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Chapitre 2: Le saumon pique un peu
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_ Orpheline !
La voix traînante d'Olaf fit soupirer Violette dans la cuisine. Celle-ci leva les yeux du plan de travail de la cuisine qu'elle était en train de brosser pour le voir dans l'embrasure de la porte avec Esmé, emmitouflée dans une horrible robe de chambre fuchsia à pois orange.
_ Je croyais avoir demandé de tondre la pelouse, s'enquit-il.
Violette avait déjà vécu ce genre de journée.
_ C'est fait. Le jardin de devant est propre, murmura-t-elle.
_ Cette enfant est impossible ! s'écria Esmé en levant les yeux au ciel. Le jardin dans l'arrière-cour à la fin !
_ Et n'oublie pas qu'après cela il te faut faire la vaisselle, récurer la salle de bains et préparer le dîner, ajouta Olaf en comptant sur ses doigts. Et si tu trouves ça trop dur, pauvre chou…tu ne peux t'en prendre qu'à ton satané frère et le bébé pour t'avoir laissé.
_ Klaus et Prunille ne m'ont pas abandonné, répliqua Violette. Et vous n'aurez rien de plus de nous.
Le comte gloussa, puis s'avança pour se pencher vers elle. L'aînée des Baudelaires cligna des yeux en tentant de ne pas sentir son haleine fétide.
_ Oh Violette, Violette, Violette, fit-il dans un sifflement. Crois-moi, j'aurai ce que j'attends de toi, Comtesse.
Ses yeux brillants la scrutaient. Violette dut faire un violent effort pour ne pas détourner le regard.
_ Il nous faut nous dépêcher, indiqua Esmé, brisant la tension. Ils ont dit avoir intercepté un nouvel informateur concernant la localisation du…
_ Eh ! s'écria Olaf en se redressant brusquement. Pas ici !
Il se retourna vers Violette et dit :
_ Maintenant, tu vas te dépêcher d'aller acheter de quoi me préparer un délicieux repas de fête et je ne veux plus te voir traîner dans mes pattes !
Et après un coup d'œil mauvais en direction de sa femme et sortit à grands pas de la cuisine. Violette resta sans bouger jusqu'à entendre l'ensemble de la troupe s'enfermer dans la salle de bal. Depuis qu'elle était ici, Violet n'avait eu à faire que des tâches difficiles et bien trop ardues pour une enfant de seize ans. Le Comte Olaf était cruel et sans pitié avec elle, ne lui donnant que des ordres qu'elle exécutait sans motivation et envie.
Mais pour une fois, elle était heureuse de suivre les ordres de son mari.
Sans se faire attendre, elle déplia le papier qu'elle avait trouvé ce matin. Personne ne faisait réellement attention aux publicités qui envahissent les boîtes aux lettres. Mais Violette avait très vite compris que ce dépliant en faveur du café Salmonella était sa clé de sortie.
« Venez goûter la nouvelle spécialité de notre chef : saumon au gingembre confit avec une sauce au miel ».
En recevant la missive, Violette avait tout de suite tilté sur le nom et sortit le carnet qu'elle gardait dans sa poche.
Le nouveau chef du café Salmonella se prénommait Pauline-Laure Bledri.
Violette se rappelait que Klaus lui avait raconté comment il l'avait trouvée à la clinique Heimlich. Son nom et prénom avait été modifié en une anagramme. Après avoir planché sur le nom Violette voyait les lettres de Pauline-Laure Bledri devenir un nouveau nom, bien familier, qui lui donnait une lueur d'espoir qu'elle pensait éteinte hier encore.
Prunille Baudelaire.
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Le café Salmonella était aussi guindé et rempli de saumon que la dernière fois où Violette y avait mis les pieds. La seule odeur de saumon suffit à lui faire remonter les souvenirs de cette horrible repas pris avec les d'Eschemizerre lorsqu'ils avaient été leurs tuteurs. Le maître d'hôtel était déguisé en saumon et lui demanda d'une voix morne :
_ Z'avez une réservation ?
Violette ne savait pas si Prunille avait prévu une table pour elle, mais était certaine qu'il ne fallait pas utiliser son véritable nom. Si Prunille était ici incognito, il lui faudrait faire de même.
_ Laure-Odile Etabivet ? s'enquit-elle d'un ton hésitant.
Le maître d'hôtel cligna des yeux puis consulta le registre.
_ Ah, c'est pour la commande, n'est-ce pas ? murmura-t-il. Suivez-moi.
Violette retint un soupir. Même après tout ce temps passé entre les secrets, les organisations, les schismes et les codes, elle n'arrivait pas à s'y faire. Elle parlait un langage codé dont elle ne comprenait pas le sens elle-même. L'un des serveurs lui apporta le menu derrière lequel elle se cacha. Où était Klaus ? Et Prunille ? Etaient-ils en cuisine ?
_ Rappelez-moi votre commande ? demanda un serveur.
_ Le saumon au gigembre confit avec la sauce au miel, fit Violette d'une voix assurée.
_ Très bien, marmonna-t-il.
Dieu merci, il semblait aussi dépité qu'elle d'être ici. Violette se demanda s'il savait quoi ce soit. Elle observa les passants et regretta d'être venue seule. Tout le monde d'une manière ou d'une autre, lui semblait suspicieux. Cette femme qui parlait à son père infirme… étaient-ils des volontaires ? des ennemis ? de simples clients ?
_ Je suis désolé, dit le serveur en revenant.
Violette leva les yeux vers lui et dût se retenir de sursauter. Il tenait entre ses nageoires le saumon le plus énorme qu'il lui avait été donné de voir.
_ Notre chef n'arrive pas à couper un poisson aussi énorme. Alors on vous l'a emballé pour que vous l'emportiez.
_ Quoi ? bredouilla Violette sans comprendre. Mais je croyais que…
Le serveur lui fourra sans ménagement le poisson dans les mains.
_ Vous devriez partir, indiqua-t-il. Le saumon empeste quand il est frais.
C'était une remarque singulière quand tout le café embaumait le saumon, mais Violette tordit le cou vers la porte qui menait aux cuisines mais celle-ci était fermée, à sa plus grande déception.
_ Mais j'avais rendez-vous avec…
_ Pas de temps à perdre, coupa le serveur en la conduisant à la sortie. Occupez-vous plutôt du poisson.
_ Mais pourquoi…
_ Pas de mais pourquoi qui tienne.
Et pourtant, Violette avait une quantité de « mais pourquoi » à hurler. Mais pourquoi vous me donnez un saumon aussi énorme ? Mais pourquoi ne me laissez-vous pas voir ma sœur ? Mais pourquoi tant de mystère ? Mais pourquoi toutes ces désastreuses choses nous arrivent-elles ?
Hélas, la personne susceptible de répondre à cette question dut démarrer sa voiture en trombe pour un Voyage aux Diverses Contrées dès lors qu'elle vit un ennemi s'approcher et enserrer le bras de Violette.
_ Hey, ma jolie.
C'était l'homme chauve. Violette sursauta si fort qu'elle faillit en lâcher le poisson.
_ Qu'est-ce que vous faites là ?
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_ Te laisser seule ? s'esclaffa le comte Olaf.
Celui-ci partit d'un grand éclat de rire devant Violette qui serrait les courses contre son torse. Esmé l'imita avec son rire hautain et fusilla la troupe du regard qui hurla de rire aussitôt.
Finalement, Olaf se calma et répliqua :
_ Tu croyais que j'allais laisser ma chance d'être immensément riche s'en aller sans surveillance ? Bien sûr que non…
Violette ne répondit pas. Elle ne comprenait pas pourquoi elle était de nouveau la cible de moqueries et d'humiliation.
_ Et va prendre un bain, Comtesse, lâcha son mari en fronçant le nez. Mes beaux vêtements vont empester le saumon si tu nous sers le dîner dans cette tenue.
Violette faillit lui faire remarquer que ses vêtements étaient bien plus sales que les tiens, mais Esmé la coupa :
_ Ne l'appelle pas comme ça ! répliqua l'amante d'Olaf tout à coup. Ce titre m'est réservé.
Olaf ne lui prêta aucune attention et claqua dans ses mains.
_ Dépêche-toi de préparer le dîner. Avec beaucoup de rhum ! J'en ai assez d'avoir à subit ta feignasserie.
_ Fainéantise, corrigea mollement l'aînée des Baudelaires.
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Violette se saisit du couteau qu'Olaf avait utilisé lorsqu'il était déguisé en Stephano et s'appliqua à découper le poisson. Fort heureusement, Prunille lui avait montré comment vider un poisson autrefois. Mais le saumon était assez dur…trop dur même : quelque chose n'allait pas.
L'aînée des Baudelaires ouvrit le poisson en deux pour découvrir que quelque chose était littéralement à l'intérieur : un lance-harpon. A cette vue, Violette faillit vomir dans l'évier.
Elle le reconnaissait : c'était le lance-harpon dont Olaf s'était servi pour tuer Dewey Denouement. Celui que ni elle, ni ses frères n'avaient pu arrêter, quand bien même Olaf était prêt à capituler. Les yeux de la jeune fille s'embuèrent. Pauvre Dewey… Pauvre Kit…
Quelque chose d'autre attira son attention… Un papier soigneusement plié à côté. Violette tira la feuille et la déplia. Son cœur fit un bond quand elle vit que c'était une carte. Une carte avec plein d'indications, notamment une qui allait vers les monts de Mainmorte.
Violette y était déjà allée, il y a bien longtemps, afin de sauver Prunille. Et elle y avait rencontré le possesseur de cette carte : Quigley Beauxdraps, dit Petipa… son cœur fit un bond. Elle y vit une tâche de café au flanc des montagnes, dans une plaine non loin de l'endroit où s'était tenu le parc Caligari Folies. Là devait se trouver le rendez-vous…
_ J'arrive, Quigley, murmura Violette en déposant un baiser sur la carte.
_ Eh ! La pifgalette ! s'écria une voix.
L'aînée des Baudelaire fourra aussitôt la carte dans sa poche et referma le saumon juste avant que l'une des anciennes pensionnaires de l'académie Pufrock, Camelita Spats faisait interruption dans la cuisine.
_ J'ai besoin que tu fixes mes ailes de cosmonaute !
_ Les…cosmonautes n'ont pas d'ailes, fit remarquer Violette.
_ Pour qui elle se prend, cette pifgalette ? Viens me fixer mes ailes de cosmonaute maintenant !
Violette aurait aimé que Klaus soit là pour qu'elle puisse l'entendre se plaindre… Tout comme Prunille se serait fait un plaisir de faire une remarque acerbe qu'eux seuls pourraient comprendre.
Mais stoïque, elle suivit Carmelita qui piaillait à n'en plus finir. La petite peste était bien trop occupée sur sa petite personne pour remarquer que les cheveux de Violette étaient relevés par son fidèle ruban, signe que les rouages de son cerveau s'étaient enclenchés pour réaliser le plan de sa fuite.
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