Charabia, subst. masc. 1° Patois auvergnat, par extension, tous les patois et les langages parlés ou écrits qui sont ou qui semblent incompréhensibles parce qu'il sont inconnus, incorrects ou hétéroclites. 2° Langage très spécialisé et, de ce fait, difficilement accessible (charabia scientifique, médical, juridique) (Source : CNRS)
John finit son jogging matinal en passant par le laboratoire de recherches. Il avait déposé Rodney juste avant de partir courir en compagnie de Ronon et il avait promis de passer avec lui à l'infirmerie. Keller voulait vérifier que toutes les nanites avaient bien disparu de l'organisme de Rodney et d'Al.
Ronon l'accompagnait, clairement à contrecœur. Lorsque John lui avait demandé pourquoi il était si mal à l'aise avec Rodney, il avait juste eu droit à un « grumpf » grognon (quoiqu'il soit souvent difficile de juger de l'humeur des grognements de Ronon).
- Hey, nous sommes une équipe ! Dans un cas comme ça, nous devons nous serrer les coudes, vous ne croyez pas ? Avait-il dit au Sétidien. A moins qu'il n'y ait un autre problème … ?
Ronon avait haussé les épaules et avait juste repris de la vitesse. Ok, il était clair que John n'en apprendrait pas plus aujourd'hui. Il se retrouva donc, en fin de compte, seul devant la porte du laboratoire principal.
John entra dans le labo … vide. Gné ? Mais où étaient donc passées toutes les petites blouses blanches de McKay ? Il se hasarda un peu plus profond dans l'antre du scientifique lorsqu'il croisa Miko Kasanagi. La jeune femme lui adressa un sourire timide. C'était incroyable : près de quatre ans après son arrivée dans Pégase, ce petit bout de femme était toujours aussi réservée !
- Bonjour Colonel, vous cherchez le docteur McKay peut-être ? Demanda t-elle.
- Euh, oui, en effet.
Le sourire sur le visage de Miko s'élargit.
- Nous sommes lundi, et comme tous les lundi matins, les Docteurs McKay et Zelenka passent en revue les projets proposés par les différentes équipes du laboratoire d'astrophysique.
La jeune femme regarda sa montre.
- Ils ne devraient plus en avoir pour très longtemps, vous pouvez les rejoindre. Ils sont dans la seconde pièce sur votre droite.
Un peu étonné de la rapidité avec laquelle Miko avait accepté que son Chef soit transformé en chat (alors que lui-même avait encore un peu de mal à se faire à cette idée), John salua la scientifique et sortit du labo.
oOo
- …. Pas tout à fait ça. Qu'en pensez vous Rodney ?
Dit une voix que John reconnut immédiatement à son accent slave. Il entra discrètement dans la pièce que lui avait indiquée Kasanagi et s'adossa à un des bureaux qui se trouvaient conte le mur. Le spectacle valait le coup d'œil : une demi-douzaines de scientifiques assis sagement comme des écoliers, serrant contre eux leur PDA, et arborant des mines plus angoissées les unes que les autres. Seuls Simpson et Zelenka semblaient amusés par la petite scène qui se déroulait sous leur yeux.
Juste devant les bureaux, se trouvait un immense tableau blanc, couvert de formules mathématiques et devant le tableau blanc, installé fier comme Artaban sur un tabouret, trônait Rodney. Devant le tableau, vérifiant ses chiffres, la malheureuse victime du jour. Hum, pensa John, il avait tout du modèle Harvardien, à moins que cela ne soit Princetonien. Quoiqu'il en soit, l'homme était blanc comme un linge tirant sur un fort joli verdâtre.
Zelenka se caressait le menton, image qui n'était pas sans évoqué le geste des méchants des films de cape et d'épée des années 50. Il ne manquait que la petite barbichette pour finir le tableau. John pouvait voir les yeux bleus du scientifique pétiller. Diable de Tchèque ! Il pouvait être pire que Rodney pour ce qui était de tourmenter les nouvelles recrues que leur envoyait le SGC.
Rodney, toujours régalien, daigna jeter un coup d'œil aux équations devant lui. Il tendait le cou et plissait les yeux, en signe (complètement absurde car John était certain que Rodney avait déjà repéré ce qui n'allait pas dans les équations) d'intense concentration, puis il poussa un petit miaulement sec.
Zelenka releva ses lunettes sur son nez et s'approcha du tableau.
- Oui, oui, bien entendu Rodney, vous avez raison … et bien Philips, admonesta Zelenka qui, les mains sur les hanches, fixait le malheureux scientifique, qu'est-ce qu'ils vous apprennent de nos jours à Harvard ? Le tricot ?
Bingo ! Pensa John. Mais cela n'était pas très difficile, parce que dans la peau d'un chat ou non, les victimes préférées de Rodney étaient souvent des diplômés d'Harvard. Sans aucun doute de vieux compte à régler … Kavanaugh était d'Harvard.
Un autre miaulement se fit entendre.
- Hu, fit Zelenka en tournant la tête vers Rodney puis en se penchant pour voir la formule qu'indiquait le scientifique de la patte. Aaaaah oui, en effet. Parfait, non vraiment, parfait. Philips, interdiction de vous approcher des Jumpers ainsi d'ailleurs que de tout moteur à --
Il stoppa net et fit mine une fois de plus de caresser sa non existante barbichette puis il claqua des doigts.
- En fait, reprit-il, le mieux serait que vous vous chargiez du café, qu'en pensez vous Simpson, est-ce que l'on peut confier cette tâche au Docteur Philips ?
Simpson, une petite blonde piquante qui n'avait pas la langue dans sa poche et qui, comme Kasanagi étaient sur Atantis depuis le début, lui répondit avec un grand sourire.
- Excellente idée, docteur Zelenka, je vais lui faire les honneurs de notre kitchenette. Docteur ? Fit-elle à l'attention d'un Philips, désormais vert de rage.
- Je … je … c'est … c'est INADMISSIBLE ! Finit-il par réussir à lâcher en postillonnant. Je me plaindrais à qui de droit, vous m'entendez !
- Hu, fit Zelenka qui regardait Philips brandir son PDA comme une arme (pas très esprit Harvard pensa John), un sourcil relevé. A qui de droit, vraiment ?
Un sourire de prédateur apparut sur les lèvres de Zelenka. Il se tourna vers le tabouret où Rodney se trouvait toujours installé.
- Rodney, vous avez le temps d'enregistrer une plainte officielle ? Demanda Zelenka sur un ton on ne peut plus sérieux.
- Vous … qui … quoi ? Mais … mais … balbutia Philips.
- Dites moi Philips, auriez vous, en plus de sévères difficultés cognitives, un problème d'élocution ? Interrogea Zelenka.
C'en fut un peu trop pour Philips qui explosa littéralement.
- Mais bordel de dieu ! Vous avez de la merde dans les yeux ou quoi ? C'est un chat, une saloperie de CHAT ! Hurla t-il en pointant du doigt Rodney.
John allait intervenir trouvant que les choses étaient allées un peu trop loin à son goût lorsque Zelenka interrompit la véhémente tirade de Philips.
- Oh, un chat, vraiment ? Dit-il, bras croisés sur la poitrine, son petit sourire toujours fermement accroché à ses lèvres. Dans ce cas, je me ferais un plaisir de dire à vos collègues d'Harvard qu'une, comment dites vous, ah oui, une « saloperie » d'animal aurait du décrocher le diplôme que vous prétendez avoir obtenu brillamment.
Il désignait Rodney de la tête.
Ce dernier était penché sur le tableau et effaçait soigneusement de sa patte droite, les équations erronées. Puis il secoua la tête, lança un regard noir à Philips et miaula sèchement en direction de Simpson.
- Oh, bien sûr, Docteur McKay, désolée, répondit la jeune femme en lui glissant un marqueur noir dans la gueule. Voilà.
Rodney poussa un grognement (que John interpréta comme un merci) et entreprit de modifier l'équation. Ses gestes étaient lents mais diablement précis pensa John. Une fois satisfait du résultat, Rodney émit à nouveau un grognement à l'adresse de Simpson qui le débarrassa prestement du marqueur.
- Ah, et bien, il semblerait que grâce au docteur McKay, personne ne risque de perdre la vie dans les prochaines heures en utilisant un de nos Jumpers, n'est-ce pas Docteur Philips ? Dit Zelenka en appuyant distinctement sur le mot docteur.
Philips fixait le tableau comme s'il le voyait pour la première fois, bouche ouverte, yeux écarquillés.
- Ce … c'est … mais comment … c'est impossible … murmura t-il.
Zelenka secoua la tête.
- Tststststststs, vraiment Docteur, je vais vous demander de faire un effort de langage, parce que la saloperie de chat qui vient de corriger votre travail se fait mieux comprendre que vous. Simpson ? Kitchenette …
La jeune femme hocha la tête, entraînant un Philips qui marmonnait entre ses lèvres sans pouvoir lâcher des yeux le tableau blanc.
Zelenka congédia les autres scientifiques dont aucun n'avait bronché lors de la petite séance d'humiliation de Philips. C'était un spectacle étonnant que de voir tout ce petit monde fuir l'antre du monstre comme une nuée d'orfraies …
- Hey, Radek, fit John en avançant au milieu de la salle, mains dans les poches.
Zelenka était en train d'essuyer ses lunettes.
- Ah, Colonel qu'est-ce que --
Un miaulement aigu l'interrompit. Zelenka leva les yeux au ciel.
- Oui, je sais Rodney, soupira le scientifique tchèque. J'ai été un peu trop gentil avec lui mais nous avons besoin de bons ingénieurs. Nous ne pouvons quand même pas tous les renvoyer sur Terre ! Je suis certain qu'avec le temps, nous pourrons en tirer quelque chose.
Un « prrrrriout » de Rodney laissa clairement comprendre qu'il doutait que Philips leur soit un jour utile à quoi que ce soit … à part servir le café. En fait, John était stupéfait de voir que Zelenka et ses subordonnés comprenaient aussi bien Rodney. Il pensait être le seul à être Rodneyglotte.
- Euh, dites Radek, vous comprenez vraiment tout ce qu'il vous dit ?
Radek qui s'était installé à sa station de travail, leva les yeux vers lui, sourcils froncés, étonné par la question. Il réfléchit un instant et fit un geste vague de la main en direction du tabouret qu'occupait présentement son supérieur hiérarchique, tout en baissant à nouveau les yeux vers l'écran de son ordinateur.
- Et bien en fait, on ne peut pas dire que cela nous change beaucoup de l'ancien Rodney vous savez : un grognement par ici, un grognement par là … c'est une simple question d'habitude. Le ton est juste un peu plus aigu, c'est tout.
Il hésita encore un instant puis ajouta.
- Au moins, maintenant nous pouvons laisser nos barres chocolatées sur les bureaux sans risque de pillage sauvage.
John éclata de rire et le long miaulement (un « Yiaarrrrrrr ! » très Bruce Lee) que poussa Rodney promettait à Zelenka les pires représailles lorsqu'il serait redevenu lui-même.
TBC …
