scène 3 : Le manoir
« … et là, tu ne croiras jamais ce qu'elle m'a dit ! D'ailleurs, je n'en suis toujours pas revenu... »
Byakuya voulait rester silencieux. Byakuya voulait se retirer. Cependant, sa bonne éducation et sa qualité d'hôte lui murmuraient à l'oreille de redoubler d'immobilité et même, si possible, de pencher la tête d'un air attentif. Tout comme son esprit guerrier le mettait au défi de mettre à profit cette épreuve et d'endurer. Ce qui fait que Byakuya écoutait le verbiage d'Ichigo, soulignant d'un battement de paupières faussement intéressé telle parole inconsistante, ou émettant un grognement tout juste audible lors des pauses dans l'insipide récit, en signe d'encouragement.
Comment était-on passé du bref compte-rendu de sa soirée avec Renji – "je l'ai éconduit'' – à la narration d'un rendez-vous d'Ichigo Kurosaki ? Le noble n'en avait aucune idée. Mais il était là, à écouter les déboires du Shinigami remplaçant auprès de la gente féminine. Si ce n'avait pas été si dénué d'intérêt, cela aurait pu être distrayant.
L'aveuglement de l'adolescent était consternant. Il était pourtant facile de deviner ce que la jeune Inoue avait pu lui avouer. Les regards de la demoiselle, l'intonation de ses paroles lorsqu'elle s'adressait au jeune Shinigami intérimaire, le souci constant qu'elle avait à son égard, tout en elle criait « je t'aime ». Un peu comme Renji dernièrement, vis-à-vis de moi, songea l'aristocrate. En revanche, lui n'avait pas été complètement aveugle aux divers signaux émis par son lieutenant. Pas plus, d'ailleurs, qu'à ceux émis par la demoiselle.
Sans plaisir, Byakuya se rappelait les événements ayant conduit à la découverte de la regrettable félonie de trois capitaines du Gotei, événements qui avaient bien failli mener à la mort de Rukia. Les quelques jours pendant lesquels la bande d'amis terriens de sa sœur avaient résidé en l'illustre manoir Kuchiki lui avaient suffit pour se rendre compte de l'état amoureux de la jeune Orihime. Mais, soit l'humain était trop obnubilé par les aspects de sa vie spirituelle, soit il était trop naïf... ou bien un joyeux cocktail des deux ? Quoi qu'il en soit, il était évident que, jusqu'au moment où la charmante Orihime lui avait mis les points sur les i, il ne s'était douté de rien. Quel écervelé !, jugeait Byakuya, sans indulgence.
« Inoue Orihime t'a confié ses sentiments », proféra-t-il, d'un ton supérieur.
Les yeux agrandis et l'air effaré résultant d'Ichigo valaient bien le mal que Byakuya se donnait. Pouvoir stupéfier celui qui avait réponse à tout valait son pesant d'or. Byakuya se réjouissait intérieurement de la déroute de Kurosaki.
« Wouah ! Tu lis dans les pensées ? », fut la conclusion saugrenue du jeune héros du Gotei.
Byakuya eut un imperceptible mouvement du torse, qu'un témoin averti aurait pu traduire comme la tentative avortée d'un haussement d'épaules. Le seigneur Kuchiki s'interrogeait, tournant la tête de droite et de gauche : Comment est-il possible qu'aucun domestique ne se soit montré afin de s'enquérir auprès de moi des derniers ordres pour la nuit ? Et qu'est devenu mon thé du soir ? Déçu que pas un de ses dévoués serviteurs n'ait eu l'idée d'interrompre cette ennuyeuse conversation, Byakuya s'avisa soudain d'une autre étrangeté : comment se fait-il que Rukia ne soit pas venue me délivrer de son encombrant ami ? Que se passe-t-il dans cette maison ?
« Même Renji a été surpris en l'apprenant ».
L'intérêt de Byakuya s'éveilla à la mention de son lieutenant. Il en oublia momentanément l'inhabituelle absence domestique et fraternelle.
« Tu racontes toujours tout à Renji ?
— Bien sûr, c'est un de mes meilleurs amis.
— Et lui, de même ? »
Ce fut au tour de Byakuya d'être surpris. Ichigo prit un air songeur et étrangement nostalgique, avant de répondre.
« Je n'en suis pas sûr. »
L'instant de grâce passa bien vite, au grand regret de Byakuya, lorsqu'Ichigo reprit le fil de son récit.
« Alors j'étais là, tout bête, et tout ce que je pouvais faire, c'était de la regarder sans dire un mot... ».
Byakuya n'avait aucun mal à imaginer la scène.
« … et quand j'ai enfin retrouvé mes esprits, tu ne devineras jamais ce que j'ai sorti ! »
Byakuya était décidément las de ces devinettes et renonça à participer. Ce qui n'arrêta pas Ichigo.
« "Merci" ! Voilà, c'est tout ce que j'ai trouvé à lui dire ! Jamais je ne me suis senti plus idiot. Et alors là, qu'est-ce que tu crois qu'elle a fait, hein ? »
Pour le grand malheur de Byakuya, Ichigo venait de lever vers lui des yeux noisettes remplis d'attente, indiquant par cela même qu'il espérait une réponse et ne continuerait pas avant de l'avoir obtenue. Byakuya réprima un soupir.
« Je n'en ai aucune idée, Kurosaki Ichigo, eut-il la correction de préciser.
— Elle a pleuré ! J'avais jamais fait pleurer une fille avant. Un garçon non plus, je crois pas... Enfin, peu importe, c'est pas le sujet. Pauvre Inoue ! C'est une de mes plus proches amies, tu sais. C'est quelqu'un qu'on ne peut pas s'empêcher de vouloir protéger. J'aurais jamais cru que je la ferai pleurer un jour. Et sans rien faire, en plus. Juste, parce que je ne suis pas amoureux d'elle... J'espère que tu t'es mieux débrouillé que moi... Dis... Renji... il a pleuré ? »
Alors, le voilà, le lien, comprit Byakuya, à la lumière de cette dernière question, Kurosaki Ichigo a fait l'amalgame avec sa propre expérience et s'inquiète pour son ami.
« Non, Renji ne pleurait point lorsque je l'ai quitté.
— Cela lui ressemble bien. Mais cela ne veut rien dire.
— Explique-toi.
— Renji, il est toujours fort devant les autres. Mais parfois, j'ai l'impression... »
Ichigo ne finit pas sa phrase. Cet enfant est déconcertant, pensa Byakuya, désarmé par le soudain sérieux de la conversation.
« Pourquoi n'irais-tu pas le rejoindre, si tu t'inquiètes à ce point ?
— Je ne m'inquiète pas tant que ça, riposta Ichigo, dans un sursaut de virilité outragée. Et puis, je suis sûr que Rukia est avec lui. Elle trépignait d'impatience.
— Vraiment ?
— Oui ! Imagine... À la réflexion, c'est peut-être trop te demander, mais, fais un effort : son ami le plus cher et son frère bien-aimé, ensemble ! C'est un véritable conte de fée, pour elle. Bah, ça restera un conte de fée. »
Si Byakuya s'était silencieusement offusqué à l'allusion de son supposé manque d'imagination – deux minutes plus tôt, il visualisait sans problème l'air idiot d'Ichigo devant les larmes d'Orihime, merci beaucoup –, il fut encore plus intrigué par le brusque changement d'attitude d'Ichigo. Lequel se leva soudain, agité, et racla le gravier de la pointe du pied, tout d'un coup embarrassé et ne sachant clairement pas comment poursuivre. Ces constants revirements d'humeur, chez l'adolescent, finissaient par donner le tournis à l'aristocrate et lui faisaient perdre sa réserve coutumière.
« Tu ne ressens vraiment rien, pour Renji ? finit par demander Ichigo, sans regarder Byakuya.
— Si tu me demandes si je reviendrais sur ma décision, alors non. Si tu me demandes si un jour je pourrais aimer Renji, c'est encore non. Hormis le fait qu'il soit un homme, je n'éprouve que du respect pour lui. C'est un collaborateur sûr. Un guerrier émérite. C'est un compagnon à qui je confierais sans hésiter ma vie, ou celle de Rukia. Cela n'ira jamais plus loin.
— Comment tu peux en être sûr ?
— Mon cœur n'est pas libre, Kurosaki Ichigo.
— Tu aimes quelqu'un d'autre ?!
— Feu mon épouse, Hisana, restera à jamais l'unique, pour moi.
— Toute une vie, et un seul amour... Et encore, même pas ! Le souvenir d'un amour...
— Tu es trop jeune pour connaître le véritable poids de ce mot.
— Je connais un autre homme aussi têtu que toi. Mais, cinquante années, c'est trop long pour être seul. J'espère qu'Inoue m'oubliera bien vite.
— Je ne crois pas qu'elle puisse jamais t'oublier. Tu es le premier pour elle.
— Mais c'est horrible !
— C'est un cadeau précieux, au contraire. L'innocence de ce sentiment est un des trésors de la vie. Même s'il est source de douleur, il est irremplaçable.
— Alors Renji...
— Renji va souffrir. Puis la souffrance s'atténuera. Ainsi vont les amours qui ne rencontrent point d'écho. Il n'y rien que ni toi ni moi puissions faire pour en ôter l'amertume. »
Tout d'un coup, Byakuya s'apercevait qu'il n'en voulait plus à Renji. En terme d'années humaines, Renji était beaucoup plus vieux qu'Ichigo, mais à l'échelle d'une vie à la Soul Society, Renji était à peine plus qu'un adolescent, un jeune adulte faisant encore ses premiers pas dans l'existence. Les incertitudes et le chaos qui agitaient l'esprit du Shinigami remplaçant étaient présents dans le cœur de son jeune lieutenant. Comment ne pas comprendre son besoin d'aller chercher du réconfort auprès de ses amis les plus chers ?
« Lorsque tu le reverras, dis-lui de ne pas s'angoisser outre mesure. Je ne peux point répondre à ses sentiments, mais je ne faillirai point à mon devoir de capitaine.
— Alors...
— Alors, Renji est toujours mon premier lieutenant, s'il le désire encore. »
Ichigo adressa un tel sourire éclatant à Byakuya que celui-ci en fut un instant ébloui.
« Parfois, je ne sais pas si je t'admire ou si tu m'irrites, Byakuya.
— J'éprouve le même sentiment à ton égard, Kurosaki Ichigo ».
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Cachée dans un coin, à l'entrée du salon, Rukia avait épié la fin de la conversation entre Ichigo et Byakuya. Elle avait souri de soulagement lorsqu'elle avait senti l'humeur de l'aristocrate s'adoucir. Son sourire s'épanouit plus encore lorsque le noble capitaine confirma que Renji était toujours le vice-capitaine attitré de la sixième division. Même si elle était désappointée par l'inflexibilité de son frère à propos de ses sentiments, le pire avait été évité. La manière dont Ichigo s'y était pris, tout en ignorant les enjeux en cours, était sidérante. Un moment, elle avait cru que tout était perdu quand Ichigo avait ramené le sujet de Renji sur le tapis. Mais comme toujours, sa confiance en lui était justifiée : Ichigo avait le don de toucher le cœur des gens.
Sa propre mission avait été un succès. Postée en un endroit stratégique, elle avait brillamment renvoyé l'orgueilleux Naoki, sa céramique séculaire et ses feuilles de thé, et elle avait convaincu, avec brio, la vieille Harue de se retirer pour la nuit sans déranger son maître. Un exploit dont on parlerait longtemps dans la demeure !
Satisfaite, Rukia entreprit de se retirer, aussi discrètement que possible, pour éviter de croiser son frère en regagnant ses appartements. Elle ne tenait absolument pas à risquer une entrevue avec lui après les événements de la soirée.
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Le cœur d'Ichigo s'était serré lorsqu'il avait aperçu Byakuya, de retour chez lui, si tôt dans la soirée. Son pressentiment confirmé, l'image de Renji, perdant tous ses moyens devant l'homme dont il avait forcé le respect après bien des difficultés lui avait été insupportable. L'intensité des émotions du fier guerrier, luttant seul, puis gisant à ses pieds, vaincu et impuissant, le suppliant de sauver Rukia à sa place, lui était revenu en mémoire. La force et le courage de Renji cachait une grande sensibilité qu'Ichigo avait découverte dès leur première rencontre, lorsqu'ils s'étaient combattus. Le visage affligé d'Orihime était venu se plaquer sur celui de Renji, ce qui avait augmenté son malaise et sa nervosité. Il s'était lancé sans s'en rendre compte dans le récit de sa récente et désastreuse expérience, avec une volubilité qui l'étonnait encore.
Depuis, la fantasque Orihime agissait avec lui comme si rien ne s'était passé. Mais son rire n'atteignait plus ses yeux lorsqu'elle se trouvait en sa compagnie. Ichigo se demandait s'ils retrouveraient un jour l'aisance qui existait dans leur relation avant que l'amour ne se glisse entre eux, ou bien si leur connexion était à jamais perdue. Renji perdra-t-il une partie de sa lumière, lui aussi ?, s'inquiétait-il.
Après le courage et les efforts que Renji avait déployés, Ichigo était convaincu que le rejet du capitaine allait le terrasser. Il était sûr également que le Shinigami préférerait souffrir en silence. Il allait avoir besoin du soutien de tous ses amis.
En chemin vers sa chambre, Ichigo s'arrêta brusquement au milieu de couloir. Il fronça violemment les sourcils et se tapa le front de la main : « C'est pas vrai, j'ai failli oublier ! Je dois repartir demain matin : je n'aurais pas le temps de voir Renji ». Prenant une rapide décision, Ichigo revint sur ses pas, en direction, cette fois-ci, de la chambre de Rukia.
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« Entre, Ichigo », accueillit chaleureusement Rukia, malgré l'heure tardive.
Rukia venait de rentrer, elle aussi : elle ne s'était pas encore changée. Sa chambre n'était pas très spacieuse, mais elle était toujours plus grande que le placard dans lequel elle dormait lorsqu'elle logeait chez lui, se dit Ichigo. Il la rejoignit près de la table basse où étaient empilés quelques mangas – de provenance terrienne, sans erreur possible –, et s'assit en face d'elle.
« Tu es allée voir Renji ? Comment va-t-il ?
— Pas très bien, dit Rukia, en reposant le volume qu'elle tenait en main, mais il ira mieux, grâce à toi. »
Rukia souriait à Ichigo avec une reconnaissance dont il chercha sans succès la raison.
« Comment ça : "grâce à moi" ? demanda-t-il, perplexe. Qu'est-ce que ça veut dire ?
— Tu vois, j'ai... en quelque sorte, hum... entendu ta conversation avec Byakuya, expliqua Rukia, rougissant subitement.
— Hein ? Mais je croyais que tu étais allée voir Renji ! »
Ichigo se fichait bien de savoir qu'ils avaient eu des témoins. Après tout, ce n'était pas comme s'ils avaient recherché la confidentialité puisqu'ils avaient discuté sous la véranda, au vu et au su de tout le monde. C'était pourquoi il ne comprenait pas la raison de l'embarras de Rukia. Tout ce qu'elle disait ne faisait qu'ajouter à sa confusion.
Quant à Rukia, elle s'aventurait sur un terrain périlleux car elle ne voulait pas révéler le plan échafaudé avec Shûhei, dans lequel Ichigo avait involontairement joué un rôle.
« Oui, confirma-t-elle, mais après nous sommes allés chez Hisagi-san, et après chez... euh, quelqu'un d'autre, et nous avons bu, et...
— Renji s'est saoulé, termina Ichigo, en fronçant les sourcils d'inquiétude.
— Oui. »
Tous les deux se turent. Rukia n'était plus si certaine que tout irait bien pour Renji, à présent qu'elle repensait à sa mine défaite et à l'aspect misérable qu'il avait présenté lorsqu'ils s'étaient séparés.
« Je suppose que c'était inévitable. Au moins, il n'était pas tout seul, essaya de la réconforter Ichigo.
— Hisagi-san l'a raccompagné chez lui et moi je suis revenue le plus vite possible.
— Pourquoi ?
— Euh... parce que... euh...
— Tu avais peur que j'ennuie ton inestimable frère ? devina Ichigo, l'air narquois.
— Non, au contraire ! », laissa échapper Rukia, piquée au vif, avant de s'apercevoir combien cette réaction était imprudente.
Ichigo étudia attentivement les traits de sa compagne. L'attitude de Rukia lui semblait on ne peut plus bizarre. Il avait de plus en plus l'impression qu'elle lui cachait quelque chose.
« Rukia, tu es sûre que tu vas bien ? Tu n'aurais pas trop bu, toi aussi ?
— Je vais très bien », assura Rukia, le dos raidi. « Dis-moi plutôt, enchaîna-t-elle, espérant changer de sujet, quand projettes-tu de transmettre le message de Nii-sama à Renji ?
— Quel message ?
— Quel message ?! Ne me dis pas que tu as déjà oublié ce que Nii-sama t'a confié ? Tu comprends combien c'est important, pour Renji, de savoir qu'il n'a pas perdu le respect de son capitaine ? », s'énerva Rukia.
Lorsqu'il vit Rukia se saisir vivement d'un des livres qui traînaient sur la table et qu'elle lui asséna, furibonde, un coup sur la tête, Ichigo, pourvu à présent d'une modeste mais indubitable douleur crânienne, fut rassuré par le retour à l'ordre normal des choses. Se mettant hors de portée de sa tortionnaire et riant, il s'exclama :
« Arrête, Rukia ! Je plaisantais, je t'assure. C'est pour ça que je suis venu te voir.
— Vraiment ? fit Rukia, assagie mais l'air légèrement suspicieux.
— Oui, assura Ichigo en reprenant prudemment son sérieux. Tu n'as pas oublié que je partais demain, n'est-ce pas ?
— Quoi ? Déjà !
— Ben, oui. Je ne pourrais pas voir Renji et j'aimerais que tu lui transmettes un message de ma part, en plus de celui de ton frère.
— Ah, oui ? Lequel ?
— Qu'il a eu le courage d'exposer son cœur. Qu'il n'a pas à avoir de regrets. Qu'il doit se résigner à présent et laisser le temps panser sa blessure.
— "Qu'il doit se résigner et laisser le temps panser sa blessure" ? répéta Rukia, comme si Ichigo avait proféré une ânerie.
— Oui », dit Ichigo, sans se perturber.
Il était certain qu'il avait raison. Il ne pouvait pas penser à Renji comme quelqu'un s'entêtant dans un amour qui lui avait été refusé et se lamentant sans fin. Mais Rukia ne l'entendait pas de cette oreille. Elle voulait éviter à Renji de souffrir.
« Tu veux que je lui dise d'abandonner ? Tu as entendu comme moi combien il l'aime, tu crois que c'est si simple ?
— Je sais que ce n'est pas si simple, Rukia. Mais si nous, ses amis, ne lui faisons pas voir la vérité, qui le fera ?
— Pourquoi ce serait la vérité ? Peut-être que Nii-sama peut changer ? Peut-être...
— Rukia, tu nous as écoutés, Byakuya et moi ? C'est bien ce que tu as dis ?
— Oui.
— Rukia, crois-moi, je connais la force de la fidélité chez un homme. Mon père... il ne regardera jamais plus une femme comme il a regardé ma mère.
— Mais, c'est différent. Il... »
La voix de Rukia était devenue ténue et hésitante. Ichigo prit son courage à deux mains pour continuer. C'était dur d'être celui qui faisait abandonner l'espoir, même si c'était un faux espoir. Depuis quelques temps, sa vie semblait se résumer à cela. Pourtant, en cet instant, il était sûr que c'était ainsi qu'il pouvait le mieux protéger ceux qui lui étaient chers. Comme si accepter l'inéluctable pouvait leur permettre de suivre un nouveau chemin qui les mèneraient, cette fois-ci, vers un avenir meilleur.
« Non. Tu sais que Byakuya ne pourra jamais l'aimer, pas de la façon dont Renji le voudrait, pas de la façon dont il le mérite.
— … »
Rukia s'était tue. Elle avait porté la main devant sa bouche. Ses yeux étaient agrandis et brillants. Butée et têtue, elle l'était certainement. Mais elle était suffisamment intelligente et avait traversé assez d'expériences difficiles pour reconnaître l'impasse où son entêtement la menait. Parfois, il fallait quitter le rêve et retrouver la réalité. Parfois, il fallait regarder ses amis souffrir.
« Ne pleure pas, Rukia. »
fin scène 3
Hum... J'ai glissé tout doucement dans le mélo.
Le prochaine chapitre, intitulé Le lycée, vacillera de même entre l'humour et le drame, j'en ai bien peur. Mais notre brave héro, Ichigo, ne laissera pas les choses rester ainsi !
