Mes salutations !
Voici le 3e chapitre de cette histoire, qui j'espère vous plaira !
Merci infiniment de tous vos retours, et merci à ceux qui suivent/mettent cette histoire dans leurs favorites. Ça me fait tellement chaud au coeur de voir que vous l'accueillez si bien !
C'est une histoire très importante pour moi. J'espère ne pas vous décevoir pour la suite !
En tout cas, n'hésitez pas à donner votre avis sur ce chapitre-ci. Je vous fais des bisous, et vous souhaite une excellente rentrée :D
Chapitre 3 : Le garçon du train
« - Bon !, s'exclama le professeur Chourave d'un air enjoué en se munissant de ses gants rapiécés. Aujourd'hui, nous allons terminer l'étude des Tentacula Vénéneuses que nous avions bien entamée avant les vacances de Noël, puis nous nous attaquerons aux pousses de Gemini. Est-ce que quelqu'un peut me dire ce que sont les pousses de Gemini ? Oui, Miss Artwell ?
- Elles naissent au cœur de l'alihotsy, récita Jane. Elles sont les seules parties de la plante qui ne soient pas toxiques et on les utilise pour soigner des maladies coriaces. Si on les plante au moment propice, elles peuvent faire venir au monde du Gemini, un aliment aux qualités rares.
- Exact, sourit le professeur. Cinq points pour Gryffondor. Nous verrons ça dans une demi-heure. En attendant, allez prendre dans les bacs les échantillons de Tentacula que vous aviez recueillis il y a quelques semaines. Analysez leur état et comparez-le avec vos autres rapports par groupe de trois. »
Fatigués de l'heure matinale mais enthousiasmés par la perspective d'en finir avec les Tentacula Vénéneuses, qui avaient envoyé Felicia Eston et Douglas Paradot à l'infirmerie pour grave infection, les étudiants enfilèrent leurs gants en peau de dragon dans le dessein de s'attaquer à la tâche.
Charlie, pour sa part, trouvait que les Tentacula dégageaient une aura malsaine et il était persuadé qu'elles s'en servaient pour devenir une obsession, un objet de convoitise dans un environnement de faibles formes de vie. Sa théorie expliquait le comportement des animaux magiques et autres insectes quelque peu ennuyeux qui s'en approchaient instinctivement et qui devenaient alors d'excellentes proies elle n'expliquait pas en revanche le refus des sorciers à s'en approcher de trop près. Peut-être que la plante sentait la menace humaine, bien plus grande que la sienne envers elle -à l'exception de Felicia et Douglas- et qu'elle se défendait en repoussant. Le jeune Weasley avait soumis sa théorie au professeur Chourave, qui s'était penchée sur la question et lui avait accordé de bons arguments. Elle lui avait d'ailleurs donné dix points pour Gryffondor, en récompense de sa réflexion.
« - Arrête un peu de froncer du museau, sourit Jane en l'interrompant dans ses pensées.
- Je ne fronce pas du museau », s'offusqua-t-il.
Mais Rory hocha la tête en échangeant avec son amie un regard entendu.
« - Ça se sent depuis Durmstrang et on te connaît trop bien pour ne pas le percevoir, rétorqua la blonde. Je sais ce que tu n'aimes pas ces bestioles et que tu préférerais sans doute écrire une lettre pour la Roumanie, mais je ne laisserai pas ma note être soumise à ta profonde réticence. »
Sur ces mots, elle lui tapota la tête et s'engagea dans un travail cornélien d'observation. Bien décidé à ne pas être laissé de côté -et puis quoi, encore ? Ce n'est pas qu'il n'aimait pas ces bestioles. En tout cas, pas au point de vouloir jeter le pot à travers la serre-, il saisit son carnet de notes et aida Rory et Jane à identifier les étranges tâches de couleur qui étaient apparues sur les feuilles.
C'est vrai, il pensait beaucoup à écrire à la réserve de Roumanie, pour les remercier ce serait sans doute plus poli. Il ne put retenir un sourire lorsqu'il se rappela Jane, au petit-déjeuner, lui disant avec sa délicatesse habituelle qu'il passerait pour un homme froid et satisfait s'il ne répondait pas, ce qui était risqué mais pouvait être une bonne chose parfois. Rory, en revanche, avait ajouté que répondre serait plus intelligent, car ça permettrait de voir son enthousiasme et son esprit cordial, intéressant dans ce travail d'équipe. Ce à quoi la Gryffondor avait répondu derechef qu'il aurait davantage l'image d'un garçon désespéré trop content d'avoir enfin été choisi, et que ça pouvait en devenir insupportable.
Après avoir réfléchi à la chose pendant les cours du matin, il se décida à passer à la volière avant le déjeuner et griffonna un mot rapide pour son professeur des Soins aux créatures magiques :
« Professeur Brûlopot,
Merci infiniment pour votre courrier. Vous ne pouvez pas savoir à quel point je suis heureux de cette bonne nouvelle, et je vous en suis extrêmement reconnaissant. Ernest s'est effectivement trompé de destinataire... »
Charlie eut une pensée pour le garçon du train et, peu après, reprit son parchemin :
« … Mais il m'a été remis très vite. Je me demandais, serait-il possible de transmettre à Anton Duca ou du moins, à la Réserve, mes plus profonds remerciements pour leur réponse ? Je voulais le faire moi-même, mais je n'ai aucune franche idée du destinataire auquel je dois m'adresser. Alors j'ai tout de suite pensé à vous.
Merci encore et à bientôt,
Charlie Weasley. »
Charlie appela une des chouettes hulottes de Poudlard et lui attacha le message à la patte il la regarda s'envoler dans le ciel de midi, ensoleillé et seulement perturbé d'un ou deux nuages cotonneux. Il resta quelques minutes accoudé contre la pierre fraîche, sans vraiment penser à quelque chose. Le vent léger lui caressait le visage et lui ébouriffait les cheveux. Il aimait bien rester à la volière après avoir envoyé du courrier. C'était tranquille, paisible, et l'on avait une belle vue sur le Lac Noir et les montagnes écossaises. Bientôt, les arbres feraient tomber leur manteau blanc et commenceraient à bourgeonner, l'herbe à se verdir et tout deviendrait chaleureux, vivant, presque mélodieux. Cet endroit était vraiment beau. Il se demanda, avec un sentiment de nostalgie précoce, si la Roumanie offrirait un aussi joli paysage que celui-là. Mais après tout, il avait vu des photos, et elles ne lui avaient toujours procuré que de l'émerveillement. Même les villages étaient attirants, et de ce qu'il avait entendu, la population était accueillante envers les étrangers. Son sourire s'élargit et, remarquant qu'il avait passé déjà vingt bonnes minutes dans la tour, tourna les talons pour rejoindre la Grande Salle.
Il s'assit aux côtés de Rory, qui parlait avec animation du prochain cours de Défense contre les forces du mal avec Jack Verns, et en face de Jane qui était quant à elle si plongée dans un roman qu'elle ne le vit même pas. Sa fourchette, laissée en suspension par un sortilège, tremblotait légèrement et laissait tomber des morceaux de purée.
Un grand rire attira son attention. Non pas parce qu'il était fort, il y avait tous les jours des étudiants à rire à gorge déployée, mais parce qu'il était particulier. Ouvertement joyeux, et partant dans les aigus sans complexe il se dit sans plus de réflexions que c'était un rire merveilleux, et se demanda comment ne l'avait-il jamais remarqué auparavant.
Il appartenait au garçon du train. Toujours lui, décidément, pensa Charlie en souriant. Amusé, haussant un sourcil, il l'observa en silence. Ses cheveux, plus ébouriffés et gris que jamais, semblaient tressauter au rythme de ses épaules tandis que ses grandes lunettes, dévoilant des yeux larmoyants, glissaient peu à peu sur son nez. Il venait de faire tomber son assiette à terre en tapant sur la table, apparemment en proie à un fou-rire incontrôlable. Il riait si fort qu'il attirait même l'attention des Serpentard qui étaient au plus loin d'eux. Deux élèves qui devaient être ses amis se tenaient le ventre, et un troisième les regardait en soupirant, en tentant néanmoins de s'empêcher de rire.
En les voyant ainsi, et le rire du garçon du train, disons l'Inconnu, étant si communicatif, Charlie ne remarqua pas qu'il se mettait à rire lui aussi. Il se sentait tout drôle.
Puis son regard croisa celui d'un des deux amis de l'étudiant, qui ouvrit grand ses yeux et sans s'arrêter de rire, tapa sur l'épaule de l'Inconnu en disant quelque chose que le jeune Weasley n'entendit pas. L'intéressé se tourna alors vers lui, croisant son regard, et Charlie, se rendant compte qu'il riait, stoppa aussitôt pour laisser place avec le plus de naturel possible à un sourire convenu et interrogatif. Le garçon du train lui rendit un sourire franc et essuya ses yeux avant de renouer correctement sa cravate rouge et or, sans briser le contact et en remuant la tête d'un air innocent. Charlie lui adressa un hochement de tête, comme pour dire qu'il était satisfait de sa réponse, et reporta son attention sur son assiette sans perdre son sourire.
« - Tu peux me dire ce que tu as avec ce type ? », demanda Jane, qui avait levé les yeux de son livre, avec une curiosité qu'elle essayait de cacher.
Sa fourchette était tombée sur le sol, éparpillant de la purée un peu partout. Sans se démonter, l'air déterminé, elle ensorcela à nouveau sa fourchette et se tourna vers Charlie.
« - Ce que j'ai avec lui ?, répéta-t-il avec un rire léger. Rien de spécial. Mais je ne sais pas si tu as remarqué, il a fait pas mal de bruit. Je dois t'avouer que mon attention a été quelque peu détournée.
- C'est ça, sourit-elle d'un air espiègle en refermant le roman. Ces yeux plein d'étoiles que j'observe sur ton visage rougissant redonneraient vie à un insecte écrasé.
- Merci, c'est très gentil, répliqua le roux en ignorant le sous-entendu. Tu es si douée dans les compliments, tu devrais penser à écrire un livre pour les gens qui en ont besoin.
- Quel bougre de crétin tu es, à croire que personne ne peut comprendre ce que tu essaies de cacher.
- Laisse tomber ce que j'ai dit précédemment », soupira Charlie.
Il s'attaqua enfin aux plats qui se présentaient devant lui. Il avait sacrément faim, en fait.
« - Si tu as trop la frousse pour aller lui demander son prénom, je vais le faire, moi, s'exclama la blonde en posant sa fourchette et en rangeant sa baguette dans sa poche.
- Assieds-toi immédiatement, lança Charlie brusquement en projetant un morceau de pain sur un élève par inadvertance.
- Ton froncement de nez est si adorable quand tu es contrarié, fit-elle la bouche en cœur et la mine moqueuse. Toutes ces tâches de rousseur qui disparaissent dans les plis. »
Charlie était persuadé d'avoir aperçu au coin de l'œil Rory tourner un regard alarmé vers Jane.
« - Je ne connais pas ce gars et je lui ai parlé une fois, fit-il d'un ton catégorique. C'est comme si tu voulais proposer un rendez-vous amoureux à Rusard sous prétexte que je l'ai regardé plus longtemps que cinq secondes.
- Tu sais que j'ai déjà essayé ?, dit simplement Jane en glissant sa tête dans la paume de sa main.
- Pardon ? »
Il en fit tomber ses couverts et s'étouffa avec de la salade. Pendant que Rory lui tapait le dos, Jane reprit d'un air détaché :
« - L'année dernière, j'ai envoyé un hibou à Rusard le jour de la Saint Valentin en me faisant passer pour toi, et je lui ai dit que tu le trouvais magnifique et diablement sexy, et que tu n'étais pas contre un dîner aux chandelles. Malheureusement, ça ne s'est jamais fait car le hibou que j'avais envoyé s'est mangé une fenêtre et en est mort sur le coup. J'ai eu trop de peine pour ce pauvre oiseau, je n'ai pas osé recommencer. »
Charlie la regardait avec une incrédulité grandissante pendant que Rory pouffait de rire d'un air moqueur de son côté. Il ne chercha même plus à comprendre quoi que ce soit et remua la tête pour reprendre ses esprits. Il avait des amis décidément complètement fous.
Après qu'il eut avalé son dessert, il se leva dans le dessein de quitter la Grande Salle au côté de ses meilleurs amis. Arrivé à la grande porte, il se tourna un bref instant vers la table des Gryffondor et constata que le garçon du train le regardait toujours, énigmatique.
OooooooOooooooOooooooOooooo
Dans la Salle Commune, dès la fin de la première semaine, il régnait un climat de concentration. Ils venaient de revenir de vacances, mais il s'agissait toujours de l'année du BUSE et aucun professeur n'avait été indulgent. Les Gryffondor de cinquième année avaient 40 centimètres de parchemin à écrire en Métamorphose sur les Animagi, devaient s'entraîner au sortilège de gavage pour le cours de Flitwick, rédiger une dissertation sur les utilités de la poudre de Salamandre séchée pour Rogue et apprendre quelques dates de leur cours sur l'émancipation des vampires au 18e siècle pour un contrôle de connaissance en histoire de la magie.
Charlie restait organisé et très bon dans son travail, mais préférait la pratique à la théorie. Aussi, bien qu'il sût très bien maîtriser le sortilège de gavage, il ne pouvait s'empêcher de le vérifier longuement en ignorant son parchemin sur les vampires. Il devait s'y résoudre, cependant, car il n'oubliait pas à quel point son dossier scolaire se devait d'être parfait.
Jane, évidemment, s'en sortait très bien. Elle était imbuvable quand elle travaillait, mais terriblement efficace bien qu'elle y passât souvent trop de temps. Charlie soupçonnait souvent un manque de confiance en elle derrière ses allures de guerrière.
Rory ne s'en sortait pas trop mal non plus. Contrairement à Charlie, tout son potentiel était dans la théorie, bien qu'il ne soit pas tant mauvais avec sa baguette.
Ils n'avaient presque plus le temps de penser à autre chose. Qu'est-ce que ce sera au mois de juin !, soufflait parfois un élève, approuvé par les autres à l'air dépité. Presque. Charlie pensait à ses dragons, et Mr. Chatouille, que ça fatiguait presque, le lui rappelait souvent. Il gardait aussi en mémoire qu'il lui faudrait en apprendre plus sur l'Inconnu. Il avait l'air bien sympathique, et il l'intriguait de toute manière. Il ne pouvait se résoudre à l'appeler « le garçon du train » ou « L'Inconnu » éternellement. Il avait remarqué que leurs regards se croisaient souvent, et bien qu'ils n'échangeaient pas un mot, c'était un peu comme leur conversation occasionnelle. Mais il avait envie de le connaître davantage. Heureusement que Jane avait abandonné son obstination envers lui avec le travail, ça lui donnait un peu de répit.
Le samedi matin de la première semaine, Charlie quitta son dortoir, où Rory dormait si profondément qu'il avait disparu sous ses draps, pour rendre visite à Hagrid, qui lui avait envoyé un mot la veille pour lui demander de ses nouvelles. Celui-ci l'accueillit avec un rugissement joyeux, une assiette de cookies durs comme la pierre et lui donna une bourrade enthousiaste.
« - Alors, les dragons, c'est pour bientôt, hein ?, s'exclama-t-il en jetant un coup d'œil affectueux à Mr Chatouille. Le professeur Brûlopot m'en a parlé, évidemment. Ça, ça, c'est une bonne chose, Charlie. Qu'en ont pensé Arthur et Molly ? Heureux, j'imagine.
- Oui, répondit-il en acceptant la tasse de thé que Hagrid lui proposa. Papa, surtout. Bien sûr, maman est ravie pour moi, mais…
- Ah, elle n'a pas envie que son fils parte aussi loin, devina le demi-géant avec un rire sonore. Sacrée Molly. Et le reste de la fratrie ?
- Bill est ravi, Percy est fier, ajouta-t-il avec un regard amusé, Fred et George sont apparemment contents d'apprendre que ma chambre sera libre sous peu et Ron plutôt content pour moi. En revanche, Ginny semble affronter un chagrin insurmontable.
- Elle est petite, elle comprendra bientôt, oui, bientôt, fit Hagrid en caressant Crockdur. Et de ton côté, comment ça se passe ?
- Beaucoup de travail, évidemment, répondit Charlie en buvant une gorgée de sa boisson. Le match de Quidditch contre Poufsouffle n'est qu'en février, mais il va bientôt falloir reprendre les entraînements. Ces derniers mois promettent d'être éprouvants.
- Et les amours ?, questionna l'immense barbu l'œil pétillant.
- Ah, mais qu'est-ce que vous avez tous avec moi en ce moment ?, protesta le rouquin. Vous vous êtes concertés ? »
Hagrid éclata de rire et lui donna une nouvelle bourrade, qui fit renverser la moitié de sa tasse.
« - Que veux-tu, répondit-il d'un ton abrupt, ce sont ceux qui sont les moins concernés du monde qui s'intéressent le plus à la situation des autres. »
Le Capitaine de Quidditch crut décerner, l'espace d'une seconde, un voile triste qui passa dans les yeux de son grand ami. Cependant, naturellement, il ne posa aucune question et Hagrid retrouva son regard joyeux. Il ne put s'empêcher de se sentir désolé pour lui en songeant que personne ne méritait mieux qu'Hagrid d'avoir quelqu'un pour l'aimer. Mais après tout, peut-être qu'il ne s'y intéressait pas vraiment, comme lui-même. Pourquoi cette tristesse alors ?
Charlie quitta la chaumière une heure plus tard en baillant quelque peu. Mine de rien, la semaine avait été chargée et penser au travail qu'il lui restait à faire le tuait déjà. Songeur, il décida de s'accorder une demi-heure maximum de rêverie à la volière et soulagé à cette idée, monta tranquillement les étages. Si tranquillement qu'il en oublia le trou béant de l'un des escaliers, dans lequel son pied s'enfonça sans plus de commodités. Mr Chatouille poussa un petit cri devant son maître, qui était tout simplement coincé dans ce que Jane aimait appeler « Le piège de première année ». Grommelant avec impatience, ridicule dans cette position indescriptible, il tenta de trouver en sa mémoire un sortilège qui pourrait l'aider. A ses côtés, son dragon miniature commençait à cracher des petites flammes bleues dans le but vain de faire fondre la pierre.
« - J'espère qu'ils n'attendront pas que quelqu'un meure dans d'atroces souffrances pour reboucher ce fichu trou », maugréa-t-il pour lui-même.
Cinq minutes plus tard à essayer de se tirer d'affaire, il n'était pas plus avancé au contraire, sa jambe semblait s'être ancrée encore plus profondément, et la douleur grandissait. Entre temps, Peeves était venu et s'était allégrement moqué de lui, puis était reparti en quête de faire s'écrouler une armure plus loin. Il ne restait plus qu'à attendre que quelqu'un vienne l'aider. En attendant, il marmonnait dans sa barbe, honteux. Charlie Weasley, Capitaine et Attrapeur de l'équipe de Quidditch de Gryffondor, potentiel futur gardien de dragons, qui n'arrivait pas à se sortir d'un simple trou dans un escalier ? Pas qu'il se sentait supérieur à n'importe quel étudiant qui tomberait dedans, mais quand même. Ce n'était pas très crédible. Encore dix minutes plus tard, il chantonnait avec Mr Chatouille pour passer le temps. Il n'y avait rien à faire, alors bon. Et puis Peeves était parti.
« - Jolie voix », commenta soudainement quelqu'un derrière lui.
Bien évidemment, à moins de se tordre entièrement le cou -ce qui serait passablement terrifiant-, il ne pouvait voir qui avait parlé derrière lui mais ce n'était pas nécessaire pour deviner qui était son interlocuteur.
« - Merci bien, répondit-il en esquissant un sourire. Dommage qu'elle soit condamnée à rester pour ces escaliers.
- Je ne pense pas qu'elle le soit, en vérité », fit le garçon du train avec un sourire que Charlie ne vit pas.
Murmurant une incantation, soulevant sa baguette vers Charlie, celui-ci se sentit flotter et put enfin dégager sa jambe. Lorsqu'il fut debout, les membres ankylosés, il épousseta son jean avec automatisme et leva la tête vers son sauveur.
L'Inconnu aux yeux vairons l'observait avec amusement. Sa chemise en jean était ouverte sur un tee-shirt qui piquait un peu les yeux et son jean retroussé laissait voir des chaussettes dépareillées de couleur vive. Cet homme semblait s'être fixé comme règle de vie d'être la définition même de l'arc en ciel. Le pull gris de Charlie avait l'air bien triste à côté de lui -mais il avait le mérite d'être confortable, ce qui n'était pas le cas de tous les sweat-shirts.
« - Merci beaucoup de m'avoir tiré de là, fit-il en lui tenant la main. Tu ne peux pas imaginer comment c'était embarrassant pour moi. Ça l'est toujours, à vrai dire. Ce n'est pas vraiment la situation idéale pour rencontrer quelqu'un qu'on ne connaît même pas.
- Ce n'est rien, répondit-il simplement en serrant la main qu'il lui tendait. Et puis à bien y réfléchir, on se connaît un peu. C'est déjà plus, par exemple, que Minerva McGonnagal et Arthur Rimbaud. »
Ils se sourirent. Charlie sentit un élan de sympathie injustifié pour le garçon. Il sentait chez lui un bon cœur et un fichu mystère à élucider. Le dragon miniature s'avança vers l'inconnu et le renifla d'un air méfiant, qui tendit ses doigts avec prudence. A la grande surprise du Gryffondor, il se laissa caresser aussi facilement que si ça avait été Jane. L'étudiant cachait bien des choses.
« - Et où tu allais de si bon matin ?, demanda Charlie.
- A la volière, répondit-il en gardant son attention portée sur le dragon. J'ai du courrier à envoyer à mon oncle, il attend de mes nouvelles, ajouta-t-il d'un air enjoué.
- J'y allais aussi. Ça te gêne si je t'accompagne ?
- Nullement ! Je ne m'attendais pas à avoir de la compagnie mais… Ce n'est pas dérangeant. »
Il lui adressa à nouveau un sourire énigmatique. Ils discutèrent de tout et de rien sur le chemin. L'oncle du garçon du train travaillait au Ministère, au département de la Justice Magique, et s'inquiétait pour son neveu qui apparemment, profitait un peu trop de son état de sorcier.
« - Peu de gens ici se rendent vraiment compte de la chance qu'ils ont, souffla-t-il. Ils peuvent faire de la magie. De la magie ! Je ne comprends pas ceux qui se plaignent d'avoir des devoirs. Je ne suis pas forcément toujours heureux d'en avoir non plus, mais on est dans une école de magie. On est des sorciers. Combien de Moldus lisent des histoires et rêvent d'avoir de tels pouvoirs ! Je me dis parfois que ce n'est pas qu'un hasard, que l'on soit sorcier ou pas. Alors j'utilise ma baguette, j'en profite. Un peu trop, sans doute. Mais je suis heureux d'être là et de pouvoir le faire. »
Charlie, bien que surpris par un tel discours qu'il n'était pas usuel d'entendre, l'écoutait en approuvant à plusieurs reprises et en faisant attention à ses pieds fort heureusement pour sa dignité, aucun autre incident ne vint perturber leur échange. Lorsqu'ils arrivèrent à la volière, l'étudiant un peu essoufflé d'avoir parlé en montant autant de marches se précipita néanmoins vers un hibou grand duc.
« - C'est le tien ?, tenta de deviner Charlie, voyant que l'animal était très affectueux envers lui.
- Négatif, murmura-t-il, mais je prends toujours celui-là. Je l'ai baptisé Sherlock. Tu sais, comme Sherlock Holmes. »
Charlie hocha la tête d'un air entendu pendant qu'il attachait le courrier à la patte de l'oiseau. Ensemble, ils le regardèrent partir, dans le silence. N'y tenant plus, Charlie posa enfin la question qui lui brûlait la langue.
« - Au fait », commença-t-il.
Les yeux vairons s'alignèrent à la teinte azur des siens avec intérêt.
« - Tu ne m'as jamais dit ton nom », acheva-t-il avec une pointe de gêne.
Pour une raison qui lui échappa -encore une, songea-t-il-, l'autre éclata de rire.
« - Je m'appelle Sam, répondit-il avec un grand sourire. Sam Vedder. »
Charlie songea qu'il s'agissait là d'un bien joli prénom, et qu'intérieurement, il serait toujours néanmoins le garçon du train. Mais à présent, il avait une véritable identité, ce qui n'était pas négligeable.
« - Eh bien, ravi de te rencontrer officiellement, Sam Vedder, fit Charlie d'un ton joyeux en lui tendant une main.
- De même, Charlie Weasley. C'est toujours un plaisir de passer du statut de sombre inconnu à connaissance. »
Monsieur Chatouille, à qui la discussion n'intéressait guère, alla embêter une ou deux chouettes, qui hululèrent de protestation et claquèrent leur bec, cherchant manifestement à transformer l'ennemi en pelote de réjection.
« - Mais il va falloir que je te laisse, dit Sam d'un air entendu. J'ai du pain sur la planche, je crois savoir que tu en as aussi, en cinquième année. Tu vas voir, c'est horriblement pénible et tu auras sans doute envie de mourir, tellement que même la torture physique te semblerait meilleure à traverser. »
Charlie le regarda s'éloigner, amusé. Dans l'encadrement de la porte, devant les escaliers, l'étudiant se tourna vers lui et sourit.
« - Mais évite de passer à l'acte, ce serait dommage. Il y a une jolie voix qui mérite autre chose qu'être condamnée aux escaliers et au cimetière. »
Sur ces mots, il reprit sa marche et disparut derrière l'encadrement de pierre. Le jeune Capitaine de Quidditch, pour sa part, resta quelques minutes de plus jusqu'au moment de constater que ses doigts gelaient et que ses orteils devaient avoir tourné au violet, au vu du manque de sensations palpable (ou pas vraiment, du coup) qu'il éprouvait à cet endroit-là. Il appréciait le froid, mais certainement pas au point d'en arriver à ne pas être gêné par la perte de ses membres, aussi pressa-t-il le pas en imaginant avec délice le feu grondant de la cheminée de la Salle Commune. Un peu moins de délice cependant en se rappelant ses 40 centimètres de parchemin à rédiger pour McGonagall.
Il n'y avait quasiment personne dans la pièce circulaire quelques élèves seulement discutaient çà et là. Les autres devaient être partis manger, ou étaient allés vaquer à des occupations dont Charlie n'avait guère connaissance. Et dont il se fichait quelque peu.
« Le sortilège Inimatus Apparitus permet de faire apparaître un objet inanimé lorsqu'il est prononcé de façon claire et distincte tout en exécutant un mouvement vers l'Ouest, puis le Nord, enfin en spirale. Mal pratiqué, il peut faire apparaître un objet totalement aléatoire, comme une théière ou une boîte en carton à la place d'un crayon gris. Si le mouvement est trop violent, l'objet risque d'apparaître une fraction de seconde avant de fondre lamentablement, ce qui pourrait entraîner brûlures et autres effets secondaires. […] »
Il s'en sortait plutôt bien, et termina son devoir plutôt rapidement. La phrase finale est primordiale, pensait-il en se mordillant l'intérieur de la lèvre inférieure. Pour s'entraîner et ne pas faire de ratures, il décida de s'entraîner sur un morceau de parchemin dont l'existence avait à présent pour dessein de servir de brouillon.
« Ainsi, nous pouvons affirmer sans concession ni remords » Aucun rapport.
« Pour conclure, il serait facile d'affirmer que » Facile de rien du tout, sans savoir ce qu'on veut écrire par la suite.
« Donc »
« Pougnagnagna métamorphose »
Il s'apprêtait à tenter une nouvelle fois lorsqu'un boulet de canon arriva sans prévenir à la table à laquelle il était assis, faisant trembler tout son plan de travail. La bouteille d'encre fut à deux doigts de se renverser sur le parchemin, mais il la redressa d'un coup de baguette vif, le cœur battant et les cheveux agités.
« - Tu as le nez qui tremble, lui lança Jane d'un ton joyeux en guise de salutations.
- Absolument pas, contrecarra-t-il aisément d'un ton imperturbable en se disant que son devoir ne nécessitait pas forcément de phrase de fin. Bien dormi ?
- Épouvantablement, confia la jeune fille -et relevant le museau de sa feuille, Charlie constata que son teint était plus pâle que d'habitude. Et ne t'en fais pas, je ne fais pas de cauchemars terribles, je ne me tracasse pour rien et non, je n'ai pas réalisé que mon lit était infesté de Botrucs géants.
- Je n'ai même pas eu le temps de penser à ces pittoresques éventualités, sourit-il.
- Évidemment, tu n'as pas de tête, répondit-elle tranquillement. Non, en fait, c'est Felice Cooper et Laura McGavensky qui ont discuté toute la nuit. »
Même Monsieur Chatouille, qui était occupé à mâchouiller le sweat-shirt de Charlie, fut surpris. Jane était plutôt du genre à réagir efficacement plutôt que de ne rien faire.
« - J'ai eu la flemme, pour une fois, fit-elle en haussant les épaules. J'étais fatiguée, et je me suis dit que ça n'en valait pas la peine. Quelle bande de grosses pistaches , maugréa-t-elle.
- La prochaine fois, lance simplement un sort d'Assurdiato », bailla Rory qui semblait enfin sorti de son lit et que Charlie avait vu arriver.
Jane resta interdite, le visage figé dans un début d'expression, puis se frappa le front de la paume gauche avant de s'exclamer :
« - Mais quelle truffe ! Je n'y ai même pas pensé ! Comment, par la purée des Elfes, ai-je pu oublier ça ? »
Ce fut au tour de Rory et Charlie d'avoir un froncement de sourcil perplexe. « Tu savais que les Elfes de Maison avaient une recette spéciale pour la purée ? » chuchota le brun au Capitaine de Quidditch. « Absolument pas, mais ça m'intéresse grandement » répondit-il, et les deux hochèrent vigoureusement la tête d'un air entendu.
L'amour de la cuisine était une passion que Rory et Charlie partageaient. Davantage dans le sens de la dégustation, mais la préparation n'était pas si mal non plus.
« - Quoi qu'il en soit, s'enquit Jane, si j'avais eu ma batte à ce moment-là, elles auraient présentement une belle grosse bosse sur la tempe, ça je vous le dis.
- En fait, tu avais ta batte, répondit le brun. Tu l'as toujours dans ta valise.
- Si je l'avais eu sous la main directement, tu vois.
- Bien évidemment. »
Sur son brouillon, Charlie s'était mis à dessiner des dragons. La chose aurait été mieux avec un Crayon Tout Vivace, qui donnait aux dessins le même ingrédient mystère que la potion pour photographie, afin que les formes puissent se mouvoir logiquement.
Ils descendirent prendre le petit-déjeuner dans la Grande Salle. L'ambiance y était agréable et un mélange d'odeurs d'œufs, de toasts, de bacon et de pâtisseries flottait dans l'air. Charlie renifla ces senteurs avec autant de gourmandise que la première fois qu'il était arrivé à l'école. Mazette, il avait faim.
Lorsque les hiboux arrivèrent joyeusement pour le courrier, chacun -comme d'habitude- leva la tête pour tenter d'apercevoir leur messager. Si ni Jane ni Charlie n'avaient reçu de courrier, Rory quant à lui ouvrait fébrilement sa lettre -il était toujours stressé au moment d'ouvrir un message. Et il y avait de bonnes raisons à ceci.
Et, sous le regard un peu vide d'une Jane qui se rongeait un ongle, l'expression de son visage passa de nerveuse à figée. Il cligna des yeux une ou deux fois, et se mordit l'intérieur de la bouche tandis qu'il repliait le parchemin.
Les trois amis restèrent silencieux l'espace de quelques secondes. La jambe de Charlie s'était mise à trembler et il fut le premier à prendre la parole :
« - C'était ta mère ?, demanda-t-il d'une voix posée.
- Oui.
- Alors ? Des nouvelles ?, ne put retenir Jane les sourcils froncés.
- Ça fait trois mois pile maintenant, fit-il d'une voix un peu éteinte en jouant avec les œufs brouillés de sa fourchette. Ils en sont toujours à zéro. Rien, nada, aucune trace ni aucun indice. Elle me dit qu'ils ont enquêté dans bientôt tout Londres maintenant, et personne ne semble l'avoir vu ou connu. »
Il baissa la tête. Jane et Charlie, qui avait entouré ses épaules d'un bras réconfortant, échangèrent un regard inquiet. Ils étaient impuissants.
Cela faisait exactement trois mois que le père de Rory avait disparu. Il était employé au Ministère de la Magie, dans le Département de la coopération magique internationale et ne parlait pas souvent de son métier. D'après Rory, il était souvent et depuis toujours en voyage d'affaires, mais c'était le temps de quelques jours, une semaine au grand maximum. Quand il rentrait chez eux, il était souvent fatigué mais aimant ce qu'il faisait, et était rarement de mauvaise humeur cependant, à partir de mi-septembre (un peu plus de deux semaines avant sa disparition), Eddard Pattson avait commencé à agir étrangement. Ses traits plus tirés que de coutume, il était plus agité et avait tendance à perdre ses moyens, et ne voulait pas en parler à sa famille. Son ton habituellement jovial et chaleureux avait tourné faux, un peu amer.
Il lui était arrivé de partir en mission secrète pour le Ministère, et de ne pas pouvoir donner de nouvelles pendant quelques jours. Mais il le faisait toujours comprendre à sa famille avant de partir : à chaque fois que cela arrivait, la veille du départ, il achetait une boîte de shortbreads qu'ils partageaient tous les trois autour de la table –et deux fois, Rory étant à Poudlard, il avait reçu lui aussi des gâteaux. Ils parlaient d'autre chose, faisant tous comme s'ils n'étaient pas au courant et les « bonne nuit » étaient simplement légèrement plus inquiets et profonds de sens. Puis il revenait toujours, leur rapportant parfois un petit souvenir.
Mais cette fois, il n'y avait pas eu de shortbread, pas eu de bonne nuit ni d'au revoir, pas de courrier. Du jour au lendemain, il avait disparu, et jamais aussi longtemps. Ses collègues disent ne pas l'avoir du tout vu le jour de sa disparition.
« - Ils le retrouveront, Rory, lança Jane en lui prenant la main, l'air déterminé et solidaire. Ce n'est pas la première fois qu'il part sans donner de nouvelles. Et -je sais, Rory, il prévient d'habitude, mais qui te dit qu'il le pouvait cette fois ? Il s'agissait peut-être de quelque chose d'extrêmement important et de dangereux. C'est certain qu'il n'aurait pas voulu vous mettre en danger et la seule solution à ça, c'est de ne rien vous dire.
- Tu lis trop de livres, répliqua Rory sur un ton acide qui ne lui était pas familier.
- Je n'en lis pas tellement, en fait, rétorqua la jeune fille. C'est simplement la vérité. Écoute, reprit-elle avec plus de douceur et moins fort. Fais lui confiance. Et s'il était impliqué dans une mission contre Tu-sais-qui ? S'il se devait se faire passer pour une totale autre personne et ne pouvait pas, par conséquent, envoyer un courrier qui pourrait trahir sa couverture ? »
Charlie restait silencieux. Il ne savait ni comment le réconforter, ni le rassurer, car aucun d'eux ne pouvait prétendre détenir la vérité. Il croyait Jane, mais ce n'était qu'une hypothèse. Arthur Weasley avait fait ses recherches de son côté, mais n'avait rien trouvé à ce sujet il n'avait discuté qu'une fois avec Eddard, dans l'ascenseur, et ne le connaissait par conséquent pas du tout.
« - Qu'importe, souffla le brun. On commence par quoi aujourd'hui ?
- Rory… On est samedi, se risqua Jane. Lundi, cependant, on a Herbologie à 9h, puis Potion de 10h à midi.
- Merci bien, sourit-il. Tout à fait ce que je voulais dire. »
Sur ce, il recommença à manger un peu de son petit déjeuner. Les deux Gryffondor firent de même, avec moins d'entrain qu'à l'habitude, et Charlie lança une conversation sur un article de la Gazette ça avait au moins le mérite de changer de sujet.
Mais cela faisait déjà trois mois. Trois mois de silence, d'inquiétude et une certaine menace sous-jacente. Un certain Seigneur des Ténèbres était peut-être impliqué et dans ce cas-là… Ils étaient tous en danger. Mais pourquoi diable viserait-il Eddard Pattson ?
