu'il avait gagné au cours de ses longues années de service et de sa mort officielle. Il sentait bien que quelque chose n'allait pas. Cette déclaration aurait dû apporter un sourire au vétéran, aurait dû être déclarée comme un soulagement. Il n'en était rien. Non, le ton avait été lourd. La nouvelle n'avait pas l'air bonne. Alors il lui fit face et attendit, tendu en attente de la suite.
« Vas-y, j'attends le reste. »
Une nouvelle fois, le vétéran du s'efforcer de prendre une bouffée d'air. Pourtant, il n'avait aucune difficulté en règle générale à exposer des faits mais, en déclarant tout cela à voix haute, il se forçait à voir la vérité en face. Le dire à McCree n'était pas le plus dur. Les mots sortant de sa bouche gravaient en lui ce que son esprit savait mais réfutait encore en partie. Etrangement, cette fois, McCree se fit patient. Il voyait qu'il était en train de ronger son frein entre l'envie de l'étrangler pour qu'il parle plus vite et celle de remettre son cigare à sa bouche. Dans les deux cas, Jesse en tirera certainement un soulagement.
Après réflexion, il n'avait certainement pas commencé par le bon bout.
Le regard lourd à moitié caché par le chapeau de McCree qui le fixait s'assombrit un peu plus.
« Tu l'as vu pendant la précédente mission, hein ? »
« C'est le moins qu'on puisse dire, il aurait pu me tuer. Il ne l'a pas fait. »
Les yeux de Jesse se firent plus ronds sous la surprise. Son esprit ne mit pas si longtemps que cela à tirer les conclusions. Il savait parfaitement que le vétéran avait coursé Moira ce jour-là. Il l'avait couvert pour le laisser prendre leur ancienne collègue en chasse. Et en arrivant en renfort, trouvant leur collègue blessé, ils avaient rapidement su qui il avait affronté. Aucun doute. Chacune des balles qui avait blessé sa peau avait laissé une trace noircie et écœurante de peau nécrosée. Ils avaient déjà tous eu ce genre de blessures. Ils savaient tous la source de ces impacts, qui se servaient de ces munitions sans doute développées par Moïra. Le Faucheur. Le sang du cowboy ne fit qu'un tour.
« Dis-moi que ce n'est pas ce que je pense… » le ton était presque menaçant. Il ne voulait pas savoir ça. Si Faucheur était son ancien mentor, … son esprit était en train de tirer toutes les conséquences de cette nouvelle.
« Crois-moi, j'aimerai me tromper. Je l'ai vu. On s'est regardé droit dans les yeux. »
Il sentit que son confrère américain aurait pu casser le mobilier s'il y en avait. Faute de le pouvoir et parce que frapper le vétéran pour se passer les nerfs ferait sans doute mauvais genre, il reprit son cigare et le porta à sa bouche. Qu'importe si le vieux râlait, il en avait besoin. Il était en train de bouillir. Comment Reyes avait il put tomber aussi bas ? Les questions se précipitaient dans son crâne et il se doutait que l'homme face à lui s'était posé les mêmes. Il se mit à tourner comme un lion en cage, recrachant sa fumée. Plusieurs fois il s'arrêta devant le vétéran sans arriver à décrocher les mots qu'il voulait puis finalement, ça sortit, rauque et froid.
« On fait quoi ? »
« Ça ne change rien à la mission actuelle. »
« Et si on le croise ? »
Les chances étaient minces. Morrison du s'avouer à lui-même qu'il n'avait même pas pris le soin de penser à cette hypothèse. Non, il n'avait pas voulu y penser en vérité.
« On ne le croisera pas. »
Il fallait que ce soit vrai.
« Et ensuite ? »
« Ensuite… Je n'en sais rien. Nous verrons en temps et en heure ? »
« On doit faire quelque chose, Morrison. »
« Je sais. » Il avait répondu d'un ton sec qui coupait court à la discussion.
McCree reprit alors ses tours avant de reprendre le poste de surveillance. Pendant tout ce temps où ils avaient échangé, ils avaient peut-être raté des éléments utiles. Il se maudit. Il savait pourtant que remuer la vase n'apportait jamais rien de bon. Non, ça fait juste remonter la merde à la surface. Mais alors qu'il fixait entre les lames de plastique et scrutait ainsi la rue où il ne se passait strictement rien, la voix du cowboy se fit de nouveau entendre.
« Il faut faire quelque chose. » insista-t-il.
« Et quoi ? On débarque dans une base de la Griffe par hasard en croisant les doigts pour qu'il y soit ? On lui propose de venir boire un café ? » Le ton de Jack laissait entendre combien il avait déjà retourné la question dans sa tête. Que faire pour aider son vieil ami… s'il restait ne serait-ce qu'une parcelle de ce qu'il avait été. « Il faut prendre en considération qu'il n'est peut-être plus Gabriel. »
« Et tu veux me faire croire que tu vas baisser les bras ? »
Un nouveau silence plana longuement.
« Non, bien sûr que non. »
« Alors qu'est-ce qu'on fait ? »
« Je n'en sais rien… Si Ana était là… »
Cette fois, il y eu un petit haussement de tête positif du coté de Jesse. McCree ne pouvait qu'accepter cet argument. Genji aussi devrait certainement être mis au courant. Pas que ça change sa vie dans son cas, mais ne serait-ce que par respect pour lui. A cette pensée, son esprit partit un instant bien loin, se demandant comment les frères Shimada s'en sortaient de leur côté. Il laissa tomber la cendre au sol, ne rajoutant qu'un peu de saleté sur ce qui fut du carrelage il y a bien longtemps. Et un petit sourire pensif étira ses lèvres.
Soldat76 brisa finalement ce silence et la suite de ses pensées.
« On doit reprendre les recherches pour Ana. »
« Morrison… »
« Reyes débarque alors que tout le monde le pensait mort. Ana n'a été que portée disparue. S'il s'en est sorti, si je m'en suis sorti, alors Ana aussi. »
Le regard de McCree s'appuya sur le vétéran et il poussa un profond soupir. Qu'il se fasse mal s'il le désirait tant. Ce n'était pas lui qui allait rattraper les élans fous de l'ancien commandant. Mais ce n'était, à ses yeux, qu'une perte de temps… Il savait qu'ils allaient devoir mettre une balle dans le buffet à Reyes. Il ne se faisait pas d'illusions, et il s's'étonnait de voir Jack s'autoriser de vains espoirs et s'offrir des délais. Comme s'il voulait s'efforcer d'ignorer la vérité. Il recracha sa fumée en observant l'ancien militaire qui scrutait par la fenêtre. Monsieur Soldat Parfait était finalement plein de failles.
Pendant plusieurs jours, ils profitèrent de l'abandon du petit appartement. En silence radio avec les autres pour éviter de dévoiler leur position, ils s'étaient installés comme ils le pouvaient. Une caisse de matériel avait fait office de table pour quelques parties de cartes et leur nourriture s'était limité pendant quelques jours à des plats à emporter récupérés à quelques restaurants du coin, seuls moments où l'un ou l'autre pouvait aller prendre l'air.
Mais plus le temps passait et plus ils étaient certains qu'ils avaient fait chou blanc. Non, il n'y avait rien de suspect ici. Enfin à part les quelques petites racailles de bas étage qui ne les intéressaient guère. Du menu fretin, ils n'étaient pas là pour ça. Ça ne les empêcherait certainement pas de calmer un peu leurs ardeurs à terroriser le quartier avant de partir.
A l'heure prévue, il brisa le silence avec le reste des équipes. Winston lui donna rapidement des nouvelles des autres équipes. La chasse avait été meilleure pour les deux Shimada. Ils connaissaient donc leur prochaine cible. Il fallait qu'ils en sachent plus sur les projets de Moira. Mais entre-temps, Jack su qu'il avait une autre priorité désormais. Il devait traquer Ana et la débusquer, où qu'elle se trouve… que ce soit en vie ou dans une tombe, il devait en avoir la preuve, il devait savoir. En attendant, devait-il parler à Genji ? Et peut-être même à tout le reste de l'équipe. Il n'était pas pressé de mettre le sujet sur le plateau avec Reinhardt.
Sur le trajet, au volant d'une voiture de location, Jesse ayant couché le siège passager en partie et piquant une sieste, le chapeau baissé sur ses yeux, les bottes posées sur le tableau de bord,
Morrison sentit une bouffée de nostalgie le prendre plus profondément encore. Depuis qu'il savait pour Reyes, il ne pouvait s'empêcher de ressasser le passé et d'avoir comme une pointe d'espoir pour Ana. Et rien que le fait de devoir lui-même conduire entre deux points pour des missions, se savoir recherché par divers états et devoir supporter les ronflements du sommeil de bienheureux de McCree alors qu'il devait se concentrer sur la route, ce petit mélange lui rappelait le bon temps. Cette époque où ils étaient des héros et où tout semblait si simple.
Il eut un pincement au cœur. Il ne pensait qu'à sa situation à lui quand il évoquait ce bon vieux temps selon lui mais il en oubliait combien Reyes en avait potentiellement souffert pour avoir décidé de retourner sa veste ainsi désormais. Il devait rattraper ça. Il devait le ramener. Mais à quoi bon… ? S'ils prenaient la décision d'agir, toute l'équipe serait certainement en danger. Tout cela pour un espoir sans doute vain. Ne valait-il mieux pas étouffer cette affaire ? Maintenant que Jesse savait, aucun doute que c'était devenu impossible. Il aurait dû se taire. Mais il avait eu le besoin de parler. Maintenant, il allait falloir assumer.
